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A LA CONQUÊTE DE LA LIBERTÉ

prises et leurs dépenses à des perspectives de revenus moins aléatoires.

Telle est l'opinion des financiers et statisticiens qui connaissent le mieux le Dominion et nularament de Sir George Paish, de Sir Frederik Williams Taylor, de Mr. Mcredith, de Lord Strathcona et de Sir Edmund Walker. Celui-ci estime que la situation du Canada commande un « optimisme modéré », mais enfin de l'optimisme. Ce sentiment, Sir Thomas Shaughnessy, lui aussi, l'a exprimé avec toute l'autorité de sa vieille expérience dans la déclaration suivante qu'il a faite vers le milieu de décembre : « Ceux qui connaissent les extraordinaires ressources naturelles du Canada et l'esprit d'entreprise des hommes occupés à mettre en valeur ces ricliesses latentes ne craignent pas pour l'avenir. S'il est survenu un temps d'arrêt dans l'essor économique du pays par suite de la tension monétaire que subissent les marchés internationaux, c'est une bonne occasion pour les Canadiens de reviser leurs comptes et de soumettre à un examen critique les habitudes de dépenses contractées, non seulement par les collectivités, mais aussi jiar les particuliers. »

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il la conquête de la libet^té^'l

Tout semblait marcher au gré des partisans do l'assimilation, lorsque leur plan fut soudnin d(?jout; d'une façon inattendue, comme pour montrer, une fois de plus^ combien est souvent courte la prévision humaine.

La Constitution de 18i0 promettait bien la responsabilité ministérielle, mais ce n'était là qu'un leurre. Les instructions de lord John Russell ne recommandaientelles point à Thomson de tenir la main à ce que le pouvoir fût exercé, comme avant l'Union, par le délégué du Bureau des Colonies îQue devenait, en cette occurrence, la réforme préconisée par lord Durham?

Il y avait alors, au Parlement, un bon nombre de députés qui entendaient que le gouvernement passât aux mains du peuple. Il leur paraissait, avec raison, que tous les embarras des années passées dérivaient de l'irresponFabilité de l'exécutif. Aussi, quelle ne fut pas leur surprise indignée d'entendre le premier ministre. M. Draper, déclarer qu'il n'était responsable qu'au gouverneur? Il se forma alors, au sein de l'Assemblée législative, un groupe d'hommes décidés à faire échec aux idées de Thomson formulées par son premier ministre. A leur tète, parmi les Anglais, se trouvait M. B ildwin, du llaul-Cnnada, qui s'entendait avec M. La Fontaine pour former un parti ayant comme objectif le gouvernement sur les bases de la responsabilité des ministres à la Chambre.

Les événements vinrent favoriser leur projet. Thomson disparut, enlevé par la

(1) Suile et /in. Voii- numéros de France-Canada de décembre 1913, p. 61-66 et de janv. 1914, p. 3-1.

maladie, et sir Charles Bagot, homme modéré, enclin à la conciliation, fut appelé à le remplacer. Une conception large de la situation lui fit comprendre que le gouvernement personnel avait vécu, et que l'idée de la responsabilité des ministres au peuple, si séduisante, avait tellement gagné de terrain depuis qu'on l'avait fait luire aux yeux de la multitude, que c'était folie de vouloir lui faire obstacle. Après la retraite de Draper, incapable de dominer la députation à cause de ses idées rétrogrades, Bagot confia à La Fontaine le soiu de former un nouveau ministère. Ce grand homme d'État eut bientôt fait de constituer, avec le concours de Baldwin, un Cabinet accepté par rAsscrablée populaire.

Tout marchait au gré des amis du régime pnriementaire selon la formule de Westminster Palace, lorsque, après la mort de Bagot, survint une complication inattendue. Son successeur, sir Charles Metcalfe, qui avait exercé le pouvoir aux lades et à la Jamaïque en maître absolu, se mit en tête de reprendre la tradition de Thomson. Son intention de régner et de gouverner se manifeste clairement dans une lettre qu'il adresse à lord Stanley, ministre des Colonies, quelques jours après son arrivée su Canada.» On exige, écrit-il, que je me livre entièrement à mes ministres, que je me soumette à leurs ordres, que je n'aie pas d idée à moi... et que je fasse une déclaration non équivoque sur ces points, impliquant la mise au rancart du gouvernement de Sa Majesté. Faute de me soumettre à ces stipulations, on me menace de la démission de M. La Fontaine. Inutile de dire que je n'ai nullement l'intention de déchirer la Commission de Sa Majesté en me pliant aux conditions prescrites ». L'absolutisme de .Metcalfe vint se heurter à )a détermination de son premier ministre de ne pas céder un pouce du terrain gagné, grâce à l'esprit libéral de Bagot.

Metcalfe a\ant nommé deux fonctionnaires sans consulter La Fontaine, celui-ci remit son portefeuille. Il s'ensuivit une crise qui dura jusqu'au départ de Metcalfe. L'équilibre finit ensuite par se rétablir et dès que La Fontaine et Baldwin revinrent au pouvoir (1848), les ministres canadiens eurent leurs coudées franches au même degré que ceux de Londres.

La correspondance échangée entre Metcalfe et La Fontaine fait ressortir le grand écart d'idées qui les séparaient en matière de droit constitutionnel applicable aux colonies. Le gouverneur entend bien retenir, d'après les lettres de Metcalfe, tout le pouvoir entre ses mains ; ses ministres lui doivent compte de leur conduite; au Parlement, ils ne sont que ses secrétaires. Tout autre est la conception des fonctions ministérielles chez La Fontaine. La représentation nationale : voilà la source d'où découlent les pouvoirs, et c'est à la Chambre qu'il est responsable. Au gouverneur appartient de donner aux mi nistxes des conseils qu'il s peu vent suivre ou ne pas écouter.

C'est l'application du régime parlementaire intégral. Pour éclairer la situation et expliquer l'attitude de Metcalfe, insistons encore sur le fait que l'Angleterre ne nous croyait pas alors de force à exercer \e sel f-gove minent dans sa plénitude, et remarquons que jamais l'épreuve de ce régime n'avait encore été tentée dans une colonie. Se reportant aux idées tories de l'époque de George III, Metcalfe veut recommencer la bataille de la prérogative royale contre les privilèges des Communes. Qu'en Angleterre, les Communes soient depuis nombre d'années le pouvoir suprême, que le chef de l'Etat s'y renferme dans une prudente passivité, passe encore ; mais pareille chose n'est pas tolérable dans une colonie. Les prétentions de La Fontaine sur ce point le font sourire de pitié.

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