livre
Capillus,
cheveu,
ch'ivia.
Saponem,
savon,
savon,
Episcopus,
évêque.
évêque,
Pauper,
pauvre.
pôvre ,
Coopertus,
couvert,
couviet.
Becipientem ,
recevant.
ricevant,
Piper,
poivre.
poeivre.
Le P final tint bon dans loup, wall. leup, lupus ; champ, wall. ch'amp, campus. Il reste aussi dans cap, tête (de pied en cap) pour cap-wi ; mais il se sifïïe en F dans chef, tête, pour cap-ut. Nous avons de même, en présence, le vieux chevetaine et le plus récent capitaine.
A part les termes où il se change en V, le B reste, surtout au commencement des mots.
Tout le monde coimdiii devoir et avoir, wall. divu et awoei, pour debere et habere. Faba, caballus, liber, mirabilia , hibernum, etc., (leviennent également fève, cheval, livre, merveille, hiver, etc., et en wallon fève, chivau, livre, merveille, hivier, etc.
Le B devant R et L s'est plusieurs fois changé successivement en V-W-U , avec réaction de ce Vou W sur la voyelle précédente. Ainsi tabHa, fab'la, contractés de fabula et tabula, sont devenus en wallon fovle et tovle, fable et table. De même : ;9flra5/a(parabola), ipiw paravle, parawlc, paraule,esi de\enu parole, wall. parole ; comme fabricare par faurcar a donné forger, wall. foarg'i.
Le F se conserve bien.
Mais le V, que les anciens Romains prononçaient comme la demi -consonne anglaise et wallone W, se convertit presque partout en la sifflante femelle V. Quand ce V termine le vocable français ou wallon, il se change en F :
Lat. Brevis,
Franc.
Bref,
W.Bref,
Salvus,
sauf,
sauf,
Cervus,
cerf,
cer/ (le /"sonne)
Nervus,
nerf,
nerf et nier,
Captivus,
chélif,
chetif.
Les nom^bovem et ov-um qui, dans le (Van-
çais, devit'iineut bœuf et œuf, changenl ieiir V (3n U dans le wallon et sonnent hoi\ et ou, Se-vnm perd F dans le wallon si [e moulé à /), tandis que le français lui substitue f dans suif.
Le B a remplacé V dans vervex, wall. berhis, franc, brebis, et dans curvus, franc, courbe.
Le V prononcé à la romaine (VA valant OUA, ou mieux à l'anglaise WA) devint tellement incommode aux bouches wallonnes et françaises que, pour en faciliter l'émission, on le tlanqua d'un G dur en guise d'appoggiature. De là les formes GVA, G VI, GVO (ou gua, gui, guo) pour VA , VI, VO, que le mot lïit d'origine romaine ou germanique. C'est ainsi que vastare devint gvastare (prononcez gwastare) ou guastare, guaster, plus tard gâster. C'est encoi'e ainsi que viscum \)c\v gviscum , guise devint gui. On coimaît GVilhelmus , Guillaume, pour Wilhelm: GValterus-i 0autier, pour Walter ; GVerra, guerre, pour îverra.
Faisons maintenant pour les explosives et les sifflantes des dents ce que nous venons de faire {)our les explosives et les sifflantes des lèvres.
Les deux paires dentales sont :
Explosives : T + D-
Sifflantes : S + Z.
1' subsiste toujours au connnencement des mots.
Mais, dans le milieu des vocables, là où l'ancien roman a un D au lieu du T latin organique, le T disparaît dans l'immense majorité des cas :
.Donata,
Franc.
Donnée,
Wall,
, Donnée
Vita,
vie,
vie.
Catena,
chaîne,
ch'aîne.
Patrem,
père.
père.
Matrem,
mère,
mère,
Fratrem,
frère.
frère,
Putere, .
puer,
puer,
Mutare ,
muer.
muer.
Ce T du milieu reste pourtant dans beaucoup de mots :
. Notare,
Franc.
Noter,
Wall. Noter,
Quietus,
quitte.
quitte.
Tota,
toute.
tote.
Brutalis,
brutal.
brutal,
Débita.
dette.
dette.
Comme le T, s'il tient ferme au début , le D tombe très-souvent au milieu des mots :
,at. Cadere,
Franc.
Choir,
Wall.
, Ch'air,
Crederé,
croire.
croeire.
Claudere,
clore,
clore.
Jnvidia,
envie,
invië.
Medulla,
moelle.
moelle,
Audire,
ouïr,
oui.
La t. Sudare,
Franc. Suer,
Wall. Souer,
Videre,
voir,
voie.
Quand le D se conserve dans le corps des mots, c'est que, d'ordinaire, ces mots appartiennent au français de seconde formation. Comme le fait fort bien remarquer F. Diez, ceci est surtout vrai des adjectifs et des noms terminés en ide et ude : avide, cupide, humide, solide, insipide, habitude, attitude, fidèle {féel, féaux, voilà le vieux français).
A la fin des mots, le D s'écrit et ne se prononce pas, ou bien il tombe tout à fait :
i. Pedem,
Franc.
Pied,
Wall. Pid,
Modius,
muid,
moud.
Nidus,
nid,
nid.
Crudus,
cru,
cru,,
Gradus,
degré,
digré.
Le S qui a le plus souffert est celui qui formait d'abord consonne double avec P, T, G (prononcez ke) dans SP, ST, SG, Pour faciliter la prononciation on sépara d'abord les deux consonnes en rattachant la première, la sifflante S, à un E banal et tout adventice : SCribere, STantem, SPonsus devinrent ainsi: ES-Grire, ES-Tant, ES-Poux. Puis, plus tard , le S ne se prononçant plus, on le remplaça par le signe orthographique
de l'é fermé, rarement par l'accent circonflexe, et l'on eut É-Crire, É-Tant, É-Poux.
La mutation purement orthographique de s en z [nasus, nez ; casa, chez) est d'une minime importance.
Ce qui est plus digne de remarque, c'est le changement de S en R, changement si fréquent dans le passage du vieux latin au latin classique et que nous retrouvons en français et en wallon dansî;ar/e^, wall. i^awr/e^, pourvaslet, vassalletus; orfraie pour ossifraga. Il faut placer ici comme vice-versâ le changement de R en S tel qu'on l'observe dans chaise pour chaire (wall. ch'eière), hesicle pour hericle (wall. bericle), poussière pour pourri ere{wQ\\. poussèré).
Les palatales pures K + ^ n'ayant pas de sifflantes corrélatives dans les langues romanes, le principal fait de permutation qu'elles présentent est leur changement de classe, je veux parler de leur conversion si connue en palato-dentales (ch'-j') J'ai expliqué plus haut (p. 18) comment canis, cantus , etc., sont devenus en wall. ch'ain,ch'antei enfranç.c^cmou chien, chant. J'ai dit aussi comment le G dur, grâce à 1'/ intercalaire, finit par se changer en G' (dj) chuintant. Mais ces changements de ca, co, eu en wall. ch'a ch'Oy ch'Uy franc, cha , cho, chu, ne doivent pas nous faire oublier la pormuta^n en se, si et en
je.ji de ce, ci et de (je, gi , que les anciens Koiriains i)rononçaient ke, ki et (jue, gui, avec des explosives palatales (1). Nous avons bien conservé les signes graphiques c et g ; seulement nous leur reconnaissons devant e et i une valeur toute accidentelle, celle de la sifflante dentale s pour c et celle de la sifflante faible palato-dentaie j pour g, sitïlante que le wallon remplace souvent par son explosive correspondante / ou 0'.
11 y a pourtant des cas, assez rares d'ailleurs, où la lettre latine c, perdant sa valeur de K pour prendre celle de S, a été remplacée par le signe de la sifflante dentale, par s enfin : lat. cingulum (prononcez Ai'«^w/mw), ceinture, franc, et wall. sangle : decimum {dekimum), franc, et wall. dime^ autrefois disme, la dixième partie des produits; junicem, franc;, génisse, wall, ginis.
Parfois le c dur se change en g dur :
\M.Draconem,
Franc.
Dragon,
Wall.
Dragon
Conflare,
gonller,
gonfler.
Secale,
seigle,
Ficm,
figue.
figue.
Craums,
gras,
crés.
( 1 ) Voyez H. Chavée, Lexiologie indu-europcenne, p. 2 1 ; .} .-J. Ampère, Ih'sloire de la formation de la langue française, pag. 250.
Pour être conséquent et montrer toujours autant de respect pour la prononciation, il fallait écrire segond et non second, la forme secondus romanisée.
Ce même c dur (K) se conserve fort bien dans les terminaisons ique, aque, oque, uque, comme dans logique , bourrique baraque, époque, caduque, etc., etc. En revanche, il tombe fréquemment dans le corps des mots et surtout devant e et i.
Lai. Fricare, Franc. Frayer, Wall. Froyî,
Lacryma,
larme.
larme.
Sacramentum,
serment,
serimeint.
i Plicare,
plier,
pleyî,
Mica,
mie,
mie,
Facere,
faire,
fer.
Dicere,
dire.
dire.
Lucere,
luire.
hîre.
Placere,
plaire,
plaire .
II faut remarquer ici, avec F. Diez, que le c a du être élidé dans ces mots avant l'époque de sa conversion en sifflante dentale : facere (fakere) est devenu faere, fâre, faire, avant la formation de faisant, faisons, etc., par facientem, facimus, etc. Ainsi encore plaire et plaisir, walI. plaire et plais i, deux représentants du même placere latin, appartiennent à deux époques différentes de l'or m a lion.
Bien qu'on Irouve des cas nombreux de conservation du groupe organique et tels que acteur (actor), direet (directus), oetobre (octobrem), le c tombe la plupart du temps devant le t :
Lai. S Lrictus, Fr, Etroit (estroit), W. Stroeit,
Noctem, nuit, nutte (nait),
Junctus^ joint, j'ondu,
Factus, fait, fait,
Contractus, contrat, contrat,
Sanctus, saint, saint,
Lactuca, laitue, laitœuwe.
Combien je préfère Tancienne orthographe : Sainct^faictjoinct, estroiet, etc.!
Dans le groupes le c s'assimile presque toujours à la sifflante et donne le groupe ss : axilla, aisselle; eoxa, fr. etwalL, cuisse; laxare, laisser ; et avec s pour ss : fraxinus, frêne (fresne), wall. frêne ; buxus, buis.
Ces deux groupes et et es se changent quelquefois ench. Ainsi Inxare. conservé dans laisser, l'est encore dans lâcher (lascher), wail. laschî ; fleetere devint flèehir, wallon , fléchi ; eoactare, cacher, wall., cach'î
Le groupe latin QV (plus tard QU) valait toujours KW, c'est-à-dire l'explosive mâle du palais suivie de la demi-consonne liquide des lèvres (!i) anglais). Aujourd'hui, dans le français,
ce même groupe a trois valeurs : U K comme dans qui, que, quérir (prononcez M, ke, kérir) ; 2" KU comme dans équestre , quintuple (qu'on l^rononce ékuestre , kuintuple); 3° KOU comme dans équation, loquace, aquatique (ékouation, lokouace, akouatique). Or, de ces trois valeurs, le wallon n'a que la première et la dernière. Comme le français, il prononce qui, que, quand, quaurt (le quart d'un sou), quauteron (quarteron) avec qu •=• k. Rarement qu vaut kou , comme dans quaremme (pour quadregesme, caresme, carême), queri et quère {koueri et kouère, tandis que le franc, prononce kérir, son quérir, lat. quœrere). Les mots wallons quatre et quarante offrent, selon les localités, les deux valeurs wallonnes du groupe qu : kaiie {i ) est la prononciation du Namurois ; kouatte, celle du Liégeois, plus voisine de quatuor.
G dur, l'explosive femelle du palais, se comporte absolument comme son explosive forte k {c dur). S'il reste d'ordinaire au commencement des mots devant a, o, u, il se chuinte ou disparaît dans les syllabes du milieu :
Ldii. Ligare, Franc. Lier, Wall. Loyî,
Negare, nier, * noyî,
(0 Le r est toujours muet dans les terminaisons en Iro, pre, cre^ dre, brc, etc. Vogez pag. 24 et 2o.
L'dl. Inlegrum,
Franc. Entier,
Wall. Etire,
Paganus,
payen,
payen,
AugustuSy
août,
awouss(i).
On trouve toutefois dans des mots décalqués sur le latin : intègre à côté d'entier (mle^er)', négation k côté de nier ; Auguste à côté d'août, etc.
De ga, go, gu, Vi intercalaire a fait parfois gia, gio, giu, et, par la suite, ya,/o, ju en français, j'a, j'o, j'u en wallon. De là : joie, wall. j'ôye pour gandium ; jouir, wall. j'ov pour gaudere ; jaune, wall. j'anne pour galbinus, et trois ou quatre autres.
En parlant des permutations des consonnes labiales, nous avons vu la demi-consonne liquide des lèvres W (anglais, hollandais, wallon, etc.) , tenir le milieu entre la voyelle ou (allem. et lat. u) et la sifflante femelle des lèvres V : OU — We — Ve. Une série parfaitement analogue se produit dans la classe des palato-dentales. On y trouve, en effet, la demiconsonne Y (le j allemand) entre la voyelle / et la sifflante douce du palais / {j français) : I — Ye — Je. Or, la voyelle I, qu'elle soit primitive ou substitut d'un e, a eu, dans les langues roma-
(1) Ss pour st par assiniilalion de la seconde consonne à la première; cfr, fiesse pour fieste (fcstum), tiesse pour testa.
lies, la puissance de s'élever jusqu'à J et même jusqu'à J' {(Ij), en passant par Y, c'est-à-dire par le sifflement palato-dental propre à l'I romain quand il précède immédiatement une autre voyelle. Ainsi le romain icrahe, prononcé jadis YURARE, s'est renforcé en jurer chez les Français et en J'URER (djurer), chezles Wallons, ital. giurare. De même iocuSy iimgcre, iuvenis, etc., sont devenus jeu, wall. fœu; joindre, wall. fondre (prononcez j'onte. Voy. p. 24) ; jeune, \vall./('î/e, etc.
Les nasales Met N restent ce qu'elles sont. Cependant on rencontre cinq ou six exemples de m remplacé [)ar n : mespilum, resté mesple en wallon, se gâte en nè/le (nesfle) dans le français. Les deux langues soeurs disent nappe pour mappa et natte pour matta.
Tandis que le vieux français nous montre diacne pour diaconus et orphenin comme diminutif d'or/j^awws, le français moderne et le wallon, changeant N en R ou L, disent diacre et orphelin, wall. ôrphilin.
On comprend beaucoup mieux l'échange des deux vibrantes : le L présente une grande analogie avec un R alTaibli. Tout le monde connaît le changement de L et R dans franc, et wall , rossignol ^ouv lossignol ou lusciniolus, dimin. de hscinia ; apôtre, wall. apôtre, \)0\\v aj)ostle ou
iipostolus; chapitre, wall. chapitre pour capitulum; chartre, pour carlula; épîlre, pour epislle ou epistola; esclandre pour esclandle ou scandalurriy etc.
Les groupes AL, EL, OL se changent presque toujours en Au, Eu ou Eau, Ou dans le français et en Au ou o, Ia pour iau, Ou ou 6 {6 fermé) dans le wallon :
Falsus,
Franc.
Faux,
W.Faux,
Salvare,
sauver,
sauver,
Cal' dus (calidus),
chaud,
chôd,
Âlbanus,
Aubain,
Auhoain,
Bellus,
bel et beau,
hia (biau),
Pellus,
peau,
pia (piau),
Mantelhim,
manteau,
mantia (mantian)
Follîs,
fol et fou,
Colcar e\iOwv
collocare.
, coucher.
coûchî.
Colpus,
coup,
côp (1).
Nous l'avons déjà vu, le R, en se vocalisant, produit parfois en wallon cet effet si connu du L. De là : quauteron pour quarteron; taute pour tarte; caute pour carte. Et de même que, dans le vieux français, le L restait, tout en produisant cet effet de diphthongue progressivement réduit à un simple son {hault pour altus), le R se rencontre fréquemment en wallon à côté du son a
(1) Voyez, pour l'explication de ce changement de en M, Leœiologie indo-européenne, pag. 157.
qu'il a changé en au : quaurti pour quartier; paurt pour part, taurd pour tard, laurd pour lard, laurg'eu pour largeur, etc., etc.
A propos de laurg'eu pour largeur, le R terminal tombe souvent dans les syllabes wallonnes : peu pour peur. Châles pour Charles, coû pour cour, leû pour leur, etc. Le français fait la même chose quand il prononce mossieurce qu'il écrit monsieur.
La grande mobilité du R explique son changement de place dans quelques mots : fromage, wall. fromag'e, pour formage (de forma, moule); brebis, wall. herhis, pour vervex, sont des exemples de déplacement de R dans la même syllabe; tremper, wall. treimper pour temperare, temprare, nous montre ce même R passant de la syllabe pra (contractée de pera) à la syllabe tem et la changeant en trem.
Le peu d'importance relative des emprunts faits aux langues germaniques m'engage à ne donner ici que deux ou trois observations sur les changements de certaines consonnes tudesques ou gothiques dans leur passage au français et au wallon.
Déjà nous avons vu le français placer un g devant le w demi-consonne liquide des lèvres (w anglais), et j'ai montré comment cette appoggiaturc palatale se plaçait surtout devant
(les W germaniques rei)réseiités par U : guerre (werra, tud. tvêr, guise (wîsa), guerpir et déguerpir (werpen, wairpan), guérir (warjan), garnir (warnen), guinder (winden), guet (wahta), gué (wat), cfc. Le wallon aime beaucoup moins ce G épenthétique. Pendant que le français dit guêres ou guère (wâri, bravement, fort, beaucoup, ang. very), guetter (wahten, ang. to tcail), re-gain pour reguain (wei-de), garder pour guarder (warten), gager pour guager (gotb. \Yadi, tud. wetti), gâchis pour guaschis (waske ail. wascben), égaré pour éguaré (warôn), etc., le wallon, sans appoggiature aucune dut(), àxiioères ou wère (\)Yononcez ouaire), ivaiti, ivayen, aurder pour waurder, loag'i, ivaschiss, ewaré, etc.
Le P indo-européen primitif, tel que l'ont conservé, par exemple, les Romains et les Grecs, fut sifflé ])ar les Germains en F et en PF, absolument comme ils sifflèrent le K en CH ou le T en TH, — TZ ou Z. Le français et le wallon possèdent des mots allemands avec P, T, K explosifs et avec P, ï, K changés en sifflantes. Vous retrouverez l'explosive pure dans fr. pincer, wall. pici pour pfetzen; laper, wall. laper pour lappen-, escraper (vieux), wall. screper pour schrapen; — tarir pour tud. tharrjan; louaille pour goth. thvahl ; tudesque, anciennement tiois pour thiudisk\ — plaque, wall. plaque, pour bas-ail. plack;
boucy wall. boc, pour boch, elc. Au contraire, vous rencontrerez les sifflantes dans griffer, wall. griffer ipouv bas-ail. grypen, tud. grtfan; — grincer, wall. griîici pour gremizon; — déchirer, wall. dischurer pour skerran, etc.
Assez souvent le wallon présente l'explosive k (que) ou Â;' {ch'e), là où le français nous offre la sifflante che, il dit : Manque (blancha) , franque (franka),5^Mme (skina), hach'e (hacke), lech'i (lecchôn), etc., tandis que le français prononce blanche, franche, échme, hache, lécher. Fa\ revanche, la langue française nous offre écume (skùni) 1 rendant que le wallon nous présente schime pour schume=:skûm.
Le sort des trois explosives mineures B, D, G des mots germaniques francisés ou wallonisés est, à peu de chose près, celui de ces mêmes consonnes dans le latin romanisant. Seulement, quand le G est à la fin des mots, il tombe tout à fait dans le roman du Nord : skilling, wall. skellin, fr. escalin ; lotharing, fr. et wall lorrain. Le mot flaming a donné au français flamand et wallon flamin, flamingue.
En terminant cette esquisse de phonologie française et wallonne, il importe de dire un mot de deux signes orthographiques dont on ne saurait méconnaître impunément les fonctions. Il
s'agit de déterminer la valeur étymologiciue de raccent circonflexe et de l'accent aigu.
L'accent circonflexe tient presque toujours lieu d'un S devenu d'abord muet et placé ensuite au-dessus de la lettre qu'il suivait dans la forme première du vocable : nôtre pour nostre ; être pour estrej etc. Mais cet accent remplace parfois d'autres consonnes et même certaines voyelles retranchées. Il remplace un n dans le mot âme pour anme. Dans le wallon, je l'ai employé chaque fois que la voyelle était longue par suite de la syncope d'une ou de plusieurs voyelles ou consonnes : coûch'i, coucher, pour coulch'ier, pour colcar, pour collocare.
L'accent aigu placé sur Vé terminal des participes vaut toujours un T étymologique : honoratus, honorât, honoret, honoré; cantatus, cantat, ch'antet et chantet, ch'anté et chanté; etc., etc.
LËXIOLOGIË
Pour bien apprendre les langues, il faut les créer de nouveau.
G. DE HOMBOLDT.
On ne parle correctement sa langue que lorsqu'on Ta étudiée comparativement avec une autre.
P.-J. Proudhon.
La lexiologie, c'est la science du mot.
Elle répond à cette question : Comment et pourquoi ce que vous dites exprime-t-il ce que vous voulez dire?
Cette science, que notre siècle a eu l'honneur de constituer sur ses véritables bases, était depuis... je ne saurais dire combien d'années... dans les vœux des enfants. A peine le bambin, bien organisé, commence-t-il à connaître sa langue qu'il veut bientôt commencer à la savoir. Et franchement, s'il ne la sait pas, ce n'est pas sa faute à lui, car, d'instinct, il a fait pour cela tout ce qu'il a pu. Ne vous a-t-il pas demandé cent fois pourquoi cet oiseau, cet ar-
bre, ce nioniiinenl, ce meuble « s'appelle comme ça, » de ce nom [liiilol (|ue d'un autre? Et s'il a fini par ne plus vous fatiguer de ses pourquoi de lexiologue en herbe, n'est-ce point parce que vous l'avez si souvent rebuté, désespéré par vos « Laisse-moi tranquille ! » par vos « Pour cela, tedis-je, et puis tais-toi ! »
C'est que l'enfant obéit plus facilement aux lois de la nature qui lui crie : « Comprends, TOLT EST LA, » qu'aux injonctious de la routine qui lui répète : « Apprends, cest assez. »
Eh bien! non, ce n'est pas assez. En matière de mots moins qu'en toute autre, il ne faut pas seulement que l'homme apprenne, il faut aussi qu'il comprenne et il comprendra. Cela est nécessaire, entendez-vous, pour faire un penseur en même temps qu'un parleiu*. Pour le jeune humaniste, la première gymnastique intellectuelle sérieuse doit être, ce me semble, la décomposition et la recomposition méthodique, savante, exacte, des mots qu'il dit ou qu'il entend tous les joiu's.
Or, cette anatomie et cette physiologie des vocables ne sauraient se pratiquer sm^ des mots malades, mutilés^ gâtés, dans leur corps du moins. Voilà pourquoi notre phonologie francowallonne n*a guère été qu'une pathologie des sons, des bruits et des svllabes latines.
Ces mois, usés, vieillis, mutilés, il faut d'abord les rétablir en leur état de santé parfaite et sous leur forme opgantqfe ou intégrale primitive. La plupart du temps, cette forme organique est la forme latine correspondante ellemême. Cependant il arrive que le mot latin est lui aussi un mot malade , comme FA-c-ere pourDHA-c-^re, SU-m pour ESU-m. C'est encore à la lexiologic qu'il appartient de retrouver celle forme intégrale première. Ce travail de reconstitution, j'allais dire de guérison, est appelé Étymologie par quelques linguisles, et notamment par le célèbre Frederick Diez.
En adoptant le mot étymologie avec cette signification toute scientifique, je dirai donc :
L'étymologie qui a pour objet le rétablisse-^ men' du mot dans sa forme organique est le premier degré de la lexiologie.
L'analyse et la synthèse des éléments constitutifs de ce mot bien portant, voilà l'objet de la physiologie et de la psychologie lexiques ou de la lexiologie proprement dite.
Nous ferons donc tour à tour de Vélymologie et de la lexiologie sur les formes françaises et wallonnes comparées.
A mes observations lexiologiques sur ces deux langues et sur leur vie romaine ou arienne, j'ajouterai quelques notions de gram-
niairo (tlexions, conjugaisons), afin de préparer ainsi mon cro(]iiis de Phraséolocfie francowallonne.
Et maintenant, quel ordre faut-il suivre dans l'étude des parties du discours?
Les langues indo-européennes n'offrent que trois espèces de mots simples :
Des syllabes indicatives (pronoms) ;
Des syllabes imitatives ( verbes ) ;
Des syllabes exclamatives (interjections).
La syllabe indicative comme TA, SA, ce, ceci, I, A, celui-ci, celui-là, est un geste oral démonstratif de l'objet perçu. C'est le pronom simple. Le geste visible de la main, de la tète et des yeux semble avoir dû être son accompagnement naturel, inséparable, surtout chez les premiers hommes. C'est de ces indications syllabiques de l'individu ou de la substance que sont sortis les articles, les prépositions, les adverbes et les conjonctions.
J'appelle verbe simple toute syllabe qui rappelle une action par une imitation orale, soit du bruit qui trahit cette action, soit de l'effort qui la pro. duit.
AS, souffler, — KSU, éternuer, — PU, PAW, frapper , — KAKH , rire ( cachinnm ), sont des verbes par imitation de bruit connus depuis longtemps sous le nom d'onomatopées.
Mais quand l'action est muette, la syllabe verbale est constituée par une imitation d'effort : STA, STI, STU, STR, presser sur, appuyer, imprimer, sont des imitations d'efforts.
Par son union avec les syllabes pronominales, le verbe engendre, outre le verbe conjugué, trois autres parties du discours : le participe, l'adjectif et le nom.
Enfin les syllabes exclamatives forment une sorte de langage à part , un langage dont le timbre et l'intonation font toute la puissance : Oh! ah! ouate! sont plutôt des cris que des mots.
S'il s'agissait d'un grand traité de grammaire générale, peut-être me laisserais-je aller au plaisir d'épuiser tout ce qui appartient au pronom (cinq parties du discours!) avant d'aborder la question du verbe et des formes qu'il a engendrées ; mais ici, j'ai pensé qu'il valait mieux traiter du verbe immédiatement après un premier chapitre consacré aux syllabes indicatives et à l'article, ce pronom mutilé.