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A LA CONQUÊTE DE LV LIBERTE H

Le succès des Canadiens en matière d adniinislralion devait bientôt démontrera Londres que lAngletLrrc ne possédait pas le monopole de la sagesse politique.

LaluHe sur le terrain couslitulionnel eut un excellent résultat. Elevant léncrgie combative des deu.\ nouveaux partis canadiens au-dessus des antagonismes de race, pour leur substituer des préoccupations d'ordre purement constitutionnel, elle finit par ramener la sérénité dans une atmosphère souvent troublée jusqu'alors par de violents orages.

Grâce à cette orientation rationnelle de la politique, les ardeurs combatives des deux races, prêtes à continuer la bataille d'autrefois, se trouvèrent canalisées dans une nouvelle direction. Le jour où Baldwin et ses amis déclarèrent à La Fontaine qu'ils reuonçaientàcourir sus aux» Frenchmen », mais pour se ronceiter avec lui dans le but do s'emparer du pouvoir pour Fexcrcer selon les règles de la justice, les rangs des Cuia liens français s'ouvrirent largement aux nouveaux venus, et l'armée, ainsi formée, s'élança à lassaut de l'absolutisme. Du moment où les forces obéirent à cette impulsion contraire aux idées d'autrefois, nous eûmes ville gagnée, et la conquête de nos libertés se fit à marches rapides.

Sachons tirer de ces luttes du passé des leçons utiles au présent. Elles font saisir la grande puissance de la modération et de l'esprit do conciliation qui prévalent de nos jours. Il s'est formé, d'après les principes de La Fontaine et de Baldwin, une école d'hommes politiques qui se sont fait une conception exacte des vraies conditions d'existence du Canada, conception basée sur le respect réciprociue des droits et des préjugés des uns et des autres, cl sur la tolérance des opinions religieuses du voisin. C'est ce que la plupart des chefs de nos partis se sont constamment appliqués à faire entendre au peuple, porté parfois, dans les époques de crises, à perdre de vue ces saines doctrines. Certains démagogues du cru trouvent que nous sommes loin du bonheur politique absolu. Il y a, en toutes choses, un idéal de liberté et de bien-être auquel il n'est pas donné à l'humanité d'atteindre. Bien imprurlenis, bien dangereux pour la société sont ceux qui ne veulent lien de moins que cet idéal. Désirons-le, mais sachons nous contenter du possible.

Certes, si nous comparons notre situation à celle des autres pays, nous n'avons rien à leur envier. (Ju'on nous montre un État plus libre que le notre au point de vue religieux, un Etat où la nomination des évoques, par exemple, sVtrectue avec plus de facilité que chez nous. (Jtii ne connaît les ennuis que le pouvoir civil, dans maintes contrées catholiques, multiplie chaque fois qu'il s'agit de pourvoir à la vacance d'un siège épiscopal '. Et en matière d'instruction publique, notre liberté n'est-elle pas illimitée ? .Nous sommes tellement habitués à l'espèce de souveraineté dont nous jouissons en toutes choses, que nous n'en mesurons pas souvent toute l'étendue. Sous quel autre régime aurait-il été possible d'organiser publiquement, au grand jour, un corps de soldats canadiens pour les envoyer au secours du Pape, comme cela s'est l'ait chez nous (en l«(j8 et IS7t») ; C'était une entreprise fort louable au point de vue catholique, qui est le nôtre, mais peu sympathique aux protestants. Pareil fait aurait il pu se produire aux Etats-Unis, cités partout comme le pays le plus libre du monde ! Un simple prétexte de violation du droit international aurait tout arrêté. Et que d'autres preuves de notre indépendance il serait possible de citer.

Les deux provinces se sont unies en apportant, l'une, un esprit de conciliation, et l'autre, une somme de préjugés à notre endroit. .Aux yeux des gens de l'Ouest, nous

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étions, certes, vers 1840, en posture de rôle inférieure 1 Le temps a eu raison de ce fâcheux état d'àme chez nos voisins. Au contact des Canadiens, les députés de TOuest ont senti se dissiper les nuages de préjugés qui obnubilaient leur vue. Cartier, voyageant, il y a cinquante ans, du côté de Toronto remarquait, partout où il s'arrêtait, l'effarement des farmers à sa vue. Otant un jour son chapeau devant un groupe ahuri, il dit avec sa brusquerie habituelle : « Vous voyez que je n'ai pas de cornes ; si j'avais le temps de retirer ma bottine, vous constateriez que je n'ai pas le pied fourchu. » On a fini par nous voir un peu tels que nous sommes. Nous n'oserions pas cependant dire que tous les yeux de là-bas voient juste encore aujourd'hui.

Il nous a été donné d'assister, à Ottawa, en 1893, à un spectacle inoubliable. Tous les centres libéraux du Canada étaient alors représentés par leurs délégués à une convention, dans la capitale, sous la présidence de leur chef, M. Laurier. On ne rencontrait par les rues que de longues tiles de délégués de l'Ontario et des provinces maritimes. C'était un épanouissement de la race anglo-saxonne dans sa pleine efflorescence. Ce qui nous étonnait, nous émerveillait, nous remuait le cœur, en tenant compte des préjugés d'autrefois et des antipathies de race, c'était de voir la poitrine de tous ces descendants de haïsseurs de Français ornée du portrait d'un Canadien, de notre compatriote M. Laurier. Et dans le nombre, il se trouvait bien des (ils de ceux qui demandaient, en 1840, la déchéance des Canadiens. Ce simple fait prenait à nos yeux la proportion d'une réhabilitation nationale. (Jue de chemin parcouru depuis le voyage de Cartier et depuis les vœux de la Chambre du Haut-Canada qui réclamait, avant l'Union, notre asservissement pur et simple.

L'union des deux provinces nous a valu vingt-sept années de prospérité bien marquée. Après la bataille constitutionnelle gagnée, notre Parlement songea au progrès matériel du pays, et son effort tendit à créer la richesse à côté de l'épanouissement de la liberté politique. Ce fut le commencement de lère des chemins de fer. On vit bientôt les voies ferrées s'étendre de l'Est à l'Ouest du Canada, reliant les grands centres les uns aux autres, rapprochant de la mer les parties éloignées du pays. Il y eut une poussée d'énergie qui transforma le Canada. Il en allait autrement dans le domaine de la politique, où le sentiment parliculariste du Haut-Canada, et un esprit agressif à l'égard de notre province se ressaisirent, après quelques années, avec violence.

La province occidentale, entrée banqueroutière dans l'Union, et avec une population inférieure à celle du Bas-Canada, oublia les avantages qu'elle avait tirés de l'association, dès que ses habitants eurent dépassé en nombre ceux de son alliée. L'égalité de représentation de chaque province au Parlement, qui lui avait semblé rationnelle auparavant, prit les proportions d'une injustice insupportable, dès qu'elle se sentit numériquement plus forte que nous. Les Hauts Canadiens réclamèrent la représentation au Parlement basée sur le nombre des habitants, c'rst-à-dire la haute main sur toutes les affaires du pays. N'était-ce pas de l'ingratitudeUl n'y a qu'à citer l'opinion de Metcalfe lui-même, sur les raisons qui décidèrent les Haut-Canadiens à entrer dans l'Union, pour mettre en relief l'esprit qui animait une partie de nos voisins : « The Union, dit-il, vvas effected without the consent of Lower Canada and with the hesitating but purchased assent of Upper-Canada. The Upper-Canadians were induced to agrée to the measure by the advantage of putting a share of the burden of their debt and ezpenditure on LoAver-Canada ».

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Comme on nous avait forcés de leur rendre service, nos voisins se crurent d/^gngés de toute reconnaissance à notre ('■gard. Leurs aspirations à la suprématie suflirmaient, de jour en jour, avec plus de violence. Nos représentants, avec l'appui des modérés du Haut-Canada, réussissaient à mater nos ambitieux voisins, mais il devenait urgent de savoir jusqu'à quand il nous serait possible de résister à leurs prétentions, c'est-à-dire, à une revision de la Constitution, au préjudice de notre indépen(tance? Le principe de la représentation basée sur le nombre, juste en soi, ne l'était pas dans l'espèce; car il aurait porté atteinte, dans son application, à l'entente qui régnait au Canada, depuis 1840, et qui avait acquis la force d'un pacte accepté de part et d'autre. Il y avait lieu de craindre, sous la pression d'un fanatisme intéressr, une concentration des forces anglaises des deux provinces.

De la crainte d'un conflit entre les deux provinces, conflit qui aurait tout paralysé, naquit le plan d'une confédération des colonies anglaises. Depuis iSàl, le gouvernement ne s'était guère dégagé de l'emprise de l'école La Fontaine-Baldwin, soutenue par la majorité des députés de langue française, associés à la minorité de leurs confrères anglais du Haut-Canada. Cette alliance bienfaisante pour les d( nx régions du pays servit de prétexte à une protestation ridicule. Onclques Anglais, fauteurs de troubles, s élevèrent contre la présence prolongée au pouvoir de ce qu'ils appelaient la prédominance française, au cri de : « No French domination ». Cet appel réveilla les passions endormies plutôt qu'éteintes et, en excitant le sentiment bien anglais do la supériorité anglo-saxonne, rangea en bataille l'Ouest du pays contre l'Est. Cartier et Macdonald, les successeurs de La Fontaine et Fîaidwin, craignant d'être débordés par le fanatisme débridé, cherchèrent un remède à la fâcheuse agitation qui menaçait de mettre aux prises les différents éléments de la population. Ils se décidèrent à opérer l'union de toutes les provinces anglaises dans une confédération modelée sur le système américain dans ses grandes lignes, tout en conservant le régime parlementaire anglais pour l'action gouvernementale. En agrandissant le champ d'action, en créant des autonomies distinctes, ayant chacune le contrôle de ses intérêts essentiels et unies seulement pour des tins d'intérêt général, nos hommes d'Etat comptaient faire disparaître, ou tout au moins diminuer, les causes de conflits dangereux.

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