‹ France, christianisme et civilisationChapitre 13 sur 21 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

Un crieur public vendant deux jeunes garçons, la mère et le père.

Le crieur. — Y a-t-il acheteur pour les enfants, pour le vieux, ce grand homme-là et pour la vieille avec son gros ventre? Par ma foi, ils sont gentils. De celui-ci on m'offre cent deux écus, de celui-là, deux cents. Mais je ne les lAche pas à ce prix. Venez çà, chiens que vous êtes!

* Voyez El Tratto de Argel, dans les Obras dramaticas. 6dit. Paris, 1841.

JcAX. — Qu'est ceci, mère ^ Est-ce que, par hasard, ces Maures voudraient nous vendre?

La mère. — Oui, mon fils, leurs richesses s'augmentent de noire infortune.

Le cRiEUR. — N'y a-t-il personne qui veuille acheter l'enfant et la mère ensemble ?

La mèbe. — terribles et tristes extrémités, plus anières que la mort *î

Le père. — Tais-toi, femme, puisque notre Dieu a permis qu'on nous mit en cet état. Lui seul sait pourquoi.

La mère. — J'ai pitié de ces enfants, qui sait ce qu'ils deviendront "?

I^E PÈRE. — Femme, laisse s'accomplir la volonté du Très-Haut.

Le marchand. — Et combien t'offre-t-on pour celui-ci. dis?

Le cRiEL'R. — On en offre cent deux écus.

Lk march.\xd. — Le donnerait-on pour cent dix ?

Le cRiEi'R. — Non, il faut y mettre davantage.

Le marchand. — Est-il en bonne santé ?

Le cniEUR, ouvrant la bouche de Vcnfanl. — H l'est.

Le marchand. — Ouvre donc, n'aie pas peur !

.li'AN. — Ne me l'arrachez pas, sefior, elle tombera bien (lollo-nième.

"Le MARCHAND. — Lc miochc croit-il que je veux lui arracher une dont f

.IcAN. — Lu, doucement, senor, elle ne méfait pas mal; doucement , de frràce, je me meurs.

AÏDAR. — Et de cet autre, combienen offre-t-on ?

Lk cuiEUR. — On en offre deux cents écus.

AÏDAR. — Et pour combien le laissera-t-on ?

Le crieur. — On en veut trois cents.

A'ÎDAR. — Si je t'achète, seras-tu bien sage?

Franscisco. — Je serais sage, même si vous ne m'achetiez pas î

AïDAR. — Pour tout de bon ?

Francisco. — No le suis-je pas déjà, sans me vanter.

Le crieur. — Il est à vous. Vienne l'argent.

Le marchand. — Je désire payer chez moi.

La mère. — Mon cœur se fend.

Le marchand. — Aclietez, les amis, achetez l'autre petit. Viens, enfant, viens t'amuser.

Juan. — Seiior, je ne veux pas quitter ma mère, pour aller avec d'autres.

La mère. — Va, mon fils, déjà tu n'appartiens qu'à celui qui t'a acheté. r^

Juan. — Quoi! mère, vous m'abandonneriez? ^

La MÈRE. — Dieu ! que tu es cruel ! CI

Le marchand. — En route, petit, viens avec moi. ^

Juan. — Partons ensemble, mon père. q^

Francisco. — Je ne puis, cela ne dépend pas de moi. -[*

Que Dieu te protège !

La mère. — mon trésor ! ma joie ! que Dieu ne t'abandonne pas !

Juan. — Où donc m'emmcne-t-on, sans vous, ô ma mère !

La mère. — Permettez, sefior, que je parle un instant à mon fils. Accordez-moi cette brève joie, puisque ma douleur sera éternelle.

Le marchand. — Dis-lui ce que tu voudras, car c'est pour la dernière fois. «*»

La mère. — Pour moi, c'est la première où je me vois en Z!^

pareille angoisse. 2ï

Juan. — Gardez-moi ici avec vous, car je ne sais où 3

l'on m'emmène. s*^

La mère. — Toute chance t'abandonne, mon fils, car je !^

t'ai enfanté. Tout, dans mon désespoir, s'est ligué contre ^

moi. Le ciel s'est obscurci, les éléments, la mer et les vents se sont déchaînés. Toi, tu ne connais pas encore ton malheur, bien que tu y sois plongé, car celui qui ne Va pas connu peut encore croire au bonheur. Mais je t'en conjure, ma chère âme, puisqu'il ne me sera plus donné de te voir, promets-moi de ne jamais oublier de réciter

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