ELECTIONS FRANCE. ÉLECTIONS
teur ou député , pourvu , cependant , qu'il eût atteint sa vingt-cinquième année. Enfin, elle établit en faveur de Téleeteiir, obligé de se déplacer , le principe d'une indemnité pécuniaire, qui, bientôt, devait être appliqué à ia repré* sentation nationale.
La eonstittitiofi de 1793 modifia ou élargit toutes ces bases. L'élection à deux degrés disparaît; les nominations se font annuellement , et tous les citoyens sont appelés à y prendre une part directe. La population est divisée par masses de 40,ooo individus , afin que chacune d'elles puisse être désormais représentée dans le Corps législatif.*Nous ne nous étendrons pas davantage sur cette constitution , dont le 9 thermidor, cette autre journée d'août dirigée contre la royauté du peuple, devait amener la ruine dans un avenir très-rapproché.
L'acte constitutif de l'an m (179â) rétaUlt les formes et les conditions de réiection à peu près dans le même état et les mêmes limites que la loi de 1791. Ce fut une réaction qui iit descendre, pour ainsi dire , le peuple de sa souverninelé, et passer tous les pouvoirs politiques dans les mains de la bourgeoisie; ce fut une réaction qui laissa la démocratie sans force et sans garanties pour Aire respecter ses droits et pour repousser les tentatives de l'arbitraire. Le 9 thermidor produisit le 18 brumaire, comme le 14 juillet avait vonduit au 10 août. Seulement, dans cette seconde période , on rerlrscendait rapidement la pente qu'on était parvenu à gravir avec tant de peines, et au prix de tant de sang. La constitution de l'an VIII, œuvre, non pins du pays, mais d'un homme, crée un système électoral
2ui fait passer l'élection par trois preuves ou trois degrés , et qui , en définitive , investit le sénat du pouvoir de choisir les députés parmi les candidats qui lui sont présentés. Les quatrevingt sénateurs , tous créatures du premier consul, sont donc substitués, dnns cette triste et déplorable combinaison , aux deux ou trois et aux quatre ou six millions d'électeurs constitués par les lois organiques antérieures, et par les usages même de l'ancienne monurchie.
En ce qui touche les droits politi-
ques la France avait tellement rétrogradé, qu'elle se trouvait, après vingtdeux années de luttes et de sacrifices , beaucoup moins avancée qu'en 1789, snns esprit publie et sans force démocratique; elle n'était plus protégée contre le retour des Bourbons que par répée d*un soldat. Du jour où cette épéa fut brisée, la restniir;itîon , quoi qu'on en ait pu dire, se trouva de fait accomplie. Les voies étaient aplanies, et l'ancienne royauté dut se substituer presque sans peine et sans efforts à la nionarrl)ie nnpériale. Quand Louis XVIIT, dans le préambule de la Charte, dU hautement que, en droite favtorUé tùHt enUère résidait y en France, dans la personne du roi, il ne fil que prorlan^er une maxime que Bonaparte avait pratiquée depuis dix ans.
La Charte de 1814 constitua un corps électoral, qui, au moins, n'était pas une fiction. Les Bourbons, sous ce rapport, il fiiut bien le dire, parurent avoir une intelligence et un sentiment plus justes et plus vrais de leurs intérêts et des dispositions du pays, que l'homme extraordinaire qui devait sa grandeur aux instincts et aux principes révolutionnaires de la Franee nouvelle. Mais le retour au système représentatif était une concession que la restauration filsait par politique et non par libéralité, par nécessité et non pnr conviction. On ne tarda pas à le reconnaître, lorsque Louis XVIII, après les cent jours, modifia arbitrairement les articles de la Charte relatifs à la nomination des représentants du pays. Cet acte portait qu'ihy aurait deux chambres ; l'une héréditaire, appelée la cbambre des pairs; l'autre élective, nommée la chambre des députés des déparlements ; et que les membres de ce dernier corps , élus pour cinq ans par les collèges électorntix, seraient renouvelés par cinquièmes. Les électeurs devaient avoir trente ans, les députés quarante; ceux-ci devaient payer 1,000 fr, de contributions directes, ceux-là 300 francs. Sûr d'être appuyé par les alliés, qui occupaient la France, Louis XVIII changea ces dispositions fondamentales, et décida, par ordonnance, que rliaque collège électoral d'arrondissement élirait un nombre de candidats égal au nombre des députés
ftUCnOKS L*t7NIVRRS. ELECTIONS
du département. Les grands collèges . électoraux devaient ensuite prendre au
moins la moitié des députés parmi ces rnndidnrs. Aucune ditTéreiice n'était faite entre les électeurs d'arrondissement et les électeurs de département quant à l'âge , fixé à yingt et un ans pour les uns comme pour les autres ; mais les derniers, à qui revenait, en définitive, la nomination des députés, devaient être choisis sur la liste des coutribunbles les plus imposés. Le cens de l'éligibilité restait toujours à 1,000 f ., l'âge seulement étant baissé de quarante à vingt-cinq ans.
La ehambre introuvable, assemblée réactionnaire, qui effraya le gouvernement n)ême de Louis XVIII, en voulant être, selon une expression familière, mais énergique , plus royaliste que le roi, fut le résultat de cette violation audacieuse de la Charte. Les cho.ses n'en demeurèrent pas moins dans cet éfat à la fois entaché de provisoire et d'illégalité, jusqu'à la loi du 5 février 1817. Alors il fut décidé que tout Français Agé de trente ans, et payant 300 fr. cle contributions directes, serait (Ureciement électeur des députés du département où il aurait sou domicile: qu'il ji'existerait, dans chaque département, qu'un seul collège, qui serait convoqué , par le roi. Aucun traitement, aucune' mdeninité ne furent alloués aux députes, dont les conditions (i'éh^ihilité, de durée et de renouvellement, furent ramenées à râge, au cens et au terme prescrits par la Charte. Après ime épreuve de quelques années, cesystèuïe électoral, aui, pourtant, investissait les classes aisées, exclusivement, du monopole des élections, ne répondit point encore à l'attente de la restanrntion, et fut jugé beaucoup trop favorable à la manifestation, sinon complète, du moins partielle, des sentiments du pays. Le gouvernement tenait surtout à se débarrasser de la disposition qui réunissait tous les électeurs dans un seul collège électoral , assemblé au chef-lieu du dé-
f)artement, et qui avait, par cela même, 'heureux eflet de rapprocher les forces de l'opposition, et de soustraire les nominations à rinfluenoe de l'esprit de localité. Dès le printemps de l'année 1620, an Douveatt projet de loi fut pré-
senté à la chambre des députés. La discussion s'engagea sur ce terrain bruiant
des élections, et fut marquée, du côté des royalistes, par la violence de l'agression, et du cùlé du parti natio- . nal, par la résistance la plus courageuse.
Enfin, le gouvernement remport<i, et son projet de loi , adopté le 29 juin 1820, changea entièrement les bases de la loi du 5 février 1817, tout en maintenant les conditions de cens que cet acte avait établies pour les éieetenrs et
{)our les députés. Les dispositions de a loi nouvelle portaient que le eoWé^ électoral de chaque département sérait remplacé par des collèges électoraux d'arrondissement, et par un collège de dé|)artement ou ^rand collège. Toutefois, on admettait, par cas exceptionnel , que les électeurs pourraient continuer (le former un seul collège, dans les départements qui, à l'époque de la promulgation de la loi de 1817, n'avaient qu'un député à nommer , et dans ceux où la totalité des électeurs présentait un ensemble trop faible pour comnorter le partage par arrondissement. Les Gdiégi s (rarrondissement se composaient de tous les électeurs indistinctement; le collège de déitartement n'admettait que le quart des électeurs , pris parmi les plus imposés. Les collèges d'arrondissement choisissaient 268 députés, les collèges de département eu nommaient 172 ; ce qui constituait le double vote, ou une double part d'action en fiiveur des électeurs les plus avantagés dacôté de la fortune.
Cette loi, si ouvertement aristocratique et si profondément vicieuse, permit au gouvernement de s'emparer des élections , et de se composer , dans la chambre , une majorité compacte. Devenu maître des débats et des votes de la chambre, il- voulut cependant, pour plus de sécurité, étendre et fortifier encore son système d'influence et d'accaparement, par les lois de 1824 et de 1827 : d'après la première, la durée de la chambre fut portée de cinq à sept années, et le renouvellement des membres dont elle était formée dut se faire intégralement; d'après la seconde, les listes électorales qui avaient servi jusqu'alors furent remplacées par les listes
ELECTIONS FRANCE. ELECTIONS 17t
annuelles du jury, dressées par les bres seraient choisis par h royauté, à
créatures de la couronne. des conditions que nous ne ferons point
Saufles mesures que prit le ministère connaître ici, mais qui ne pouvaient
Mnrti^nac, en 1828, pour « délivrer «manquer, dans un terme plus ou motoi
l'élection du joug de la fraude et arrô- rapproché , dp placer complét^mont ter la corruption sous laquelle le sys* celte assemblée sous la dépendance de tème représentatif succombait, » cette la couronne. (Voy. Pairs.) odieuse légidation subsista, avec tous Sans nous immiscer dans les débats ses vices et tous ses défauts , pendant de la poliiiqiir', i! doit nous ^tre permis un peu plus de dix années. La révolu- dédire, au point de vue de l'Iiisloire, tion de 1830 , en abattant cette royauté que ce système électoral n'a répondu à la fois peureuse et téméraire, qui ni aux droits, ni à l'attente, ni aux beavait cherché tantôt h abriter ses cram- soins de la nation. Assnrénient, le pentes sous la loi de 1820, tantôt à s'en pie français n'a point tait tant et de si servir comme d'un instrument d on- grands sacriUces, depuis cinquante ans,
fression, avait paru devoir ouvrir d-a- pour être exclu de toute participation ord une voie nouvelle à la France; politique à la direction des affaires. Les mais cette révolution toute populaire lois de 1831 ont concentré les droits n'aboutit, en délinitive, Qu'au maintien électoraux et le pouvoir représentatif des doctrines et des conditions restrio dans les mains de la moyenne et de la tives qui avaient prévalu depuis 1814, haute bourgeoisie; c^est-à-dire qu'elles en matière de législation électorale. ont créé une classe privilé;;iéc, investie Ce fut en 1831 que la chambre des de tous les avantages de l'ordre politidéputés s'occupa de la détermination que, au détriment de la presque totalité des cens d'éiectorat et d'éligibilité, et des citoyens, et au mépris des doctrines de ronianisation de la chambre des solennellement consacrées |)ar nos deux pairs. Plusieurs lois établirent qu'il fau- révolutions. En effet, quoi de pins conarait, à l'avenir, payer 200 fr. de con- traire au principe de la souveraineté tributions directes pour être électeur, nationale, que cet état de minorité mo* et 500 fr. pour être eligible; qu'à s'ÎD'^i- raie dans lequel on maintient si obsticinq ans, on pourrait exercer ses droits nemcnt le pays? Quoi de plus élolp;né comme électeur, et être nommé depu- de i'egalité proclamée par nos lois, que té ; que les élections auraient lieu di> cet esprit de partialité qui favorise le Jrectement dans chaque chef-lieu d'ar- petit nombre pour frapper d'exclusion rondissement électoral, et que le renou- le plus grand nombre? Et quoi de plus vellement des députés , dont le nombre opposé à la véritable liberté, que ce fterait de 459, se ferait intéeralement monopole électoral, qui tend à reconstous les cinq ans. On accoroa aussi le tituer au milieu de la nation une classe droit de voter aux membres et corres- privilégiée, dont l'existence est , selon pondants de l'Institut, et aux officiers nous, beaucoup plus dangereuse et beauen retraite jouissant d'une pension de coup plus menaçante pour les intérêts 1,200 fr. avec cette restriction injurieuse généraux, que celle de toutes les corpoque leur titre compterait seulmient rations de l'ancien régime? pour la moitiédu cens et que, pour voter, En 1834, on comptait dans toute la ils devraient paver cent Irancs de cou- France 172,249 électeurs inscrits; et, tribution annuelle; les électeurs de cette trois ans plus tard, 1 99,4 il. « Rien decatégorie constituèrent ce qu'on apptla [)Ins curieux, dit M. Aristide Guill'adjonetion des capacités. On crut don- bert (*), que de comparer le chiffre imner des garanties d'indépendance au posant du corps des électeurs commu-
Eays en ajoutant qu'il y aurait incompati- naox avec la foiblesse numérique de ilité entre certams emplois etla dépu- ces relevés. C'est presque le suffrage lation, et que les députés promus à des universel à côté des restrictions du fonctions publiques salariées seraient privilège. Le nombre des électeurs munoumis à la réélection. Quant à la chambre des pairs , il fut décidé qu'elle ne n Introduction à niistoire du droit éleeaérait plus héi^éditaire, et que ses mem- tonu.
17S BLICnOllB L'UMIV£A& BUBCTIOIIS
nidpattx B*élève à 3,872,089, parmi lesquels H y a 2,791,19! électeurs censitaires, et 80,898 électeurs adjoints. Cela fait, en chiffres ronds, trois millions d*électeurs , ou le douzième euTiron de la population générale. Or, en bonne logique , le corps électoral devrait s'accroître du moment où il se détache des intérêts de localité pour intervenir dans la direction des affaires du pays. Il est incontestable qu'un pins u,rnnà nombre de citoyens sont intéresses a la composition d'un conseil général qu'à celle d*un conseil municipal , et t Télection de la chambre des députés qu*à celle d'une assemblée de département. Mais nos hommes d'État , sans tenir compte des principes , ont suivi une méthode inverse et resserré le eorps électoral i mesure qu'il croissait en importance ; sous le prétexte que la nation manque de lumières pour se diriger dans Texer* cice de ses droits politiques de Tordre • le plus élevé, ils l'ont exclue entièrement des grandes élections. Non-seulement ils ont repoussé le peuple non censitaiire, mais encore la presque tota* lité des électeurs municipaux. Il y a plus : un tiers environ des électeurs qui nomment les membres des assemblées départementales ne sont point admis à élire les membres de la chambre des députés. T/excInsion a trouvé encore place dans Texclusion. C'est ainsi qu'on évalue les électeurs de la première dassa à 240,000, tandis que la totalité des électeurs participants à la nomination ^es députés n'était , en 1837 , que de 199,000. »
Nous terminerons cet aperçu par les résultats statistiques des dernières élections générales. En 1 837, sur les 199,41 1 électeurs inscrits, 161,721 seulement prirent part aux choix des députés : sur ce dernier diiffre, 94,357 votèrent pour les élus, et 67,364 contre. On a calculé qu'en réunissant le nombre des électeurs non votants au chiffre des électeurs opposants, on arriverait à un total de 105,054 voix indifférentes ou négatives , ce qui donnerait une différence en plus de 10,697 suffrages sur les . 94,357 votes approbatife et représentés. Il suit encore de ce rapprochement, que la chambre des dé[)ntés actuelle représente tout au plus les senliinentâ de
100,000 citoyens, ou environ la trois
cent cinauantièmc partie de la population générale de la France. Sur les 459 députés oui avaient siégé dans la chambre préeedente, SU forent réélus : dixhuit départements réélirent les mêmes députés , quarante-quatre plus de la moitié de leur députation; neuf eq réélirent. la moitié, et quatorze moins de la moitié; un seul renouvela entièrement le personnel de ses représentants.
On comptait parmi les élus 5 conseillers, 1 procureur général et 2 avocats généraux de la cour de cassation; 1 conseiller maître et 2 conseillers référendaires de la cour des comptes ; 2 premiers présidents, 2 présidents de chambre , 16 conseillers , 5 procureurs généraux, 5 avocats généraux, et 2 substituts de cours royales; 14 présidents, 1 vice-président, 4 juges, 2 procureurs du roi et 3 substituts de tribunaux de première instance; 1 avocat à la cour de cassation, 48 avocats de cours royales, 1 juge de paix et un notaire. Dans l'ordre politique et administratif, il jr avait 4 ministres, 20 conseillers d'Rtat, 10 maîtres des requêtes , 3 conseillers de préfecture, 2 directeurs généraux, 12 directeurs d'administrations publiques spéciales; 1 directeur général des ponts et chaussées , 2 inspecteurs généraux, 4 inspectetirs divisionnaires, 2 ingénieurs en chef, 2 ingénieurs ordinaires , 2 iniîénieurs civils. L'armée et Ja marine étaient représentées par l ' marériial de Kranre, 12 lieutenants généraux, () maréchaux de camp , 16 officiers supérieurs, 14 ofilciers, 2 intendants, 1 vice-amiral, 1 capitaine de corvette. Il y avait, en outre, 31 membres de l'Institut. I inspecteur de l'université, 1 membre du conseil royal de rinstmction publique, 1 professeur de faculté de droit, 1 professeur de faculté de médecine, et 5 médecins. La finance, le commerce et l'industrie comptaient 8 banquiers, 31 négociants, 7 manufacturiers, 3 fabricants, 7 maîtres de forges , 1 propriétaire d'usine , 1 concessionnaire ae mines , 1 agriculteur, 1 imprimeur lithographe, etc. Enfln, parmi tous ces personnages, appartenant, pour la plupart, aux classes supérieures, on distinguait tl maires, 42 nuiires et membres de conseils généraux, 162
ISLISCTIOHS FRANCE* KLCCnaiTS ItS
membres de conseils généraux, 7 maires crainte , ou en quelque autre manière
•I membres de conseils d'arroodisse- que ce fût ; qu'avec les douze hommes
ment , et 9 membres de conseils d'ar- dessus nommés, seraient élus quatre
rondisspnient. ( Voyez Assemblées bons hommes , et seraient écrits les
PBTMAiRKs , Constitutions, Garde noms secrètement; et que cela serait
NATiOiNALE, Municipalités, etc.) fait si sagement, que leur élection ne
Élections. On appelait aînsf, avant fût connue de qui que ce fût, jusqu'à
la révolution , 1* des juridictions roya- ce que ces douze hommes eussent assis
les instituées pour connaître eti pre- la taille; que, cela fait, avant de mettre
rnière instance de la plupart des aiatiè- la taille par écrit , les quatre hommes
resdontles cours des aides connaissaient élus pour filtre loj^lement la taille,
par appel ; 2" les portions du territoire n*en devaient rien dire, jusqu'à ce que
qtji ressortissaient à ces juridietioos. les douze hommes leur eussent fait
Les élections avaient été ainsi nommées, faire serment, par-devant la justice, de
parce que, dans Torigine, les éhu (c*est bien et loyalement asseoir la taille en la
ainsi que Ton appelait les ju^es qui corn- manière que les douze lionimes î'au*
f>osnient ces tribunaux) a vnient été réel- raient ordonné,
eiiient élus par le peuple ou par les Depuis cette époque , la plupart des
états généraux. Lorsque, dans les cir- édits et ordonnances royales sur le fait
constances extraordinaires, les maires, des aides et des tailles font mention
mayeurs, échevins, consuls , etc. , ne d'élus dont le pouvoir, comme tribunal,
pouvaient suffire à la perception des s'accrut de phis en |j1ijs. C'est dans une
deniers dont le recouvrement leur était ordonnance donnée uar Charles VI, le
imposé , ils faisaient choix , pour les as- 7 janvier 1400, que le siège des élus est
sister dans la répartition des impôts et appelé pour la première "fois élection.
subsides, de deux ou trois individus sur Knfin les commissions d'élus furent éri-
une liste de plusieurs candidats qui leur gées en titre d'ofUce sous Charles VII,
était présentée. Ces fonctionnaires, ijui, dans une ordonnance du mois de
d*abord temporaires, conservèrent leur juin 1445, appelle, ces magistrats ses
nom d'élus , même Jorsque les tailles juges ordinaires,
ayant été établies d'une manière fixe et 11 y avait en France, avant 1789, 181
durable, ils furent nommés par le roi, élections, ainsi réparties dans les pro*
et que leur charge fut devenue un office vinces ou généralités , que , par opposi-
en forme. tion à l'expression de payi d'étaUf oo
L'établissement de ces élus est de appelait pays d'élections.
beaucoup antérieur au règne du roi oënéraiité de pirii m
Jean, époque où quelques auteurs le — *
font remonter. Saint Louis voulant que Orléans is
les tailles fussent imposées avec justice, — Boan«s.I!.*Jr.'. 7
lit eu 1270 un règlement sur la ma- iiooKm i
nière de les asseoir dans les vilfes roya- T Rrom s
les. Il ordonna que les habitants, selon — ur.nobi«... '.'...'..'..*.. 6
la grandeur des villes , éliraient, par le ~ u'ao^ânâ î
conseil des cures de leurs paroisses, des i,;m^., s
ecclésiastiques, des bourgeois et autres — Bordeau. s
prud'hommes, trente ou quarante hom- 3 pm" "Â'ucii 'î
mes bons et loyaux; que ceux qui se- Z Monuub«n.. .V..Ï.Ï"'.' 6
raient ainsi élus jureraient sur les saints Champagne la
Bvan^ies d'élire , soit entre eux , soit ^^^"^ 'J
parmi d'autres prud'hommes de la même Z Aiîïçon*.!! !.*!!! !!!!!!! {
ville , jusqu'à douze hommes qui se- — BBHMgogaetBww.... 4
raient les plus propres à asseoir la iSi
taille ; que ces douze hommes jureraient Dans les pays d'états , les généralités
de même de bien et diligemment as- de Pau, de Montauban et de Bourgogne
seoir la taille , et de n'épdrgner ni gre- exceptées , il n'y avait pas d'élections
ver personne par haine, amour, prière, proprement dites. Le ressort de chacun
114 BIMVOBB L'UMIVËES. BLBORORE
de oes tribunatiz comprenait un certain nombre de paroisses. L'ordonnance datée du bois de. Siraine, en août 1452, {>ortait que le ressort de chaque élection ne s'étendrait pas' à plus de cinq ou six lieues du chef-lien, afia que ceux qui seraient appelés devant les élus pusseut comparaître et retourner chez eux le même jour. Mais cette ordonnance fut peu otiservée.
Chaque élection était composée de deux présidents , d'un lieutenant , d'un assesseur et de plusieurs conseillers, d*on procureur du roi, d'un greffier, et de plusieurs huissiers et procureurs. Le nombre des cojiseillers n'était pas partout le même ; a Paris il y en avait vingt , dans d'autres grandes villes huit, et ailleurs seulement quatre. (Voyez Etats provi?«cia.ux, FaANCB, lu-
Élbonobb d'Autriche , d'abord
reine de Portugal, puis reine de France, était sœur aînée de Charles-Qinnt. Elle naquit à Louvainen 1498, et fut élevée à la cour de son frère , qui la maria en 1519 au roi de Portugal, Emmanuel dit le Grand ou le Fortuné. Veuve en l'>21, elle fut d'abord promise au connétable de Bourbon, comme prix de la détection à laquelle l'empereur voulait i'entratner. Mais la victoire de Pavie changea ces projf^ts. La première clause du traité de Cambrai {paix des Dames, 14 janvier 1536) Stipula le mariage d'Éléonore avec François P^ Ce ne fut toutefois que le 4 juillet 1530 que ce mariage fut célébré , prés de Mont-de-Marsan , presque sans aucune cérémonie.
Éleonore employa d'abord son infUienee sur sor) tVére et sur son mari à maintenir entre les deux coyronnes l'union dont son mariage avait été le gage. Mais les galanteries et les infidélités de François I*"' la forcèrent bit iitot à vivre, au milieu de la cour, dans une espèce de retraite où elle ne s'occupait (tue d'exercices de piété. Elle n'eut point «'enfants. Devenue veuve une seconde fois en elle se retira en Espagne, ou elle mourut à Talavera, près de Badajoz, le 18 février 1658. Son corps fut enseveli à TEscurial.
ÉLÉONORE DE OuYENNE , tcine de France, puis reme d'Angleterre, était fille de Guillaume IX, dernier duc d'A-
qbitaine , et le plus riche des grands
vassaux de la couronne. Cette princesse épousn eu 1137 le prince Louis, fils de Louis le Gros , auquel elle apporta en dot les vastes j^ovinces qui s'étendent de{)uis Nantes jusqu'aux Pyrénées. Elle ét.iit d'une grande beauté et d'un esprit supérieur ; mais son caractère aitier et ses passions ardentes furent la cause de bien des malheurs.
Elle accompagna Louis VII à la 2* croisade, où sa présence était peut-être nécessaire pour maintenir dans l'obéissance ses Poitevins et ses Gascons.
Mais arrivée à Antiocbe, elle oublia ses devoirs , et dédaignant un époux qui , disait-elle, était plutôt un moine qu'un rot , elle aima , selon les uns , un jeune esclave sarrasin , selon les autres son oncle Rn\moncl rie Poitiers, le plus bel homme de son temps. Le roi fut obligé d'enlever sa femme de nuit, pour remmener à Jérusalem. Dès lors les deux époux ne désirèrent plus que leur séparation. Suger s'y opposa tant qu'il vécut ; mais après la mort du sage ministre • ce divorce , dont les résultats devinrent plus funestes encore à la France que ceux de la croisade , fut enfin prononcé au concile de Beaugency , sous le facile prétexte de parenté (18 • mars 1152).
Six semaines après , Éléonore offrit sa main, et toute ta France occidentale pour dot, au duc de Normandie* Henri de Plantagenet, depuis Henri II, qui obtint ainsi, avant d'être roi d'Angleterre , des États deux fois plus étendus que ceux du roi de France.
Ce second mariage dT^léonore ne fut pas plus heureux que le premier. Ses transports de jalousie, qu'éveillaient à juste titre chez elle les nombreuses inlidélités de Henri, excitèrent longtemps la discorde à la cour des Plantagenets et le trouble dans la Normandie, l'Aquitaine et l'Angleterre.
Une tradition rapporte que la lelne tua de sa propre main la belle Rose, inonde sa rivale.
Uetiri fît ensuite enfermer étroitement Éléonore, pour la punir de la rébellion de ses fils , qu'elle avait armés contre lui. Sa ciptivité dura depuis 1 173 jusqu'en 1 188, époque où Richand Cœur de Lion monta sur le trÔoe.
fiLlB BB BBAUMONT FKANCE.
EUNGOOMT
Pendant la troisième croisade elle
gouverna l'Angleterre , et quand son îils fut fait prisonnier, elle sollicita pour lui le pape et tous les princes chrétiens. Elle se retira , quelc|ues années après qu'il eut été délivré , a l'abbaye de Fontevrault , dont elle fut la bienfaitrice , et où elle mourut eu 1203 , à Tâge de plus de 80 ans.
1\lhsv(:es , pptiples gaulois d(» rare ligurienne, qui habitaient, avant les tribus kimriques des Volces-Arécomices, ribéro-Ligiirie au nord des Sordes, jasqu'au Rhône. Leurs cités les plus rrmarquables étaient Nemau-sus '.Niines) et Narbo (JNarbonne). Âu quatrième siècle ifs ftirent chassés par les Arécomices, comme leurs frères les Bébrices pnr les Volces-Tectosnges. Quant aux iiordes d llli-Berri (Elne) et de Ruscino 00 Rouskino (près de Perpignan), ils ne ^ disparurent que plus tard.
Elicocii ou IlELVii » peuple des Gaules qui, suivant César, n'était séparé que i>ar les Gévennesdra Arvernes, dont ils firent tongtemps partie suivant Strnbon, qui les place dans l'Aquitaine. Pline les compte parmi les peuplades île la Narbonnaise; mats cette contradiction apparente provient de ce que Auguste les avait d'abord détachés de la JSarbonnaise, à laquelle on les aura rendus plus tard. Ils habitaient les contrées qui reçurent plus tard le nom de Vivarais , et leur capitale , y4lba Helvion/m, occupait bien probablement l'emplacement d'un lieu qui se nomme aujourd'hui A(ps ou Jp$y à trois lieues de Viviers , et où l'on trouve les ruines d'une ancienne ville.
Élie de Bealmom (Jean-Bautiste- Jacques) , avocat au parlement de Paris , né à Carentan en 1732 , mort à Paris en I78G, obtint d'abord des succès au barreau ; mais la faiblesse de son organe l'obligea bientôt de renoncer aux plaidoiries. Il publia alors des mémoires judiciaires qui lui acquirent une réputation européenne. Son principal titre de gloire est le Mémoire pour les Calas f qu'il publia à Paris en 1762, in-l°. On cite encore j)ai;ini les plus curieux, le Mémoire du sieur (.rudun contre Jtampanneau f dans les causes amusantes; le Mémoire ou sujet des cavei forcées et des vins pillés des chanoines de la
Sainte-Chapelle, ibid., 1760, in-4®; la Défense de Claudine Rouge, ibid., 1760,
in-4*.
Sa femme , Anne-Louise Mobin-Du- VBSifiL, née à Caen en 1729, morte en
1783 , est connue comme auteur des Lettres du marquis de Moselle , 1764 , 2 vol. in-12, et de la troisième partie des Jnecdofes de Ut cour et du régne d'Edouard 11^ roi d'.^ngleterre, 1776, in-12 (les deux premières parties sont de madame de Tencin).
Jean-Antoine Élie db t. a Potbiib , frère d'PJie de Rcaiiniont, né vers 1732, mort a Hrest en 1794, premier médecin de la marine dans cette ville , a laissé plusieurs ouvrages remarquables , entre autres : Examen de la doctrine Hippocratesur la nature des êtres animes ^ sur les principes du mouvement et de la vie, sur ies périodes de la humaine, pour servir à f histoire du magnétisme animal , 1784 ; Hecherclifs sur l'état de la médecine dans le département de la marine, 17U0; et /lecherches sur fétat de ta pharmacie ,
Jean-Baptiste-Armand-Louis-Léonce ÉLIE DE Beaumont , de la même fit-
mille que les précédents, membre de l'Institut (Académie des sciences), ingénieur en ciief des mines, professeur de géologie à l'école des mines et au col* légc de France, est né en 1798 à Canon (Calvados^. Sorti [irrmier de l'école polytecbni(j!ie en 181'J, U entra dans le corps royal des mines , où il devint en 1S98 ingénieur en chef. Il commença à professer à l'école des mines en 1829, et au collège de France en 1832. On peut citer comme un de ses titres les plus lionorables, la part qu'il a eue avec M. Dufrénov à la confection de la carte géologique de France. Il a publié eu outre divers iWé//io*re5.
ÉLiifcotmT (monnaie d'). Élincourt f st un village situé dans les environs de Cambrai , qui porta jadis le titre de comté, et appartint aux comtes de Saint- Paul, lesquels y firent frapper monnaie. On connaît trois pièces sorties des ateliers de ce lieu , 1 un denier de Gui IV (et non de Gui V, comme dit Duby),
2ui porte comme ceux de Bretagne, ont il .est une copie évidente, au aroit un échiquier au franc quartier} avec
iuûk L'UNIVERS. ' BLISABBTII
trois barres et la légende : g. comes spÀY ; et au revers : + monbta blen autour d*une croix ; 2** un cavalier ar» mê y imitation des cavaliers de Valenciennes (voyez V aleiscienises [nionnaie de]), dans les légendes duquel on lit ; eviDO ooms s. payu.— m ohbta
NOVA DE ELINCOVRT.— SIGNVM CRV-
cis; 3** un c^/MÏ- /ion semblable aux demi-gros de Louis de Male-Crécy. On y voit au droit ees mots : + gyido db
LVCEMBOVRG , aveC un lion ponant
dans le clumip (*) ; et au revers les
mots : MONETA DE ELI.NCOYMT tlUtOUT
d'une croix.
Si Ton ne savait pas que Gui IV vivait entre les années 1292 et 1317, et Gui VI entre 1360 et 1371 , le type de ces pièces prouverait suffisamment qu'elles ont été frappées en Flandre , pays ou la contrefaçon des monnaies de tous les pays se pratiquait en grand dsns le courant du quatorzième et au commencement du quinzième siècle.
On possède d'ailleurs un texte où l'on voit qu en 1337 Marie de Bretagne , veuve de Gui IV, s'engagea à ne point contrefaire les monnaies dans son hôtel d'Élincourt. Les espèces frappées au nom de cette princesse n'ont point encore été retrouvées.
ÉLiSA (Marie-Anne Bonaparte), sœur de l'empereur, naquit en Corse en 1773 ou 1774, et fut élevée à Saint-Cyr. Réfugiée à Marseille avec sa mère et ses sœurs, à la suite des événements qui livrèrent la Corse aux Anglais , elle vint à Paris à réjjoque où Lucien entra au conseil des Cinq-Cents, et demeura d^abord chez lui. Sa cour était déjà nombreuse avant le 18 brumaire, et elle s'accrut considérablemeut après cette révolution. Parmi les hommes d'esprit et de talent qui s*empressaient autour d'elle, on citait la Harpe, Boufflers, Chateaubriand, Fontanes. Au milieu de cette société d'élite, elle préludait pour ainsi dire au rôle de souveraine qu'elle remplit si bien plus tard lorsqu'elle fut devenue grande -duchesse et gouvernante de Toscane (1803) , et que son mari , FiUx Baeeioehi (**) , eut reçu le
{*) Les armes de la maison de Luxembourg représentaient un Uoa taaAA* {^) Elle rmit époiisé en 1797.
titre de prince de Lacques et de Piombino.
On ne put lui reprocher, pendant la durée de son administration, que les désordres de sa conduite privée; quant à son administration , elle fut irrépro^ Chable : la justice, les sciences, les arte, les lettres , l'industrie , furent de sa part l'objet d'une sollir.itude éclairée; et sa mémoire mérite d être placée à côté de celle des souverains dont la Toscane s'enorgueillit avec le plus de raison.
Néanmoins, au point de vue de la France , son ancienne patrie , elle mérite un bk^nie sévère , pour avoir cherché à s'accommoder avec les ennemis de l'crapereur, quand celui-ci luttait contre tous les souverains de l'Europe.
File fut forcée, en 1815, de se retirer dans les I^Ltats autrichiens, auprès de sa sœur Caroline , et alla ensuite habiter Trieste, où elle mourut en 1820. Elle a laissé , de son mariage avec Félix Baeeioehi, une fille, Napoléone-ÈUsa ^ née en 1806, et mariée au comte Camerata.
Napoléon-Frédéric, second enfant d*É* Usa Bonaparte, né en 1815 OU 1816, est mort à Rome en 1833.
Elisabeth d'Autriche, fille de l'empereur Maximilien , et , par sa mère, Marie d'Autriche, petite-fille de Charles- Quint, était née en 1554. Catherine de Médicis jeta de bonne iieure les yeux sur elle pour en faire I& feihme du misérable Charles IX, roi dès le berceau, mort avant d'avoir atteint l'.^ge d'homme, et dont le nom ne rappelle a la mémoire que d'affreux souvenirs.
négociations furent commencées en 1661. PhiUppe II s'opposa vainement à un projet a'alliance menaçant pour sa politique; mais Catherine l'emporta, et le mariage eut lieu en 1570.
•Tamais union ne fut rcléhrée sous de plus brillants auspices : les tètes qu'on donna à la jeune reine furent magnifia ques, et le royaume, si obéré par les guerres continuelles des rèi^nes précédents, sembla pendant quelques jours le plus riche et le plus heureux qui fût au monde. L'empereur, qui était venu amener sa fille jusqu'à Paris, ne se laissa pas prendre cependant à ces vaines apparences de prospérité, et Brantôme raconte qu'il dit à la nouvelle
SU&ABETH 'FAAKiCË. ELISABBTII 177
Kîne, en lui faisant ses adieux « Ma fautes qu'il avait eominisei envers elle.
" fille, vous allez être reine du royaume Charles IX mourut en 1575. Élisabeth
« le plus beau et le plus puissant qui avait à peine vin^t et nu ons. Elle se
« soit au monde... Mais je vous croirais retira à Vienne, dans le monastère de
' « Men plus heumise si vous le trouviez Sainte-Claire, qu'elle avait fondé. Un
«aussi entier et aussi florissant qu'il a riche douaire, composé des duchés de
• été autrefois. Il a bien perdu de' sa Berri et de Bourbonnais, et des comtés « lorce et de son éclat; il est divisé, du Forez et de la Marche, lui avait été « désani ; si le roi votre époux est mat- assigné. Le tevenu qd'eile en tirait fol « tre d'une partie, les grands sont maî- presque entièrement consacré à des « très de l'autre, et les guerres de reli- bonnes œuvres faites avec discernement. « gion y ont fait d'étranges ravages. » Elle ne voulut jamais permettre dans Les réflexions de Tempereur étaient son domaine la vente *des ctiarges de justes; la jeune reine ne tarda guère à judicature, usage alors général en s'en apercevoir. France. Ayant appris que sa belle-sœur,
Élisabeth joignait à une incontestable Marguerite de Valois, répudiée par
beauté les dons les pjus aimables du Henri IV, vivait dans le cliateau d'Us-
c^ur et de l'esprit; elle avait tout ce son, dans un état voisin de l'indigence,
qu'il fallait pour prendre de l'empire elle lut abandonna la moitié de seâ re-
sur un prince jeune , faible et volup- venus de France. Brantôme ajoute
tueux. Sans doute, €haries IX loi eût dû qu'elle lui envoya deux ouvrages de sa
d'heureuses inspirations ; mais In reine composition , dont l'un était un livre de
mère avait souffert déjà de l'influence piété, et l'autre une sorte de mémoire
d'une de ses belles-filles, lu malheureuse sur ce qui s'était passé en France pen-
Marie Stuart ; elle voulait régner sous dant le règne de Gnarles IX , qui avait
le nom de ses fils, auxquels elle ne lais- été aussi le sien,
sait qu'un pouvoir nominal; elle sut Élisabeth mourut en 1592, à l'âge de
éloigner Charles IX de su jeu ne épouse, trente-sept ans. Elle n'avait eu qu'un
que remplaoèrentd'obscures maîtresses, enfant, la princesse Harie-ÉHsabetb,
Le roi rendait cependant justice à qui mourut en 1578^ â^és seulement de
Élisabeth , et souvent on l'entendit six ans.
dire « qu'il avait pour épouse la femme Élisabeth de Bavière. Vojez Isa- « la plus sage, non |>as de la Firance bvau os BaviAbb. « et de l'Europe, mais du monde en- Élisabeth de Frange, fille de «tier. » Ce qui ne l'empêchait pas de Henri IV et de Marie de Médicis, naquit la laisser constamment éloignée du en 1602. Son père avait dit a sa naismonde et ignorante des affaires plus sance « qu*il n'avait point faute- de
Îu*aucune autre reine ne le fut jamais. « moyens, Dieu merd, de pourvoir sa
►n dit qu'après la nuit de la Saint-Bar- « fille, et que beaucoup d'antres demeu-
tbélemy, Élisabeth , ayant appris i'bor- « reraient là , si la sienne y demeurait; »
rible boucherie qui durait encore, 8*é* et comme pour prouver la vérité de son
cria : « Hélas! le roi mon mari lésait- dire, il la promit au prince de Piémont,
• il?" et qu'ayant entendu dire que lorsqu'elle était encore au berceau, lui-même en avait donné l'ordre, elle Mais Marie de Médicis rompit cet dit avec désespoir : « O mon Dieu ! quels arrangement après la mort de son mari , «conseillers sont ceux-là qui lui ont dont elle semblait vouloir renverser « donné tel avis? Mon Dieu! je te sup- tous les plans, et la jeune princesse, « plie et te requiers de lui pardonner, âgée de dix ans, fut, malgré les remon- « car si tu n*en as pitié, j'ai grand'peur trances de Sully, fiancée a Tinfant d'Es- «oue cette offense ne lui soit par- pagne, qui fut depuis Philippe IV. « donnée. » L'extrême jeunesse des deux époux força
A quelque temps de là, uuand le cependant de remettre leur mariage à
jeune monarque fut atteint de la singu- Quelques années, et il fut célébré à Bor-
lière maladie dont il mourut, Élisabeth oeaux en 1615.
lui prodigua les soins les plus touchants, La fille de Henri IV était belle, in-
et sembla avoir perdu le souvenir des telligente et douée d'une grande éleva*
T. VII. 12* Livrnison, (Dict. sncycu, etc.) ii
KLISABETIt L*tTNlVERS. ELMAmstH
tion d'âme. Ces prt^cieusrs qualités ne purent cependant lui assurer ni le cœur ni la confiance de son époux. Livré tout entier aux plaisirs, l'infant, devenu roi , abandonna les soins de son royaume à ^un premier ministre, Olivarès', dont le plus ^rand mérite était à ses yeux de le délivrer des*pénibles soins du gouvernement. La reine, privée de toute jnCIjuencei vécut dans la retraite jusqu'au loiiir où, détespérée de la position de l*Espagne, elle crut devoir faire entendre une voix qui, cette fois, fut entendue. C'était en 1640. TEspasne venait de per^r^ le Portagil; elle se voyait attaquée par la France; la Catalogne était en insurrertiofi , et on pouvait craindre que la révolte ne s'étendit a d*autfts provinces. La reipe entra dans Fappartement de Philippe sans y être appelée, contre toutes les règles du rigoureux cérémonial de la cour d'Espagne; elle tenait son fils par la main; elle eut le courage de dire au faible monarque en le lui montrant : « Voilà « notre seul tils; il est menacé de deve- « nir le plus piravre gentilhomme de « l'Europe, si vous n'éloignez le minis- « tre qui a mis la monarchie à deux « doigts de sa ruine. >» Olivarès fut renvoyé. LMpfluence de la reine, que les Espagnols adoraient, rendit facile la levée d'une armée de cinquante mille hommeç, et l'Espagne fut sauvée autant qu*elie pouvait rétre encore. Élisabeih mourut en 1644. Phihppe IV, qui avait compris trop tard son mcontestable supériorité, la pleura amèrement, et les Espagnols mêlèrent leur deuil à eeioi de leur roi. La reine laissait deux enfants, un fils, don Carlos, qui ne lui survécut que quelques années, et une fillOi Marie Thérèse, qui, plus tard,épousa Louis XIV.
Élisabeth de France (Philippine- Marie-Hélène), sœur de Louis XVI, Louis XTIII et Charles X , plus connue sous le nom de madame Élisabefh , naquit à Versailles en 1764. Des soins bienfaisants étaient la plus douce occupation de eette princesse, lorsoue les événements publics vinrent trounlèr sa paisible existence. Les maximes d'une politique prudente peut-être, mais vulgaire, l'eniportèrent alors dans son es* prit snr toi oonseils d'une plus haute
raison; et, considérant la révolution comme une émeute qu'où edt pu empêcher, elle insista pour qi)*on en arrêtât les progrès par des rigueurs et des vengeances di(j|cil6S à pqpcilier ayec la piété.
Raqnenée à Paris avec le roi , qu*dle
avait suivi dans sa fuite, elle parut ensuite se décider à suivre ses tantes en Italie; mais le péril même du reste de . sa famille la faisait héçiter, et enfin elle promit de partager le sort de Marie- Antoinette, qui venait de lui dire:
« Vous aussi, vous nous abandonnez.' »
Ce devoir, elle le remplit avep lieauGOop de constance, et elle partagea dans la tour du Temple la captivité de la famille royale. Son dévouement était aussi profond que sincère. On Tavait entenoue, le 20 juin 17<)2, reproclirr nn chevalier de Saiiit-Parddux d'avoir détrompé des liomaies égares qui voulaient l'immoler, la prenant pour la reine. Dans les débats qui préeérlèrent la condamnation de IMnrie-Antoinette , on découvrit une correspondance entretenue par madame Élisabeth avec les princes ses frères.
Conduite à la Conciergerie, le 9 mai 1794, elle fut condamnée le jour même après, et reçut la mort avec résignation.
Élisabeth de Valois, fille de Henri H et de Cntîierine de 'yiédieis, naquit à Fontainebleau en 1545. Peu de destinées ont été aussi tristes, aussi douloureuses que celle de cette princesse, morte à vingt-trois ans . Henri VIH, roi d'Auiileterre, avait été son parrain. De bonne heure, elle fut promise au fils de ce monarque, Édouard VI. Mais le jeune prince mourut avant que le mariaiie pût s'accomplir, et Philippe II , roi d'Espagne , ne tarda guère à songer à Élisabeth pour son fils don Carlos, auquel elle fut en effet promise. Mais la reine d'Espagne mourut pendant les négociations; Philippe demanda alors et obtint i)our lui-piême la main de edie Que d'abord il avait recherchée pour son nls. Ce prince était vieux, sombre, sévère jusqu'à la dureté. La jeune épouse qu'on lui livrait était belle,' graeleuse, élevée au sein d'une cour voluptueuse; elle n'avait pas qmnze ans. Cette union avec un vieillard Teffraya, et, ui la pompe dont on Tentoarait, ni la portative d'être l*une des premières raines
ELISABETH FRANCE. ELLEVIOV 179
de l'FAirope, ne purent l'éblouir assez pour dissiper cette terreur instinctive que sa destinée ue justifia que trop.
Philippe s'était fait représenter par le duc d'Albe, l'homtne qui lui ressemblait , le plus peut-être (*), et c'est par cet homme que la jeurie princesse rat conduite à son époux. T.e voyage fut triste, et en quittant le roi de Navarre, gui, chargé de l'escorter Jusqu'à la frontière, la remit , à Roncevaox , entre les mains des commissaires espagnols, KlisabeA tomba évanouie. î/aceueil de Philippe lut peu propre à la rassurer. « J'av ouï dire, rapporte Brantôme, à une de ses dames, que la première fois qu'elle vit son mari elle se mit à le contempler si fixement, que le roi lui demanda: Que regardez-n&utf si fai des cheveua:
hiancsf » La princesse rougit sans mot dire, mais autour d'elle on s'effraya, et sans doute, au fond du cœur, elle regretta plus amèrement que jamais le pays et les amis qu'elle venait de quitter, et qu'elle ne devait plus revoir qu'une seule fois. G était en lôGâ; Catherine de Médicis Tisitait avec son fils Charles IX différentes provinces de son rovaume; elle apprit l'ardent désir uu'ftvait sa ûlle de la revoir, et elle se rendit à Bavonne, oà la jeune reine d'Espagne obtint la permission d'aller l'embrasser. 1-à encore, Élisabeth fut accompagnée par le farouche duo d' Albe,
3ui semblait le mauvais génie de sa estlnée^ et qui là, sans doute, com-
f)rima les épanchements d'une exîée, heureuse de se trouver dans les bras d*une mère et d*un frfre qu'elle aimait tendrement. Élisabeth mmirut enceinte en 1568, à l'âge de vingt-trois aiis. « Elle tut, dit Brantôme, une fort belle fille et d'un courage fort constant, abandonnant ce monde et désirant fort l'autre. On parle fort sinistrement de sa mort jpour avoir été avancée. »
ta mort d^ÊIisabeth ftit-elte l'effet d*on crime, et oe 'crime fiit>il, comme le dit Voltaire, causé par la politique? ou bien, comme l'aflirment d'autres auteurs, Philippe fut-il porté à commettre ce fonait par une jalousie à laquelle il avait déjà sacrifié son (ils Carlos? Élisa-
(*} Ce fut par le duc d'Albe qu 'Élisabeth fut Mlauielleiiieiit épousée.
beth mourut-elle de mort naturelle, comme lafOrme de Tbou? Kul ne ^eut encore aujourd'hui le décider, auoique la croyance générale, aidée par le puissant génie de Schiller, place constamment Carlos auprès d'Élisabeth, et les montre pour ainsi dire mourant do même eoiip. T^raiitôme n plaeé Élisabeth de Valois dans sa galerie des dames illustres* où il la {proclame « princesse la « meilleure qui ait été dé son temps, et « autant aimée de tout le monde. »
ÉLITE (troupes d'). — On désii^ne aujourd'hui sous ce nom des soldats de choix que Ton tire des compagnies du centre pour en former des corps séparés. On ne connut d'abord en France, ' sous cette dénomination, que les troupes de la maison militaire do roi , les nommes d'armes (gendarmerie), et les grenadiers créés en 1667; puis, vinrent les compagnies de chasseurs, formées en 1760 dans chaque bataillon d'infanterie ; enfln , les compagnies de voltigeurs y instituées en 1803. La cavalerie eut aussi ses compagnies d*éltte : celles-ci furent supprimées en 1815. Aujourd'hui chaque bataillon d'infanterie a deux compagnies d'élite, qui prennent les dénominations de grenadiers et de voltigeurs dans l'infanterie de ligne ; de carabiniers et de voltigeurs dans l'infanterie légère.
On peut encore considérer comme hommes d*élite les 13 bataillons de chasseurs à pied de nouvelle formation. Ces corps spérianx, qui ont un habillement, un équipement et un armement particùlien , sont destinés à faire , en campagne, le service de tirailleurs. (Voyez Chàssgubs, Grenadii-rs, Gardb,
ÛOUMBS D'ABMES et VOLIIOEUBS.)
Ellbviou ( Jean) , célèbre chanteur de rOpera-Comique , est né à Rennes, en 1769, d'un chirurgien en chef de l'hôpital militaire de cette ville. 11 débuta, le 1*' avril 1790, au théfltre-Ttalien. L'emploi qu'il avait choisi était bien différeiit de celui auquel il devait donner son nom. Ce fut dans le râle du i)ésefiBur (basse - taillé) qu'il s'essaya; pendant quatre ans , il ne créa que des rôles peu importants, et bientôt la loi sur la réquisition vint interrompre ses études dramatiques. Oependant , après avoir fût acte d'appa-
180 KLtBVtOV . VXm
rition à Tarmée . il re? fnt à Paris , et fignra, en 1795, dans les réactions de la
jeunesse dorée. Poursuivi par la police, il se réfugia dans les départements, et ce fut à Strasbourg qu'il commença à obtenir des succès plus signalés. A son retour dans la capitale, les rôles de Dely dans Gulnare , de Zulnar dans Zoraime, et surtout de Blinval dans ie Prisonnier, d* Adolphe dans les Deux prisonniers^ de Versac dans Maison à vendre f etc., le flrent regarder comme un des plus fermes soutiens de l'Opéra- Comique. Sa tailleétait avantageuse ; sa flgure distinguée , agréable ; son jeu franc et spirituel ; son débit vif et naturel. Sa voix assez forte, mais un peu sourde , était un ténor d*aa beau .volume de son et d'un timbre fort agréable; enfin , sans être grand musicien , Eileviou savait manier sa voix avec adresse. Reçu sociétaire de l'Opéra- Gomique en 1801, il augmenta en même temps son r^'pertoire de plusieurs rôles qui montraient ses talents sous un jour tout nouveau. Aussi , n'y eut-il qu'une Toix pour regretter sa retraite prûnaturée. Il pouvait encore compter sur de longs succès lorsqu'il quitta le théâtre en 1813, soit qu'un embonpoint précoce le mit dans Ja nécessité d*adopt«r un autre genre dé vie, soit qu'il voulût jouir paisiblement d'une fortune due à ses travaux, auUint qu'à un mariage avantageux ; soit , enfin , que des prétentions que l'on trouvait alors exagérées eussent été mal accueillies. Retiré dans la terre de Roncières, près de Tarare (département du Rhône) , il s'honora , en 1815 , par un acte de patrio* tisme , en organisant contre l'invasion des étrangers un corps franc , qu'il commanda lui-même. Depuis, il se livra tout entier à f on goût pour les travaux de rnçriculture. Il est membre du conseil général de son département.
ËLNE, EluQj tieiena, et auparavant aUbaris , petite ville de Tanden Roussillon , aujourd'hui du département des Pyrénées - Orientales , arrondissement dè Perpignan, pop. 1,800 iiab.
Cette ville est très-ancienne; Annibal campa sous ses murs, Tan de Rome 586 , et y conféra avec les principaux chefs des Volces Tectosages ; ce n'était plus guère qu'un village au temps où