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160 KHANCK, CHHISTIAMSMK ET CIVILISATION
VAic Maria, C'est clic, celle Reine de bonté, de vertu, pleine de fçràce, qui rompra tes chaînes et te rendra à la liherlé.
AÏDAR. — Kcoule celte méchante chrétienne, qui donne de pareils conseils à son fils ! Pourvu qu'elle n'ait pas été une ivrop^ne, comme loi, fausse et dissolue.
JiAx. — Mère, il est donc vrai, je pars, je m'en vais avec ces Maures i
l.A MKKE. — Ah ! crois-moi, plus que toi-même, j'ai peur i de te voir aller où tu vas. Tu vas tout oublier, ton Dieu, moi, toi-même ; car n'est-ce pas là ce qui doit arriver (juand, dans un Age si tendre, on est jeté au milieu de cetfe race impie f
(Le «rieur fait taire la mère, en la menaçant du bâton, et puis se met en devoir de vendre l'autre petit garçon. Km n ci SCO. à Aïdar). La scène des adieux à ses parents est aussi (icchiranle qu'admiral)le.
FuANcisco. — Puisque le sort fatal me sépare de vous, chers parents, qu'ordonnez-vous?
Le pkrk. — Mon fils, promets-moi que ni menaces, ni ])r()inesses, ni présents, ni le fouet, ni les coups ne viendront à bout de te convertir et que tous les trésors du inonde ne t'empêcheront pas de mourir dans le Christ |)lulot que d'embrasser la foi de ces Maures.
Francisco. — Je le ferai, si possible, car mon doux Jésus m'aidera, tant que mon âme restera fidèle à sa foi, à ses sontinients et à la crainte de Dieu.
Lk cHiKL'R. — Oh! comme il se montre chrétien, cet enfant! Je vous en préviens, il faudra lever vivement le bras et la main droite. Ces petits chrétiens pleurent beaucoup au début; mais ensuite ils deviennent souvent des Maures plus croyants que les vieux croyants.
Une fois le marché conclu, l'acheteur payait la somme qui était versée au trésor public et emmenait ses esclaves chez lui.
"Yîsi"
Rien de plus varié que les catégories de captifs: les uns, qui avaient un métier, tels que laboureur, maçon ou charpentier, étaient employés aux travaux de leur état ; ceux qui n'en avaient pas servaient comme domestiques et avaient à couper le Dois et porter Teau pour leurs maîtres. Les plus vigoureux faisaient le travail de caravaniers ou portefaix, c'est-à-dire charriaient la pierre pour les réparations du port. D'autres étaient occupés comme jardiniers à la campagne et logés dans ies â
« maceries » ou villas. Les plus heureux étaient les •-'
architectes, les écrivains ou comptables : leurs mai- —
très les employaient à construire et décorer leurs E>
maisons — c'est un captif italien qui a fait et exé- IH
cuté les plans de la mosquée située sur la place du ^
Gouvernement. Les orfèvres exécutaient pour les "^
femmes des bijoux ou de riches parures. Les lin- 5
gots d'or et d'argent trouvés dans les prises, et les «.^
piastres sévillanes, reçues pour les rançons, se transformaient en colliers, bracelets ou coffrets de valeur. Ceux-ci étaient mieux traités et pouvaient amasser un pécule, qui leur servait à se racheter. Mais ceux »?
qui étaient occupés comme manœuvres à Alger étaient *^
renfermés la nuit dans le bagne ^ sorte de grande salle voûtée, entourée de chambres, où l'on en entassait jusqu'à trois mille. A chaque bagne était annexée une chapelle, où le vicaire apostolique, ou
' Il y en avait six à Alger.
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bien les pr(>tres, — dont plusieurs étaient même esclaves, — venaient dire la messe le vendredi, jour de repos des Musulmans.
Ils étaient mal nourris, presque exclusivement de végétaux et à peine vêtus ; le costume ordinaire était une paire de braies, un hoqueton * de laine et un bonnet noir. Un des négociateurs français écrivait au ministre de la Marine « qu'il avait apporté cent costumes de matelots pour nos pauvres esclaves qu'on disait tout nus^ >) A la moindre faute, ou bien si Ton trouvait que l'esclave n'avait pas assez travaillé, il recevait des coups de corde à nœuds, voire même des coups de bâton. Souvent, lorsque le captif était en train de négocier son rachat, le maître redoublait de mauvais traitements, afin d'obtenir une plus forte rançon. Quant aux plus jeunes, — il ne manquait pas de mousses de douze à seize ans, — on s'efforçait de les convertir à l'islamisme, tantôt par des séductions ou des promesses, tantôt par des violences. D'ordinaire, on les menait à la taverne, on les grisait et l'on profitait de leur état d'ivresse pour obtenir le moindre signe d'adhésion à Mahomet ; puis on les affublait d'un turban. Quelques patrons allèrent jusqu'à offrir la main de leur fille, avec la liberté, à des captifs pour le prix de leur
* Sorte de casaque. Voyez la gravure dans Deslandres, ovv. cité.
* Voyez la lettre du capitaine Marcel, iG novembre 1689.
abjuration. En fait, il y avait un grand nombre de renégats, qui avaient abjuré afin d'obtenir un adoucissement à leur, misère. Malheur à ceux qui résistaient ou qui, une fois dégrisés, se rétractaient ! On leur faisait subir de véritables tortures, témoin ce jeune mousse de Saint-Tropez, âgé de quinze ans, qui subit la bastonnade et des châtiments cruels plutôt que do renier le Christ (4633) ^
Dès que la milice d'Alger entrait en guerre avec une nation européenne et que, seulement, se répandait le bruit de mauvais traitements infligés à des Turcs dans un port de TEurope : Naples, Gênes ou Marseille, aussitôt le bey faisait mettre aux fers tous les esclaves détenus dans la régence et usait de représailles sur ceux du beylik. C'était bien pis, lorsqu'un captif, poussé à bout par la souffrance ou entraîné par la soif de la liberté, essayait de fuir^. Ces tentatives d'évasion avaient souvent lieu pendant la présence de vaisseaux français dans la rade, car ils envoyaient chaque jour à terre des chaloupes, pour porter les officiers ou ramener le consul ou faire des provisions. Heureux l'esclave qui, trompant la vigilance des « chaoux », pouvait s'y glisser! Il était sauvé. D'autres, plus hardis, se lançaient à la nage et essayaient de gagner le navire ancré à
* Voyez P. Dan, Histoire delà Barbarie et de ses corsarres.
* Il faut lire dans Cervantes : Ouvr. cité, IV, le dialogue entre deux captifs : Saavcdra et P. Alvarez, un esclave qui prépare son évasion.
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(listaïuv ; quolques-iiiis v parvenaient, mais beaucoup, trahis par l<*ur forces, se novaient ou étaient rattrapés par les corsaires. Il v avait, en effet, en oernianence dans le port, une demi-galère, prête à courir sus à ces fuyards. Malheur à ceux qui étaient ainsi repris. Ils étaient en général condamnés à mort et on les faisait périr dans les supplices les plus cru(»ls atin d'intimider les autres esclaves. Le Père Dan n'a pas relevé moins de vingt-deux genres de torture. Le pal ou le feu lent sur un bûcher étaient les j)lus ordinaires. L'un des plus atroces était celui des gauches qui consistait à enfoncer dans le corps du malheureux des crocs de fer et à le tenir suspendu aux portes de la ville, jusqu'à ce qu'il mourût de soif ou d'épuisement. C'était un supplice analogue à celui de la crucifixion.
Il est impossible de dresser la statistique exacte (les (esclaves français détenus dans la régence d'Alg(H', à la fin du xvii"" siècle. Vivonne, dans une lettre il (Charles IX \ l'évaluait à 20 000. Soixante ans a|)ivs, le Père Dan estime à 36000 le nombre des Européens captifs dans les trois Etats barbaresques : Alger, Tunis et le Maroc, et il est sans doute audessous de la vérité. Alger étant celui des trois Etats qui avait la marine la ])lus nombreuse et la plus redoutable, on peut supposer que, malgré plu-
< Voyez Comte Ifector de Castres. Sources inPcHlesde rHistoii'e du Maroc. Paris, 190î), 1". vol., pièce 8G.
sieurs rédemptions effectuées au cours du xvii** siècle, le chiffre n'était guère inférieur à 15 000. Toutes les nations méditerranéennes et même l'Angleterre; la Néerlande et la Suède étaient représentées; les Espagnols formaient le plus gros contingent. Le nombre des captifs français varia suivant qu'on était en paix ou en guerre ; le maximum fut atteint au moment des déclarations de guerre en 1683, parce qu'alors le dey d'Alger fit main basse sur tous les Français résidant en ville et même sur l'équi- Zï
page des navires stationnant dans le port. Avant le •-'
bombardement d'Alger par Duquesne, il devait y p
avoir 5 à 6 000 esclaves français (commencement de S
l'année 1684). D'après une lettre du capitaine H
Marcel, envoyé par Seignelay, ministre de la 2j
Marine, pour négocier la paix (16 novembre 1089), "^
il y en avait alors 1 033. Depuis lors, à la suite 2i
des rédemptions opérées tour à tour par le Consulat ^
de France et par les Trinitaires, le chiffre alla toujours en décroissant. Il était, en mai 1690, de 830, en 1691, de 440. Enfin, en 1693, après les rachats opérés par Denys Du Sault, il n'en restait plus »?
que 85 et encore, ne les laissa-ton en servitude que 3^
parce qu'ils étaient des « nouveaux convertis », c'est-à-dire des Réformés français convertis de force au catholicisme et qui étaient revenus au culte protestant ^ .
* Lettre de Du Sault à Pontcliartrain, 22 mars et 2 mai 1693.
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Le misérable sort de ces esclaves préoccupa de lK)nne heure les chrétiens d'Europe et, en particulier, les nations riveraines de la Méditerranée, Espagne, Italie, France. La première eut, dès le xiii' siècle, ses rescatadores les Al-fakher, hommes d'élite, sachant assez bien Tarabe et chargés d'aller racheter les captifs pris par les Sarrasins'. Saint François d'Assise se préoccupa de leur venir en aide, et son projet de vovage en Afrique avait été conçu dans ce dessein, mais il ne put le réaliser. Raymond Lull, ancien sénéchal de Jacques P% roi dWragon, fonda dans l'Ile de Majorque, qui venait d'être reprise aux Arabes (1269^, un couvent de Franciscains, où l'on étudiait l'arabe. Il avait conçu le projet d'y fonder un séminaire pour l'éducation de missionnaires, qui iraient porter des consolations aux captifs des Barbaresques et s*eflForceraient de convertir ces derniers. Les premiers prêtres qu'il envoya furent mis à mort; lui-même, dix-sept ans après, joignant l'exemple au précepte, s'embarqua pour Tunis. Mais là, ayant voulu disputer avec les muftis sur la vocation prophétique de Mahomet, il
* Les Al-fakher, en arabe : « celui qui délivre, » étaient 1res populaires en Kspagne. Voyez Rosseuw Saint-Hilaire, Histoire cVÉspagne, t. UI et IV. Organisation militaire.
fut jeté en prison et n'échappa à la mort que par la clémence de Témir. Délivré, il reprit ses prédications en Algérie et finit par mourir martyr à Bougie (21 juin 1315), Les Franciscains et Dominicains espagnols, venus au Magreb sous le règne du fils d'Almanzor, desservaient les oratoires et chapelles des (( fondouks » européens dans les ports et visitaient les esclaves dispersés dans les fermes de Tintérieur.
Mais ce furent surtout les rois de France et des ordres religieux fondés par des Français, qui furent les principaux agents de la rédemption des esclaves. Saint Louis, dans ses deux croisades (1230 et 1270) se proposa moins la délivrance des Lieux Saints, i;
que la restauration du christianisme et Ja délivrance •*
des captifs, qui gémissaient sur cette terre, illustrée "^
jadis par les travaux des TertuUien, des saint Ç
Cyprien et des saint Augustin. La dernière expë- ^^
dition ne fut pas tout à fait infructueuse à cet égard. Après sa mort, son fils Philippe le Hardi, secondé par Charles d'Anjou et Thibaut de Navarre, signa avec Témir de Tunis, Mohammed el Mostancer, un traité qui donnait des sûretés pour le commerce et ïi
garantissait la liberté de culte aux chrétiens, libres ou esclaves, résidant en Afrique.
D'après Tarticle VI du traité, les moines et prêtres chrétiens pouvaient demeurer dans les Etats de Témir et se bâtir des églises et des monastères.
prêcher en icelles et servir Dieu suivant les rites de leur religion. Chose remarquable, rétablissement de ces fondouks et la construction même des chapelles devaient être faits aux frais du trésor beyiical. Les religieux Dominicains et Franciscains ne se firent pas faute d'user de ces privilèges, ils allaient libre- *J^ ment en ville, causant avec les cheiks, visitant les
jjj! esclaves et traitant avec leurs maîtres de leur rançon.
Dans ce même xiii® siècle, qui vit les deux croisades de saint Louis, les guerres contre les Sarrasins avaient pris un caractère plus acharné, les corsaires musulmans, partis d'Alger, ds Salé ou Tripoli, infestaient les rivages et les îles de la Méditerranée, faisant de vraies razzias de chrétiens, qu'ils emmenaient en servitude. C'est alors que furent fondés par des Français deux ordres religieux, spécialement consacrés à Tœuvre du rachat des captifs, les Trinitaires ou Mathurins et les Pères de Notre-Dame de la Mercv. Nous avons fait^ plus haut, le récit des origines et des services rendus par ces religieux, leur dévouement aux 5» victimes de la tyrannie barbaresque. Nous nous
bornerons à le compléter, au moyen des documents trouvés par nous aux archives des Affaires étrangères et d'un ouvrage récente
Quarrt aux Pères de la Mercy, l'ordre ayant pris
* P. Deslandres, V Ordre des Trinitaires pour le rachat des cap- ^ï/s, Paris, 1903,2 vol.