L*U]HIVERS. • EGYPTE
çais. Ne les trouvant pas, 'il vola vers moyenne, ou Oustanieh, et la haute
fes Dardanelles nvec l'espoir de les y Épypte , ou Saïd. An contraire, il est
rencontrer. Par un heureux hasard, indi'^pensable d'indiquer ici, en quel-
Pexpédition française n'arriva en vue ques lignes , Tétat social et politique du
d'Alexandrie que le surlendemain , i**' pays vers la fin du dernier siècle. La
jîiillrt. On ne pouvait entrer dnns le population présentait un mélange de
port, car la population avait reçu Té- trois races : c'étaiettt des Coplites , an-
veily et tout entière s'était aruiéè. Bo- ciens habitants, mêlés à des Arabes,
Baparte juçeant les Anglais dans les pa- conquérants sur les Cophtes , et h des
rages voisnis , et détercniné à déluir- Turcs , conquérants sur les Arabes. La
2uer le jour même , avant leur retour , rare des Cophtes s'anéantissait chaque
t gouverner vers l'anse du Marabout, jour ; celle aes Arabes formait le fond
distante d*environ une- lieue et demie, de la population. Le nombre des Turcs
et le soir, malgré un vent furiipux oui ne s'élevait guère qu*à 200,000 Jndivi-
poussait à la côte, l'opéraiion du <Jé- dus. Depuis la conquête de l'Egypte
oarquement commença. A l'instant où, par Selim T*^, en 1517 , ses successeurs
tores de grands dangers , les premières y étaient représentés par uo pacha en«
cnaloupes, dont une portait le général voyé de Constantinople ; mais ce pacba,
en chef, touchèrent le rivafîe , une à peine entouré de quelques janissaires,
voile parut à l'horizon. 11 la prit pour avait vu peu à peu son autorité s'éva-
une voile anglaise : « O fortune, s'écria» nouir par les précautions mêmes que
t-tl, tu m'abandonnes! Quoi! pas ' Sélim avait prises pour proléger la
seulement cinq jours ! » Klle ne l'aban- sietiue , c'est-à-dire , par riiistitniioii de donnait point; on reconnut bientôt le la milice des mameluks. Établis pour pavillon français , et il fit continuer le servir de contre-poids à l'ambition d'un débarquement. Vers minuit , des que pacha qui voudrait se rendre indépenquatre ou cinq millc^ hommes furent daiit de Constantinople, c'étaient eux descendus sur la plage, il résolut d'al- qui avaient secoué le joug de la métroler avec eux surprendre A exandrie. Pas pôle et qui régnaient eii despotes sur on cheval n*étatt débarqué : Tétat-iha- f'Égypte. Achetés oomme esclaves en jor, Bonaparte et Caffarelli lui niéme, Circassie, transportés jeunes sur les malgré sa jambe de bois , firent plus bord du Nil, élevés d ms la pratique des de quatre lieues à pied dans les sables, armes, ils devenaient les plus braves et et arrivèrent au lever du soleil devant les plus habiles cavaliers de la terre. Ils la place. Vivemetit atta(}uée sur trois obéissaient à vingt -quatre beys qui points par Bon . Kléber et Menou , elle étaient leurs propriétaires et leurs fut energiqiieinent défendue pendant chets, et qui chacun en possédaient quelque temps , car les Turcs sont d*ex* cinq ou six cents. Les mameluks étaient cel lents soldats den iére des murailles ; donc au nombre d'environ onxe mille, puis les habitants demandèrent a né<^o- Chaque bey avait soin de recruter sa cier. Bonaparte leur déclara qu'il ne bande, et la transmettait quelquefois à venait ni ravager le pays ni l'enlever au son fils, quelquefois à un mameluk fa- Grand Seign^r, mais le soustraire à vori, qui devenait bey à son tour. Les la domination tyrannique des marne- vingt-quatre beys , égaux en droit, ne luks, et promit lé respect du culte , des l'étaient pas en réalite. Ils se faisaient institutions, de la propriété. Des lors la guerre , et le plus fort, soumettant toute résistance cessa , Im Français en* les autres , exerçait sur eux une souve* trèrent dans la ville le jour même, et raineté viagère. Tout à fait indépendant le débarquement du reste de Tarmée du pacha qui représent. it le sultan, il s'effectua sans opposition. . le souffrait à peme au Caire dans une La géographie de TEg^pte est trop sorte de nullité, et souvent loi refiuaft eonnue pour que nous entrionsdans au* le miri, ou impôt foncier, qui, en cun détail à ce sujet. Nous rappellerons vertu du droit ae conquête, apparteseulement que la contrée se divise en nait à la Porte. Lors de l'expédition trois parties: la basse Égvpte formée française, deux beys, supérieurs aux par le Mu, OU Bahireb, l'Égypte autrâs, dominaient VÉgyptsM^uiiélait
PRANCÊ.
Ibrahim, riche, astucieux, puissant; l'autre était Mourad , intrépide , Td'illant et plein d'ardeur. Ils étaient convenus d'une espèce de partage d'nutori té : le premier avait les attributions civiles, Je second lés attributions mili* taires. Mourad^ chargé des combats, y excellait ; aussi jouissait-il de l'affection des 4nameluks. Bonaparte , qui au génie de capitaine unissait celui de fonr dateur, et qui d'ailleurs avait adminis* tré un assez grand nombre de pa3^s con- 'quis pour s'en être fait une science, avait jugé sur-le-champ la conduite Qu'il devait suivre en Égypte. Il fallait (l'abord anéantir les mameluks par les armes et la politique; il fallait ensuite, loin de paraître attaquer la souverain neté de la Porte, affecter au contraire de la respecter; enfin, il fallait s'attacher la véritable population, les Arabes, et , pour atteindre ce but, traiter avec égard les scheiks, caresser leur vieil orgueil, auiîmenter leur pouvoir, et flatter le secret désir qu'on trouvait en eux, du rétablissement de l'antique patrie. Si , en outre , on respectait les biens et les
(personnes , les femmes et le prophète , a conquête des cœurs était aussi assurée que celle du sol. Tels furent les errements d'après lesquels se conduisit Bonaparte.
Maître d'Alexandrie , il fit aussitôt ses dispositions pour y établir l'autorité française, mais ordonna du reste que rien ne fût changé , que les exer* rices religieux suivissent leur cours, que la justice continuât d'être rendue
d'Alexandrie; en attendant, la flotte fut mise à l'ancre dans la rade d*Aboukir,
et il était enjoint à Brueys de la conduire à Corfou, si l'on reconnaissait l'impossibilité de la maintenir sur les cdtes d'Égypte.
Ces premiers soins remplis , Bonnparte se disposa immédiatement à marcher sur la capitale de l'Égypte. Une flottille considérable, chargée de vivres, d'artillerie, de munitions et de iNiga* ges , eut ordre de loniier la côte pour entrer dans le ^il par l'embouchure de Rosette et s'avancer jusqu'à Ramanieh, où le général en cher et l'armée devaient se rendre pnr terre pour de là remonter le fleuve parallèlement avec elle. D'Alexandrie à Ramanieh il y avait deux routes , l'une à travers les pays habités, loilgeant la mer et le Nil, Vautre plus courte et à vol d oisean, mais traversant le désert de Daniunliour.
Bonaparte, sans hésiter, prit la plus courte. L'armée, forte de 35,000 hommes à peu près, s'ébranla le 6 juillet.
Sluand les soldats se virent engagés ans oette plaine sans bornes ; avec un sable mouvant sous les pieds , un ciel brillant sur la tête, et point d'eau,
I^oint d'ombre , ils se laissèrent aller à a tristesse, aa mécontentement, au désespoir même. Cependant, après quatre jours de cruelles souffrances , supportées d abord avec humeur, ouis avec courage et gaieté , on arriva le 10 sur les bords du Nil , et les soldats , en se baignant dans ses eaux si désirées, oublièrent toutes leurs fatigues. La divi-
par les cadis. Seulement, voulant suc> sion Desaix, formant l'arrière -garde,
céder aux droits des mameluits , Il nom- ' vit ce jour-là galoper devant elle deux
ma un commissaire pour !a perception ou trois cents mameluks, et les dis-
des impôts. De plus, il forma un divan, persa avec quelques volées de mitraille,
espèce de conseil municipal, composé C'étaient les premiers qu on eut aper-
de scheiks et de notables de la ville , çus ; ils annonçaient la prochaine ren-
afin d'avoir leur avis sur toutes les me- contre de l'ennemi. Notre armée atten-
sures que l'autorité fran<^aise aurait à dit à Rauianieh la flottille, qui n'arriva
(trendre. D'autre part , il chargea le co- que le 13 ; elle se remit alors en marche
onel Crétin de mettre la place sur un- pour gagner Chébreïs oilk Bonaparte sut
bon pied de défense, et en fixa la garni- que Mourad l'attendait avec 4,000 ma-
son à 3,000 hommes, sous le comman- meluks. Le surlendemain , à la hauteur
dément de Kléber, qu'une balle re^ue de ce village, la flottille française, qui
lors de l'assaut condamnait à un ou devançait rarmée , fut assaillfe par une
deux mois d'inaction. Bonaparte dut flottille égyptienne, et eut à soutenir
ensuite pourvoir à la sûreté de l'esca- quelque temps un combat d'autant plus
dre. On ne savait encore si les gros désavantageux que Mourad , du rivage,
▼aisseaux pourraient entrer dans le port joignait son feu à celui de ses <fermeSé
ï. vu. 10*^ LUtaUon. (DiCT. encycl., etc.) 10
I4t ' iaxBVA Vmi
liais DOi troupes st montrèMnt eofln,
et le* génie de Bonaparte imagina soudain une tactique qui leur donna la victoire. Il forma ses cinq divisions en cinq carrés, ^éta^nlajor et les bagages au milieu , l'artillerie aux angles* Les cinq divisions se flanquaient les unes les autres. Mourad lança sur ces cita* délies vivantes mille ou douze cents cavaliers intrépides ; mais trouvant par* tout une haie de baïonnettes et un feu meurtrier , ils flottaient le long des lignes traïK^ises , tombaient devant elles ou s*enfuyaieDt de toute la vitesse de leurs chevaux. Mourad , après avoir ainsi perdu deux ou trois cents de ses plus braves mameluks, sentit qu'il ne pourrait arrêter les vainqueurs qu*ea déplo>ant toutes ses forces , et se hâta de regagner le Caire- Bonaparte s'achemina aussi sur ce point important.
On marcha sans relécne les jours suivants ; nos soldais eurent de nouvelles souffrances à essuyer, mais ils longeaient le Nil et pouvaient s'y baigner âiaque soir ; d'ailleurs , la vue de TenjAemi avait réveillé leur anciet\ne ardeur.
Le Caire est situé sur la rive droite du fleuve. C'était en lace, sur la rive gauche par laquelle s'avant^ail Buitaparte, que Mourad avait concentré ses forces. Vingt mille Turcs occupaient le village d'tmbaheh , qui avait été ceint de retranchements , et six mille mameluks, flanqués à gauche de trois mille cavaliers arabes-, s'étendaient dans la plaine, entre le village et les pyramides de Giseb. Le collègue de iSiourad, Ibrahim , moins belliqueux (|ue lui , se tenait de l'autre côté du Nil avec un millier de mameluks, ses femmes, ses esçlaves et ses richesses , prêt à quitter le Caire si Mourad était vaincu , et à se retirer en Syrie. Les Français arrivé rent en présence le 21 , et là, comme à Ciiébreiss, la tactique des carrés rendit Bonaparte vainqueur. Le gain de la bataille des Pyramides lui ouvrit les portes de la capitale de l'Égypte. Cette ville était depuis la veille en" proie à un désordre inexprimable. Elle compte plus de trois cent mille habitants, et est renplie d'une populace féroce qui voulait profiter du tumulte pour piller les riches palais des beys. Quelques uégodants lirançais fiumiC, le soir même de
ERS* É»%mFA
la bataille, députés à Bonaparte par Uf
scheiks pour implorer son intervention.
Il se procura le lendemain quelques djermes, car la flottille française n'avait pas encore remonté jusque-là , et envoya au Caire une compagnie de deux cents hommes qui rétablirent la tranquillité. Lui-même y entra le '23 , à la suite des divisions Bon , Klé))er , Me* nou et Reynier , et alla s'installer dan» le palais de INtourad.
Des le lendemain, il prit les mesures d'administration el de politique qu'il avait déjà employées à Alexandrie ^ le succès lie fut pas moins heureux. Tous les cœurs volèrent vers lui. Pour se les attacher plus encore , et entrer tout a fait dans les mœurs des Arabes, il voulut participer à leurs fêtes. Il assista le 18 aoQt à celle du Ml, une des plus grandes que célèbrent les Kgyptiens.
Quand vint la féte de Mahomet, il.se rendit à la principale mosauée , 9*a8sit sur des coussins, les janmes croisées comme les schciks , récita avec eux les litanies du prophète, en balançant le haut du corps et agitant la téte, et edifla tout le saiiit colléf;e [)ar sa piété. Puis il créa le célèbre Institut d'K^ivpte. Dans l'intervalle , il avait chargé ses généraux , les uns de redescendre le Nil et d'aller achever roccupalit)n du Delta, qu'on n'avait fait quj traverser, les autres de se porter vers le î^il sunérieur , et de prendre [lossesslon de rt^gypte moyenne. La conquête de ces deux provinces s'etnit elïe(tuée sans peine, et n'avait coûte que quelques escarmouches. Rléber faisait tous ses efforts pour maintenir les communications entre Alexandrie et le -Nil. Bonaparte luimême, par une marche forcée sur Beloeys et sur' Salebieh , avait contraint Ibrahim à se jeter en Syrie , et sur sa route avait recueilli les uéhris de la caravane de la Mecque, pillée par les Arabes», bnlin Desaix , posté avec sa division à rentrée de la haute É^ypte , attendait seulement pour la conquérir sur Mourad, que le JNil rentrât dans son lit. àlais pendant ce même temps , la fortune venait d'infliger à Bonaparte un épouvantable revers : la bataille navale d Aboukir , livrée le l""^ août , avait anéanti la flotte française ; du moin^ il n'eu resta que deuj^ vajssedMj^ et dm
ÉfiTFTA
frégates. La nouvelle de oe désastre êircula rapidement en Ef^ypte, et causa un instant de désespoir a l'armée. Bonaparte la requt avec un calme im|)assibie : « Eh bien ! il faut mourir ici , a dit-ii , ou en sortir grands comme les « anciens. » I.e murage du chef rétablit peu à peu le moral des soldats, que de nouvelles expéditions contribuèrent aussi à distraire. Pendant l'excursion contre Ibrahim, des rassemblements d'Arabes avaient de nouveau surpris Damanboiirj Mansourah , et resserré Kléberdana Alexandrie. Des colonnes mobiles dirigées contre eux les dispersèrent sans peine ; niais il importait de mettre Gq à ces nmuvcments, qu encourageaient Moura^ et les Scheiks indépendants de Ménzaleh. (Ceux-ci furent clifitiés en octobre par Vial. Dans les
i)remiers jours du même mois, lorsque Inondation' du N9 fut fintp, Dcsaix commença spn expédition dans la haute Egypte. ï/ennemi se retira' devant lui , et n'osa l'attendre qu'à Sédiman. Desaix y livra, le 7, une bataille sanglante avec les restes désespérés de Mourad , et, toujours par la mêrap tactique, remporta une victoire complète. Il continua sa marche pendant tout l'hiver , et , après une suite de combats qui le rendirent maître de Saïd jusqu'aux cataractes de Syène, il fit autant redouter sa bravoure que chérir sa clémence.
On avait surnommé Bonaparte le sultan de feu , on surnomma Desaix le sultap juste. En octobre aussi , une révolte , excitée pur les agents secrets de Mourad . éelata au (âire ; mais sa promptf^ et sévère répression acheva de aécour/^ger les ennemis des Français.
Bonaparte passa les derniers iijpis de 1T98 dans une attenté calme des év^> nements. Il apprit dans lés premiers jours de 1799 la déclaration de guerre de la Porte, et les préparatifs uu'ejl^ foisait contre lui avee l'aide de l'Angleterre. Elle réunissait deux armées, lijne à Rhodes, l'autre en Syrie, qui devaient agir simultanément au printemps, Tune en venant Marquer à Aboukir , près d'Alexandrie, l'autre en traversant JjÇ désert qui sépare la Syrie de TK^ypte.
Aussitôt, suivant son habitude, Bonaparte résol.ut de déconcerter l'enne^iii en le prévenant ji^.gne attaque jput-
tendue. Frandiir le désert eût été possible dans la belle saison ; il arrêta d'aller sur-le-champ, c'est-à-dire, jicndant l'hiver, disperser les rassemblements de troupes qui se formaient à Acre, à Damas, et dans les villes principales. Le fameux Djezzar, pacha d'Acre, était séraskier ou iiéiiérah'ssime de l'armée de Syrie. Abdallali , pacha de Damas, commandait son ayant-garde, et s'était déjà avancé jusqu'au fort d'KI- Arich , sur la frontière égyptienne. En brusquant l'assaut de Jaffa, d'Acre, et de quelques places mal fortifiées, Bons^-
f>arte espérait ajouter en peu de teinps a conquête de la Syrie à celle de l'Egypte , devenir maître de l'Euplirate, comme il l'cl-ait déjà du "iVil , et avQjjr alors toutes les communications avec l'Inde. Son ardente imagination allait aiicore plus loin ; il se flattait , dit-on , oè' soulever tes peuplades du Liban , pan ni lesquelles il a^^it des iQ(el)igeQ.ces, (le réunir ainsi soixante ou quaircvjngt mille auxiliaires a ses viiif^t-cifiq inïiie soldais , de inarcher §ur Constantinople et de s'en eqiparer. Quand ofi voit tout ce que Bonaparte a fait, oii n'ose plus tte^f i«^ep|g ^p<;^n ^ s§s projets.
Il se mit en route dans les premiers jours de février, à la téte des divisions Kléber, Heynier, Lannes, Bon et .Murat , qui formaient à peu près treize mille homi^es* tin régiment d'une arme toute nouvelle suivait l'arniée', c'était et lui des dromadaires , que Bonaparte avait fonn(î pour donner la chasse aux •Arabes aqi infestaient les copfins de r|;gyp|tç. peux jiofpn^çs aj$^js dos à doç sur cliaque dromadaire , pouvaient , gr^ce à la forpe et à la vitesse de cet animal, hffp 35 ou 30 lîeuès d'une seigle Irrite. Pc jtUis, le contre-amjr^l Perrée eut ordre de sortir d'Alexandrie i^ypc t; pis fréjga^es , et de transporter sur la côte syrienne les mupitiops et rartilleric de sié^'e. On arriva dev^ EI-Arii'h le 17, et le gouverneur se rendit après uije faible résistance. Ibrahim, qui tenta de secourir je fort, l^jit tf^iûfiu luilc, et laissa son camp au pouvoir des Français. Les soldats eurent beaucoup J so'uffrjr en trqiversant le désert j mais jls voyajept le g^néfal qi chef §|^pppj:jt|Br ayec .cpfffajgi les n^mes
EGYPTE
L'UINIVEKS.
EGYPTE
fatigues , et n'osaient se plaindre. On ' atteignit bientôt Gazah, qu'on prit sous les yeux mêmes de Djezzar. De Gazah, l'armée sé dirigea sur Jaffa, et parvint le 3 mars devant cette place , qui était défendue par quatre mille hommes. On battit les remparts en brèche, après quoi Bonaparte envoya sommer le commandant, qui, pour toute réponse , fît couper la tête an parlementaire. L'assaul lut donc donne, la place vivement emportée , et livrée à trente heures de massacre et de pillage. Au bout de oe temps restèrent quelques mille prisonniers , qu'on ne pouvait ni envoyer en Égypte , faule d escorte , ni rendre à Tennemi. Bonaparte, se décidant à une mesure terrible , seul acte cruel de sa vie y les iit passer tous au iii de Tépée. Les Français marchèrent ensuite sur Saint-Jean d'Acre, unique place qui pût encore les arrêter. S'ils l'enlevaient , la Syrie était à eux. Mais Djezzar s'y était jeté avec une nombreuse garnison, et devait , d'une part , recevoir du Commodore anglais sir Sidney-Smitli , qui croisait dans cesparages, des ingénieurs, des eanonnfers et des munitions; de Tautre, il devait être bientôt secouru par le corps d'armée d'Abdallah, qui s'avan- ^it de Damas pour franchir le Jourdain. Bonaparte se hâta d'attaquer la place , pour l'enlever, comme celle de Jaifa, avant l'arrivée d'aucun secours. La tranchée fut ouverte le 20. Malheureusement l'artillerie de siège , qui venait par mer , était tombée au pouvoir de Sidney-Smitli ; il fallut y suppléer par l'artillerie de canijjai^ne ;1es choses traîuereiit en longueur, et, daus rintervuile, les Anglais renforcèrent Djezzar. Il y avait déjà dix jours que le siège durait, lorsque, le l'^' mars, on annonça l'approche de Tannée turque. Bonaparte, sans abandonner le siège, envoya la division Kléber vers le Jourdain pour lui en disputer le passage. Cette armée, réunie aux peuplades des montagnes de Naploose, s élevait à environ vingt-cinq mille hommes, dont douze mille cavaliers. Kléber, malgré toute sa diligence, ne put empêcher qu'elle ne passât le fleuve au pont d*Yacoub, Ie4. .Junot, avec l'avant-garde de la division , fbrte au pins de cina cents hommes , rencontra , le 8 , Abdallah sur la route de iNa-
zareth. Obligé de céder au nombre, il ne se replia toutefois qu'après avoir fait un assez grand massacre dans les rang9 ennemis. Kléber, de son côté, bâtant sa marche pour rejoindre Junot, avait débouché dans les plaines qui s'étendent au pied du moiit Thabor. Il y trouva, le 18 au matin, toute l'armée turque ranée en bataille. Suivant la tactique orinaire, Kleber forma en carré ses trois mille fantassins, qui purent ainsi résister six heures de suite à leurs nombreux adversaires. Sur ces entrefaites arriva Bonaparte , qui , Instruit de l'immense suj^ériorité numérique d'Abdallah , s'ér tait détaché avec la division Bon pour secourir Kléber. Dès lors la victoire ne ■ fut pas un instant douteuse , et six mille Français dispersèrent une armée que les habitants du pays disaient innombrable comme les étoiles du del et les sables de la mer.
Revenu devant Saint -Jean d'Acre, Bonaparte en poussa encore le siège jusqu'au milieu de mai, avec autant de vigueur que l'insuffisance de son matériel le lui permettait. Il se détermina ensoiteàrabandonner. Depuis deux mois ue ce siège durait, il avait perdu près e quatre mille hommes ; s'exposer a en perdre davantage eût été imprudent.
La peste était dans la ville, .et l'armée en avait pris le germe à Jaffa. Puis on annonçait le prochain débarquement d»
l'autre armée turque vers les «ouches du . ^'il. £nfm , réalisant le fond de ses projets, Bonaparte avait détruit l'armée de Syrie ; mais il lui fallut renoncer à son vague et merveilleux espoir de conquérir l'Orient , et tel en ftit son regret le reste de sa vie , que , malgré Téclat de sa destinée, il accusait souvent Sidney- ^mitii de lui avoir fait manquer sa fortune.
Les Français reprirent, le 20, la route
du désert, 'traînant après eux douze cents blessés. Ils ravagèrent tout le pays sur leur passage, et y imprimèrent une terreur profonde. Arrives à Jaffa , ils en firent sauter les fortifications. Là se trouvait une ambulance pour nos pestiférés; les emporter était impossible; en ne les emportant pas , on les laissait exposés à une mort certaine, par la malaaie, la faim ou le fer des Arabes. Bonaparte représenta donc au médecin
TOTFTB . FRANCE.
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Be^enettes qu'il y aurait plus d'humanité à kur Mtmfnhrtrer de Topium ; à quoi le médecin fit la fameuse réponse :
« Mon rnêfirr est de les guérir^ non de les tuer / » A la bonne heure s'il les eût guéris...
Il était temps que Bonaparte regagnât rivjjvpte. En son absence, l'esprit d'insurrection avait gagné toutes les provinces du Delta; son retour ramena partout la soumission et te calme. Mais ce n'étaient pas li^s hnbitnnts seuls que lîonaparte avait à contenir, c'étaient encore ses généraux et l'armée ellemême. Un mécontentement sourd ré!;nnit. mécontentement qui ne venaft ni des fatigues, ni des dangers, ni surtout des privations , car le soldat ne manquait de rien , mais de Pamour du pays, qui ton jours poursuit le Français. On était en Kgypte depuis un an, et depuis près de six mois on n'avait aucune nouvelle de France. Aucun na?ire n'avait pu passer ; une morne tristesse accablait donc tous les cœm-s. Un jour l'armée forma le projet d'enlever ses drapeaux du Caire , et de marcher sur Alexandrie pour sV embarquer; mais elle n'en eut que la pensée, et n'osa jamais braver son général.
En juin,' l'ignorance des événements d'Europe était toujours la même. On savait seulement, (i'tiiio ninnirrc vngue, que la France était déchirée par de nouvelles discordes et menacée d'une nouvelle coalition. Pour prendre un parti , et , s'il le fallait , repasser la mer , Bonaparte attendait de plus amples détails; mais avant, il voulait détruire la seconde armée turque, réunie à Rhodes, qui devait débarquer prochainement.
C'ette armée, montée sur de noM)l)rcu\ transports , qu'escortait l'escadre de Sidney-Smith, parut le 11 juillet en vue d'Alexandrie, et vint mouiller à Aboukir, dans celte même rade où notre flotte avait été détruite. Le point de débarquement que dioîsirent les Turcs fut la presqu'île qui ferme la rade, et qui se termine par le fort et le villa<:e d'Aboukir. Marmonl, qui commandait à Alexandrie, ne put ou ne sut empêcher les Turcs , ni de débarquer, ni de s'établir dans le fort, dont ils égorgèrent la garnison , ni de se retranclier dans le vil- ' lage. L'armée ennemie se composait
d'environ dix-huit mille fantassins, non de ces misérables qui formaient l'infanterie des mameluks , mais de braves janissaires , portant un fusil sans baïonnette , le reietant sur leur dos quand ils avaient tire , puis te ruant sur leurs adversaires le sabre et te pistolet au poini^. Ils avaient une artillerie nombreuse, bien servie, et étaient dirigés par des officiers anglais. Ils manquaient de cavalerie ; mais Mourad devait les rejoindre avec deux ou trois mille mameluks.
Quand Bonaparte reçut ces nouvelles , il quitta sur-le champ le Caire, emmenant nver lui les divisions Bon , Lannes et Murât, et fit, du Caire ;i Alexandrie, une de ces marches extraordinaires dont la C4impagne d'Italie avait offert tant d'exemples. Desaix eut ordre d'évacuer la haute Egypte; Kléber et Heynier, qui étaient dans le Delta, durent se rapprocher de la mer. Mourad essaya de descendre dans la basse Egypte ; mais , rencontré et battu par ^Itirat, il fut rejeté dans le désert. Bonaparte quitta Alexandrie le 34 , arriva le lendemain 35 à l'entrée de In presqu'île, et, le même jour, gagna la bataille d'Aboukir, bataille à jamais célèljre dans les fastes de la guerre , en ce que l'armée ennemie, pour la première fols peut-être, fut entièrement détruite.
Ce devait être le dernier exploit de Bonaparte sur la terre d'Égypte. Pendant une quinzaine, il ignora encore ce qui se passnit en Europe. Au bout de ce temps , il s'avisa d'envoyer à la flotte turque un parlementaire, qui, sous prétexte de négocier un échange de prisonniers , tacherait d'obtenir quelques nouvelles. Sidiiev-Smith nrrêta ce pnrlementaire, le traita lurt bien, et, découvrant que les Français ne connaissaient pas les récents desastres de leur, patrie, il se fil un malin plaisir de lui donner un paquet de journaux pour le général en chef. Bonaparte passa la nuit à les dévorer, partit le matin suivant pour le Caire, se hAta d'y fnire, mais en secret, toutes ses dispositions de départ » rédigea yne longue instruc* tion pour Kléber, auquel il allait laisser le commandement de rFirypte, et revint aussitôt après à Alexandrie, où il s'embarqua le 22 août.
110 tmm wmyiSRS. ^mtvtb
Le départ de Bonaparte ouvre un nottTiH ofétt d*étréiiMieitlit B s'i^stait poitr EMbet de se muintenlr en figyptc,
snhs reoriips et sans secolirfî, contre les efforts réunis de la Porte et de l'Angleterre. Le grand vizir Jussuf était à Dahfiâs, èt rassemblait une notnrelle armvr; des partis d'AKlb^s ocoupaient Gnzah; la flotte turque tennit la iner , prête à jeter des troupes vers les ernboiithttres dH Hil ; enfltt deft bAtiment^ anglais meHaçâiéht SiléÉ et Kosseïr.
L'armée franmise, depuis un an, avait essuyé des pertes , pertes d'dUtant plus graves qu'elfes étalent frrépafâbms ; néànWoins sa position continuait d'être bonne. Suez et Kosseïr la pi-olépraient sur la mer Rouge, Kl-Arich et Katirh fermcient le désert du côté de l'Asie , et tous les points abordables du littoral de la ]Méditerranée étaient pourvus de batteries. A l'intérieur, IMoiirad était encore à la tête de ses mameluks, et ce chef Infatigable exéirçalt une bautè Influence sur la population, qui, partout, se prc'tait à cacher ses marclies; m^îs la crainte que lui inspirait le grand vit\f surpassait la bâine ^uMI avait vouée aojc ("rançais. A son approche , il cessa d'agir roiiîre eux en ennemi. Dni? Irs derniers jours d'octobre , les coalises se montrèrent sur plusieurs points. D'une part , les garnisons françaisses de Suez et de Kosseïr, attaquées par les AngIn s, résistèrent vic^orieuf^ement; de l'autre, 8,000 Janissaires, débarqués à Damielte, rudement assaillfs par le génl^ral Verdier, qui n'avait guère (jué ï,OOiO hommes, laissèrent 3,000 morts sur la plaiie, et se hâtèrent de regagner leurs vaisseauSc. Pendant ces démonstrations, qui avaient pOur but de diviser la défense, le grand vizir s'échelonna sur la frontière de Syrie. Vers la fin de décembre, Kléber, qui continuait, depuis deux moiSi les relations que Bonaparte avait ouvertes avec In Pcirte , conçut le vain espoir de les mener a bonne liu, c'està-dire de conclure un traité de paix avec le Grand Seigneur ; il entra à cet effet dans do fArheux pourparlers, pendant lesquels on lui enleva Kl-Arich; et, le 24 janvier 1800, fut signée, dans ce fort, une convention portant que Tarmée française évacuerait l'Égypte, et se replierait sur Rosette, AlexanVlrle,
Aboukir, pour être reconduite en £u^ ro^ avee les honneurs de la guerre^
Déjà nos garnisons avaient abandonné Kntielî, Salehieh, Belbeys ; déjà Kléber se préparait à quitter le Caire et à repasser le ?\il, lorsau'il apprit, le 2 fé-. vrier, que les Anglais se refusaient à Texécution du traité d'Rl-Arich , et demandaient que les Français déposassent les armes. « A de telles insolences , B*écHa-t-il, on ne répond que par la victoire !» TA bientôt il fut prêt à combattre. Cependant le grand vizir s'avançait vers le Caire, a la tête de 80,000 honsmes. Ibrahim et ses mameluks en faisaient partie. Djeszar avait refusé de les suivre. Mourad avait traversé lo désert, et s'était rapproché du tliefitre des événements, mais plutôt pour en être témoin rjue pour y prendre part.
Le 20 mars, l'armée turque occupait tout l'espace compris entre les ruuies d'Héliopolis et le IN'il. Kléber laissa 2,000 hohtmes à la garde du Caire, déboucha de la ville avec 10,000 combattants, marcha à la rencontre de ses innombrables ennemis, et remporta sur dtx une éclatante victoire. Mais Ibrahim, à la téte d'une nuée d'infanterie et (le cavalerie irré^iuiirre, s'était porté sur la capitale comme Kleber en sortait ; il avait même heurté Kléber, qui n'atait pas voulu , pour chercher à l'ar- ' retrr , se distraire de l'attaque priuri- [)ale. Ibraliim était donc entre au Caire pendant la bataille, et l'avait soulevée. La Dliible garhison frartt^aisé, retirée datis la citadelle et les forts , tint bon. A mesure que la défaite des Turcs rendit quelques troupes dis|)onibles , elles altèrent lui porter secobrs ; mais Kléber n'ahandônna la poursuite des yaibcUs qu'a[)rès avoir taillé en pièces leur arrière-garde, à Belbeys, et vu, au delà de Salehieh , leurs débris se jeter pclenkêle dans le désert. Il redescendit alors vers la capitale, qui, toujours insurgée, lui ferma ses portes et se défendit quelque temps avec une extrême vigueur, mais qu'il força enfin de capituler. Dès lors , que pouvait craindre Kleber? Sa petite armée, prise entre 80,000 combattants et une population soulevée de 800,000 âmes, «tait sol-tie virtoriéiisement de ce double péril. Le gtand Tfzir se trouvait pour longtemps
SQTfTB Fit
hors d'état de rien tenter. Mourad, frappé d*admiratlon , venait de traiter avec les Français. tJn imp^t extrnordinaîre de douze millîons , que le Caire avait à pver en punition de sa révolte, ramenait rabondance dans nos campi« Enfin la nouvelle que Bonaparte s'était emparé, en France , de In direrlion des affaires, avait réveilUî l'ardeur des soldais. Kléber ne songea plus (|u'à rester en Égypte. Il donna le commandement du Snul à "MrMirad, recruta son armée parmi les Coplites et les n)ainelnks , y incorpora même des noirs qui devinrent (le bons soldats entre ses mains, puis se livra a l'administration, où il dé-
• ploya autant d hahileté qu'à la guerre. Le pays urenait diyà un aspect nouveau, lorsque Je poignard da fanatique Solevmao trancha, le 14 juin , une vie de laquelle dépendait tout l'avenir de notre conquête.
Le droit d*aneienneté appelait Menou à remplacer provisoirement Kléber; la fatalité voulut fjiie le elioix du premier consul le conlirmàt dans ce poste important. Nous disons la fatalifé, car la fin de cette expédition d'Egypte-, jusquelà si glorieuse, ne va plus olfrir qu'«nie suite de revers causes par riuijterilie du jjeneral en chef. Les huit premiers mois de son commandement s'écoulèrent sans que les Turcs ni leurs alliés tentassent rien contr. lui. Au lieu d'eu pruliter pour se mettre à même de braver un jour leurs attaques , Menou ne vit, dans leur lone,ue inaction, qu'un nouveau motif de séeurité pour luimême, et ne prit aucune précaution. Si pourtant Tennemi tardait à rouvrir la campagne , ce n'était que pour se préf»nrer mieux, et à cause de îa divergence des points sur lesauels il se proposait d'opérer. Le grana vizir, livré à ses propres ressources, ne pouvait plus rien : mais, d'une part, les Aillais avaient réuni à Hliodes un corps d'armée qui devait être conduit vers les bouches du Mil; de l'autre, ils avaient ejnbarqué à Madras 5,000 soldats indiens pour les jeter à Kosseïr , et les Turcs, ainsi appuyés, se disposaient à reparaître par 1: isthme de Suez. tiC 8 mars 1801 , sir Ralph Abercomhy débarqua 17,000 hommes à Aboiikir ,
. s'empara du fort , et se retrancha alen-
EVCE; ÉtftPn m
tour, comme l'avait précédemment fait le pacha de Rhodes; BfenoQ, histnift,
dès te 4 , de l'apparition d'une escadre anclaise , ne boiiiiea. Il ne quitta le Caire, où il était, que le 11, et n'arriva que le 21 en présence de son advefsatre. gnj, dans I intervalle, s'était avancé jusqu'à Canope. Il fut battu , et replié dans Alexandrie. Les Aniilais l'y enfermèrent, rompirent les digues qui laissent ordinairement à sec le lae Moréo • tis , puis dirisèrent par Ro-^rtlf »!no forte colonne sur le Caire. Le t^eneral lielliard, qui en était gouverneur, avait rappelé vers la capitale tottfes les forces françaises; Mourad lui-même venait à son secours, lorsqu'il mourut de la peste à Benzioue.f. Rientât, le grand vizir déboucha de la Syrie, et les Indiens arrivèrent à Kosseïr, où ils débarquèrent sans obstaeles. nelliard, se voyant entouré de 45,000 ennenus, et coupé de son corps principal , qui ne s*élevait qu'à 7 ou 8,000 combattants, signa, le *27 juin, une capitnlnTion , en vertu de laquelle il fut conduit en France avec tous les honneprs de la guerre. Alexandrie seule tenait encore, après l'entière' évacuation d<'S provinces. T. es Anglo- Turcs concentrèrent tous leurs efforts contre celle place. !Menou , après s'y être maintenu jusqu'au septembre, capitula sur les mêmes bases que Relliard , et, d.ms les derniers jours dti mois, les débris de l'innuortelle armée d*Orientavaienttousdit adieu à l'flgy pte.
Ainsi donc, la France a fait deux grandes tentatives contre l'f/jypte. Cela n'a rien d'étonnant , lorsqu'on songe aux ressources de tout genre que pré> sente ce beau pays; et, ce qui devrait plutôt surprendre , c'est que , depuis saint Louis jusqu'à Napoléon, le gouvernement français n*aît plus fait aucun effort sérieux pour s*emparerde l'isthme de Suez.
Cependant , que Louis XIV ait ou non connu le mémoire de Leibnitz , il est à peu près certain qu'il a plus d'une fois songé à l'Égypfe. Comment croire, en effet , qu'il ait pu ignorer les avantages d une pareille possession, avan- • tages déjà appréciés du temps de saint Louis , sinon par rapport rinde , du moins par rapport à la Méditerranée?
Plus sûrement que toutes les expédi-
159 MTPTB UUNIVERS. . K6TVTB
lions è tmers l'Océan , la conquête
de rÉgypte aurait ouvert au grand roi le cliemin de l'Inde; et, une fois maître des principaux débouchés de ces deux pays, il 11 aurait pas tardé à saisir la , jurépondérance maritime , objet de ses désirs aussi bien que la suprématie continentale, et qui llultait alors indécise entre la Hollande,. IT^spagne TAngleterre et la France. Il répugne de croire que Louis XIV, qui ne manquait ni de coup d'œil politique ni d'ambition assurément, n'ait pas vu œ que nous voyons tous.
Ce qui explique pourquoi , nu lieu de disséminer ses forces maritimes sur différents points de l'univers , il ne les a pas concentrées sur TÉgypte, c'est que la moindre tentative de ce côté aurait (h'rani^é tous ses plans politiques. Il ne faut pas oublier qu'alors l'Égypte était sous la domination réelle de I empirc ottoman, et que cet empire n'était pas rniiore dans l'état de décadence et de faiblesse oii nous le voyons aujourdMiul. Son alliance, ou au moins sa neutralité, nous était indispensable pour n fouler l'Europe devant nous, jusqu'à ce que nous eussions atteint notre frontière naturelle du Rhin ; or , une démonstration contre l'Égypte aurait pré* cisément eu pour conséquence de le jeter dans les rangs de nos ennemis déjà trop nombreux : Ix)uis XIV avait donc les mains liées. Plus tard , le duc de Choiseul , voulant consolider notre nuissancc dans l'Inde, et nous assurer la prépondérance dans la Méditerranée, tourna aussi ses regards vers T^ypte ; mais, quoique l'empire ottoman ne fût plus aussi redoutable que du temps de Louis XIV , le cabinet fronçais n'osa INis assumer la responsabilité d'une entreprise qui aurait détruit l'ancien système d'alliances, avec le secours duquel nous avions si souvent contenu ou dominé TEurope. La mauvaise délimitation qui a toujours existé , depuis la ilcstruction de l'empire çarlovmgien, entre le territoire de l'Allemagne et celui de la France , a été pour nous un embarras perpétuel et un obstacle qui s'est sans cesse opposé à notre développement au dehors. Aussi , dès que le traité de Campo - Formio , venant oooMcrarle traité de Bâle, eut tranché
la question que n'avait po résoudre Louis XIV, dès que la France révolutionnaire etit solidement conquis la frontière du Rhin , ISapoléon , s'inspirant sans doute des documents secrets qu'il trouva (bnsles archives nationales, put sommer à l'Égypte et à l'Inde.
Ën effet , de tous les grands empires de rOccident, le mieux situé, relativement à rÉgypte, c'est la France. ]\aturellemenl trop éloignée de la Méditerranée, l'Angleterre n'a pu réparer ce désavantage que par des usurpations successives dans le bassin de cette mer intérieure; quant à l'Allemagne, elle en est à peu près isolée. La France, au contraire , lorsque sa marine prend son développement naturel , dotnine directement l'Êiiypte, qui est, il ne faut pas l'oublier , le point intermédiaire entre l'Orient et l'Occident, le centre géographique de Tanden monde, comme l'isthme de Panama est le centre de rAmériquc.
Par voie réciproque, l'Égypte pourrait compromettre notre, sûreté, si, tombant dans les mains d'une nation chrétienne , elle devenait le foyer d'une rande force maritime. C'est cepenant ce qui nous menace, depuis que IVnipîre ottoman incline si visiblement VfTs sa ( hute. Dans la question d'Orient , qui , pour la France, est grosse d*uii double danger, on a distingué avec beaucoup de raison ta quetmm égyptienne de la question turque, parce (l'Alexandrie ne court pas moins de angers que Constantinople, et que , si les Russes étendent la main vers le Bosphore, les Anglais se rapprorhent.
tous les jours davantage de l'isthme de Suez. L'établissement des Russes à Constantinople, peu rassurant pour nos intérêts" maritimes , est cependant encore beaucoup plus à craindre pour notre puissance continentale et pour l*é(|uilibre européen: tandis que rétablissement des Anglais au Caire serait surtout un coup terrihie pour notre marine et pour nos intérêts , à un moment où le commerce de llnde se dispose à reprendre son ancienne route de la mer Rouge et de la Méditerranée.
Longtemps le gouvernement fran-
Sais, soit sous la restauration, soit epuis la léfoliition de Juillet, mafti
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FRANCE
S6TPTB
de contenir l'ambition de l'Angleterre en prêtant le secours de son alliance au tice-Toi d'Égypte , qui avait eu le courage et l'adresse de repousser les Anglnis, lorsqu'aprcs le départ de nos troupes ils voulurent suivre l'exemple du général Bonaparte. Mais, deptiis la nouvelle coalition , connue sous le nom de traité du 14 juillet (1840 , l'attitude du cabinet des Tuileries a bien changé, et on l'a vu abandonner Méhémet-Ali, son allié naturel, en cédant à In coalition de l'Angleterre, de la Russie, de l'Autriche et de la Prusse. Cet abandon est d'autant plus grave que nos gouvernants n*ont ' pas mémeobtenu, en échange, quelquesunes de ces compensations qui , sans sauver leur honneur, auraient pu au inoins garantir les intérêts de la France. Où sont les temps de la croisade de saint T.ouis et de Texpédition du général }Jon;i parte!
Toutefois le mal n'est pas absolument irréparable , puisque Mébémet Alî subsiste encore et qu'il doit avoir pour successeur Ibrahitn-Pacha qui a donné des preuves de son énergie et de ses talents roilitaîres. Le jour où la Franœ voudra rendre son appui à Pl^^gypte , l'Angleterre modérera un peu son ambition démesurée, car il lui serait peu facile de s^emparer de la |>roie qu*elle convoite , sans la complicité du cabinet des Tuileries. ISotre miarine n'en est pas encore à ce degré d'abaissement que 1rs flottes anglaises puissent oomp; ter sans elle.
1/ Angleterre , il est vrni , cnche son ambition sous des dehors trompeurs.
A Tentendre , elle ne veut dominer g^ptie que dans Tintérêt du ehristianisme et pour rendre, là comme ailleurs , l'indépendance et la sécurité qui reviennent de droit à cette religion ; tandis oue, toujours suivant elle , la France adopte une politique anticivilisatrice et lait acte d'impiété en favorisant la renaissance de la nationalité arabe, qui serait un commencement de régénération pour le mahométisme. Partant de ce point de vue, le gouvernement anelais se trouve à luimême la pureté crun ange et nous fait noirs comme des démons, ^lalheureusement pour lui , on sait, par l'exemple de riade , comment il entend les inté-
rêts du christianisme , dans les pavs qui vivent sous la domination anglaise.
D*un autre côté, Il est , grâce à Dieu , que la France ait une politique anticivilisatrice ou impie , et personne encore n'a défendu les chrétiens d'Orient avec autant de chaleur au'ellemême. Une des conditions qu'elle imposera toujours , en retour do son alliance , au vice-roi d'Ég)pte, c'est qu'il affranchira nos frères en même temps que les Arabes qui ne sont pas moins malheureux peut-être. Knfin, si la nation française a soutenu Méhémet-Ali , SI elle est prête à le soutenir encore , c*est parce que ce prince a fait de sérieuses tentatives de civilisntion et qu'il a senti la nécessité de détruire la barrière qui existe entre l'Orient et TOccident. Déjà depuis longtemps , cédant à nos conseils, le pacha d'figypte aurait rouvert au commerce de l'Inde la voie de la mer Rouge et de la Méditerranée, si l'Angleterre n*avait voulu s'en réserver le monopole et prendre prétexte de cette amélioration pour commencer en É^jypte cette /série d'usurpations qu'on lui a vu consommer dans rinde. Lequel des deux peuples est le [)!iis civilisateur et sert le mieux l'intérêt général, de celui qui veut tout pour lui même, ou de celui qui stipule des garanties pour tout le monde et qui demande la neutralité de tous les lieux de passage ?
Laissons donc pour ce qu'elles valent les accusations de l'Angleterre, et n'oublions pas que la question d*Égypte est une question d'avenir pour notre puissance maritime. Il en a été de même dans tous les temps , et é'est ainsi que le comprenaient I-ouis IX , T.ouis XIV, le duc de Choiseul et Napoléon. Dans riiistoire des relations de la France avec la Barbarie ( voyez ce mot), nous croyons avoir démontré qu'aux pieux motifs oui armèrent snint Louis contre les intidèles , se mêlait une pensée politique qui avait pour but d'assurer à la France la domination de la Méditerranée, alors perdue pour les Arabes et disputée contre nous par les Aragonais. Le succès de son expédition en Egypte aurait aussitôt fait peneher la balance en notre faveur ; mais on a vu comment il échoua. Quand il n'eut plus d'espoir de ce côté, saint Louis
£GYPT£
L'tJNlVËRS. EHRENBBEITSTEIN
tourna ses regards sur Tunis , qui effectivement est la clef de In prépondérance dans la Méditerranée , parce que Tanis , plac^ Juste au eentre de cette mer intérieure, domine le détfOit de Sf* elle qui marque !e partage des eaux à l'orient et à Voccident. Quant q !Napoléon , il alla aiissf en l^.g> ptc , non-seiilement pour y chercher la domination de la Méditerranée, mais encore pour y trouver le chemin de Tlnde, pour ruiner enflll d*Urt seul coup la tyrannie maritime des Anglais.
Aujourd'hui, plus que jnmnis, le sort de rÉgypte totiehc aux intércts de notre marine , car Tétahlissement des Anglais à Alexandrie ne compromettrait pas moins lYqiiihhre maritime que rétablissement (les Russes à Constantinople ne troublerait l'équilibre conli- - nental. A la place d'une Ëgyptc qui a besoin de notre protection , nous trouverions une Égypte hostile et d'autant
t)lus redoutable qu'elle appartiendrait à a puissance rivale qui possède déjà Gibraltar, Malte , et les îles Ioniennes, sans compter Snint-.lean d'Acre et les autres places de la Syrie. Alors toute la li'féditerranée orientale nous serait f(Tiii('e et» malgré nos possessions de l'Algérie, nous n'aurions plus qu'un rôle subalterne à jouer dans cette mer intérieure où la nature nous a placés avec tant d^avantage.
Kn supposant que PAnglelerre et la Ivussie s\ iiterulent pour provoquer un partage de TOrient , et que des circonstances graves nous empêchent de sauver au moins l'I^p;} [ite , alors c'en serait fait de notre puissance maritime , si nous ne nous hâtions de prendre de justes compensations. L'acquisition de notre frontière du Rhin pourrait, à la rigueur, nous consoler de la prise de Constantinople par les Russes; mais ç*est là surtout un ao(âr6issement territorial , et pour rendre notre situation mnritime supportable à côté de celle des Anglais , après l'occupation de 1 Égypte , il nous niudrait au moins Tunis et Tanger. Cet accroissement de la France africaine rétablirait en partie la balance, en ce sens qu'il nous donnerait , dans la Méditerranée occidentale, une prépondérance analogue à celle deà À.ngîai8 dans la Méditerranée orientale.
Il importe de bien fixer nos résolutions à ce sujet et de les faire connaître, parce que la seule considération qui puisse arféter les Anglais, c*e8t la crainte que la France ne consolide et n'étende sa domination en Afrique.
Nos voisins savent que, la régence de Tunis uné fois en notre pouvoir, Malte serait bientôt tournée , et que Tanger , dans nos mains , équivaudrait presqu'à Gibraltar. Ainsi donc, le meilleur moyen d'assurer l'indépendance de l'Égy'pte, tfest de montrer à l'Angleterre les ronséqnenccs (}u*aurait immédiatement son anibition.
Egyptiens. Voyez iEovPTiENs et Bohémiens.
EiiRENRREiTSTETN fsiégps d').Qnnnd Tarmée de Sambre et-^leiise eut passé le Kliin , en 171)4, Championnet investit d'abord Ehfenbreitstein , fbrteresse importante située en face de Coblentz , sur la rive droite du Rhin , au sommet d'un rocher, le Gibraltar du fleuve [*), La division Marceau tih continua le siège pendant le mois de septembre 17î)5; l'année suivante, on le bloqua, pour la deuxième fois avec une activité qui promettait de prompts succès; mais on fut obligé de lever le siège lorsque Jourdan repassa le l\hîn.
— lloche l'attaqua encore, en 1797, et s'en rendit maître; mais il fallut le restituer à la paix de Léoben. Pendant le Comores de Flnstndt, les Frnnrnis se présentèrent de nouveau pour l'occuper, laissant les plénipotentiaires se livrer, ati sujet de cette expédition , à une guerre de plume très-animée, bientôt les assiégés manquèrent de vivres, et la famine devait facilement réduire la place si le canon he pouvait efficacement l'atteindre. La petite ville de la vallée, appelée Thal-Ehrenbreitstein, fut occupée le" 4 f évrier 1707. La forteresse fit des propositions \)âut capituler. I* colonel Fawlt, qui y commandait, obtint que
(*) Les Knmaîus avalent construit un fort sur cette hauleur.On en releva les ruines en zi6o, et (fanis la suite, Jean, margrAve de Bade, y ajouta de nouvelles rortifîcations , qui depuis furent à plusieurs reprises augmentées consiikrahlcineiil. Les Prussiens leur ont donné dans ces demien ten^ hf nom de ficn VtédëHc^GMaam,
EIKSHEIM
IMië la gbrtktsdh sottirait avec lés honticilf*s de la îruerr<» , et deux pièces de canon (janvier 1 799). Lorsque le généfal Dalnemagne en prit possession, après <)tialorze mois de siège, on y trouva ront cinquante pièces de cnnon et (|uar;iiile milliers de poudre, 'fous les bâtiments et les murs étaient ruinés ; mais on se liAla de restaurer , d'après l' s {)!ins (le Montalembert et de Carrtot, ces fortificntions qui commandent tes approches du llcuve et de la route de Nassau, et forment , avec les ouvrages bâtis sur les hauteurs environnantes, un boulevard menaçant contre la France.
— En 1815, la Prusse nous enleva cette préeiëuse conquête. .
Ki?jsin:ni ( hatadle d*) (4 octobre Ifi71 ). Le duc de Lorraine et le comte de Caprara s'étaient ralliés à lieidelberg après la Ivàtaitle de Sintzheîm ; ils S*étaient ensuite retranchés à Ladenboiirï , entre \v Mein et le Neckcr ; ils y furent attaques par Turenne, et contraints de se retirer de cette position. Quelques négoctartions qui eurent lieu à cette époque suspendirent les hostilités, mais elles n'eurent point de suite, et la guerre reprit son cours. « Cependaiit tes troupes impériales s*éto1ent -'grossies de plUs de la moitié par l'arrivée (le celles de ^lunsler sous le marckgr.ive de Bade, et de celles de Lunebour;!; sous le duc de Hol!!tèin.
L'électeur de Mayenec , (jui jus()u'alors n'avoit rien osé faire en faveur des Impériaux , leur donna passage sur son pont et dans sa propre ville , et ceux de Strasbo::rg ne tardèrent pas à suivre son exemple (*;. »
On annoricait l'arrivée de l éhcteur de Brandebourg qui s'était déclaré contre la France et venait prendre parti avec le duc de Lorrnine. Turenne voulait s'emparer du pont de Strasbourg, niais il apprit bientôt qu'il avait été prévenu. Celte nouvelle rut pour lui on coup de fondre; en effet, se sentant infV'rirur aux ennemis de plus (lu tiers, il avilit mis toute son esjtérance à la garde de ce pont. Il n'y avait plus alors aaatre parti à |)ren(îre que de marcher à la reiicontre de l'enuemi et de l'attaquer
(*) Hûtm dê Lom Xi^, par Liinicrs, t. f[, p. a66.
ELBE . t|5
avant l'arrivée du duc de Brandebôurg.
Après avoir pasf;é quelques jours dans le poste de la Vantzenau pour y attendre un renfort qui arrivait d'Alsace, Turenne en partit le 3 octobre.
« Arrivé le soir sur les hauteurs de Moisheini , il découvrit les Impériaux campez au delà de deux rivières qu'il fit passer la irait, et le lendennin, a la
pointe du jour , Ses tfOUpes se trouvftfent en Itntaille, La droite des ennemis étoit bordée de grosses hayes , et leur gauche couverte en (Hirtie par Mi bols et défendue par le village d'F.ntzlieim , où ils avoient de l'infanterie et du canon ; l'attaque commença par le bois avec beaocmip dë chaleur , et le carnage fui grand de part et d*amire. Les Allemands furent souvent poussez et se rallièrent plusieurs fois. Mais, aorès huit henres de cooibat , ih aë retfimnt èn désordre sous Strasbour?; (•). «
Fl AricIï (bataille d'). Voy. Anicn.
Flrf. (îled'). T,es Anglais*, maîtres de l'île d'Elbe depuis 1796, pouvaient de là lnterc«?pter dos communications par mer av«c là Tostatie et TÉtat de
hvjlise.
Le général Thurreau fut chargé, en 1800, cle leur entever cette position Importante. Six cents liommes partirent en conséquence de Hnstin , et rlebarquèrent à Marcinna , sous la conduite mi chef de brigade MaHotti; Sis s*emparèrent, le i" mai , de Potto-Longone , tandis que Thurreau investissait Porto Ferra jo, qui ne tarda pas à se rèndre.
Le 8 fruètidor an x (SA août 1800),
un sciialiis-eoti'^tjUe ]irotlonea la réunion de i'iie d £lbe à la république française.
En ISf 4 , après FaMcation de Napoléon, elle lui fut ahandontiée en tonte souveraineté avec im revenu de 6 millions. L'empereur s'embarqua, le 28 avril , à Saint-Rapheatt , sur un% frégate aniilaise , et entra, le 3 mai , dans la rade de Porto Ferrajo. Le lendemain il descendit à terre et fit arborer son drapeau sur le fort de TÉtoile. ti fot tiré cent un coups de canon , et , après avoir rec^Mi , des mains du maire, les clefs de la ville, il se rendit à la cathé-
Linlen » ouvrage cilé.
156 ^ ELBE L*UiSIVERS. ELBÉE
dralepbury faire chanter un Te Deum, « cnrrîère de la gloire, a dû quitter et sMnstaila provisoirement à l'hôtel de « votre île; il a confié Tadministration la mairie. Il adressa ensuite aux habi- « à une junte de six habitants, et latants une proclamation dans laquelle il «'défense de la forteresse à votre déleur promit de s'occuper de leurs inté- « vouement et à votre bravoure. « rets avec la plus vive sollicitude. En Après les cent jours, l'île d'KIbe fut effet, grâce à ses soins, la prospérité duiuiéô à la Toscane, à laquelle elle ap-. de I*fle s*acerot rapidement; des mines partient encore aujourd'hui, furent exploitées , des routes ouvertes, Elbée (N. Gigot d'), général des ardes arbres plantés, des maisons cons- mées vendéennes, né à Dresde en I7;>2, truites , etc. La mère de ^empereur et d'une famille française établie en Saxe, sa sœur vinrent le visiter au milieu de vint en France en' 1757, j fut aaturaces travaux qui avaient au moins au* ralisé, entra dans un régiment de Gâtant pour but d'occuper ses loisirs que valerie , parvint nu gr.ide dt- lieutenant, d'endormir l'Europe sur ses véritables donna sa démission en 1783 , se maria, desstoins. Bientdt averti à la Ibis des et dès lors vécut retiré dans un bien de nombreuses fautes des Bourbons, et campai^ne près de Beaupréau en Anjou, des vœux d'une partie de la France , il A repo(iuo de la révolution , il crut
ÉroÛta de l'absence du commodore devoir suivre les princes à Coblentz; !ampbell, retenu par une féte à Li- mais il revint dans sa proi>riété après la vourne , et fit embarquer, le 26 février loi qui ordonnait aux éoiigrés de reor 1815, 600 hommes de sa garde sur le trer dans le royaume. Les paysans des brick l' Incomtant (It 26 canons; tandis environs de lieàupréau s'étant insurgés q^iie 200 hommes d'infanterie, 100 lan- au mois de mars 1793 , vinrent lui deciers polonais et un bataillon de; flan- mander de se mettre à leur téte. Il y queurs étaient placés à bord de trois consentît, et sa bande fut hientôt grosautres bâtiments. L'empereur, accom- sic par celles de Bonchamp, de Cathepagné des généraux Bertrand etDrouot, lineau et de Stofflet (voyez ces noms ). monta sur le brick à huit heures du Après la mort du paysan Cathellneau, soir. Un coup de canon donna aussitôt il se fit nommer iiénéralissime , presle signal du départ , et la Hotlille mit que à Pinsn d'une iirande partie des à la voile; le vent contraire la poussa troupes royalistes. C est en cette quad'abord vers les croisières anglaises, lité qu*il se trouva à la bataille de Lu- On parla de rentrer à Porto Ferra jo, çon gagnée par les républicains, mais iNapolj^on s'y refusa. Enfin, le Pn sait qu'après une alternative de 1'" mars, à trois heures , il entra dans bons et de mauvais succès, l'armée le golfe Juan. Il s*était occupé , pendant royale fut complètement défaite à Cholla traversée , de rédiger des proclama- let ; d'Elbée , blessé grièvement dans tions qui furent copiées par ses offi- cette dernière bataille , fut d'abord ciers et soldats. Avant de débarquer , transporté à Beaupréau , puis à INoiril quitta et fit quitter i ses soldats la moutter. Trois mois après , les bleus cocarde de l'île d'Elbe, et la cocarde s'étant emparés de cette tie , il fut tra* tricolore fut arborée aux cris de vive doit devant une commission militaire, l'empereur! vive la France! Le dé- condamnéà mort, etfusillé sur la place barquement s'effectua ensuite sur la publique du boura de Koirmoutier, où plage de Cannes. Nous avons raconté on Tavait amené dans un fauteuil, parce ailleurs les événements qui suivirent le que ses blessures ne lui permettaient retour de J'empereur sur le sol fran- pas de se tenir debout, çais (voy. Cent Jours). Au jugement de plusieurs biogra- Le général Lapi , que l'empereur en phes, d^Ëlbée fut un homme pieux, a*un partant nomma gouverneur de l'île courage constant et froid, mais sans d'Elbe, apprit bientôt aux habitants, talents militaires. Il n'avait aucune hapar une proclamation , que .Napoléon bitude des hommes et se bornait à misse séparait d'eux. « Notre auguste son- ner ses soldats k Pennemi, en leur di- « verain, dit il dans cette proclamation, sant : « Mes enfants , la Providence « rappelé par la Providence dans la « vous donnera la victoire. » Aussi l'a-
BWVff FRANCE* ILGBIHOBk IST
Taient^ils surnommé le Général la Pro»
vidence.
Il a laissé un (ils unique; les pnysans de rOuest parlent encore de lui avec un grand intérêt et se rappellent les chants guerriers composés pour honorer sa mémoire.
Klbeuf, Elborium , ville assez ancienne du départeineiit de la Seine-Inférieure , arrondissement de Rouen.
T/nrigine de cette ville est peu connue; on sait seulement qu*elle était déjà considérable au commencement du quatorzième siècle. L'établissement de ses manufactures de draps remonte à une époque fort éloiirnécî ; mais c'est seulement sous^ie ministère de Coibcrt qu^elIes commencèrent à prendre un grand déveIop|)ement, que vmrent bîf;ntôt arrêter les persécutions ordonnées contre les protestants. Leyde, Londres, Leicf ster accueillirent les émigrés (I*E1beuf , et héritèrent de la prospérité de cette ville , dont les manufactures ne reprirent quelque extension que depuis la révolution. Aujourd'hui elles occulient plus des deux tiers de la population, et environ deux mille habitants des villages voisins. Eibeuf , qui faisait anciennement partie du Roumois et de la liaute Normandie, compte aujourd'hui 10,258 habitants.
Elbel'p (maison d'). Ëlbeuf, qui avait le titre de marquisat , fut érigé en duché, 24 mars 1582, en faveur de Charles Z*^'', petit-fils de Claude, duc de Guise. Bien que ce prince Idt, par ses
âoûts épicuriens ^ par son esprit méiocre, peu apte à figurer dans les troubles qui n,2;itèrent le règne de Henri III, il fut arrête après le meurtre de son illustre aïeul aux états de Blois, en même temps que les autres membres de sa maison. Il resta justpi'en 1591 prisonnier au château de Loches , et mourut en IGOô , a I cige de 49 ans. •
Charles If, son fils , né en 1596 , mort en fnr>7, avait épousé en tfiI9 Catherine-Henriette, légitimée de Franne, «Ile de Henri IV et de Gabrielle d'Estrécs. Sa femme voulut jouer un rôle dans les intrigues de la cour , sous le ministère de Richelieu. Elle fut exilée en 1631 avec la princesse de Conti , sœur du duc de Guise , les duchesses tfOrnano, de L^dlguières, de Roua*
nés, le jour même où le roi abandonna
la reine au ressentiment du cardhial.
Le duc d'Elbeuf fut dépouillé de son gouvernement de Picardie; il parvint cependant plus tard à rentrer en grâce. Le cardinal de Retz , dans ses Mémoires , ne fait pas de lui un portrait fort avantageux.
Emmanuel • Maurice , petit - fils du précédent, né en 1G77, passa au service de l'empereur d'Allemagne, et obtint un commandement dans le royaume de iNapies. Ayant recouvre son duché en 1719 par des lettres td*abolition, il mourut en 17(53, et le titre de ducd'EIbeuf passa dans la maison d'IIarcourt.
Enunanuel-Maurice possédait le château de Portid ; la découverte d*Her* culanum est due h des fouilles qu*il y ordonna.
£lcuimgem (combat d ). De tous côtés l*armée française arrivait à marches
forcées de\-iint Ulm. Le 13 octobre 1805, elle était autour de la place, à deux lieues de rayon, et partout en présence des postes avances de Ten* neini. Napoléon donna Tordre d*attaquer le lendemain sur tous les points.
Pendant que, dans les autres directions, les différents corps français refoulaient l6s ennemis vers la place, INev attaqua les redoutables positions d'Elchingen , que défendait le général Laudon avec 15,000 hommes et 40 bouches h feu.
Le passage du pont fut forcé par le 69* de ligne, faisant partie de la division Loison. Les Français ne laissèrent pas le temps de le coiiper , et le traversèrent au pas de course, pèle-méle avec les fuyards. Ils se formèrent en bataille au pied de l'escarpement de la place , sous le feu plongeant des Autrichiens, et la colonne qui remontait la rive gau* che du Danube se d«'plova ( u s'éteiulant par la droite. Toutts lès troupes rivaiiscrent d'intrépidité, et repoussèrent deux charges successives avec une ad* mirable fermeté. A la troisième attacpie, et après trois hctires de coiubal , Laudon voyant sa ligne rompue, et le ()oste de Tabbaye emporté, évacua la position d'Elchingen. L'ennemi perdit deux régiments entiers restes sur le ( hanip de bataille , 3,000 prisonniers , plusieurs drapeaux et plusieurs plèees de canon.
Mey, en mémotie de ce brillant £aîl
tu iiMrms L*umVEas. iuicTBims
é*aime8 , reçut le titre de duc d*Blcbiii«
Electedb (Grand). La charge de grand électeur était la première des six grandes dignités de rempire créées
Par le sénatus-consulte organique de an xiT. I/article 39 de cette constitution rPiilait les fonctions de ce dignitaire. (Voyez Co^iSTi'iLriOi>is.j Joseph, frère atne de Napoléon, fut investi de ees hautes fonctions.
ilLKCTEiiis (assemblée des). Un arrêt du conseil du roi avait annoncé , le 8 août 1781^ que les états généraux seraient convoqués pour le mai 1789.
Une déclaration, rendue deux mois plus tard, fixa au 1*"" janvier cette convocation. Mais de quelle manière se feraient les élections , par combien de députés chacun des tnus ordres ser.iit-il représente , eniin quelles seraient les conditions de rélectorat et de Téligibilité?
Le parlement essaya de résoudre de sa propre autorité ces questions si graves, en ajoutant à la formule d'enregistrément de la déclaration du roi, ces mots importants : Suivant la forme obtef' vée en 1014. Otte décision excita, aussitôt qu'elle lut connue , des clameurs universelles ; les privilégiés voulaient plus de garanties qu'on ne leur en avait accordé lors de la tenue de ces états ; le tiers elat prétendait avec raison que les ^)rogres de la raison publique nécessitaient une réforme générale , et que , formant l'immense majorité de la nation, il devait être représente dans l'assemblée de la nation par un nombre de députés proportionné a sa force numérique. T,e ciouvernement, craignant, si de lui-même il essayait de trancher ces
Questions , de inéconteuter tous les paris , crut se mettre à couvert en convoquant , [)our les décider, une assemblée de notables.
Cette assemblée se réunit le 6 novembre à Versailles. Elle décida que les éieetions des députés du tiers état seraient à deux degrés; que , pour avoir «droit de suffrage dans les asseniblees primaires , il sufGrait d'être domicilié , majeur, et inscrit au rôle des contributions. Elle n'exigeait pas d'autres conditions pour l'éligibilité. Klle d(M?inndr) en outre que le nombre des députes fui le même pour les Irois ordres et pour
tous les bailliages , quelle que tàt leur population. Mais ce dernier vœu ées
notables ne fut pas écouté ; et , par une déclaration intitulée : Résultat du conêeil du roi ténu le 27 décembre 1788, le roi décida que les états f^énéraux se composeraient de mille députas ati moins ; que cliaque bailliage aurait une représciitJlioii proportionnée à sa population et à ses contributions, et que les députés du tiers état égaleraient eu nombre ceux des deux premiers ordres ensemble.
Les assemblées électorales se réunirent" donc dans les préniiers jours de . janvier 1789. Nous avons fait connaître, à l'article Distuico'S, les divisions établies à Paris pour la nomination des électeurs, qui, minisenas.sembiée unî-
aiie, devaient procéder à l'élection des éputés du tiers et à la rédaction des caliters où devaient être exposés lefi ^ princi; es d'après lesquels ils devaient se diriger dans P exercice de leurs fonctions législatives.
i^es élections furent très-orageuses ; elles n'étaient point encore terminées à l'époque fixée pour l'ouverture des états généraux ('). T.rs élections du clergé furent closes seulement le 6 mars, celles de la noblesse le 10 , celles du tiers état le 20. Les électeurs , après avoir rempli les deux mandats dont les assemblées primaires les avaient charges, crurent que leur mission n «était ' pas achevée. Ils continuèrent à se réunir, ré Ii:^èrent ini plan de constitution, demandèrent qu'à l'exemple des législateurs des États-Unis, rassemblée des états généraux commençât la série de SCS travaux par la rédaction d'une déclaration des droits de l'homme. Ecdin ils réclamèrent la démolition de la Bastille, qu*ils considéraient avec raison cAmme un des instruments les plus terribles du despotisme. On ue tarda pas à s'alarmer des réunions des électeurs ; l'autorité leur fit interdire l'entrée de la salle oij ils avaient choisi leurs représentants ; mais l'un d'eux, nonuné Thuriot de la Rosière, avocat au parlement, installa ses collègues a Tfad-
(") Une dérlaralion dti 2', jinvior avait remis au a; avril la solunnilc de i'ai^ciu- Mée. .