EN LHONNEUR DU CANADA
rons à l'action de ces comités le prochain numéro de FRANCE-CANADA, et nous prions nos lecteurs de bien vouloir s'y référer.
Nous nous reprocherions, cependant, de ne pas souligner ici un des traits les plus remarquables de ce grand efjort charitable qui a porté le Canada vers la France. Nous voulons dire : le rôle particulièrement actif qu y ont joué les dames canadiennes. Tant dans les provinces françaises que dans les provinces anglaises, on les trouve à la tête de la plupart des œuvres, où leur bonté se montre infatigable.
A Montréal, Mme R. Thibaudeau, en signant le premier appel de TAide à la France, que toute la presse canadienne française a publié et que nous reproduisons dans le présent numéro, ouvrit la campagne de dons en nature dans la province de Québec. A Québec même, Mme A.-B. Déluge préside /'Aide à la France. A Ottawa, Mme E.-P. Blondin a constitué un comité féminin très actif. A Toronto, Hamilton, Winnipeg et dans les autres villes, ce sont, comme nous le dirons dans notre prochain numéro, des dames canadiennes qui consacrent aux œuvres le meilleur de leur temps et de leurs efforts.
Les œuvres de secours aux familles des mobilisés français du Canada ont également bénéficié de leur zèle charitable, comme le montre le rapport, qu'on lira plus loin, de la section française du Comité des Dames visiteuses, que préside avec tant de dévouement Mme E.-C. Bonin, femme du Consul général de France.
On voit ainsi que la guerre a rendu plus directs et plus intimes les rapports entre la France et le Canada. Leur sympathie mutuelle est en voie de devenir une véritable communauté de sentiments et d'intérêts. L'examen des conditions économiques montre, en effet, que chacun des deux pays trouvera dans Vautre, après la guerre, un champ d'action particulièrement favorable. Grâce à ce rapprochement plus efficace. Von verra grandir au Canada, par le contact des deux races, anglaise et française, une civilisation originale, mariant la finesse à la vigueur.
Dès 1912, Sir Lomer Gouin, premier ministre de la Province de Québec, s' adressant à M. Gabriel Hanotau.x, prononçait ces paroles : « Grâce à votre féconde Association, la sève française, qui nous a manqué pendant plus d'un siècle, viendra désormais jusqu'à nous. » Et ce sera vraiment une des fiertés du ComitéFTance-Kmérique que d'avoir contribué à apporter au Canada l'amitié française.
Le Comité.
En l'honneur des
Ministres canadiens ^'\
Discours de M. Gabriel Hanotaux,
de l'Académie française, président du Comité France-Amérique.
Mesuames, Messieurs,
C'est un grand honneur pour le Comité France-Amérique de vous recevoir à, sa table et de vous exprimer la fidélité de nos sentiments envers nos amis canadiens, la gratitude de la France à l'égard du gouvernement et de la démocratie du Dominion.
M. le Président du Conseil, retenu par d'autres devoirs, n'ayant pu se rendre parmi nous, il appartiendra à deux des membres du Gouvernement français, M. Métin, ministre du Travail, expert aux choses de l'Angleterre et du Canada, M. Justin Godart, sous-secrétaire d'Ktat au Service de santé, d'exprimer les senliûicnts de la France pour les grands alliés et amis qui sont aujourd'hui parmi nous.
Permettez-moi seulement de vous dire, Messieurs et chers amis du Canada, de quel cœur nous vous recevons, nous qui avons été reçus par vous avec tant de cordialité lors du voyage de la mission Champlain dans votre beau pays auquel nous attachent tant de souvenirs.
Ces souvenirs se sont trouvés soudain élevés jusqu'à la iraternité d'armes par l'appel le plus magnifique et la réponse la plus héroïque que l'histoire ait entendus. Le Canada était la terre désignée pour l'expérience décisive de l'Entente cordiale, puisque les deux races y vivent côte à côte, qu'elles y prospèrent sous le même drapeau avec le même culte du même idéal. Mais qui eût
(1) La section France-Can ida du Comité France- Amérique a donué, il y a queli|ue temps, un diaer en riionaeur du Canada, sous la présidence de M. Gabriel Hanotaux. EUe recevait coiiirae liâtes Sir George Foster, ministre du Commerce, et l'Hon. T. Cliase-Casgrain, ministre des Postes du Gouvernement fédéral canadien. Le Gouvernement français était représenté par deux de ses membres, et un grand nombre de personnalités canadiennes et françaises assistaient à cette réunion. On trouvera plus loin le texte des allocutions prononcées par l'Hon. T. Chase-Casgrain et M. Albert Métin, ministre du Tr.Tvail, et nous publierons dans le prochain numéro de France-Canada le compte rendu inlextenso de cediner, ainsi que les discours de Sir George Foster, du colonel Mignault, commandant l'hôpital militaire canadien de Saint-Cloud, et de M. Justin Godart, sous-secrétaire d'Etat au Service de santé.
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pensé qu'elles reviendraient ^ensemble combattre fraternellement sur cette vieille terre de France, qui vit partir les soldats de Guillaume le Conquérant et les compagnons de Champlain? Si loin que nous remontions vers nos origines, nous sommes frères : malgré les dissentiments qui nous ont parfois séparés, nous nous retrouvons dans les grandes circonstances, quand il faut lutter pour la cause trois fois sacrée de la liberté, de l'indépendance des peuples et de la civilisation. {Applaudissements.)
Ces beaux souvenirs, comment ne les évoquerions-nous pas dans cette semaine qui a vu, à Ypres, le glorieux exploit des soldats canadiens combattant au milieu de l'armée britannique et chassant l'ennemi des tranchées dont il se croyait maître? A l'heure actuelle, plus de 400.000 volontaires ont été enrôlés au Canada, 120.000 combattent en France. Mesdames et Messieurs, nous saluons le gouvernement canadien, le peuple canadien, l'armée des volontaires canadiens, et nous portons un toast en l'honneur de S. M. le roi George dont la ferme et noble figure préside, en ces jours de lutte et de gloire, aux destinées de tout l'empire britannique. {Applaudissements. )
Mesdames et Messieurs, d'autres gratitudes plus particulières nous réunissent ici aujourd'hui. Je les énumérerai rapidement.
Deux membres du Gouvernement canadien, sir George Poster, ministre du Commerce, et l'honorable M. Casgrain, ministre des Postes, sont parmi nous. Ils sont venus avec leurs collègues pour jeter les bases des grandes ententes internationales qui prépareront la victoire économique après la victoire militaire. Quelle tâche plus haute? Il s'agit d'organiser la paix par le travail et pour la justice. Il s'agit d'écarter des voies de l'avenir les obstacles et les pièges qu'une exploitation pleine de ruses et d'iniquité avait préparés. Enfin, nous allons jouer //'«/ic/e» en mettant, les uns et les autres, cartes sur table. L'expérience et la sagesse des peuples plus anciens se rapprochent de l'ingéniosité inventive et de la hardiesse innovatrice des peuples jeunes, pour dicter ces nouvelles formules et préparer ces futures Tables de la loi. Messieurs les commissaires canadiens. Monsieur le ministre Poster, Monsieur le ministre Casgrain, Monsieur le Président de la délégation Wood, de la Chambre de commerce de Toronto, Messieurs les commissaires Ch. Beaubien, sénateur, Dupré, de la Chambre de Commerce de (Juébec, Allen, de la Chambre de commerce de Winnipeg, nous vous souhaitons un prompt et heureux succès pour la grande œuvre qu'avec vos collègues des puissances alliées, vous avez entreprise.
Le Canada, dans son inépuisable largesse, a voulu toucher la France par d'autres œuvres non moins belles et non moins durables; ce sont celles qui émanent de la charité et du dévouement : secours aux blessés, secours aux populations éprouvées. Nous saluons ici les principaux initiateurs de ces gêné-
reuses libéralités et île ces belles institutions. M. Philippe Roy, commissaire général du Canada à Paris depuis de longues années, nous a appris à les connaître ; c'est grâce à lui que les choses ont été établies rapidement sur un pied de simplicité et de confiance mutuelles ; il me permettra de le rappeler devant ses compatriotes, heureux, je non doute pas, de constater de quelles sympathies leur cher commissaire général est entouré parmi nous. [Applaudissements.)
On vous dira tout à l'heure les services rendus à la France par le corps médical de l'armée canadienne, dont le chef est M. le général Jones et le représentant h Paris M. le colonel Mignault. Nous comptons aussi parmi nos hôtes M. le colonel Marshall, président du Comité exécutif de la Croix-Rouge canadienne, M. le colonel Ilodgett, M. le capitaine Beaylock.
Nos blessés savent ce qu'ils doivent à ces hommes dévoués et aux œuvres dont ils sont les directeurs et les représentants, et qui ont créé et entretenu la magnifique formation du champ de courses de Saint-Cloud, l'hôpital n° 4 et l'hôpital de Laval. L'honorable secrétaire d'Etat au Service de santé voudra bien les remercier au nom du Gouvernement français et de l'armée française; mais comment n'ajouterai-je pas encore que, ce malin, M. le colonel Marshall m'a annoncé l'installation d'un nouvel hôpital canadien, et qu'il m'a remis, en outre, au nom de la Croix-Rouge canadienne, une somme de 320.000 francs pour être distribuée entre les principales œuvres de secours français : Croix- Rouge, Fédération des mutilés. Œuvre des aveugles, du Réformé n°2, etc., etc. [Applaudissements .)
Chaque jour nous apporte une nouvelle preuve de cette volonté du bien venant de nos amis du Canada; et vous ne vous étonnerez pas, Mesdames et Messieurs, si le Comité France-Amérique a saisi l'occasion qui se présentait d'exprimer sa reconnaissance et la reconnaissance de la France pour ces magnifiques libéralités dont il a été. le plus souvent, le confident et l'intermédiaire, car nous ne devons pas oublier, Messieurs, les institutions sans nombre qui ne sont pas aujourd'hui représentées ici, mais qui, là-bas, sur cette terre que nos aïeux appelaient « la Nouvelle France », travaillent pour nous.
C'est pour une valeur de plusieurs et plusieurs millions, qu'en argent et en objets, les dons du Canada ont passé par nos mains. Parmi ces objets de toutes sortes, je ferai une mention particulière de 24 automobiles offertes par le Canada au Secours National, pour la distribution de l'argent et des effets dans les départements envahis; je mentionnerai les maisons-abris démontables dont l'exposition va s'ouvrir incessamment aux Tuileries et qui seront offertes aux populations françaises victimes de la guerre par le Gouvernement canadien e par les œuvres de charité.
Les œuvres pour le secours à la France ne se comptent pas au Canada. Des