‹ France Dictionnaire encyclopédique (volume 2)Chapitre 10 sur 97 · ÉCONOMIE · texte numérisé non relu

ÉCONOMIE

des traitants , de simplilier les romges de l'administration tinancine, et de faire arriver les recettes directement dans le trésor. Mais il ne portait la réforme que dans h perception des impôts , tandis que Vauban attaquait les abus dans leur source. Il supprimait la taille et tous les autres droits, et les remplaçait par an impôt unique , uniforme , d'une perception facile et d'un produit sûr ; c'est ce qu'il appelait la dixme royale. Cette dixme était partagée en deux branches ; l'une portait sur les terres , et levait un dixième de leur produit; l'autre port;iit su rie commerce et l'industrie, qu'il estimait devoir être encouragés. Ces plans furent rejetés', et la disgrâce de ces deux hommes de bien fut la conséquence de leur courage.

On a déjà pu voir que, dans ce rapide résumé historique , nous n'entrons pas dans le détail des fnUii économiques.

Nous nous bornons à exposer la marche de la science, et à signaler les écrits qui l'ont enrichie de quelques données ' nouvelles. Le système mercantile, ainsi qu'on l'a vu plus haut , avait trouvé de nombreux défenseurs ; et , jusque vers le milieu du dix-huitième siècle , il domina théoriquement et matériellement le monde commercial. Quesnay l'attaqua par la base , pour lui substituer le système agricole. Quoique cette théorie soit incomplète, il est néanmoins Juste de reconnaître que Quesnay est le véri* table fondateur de l'économie politique rationnelle. IS'aurait-il , au surplus , d'autre mérite que celui d'avoir renversé ce système , ce serait déjà beaucoup. Il prouva mieux que personne l'odieux et le ridicule des monopoles.

William Petty et Dudley-r^orth avaient à la vérité, au oommeneenfient du dUhuitième siècle, signalé quelques er- /eurs de l'école mercantile ; mais ils n'avaient pas soumis cette doctrine à la même analyse que Quesnay. Celui-ci ne se contenta pas de renverser, il voulut aussi édifier, et il donna au public, en 1758, son Tableau économique et ses Maximes générales du gouvernemeni» Il réduit, dans ce livre, la science à de simples calculs de profits , et, selon lui et son école , réconomie politique n'est que la connaissance de la source primitive des richesses et des résultats

naturels qui en dérivent. Celte source n'est autre que l'agriculture, ou le produit net du propriétaire. Il ne voit a ac- ' croissement possible dans la richesse que par l'accroissement du produit net. Ce produit net , qui passe en partie dans les mains des industriels et des commerçants, ne fructifie plus entre leurs mains ; ce n*est pour eux qu'ua moyen de transformation qui n'entre pour rien dans l'accroissement des richesses du pays. Les économistes, comme on appielait alors Quesnay et ses disciples, partageaient la population en trois classes. La première est la classe produclive^ c'est-à-dire, celle qui liilt naître, par la culture du territoireslés richesses annuelles de la nation , qui fait les avances des travaux de l'agriculture , et qui paye les revenus aux propriétaires des'terres. De cette classe dépendent toutes les dépenses et tous les travaux qui s'y font, jusqu'à la vente des productions à la première main.

C'est par cette vente qu'on connaît la valeur de la reproduction annuelle des richesses de la nation. La seconde classe, celle des propriétaires , comprend le souverain, les possesseurs de terre, et les décimatem^s. Cette classe subsiste par le revenu ou le produit net de la culture, qui lui est annuellement payé par la classe productive , après que celle-d a prélevé sur la reproduction , qu'elle feit'renaltre tous les ans, les ri* chesses nécessaires pour se rembourser de ses avances et pour entretenir ses richesses d'exploitation. La troisième classe, que Quesnay appelle stérile y est formée de tous les citoyens occupés à d'autres services et à d'autres travaux que ceux de l'agriculture , et dont les dépenses sont |»yées par la classe productive. Les économistes étayaient cette classification par une sorte de formule algébrique, par un tableau qui devait représenter le mouvement et la marche de la production.

Malgré les imperfections évidentes d'une pareille doctrine, elle fut néanmoins soutenue par les meilleurs esprits de cette époque : Horellet, Mirabeau le père, Saint-Péravî, Baudau, Dupont de Nemours, figurent au nombre de^ économistes; ce dernier a réuni les divers ouvrages de Quesnay dans un livre ior

icOHOMIB FRANCE. éooVOMIÉ M

titulé : Phvsiocratie , ou constitution natureUe do gouvernemént le plus

avantageux au genre humain ; et Mercier de la Rivière donna à ses doctrines une forme scientifique , mais un peu pédantesque, dans son travail sur VOrdre natùrél et essentiel deê todéiét politiques. La théorie de Quesnay trouva créance au dehors ; elle fut discutée en Allemagne et adoptée par un assez grand nombre d'économistes « qui se laissèrent séduire par la forme métaphysique que Quesnay avait su donner a ses ouvrages. Riais ies adversaires ne lui manquèrent pas non plus « tant en France qu'à l'étranger. Condillae, dans son livre intitulé : le Commerce et le 'Gouvernement considérés relatinement l'un à l'autre i Forbonnais , dans ses Prineipei économiques; Mably, dans ses Doutes modestes à Vautmr de r Ordre social, ont singulièrement ébranlé la théorie du produit net. Mo- •er, Springer, Pfeiffer, parmi les Allemands; Briganti et Galiani, parmi les Italiens, se trouvent également dans les rangs des adversaires du système physiocratique. Deux , dans ies Allemands, Séhmaltz et Rrug, ont adopté le système de Quesnay ; chez nous, M. Dutens a pris pour base de sa Philosophie de l'économie politique le même système.

Ces écrivains sont actuellement les seuls représentants de la doctrine du produit

Avec Adam Smith commence une ère nouvelle pour 1 économie politique; il emprunta au médecin de Louis XV, au père des économistes , la doctrine du laissez faire et du laissez passer; c'est un des axiomes de ses Recherches sur la nature et ies contes de la richesse des nations, ouvrage où il a donné l'analyse la plus complète, la plus ingénieuse, et, en général, la plus vraie, de l'activité industrielle. Smith, sans vouloir concilier les deux systèmes, le mer* cantile et l'agricole, en tira cependant différentes parties, en les rainrnniit à un point de vue plus élevé. Le travail , dit-il, est pour lliomme la condition de toute richesse, et , par conséquent , l'origine de la prospérité nationale. Cette prospérité ne résulte pas seulement de la possession du numéraire et des prodints naturels, mais elle prend princi-

palement sa source dans le travail , en tant ou*il est appliqué à l'amélioration

du sol et an développement de l'industrie. L'augmentation du travail , qui donne un accroissement de produits, résulte de sa division dans toutes les parties de Tindustrie , considérées sous le triple rapport de l'agriculture, des manufactures et du commerce. Il faut néanmoins joindre à cette division l'é-

i)argne et lliooumulation , qui forment es capitaux nécessaires à de nouvelles entreprises et à de nouveaux travaux.

jSmith déduit de cette proposition que le travail est la mesure de la valeur des biens ; car, dit-il, comme on n'acquiert ces biens que par le travail , ils n'ont , pour son possesseur , qu'une valeur en rapport avec le travail demandé pour leur production. L'échange et les prix des biens sont également réglés par la quantité de travail appliquée aux objets échangeables , sauf dans certaines circonstances particulières. Les éléments des prix se composent des salaires , ou de la part que prend le travailleur dans les produits; de la rente territoriale, ou de la part que Je propriétaire retire des bénéfices du produit du sol; et enfin du profit, ou de fa portion des bénéfices attribuée à celtn' qui a fourni les capitaux ^ et qui rendent l'industrie et le travail possibles. Il ressort de ces principes que le produit net d'un peuple n'est pas seulement dû à la rente territoriale, comme le disait Quesnay, mais encore aux salairci» et aux prolits. Par une conséquence naturelle, rimpôt doit se percevoir sur ces trois branches , et ne pas frapper uniquement la rente, comme le voulaient les économistes.

Smitb, en opérant une révolution dans l'économie politique, l'est suscité des adversaires même parmi les hommes qui n'appartenaient pointa la secte des économistes. On trouve parmi eux Gray, Landerdale, Playfair et Ganilh, jusqu'à un certain point. Mais l'évidence de ses doctrines , la. supériorité de 'ses vues, et la netteté de ses pensées, exercèrent une telle influence, qu'en Angleterre surtout, son système a servi de point de départ à tous les travaux économiques qui ont paru jusqu'à nos jours. Craig, MaccuUoch, Ricardo, Maltbtts, Neil, Torreur, ont suivi les

icHlIMn L*tmiVERS. iONI

traces du célèbre professeur d'I^ldimbourg. Ils se sont tous resserrés daus les mêmes limites , et ont renfermé Téconomie politique dans la science des richesses. Ricardo et Macculloch , ainsi

2ue Senior, que nous avons cité plus aut, ont surtout réduit la icienee à d*étroites dimensions, et ils lui ont quelquefois donné une forme tellement abstraite, qu'ils sont arrivés à considérer les ricnesses indépendamment de l'homme et de ses besoins. Malgré ces tcntlances , qui ont les plus graves inconvénients dans Tapptication des principes économiques, les recberches de ces savants ont an mérite inoontestafale. Ricardo, par exemple, se distingue par la précision de ses énoncés, et souvent par la simplicité de ses principes. Les doctrines de Macculloch se rapprochent beaucoup de celles de Ricardo; il donne cependant une définition moins étroite de l'économie politique.

J.-B. Say a popularisé en France les doctrines de Smith. Cet esprit lucide et pénétrant a d*abord mis le livre de FÉcossnis dans un meilleur ordre, et puis il y a ajouté ses vues, ses observations et ses découvertes. Il en résulte que le traité d'économie politique de J.-B. Say se place au premier rang des ouvrages de ce fleure. Il se distinjjue par un ordre admirable, par une fîliavm inrfaite dans les idées, et par l'explication claire et précise de certains

Ehénomènes fort compliqués. Sny a étali une meilleure classiîication des richesses que Smith, qui ne disait autre chose, sinon qu'elles étaient « le produit annuel de la terre et du travail. » Il a prouvé que le travail matériel nVtalt pas seul profitable, et ^ue le travail intellectuel contribuait a l'accumulation des épargnes et à la création de nouvelles ricnesses. En élargissant le cercle de Smith, il a éclairci une question caûtale, celle du luxe, ou de l'emploi des lommes et des capitaux le plus utile à a société. Il ne s'agit point de prohiber e luxe pour en arrêter le progrès. Ce serait, d'ailleurs, de nos jours, une chose à peu près impossible, car le plus ou moins de modération dans les désirs est du ressort des mœurs , et non de la législation. Mais il est important que les capitaux et le travail suivent la di-

rection la plus conforme à Tordre moral , car le désordre moral réagit sur la prospérité matérielle. Cest seulement lorsque les terres sont mises en valeur, de manière à produire le plus et le mieux possible ; lorsque toutes les professions et toutes les branehes de l'in* dustrie sont suffisamment pourvues de travail , que la société doit s'occuper des objets qui peuvent servir à l'agrément et au plaisir de ses membres.

Mais si le luxe des riehes est mal dirigé, si l'emploi des capitaux et des hommes n'est point fait dans l'intérêt du grand nombre , le luxe qui entretiendra quelques pauvres augmentera la masse des pauvres et leur misère. J.-B. Say a ensuite notablement éclairci la théorie des débouchés : il a montré que les crises commerciales arrivaient principalement parce que tous les pays n'étaient pas également dans de bonnes conditions déchanges. Cette théorie, fondée sur l'observation, a prouvé que les nations ne payaient les produits qu'avec des produits, et que toutes les lois qui leur défendent d'acheter les empêchent de vendre. Aucun malheur, dès lors, n'est sans contre-coup dans le monde : quand la récolte maiique sur un point, les manufactures souffrent sur im autre , et quand la prospérité rèE^ne dans un pays , tous ses voisins y prennent part, soit à cause des demandes qui en vien* nent , soit à cause du bon marché ({ui résulte de l'abondance des produits.

Les nations sont donc solidaires, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. J.-B. Sajr était partisan des théories de Malthus sur la population. Il croyait à la nécessité des mesures restrictives pour empêcher les mariages, et il voyait, avec le célèbre économiste anglais, le moment où un excès de population amènerait une famine universelle. Cette doctrine a aujourd'hui beaucoup perdu de sa valeur, et on comprend que ses eraîntes étaient chimériques; elles lui étalent inspirées par les faits qu'il avait sous les yeux , e% par le paupérisme croissant de l'Angleterre. Le meilleur moyen d'arrêter le développement excessif de la popula* tien est de répandre l'aisance; car avec elle naissent la prévoyance et la prudence, et alors la contrainte morale s'établit

«covoHiK FRAKCE. Éùomotm n

d'elle-même, et tous les moyens restrictifs qu'on pcrorrait MA\r par les lois deviennent inutiles. Uinteraiction du

mariage n'arrête d'ailleurs pas la population, elle donne seulement lieu à un plus grand nombre de naissances ill^itimes.

M. de Sîsinondi est le premier des économistes qui , dans ces derniers temps , ont. en France , cherché à faire sortir la science des appréciations purement matérielles. C*est lui qui a révélé le désordre et la misère des pavs manufacturiers, et il a donné l'éveil sur les dangers des banques, bien avant les catastrophes récentes qui ont si tristement justifié ses prévisions. Il veut améliorer la condition de l'ouvrier, et les progrès de la richesse ne sont considérés par lai comme vraiment utiles qu'autant que les bienfaits se répanaront sur tous ceux qui y auront concouru. M. de Sismondi a signalé d'une main ferme les dangers du système artificiellement et aveuglément producteur, préconisé par l'Angleterre et adopté par la plupart des économistes contemporains. Il a tenté de rétablir Tempire légitime de l'économie morale sur l'économie matérielle; c'est l'harmonie de ces deux branches qui constitue la science de l'économie politique. Considérer diacune de ces brancnes comme isolées , les étudier à part sans s'occuper de leurs relations accessoires, ou prétendre asservir l'une à l'autre, c'est tomber dans une erreur que oomm (tient tous ceux qui n'envisagent point une question sous toutes ses faces. Les Nouveaux principes d'économie politique out ébranle l'école anglaise jusque dans ses fondements, et personne mieux que M. de Sismondi n'a fait ressortir certaines erreurs de Maltbus, de Ricardo et de Macculloch.

Mais si , d*une part , M. de Sismondi a attigné des Ijmites étendues à Péconomie politique', il a, de l'antre, reconnu qu'il était important de bien distinguer les diverses branches qui composent la science. Il a lui-même observe ce précepte (bns son livre de In Richesse commerciale ^ car tout en faisant res* sortir les relations existant entre le su* Jet qu'il traitait et la sdenee économique prisé dans son ensemble , il s'est

néanmoins renfermé dans les limites que lui imposait le titre de son ouvrage. Chacune des différentes doctrines que

nous venons de citer a trouvé ses adhérents et ses défenseurs. M. de Villeneuve-Bargemont , dans son Économie politique chrétienne, adopte les principes de M. de Sismondi. M. Dunoyer, dans son Traité d'économie sociale, développe d'autres théories et se moque des rêveurs de |>erfectibilité Indéfinie en économie politique, en regardant les inégalités sociales comme un mal nécessaire. Parmi les hommes qui n'ont pas suivi les voies battues , il lant ranger Storch. A ses yeux, l'économie po* litique n'avait d'autre but que de procurer aux hommes les moyens de satisfaire leurs besoins moraux et physiques, et de leur apprendre à nien produire , pour les mettre en état de consommer avec profit. C'est par le travail qu'on y parvient; mais, jusqu'alors, on n avait étudié que l'action do travail /t6re; Storch a exposé les plu nomènes du travail forcée qui, selon lui, contribue aussi à la richesse des nations. Il a ensuite établi une théorie de la richesse relative des nations qu'il appelle prêteuses , emprunteuses , et indépendantes. Il a eiilin doimi' l'idée du cafjital moral, qui n'est autre ciiose que la somme des capacités de tout genre dont les nations s'enrichissent en se civilisant, et qui leur permet de s'enrichir et de se civiliser tous les jours davantage.

Pendant que l'économie politique M développait ainsi en France, soit par les efforts des auteurs cités, soit par ceux de MM. Droz , Destutt de Tracy, Duchâtel, Blanqui, rAllemagne, de son côté, ne restait pas stationnaire. Sartorius et Garve y avaient popularisé les doctrines d'Adam Smith. Après eux, des esprits originaux trouvèrent des formes nouvelles pour la science. Kraus, Sodcn , Hufeland , donnèrent une base e\tr( tnement large à l'économie politique; ils y firent entrer toute l'administration des États, en signalant les influences que cette administration peut ' exercer sur la prospérité publique. Pœli{z, dans son livre sur les Sciences de fÉtatf donne une classification nouvelle; Sodeuy qu'on peut considérer

L'UNIVERS

icOHOMIB

comme le père de Pésonomie polttiqne

allemande , a suivi une méthode rigoureuse; toutefois, les solutions pratiques laissent à désirer dans plus d'une circonstance. Nous citerons encore comme dignes d'attention, et comme renfermant des vues neuves et des faits intéressants, les ouvrages de Lotz, de Hiifeland, de Rau. Ce dernier a acquis une immense popularité , et son Traité d'économie politique j en trois volumes, a été traduit eu plusieurs langues. Le premier de ces volumes contient la seience de la rfebesse proprement dite {fVolksv'irthschafts-Lehré) ; le second, la police .administrative {fi^'ohlstandssotgé) , et le troisième , la sciejtce des finances. Ces trois parties constitaent, d'après M. Rau , Téconomie politique.

Dans la rédaction de son ouvrage, il s'est principalement placé au point de vue allemand, et en consultant, dans les applications, les besoins et les nécessités de sa patrie.

Outre les économistes italiens dont les travaux sont consignés dans la collection de Custodi, nous devons faire mention de IMelchior Giojn, qui s'est acquis, par son prospectus des Sciences économiques^ une réputation méritée.

Gioja a réuni dans un corps d'ouvrage des extraits accompagnés d'observations critiqties de tout ce qui a été écrit sur l'économie politique dans le dixhuitième siècle, en France, en Espagne, en Italie, en Angleterre , et il a donné à ces travaux divers une forme méthodique et hien ordonnée, qui pernirt les recherches et les coniparaisous. Après lui, Bosselini a publié, en 1818, un F.xnmcn nouveau des sources de la richesse publique et privée, et Agazzini nous a donné, quinze ans plus tard, la Science de Péeoncmie poUtique.

Revenons à la France. Un livre nouveau est venu s'ajouter à la série d'ouvrages que nous possédons déjà : c'est le Cours (Téeonomie politique àe M. Rossi.

Notre époque, tourmentée par les innovations, a fait de nombreux essais économiques dont nous parlerons plus bas.

En attendant, nous dirons que M. Rossi nous semble avoir rencontré la linjite dans laquelle l'innovation peut et doit s'exercer sans compromettre Tautorité

delà science. «Il y a, dit un pobliciste.,

en lui le degré d'initiative nécessaire pour en reculer l'horizon, et en méine temps un esprit de conservation assez puissant pour vaincre ce que cette tendance a parfois d'absolu et d'impérieux.

C'est un interprète de la tradition , mais un interprète indépendant, discutant les problèmes économiques en esprit habitué à les dominer , ne se Iai8« sant pas conduire pitis loin que ne le veut sa raison, et vovant toujours les faits a côté des théories. Dans ses affirmations comme dans ses doutes , on distingue cette modération, on reconnaît cette sagesse. La transformation sociale semble être , de notre temps , l'objet des mêmes poursuites que la transformation des nîétaux au treizième siècle. M. Rossi ne croit pas à tous les arcanes qu'on propose; il doute qu'on ait trouvé la nouvelle pierre philosophale,et il ne la cherche pas lui-même.» Des vues originales sur In rente territoriale, une appréciation exacte de l'action du travail dans la production, des aperçus sur les produits Immatériels, et plusieurs chapitres sur le système colonial , dominent surtout dans le livre de M. Rossi, et en font une œuvre que les maîtres mêmes de la science pourront consulter avec fruit

Les innovations tourmentent notre époque, avons-nous dit. En effet, des essais d'économie sociale d'une incroya* ble bizarrerie ont été tentés depuis une quinzaine d'années. Saint-Simon, Fourrier et Owen , sont les noms qui ont servi et servent encore de signes de ralliement à ces nouveaux sectaires qa\ entendent organiser le genre humain connue un régiment de soldats ou une communauté de moines. Le fondateur de la doctrine saint-simonienne est trop connu pour que nous ayons à nous en occuper ici; nous dirons seulement un mot de la doctrine de ses disciples, en faisant cependant abstraction de leur système religieux. Selon eux, la société ne se compose que d'oisifs et de travailleurs. La politique doit avoir pour but l'amélioration morale , physique et intellectuelle des travailleurs, en d'autres termes, de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre; maxime que les saintsimoniens ont empruntée a Condorcet.

ûmmmÈ FRANCE. * Éooiioiiw

Les mo]^ens sont , quant aux oisifs , la destruction de tous les privil^es de la

naissnnre; et quant niix travailleurs, le classement selon les capacités, et la rétribution selon les oeuvres. Pour arriver à la réalisatioQ de cette doctrine, les saint-simoniens voulurent procéder par transition. Leur projet était de provoquer d'abord Tabolition de rbéritage en ligne collatérale à des degrés éloignés, afin d'accoutumer insensiblement les esprits à des réformes plus décisives. Ils voulaient faire servir à la réduction des impôts la valeur des pro-

f >riétés qui seraientainsi venues accroître e domaine de l'État, et le produit des droits de succession en lif;ne directe, qui eussent été considérablement augmentés. Au moyen de ce budget de création nouvelle , ils donnaient une impulsion active à toutes les industries, et réalisaient le système industriel de l«ur fondateur. Ils erèusaient des caiiftttif traçaient des routes, élevaient des monuments publics, et fondaient des établissements d'instruction. Abolition de l'héritage et de la famille, et gouvernement théocratique , voilà les fondements de cette doctrine. qui a fait tant de bruit pendant quelques années.

. Fourrier a survécu à Saint-Simon , aa moins comme manifestation intellectuelle; car les essais de mise en pratique ne lui ont pas mieux réussi qu'à 8on rival ; Owen est dans le même cas. liCS essais de ces deux hommes ont précédé de plusieurs annétt les travaux de Saint-Simon , et ils se présentent avec une organisation plus complète et plus vaste que celle de i*école saint-simonienne. Fourrier accusait de stérilité toutes les doctrines économiques contemporaines, sans s'apercevoir qu'il n'apportait, comme elles, que sa part d*incertitudes et de rêveries au foyer universel des doutes. Le premier de ses ouvrages est la Théorie des quatre mouvements (oiouvement social, mo\i' vement <mima(y mouvement oraimigt/p, et mouvement matériel). La théorie du premier devait expliquer les lois d'nprès lesquelles pieu régla l'ordonnance et la succession des divers mécanismes sociaux dans tous les glofaetf habités. La théorie du second expliquerait les lois d'après lesquelles la Providence distri-

bue les passions et les instincts à tout les êtres créés dans les divers globei.

La théorie du troisième aurait rendu compte des lois d'après lesquelles l'auteur des choses distribue les propriétés, les formes , h» couleurs et les saveurs aux substances. Enfin la théorie du mouvement matériel , véritable cosmo-

Êonie nouvelle , devait faire connaître , » lois de la sravîtaition selon les idées de Tauteur. Il était impossible de deviner à quelles applications cet étalage prétentieux de théories pouvait aboutir.

Il fallut donc venir avec un second livre au secours du premier. Fourrier publia alors le Traité de ^association domestique, dans le(|ue! il voulait faire prévaloir l'association sur le niorcellement, et organiser les forces isolées par la moyen de ce qu'il appelait ^attraction •passionnée. Son but était d'associer les nommes en capital ^ travail et talent.

Pour y parvenir, il oombinait tes efforti des agriculteurs, abrégeait les heures du travail , distribuait les âges et les fonctions par séries, et transiorraait le labeur des diverses professions en une distraction perpétuelle, assaisonnée de plaisirs et de sensations agréables.

Pour réaliser ce plan. Fourrier imagina dans chaque localité une vaste construction appelée phaUmUère^ habitée par des phalanges de travailleurs de toute espèce. C'était une association de dix-huit cents personnes , dans laquelle chaoue sociétaire aurait sa part de profit d'une cave substituée à trois cents caves , d'un grenier à trois cents greniers , d'une cuisine à trois ou quatre cents cuisines. Dans tout çela, u y a des travaux de nécessité , de simple utilité et d'agrément. Les premiers seront les plus recompensés, comme étant généralement les plus pénibles; les travaux agréables trouveront une partie de leur recompense dans leur agrément même. Les manœuvres seront mieux rétribués que les artistes. Fourrier pensait ainsi relever les classes pauvres de l'état de misère où elles sont tombées , et il s'imaginait faire disparaître les causes de haine ou d'envie qui les séparaient, depuis l'origine du monde, des classes riches. Il a quitté ce monde sans voir la réalisation de ses rêveries, * et ses disciples auront le même sort,

94 écORCHEUBS L'inOVERS. lêcORCHEURS

quoiqu'ils aient cherché à donner aux tliéories du maître une forme moins rebutante et plus intelligible.

' Owen s*08t mis* en Angleterre, à la recherche de la solution du même problème que Fourrier; mais il n'a pas été

S lus heureux, et aujourd'hui, vieux et éoouragé , il se Toit menacé du même sort que Fourrier et Saint-Simon.

Ce doit être, au reste, l i destinée de tous les utopistes qui veulent retaire tnlièrement la société. La société est une matière qui n'est pas maniable à ce point. Le corps social est gouverné par des lois qu'on ne change pas à volonté, et il est impossible de substituer l'uniformité à la variété. La variété et le changement seuls impliauent les progrès dans les choses matérielles. L'é.i^afité absolue ne serait pas seulement un temps d'arrêt , mais un pas rétrocède, et la différence des conditions est un des premiers motifs de l'existence des soeiélés civilisées. Là où tout est soumis a un niveau inflexible , tout est inférieur, et tout reste station* naire et immobile. L'économie politique, déduite des faits existants et ne l'exf^érience acquise , répond , dès à présent, et quoiqu'elle soit encore Incomplète comme science, à une infinité de besoins; et, rationnellement appliquée, elle peut conduire aux réformes les plus salutaires. Pour cela , nous le répétons, elle ne doit point seulement avoir en v!ie la production des richesses, mais encore leur distribution ; car là est le principal terme du problème que les Utopistes ont voulu riésoudre par le nivellement et par la dissolution de la famille. Le temps finira par triompher de toutes les entraves qui s'opposent aujourd'hui à l'application des vrais

fmncipes économiques, et le jour où PS privilèges , les monopoles et toutes les institutions qui faussent la distribution des produits du travail , disparaîtront, n*est peut-être pas Soigné. Un sentiment universel d'équité et de justice a déjà provoqué beaucoup de réformes, et des reformes durables,

fui ne ressemblent en rien aux rêveries umanitaires par lesquelles on a jeté le désordre dans les idées et le déoouragenient dans les esprits.

ÉcoiiCiiEUAS, buudcs de brigands ca-

réirimentés qui désolèrent la France sous le règne malheureux de Charles VIL Tous les mémoires du temps parlent des brigandages affreux qui, depuis l'année 1435 environ , leur valurent l'horrible nom sous lequel ils sont connus dans l'histoire. Leurs trouues , souvent composées de plusieurs milliers d'hommes et formées en grande partis de cadets et de bâtards de familles nobles, suivis de leurs serviteurs, et commandées par de puissants seigneurs, ne servaient aucun parti à moins qu'on ne les prît à pages. Elles se répandaient dans les campagnes et s'emparaient des villes, pillant et incendiant, torturant tes habitants, lâisant rôtir hommes et enfants quand ils ne pouvaient payer leur rançon, T.es résultats de ces épouvantables exploits furent une grande famine, puis une peste non moins af* freuse, qui, selon Mézeray, fit périr « en moins de six semaines , 50,000 iiommes , à Paris seulement.

On cite parmi les chefs de ces briands : le bâtard de Bourbon, un fils u comte d'Armagnac, Rodrigue de \ rVlandras y Guillaume et Antoine de Chabannes, et même XaintraiUes et LttMre. Les auteurs contemporains donnent souvent aux écorcbeurs les noms (W^rmagtiacs , grandes comnagnies , routiers, trente mille diables, quinze mille diables, etc. Ces brigands disparurent peu à peu vers la un du règne de Charles VII, après l'expulsion des Anglais, à laquelle ils contribuèrent puissaunnent.

Le plus grand nombre de ces dangereux défenseurs de la royauté furent, après trente ans de brigandages en France, envoyés contre les Suisses sous les ordres du dauphin, depuis Louis XI (1444). C'était une occasion précieuse

fiour faire tirer , comme le disait Chares VII lui-même , du mauvais sang à l'année fran(^aise. Après une guerre malheureuse signalée par des cruautés et des dévastations inouïes , ces terribles bandes rentrèrent dans le royaume, humiliées, affaiblies et plus disposées ^ l'obéissance. Alors le roi les désorganisa roni|ilétemeat en eréant les compagnies d'ordonnance (voyez ce mot}, où les plus braves d'entre eux s'enrôlèrent. Les autres se hâtèrent du dc disperser.

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