‹ France Dictionnaire encyclopédique (volume 2)Chapitre 26 sur 97 · ÉLOQUENCE LL UNIVERS · texte numérisé non relu

ÉLOQUENCE LL UNIVERS

ÉLOQUENCE

leurs défauts : ils ont mérité l'immortalité (lu ridicule. Tels sont ces Meoot, ces Maillard , qui, au quinzième siècle, mêlaient dans leurs inf) nu s discours l'érudition profime avec la subtilité srolastique, la trivialité populaire avec les recherches du pédantisme, le cynisme d'une grossièreté naïve avec les rêveries d'unp foi mystique : tel fut ce Barlet dont les monstrueuses extravagances remplissaient d'une si grande admira* tion an auditoire aveuglé par Tignorance , que*le5 savnnts du temps disaient en latin : Aescit p7'œ(iicare qui neacil barletUare , « ne sait prêcher qui ne sait barletiser. »

Le seul intérêt que puissent offrir ces burlesques ouvrages , c'est l'esprit d'opposition populaire qui , souvent, anime leurs auteurs , et les porte aux attaques les plus hardies contre les abus politiques I contre les passions ou les fautes des rois. Souvent ces bizarres docteurs sont des tribuns courageux et Impudents qui prennent, par leurs sarcasmes pédants et leurs citations pieuses audacieusement appliquées , la défense de l'opprimé. Enfin , l'éloquence religieuse ne rentre dans son vrai domairje, elle ne se débarrasse des honteux déguisements dont on l'affublait, qu'au siècle où le goût s'éclaire , où les mœurs se polissent, où Itf langue se forine . où les convenances publiques profitent à la rolirîion même : elle ne se présente, avec ses vrais titres de gloire, que sous le règne de Louis XIV.

Toutefois, comme ces heureuses révolutions de l'histoire littéraire ne s'accomplissent jamais tout à coup et sans préparation , if faut tenir compte des efforts qui , avant cette brillante épo-

3ue , furent faits pour donner plus de ignité et de gravité a la chaire chrétienne. C'est avec raison au'on a remarqué un progrès d'art, ne naturel et de godt dans le jr^nite Lingerides, qui prêchait sons Henri IV et Louis XllL Mais ce prui^res est bien plus sensible encore dans saint FrançQw de Sales, dont la langue est déjà presque celle du grand siècle, dont le doux et mystique génie possède déjà si bien le secret de Persuader les âmes et de i^lnsinuer éans les cœurs.

£nan, des esprits sopétiears, Inspi*

rés par le zèle religieux , éclairés par une profonde connaissance des lettres profanes et sacrées , saisis de cet enthouslssme du beau qui allait, sous 00

rèsne . perfectionner tous les arts , vinrent doter l'éloquence religieuse d'immortelles richesses. Une politesse et une retenue qui n'ôtaient rien à la parole du prêtre de son inspiration et de son indépendance; une elégnnee qui s'alliait sans peine au sublime \ un art in|(énleux qui n'excluait pas l'abandon « m»i ne nuisait f n rien à la vérité du patliétique, à l'austérité de la morale; une grâce, une délicatesse toute moderne , toute française, se mêlant, sans disparate et sans effort, aux mouvements hardis de l'imagination biblique et aux couleurs primitives de la poésie orientale; tels furent les principaux traita de l'éloquence nouvelle que cette époque vit naître; telles sont les beautés répandues à des degrés divers, mais frappants, dans créations inimitables de Mascaron, de Bossuet, de Bourdaloue, de Flécbier , de Massillon.

Mascaron , qui parut le [«recnier dans la carrière , dut , pour cette raison , y marcher d'un pas encore incertain et inégal. Sa parole est trop souvent empreinte du faux iioiU et de la subtilité qui régnaient ( iicore après que la barbarie avait disparu. Les hyperboles exagérées , les décom[)osi'tions minutieuses et froides d'une idée ou d'un sentiment, les abstractions pbaeoras d^une métaphysique fatigante viennent trop souvent se substituer dans son langage à la simplicité grave et touchante, aux saintes émotions que la prédication exige. Il est géné par ses divisions et par le texte d*oà il les tire laborieusement ; il ne sait pas éluder ou dissimuler les difficultés que suscite au prédicateur cet usage conservé des siècles barbares, {'ppendant il est digne, malgré tout, d'avoir une place parmi les orateurs illustres du grand siècle. Dans de cerlaina moments il 8*élève, il 8*anime; iriors il est grand et montre une âme éloquente ; sa diction niéme s'épure alors , et prend , avec une heureuse préeiaiott, un remarquable earactère d'énergie. Enfin, dans im de ses ouvrages, diBS fOraum/mébre iU Tif

fWMfe) Ms éminootes ^alités se mon-

trjent presque sans méinrige , Pt son génie se déploie avec une force, une clarté et une grandeur qui rivali&eot heureuseméot avec le ehef*d*œuvre'de

Fléchier.

Il est vrai que quand Masnaron fit cette oraison funèbre, un autre homme, Dieu plus éloquent que lui, était déjà monté plus d une fois dans la chaire évangélique , et que les serinons de Hossuet étaient un exemple éclatant et salutaire qui dut épurer le talent du panégyriste de Turenne. Bossuet , en se montrant , éclaira tout de sa lumière.

Dans les sermons de Bossuet, un si grand progrès s'accomplit , que Tadmi- . ration des contemporains ressemblait à Téton riement que causent les prodiges.

Quand la cour entendit cet homme,

3UÎ était si sublime et si familier, qui isait avec tant de convenance des vérités si dures, qui découvrait avec une si effrayante vérité le néant du ulaisir et de la grandeui' , et qui parlait àvec tant de tendresse et de grâce dës joies dé la piété et des félicités célestes ; ce fut un enthousiasme dont il faut lire, pour le comprendre', les vf^ féfnoig nages dans les ccriÊs du temps. liossuet, peu soucieux . comme il le fut toujours , de la gloire d'orateur, ne fit pas imprimer fi€$ sermdnâ ; fis ont été publiés, açrès ta moft, diaprés lés feuilles qui étaient restées sans ordre nli milieu de ses nomhrnix manusci ils. Aucun n'a été revu p.ir lui : beaucoujp n'étaient sans doute que des {^réparations rapides qu'il étendait et fécondait ensuite par l'improvisation en face de son auditoire. Pfusieurs ne sont évidemment que des fragmenté, d*iffcomplèteS ébauches. Maïs , dans reà productions irré^iilières et inachevées, éclate tout ce que l'éloquence peut créer de plus hardi , de plus original , de plus entratnant. tjea tr.iits du sublime abniuient et semblent s'échapper sans effort d une ùim accoutumée a se mouvoir dans les plus ' hautes ré^oiiff. Les plus frappantes beautés dè style h'y ^nt jamais un effet calculé, uné parure arrangée; le Jangagë de Bossuet n'est due la* forme dè i» ^titêë f H fGèfë et s'abaisse avpr elle et tire d'elle seule sa forcé et sou éclat. Tout le iii<mde convieift qm

ces rares qualités oratoires brillent partout dans ses sermons ; cependant plus d'un critique leur oppose et même leur préfère ceux de JBourdaloue. On se plaint que la marche en soit trop irrégulière, les mouvements trop henrfrs , que , parfois , la fatuiliarité y devienne ae la ncgligeiice. On oublie que Bus- . suet ne les a pas revus et que nous sommes loin , sans doute , de les posséder tels (|iril les pronoïKja. Mais quand même Bossuet aurait porté, en ellet, dans la chaire, les désordres qu'on lui reproche, quand iiu-nie sa |)ntole ciU été souvent aussi lieurtée , ses divisions aussi inégales et aussi incomplètes que dans ses manuscrits , on n'en devrait pas moins liésit» r longtemps avant de donner une préférence, même légère, sur lui à Bourdaloue ; car ce dernier mancfue absolument de feu , de pathétique, de sublime, d'entraînement, c'està-dire , des quïdités les [ilus nécessaires à l'orateur et les plus largement départiès à Bossuet. Les sermois de Bourdaloue sont des ouvrages complets , deà chefs-d'œuvre de logique : Jamais le raisonnement ne fut plus fort , plus serré, plus pressant; son langage est adnn'rable de précision, d'austérité, dè clarté. Mais peut-on »nettre le raisonnement qui éclaire lentement l'esprit, à force d*drt et de méthode , àu-de$sùs de la passion et du sublime qui rébranlent et reiitnînent du pretnier coup?

Au surplus, nous ne voulons pomt discuter cette question ; toute question de prééminence est inutile à soulever entre de pareils hommes Que chactm reste à la place que lui assigne son génie : celle de Bourdaloue est assez belle. 11 a mérité d'être comparé à Pascal pour la sévère .simplicité (îu st\ h , à Défnosthène pour la vigueur serrée de i argumentation : cet éloge sufOt à sa gloire.

Dans l'ornison funèbre, on n'a jamais songé à mettre personne au-dessus ni même à côté de Bossuet ; Iq « il s'élève Au-dessus de toute comp^nson comme de toute rivalité. Plus on y réfléchît et plus on voit que ce genre ne pouvait être porté à un tel degré de grandeur et(féioquenee que par un génie contme celui de Bossuet. L'oraison funèbre , placée au milieu de la civilisation des

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ELOQUENCE

L'UNIVERS

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sodélés modernes , est un genre fan

et danp^reux pour le talent, l7éloquence peut aisément y dégénérer en adujation pompeuse et mensongère. Coni nient décerner aux grands, aux puissants, dont il faut honorer la mémoire, des louantîPs qui satisfassent la vanité des familles et Tadmiration souvent aveugle de la multitude , sans altérer le caractère de franchise , d'indépendance et de sévérité qtii convient avant tout au ministère évangéli^ue? Comment célébrer la gloire humaine sans la rendre trop séduisante et sans tomber dans une conit)iaisance indigne de la parole sainte? Comment faire servir à Tins»

traction commune des fidèles Thommage rendu à des vertus souvent peu dignes d'être approuvées par la religion ? Lorsque, dans la primitive Église, an évéque céloirait, dans les catacombes, les louanges d'un martyr, l'oraison funèbre était un honneur pieux et sincère offert à une mémoire sainte ; mais , au temps de Bossuet, dans quelle situation délicate, difficile , elle mettait l'orateur ! combien elle l'exposait à compromettre sa dignité et son caractère I quelle géne accablante elle pouvait Imposer au talent ! Pour éviter tous ces écueils il fallait plus que de l'adresse, plus que de rhabileté : il fallait une foi vive , ardente , soutenue par la majesté et l'ascendant du plus rare génie ; il fallait la foi et le génie de Bossuet. Bossuet consent à célébrer dans ses héros les qualités , les talents , les dons brillants que le monde admire; mais ce n'est que pour peu de temps : il retire aussitôt la louange qu'il adonnée, il l'anéantit au nom de la religion, il brise , il écrase , avec une effrayante sévérité , l'idole qu'il avait montrée d'abord revêtue de tant d'éclat , et entourée de tant d'hommages. Tout se perd et s'évanouit dans le néant : les pieuses pensées et les actions chrétiennes survivent seules à cette ruine universelle. Cest ainsi que Bossuet fait payer chèrement à ses néros les concessions qu'il avait faites, en commençant, à leur gloire. Et , lors même qu'il passait en revue leurs titres éclatants à Padmiration de la foule « lorsqu'il disait leur esprit, ou leur science , ou leur eourage, ou leurs actions illustres,

leur permettnit-il un instant d*en étro

fiers et d'en Jouir avec la satisfaction de l'orgueil? Non, car il présentait tous ces avantages conime des dons gratuits de Dieu , qui fait les hommes éminents et les grands hommes, tantôt pour orner le siècle présent et pour décorer ce grand théâtre du monde, tantôt pour servir d'instruments à ses ^nds desseins, à ses mystérieux conseils, et pour travailler, sans le savoir, à l'accomplissement des événements arrêtés

5ar la Providence. Ainsi , toute la graneur des personnages qu'il loue, retourne à Dieu. Dieu est partout dans ses discours : ce n'est plus le tableau de la vie d*un homme, c'est Phistoire inspirée de la volonté et de la politique divines. Ainsi, en même temps qu'il assure l'indépendance de son caractère, Bossuet étend les limites de ses sujets, et multiplie pour son éloquence les chances du sunlime.

Mais , mettez l'oraison funèbre entre les mains d'un homme dont la loi soit moins hardie , dont le caractère soit moins hautain , moins austère , qui ait un sentiment noble et fin des convenances de son rôle , mais sans en concevoir toute la grandeur et sans en revendiquer tous les droits, un homme

Elus ingénieux "que profond , plus balle que passionné : alors l'oraison ftinèbre redescendra aux proportions d'un élégant panégyrique ; alors elle deviendra ce que nous la voyons dans Fiéchier, dans cet orateur toujours digne, sans doute, toujours mesuré dans la dispensntion de la louange , toujours admirable pour la souplesse et la savante harmonie du langage , mais trop dépourvu d'élévation, trop pauvre en grands contrastes , trop uniforme à i'orce d'éléî;ance, trop profane quelquefois par riii^énieuse nuesse de ses peintures. Ainsi, Poraison funèbre est dqà en décadence; mais qu'elle tombe entre les mains d'orateurs dont l'inspiration soit encore moins vive, la parole encore plus louangeuse , les artifices encore plus raffinés , et ce sera le plus triste, le plus fastidieux de tous les genres; ce ne sera plus que la rhétorique vide et pompeuse de l'adulation.

C'est là que l'oraison funèbre arrive au dix-huitième siècle. Elle n'eut donc

BMiQOBIfCB FRANGE.

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3u'une époque; elle est tout entière ans Bossuet. Il était, en quelque sorte, inévitable qu'elle déclinât promptement et disparilt avec lui. Il n'y avait qu'un homme comnie Bossuet qui pût surmonter les périls d*un genre aussi difOcile à concilier avec la noblesse de la pensée et la gravité du sucerdoce.

Dans le sermon « la liste des chefsd'œuvre ne s*épuise pas aussi vite.

Après les grands hommes dont nous avons parlé vient Fénelon , avec sa candeur inspirée, sa simplicité aimable et animée, son abondance hardie d'images bibliques. Fénelon , en même temps qu'il ajoutait au nombre des modèles , ■ essaya de réunir , pour les jeunes pré» très destinés au ministère évangélique, les règles dont rob«;crvation lui semblait nécessaire dans la chaire chrétienne. Il ût ses trois dialogues sur l'éioquence sacrée, qui sont un de ses plus beaux titres d'orateur et d'écrivain ; mais la théorie qu'il y développe part tout entière d'un point de vue trop exclusif. Il vent que le prédicateur s'interdise tout ornement , tout effort destiné à chnrmer l'esprit ou les oreilles^ qu'il ne se préoccupe du style en aucune nranière ; qu'après de fortes études de théologie, qu'après une vie pieuse et sévère , il se contente de suivre en chaire les inspirations de sa foi , de sa conviction , de son cœur , et d*enseîgner à ses auditeurs la vérité dont son âme doit être remplie : du reste , l'art ne lui est pas nécessaire et serait même peu digne de son ministère. La- parole ' ne sera jamais pour lui que l'écho imnrévu de son âme : la travailler, l'emoeliir. ce serait une ambition frivole, un défaut de oonfianoe dans ia forée de la vérité. On peut dire que cette manière d'envisager l'éloquence chrétienne est plus sévère, plus chrétienne qu'il n'est nécessaire. Autant les arttioes des rhéteurs , autant les recherches d'une, vaine déclamation conviennent peu au ' prédicateur , autant il lui est permis d'appeler au secours de la vérité, pour remplir l'œuvre si difficile de la persuasion, l'art du raisonnement, l'enchainement savant des preuves , les grâces du langage , les Ggures variées de l'élocotion , toutes les ressources légitimes que l'étude des antiques mo-

dèles et Tamour réfléchi du beau fournissent à Torateur. Employer ces ressources , ce n*est point douter de la puissance de la religion, c'est se con- ' former aux besoins des hommes , qui , surtout dans une société polie , laissent d'autant plus aisément pénétrer l'émotion dans leur cœur et la conviction dans leur conscience , qu'on sait mieux intéresser leur esprit. D'ailleurs , le sentiment de Fénelon était désavoué d'avance par les grands prédicateurs de son époque , qui n'avaient pas cru devoir s'asservir à cette rigouveuse et trop primitive simplicité. Bossnpt luimême en -était bien éloigné, quoiqu'il dédaignât la gloire littéraire ou ne s'en occupât pas. Sans doute , beaucoup de ses sermons sont des improvisations rapides, mais il y portait les habitudes d'art , la science de stvle que lui avaient données ses fortes ^des littéraires ; dans ses oraisons funèbres, il travailla la forme avec un soin qui se décèle à chaque instant , quoiqu'il ne coûte rien au naturel lii à la chalettr.

Les préceptes de Fénelon , bien que développés avec celte grâce naïve et séduisante oui lui appartenait, n'eurent aucune influence sur la prédication, et ne pouvaient en avoir, parce qu'il fallait à la 'société du temps autre chose que les simples exhortations des premiers apdtres, ou que l'éloquence naturelle et inculte des curés de tillage. Massillon, malgré la sincérité de sa foi, ne se crut point obligé de s'y conformer, et ne se fit point scrupule d'employer au - 'développement des vérités religieuses un art comparable à celui de Cicéron.

Les caractères saillants de Massillon sont précisément ceux qui frappent le plus dans l'orateur latin. Ce sont l'abondance des preuves, la décomposition habile des idées, la riche ampleur des périodes , Tharmonie enchanteresse du style. Personne, chez nous, n'a SU mieux que Massillon présenter une pensée sous toutes ses faces, de manière à en multiplier les effets, analy* ser un sentiment et en tirer tout et qu'il contient, redoubler une preuve sous plusieurs formes toujours ae plus en plus frappantes, enfin, pratiquer cette espèce de persuasion qui éclaire les âmes peu à peu, par une marche

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successive et sûre , et les remplit enfin d'une lumière abondante et pure, qui pénètre jusque dans leurs derniers replis.

Massillon eut, presaue au même degré

S me l'orateur latin, le génie de Pampliication; mais, comme Cicéron, il en abusa quelquefois. Il lui arrive de rester trop longtemps sur une idée, et de perdre trop de temps à suivre des détails et à distinguer des nuanros.

Son style brille par une richesse étonnante de synonymes; mais souvent 11 prodigue trop cett» riehesse, et, par là, sa parole s'énerve et s'amollit.

On â fait à Massillon un reproche d'un autre genre. On 9 dit qu'il s'était trop attache , dans ses sermons , à développer des questions de morale, et pas assez à prêcher la croyance au dogme. Le reproche est Juste. Ce n'est pas que la foi de Massillon puissè être soupçonnée, m que cette prédilection pour les sujets purement moraux indique chez lui une secrète indépendance • oe ooDScîenctf} mais on peut Taecuser de s^étre trop conformé à l'état d'esprit de ses auditeurs , de s'être montré , par faiblesse, trop complaisant pour le relâchement des âmes, dans iiné société où commençait à se répandre le godt du déisDip et Tamourde l'indépendanoe pliilosopliique.

Les progrès de l'incrédulité s'accrurent chaque jour. En même temps, les anciennes nvKurs s'altérèrent de plirs en plus. La corruption s'étendit jusqij'au clergé lui-niéiut'. Dans un siècle où la société n*avait plus d'attention et de ferveur que pour les prédications des philosophes, où les ministres de la religion s'endormaient dans le faste et la mollesse, sans souci des attaques qui, chaque jour, ébrnnlnipnt l'édifice des antiques croyances , quel pouvait être le sort de l'éloquence sacrée? Elle tomlKi dans un abai^ement aussi triste que ses triomphes, au siècle précédent, avaient été éclatants et glorieux. On vit alors dans la chaire d'emphatiques déclamafions, des rbéfears subtils. Vn abbé de Boismont poussait dans ses discours l'affectation jusqu'à fa plus ridîcule enflure i un abbé Poulie mettait dans les sîens toas les raffinements convenus de féloquence acadénfiiqoè.

Le péril de Tarcbe saiMe deti^rt poUi^-

tant, ce semble, être uno «ceitatipii

pour le zèle , une inspiration pour I éloquence. Ln beau rùle s'offrait à qui se fût chargé de repousser les attaques, souvent fausses et mal dirigées, à»

l'incrédulité. Mais tout zèle était éteint, et tout talent avait disparu dans l'Église dégénérée. Le clergé s'affaissa de plus en plus dans sa oorrupiion et dans son insouciante mollesse. Quand le nionient de la crise arriva, quand il lui fallut non plus repousser l'ironie des philosophes , non plus disputer d^ ân)cs au scepticisme, mais défendre le culte lui-même attaqué dans sa constitution, mai s combattrepour sa propre existence , à quelle voix remit-il ses inîé- . réts , quel orateur fit-il 'sortir de ses raniîs pour écaHer au sanctuaire les mains hardies d'.un oeuple en révolution ? lie champion de l'Église , le seul . qu elle put trouver^ fut l'abbé Waurv, le plus emphatique et le plus faux ries rhéteurs, l'adversaire malencontreux 4e Mirabeau , à qui quelques mots sut> lisaient pour réduire à rien ses phraset et ses sophismes.

Le siècle nouveau , qui a vu les autels se relever , n'a pas vu reparaître le génie de Téloquenoe sacrée, et les B08suet et les Massillon sont restés sans héritiers. C'êst qu'il ne suffît pas que les chaires soient rétablies, il faut qu'elles soient entourées d'auditeurs, pt l'indifférence des esprits pour les croyances religieuses laisse dans ce temps-ci les temples presque déserts.

D*aiileur$ la j^rédication étant en partie une 6euvre littéraire , s'épuise nécessairement comme les autres genres de littérature. Le nombre des .^ujets étant limité, il devient difficile d'échapper au (feu commun. L'ardeur d(/ zèle ne suffît pas pour sauver ta forme des démonstrations et des préceptes, de la banalité et de la ihonotonie qui s'attachent aux redites. Cependant, de nos jours, malgré ces causes prrs(|ue fatales de décadence, un jeune prédicatteur, M. Lacordafire, a trouvé quelques accents inspîrés et éloquents. Il est parvenu quelquefois à repeupler nos temples; mais il vreùt pas obtenu au-, fflfnt tfe Huèèé peut-être, tm m ébè plus fidèle aux antiques et sérîèuses traditions de laf chaire, s'il n'éOt pas

léLOQUENCE

FRANCE

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jeté sur sa parole un vernis de romantisme que Bossuet et Bourdaloue, s'ils revenaient pour l'entendre, trouveraient sans doute fort extraordinaire, sMl n'eût pas prodigué les mouvements dramatiques à effet , et les élans poétiques pour ces jeunes gens qui se eraieDt catholiques et se disetit convertis, pnrre qu'ils admirent nos vieilies cathédrales , et que la musique de Torgue les fait rêver.

n. ÉhquenceJudicîaîre,-^^neréaolt et en érrtvant Jans la langue que tout le monde parle une législation simple, uniforme et à la portée de la plupart des intelligences, la révolution a dépouillé l'éloquence judiciaire de tout caractère original et particulier ; en aorte que rien ne serait plus difficile, à prendre cette éloquence telle qn'elte est rnijnnrfl'hin , que d'en donner une définitmn qui ne convînt précisément qu'à elle et la fît tout d'abord reconnaître. On rencontre plus que jamais k la barre des tribunaux des avocats qui ont, comme (lisait Montaigne, ie boutehors singulièrement aisé et une manière d'être éloquents qui leur appartient en (iropre; mais réloqiience rfii barreau, constituant un genre à part, ayant des règles, des allures et une physionomie distinctes, n*eKiste plus guère que dans les souvenirs de l'histoire. Pour la retrouver, t! faut se reporter à ces époques cilla nation était échelonnée en trois uu quatre étapes entièrement séparés, et se divisait légalement en une série hiérarchique de petites sociétés diverses et inégales, ayant chacune un cercle dTactttroé, dés mœurs, des privilèges et des horizons différents. Alors, il y avait un monde judiciaire qui ne ressemblait à aucun autre, qui avait ses habitudes, sà foi, des mystères, sa langue, et, par suite, son éloquence à lui. Cette éloquence, qui s'est modifiée et agrandie au far et à mesure que l'esprit gênerai de la socfété s'est luf-méme modifié et agrandi, à parfois brillé de toutes les splendeurs du génie et de la vertu; elle a laissé des monuments qui comptent parmi nos gloires nationales, et nous allons essayer d'en retracer, suivant Tordre des temps , les traits principaux et caractéristiuues.

La faconde des Gaulois avait une no-

toriété proverbiale au temps des empereurs, et Juvénal appelle la Gaule la mère nourrice des avocats. Conrlamnés, BOUS la domination romaine, aux langueurs de la paix, les descendants de ces populations belliqueuses qui avaient si vaillamment combattu contre les armées deCésar, s'étaient rejetés avec toute leur ardeur native dans lès luttes du barreau , où ils retrouvaient une sorte de champ de bataille et l'image de la guerre. Ingénieux, babillards et doués d'un esprit vif, ils surent bientôt manier la parole comme leurs pères avaient su autrefois manier Tépée; et, au cinquième siècle, les Francs furent tellement émerveillés au spectacle des combats d'élotnience qui pour la première fois se donnaient sous leurs yeux, qu'ils proclamèrent noble le ministère de Tavoeat. Ces souvenirs sont tout ce qtii nous reste sur l'origine et Tétat de l'éloquoice judiciaire des Gaulois.

La France vient enstfité; maii elle sort lentement du choc des invasions qui se succèdent comme des torrents, et emportent dans leur cours jusqu'aux traces des sciences et des arts de l'ancien monde; aussi n'apparaît-elîe d'abord qu'environnée de ténèbres profondes et plongée dans toutes les misères de rignorance et du fanatisme. Sous cette funeste influence, la justice n'a plus de cnYeriMm .'déclarée inaccessible aux lumières de la raison humaine, elle est refoulée ao sein du dieu invisîblé, et ce n*esi plus ni à la conscience unrversefle! ni à la conscience de majistratv éclairés, c'est au hasard des duels ou des pratiques les plus grossières qd*ii faut en demandei' la révélation. Dans QUe sdciété ainsi troublée, il ne saurait v avoir de place, on le conçoit, pour l'éloquence judiciaire. Et pourtant il y a encore des avocats que l'on entoure d*un reste dé respect traditiormel. Mais combien est misérable le rôle qui leur est fait! lU viennent devant des simulacres dé eonri de justice exposer en bref les prétentions des parties, réciter, à l'appui de ces prétentions, la formule d'un brutal appel en champ clos , et , cela dit , leur taclie est remplie.

Telles furent, pendant une longue suite de siècles, les conditions et la fin de toute procédure entre les gentils-

iLOQijBNcs L*umyERS.

hommes. Quant aux roturiers et aux vflains, Ils étaient soumis, il est

à une procédure plus judiciaire, mais ils comptaient pour si peu , qu'ils ne

Pouvaient offrir par eux-mêmes matière éloquence.

Cependant sai nt Louis parut , 4|ai , le

premier, en place de hafaiÛemÛ preuve de témoins ou de Chartres, et entreprit de restituer quelque dignité à la justice. Vn peu plus tard , en 1302, sous Philippe le Bel, le parlement devint sédentaire d'ambulatoire qu'il était, et commença à revêtir un caractère de solennelle gra- Tité. Autour de lui, vinrent peu à peu se grouper des hommes instruits ou voulant le devenir, et comprenant la nécessité de se rendre habiles dans l'art de la parole. A ee montent, dit Loisel, chacun se mit à apprendra la rhinane, et le nombre des avocats ne tarda pas à provigner. J^s discussions du barreau prirent bieiitdt une importance et on éclat qui commandèrent l'attention et éveillèrent la gloire. Il y eut foule à la grand' chambre pour entendre Pierre de Cugniéres, Raoul de Presie, Jean et Guillaume de Dormans, Jean Desmarets, comme naguère il y avait eu foule aux barrières du champ clos pour admirer les belles passes a'annes des personnages en renom entre lesquels devait se livrer un combat judiciaire. Toutefois, il n'est arrivé jusqu'à nous aucun vestige des plaidoyers de ces avocats.

Nous ne savons rien dVux, si ce n'est qu'ils jouirent dans leur temps d'une haute réputation de savoir et d'éloquence. Mais nous approchons du quinzième siède, qûi« plus soucieux des œuvres de cette sorte, parvînt, malgré les vicissitudes et les malheurs dont il fut si cruellement bouleversé, à garder et à nous transmettre la mémoire de quelques-unes des audiences du parlement, avec les paroles des avocats qui s'y firent entendre. On rencontre, pur une singulière fortime, dans une de ces .uidienres, le vénérable auteur de VImitation de Jésus-Christ. Un jour, le 14 juillet 1403, l'université dont il était le cbanoelier, se rendant processionnellement en pèlerinage à l'église Sainte- Catherine du Val -des -Écoliers , rue Saint-Antoine, avait été attaquée à màiu armée par les gens du chevalier de

Savoisy, un des chambellans du roi Charles VI, et outrageusement poursuivie jusqu'au pied de l'autel. Elle en porta plainte au parlement, et Jean . Gerson ne dédaigna pas de faire ix>ur elle Toffiee d'avocat, et de venir plaider sa cause contre le chevalier. Le débat fut vif entre lui et maître Cousinot , son adversaire, qui était un avocat distingué. « N'écoutez le payé advoeat Cou* « sinot proposant les excusations du n chevalier, s'écria le s^int docteur en « Sorbonne, et luy excusant envers l'u- « niversité, qmdpeccata suos debent • tenere auetores, « Cette recommandation n'eut cependant pas tout l'effet qu'il en attendait, car le parlement se contenta de renvoyer l'affaire au conseil du roi; mais, par provision, il mit Sa> voisy en état d'arrestation , avec défense de sortir de Paris jusqu'à nouvel ordre.

Le plaidoyer de Gerson, qui nous a été conservé, résume assez bien la manière du barrenu de cette époaue. Ij débute par un passage emprunte à l'Écriture sainte, suivant la coutume usitée alors dans toutes les matières impor* tantes ; il est méthodique et habile dans l'exposé des faits , relevé par des considérations et des rapprochements qui ne manquent ni de force ni d*à propos; mais le tout est entremêlé d'exemples et de comparaisons bizarrement tirés de la mythologie et de l'histoire grec-

aue tout aussi bien que de Thistoire es Hébreux , et dans une langue mipartie de français et de latin , ce qui en faitun amalt^ame curieux où se touchent et se confondent la naïveté et la recher» che, la précision et l'obscurité , les raisons du meilleur aloi et les inductions les plus étranges.

Ces disparates se retrouvent généralement chez tous les avocats du quinzième siècle, mais progressivement h un degré moindre, et, à part ces taches

âu'il faut bien leur reprocher , il y a ans leur parole un f>arfum de simplicité et de bon sens qui charme, une éloquence placide et honnête qui attire et amène peu à peu l'émotion.

Philippe de Morvilliers , Hallé, Bréban , Nicole Bataille , de la Yacqtierie, qui fut ensuite premier président du parlement, ont été les principaux représentants de réioquenoe judiciaire d'à*

ÉLOQÎrBHCB FRANGE. ^LOQinnrai im

ton et ont laissé d'hononblet témoignages de leur talent.

Cependant , à la fin de ce siècle , et à la suite des orages qui en avaient tra» versé la première partis et avaient atteint successivement tous les hommes que réininence de leur esprit et l'éclat deJeur réputation avaient signalé et livrés tour à tour I la faveur et à la haine des partis oontraires, il ne restait plus qu'un barreau affaibli et épuisé. Deux événements considérables, la découverte de IMmoriinerie et la prise de Constantinople, vinrent tout à coup renouveler ses forces et lui rendre toute l'ardeur de la vie.

Après avoir été pendant quelques années exclusivement au service des théologiens, l'imprimerie étendit ses bienfaits à toutes les sciences , et , par sa facilité merveilleuse à multiplier tes livres anciens, elle suscita le sele d*une multitude infinie d'auteurs nouveaux.

Jusque-là, des copies plus ou moins correctes de la Bme, de certaines parties du droit romain , des décrétales, et de quelques traités de t/iéologie, avaient à peu près composé toutes les richesses oik.pouvsieot puiser les Jitris* consultes. En peu de temps , ces ri-' chesses s*augmentèrent de travaux îm-

i sortants sur l'histoire , la philosophie, es coutumes. Aidât, du Moulin, Cujas, Guillaume Budé, et une foule d'autres, publièrent sur toutes les matières du droit romain et du droit français des dissertations et des commentaires qo*on « hit et qu'on étudia avec avidité. IVun autre côté, parmi les fugitifs de Constantinople se trouvaient des savants , des rlieteurs, des professeurs d'éloquence qui ouvrirent , en Italie et en Allemagne , des écoles d'où se répandit bibntdt partout le goût de la controverse et des disputes oratoires. Toutes ces circonstances contribuèrent à ranimer l'activité du barreau , stimulèrent son émulation , et firent sortir de ses rangs des hommes formés à toutes les souplesses de la discussion. Tels furent Jean Bouchard , avocat austère , dont la dialectique pressante et l'énergique parole soutinrent si vivement Popposition de l'université à l'enregistrement du concordat de 1516 ; François Montholon, qui plaida au procès au conné-

table de Bourbon contre la mère du roi

François r% et, dans une cause toute pleine d'écueils , sut concilier les intérêts de la défense de son client avec les égards dus à la puissance' et an rang de la partie adverse ; Pierre S^uier, qui , puisant dans les trésors de la science de du Moulin les matériaux de ses plaidoyers , savait les mettre habilenient en œuvre, el avait Tart d'être tout a la fois concis, nerveux et clair; enfin, Christophe de Tbou, orateur disert qui séduisait par uns abondance facile et par une atrame finesse de dialectique.

Cette époque de renaissance pour le barreau tient une large place dans lliistoire de réloquence judiciaire. Elle a été féconde en avocats d'un haut et puissant mérite et en profonds jurisconsultes. Mais , en toutes choses , il est dilBcile de garder une exacte mesure, et quand au lieu dé marcher l'on veut courir au but , il est toujours à craindre que Ton ne se laisse emporter au delà. La Bruyère n'imaginait nen de plus rare que Tesprit de discernement, et il avait raison. L'imprimerie devait servir à augmenter les éléments d'Ob' servations et d'études , et aider au perfectionnement des intelligences ; les leçons des rhéteurs grecs , et les livres qu^ils avaient apportés d*Orient, devaient mieux faire connaître les i^les de l'art oratoire. Il y avait à choisir au milieu des enseignements de toute sorte , bons , médiocres et détestables, ' que ces homines et ces livres répandirent en Occident : il fallait extraire avec soin l'or du Jmnier , et c'est ce que firent ingénieusement quelques esprits d*élite. Les autres , et ce fut le plus grand nombre, impatients de tout savoir , entraînés par le démon de l'orgueil et par un amour irréfléchi de la célébrité , puisèrent indistinctement à toutes les sources, et, comme ces gens riches d'hier, pour qui c'est un besoin d*^ler à tout propos , et aux yeux de tout venant , les richesses à l'éclat desquelles ils ne sont pas encore habitués, ils s'empressèrent de faire parade de tout ce qu*ils avaient appris , mêlant toutes les époques, toutes les histoires, toutes les langues. Alors commença à réguer au palais une Caconde boursou"

ÉLOQUENCE L'UNIVERS. lÊLOQUENCE

fiée et rîdirniement prétentieuse. Les plaidoyers des avocats ne fureot plus qu'un composé étrange d'hébreu , de grec, de latin, de français , qu'un p6|0^ mêle de cititions les plus bizarres , e\ d'allusions historiques empruntées aux âges et aux peuples les plus opposés.

Le paganisme et It eatlîolîcisnie s'y heurtent à chaque phrase ; Jrstis- Christ et les saints s'y rencontrent avec JMpitejr et Minerve, le tout à I'qç- <MiBiQ|| M oontestatioos ie^ plus ordi* naireç, Un magistrat célèhre , le premier président Achille de Harlay , renvoie, dans une de ^es mercuriales, les procgretiirs # ViMdft pour y apprendra bs flinroirf dt mt j^w^ioa. Auim, lorsque, après avoir parrouru ces monuments d'éloquence judiciaire, on viepi;

Îlire le plaidoyer burlesque du Petit^ eaa de Racine, 0Bu\-n est plus tenlement frappé comme d'une satire spirituelle et amusante, on croit avoir sous les y^v» un tablean d'une vérité parfaite.

Un homme cependant eut le sens assez droit et la raison assez haute pour résister a l'empire de la mode et se garantir de I9 eontagios de œ mauvais goût. Ce fut Ètienne Pasquier, l'ami du judicieux Loisel et des frères Pithqu , gavants avocate tous les trois, «aitamaUCQnsiiltaQtset peu propres ou peu portés à I9 plaidoirie. Il était depuis qa\nz9 ans au palais, à peu près inoccupé, nudgré son grand savoir et les plus hemeiiset fàeuuéB, lorsque, en 1664, uneeîrconstance notable 'lui four»

Hit l'occasion de s'élever en un jour au premier rang. Les jésuites « étant glissés en France s^avisèrent de vou^ loir être admis dans roniversité.

Repoussés par ce corps savant , ils soumirent leur |)iétention au parlement , et Pasquier plaida contre mu.

il s'efforça de proufer qu'ils avaient

d'autres intérêts que ceux de la France; qu'ils ne pouvaient qu'apporter le désordre dans la religion et le trou-« ble chei les peuples , et il le fit dans iw langage élevé, digne et ferme, et avec une méthode qui forme un contraste remarquable à côté des plaidoyers du temps. TovtefiDia, il.n^tnt qu'un demi-succès; la cause resta indfecise entre les jésuites et Tuiilversité; mais il

en retira du moins cet avantage que, depuis, il fut employé dans presque tous les procès les plus célèbres, jusqu'à œ qu'en 16iSfi il eut été nommé , par Henri UI, avocat général à la cbainbre des comptes.

Un Ici modèle était bien fait pour ramener les esprits au culte et à la pratique du vrai et du simple. Mais l'on se contenta d'admirer sa manière, et la force tou^-puissante de l'habitude empêcha longtemps qu'on ne rimit^t. Ia société était alors gouvernée par l'esprit de corporation , et les avocats vivaient en delmrs des dissipations et des influences étrangères à leur |>rofessian, d'une vie commune et véritablement confratf^rnplle. Tous les matins, ils se rendaient de très - bonne heure aux audiences, les uns pour plaider, les autres pour entendre plaider; toutes les après* dînées, ils se réunissaient pour deviser des intérêts de leurs travaux et de leurs éludes. Tous assistaient à ces réunions, las jeunes et les anciens, de manière que les idées acquises, les préjugés, la langue se transmettaient des uns aux autres avec des conditions de persistance qui en pendaient la modincatiOB très-difficile. Pasquier tout seul, l'éloquence des Petit-Jean une fois bien établie dans les traditions du barreau , ne put rien contre elle ; et , jusque vers la milieu du dix-septième siècle, elle se maintint et demeura triomphante en dépit des efforts du goût et de la raison. Fille finit pjourtant par laisser emporter ses premières lignes : l'avocat général Orner Talon et Antoine Lemaistre , élevés à son école, mais entraînés vers l'esprit nouveau par leur nature et par leur parenté ou par leur contact avec les plus illustres réformateurs de la langue et du goiH, lui furent inlidèles. Sans pouvoir entièrement se préserver da la naanie des citations, avec l'art du raisonnement ils introduisirent au palais la correction et Telé-

fance du style. Dans le même temps , 'airu , plus dégagé encore des étreintes de la vieille routine, et qui avait consacré ses premières années à de solides études littéraires, y apporta une diction admiraUement polie , simple , naturelle^ et du goât le plus pur; et, ce qui vaut bien aussi la peine d'être noté, I)omat,

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