ARTS
Ou désignait au moyen âge, sous le nom â*éeolè angélîgue, l'éoole des thonUstes, c'est*à-dire Téoole qui avait
f)o\iT chef saint Thomns, surnommé 'ange de lécole ou le docteur angéligue,
Véeole séraphique était Técole des frères mineurs ou des conleliers, instituée par saint François d'Assise, surnommé le Séruphia'ue.
ÊCOLIBBS. — C'était le nom que 1*on donnait aux étudiants gui fréquentaient les écoles au uioyen âge. Lorsque les écoles des principales villes eurent pris le nom û*uiUoer$Ué, les évéques con»
servèrent sur ces établissements. Tautorité qu'ils avaient eue sur les écoles annexées à leurs églises. Les désordres des ^idtants étaient punis par des peines ecclésiastiques, et même par 1 excommunication. Ils allaient se faire absoudre à Rome. Mais comme ces fréquents pèlerinages donnaiept iieu a de nouveaux dérèglements, Innocent III conféra à l'abbé de Saint-Victor le [louvoir de prononcer ces absolutions, mais seulement pour les écoliers de Paris.
Jacques de Vitry, dans son Histoire occidentale y a tracé un tableau énergique des désordres auxquels se livraient les écoliers , et doi^t ils semblaient se faire un point d*honneur : ivrognerie , libertinage, rapines, querelles, batailte» et quelquefois homicides » étaient pour eux de simples jeux.
« Dans b maison, dit-il, se trouvent à IVtage supérieur une école, et à Tétage inférieur un lieu de prostitution. En
haut le maître fait la lecture, et en' bas les ûUes |)ubliques exercent leur honteux métier... Peu. des clercs étudiant s'instruisent; à cause de la diversité de leurs opinions et de leurs pays, ils ne cessent de se quereller... Les Anglais sont ivrognes et poltrons ; les Français, fiors , mous et efféminés ; les Allemands, furibonds etobscènes dans leurs propos de table; les INormands , vains et orgueilleux ; les Poitevins , traîtres et avares; les Bourguignons, des bru* taux et des sots ; les Bretons , légers et inconstants ; les Lombards, avares, méchants et lâches; les Romains, séditieux, violents et se rongeant les mains ; les Sieiliens, tyrans et cruels; les Brabançons, hommes de sang, incendiaires, routiers et voleurs; quant aux Irlamands, ils sont prodigues, aiment le luxe, la bonne cnère et la débaudie, et ont des mœurs très relâchées. »
Mais le scandale le plus criant était celui qui provenait de la rivalité des maîtres et des doctrines enseignées.
Ces désordres prenaient en génénil un caractère fort (zrave , à cause de Vàge avancé des écoliers. En effet, on n'étJidiait guère le droit canon ou civil que de vingt-cinq à trente ans ; et dans les autres facultés , on comptait parmi les étudiants beaucoup de clercs, de bénéficiera et . même de curés. Les bénéff* ciers qui recevaient dans les écoles particulières de leurs diocèses des leeons de théologie, avaient d abord seuls été dispensés de la résidence ; mais ce privilège fut bientôt étendu à tous les élèves des universités, même à ceux qui n'étudiaient que I? jurisprudence. Souvent les supérieurs des couvents envoyaient dans les grandes écoles quelques uns de leurs religieux, qu'ils y entretenaient à leurs frais. Ainsi , des bulles de INicolas et de Boniface VIII permettent à plusieurs communautés religieuses d'acquérir des maisons dans la ville ou dans les faubourgs de Paris, pour y loger les religieux qu'on y envoyait étudier la théologie et les arts libéraux. Telle fut l'origine de plusieurs collèges. Les écoliers qui venaient du même pays conservaient entre eux , à l'Université, des relations très-etroites; souvent ils mettaient leurs intérêts en oommun. De là vint ia division des
«mUSM L'UmVBftS. OTMMÉBS'
étudiants par nations ou provinces. On en comptait i|iMtre à mnîTmfté dè
Paris : c'étaient celles de France, de Pi^ cardie, de Normandie et d^yingleterre.
Cette dernière nution ne fut remplacée qu'au quinzième siècle pat celle d'Mumagne.
Chaque nation était représentée, et à certains égards gouvernée par un syndic ou procureur : ces officiers tenaient des reffistres où ils inscrivaient^ moyennant rétribution, les noms des étudiants dont ils devaient défendre les intérêts el surveiller la conduite; c'est à partir de rétablissement -de ces re^is* très que Ton commence à voir apparaître les grades de bachelier , de licencié, de maître ou docteur. (Vét lit surtout à Paris que les écoliers se rendaient en Ibute. « Jamais , dit un chroniqueur du douzième siècle, on n'avoit vu ni dans Athènes, ni en Éaivpte , ni dans aucun lieu du monde, une telle afiluence d'étudiants ; ils sont attir^ non^^eute" ment par les charmes du fi^our et par les biens de toute nature qui y surabondent, mais surtout par la liberté et les Immunités dont ils jouissertt. » En cflfet on avait, à leur ei^ard, porté la faveur jusqu'à modifier le prix des logements par des taxes au delà desquelles les propriétaires ou les bourgeois ne pouvaient rien leur demander. Philippe^ Auguste leur avait en outre accordé aes privilécçes par lesquels ils étaient soustraits aux autorités civiles, privilèges qui furent bientôt la cause de tels dé* sordres, qu'on fut forcé de leur défendre le port d'armes. Ils passaient leur temps aans des luttes continuelles avec les bourgeois et l'autorité civile ; c'est ainsi qu'ils eurent, en il 63, une violente querelle avec l'abbaye de Saint- Germain des Prés; en 1192, ils en eurent une autre avec les habitants du bourg du même nom; en ISOO, une rixe s'éleva entre les écoliers et les bourgeois. Le prévôt se mit à la tête des bourgeois; un combat sanglant s'engagea , et quelques étudiants furent tué^, entre autres , Henri , archidiacre de Liège. Lr roi condamna le prévôt à une prison perpétuelle, défendit aux jupes laïques d'instruire désormais aucun procès criminel contre les écoliers, et or* donna qu'à l^veoir dhaque nouveau
prévôt jurerait de respecter les drOMfc et les Immunités dei eoolw. Ge prifl^
lége fut depuis confirmé par Louis IX, et les prévôts ont en effet prêté ce serment jusqu'en 1592. En 1203, les écoles se donnèrent un syndic ou agent chargé de les représenter dans toutes les affaires. T/année 1229 vit éclater de nouveaux desordres; une tquerelle s'était élevée l'un des jours gras entre un cabaretif r et des étudiants de la nation de Picardie y lesquels ne voulaient pas payer les frais de leur débauche. Le peuple s'attroupa , secourut le cabaretier et nrit en âdte les étudiants , ^ui revinrent plus nombreux le lendemain, et se livrèrent aux excès les plus coupables. L'evéque de Paris el le prévôt saisirent cette occasion de reprendre quelque empire sur cette jeunesse tur»
bulcnte. La reine Blanche, alors régente, donna ordre au prévôt d'employer la force des armes pour la contenir, et l'on exécuta cet ordre avec tant de zèle , que
ÏlosieqrsécolieFS furent tués ou blessés, .es maîtres s'en plaiîrnirent , discontinuèrent leurs leçons, et I Lniversité se dispersa. La nation anglaise se retira à Angers , d'autres nations à Orléans , et n'effectuèrent leur retour qu'en 1231 .
De semhînhles désordres se renouvelèrent en 1251 ; mais on en ignore les détails. On sait seulement que la reine Blanche fit prêter serment aux étudiants et professeurs , et aux bourgeois , de vivre en paix, et de dénoncer ceux qui troubleraient à l'avenir la tranquillité publique.
En 1252 , quatre écoliers clercs et un laïque, leur serviteur, furent arrêtés pendant la nuit dans les rues de Paris , par les archers do prévdt. Comme ils op[)ospi-pnt quelque résistance, ils furent dépouilles, battus et emprisonnés ; Tun d'eux en mourut. Le lendemain , on fit relâcher les autres; mais rUniversité ne fut pas satisfaite, et fit fer» mer les écoles. Tout exercice fut suspendu pendant sept semaines, jusqu'à ce qu'Alphonse, frère de saint Louis , edt fait condamner ceux dont TUnivei^ sité avait à se plaindre : les uns au bannissement, les autres au supplice de ia potence.
Le earaetète turbulent des écoliers ne cessa , pendant tout le moiftxk âge»
JÉCeUEBS FRâKGE. écONOMATS 9$
de se manifester par des scpnes immo- rcux étaient quelquefois exposés. Il les
raies et scandaleuses. On doit bien pen- dépeint comme des êtres en proie à
ser qu'ils prenaieitt la plus grande part toutes les tortures du froid et de la
I aux fêles des Fons, derAne^ete.,elc., fefm, dont le visage pâle, livide, dé-
et à toutes les émeutes populaires. Dans charné , présentait Timage de la mort;
un rèfîlement que fit i\ P.iris, au mois à moitié nus, couchant sur la paille et
décembre 127(5, Simon de Brie, lé- vivant dans ia plus borribie nialpro-
gat du saint-aiége , on lit que les éco- prêté.
bers, au lien die célébrer les fêtes de Dans plusieurs universités , les pau-
l'Église par dos exerciees de pieté , s'a- vres écoliers portaient le nom de hnns
donnaient aux exres du vin et à toutes enfants ; nujourd'hui encore , on lit au-
sortes de dissolulious ^ qu'ils prenaient dessus de ia porte du collège royal de
les amca et oouraient par troupes dans Reims, édifice eonstruit à ta fin du
les rues de la ville pend.mt la nuit, moyen âge pour servir d'asile à ces
troublaieîit le repos des habitants , et ninîheurrux . une inscription ainsi con-
s'exposaient eux - mêmes à plusieurs çue : Collegium bonorum puerorum
dansera* Il ajoute qu'il se trouvait des tarbUt Bemorum (Voyes UiviTSBSTriB,
écoliers qui poussaient rimpiété j usqu*à Écoles et Étudiants. ) jouer aux dés sur les autels, en blas» , I'.coi.ifrs étrangers. On appelait
phémant le nom de Dieu. ainsi des écoliers qui venaient, ou de
En 1278, Gérard de Moret, abbé de province ou de fiays étrangers, étudier
Saint-Gennain des Prés, voulant se ga» danslesdiversesuntversitésduroyaome.
raiitir (les nttnqucs des écoliers qui pre- TIs s'ori^nnisèreiit de bonne heure en
naient le Pre aux Clercs pour théâtre corpor;iti(!ns particulicivs auxquelles
de leurs ébats et de leurs querelles , fit on CQn< eda certains privilèges, tels que
. bflttr (jut lques murs sur le chemin qui celui de n*êtrè point soumis au droil
eonduiaait à ce pré. Les écoliers trou- d'aubaine , etc. (Voyez Écolbs, Éco*
vèrent que ces constnirtînns rétrécis- Iiers , Untvfrsîté.)
saient leur chemin ; ils les démolirent. Écoliëbs jubés. (Tétait le nom aue
L'abbé fit sonner le tocsin et charger les l'on donnait à ceux qui (^lossédaient aes
-étudiants par les do'nestiques de l'ab- lettres d'écolier , lesquelles ne s'obte»
baye et les habit.mls dii faubourg. Plu- naient qu'après six mois d'études dans
sieurs écoliers fui eut pris et conduits rUniver>ite , et sur le témoitinni^e du
dans les prisons du monastère, d'autres régent dont on suivait les le<^otks. Ces
blessés mortellement ; mais lUniviersité lettres conféraient le privilège de icokh
déclara que , si elle n'obtenait pas, dans rifé, pi i \ i éuo très-importaut, en vertu
l'espace de quinze jours, une réparation duquel feeolier, soit comme deman-
éclatante, elle susjjeudrait tous ses exer- deur ou comme défendeur, ne pouvait
cioea. On fut obligé de lui céder, et être distrait de la jurldietion des Juges
Pabbé, les religieux et leur prévôt, lïonservateurs des privilèges de I Uni*
fiirent condamnes à fiifferentes peines, versitè, que pour des actes passés avec
Ce n'était pas seuleuieiît à Paris des personnes domiciliées a une dis-
qu'éclataient ces désordres ; ils se re- tance de soixante lieues. Une interrup-
produlsaient aussi dans toutes les ^ran- tion de six mois dans les études entrât-
des villes qui possédaient des univer- nait la perte de ces lettres,
sités. Les écoliers jouèrent un grand !""co>om4ts. Ou a[)pelait ainsi, sous
*rôie dans les émeutes populaires du ré- l'ancienne monarchie, les droits dont le
gne de Charles VI , dans les troubles roi Jouissait en vertu de la régale. Ces
ae la ligue et dans ceux de la fronde, droits provenaient des revenus des bé-
L'existence des éeoliers était en génè- nèfices consistoriaux pendant leur va-
ral fort dure et fort misérable. Je;m de cance , et la perception en était confiée
Hauteville , dans son. Architrenius , à un économe laïque. Les principaux
lib. III , cap. I, intitulé de MimiU édits concernant la création et ia régie
êcholasticonan , fnit un tableau ef- de cet office sont des .uuiées 1.578 et
frayant de la misère et des supplices 1691. En 1714, les économes établis
auxquels quelques-uns de ces msdlieu* dans chaque diocèse furent supprimés,
ikwrMis L*1}ITiyERS. tfoeaioiifE
et remplacés par des préposés soumis à un économe général, et quelquefois à deux économes généraux associés.
La caisse des pconoinnts était administrée en H)7.'j ])ar Pelisson, et le tiers des foruis qu'elle contenait était employé à payer les convenions des hérétiques.
ÉCONOMIE POLITIQUE. On 3 donné de nombreuses déliaitions de cette scîepce , et Ton n*est pas encore entièrement d'accord sur son objet, son but
et ses limites A une époque où l'économie politique était loin d'avoir une forme scientillque , Aristote avait dit (|[u*elle avait pour objet unique et particulier, la rirhf'sse , Tacquisition des biens (Chrématistique), et qu'on ne devait la confondre ni avec la morale, ni avec la politique proprement dite. Il avait mâne traité de la Richesse dans un ouvrage spécial , oij peut-être il développait les théories dont il a donné un résumé dans le premier livre de la Politique. Postérieurement, et jusqu'au milieu du dix-huitième siècle , on ne s'occupa plus guère, en économie polilitiaue, de classiiicatiou et de ineldode ; et YéexA^mereawHk, qui avait jeté d'assez profondes racines, tout en s'occupant d'un certain nombre de faits particuliers qu'elle généralisait de son mieux , n'en était pas moins restée à l'état d*art, sans trop de prétentions à devenir une science. Elle ne distinguait pas la spéculation de l'action, et l'intervention directe et constante du gouvernement dans le développement économique des sociétés , formait la base de son système ; ainsi cette école confondait réconoijiie politique avec la politique.
Les physîocrates avaient des vues pltis étendues ; l'économie politique n'était pour eux qu'un chapitre de l'organisation sociale et politique. L'idée qui les préoccupait n'était pas uniquement la richesse , mais la question qui agitait alors le monde , Porganisation de la société. Les théories des physiocrates «nt été remplacées par celles de Vécole incUtÉhrieUe, laquelle a proclamé ce principe , que la première source de la richesbc est le travail. Cette école, dont Smith fut le fondateur, ne prétendait pas Moooitniire les sociétés et les
gouvernements ; elle s'occupait uniquement de la question de savoir quels sont les principes de notre nature, et les faits les plus efficaces pour la formation de la richesse nationale. Mais ces limites furent bientôt franchies [>ar les disciples de Smitb , et Jean-Baptiste Say a oit : « que l'économie politique n est pas « autre chose que l'économie de la so- « ciété. L'étude que l'on a faite de la « nature et des fonctions des différen- «tes parties du corps sœM, a créé « un ensemble de notions auquel on a « donné le nom d'économie politique , o et qu'on aurait peut-être mieux fait « de nommer économie sociale. » Suivant M. de Sisinondi , le bien-être physique de l'homme, autant qu'il peut être l'ouvrage de son gouvernement, est Tobjet deréconomiepolitique. M. Storch assigne un champ encore plus vaste à cette science , et il affirme que l'économie politique est la science des lois naturelles qui déterminent la prospérité des nations , c'est-à-dire, leur richesse et leur civilisation.
Les économistes allemands donnent de cette science des définitions bien plus larffes et plus élastiques encore. Suivant Soden, entre autres : « De même que le « droit naturel fixe les liens qui unis- « sent les nations organisées, sans pré- « judice pour leur indépendance , en R assurant la conservation de Texistence « simultanée de plusieurs États , de « même l'économie nationale enseigne « les principes qui favorisent les efforts « que font les Individus de toutes les « nations , en vertu du lien cosmopo- « lite, pour arriver au bonheur et à la « prospérité. » Jacob s'exprime autrement : « L'éronomie nationale, dit-il , « peut être définie comme la science de « la nature et des causes de la richesse, « sous l'influence de l'organisation soft ciale et des lois positives; mais comme « l'influence de ces dernières ne s'aper-^ « coit qu'autant qu'on connaît la pre- « mière, il en résulte que, pour arriver « à une théorie de la richesse , il faut « analper toutes les causes de ridieave* « et signaler d'une manière exacte le « genre d'effet qu'exercent les institutions politiques et les établissenjents « publics sur cette richesse. On peut ««usai la considérer oonmM la ideiioe
FRANCE
Aomroiin
« des principes d'après lesquels on ju^e « quelles sont les institutions et les lois « les plus propres ft fmn prospéier la
« richesse nationale. «
A mesure que les économistes allemands cherchaient à étendre les limites de la science , les Anglais fiîfsaient des efforts inverses ; chez eux tout finit par se réduire à connaître pour ainsi dire les meilleurs procédés pour la création des riobesses. Suivant Senior, qui a jeté quelque éclat sur la science, « L'objet « de l'économie politique est de s assu- « rer de la nature de la richesse , et de «r rechercher les lois qui en r^ent la « liroduction , rechange et la distribu- « tîon. Le devoir de l'économiste est de « faire de la théorie pure. Dès qu'il « veut appliquer un de ses principes , « il ùmt joindre à récoDomie politiifue « la connaissance de quelque autre art « ou de quelque autre science, par exem- « pie, du commerce, de la législation, du « gouvernement. Pour pratiquer une- « de ces sciences, il est absolument né- « cessaire, non-seulement de connaître « les principes généraux de l'économie « politiaue , mais encore de posséder « une idée exacte de toutes les circons- « tances accidentelles qui, réunies, for- M ment chaque cas particulier auquel « on peut appliquer un principe. Ces « données sont sans nombre , et il est « très-difficile d'en acquérir la connais- « sance, tandis que les faits généraux « qui forment la base de la science sont « comparativement en petit nombre, se « répètent sous tous les climats , parât tout où il y a des sociétés humaines , « et tombent sous l'expérience de cha- «que individu. L'économie politique « est donc une science dont les limites « sont bornées, et sa théorie est fondée « sur un très- petit nombre de proposi- « tionsp générales , qui sont le résultat « de PoMervation et de la réflexion. »
M. Rossi pense qu'il faut distinguer, dan? la manière d'envisager les limites de l'économie poU tique, trois ordres de fttts et d'idées. Vieonomie politique rationnelle est , suivant lui , la science qui recherche la nature , les causes et le mouvement de la richesse, en se fondant sur les faits généraux et constants de la nature humaine et du monde extérieur. Elle ne méconnaît ni ne repousse
T. YU. 5* lÂvraUon» CDict. bhctcl., btc.)
les autres sciences sociales , lesquelles • lui offrent, ainsi que les sciences physioues et mathématiques , des moyens et des résultats dont elle profite ; mais , pour le progrès de chacune, il importe de ne pas les confondre. Dans VéconO' miépolUigtie appliquée, la seience est prise comme moyen. En passant de la science à l'art , il faut tenir compte des circonstances |)articulières oui peuvent modifier les principes dans leurs a|)plications. Ainsi le temps, l'espace, la nationalité, jouent un grand rôle dans ces causes modificatrices des résultats pu* rement scientiûaues. L'économie politique pure et Tecottomie politique appliquée ont chacune, au fond, le même objet : la richesse ; Ja première en traite d'une manière générale , la seconde d'une manière spéciale et plus nationale ; mais l'objet est toujours le même. « Enfirj , dit M. Rossi , on conçoit que « la morale et la politique interviennent « dans les questions sociales. Le but de « la société, comme le but de l'individu, « n'est pas seulement d'être riche; ce but peut même , dans certains cas , « élre subordonné à un but plus élevé. « L'économie politique peut nous ser- « vir de guide pour nous diriger vers « l'un de ces buts ; mais elle n'a pas « mission de nous faire faire telle ou h telle chose , car une science n'a d'au- « tre but que la recherche de la vérité. « C'est dans l'application que nous de- <( vons tenir compte de tous les princi- « pes qui concourent à la solution d'une « question sociale. L'erreur vient de ce « qu'on imagine que toute question so- « ciale est solubiejpar l'application. d*un « seul principe. De là It résulte que « toutes les lois que le principe éoono* « mique se trouve impliqué dans une « question, on veut mettre la solution « pratique de cette question sur Je compte « de l'économie politique. Cela est m- « juste. L'économie politique donne des « résultats économiques , des consé- » quences du principe économique; c'est « aux applicateurs de tenir eomiite de « tous les autres principes qui doivent a concourir pour que la solution de la « question soit conforme aux intérêts « les plus cbers de la nation et des in- < dividus. Nous dirons aux intérêts les « plus cbers : Quand » dans une ques-
M Éœnomti L'uniVERS. Ècommm
« tioii,riatérét le plus cher delà natioQ, Jee iotéréU généraiix d'une eeeiélé,
« le but dominant est la richesse , c*est aussi longtemps que cette société est
« l'économie politique qui doit i'empor- dans de bonn^-s conditions organiques, a ter. Quand ie contraire a lieu, quand et dans un état tranquille et normal. • a il y a en jeu des intérêts de force, de Passons maintenant à quelques re- « dignité nationale , les considérations chercbes historiques sur la science éco- « économiques ne sont plus que des nomique. Chez les anciens , l'esclavage « motifs de second ordre, et qui doi- et le mépris pour le travail faussaient « vent céder le pas aux considérations naturellement tous les principes qu'on « politiques. » aurait pu avoir sur la production des Telles sont les déBnitions principales richesses, et, ni les Romains ni Iw qui ont été données de l'économie po- Athéniens n'avaient proprement une litique. On voit qu'elles sont variées, économie politiaue. Le travail était prin- 6t que chaque auteur a, pour ainsi dire, cipalement confié aux esclaves , et était envisagé la science d*un point de vue par conséquent soumis aux règles les spécial. Pour notre compte, nous pen- plus élémentaires, mais en même tennps sons que l'économie politique est la réu- les plus fausses, considérées du point nion des principes généraux d'après de vue de la production et de la di:»Lrilesquels se forment et se distribuent bution des richesses. On s*oocupait celas richesses. Les vérités que cette pendant du domaine public , des droits science renferme soiil i)l)sohips, et dans fiscaux et des impôts de tout genre, les principes et dans leur application, ainsi qu on peut le voir entre autres par et quand elles cèdent à d*autres coosi* les travaux de MM. Bcsekh, Dureau de la dératioas , c*est que la société se jette Malle et Heeren. Pour apprécier les ri* ou se trouve dans des circonst.inces c h esses , on prenait isolément les insanormaies ou exceptionnelles. La diffe- trunients de production, sans connaître rence entre ta science rationnelle et la leur relation entre eux* Le commerce science appliquée que signale M. Rossî, était méprisé à Roone, etCicéron, en existe de fait ; mais elle ne devrait pas parlant du petit commerce, l'appelle exister si la société était organisée d'à- res sordida. Cette opinion n'était ceprés les meilleures conditions d'exis- pendant pas générale dans l autiqui té; tence et de vie. Une guerre, par exem* la république de Rhodes était fondée pie, détruit toutes les lois économiques, sur lé commerce ; c'était aussi au comou , pour mieux dire, n'en permet plus merceque Marseille devait sa puissance, l'application ; mais c'est la un accident, Après la chute de Tempire romain , uiieexceplion, qui nedétruît ni la science, la dèîitruction du commerce fut une des ni la néâsaité de son application. Cest suites du bouleversement général ; les unévénement violent, et dont l'action est sciences et les arts disparurent égaletemporaire. Si on voulait admettre des ment , et pendant uue période de six exceptions d'une autre nature , telles ou sept siècles , on ee trouve presque que les privilèges , les monopoles , qui plus de traces de travaux économiques, suspendent l'application des principes Lorsque les nations se réveillèrent de économiques, nous dirions que, dans ce long sommeil, e!l< s n'iivaient que ces cas, l'erreur l'emporte sur la ve- les idées les plus fausses sur l'emploi irité. Les Trais principes économiques des capitaux et du travail. Peu à peu ne sont jamais en op[)osition avec les cependant , l'activité reprit le dessus , vrais principes sociaux, ni en théorie, l'ordre se rétablit, et la production, ni dans l'application ; ce serait une pau- dans ses diverses branches , fut régula- TTC science que celle qui aurait tort à risée. Les gouvernements penétrereiit chaque événenu rit fortuit , à chaque in- peu 2i peu dans les mystères oe la science cident dû au hasard, ou créé par des in- commerciale, et ils virent quels avantéréts auxquels on assignerait à tort ou tages on pouvait retirer du commerce à raison le premier rang. Heureuse- On vit même apparaître, vers la fin du ment il n'en est pas ainsi, Téconomie seizième siècle, des auteun qui s*oepolitique a une existence propre, indé- copèrent de matières éronomiques. pendante , et qui ne contrarie en rien Cette initiative fut prise en Italie, et in
ECONOMIB FRANCE. ÉCOMOHIB 67
collection de Custodi (1582-1804) renferme à ce sujet de précieux documents.
Il est vrai que la plupart dea écrits qui appartiennent à la lenaîssance , se rapportent surtout aux matières d*or et d'argent et au numéraire. L'altération des monnaies , qui causait alors les plus grand» désordres dans Im fortunes publiques et particulières, explique la prédilection des écononiistés de œ temps
Sour les questions chrysologiques, préileetion dont on pourrait d'ailleurs trouver une autre explication dans cette erreur d'alors, fort accréditée, que l'nrgent était le signe commun et universel de toutes les richesses. Tous les auteurs ne restèrent cependant pas dans Ce cercle étroit, et Antonin Serra, quoique le titre de son livre semble démentir notre assertion {Petit traite des causes gui pewfent faire abonder Por et (^argent aans les royaumes)^ a donné des vut'S f^énéraies sur l'économie politique et sur les différentes parties qui la composent.
CVst en 1615 que le root économie politique paraît pour la première fois à latéted'un traite sur la matière. Montchrétien, seigneur de Watteville, publia alors on traité d'économie politique , où il examine les forces productives du pa^ s, c'est-à-dire, l'nîiriculture, le commérce et les manufactures, Ce livre est un recueil de conseils sur la meilleure manière de développer ces trois branches de l'industrie. Le système mercantile, déjà connu et florissant, y est chaudement appuyé, et l'auteur s'est également égare dans 1^ labyrinthe des monnaies. Les Italiens Brogfîia, Neri, Carli , etc. , s'éloignereiit moins de ia vérité. En France, Boutterone, Leblanc, Abot de Bazinghen , Dupré de Saint- Maur, Boizard et Poulain, fournirent aussi alors un utile contingent à cette section de l'économie politique.
Les mémoires de Sully sont d'heureux préludes pour la science , et surtotit pŒir une meilleure administration.
Toutefois , ce grand ministre partagea l'erreur de son temps ; il crut à la balance du commerce , et par conséquent au système mercantile. Cette doctrine ^ reçut, au reste, pendant plus de deux siècles , l'approbation de presque tous les économistes ou soi-disaut tels. An-
toine Serra, cité plus haut, l'appuya chaudement. Il faut encore citer parmi les partisans de cette doctrine : Bodin (0 , Thomas Mun (>) , Melon (3) , Klok (4), Bêcher Schrœder («), Davenant (7) , Law (»), Justi (9) , de Bielfeld («°),J.Stewart(")»BiJSch ('»),Ferrier 0^) , de Cazeau ('*), et presque tous les économistes dont les écrits figurent d:'ns la collection des economiati italiani de Custodi , sans en excepter Génovesi , qui , sous d'autres rapports , a - .rendu d'importants services à la science.
La théorie mercantile dans toute sa pureté consistait surtout à vendre le plus possible à ses voisins , et à leur acheter en même temps le moins possible, faire entrer beaucoup de numéraire, et en défendre la sortie sous les peines les plus sévères. On pensait obtenir avec ces moyens une balance du commerce constamment favorable, et cela au détriment des nations avec lesquelles on trafiquait. iSous avons fait voir à l'article Douanes quels sont les effets d'un pareil système , et combien il entrave les échanges qui pourraient contribuer à la prospérité du pays.
Deux écrivains , inspirés par la détresse et par la misère de la France , ont laissé des livres oii ils réclament une réforme radicale des abus flscaux qui avaient règne sous Louis XIV; ce sont Vauban et Boisguillebert. Le livre du premier est intitulé la Dixme royale, et celui du second : le Détail de la France au temps présent. L'ouvrage de Boisguillebert parut dix ans avant celui de Vauban. son but , comme ce»
lui du maréchal, était de soulager le peuple par une répartition plus exacte des impôts, de dévoiler les vexations
(') La république. {">) Treastirr hy foreign in trade, 1O64. (3) Estai politique sur le commerce» 1735. i^)De aermio, t65 r . (5J Po* Utiseher Diseun, 1688. (6) Furstlklte SchaZ' und Rcntkanimery r 7a r. (7) Po/Uicai and commercial ff 'orkSf 1771. (8) Considérations sur tè eommereeetwr targtmi, fjao. (9) Staatê»
wirthschnft, l^SS. {^^)InstitmÛons poU/ifiues, 1760. (") Intjuiry înto llie nrlncipUs o/po/itical economjf, AUuandluiig von dcu GttUumlau/e, 1800. Du gouvemanent
considéré dans ses rapports avec le commerce i8û5. ('4) Bases /oaaameataies d* l'économie politique, z8a6. ^
Digitizcc] by G
lÊCONOMIE L'UINIVERS.