IMPRESSIONS DE VOYAGE AU CANADA
Je vais maintenant vous donner lecture de la lettre de M. Cochery :
« Mon CIlEIl PRtSlDE.NT,
« Je suis navré et dùsolé. Je me faisais un grand plaisir d'aller passer quelques heures au milieu de Canadiens-Français et aussi de Français-Canadiens ; cela me rajeunissait de dix ans, et je comptais dire toute mon admiration pour ceux qui conservent avec une fidélité admirable le souvenir de leur origine et revendiquent hautement leur race.
« Hélas ! l'homme propose et... la grippe dispose (sourires/. Je luttais depuis trois jours, mais j'ai dû m'incliner devant la fatalité : mon niéde;-in m'interdit absolument de sortir. C'est uu gros crève-cœur de manquer à cette fête de famille et de ne pouvoir dire mon profond attachement aux Français restés Français, malgré tant de vicissitudes, et faisant progresser la langue française, la race française avec une persévérance au-dessus de tout éloge et un succès qui leur réserve un si brillant avenir.
« Merci de m'avoir convié à célébrer avec vous cet honneur de notre race. Merci mille fois et croyez à mes regrets les [dus vifs et à toute ma désolation. « Bien cordialement à vous.
« Georges Cochery. »
(Applaudissements.)
Personne plus que moi, Mesdames et Messieurs, ne regrette l'absence de M. Cochery, d'abord par charité, pour lui-même, et aussi par égoïsme, parce que cela me met dans l'obligation de prendre la parole sans aucune préparation, ce qui est toujours désagréable pour un homme qui n'a j)as l'habiliide de l'improvisation. Je veux, du reste, vous faire le moins longtemps possible allcndrc le plaisir d'entendre les deux orateurs qui doivent vous entretenir ce soir, et qui le feront avec tout l'art, tout le talent, tout l'intérêt que vous devinez.
Je ne peux pas, cependant, — ayant fait partie de la Mission Champlain qui, il y a deux ans, a clé si bien reçue au Canada, — je ne peux pas ne pas dire combien tous ceux qui ont fait partie de cette mission conservent le souvenir fidèle et ému des jours que nous avons passés là-bas.
Je ne vous parlerai ni du Canada de l'Ouest, dont doit vous entretenir M. Philippe Roy, ni du Canada de l'Est dont doit nous parler l'éminent bâtonnier des avocats, M= Labori. Je ne vous rappellerai qu'un trait de notre arrivée au Canada. C'était à la station de Saint-Jean. Nous devions y rester seulement cinq ou six minutes, d'autant plus que le soir était arrivé et que nous étions attendus h Montréal. Il y avait une foule considérable H la gare ; il fallut que, d'abord, M. Hanotaux descendit, puis un autre, puis un troisième, bref tout le monde: c'était une population entière qui nous faisait une ovation attendrissante. M. Barthou, dont nous regrettons l'absence, aurait pu vous rappeler — je crois qu'il l'a fait déjà — qu'une femme portant son bébé dans les bras s'avança vers le premier de nous qui était là — c'était justement M. Barthou — on lui disant : « Oh ! Monsieur, embrassez mon enfant, que je puisse lui dire plus lard qu'il a été embrassé par un Français de France. )^ (Âpphudissements.J Quoiqu'un homme politique soit endurci par toutes sortes de vicissitudes, M. Barthou est un homme sensible, — je peux bien le dire, puisqu'il n'est pas là; — il no rougira pas de cette marque de sensibilité : il est bien du pays du Béarnais, il a le cœur chaud; bref, il y est allé de sa larme. (Sourires, applaudissements.)
Je tiens à remercier une fois encore les Canadiens de l'accueil qu'ils nous ont fait à Montréal et à Québec, de la soirée que nous avons passée à l'Université Laval. Du reste, je reçois encore au 1" janvier un petit mot aimable des étudiants de l'Université. Il en est de même du colonel du régiment de Montréal, et cela montre combien, là-bas, on a gardé un souvenir profond de notre voyage.
Je ne veux pas insister davantage ; mais je considère comme un devoir de conscience dadresser tous nos remerciements aux Canadiens, au nom de la Mission Champlain.
Je donne la parole à l'honorable M. Roy, qui veut bien nous entretenir de l'Ouest du Canada, i Applaudissements . i
Discours de l'Hon. Philippe Roy,
Commissaire général du Canada en France.
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Je désire tout d'abord remercier le Comité France-Amérique et la Canadienne qui, chaque année, veulent bien consacrer un de leurs dîners mensuels à une causerie sur le Canada.
Il est naturel que j'en sache particulièrement gré à vos Associations et qu'à mes yeux rien ne justifie mieux que cette aimable coutume leur existence si utile et si appréciée.
En Amérique, le Canada n'est pas à proprement parler un Etat, mais par son étendue, ses richesses et même par sa constitution politique, il en revêt presque tous les caractères. Et si l'on examine quels sont les éléments qui composent la population canadienne, on s'explique peut-être encore mieux pourquoi un Comité qui s'appelle France-Amérique trouve utile de s'occuper du Canada.
La population du Canada est de 8.000.000 d'habitants dont le tiers est d'origine française.
En dehors de la France, le Canada est le pays où il y a le plus de Français, et sa métropole commerciale est la deuxième grande ville française du monde entier.
M' Labori vous parlera plus particulièrement de la région Est du Canada. Je m'appliquerai à vous communiquer les impressions d'un voyage récent que j'ai fait dans les provinces de l'Ouest canadien.
Avant d'entrer dans le vif de mon sujet, je veux, Monsieur le Président, vous dire combien les Canadiens seront heureux et vous seront reconnaissants d'avoir bien voulu accepter de présider cette réunion. Votre nom et celui de vos collègues de la délégation Champlain ne sont pas oubliés dans mon pays, et le souvenir du séjour que vous y avez fait est resté profondément gravé dans le cœur des Canadiens.
Maître Labori, j'ai lu les appréciations que vous avez données à. la Presse française à votre retour du Canada. L'enthousiasme et la sincérité avec lesquels vous avez parlé de notre pays a créé une impression profonde chez les Canadiens. Je sais qu'ils vous en sont vivement reconnaissants et je sais aussi quel charmant souvenir ils conservent du trop court séjour que vous et Mme Labori avez fait parmi eux. (Appl.)
Messieurs, ces visites que vous faites au Canada remplissent une mission dont vous ne voyez peut-être pas toute la portée. Par vos talents incontestables et votre parole éloquente, vous donnez aux Canadiens d'origine anglaise une vision très nette de notre belle mentalité française et vous contribuez ainsi à établir des relations meilleures entre les Anglais et les Français du Canada.
Je voudrais que tous les Français retiennent et fassent leur cette pensée. Peut-être