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L'ŒUVRE DU COMTE DE QUEBEC 4S

passage à Québec, au début de janvier 1915, ainsi que par la lettre-circulaire que M. le D' Arthur Simard, Président du Collège des médecins de la Province, fit adresser à tous ses confrères. Non seulement les dons en nature affluaient, mais nos listes de souscription prenaient, comme nous en avions émis le vœu, le caractère d'un Livre d'or du Souvenir Français, où non seulement les municipalités collectivement, non seulement les citoyens connus, mais jusqu'aux plus modestes et aux plus pauvres tenaient à honneur de s'inscrire.

Pour stimuler un si bel éîan et grossir toujours nos recettes, nous demandâmes et obtînmes, sans peine, le concours de la jeunesse. L'Union Dramatique de Saint-Roch, le Cercle Jacques-Cartier, le Patronage de Saint-Sauveur, les étudiants des Facultés de Laval donnèrent pour nous des concerts et des représentations théâtrales qui tirent salles combles. Puis, pour atteindre toutes les bourses, sans en excepter une seule, ces jeunes gens allèrent, un jour après-midi, de porte en porte, par toute la ville, jusque dans les quartiers et les logis les plus pauvres, recueillir, souvent sou par sou, le témoignage de l'attachement de tout notre peuple à la mère patrie souffrante. Et c'est ainsi qu'il n'y a pas un nom de famille canadienne-française, de Québec ou des environs, qui ne soit sur nos listes de souscription. — comme il n'est guère de mère de famille de chez nous qui n'ait envoyé, avec quelques vêtements, un mot de sympathie à la mère française qui les a reçus.

C'est grâce à tous ces concours que nos recettes ont pu atteindre, en argent reçu et remis au Secours National français (sauf une déduction de $ 103 pour transport de caisses à New- York, frais de concerts, etc.; le chiffre de 103.704 francs (S 17.879,18), et qu'au moins deux cents caisses de vêtements neufs ou usagés sont parties de notre région pour Paris, parla voie de Montréal ou de New- York.

Ces secours, il faut le répéter, n'ont pas été sollicités par nous comme une aumône qui impose à la France une dette de gratitude. Dès le début de notre travail, dans nos communiqués à la presse, dans des discours publics, nous avons tenu à démontrer que cette guerre — dont la France portait tout le fardeau et devait continuer, deux ans durant, à subir le choc le plus violent — est bien notre guerre; que nous, Français du Canada, nous y sommes doublement engagés, puisqu'elle menace les deux nations qui, inégalement chères à notre cœur, sont, à cette heure, également nécessaires à notre vie comme peuple et à notre progrès, puisque de l'Angleterre dépend notre vie politique, la charpente de l'édifice national, et de la France dépend nôtre vie intellectuelle et morale, tout ce qui orne cet édifice et nous y fait une vie qui vaut la peine d'être vécue.

Ceux à qui nous tendions ainsi la main ont compris qu'il s'agissait moins de charité que de justice, que l'aide à la France était plus qu'un acte de générosité, — un devoir impérieux. Tous ont compris que la guerre a deux champs de bataille : l'un, où les balles et les obus tuent le soldat, l'autre où, d'une mort plus lente, moins glorieuse, la misère tue la famille du soldat ; et, pendant que notre Gouvernement levait une armée qui allait dans les Flandres aider l'armée française, les civils canadiens ne pouvaient mentir à leur race en ne venant pas alléger un peu le fardeau si vaillamment porté, là-bas, par les familles victimes de la guerre.

Ferdinand Roy,

Président du Comité France-Amérique de Québec

L'Effort militaire canadien.

Par illusion ou par ignorance, nous ne rendons pas en France pleine justice à l'effort militaire des Canadiens, et nous risquons de blesser ces vrais amis ou de leur paraître ingrats. Nous confondons trop complètement le concours qu'ils nous donnent avec celui de l'Angleterre. Nous semblons croire que les Canadiens étaient dans l'obligation de le donner et nous ne voyons pas ce que cet effort a eu de généreux et de spontané.

Je voudrais montrer qu'il n'a pas été accompli par simple loyalisme vis-à-vis de l'Angleterre, mais aussi par amitié pour la France et la Belgique ; qu'il ne dérivait pas d'un devoir clairement imposé par la Constitution, mais qu'il était l'acte réfléchi d'une nation, à peu près maîtresse de ses décisions, qui, sans doute, obéissait à son intérêt bien compris, mais aussi à un idéal élevé qu'elle tenait de sa double origine.

Dans l'hypothèse d'un acte de loyalisme, c'était quelque chose déjà qu'un peuple de huit millions d'âmes, dont la tâche est de mettre en valeur un territoire grand comme l'Europe, ait engagé près de quatre cent mille hommes et trois milliards de francs pour remplir des engagements à l'exécution desquels nul n'était peut-être de taille à le contraindre. Dans la réalité des faits l'attitude dn Canada est plus méritoire encore.

Au moment de la déclaration de guerre, si le devoir était clairement tracé pour nous autres, peuples d'Europe, il était moins nettement défini pour les nations sujettes de l'Angleterre, en particulier pour les Canadiens. Le texte de la Constitution canadienne, rédigé en 1865-1867, n'exigeait pas et ne pouvait pas exiger en fait une participation aux guerres que livrerait l'Angleterre en dehors de l'Amérique. Elle confiait au Dominion la tâche de défendre son propre territoire contre toute agression. En 1914 le parti nationaliste par la bouche de son leader, M. Henri Bourassa, tout en déclarant nettement qne le Canada se devait à lui-même de venir en aide aur alliés dans le domaine économique, affirmait que la nation n'était pas tenue de participer à la guerre par les armes et qu'elle commettrait une faute politique en le faisant. Toutefois la grande majorité de la nation passa outre aux objurgations des nationalistes et offrit pleinement et sans réserve tout le concours qu'elle pouvait donner.

Nous n'entreprendrons pas ici de discuter l'une et l'autre thèse qui ne peuvent être débattues qu'entre Canadiens et Anglais. Il nous suffit d'avoir montré que certaines manifestations égoistes du patriotisme canadien pouvaient inciter le Canada à se tenir à l'écart et que le mérite de ce peuple à notre regard est d'autant plus grand qu'il a adopté avec vaillance et décision la solution la plus onéreuse pour lui.

Il convient même de souligner tout ce que ce concours comportait d'esprit de sacrifice. Le Canada est un pays jeune, en plein essor. Les milliers d'acres de terre qui sont rais en culture trouvent difficilement, même en temps de paix, la main-d'œuvre

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