LA CONFÉDÉRATION
Union des provinces anglaises de i Amérique du Sord.
Lorsqu'il fut décidé, en 18t)4, de constituer une Ihiion des provinces anglaises de l'Amérique du Nord, une importante question surgit dès l'abord. Le nouvel Etal serait-il assis sur la base du système fédéral ou sur celle d'une fusion de toutes les provinces en une seule unité, un seul parlement! Les Anglais inclinaient vers ce dernier projet vivement combattu par Cartier, représentant des Français.
Il posa, comme condition i-/'»i; qua non de sou adhésion à l'Union, l'application du système fédéralif qui donnerait à chaque province son autonomie particulière.
La mise en œuvre de cette combinaison assura le salut de la province de Québec. Cet isolement relatif de l'élément français, situé à part eu ce qui regardait ses droits essentiels, le mettait à l'abri de toute entreprise hostile. Eu effet, depuis quarante-
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six ans, les Franco-canadiens ont joui de la grande liberté que leur accorde la constitution en matière d'exercice de leur religion, des lois civiles et de l'instruction publique. C'est à la législature provinciale que ressortissent ces importantes matières. Dans l'union législative avec un seul Parlement, à Ottawa, il n'aurait guère été possible d'établir le régime parliculariste dans lequel fc développe la province française.
A Québec siègent un gouvernement et une législature dans lesquels domine l'élément français. Les délibérations s'y font dans notre langue, avec droit pour la minorité d'origine britannique de parler l'anglais.
La province de Québec, comme ses voisines, ne relève du gouvernement fédéral qu'en ce qui concerne les intérêts généraux du pays, très considérables, il est vrai. C'est au Parlement fédéral que s élaborent la politique commerciale, les tarifs douaniers, la législation qui intéresse la défense du pays, les grands travaux publics d'une utilité générale.
On a blâmé les chefs canadiens français de l'époque d'avoir accepté la Confédération. On a eu tort. Nous ne pouvions pas rester à l'écart des grands mouvements d'opinion dans ce pays. Si nous n'avions pas participé à la création du nouvel ordre de choses, il se serait fait sans nous et probablement contre nous.
Le succès de la Confédération, au point de vue matériel, .tient du merveilleux. Depuis ISe*/ aucun pays au monde n'a eu vers la prospérité un élan aussi considérable que le nôtre. Il n'y a qu'à jeter les regards autour de soi pour constater le développement extraordinaire de la fortune publique. Nous n avons pas à redouter la comparaison, même avec les Etats-Unis, qui symbolisent aux yeux du monde le progrès matériel dans son essence.
Il nous a été donné à nous Canadiens, sous le régime actuel, un surcroit de liberté. On a parlé jadis, en certains cercles, de ce qui serait l'idéal pour nous une république française sur les bords du Saint-Laurent. Il serait difficile de faire le compte des libertés que nous donnerait, en outre de celles dont nous jouissons, le régime rêvé. Que pouvons-nous désirer de plus, en fait de liberté religieuse et de liberté politique que ce que nous avons au Parlement de Québec t Nos lois, le contrôle absolu sur l'enseignement, tout est de notre domaine absolu.
Malgré vingt années d'Union, le Haut et le Bas-Canada n'étaient pas plus amis à l'heure de la Confédération qu'à l'origine de leurs relations politiques : mariage de raison ou plutôt forcé, qui n'avait pas tourné au gré de ses instigateurs. L'antipathie de race — du moins d'un côté — avait élevé une cloison élanche contre toute pénétration amicale, basée surla solidarité des intérêts. L'union ne s'était établie qu'entre les esprits supérieurs. Disons cependant, à Ihonneur de la province française, que jamais, durant l'Union, les préjugés de religion ou de nationalité n'ont marqué ses rapports avec ses voisins.
Les Canadiens français — les trois cinquièmes de la population dans l'autonomie de Québec — ont fait preuve de la plus grande condescendance à l'égard de la minorité laissée absolument libre dans les questions d'enseignement II en est tout autrement dans les provinces anglaises où le français est ou presque proscrit ou gêné dans son expansion, frisle constatation, nos concitoyens doivent sans cessclutter pour la survivance de celte langue qui, durant des siècles, a été la seule parlée sur les rives des grands lacs et dans la profondeur des forêts de l'Ouest.