‹ France-Canada (volume 3)Chapitre 15 sur 39 · A. J. DE BRAY LE MUSÉE COMMERCIAL BT · texte numérisé non relu

A. J. DE BRAY LE MUSÉE COMMERCIAL BT

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FRANÇOIS LEFORT Les CAPITAUX EUROPÉENS

au Canada, les Cbehins de fer et l'affaire df Québec Railwat.

M. G Les exportations du Canada en France.

Les faits du mois.

M. G '. Février 1913.

Le musée commercial et industriel de Montréal et les intérêts français.

Montréal, février 1913.

En créant l'École des Hautes Études Commerciales de Montréal, le gouvernement de la province de Québec a voulu qu'un vaste musée commercial et industriel lui soit annexé. C'est une heureuse idée. In tel musée, s'il est bien organisé, doit présenter plus qu'un simple intérêt de curiosité et même plus qu'un moyen d'éducation. Il doit avoir une autre portée et être un instrument d'utilité pratique, parce qu'il doit permettre, dans un court laps de temps, de taire l'inventaire des produits naturels et manufacturés de tous les pays, donc de ceux dont la production et la consommation intéressent l'industrie et le commerce nationaux.

Les collections d'un tel musée constituent une documentation économique vivante. Si la classification est bien comprise, la visite d'une section donnera une idée infiniment plus nette et plus précise de tout ce qu'il importe de savoir su un produit déterminé, que la consultation d'annuaires, de statistiques, de recueils consulaires et autres documents souvent incomplets. En outre, il faut

tenir compte de ce que les intéressés voient les échantillons et peuvent ainsi les apprécier.

La mission du musée commercial et industriel est double ; elle consiste à faire connaître aux négociants et aux industriels du pays et aux étrangers de passage : 1° les productions naturelles et manufacturées nationales, et particulièrement celles qui sont susceptibles de trouver des débouchés sur les marchés étrangers ; 2° les productions naturelles et manufacturées de l'étranger et particulièrement celles qui sont susceptibles de trouver un débouché sur le marché national. Pour remplir cette mission, indépendamment d'une exposition de produits, il convient donc d'avoir un bureau où il est possible d'obtenir des renseignements sommaires. Dans le principe, c'était d'ailleurs là le but essentiel des expositions universelles et internationales, mais on sait combien elles ont dévié et il est inutile d'insister ici sur leur caractère actuel ; il faut retenir de plus qu'elles présentent le grand inconvénient d'être de courte durée. De là est venue l'idée de créer des musées commerciaux, qui ne sont autre chose que des expositions permanentes desquelles on a enlevé tout ce qui ne présentait pas un caractère d'utilité commerciale et industrielle nettement tranché.

Tous les pays se sont attachés à procurer à leurs nationaux ce précieux organisme de documentation économique. Le premier en date est le K.K. Oesterreichisches Handelsmuseum de Vienne, créé en 1873. Les principaux sont ceux de Lille et de Rouen pour la France, de Bruxelles et d'Anvers pour la Belgique, l'Impérial Institulede Londres, pour la Grande-Bretagne, l'ExportMusterlag de Stuttgart pour l'Allemagne, le K. Handelsmuseum de Budapest pour la Hongrie, l'International Commercial Bureau de Philadelphie pour les Etats- Unis, et bien d'autres encore, car nous ne citons ici que ceux que nous avons pu visiter.

Ces institutions eurent à lutter contre l'indifférence du public, et n'y sont pas toujours parvenues en raison de ce que les organisateurs n'ont pas su leur donner un esprit pratique et exciter la curiosité, non seulement de ceux qui pouvaient y trouver de l'intérêt, mais du public en général qui devait assurer une publicité effective. Ils auraient dû, par exemple, veiller d'une façon continue à ce que les échantillons soient renouvelés périodiquement de façon à maintenir sans cesse l'exposition en harmonie avec les progrès industriels. Ils auraient pu encore organiser des expositions temporaires pour certaines matières premières ou certains produits manufacturés, présentant un intérêt spécial pour la région. Une publicité habile aurait dû en être le complément, signalant à l'attention du public les mille petits faits qu'une organisation intelligente peut provoquer, mettant ainsi continuellement présents à l'esprit le musée, ses échantillons, ses avantages.

Tous les musées qui ont été organisés, — il y en a plus d'une centaine d'importance variable répartis dans le monde, — ne sont pas exactement du mfme type. Ils varient selon les buts poursuivis et ceux-ci dépendent des régions; certains doivent servir do documentation pour le commerce, d'autres plus spécialement pour l'industrie, d'autres encore pour le commerce d'importation ou pour le commerce d'exportation se faisant avec une région déterminée.

Quel sera le caractère du musée qui est en voie d'organisation a .Montréal? Cette institution va s'efforcer de réunir tous les produits naturels et manufacturés du monde et de les classer méthodiquement. Elle dispose à cette fin de locaux spacieux, construits spécialement en matériaux incombustibles el sera divisée en deux sections, l'une canadienne, l'autre étrangère, chacune d'elles étant subdivisée en un certain nombre de classes selon le caractère des produits : textiles, alimentaires, sidérurgiques, etc. Le rez-de-chaussée et chacune des trois galeries sont meublés de vitrines destinées à recevoir les échantillons qui seront disposés de façon à donner un coup d'œil d'ensemble de bon aspect. Dans la mesure du possible, les produits exposés seront accompagnés de photographies montrant la récolte ou l'extraction des matières premières, leur transport, les usines où on les traite, les procédés de fabrication, etc. Pour chacun des produits, de petits planisphères indiqueront pur des signes conventionnels les lieux de production et les lieux de consommation.

Les avantages d'une sérieuse participation à une telle exposition sont évidents : les participants trouvent là la meilleure, la plus efficace des publicités et il est à retenir qu'elle est absolument gratuite, le musée Commercial et industriel de Montréal n'étant pas une entreprise ei ne réclamant aucun frais d'emplacement. Cette publicité s'adresse à la fois au consommateur, qui apprend à connaître des produits dont il ignore parfois l'existence, et aux négociants qui peuvent par les renseignements qu'ils y trouvent s'adjoindre de nouvelles agent

Voici une opinion émise par une revue montréalaise sur cette question : « Au sujet des nouvelles acquisitions, il serait peut Être lui de luire remarquer, en passant, que, dans les musées de l'espèce, ces acquisitions sont principalement des dons de négociants et d'industriels, qui trouvent dans ces mUSêes une exposition permanente de leurs produits el, eu conséquence, une publicité continuelle et pour ainsi dire gratuite, puisqu'il suffit pour eux de faire le sacrifice des objets qu'ils exposent et de donner à ces objets un cadre, un aspect, qui soit de nature à attirer l'attention. »

Le musée commercial et industriel étant annexé à l'Ecole des Hautes Etudes commerciales de Montréal, il en résulte pour l< ta un autre avantage

qu'il importe de signaler. Les étudiants de l'École des Hautes Études, qui dans quelques années occuperont des situations supérieures du commerce, de l'industrie, de la finance, sont en contact quotidien avec les objets exposés, apprennent à les connaître, car ils servent dans leurs études pour différents cours, tels que la technologie, l'étude des produits commerçables, la géographie commerciale et industrielle, les moyens de transports, etc. ; ces objets sont transportés dans le grand amphithéâtre qui est contigu au musée et là on étudie les matières premières, leurs qualités, les sortes commerciales, les provenances, les procédés de fabrication, les falsifications, les altérations naturelles, les modes d'emballage, etc. ; on les analyse, on les examine au microscope et on les montre en projections.

M. le consul général de France Bonin et l'honorable sénateur Dandurand, président de la section canadienne du comité France-Amérique, qui ont visité récemment les salles destinées au musée, ont émis le vœu d'y voir la France largement représentée, estimant que ce serait là une initiative qui serait certainement féconde en résultats .

Le moment est propice pour activer le mouvement des échanges avec le Dominion. L'accord commercial conclu récemment entre la France etle Canada et dont les avantages ont été mis en lumière par M. le professeur Montpetit, l'actif et dévoué secrétaire général du comité France-Amérique de Montréal, commence à faire sentir ses effets (1). Le marché canadien vaut la peine qu'un effort soit tenté pour y prendre pied. Les producteurs français, certains du moins, peuvent avoir les meilleures raisons de croire qu'il ne faudrait pas que cet effort soit bien grand pour qu'un courant suivi d'affaires s'établisse.

Commentant les statistiques du commerce canadien parues récemment pour l'année 1911-1912, nous faisions observer que, si la moyenne déceunale de nos échanges avec la France avait été légèrement inférieure à celle de nos échanges avec l'Allemagne durant la dernière décade, la courbe indiquant le volume de notre trafic avec la France se redressait plus vivement, en d'autres termes, les progrès du commerce franco-canadien sont plus rapides (2).

Le mouvement de nos échanges est donc satisfaisant (3) mais il y aurait

(i) V. Revue Economique Canadienne. Vol. I, pp. 171 et 251 (Les deux conventions commerciales franco-canadiennes).

(2) V. dans Revue Economique Canadienne de novembre 1912, notre article « Notre commerce extérieur ».

(3) Voici 1ns chiffres du commerce franco-oauadien pour les quatre dernières années.

Importations 8.197.435 10.109.5U 11.563.775 11.744.664

Exportations 3.170.096 2.640.648 2.782.092 2.123.7ob

Commerce général.. 11.373.531 12.750.192 14.345.865 13.868.369

possibilité de faire mieux et pour que les progrès signalés continuent, il est indispensable d'exercer la plus active vigilance. Il convient de remarquer que la participation de la France dans le trafic total pour l'année fiscale finissant le 31 mars 1912 n'est que de 1,6 % ; dans les importations de 2,1 % et dans les exportations de 0,7 %. Ce pourcentage pourrait et devrait être plus élevé. La Chambre de commerce française de Montréal a publié récemment un volume intéressant à l'occasion de son vingt-cinquième anniversaire, contenant une étude sur le commerce extérieur du Canada considéré au point de vue français (1). Les exportateurs de France devraient méditer les conseils fort judicieux donnés dans cet article très documenté et se terminant par ces mots : « Nous sommes ici dans le royaume incontesté de la publicité. Elle est une puissance irrésistible avec laquelle il faut compter. Nous disons aux exportateurs français : Pas de publicité; pas de marche .

Une participation bien comprise au musée commercial et industriel de .Montréal constituerait une publicité qui serait de nature à promouvoir les intérêts français. Des milliers de visiteurs Canadiens et Américains visiteront chaque année cette exposition, la première du genre au Cauada.

Quels sont les moyens pratiques d'assurer cette participation? Le Comité France-Amérique peut beaucoup à cette fin. Son éminent président, M. G. Hanotaux, disait naguère, lors du passage de la délégation Champlain à Montréal, « que le moyen le plus pratique d'étendre les relations commerciales entre le Canada et les autres pays est, pour les gens d'affaires, de faire plus ample connaissance ». Voici une occasion exceptionnelle de faire plus ample connaissance, et il conviendrait que les industriels et négociants français sachent en profiter, et osons ajouter, que le Comité France-Amérique les aide. Tous les négociants et industriels de France, désireux de trouver des débouchés sur les marchés américains ont les oreilles tendues et les yeux tournés vers le Comité France-Amérique. Toutes les Chambres de commerce de France suivent avec intérêt les travaux du Comité France-Amérique. Que le Comité France-Amérique fasse donc connaître au commerce et à l'industrie français l'opportunité qui se présente à eux, d'avoir un exhibit bien conditionne dans la métropole canadienne ! Qu'il fasse plus ! Qu'il charge quelqu'un, parfaitement mis au courant de ce qu'il conviendrait d'exposer, de renseigner les intéressés, de recueillir les échantillons à destination du musée montréalais et de les y faire parvenir. Ce procédé réduirait les frais d'emballage et d'expédition et cet envoi constituerait la participation du Comité France-Amérique a l'exposition commerciale et industrielle de Montréal.

(1) France-Canada « Le commerce extérieur du Canada ».

Répondant à son but une fois de plus, le Comité Franco-Amérique aura ainsi posé un nouveau trait d'union entre le Canada et son ancienne mère patrie, la France.

A. J. de Bray,

Directeur de l'École des Hautes Études

commerciales de Montréal.

Les capitaux européens au Canada et les chemins de fer.

En exposant ici (1) il y a quelques mois l'état de la dette publique du Canada, nous avons dit un mot de la situation économique et financière du Dominion : ce grand pays est devenu un des plus considérables emprunteurs du monde entier et la Chambre de commerce française de Montréal affirme que si la France qui, par ses énormes réserves, est devenue le banquier du monde, peut tirer profit de la situation prospère du Canada, m apportant directement son concours dans une mesure beaucoup plus large quelle ne l'a fait jusqu'ici à toutes les entreprises publiques et privées du Dominion, elle ne saurait qu'y bénéficier à tous égards. Or. d'après une communication faite par M. Philippe Roy, commissaire général du Canada, à Paris au dîner mensuel du Comité France-Amérique le 3 décembre dernier, en l'honneur du Canada (w2i, la France serait très peu intervenue financièrement dans cet immense pays qui compte tant de descendants de Français, alors que la Grande-Rretagne aurait fourni plusieurs milliards de francs, les États-Unis 2 milliards; ces capitaux ont été empruntés en majeure partie par le gouvernement fédéral, les provinces, les villes et les grandes compagnies des chemins de fer. Cette question de l'intervention des capitaux étrangers et, plus particulièrement, des capitaux français fut reprise à nouveau le 10 février de cette année, lors de la réception de sir Lomer Gouin, premier ministre de la province de Québec, par la délégation Champlain du Comité France- Amérique. Après le diner offert par le Comité, sous la présidence de M. L. Rarthou. vice-président du Conseil des ministres, garde des sceaux, aux conférenciers de cet hiver, le premier ministre se leva et après quelques paroles très cordiales (3) exposa avec beaucoup de vigueur la situation de la province de Québec, en conviant les Français à participer à son développement économique.

Il est certain que, depuis une dizaine d'années, le Canada a fait de très grands progrès, et à présent, la situation financière du Dominion s'en ressent d'une façon très favorable ; en 1899-1900, les revenus ordinaires dépassèrent pour la première fois

(1) Voir Revue France- Amérique, octobre 1912, p. 273 et suiv. Les r-xporlationsde capitaux au Canada; la detta publique du Dominion.

(2; Discours de l'honorable Philippe Roy, commissaire général du Canada à Paris. Revue France- Amérique, janvier 1918, France-Canada, page 3 et suiv.

(3) Discours de Sir Lomer Gouin, premier ministre de la province de Québec. Revue France-Amérique, mars 1913. France-Canada, page 25 et suiv.

PRANCE-CANADA 41

50 raillions de dollars (I ). en 1910, ils s'élevaient à 101 millions de dollars, et ils ont atteint pour l'exercice clos le 31 mars 1912 13G millions : cet accroissement provient en partie de recettes avec charges correspondantes comme celles du réseau des chemins de 1er de 1 État et du service des postes; mais ce sont les douanes et l'accise qui représentent la plus forte contribution nécessaire pour assurer la marche des services; pendant le dernier exercice, elles ont donné 105 millions de dollars. Et, grâce à un équilibre budgétaire relativement facile, grâce à un développement continu au point de vue économique et financier, le crédit canadien est très favorablement apprécié.

Une bonne situation budgétaire ayant été généralement assurée, la dette du Dominion n'est pas très élevée, et ainsi que l'indiquait le directeur de la Banque de .Montréal, M. Taylor, il y a quelques mois, dans un discours prononcé à Londres, le» capitaux placés au Canada se répartiraient actuellement de la façon suivante ;

Gouvernement fédéral 50. Ii livres sterling

Municipalités

Chemins de fer

Industries diverses

Placements privés

Ce sont donc les compagnies de chemins de fer qui ont fait les plus grands appels au crédit et les 236 millions de livres ont été presque exclusivement consacrés aux trois puissantes entreprises du Canadian Pacifie, du Grand Trunk, du Northern Canadian.Tout récemment le Canadian Pacific a émis pour (Kl millions de dollars d'actions nouvelles, portant ainsi son capital actions à 2ti0 millions et augmentant par suite le gage de ses obligations : ses recettes brutes ont atteint 123 millions de dollars en 1911-1912, en augmentation de plus de 19 millions : le trafic des marchandises a donné 80 millions, avec un accroissement de 14 millions: le mouvement des voyageurs 31 millions, en plus-value de 4 millions; elles recettes nettes atteignent 43 millions, en augmentation de 15 % sur celles de l'exercice 1910-1911. Voici un tableau fixant brièvement les progrés de la Compagnie depuis vingt-cinq ans, c'està-dire pendant la plus grande partie de son existence, puisqu'elle a été fondée et organisée, il y a une trentaine d'années.

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