CONJONCTIONS
Dans l'organisme primitif des langues de l'Europe et de l'Inde la conjonction est toujours d'origine pronominale. Sur les soixante-sept conjonctions latines, il n'y a encore que verum et vero, diim, igitur et ergo qui aient un verbe pour premier parent.
Il y a deux classes de conjonctions : celles qui opèrent un simple rapproche3ient entre des mots ou entre des propositions; celles qui établissent une subordination entre deux membres de phrase et amènent habituellement le subjonctif.
Voici les conjonctions de rapprochement dans les idiomes franco-wallons :
Et, wall. et (prononcé comme è), lat. Et de Ata (p. i67) un dérivé du terminatif A. Rapprochez-le du grec eti, sanskr. Ati, encore.
Aussi, wall. aussi (avec au sec et bref), vieux fr. alsi, de al pour aliud autre chose, et de sic, ainsi, comme ceci (p. 177).
Mmore, wall. ècore, ital. ancora pour hanc horam, jusqu'à cette heure. Le pronom ici est le déterminatif GHA ou GHI dans lat. Hic pour Hl+que.
Comme, wall. comme, ital. corne, espagn. como, pour quomodo (eo modo quo) ; modus, mesure, mode est enfant de MA, étendre, mesurer.
De même que, wall. di même qui. Même pour mesme=medsme=meUssimus,\o\, p. 75.
Ni, wall. ne et ni, lat. nec=ne^que, et non, et ne pas, de An a (p. 169).
Ou, wall. ou, it. 0 ou od, pour lat. aut. Cest WA qui a produit WAta contracté en Ut a, ou, ou bien, identique à lat. Aut pour aute (v. p. 171).
Mais, wall. mais pour magis, en outre, par surcroît, de MAgh, croître.
Tantôt .. tantôt avec tôt pour tost. M. Diez, aime mieux l'expliquer par tot-cito, tot-citus, tout vite, plutôt que d'y voir le participe tostus, chauffé, animé, ardent. Le wallon n'a pas cette formule; il la remplace par : on momeint,.. et on momeint après, — tôt à çsf heure... et V momeint d'après.
Cependant, wall. çpendant (emprunt), cela pendant, cela étant, de ce pour cest (page 65.) et de pendant pour pendente du verbe pen-dere , intensitif de PA ou PAn, tenir, attacher, pendre, être suspendu.
Pourtant, wall. portant, ital. pertanto, depor ouproÇporri-gere) et de tanto (p. 162).
Néanmoins, néant de moins , ital. niente dimeno et nondmeno , de ne particule négative (p. 169) ens, entis, être {Sens) et minus, moins (p. 180).
Donc, wall. donc, ital. (/îw^m^ pour lat. tunc== tum X que du pronom TA montrant un point dans la durée (p. 177).
Car, wall. car, pour quare, par quelque chose, de quâ ablatif féminin de quis, quœ, quid, et de re, abl. de res, rei, sansk. ras ou rai pour rahi = radhi, richesse, bien, chose, du verbe R'dh, croître, accroître.
En effet, wall. en effet (emprunt), effectivement; effectus du verbe efficere = ex-\- facere (p. 124), devint effect, effet.
Or, wall. or, ital. ora, pour horâ, à cette heure, maintenant; hora pour hvora est un dérivé de HWR' pour DHWR, tourner (p. 150). Au reste, wall. auresse,derestare, être après, rester (p. 137), a pour synonymes fl/?m/ow^, wall. après tôt (p. 164), au surplus, de 5wr (p. 172) et de plus (p. i80)— au demeurant de demeurer, demorari =^ de -]- morari , issu de mora, période, temps, retard, sanskr. tvâra de WR' altéré de DHWR' courber, tourner (p. 150).
Les conjonctions suivantes établissent entre
deux propositions une dépendance qui subordonne entièrement la seconde à la première. Voici deux exemples de cette subordination : «Je chante, bien que je sois triste; je désire que vous soyez heureux. »
Owe, wall. qui, ital. che, espagn. et prov. que pour lat. quid : le relatif ou conjonctif naît de l'interrogatif (p. 70).
De même que mê, te, se ont donné moi, toi, soi, la prononciation longue de que, ainsi que le fait fort bien observer F. Diez (1) , a produit la forme quoi, wall. quoei. De là :
Quoique, w^all. quoeiqui, rappelle son remplaçant ordinaire bienque, wall. beinqui (p. d75).
Afin que, wall. afin qui, pour à fin, etc., ad finem. Finis pour fidnis , bout et but de lat. FId, FInd, pour BHId, fendre, couper. De là l'idée et le dérivé marquant le pomt où la voie est coupée, arrêtée, terminée, le but, enfin.
Dès que, wall. dés qui. Nous avons \udès pour de -\- ex (p. 169); on sous-entendici momento ou horâ.
Pourvu que, wall. porvu qui; pourvu==/?or pour pro, d'avance , + ^^w pour vedut ou veduto de veder pour vider e, voir ; il signifie donc vu d'a-
(1 ) Etymologisches Wôrterbuch der rommischen Sprachen. Bonn, 1853.
vance, existant à l'avance, fourni comme condition. Les autres formules conditionnelles sont supposé que, wall. supposé qui, on supposé qui, — en, ou au cas que, wall. en ou au cas qui (cas de cadere pour scadere par casus), — à condition que, wall. à condition qui (de condere, établir, par conditus, condition- em). Mais la principale de toutes les conjonctions conditionnelles est :
Si, wall. si, lat. 5/ pour svi, comme l'indiquent assez et l'ombrien sm et l'osque svai. Si est un dérivé du démonstratif SA, lequel, abstraction faite de l'idée de substance, signifie en ce même point de l'espace, en ce même point du temps , et, par conséquent, avec {ab ubi, là où l'un est l'autre se trouve) ensemble, l'un n'allant pas sans l'autre. A supposant l'existence simultanée {si==mul de SA) de B, voilà donc l'âme de la conjonction si. De là : si... ne, si ce n'est que, wall. sic n'est qui.
Jusqu'à ce que, -waM. jusqu'à ce qui, pour lat. de -{- usque ad, etc. Ce deusque, avec son e monté d'un degré, devint diusque, et, par suite, yw5çwe. Usque est composé de ut, pour eut, sanskr. kat, neutre de ka, employé comme conjonctif (relatif), et de que, sanskr. k'a.
Usque est donc pour cusque= eut + que comme usquam est pour cusquam = eut + quam. Le c initial tombe comme dans ubi, unde, amare pour
cubiy cunde, camare (sanskr. kam, embrasser, aimer).
Lorsque, wall. lors qui y contient illâ horâ (p. d83), au moment.
Puisque, wall. pussqui , est un composé de puis= post{[y. 168).
Les formules conjonctives parce que (par cela que) wall. pasce qui, — aussi longtemps que, c'est pourquoi , wall. c'est poquoei, — aussitôt que, comme si, avant que, après que , tandis que, de peur que, à part quelques nuances de prononciation et le qui pour que, sont les mêmes en français et en wallon.