SYNTAXE DES MOTS
En dehors des consonnances qui harmonisent les termes essentiels d'une proposition, les mots sont unis entre eux, soit par des conjonctions, soit par des prépositions.
Par des conjonctions : Bietrumè et s' fœumme, Barthélémy et sa femme; — mi ou zels^ eux ou moi. La politesse n'exige pas du wallon qu'il se nomme le dernier.
Par des prépositions : viquer su V pouf, vivre sur le revenu d'autrui (en parasite);— bonvo les povres, bon envers les pauvres; — portrait d'après nature, portrait d'après nature.
En wallon, comme en français, les termes d'une proposition s'accordent entre eux, c'est-àdire qu'ils se mettent à la même personne^ au même nombre et au même genre.
Ainsi tout verbe se met au même nombre et à la même personne que son sujet : Nos allansy Nous allons (première personne du pluriel) ; — Li solia lût. Le soleil luit (troisième personne, du singulier) .
Et quand l'attribut (ce qu'on affirme) est un adjectif, l'accord de genre vient se joindre aux deux autres : Ses feilles sont belles^ ses filles
sont belles ; — Li père est trop bon, Le père est trop bon.
Avec plusieurs sujets, même an singulier, le verbe se met au pluriel : Li soverdia et /' masaing^e ch'anîenu , Le moineau et la mésange chantent.
Si les sujets sont de personnes différentes, le verbe se met au phjriel, et à la première personne, si parmi les sujets il y a un pronom de la première personne; sinon, il se met à la sesonde :
Mi etJe'ie nos lis'nns hein, Elle et moi nous lisons bien ; vos et ci plit cjarçon-làj vos mongnk trop vite, vous et ce petit garçon vous mangez trop vite.
L'adjectif qualificatif s'accorde en genre et en nombre avec le nom qualifié : On front stroeit avou des bons poufjnes, Un front étroit avec des poings solides.
11 se met au plui'iel quand il qualifie plusieurs noms : Li niononcle et /' neveu sont grands, L'oncle et le neveu sont grands.
Et quand l'un des noms est masculin, Tadjectif est toujours au masculin : Li coiitia et V forch'ette sont erennis, Le couteau et la fourchette sont rouilles.
L'adjectif interrogatif suit les mêmes lois de concordance : Qnén ne heure est-il? (\). 28), quelle
heure est- il ? — Que livre voloz ? Quel livre voulez-vous ?
Il en est de même de l'adjectif conjonctif ou pronom relatif : Les couses auxqiiénnes fi sos accostumé, les courses auxquelles je suis accoutumé. Le français possède ici un avantage réel sur le wallon, car il distingue son qui = sujet de son que = régime — l'homme qui parle, la femme QUE je vois, — tandis que le wallon n'a qu'un seul qui pour les deux formes (1): l'homme qui cause, H fœumme qui/' woeis. En wallon comme en français le qui relatif, sujet du verbe suivant, est toujours considéré comme étant de la même personne, du même genre et du même nombre que le nom ou le pronom auquel il se rapporte : Nos qui viquans, Nous qui vivons; — Les païisantes qui sont vneu'ès (entre ueië c'est w et non y qui sert de lien et évite l'hiatus : vineuë = vineuwe avec eu — œu mâle, p. 8), les paysannes qui sont venues ; — Lespaïisants qui sont vnus, Les paysans qui sont venus.
Mais quant au çî^e régime, wall. qui, la grammaire française, le considérant comme étant du même genre et du même nombre que le nom auquel il se rapporte, exige entre lui et le parti-
{\) C'est lo résultat do riia])itiule par laquelle il change en » Ve muet final de tout monosyllabe.
cipe passé qui le modifie le plus parfait accord : Les dames que f ai rencontrées, — Les cantatrices que f ai entendues. Et cela est fort bien, car cela traduit quAS ego habeo [teneo) auditAS. Il faut bien en convenir, le wallon, ici, a manqué de logique, car il tient son participe invariable et dit : Les madames quif'arescontré, — Les ch'anteûses qui j"a oïu (ou èteindu), ce qui équivaut à cette monstruosité : quAS habeo auditUM. C'est gommage !
\ Dans les deux langues, l'adjectif peut jouer le rôle du substantif et le substantif celui de l'adjectif : Li mû soveint dischure li vî , Souvent le neuf déchire le vieux. Li bia et V bon, vola ci qu' nos aimans, Le beau et le bon, voilà ce que nous aimons. Li noû, li bia sont pris ici comme noms substantifs. Le contraire a lieu dans cette phrase : Citf action-là est one folie, Cette action est une folie.
L'apposition rapprochant deux noms dont l'un qualifie l'autre est très-usitée dans la syntaxe wallonne : Chanchet, V bolèg'i, François , le boulanger ; — Li roei Leopold , Le roi Léopold. Comme le français, le wallon met la préposition de entre le nom commun et le nom propre de ville , de fleuve , de montagne , etc. : Li ville di Nameur, La ville de Namur ; — Li village di Salzennes^ le village de Salzines.
Voilà pour la liaison et l'accord des mots.
DÉPENDANCE DES MOTS. Un mot dépend d'un autre quand il s'y rattache comme complément , c'est-à-dire comme instrument de détermination, d'individualisation. Il y a les compléments des noms, ceux des adjectifs, ceux des verbes, des adverbes et même des interjections.
En wallon comme en français, tout nom qui en détermine un autre , sans désigner le même objet, se rattache à lui par la préposition de ou par la préposition à. La dépendance marquée par la préposition de correspond à celle que traduit le génitif latin : Liber Pétri, Le livre de Pierre. En bonne logique, ce génitif est un génitif attributif contenant purement et simplement une proposition : celui qui appartient à Pierre. Dans ce fait de dépendance, Le cadeau de mon oncle équivaut à celui qui vient démon oncle. Mais Le cadeau venant de mon owc/e serait encore trop long, et le langage veut être rapide comme la pensée, de là tout simplement Le cadeau de mon oncle, wall. li cadeau di m' mononcle. Ainsi se marque encore la relation d'auteur à ouvrage : Les mirôcles di saint Medaud , Les miracles de saint Médard. Le rapport de possession s'exprime en wallon, tantôt par le génitif comme en français : Les berbis do ceinst, les brebis du fermier j tantôt par le génitif combiné avec le da-
tif, procédé que le français familier remplace par l'emploi du seul datif : Li feille d'à Colas, La fille à Nicolas. Au point de vue de la science phraséologique, le nom au ijçénitif est toujours le sujet d'un verbe sous-entendu. Quand je dis : Les berhis do ceinsî^ ceinsî est le sujet du verbe posséder sous-entendu, et do ceinsî équiva^it à les cennes qui V ceinsî possède, celles que possède le fermier. Et dans cette autre phrase Les miracles di saint Medaud, di saint Medaud remplace les cias qui saint Medaud fait, ceux que fait saint Médard.
La détermination d'un nom par un autre nom au datif (préposition à) n'est pas moins familière aux deux langues : Li roc/i'e à Bayaud, la roche à Bayard (près de Dinant, sur la Meuse) ; Uaiweaux Caillaux, l'eau aux Cailloux (près de Namur) ; — Li tienne aux Poquîs, la colline aux Buis{\).
Certains noms peuvent être déterminés par un verbe ; F habitude di fumer, l'habitude de fumer; — Li front d'meinti, L'audace de mentir.
Rattachés au nom qu'ils déterminent par la préposition de, beaucoup de noms de quaUté rem-
(1) L'emploi de grandes branches de buis, en guise de palmes, dans la cérémonie des Rameaux {florië Pôque) me semble expliquer cette dénomiualiori de 'pôqni équivalant à paqiiier.
plissent les fonctions d'adjectifs : On garçon (T esprit, In garçon d'esprit (spirituel); Or iomme di corag'e, Un homme de courage (courageux).
Les mots qui déterminent les noms partitifs et les adjectifs numéraux leur sont rattachés par la préposition de : Neul, nein onqne di nos ôtres, Nul^ou personne de nous; — wère di g'eins, Peu de gens, peu de monde ; — Branmeint des quaurts (1), beaucoup d'argent ; Onque des ovrîs, Un des ouvriers ; — Li prumi des bagneûs, le premier des nageurs.
Enfin, le génitif (préposition de) se met encore après les adjectifs interrogatifs : Qui d' nos otres? Qui de nous?— Zt quéque des èfants? Lequel des enfants ;
Les adjectifs, eux aussi, peuvent être individualisés.
Le mot qui particularise leurs sens , s'appelle régime ou complément de l'adjectif. En wallon comme en français, c'est toujours une préposition qui unit le complément au complété. p Avec les adjectifs qui peignent le désir ou l'inî différence, le contentement ou le besoin, la plénitude ou le vide, la prodigalité ou l'avarice, celte préposition est toujours de : One fœumme
(1) Branmeint est pour ôravemem^ qui rappelle le ferme, beaucoup, des Wallons et le fortement des Français.
falouse dis' sou, une femme jalouse de sa sœur;
— curieux d' vote li mér, désireux de voir la mer ; — On tonnia plein d' bire, un tonneau plein de bière; — conteint di ç' qu'il a, content de ce qu'il a ;— avare di s' leimps, avare de son temps;
— prodigue di ses poe'^nes, prodigue de ses efforts laborieux.
Les adjectifs qui expriment Tidée de rapprochement, de convenance ou de disposition sont unis à leurs compléments individualisateurs par la préposition a , rarement par la préposition POUR : Tôt pareil à s' père, en tout semblable à son père ; — Accostumé à fignoler, habitué à se mettre très-élégamment; One saquoei d'utile à onesaqui, quelque chose d'utile à quelqu'un ; — Os'i à dire, aisé à dire ; fidèle à s' drapia, fidèle à son drapeau ; sufet à s' hris'î, sujet à se briser, fragile, Bonpor mi, Bon pour moi.
Le but, le terme comme la tendance ou le penchant demandent aussi, soit la préposition a, soit la préposition voumpoirté à reindre service, porté à rendre service ; — tailli po iessre (iesse) s6dard, taillé pour être soldat.
Quelques adjectifs marquant opposition, inimitié demaiîdent la préposition contre : // est furieux contre si baurbî, il est furieux contre son barbier ; Arag'i contre les cias qui li displais'enu, enragé contre ceux qui lui déplaisent.
La syntaxe des comparatifs et des superlatifs est absolument la même dans les deux langues de notre parallèle.
Pour le comparatif de supériorité on met plus, wall, pus {s muet) devant l'adjectif et la conjonction que, wall. qui, unit ce dernier au terme de comparaison : il est pus malin qui s' père, Il est plus fin que son père; — Vos es toz pus grand qu' mi, Vous êtes plus grand que moi.
Avec le comparatif d'infériorité, moins remplace j^/m^ dans l'un et l'autre idiome :J'6sephest MOINS rich'e qui Phluppe, Joseph est moins riche que Philippe. Le comparatif d'infériorité offre une seconde construction par ne... pas... si, wall. m... nein... si : J'ôseph n'est nein si grand qu' vos, Joseph n'est pas si grand que vous.
Pour le comparatif d'égahté, on dit aussi, autant, wall. aussi, austant (al si-tant) : Aussi grand qu' vos. Aussi grand que vous.
Meilleû, meilleur; moins {s sifflé), moindre; pire, pire, sont les comparatifs irréguliers dans les deux langues.
Nulle différence non plus dans la construction des formules de superlatif : Li pus bia d' vos moutons, Le plus beau de vos moutons.
Quant aux verbes, leurs compléments, soit directs, soit indirects, sont soumis aux mêmes règles dans les deux langues : J'i vos tvoeis voîtî,
je vous aime bien, mot à mot : je vous vois volontiers. Ici, vos et vous sont compléments directs de woeis et vois. —J'i schoûte one histoeirej J'écoute une histoire ; one histoeire, une histoire sont compléments directs de schoûte, écoute (escoulte, p. 104).
Tout verbe transitif peut être mis au passif et alors le nom de la chose ou de la personne par qui l'action est faite est précédé de la préposition i)E, wall. Di (marquant origine) ou de la préposition PAR (marquant l'instrument, la voie, le moyen) : Vos estoz vèu voltî d' tôt le monde, vous êtes aimé de tous; — Vost' histoeire a stî répétée par onque et l'être, \otre histoire a été répétée par différentes personnes ( par l'un et l'autre).
Un grand nombre de verbes transitifs peuvent recevoir un second complément. Ce complément se rattache au verbe par une préposition. 11 n'est pas l'objet direct de l'action, mais un terme auquel son objet aboutit, un point dont il part, etc. C'est le complément indirect, enfin.
Tous les verbes qui emportent la notion du but ou du terme à atteindre par l'objet direct de Faction, se rattachent, à l'aide de la préposition à, au mot qui représente ce terme de l'attribution, de la destination, de la direction : Ni promettoz rein à ç' vilain-ld, Ne promettez rien à ce
vilain homme. J'i doeis deux sous à Bâtisse, Je dois deux sous à Baptiste. J'enne pousse Nanèche à r dispeinse, Jeanne pousse Françoise à la dépense ; — Po nos codûre à /' fiesse, Pour nous conduire à la fête.
Quand au lieu de désigner l'attribution, la direction, l'impression, il s'agit de préciser un point de départ, d'extraction, de séparation, d'origine, les deux langues sœurs remplacent uniformément par de, wall. di, les trois prépositions latines de, ex et ab : // a distourné li messagî d' si ch'min (contracté de ch'imin), Il a détourné le messager de son chemin ; — Nos obteirrans tôt do roei. Nous obtiendrons tout du roi; — Les voleurs Vont dispouillî d" ses hardes, Les voleurs l'ont dépouillé de ses habits (bardes).
Restent les compléments accessoires.
J'entends par compléments accessoires les circonstances de temps, de lieu, de moyens, d'origine, etc.
Ici encore la concordance est parfaite entre les deux syntaxes : Nos partirans dans hiût j'oûs ; Nous partirons dans huit jours; — tos les cinq ans, nos allans à Vdicôce di nossre (4 ) villag'e,
(< ) Le r dans nossre, vossrcy iefsre, maissre , etc. , est purement orthographique et ncsc prononce point (p. 25).
tous les cinq ans, nous allons à la fête patronale {\sidé-dicace de l'église au patron) de notre village; — Au bout d' s'ix moeis, il estait tôt rfait. Au bout de six mois, il était entièrement guéri ; — Vos veirroz nos voie H samoaïne qui veint, Vous viendrez nous voir la semaine prochaine ; — âgé d' nouante ans, âgé de quatrevingt-dix ans. — Va es mon Pierre, Va chez Pierre; — Couroz es vote fois deW ville. Fuyez hors de la ville {fous est pour fors = hors.) — On l'a fait moru d' foaim, On l'a fait mourir de faim ; — On a touè /' polet avou on coutia, On a tué le poulet avec un couteau ; — Maïanne a veindu s coquemoar di blanc-fier, Marianne a vendu son coquemar de fer-blanc.
La syntaxe des adverbes et des conjonctions n'offre aucune différence dans les deux langues de notre parallèle. Seulement, il est certaines formules adverbiales du wallon qu'il est bon de mettre ici à côté de leurs correspondantes dans le français. De ce nombre sont: One miette, un peu, vieux franc, une miette, diminutif de mie, lat. mica (p. 49) ; Donne m'è one tote pitite miette. Donne-m'en une très-petite quantité. Le wallon dirait tout aussi bien en donnant à wères le sens négatif que lui vaut ni, ne, exprimé ou sous-entendu (p. 180) : Donne m'é foirt wères, Donne m'en fort peu.
— âoa —
A one miette, synonyme de onpau, un peu, est opposé branmeint, pour bravemeint, synonyme de biacop, beaucoup : Branmeint do monde. Beaucoup de monde, avec le sens de Biacùp d' geins, Beaucoup de gens ; — Bonne m'è biacop, ou tôt plein, tout plein. Quand on peut compter les objets, un peu, quelque peu, se rendent par saquants, saquantes [non sapio quantos, je ne sais combien), quelques-uns, quelques-unes.
Les comparaisons d'autant plus... que, d'autant moins.... que se rendent principalement par tant ça pus... qui, pus... pus : Ils seront tant ça pus heureux quils seront pus braves ; ou : Pus braves ils seront, pus heureux seront-ils. Ils seront d'autant plus heureux qu'ils seront plus honnêtes.
En wallon comme en français, les adverbes ont leurs comparatifs et leurs superlatifs : Pus près va si ch'mise qui s' cotte : La chemise va plus près (du corps) que la jupe, c'est-à-dire sans image : 11 faut aider les siens avant de songer à porter secours aux étrangers. — Nos allansbranmeint mia, Nous allons beaucoup mieux. — Il s' poite li mia do monde. Il se porte le mieMx du monde.'
Je terminerai cette syntaxe des mots par l'examen de quelques difficultés inhérentes à la forme interrogative de la phrase wallonne.
Le wallon possède les deux formes interrogatives du français : l** verbe et pronom comme chanté-je? on Pierre chante-t-il? 2^ Est-ce que? suivi du pronom et du verbe, comme dans £'s/-c6 que Pierre chante? Est-ce que je chante? Or, en français, nous voyons e muet, la voyelle finale au présent de l'indicatif des verbes de la première conjugaison, se changer en é : aimé-je, chanté-je pour aime-je chante-je. En wallon, ce n'est pas le verbe, mais bien le pronom personnel qui change ainsi sa voyelle, et au lieu de ai:me'j'i, ch'anle-j'i, il dit ame-j'u? chanie-j'u? Tous les imparfaits de l'indicatif en ve et tous les conditionnels wallons, par cela même qu'ils sont terminés par un e muet, présentent, sous leur forme interrogative, ce changement dej'i en j'u : Rieuve-j'u? rireiivej'u? Les autres temps exigjent toujours que //, dans cette première formule de Tinterrogation, perde son ^ : sos-j"? suis-je? — chanterei-j'' ? chanterai -je ?—c?/^-/'? dis-je?
A la secondepersonne du singulier, la forme interrogative amène le changement de ti en tu chaque fois que le s de la deuxième personne est précédé d'un e muet ch'antes-tu? chantes-tu? — direuves-tu? dirais-tu? Mais quand cette deuxième personne du verbe a son s précédé d'une autre voyelle ou d'une consonne r* (comme
dis, tu dis, ti doeis, tu dois) le pronom ti perd son î, et son /, s'assimilant à ïs terminale du temps, devient lui-même s, ce qui réduit tiks' : dis -s' ? dis-tu ? — doeis-s' ? dois-tu? compreinds-s' ? comprends-tu? voux-s' ? veux-tu.
Pour éviter l'hiatus, la troisième personne du singulier prend un t entre le verbe et le pronom quand le verbe est terminé par un e muet : Boute-t-il one saquoei es s' poche, met-il quelque chose dans sa poche; — sereuve-t-il hein possible? Serait-il possible?
La seconde personne du pluriel n'admet dans l'interrogation aucun accessoire pronominal : chanterez? chanterez-vous? dis' oz one saquoei? dites-vous quelque chose?
Seule, la première personne du pluriel wallon offre encore une élision fort remarquable dans la forme interrogative : nos devient n et nos dirons devient dirans-n'? diroDS-nous? saurans-a? saurons-nous? volam-n'? voulons-nous.
La troisième personne du pluriel prend un t intercalaire chaque fois qu'il est indispensable pour éviter l'hiatus ; boutenu-t-ils? mettent-ils?
Avec la seconde manière d'interroger, aucune de ces difficultés ne se présente; seulement, Yi bref tenant lieu de e muet, s'élide dans la prononciation du français. De même que le Parisien prononce Est-ce que f dis? ce qu'il écrit
Est-ce que je dis? le Namurois pourrait écrire Est-ce qui fi dis? ce qu'il prononce Est-ce qui f dis ? J'ai pensé qu'il valait mieux, pour les philologues étrangers, remplacer par des apostrophes les i brefs, substituts de e muet, et s'élidant dans la prononciation. J'écrirai donc : Est-ce qui /' m'esplique hein? Est-ce que je m'explique bien? — Est-ce qui V compreinds tôt? Est-ce que tu comprends tout? — Est-ce qu'il est bon? Est-ce qu'il est bon? — Est-ce qui nos savans tôt ç' qu'il (1 ) -n^y a dains V fœu ? Est-ce que nous savons tout ce qu'il y a dans le feu? Souvent, au lieu de Est-ce qui nos, le wallon dit Est-ce qui n' (Est-ce qui rC savans, etc.). A la deu. xième personne du pluriel, au lieu de Est-ce qui vos, il contracte souvent les trois syllables en Est-ce qui vi' : Est-ce qui vos compirdoz heint devient ainsi Est-ce qui v' compirdoz hein?
Enfin, dans les questions, le pronom /?', le, la, est souvent remplacé, du moins au commencement de la phrase, par sa forme intégrale elli qu'on prononce eir : EU' woeis-s"? le vois-tu? ou la vois-tu? EU' voux-s'? le ou la veux-tu?
(0 Dans II y a, le l de il ne se prononce pas, et, pour éviter l'hiatus entre i et y, le wallon intercale un w tout euphonique : i (1) -n-y a. Le Namurois prononce / gna.