F.LOQUENCE FRANCE
que Boileau a appelé Ir restaurateur de lu raUon dans la Jurisprudence, y renouvela en qurlque sorte toute la science du droit par la publication de «on célèbre ouvmge sur les fois civiles.
Dès Jors, l'eJoquence judiciaire se développa et se Qiodifia pamllèlement à la littérature proprement dite; elle s'inspira des tcuvrcs des grands écrivains, et les relltichit en certaines (Je leurs parties les plus belles; elle devint grave, méthodique, harmonieuse, et gagna de jour en jour, comme elles et avec elles, en arrangement, en noni' bre et en beaqté extérieure; niais, k force d'étudier ses poses et sa forme, elle finit par tomber dans la froideur et la monotonie, et cessa d'être vivante et osée, comme doit l'être la parole parlée. C'est ainsi qu'au moment ofi elle semble avoir atteint sa plus haute perfection, elle nous apparaît dans la bouche de d'Aguesseau et dans celle dt Cochin , ses plus illustres représentants, savamment ordonnée, pleine de noblesse et de grandeur, mais embarras- . séedans les pns de ses longues périodes, et y perdant trop souvent le Biouvenient et la chaleur.
Souis cette forme solennelle et académique, l'éloqujcnce Judiciaire exprime à merveille les rnœurs et l'esprit du barreau au commencement du aix-huitième siècle.Mais encore un peu de temps, etces moeurs et cet esprit auront changé : au lieu de vivre confiné dans les intérêts et dans les études pariicuiieres de sa profession, le barreau vivra de la vie et des idées plus grand nombre , et nous verrons l'éloquence s'animer de vives et ardentes passions, et prendre l'impétuosité qui lui manque. Le gr^nd roi mort, les plaies honteuses de la mauvaise administration du royaume n*avaient pas lardé à se révéler ; et , pendant que les saturnales de la régence et le règne de Louis XV les agrandissaient comme à plaisir, la science et la philosophie en sondaient la profondeur, en recherdnient les oauses, discutaient les inconvénients et les avantages des différentes espèces de gouvernements, les droits et les devoirs de tous, la légitimité des impôts, celle des privilèges; étendaient sur toutes choses leurs investigations, et Êiiaaient naître dans tous les capriti
la pensée de réformes profondes. La royauté, tout occupée de ses débauciies, ne song;eait, elle, qu'à y pourvoir, et ne se souciait ni de la science, ni de la philosophie. Mais, dans ces circonstances, le parlement s'imagina qu'il était le représentant de la nation , et fit résiatanoeau bon plaisir de la royauté. De là une lutte violente dans laquelle les avocats
Jirirent parti pour le parlement. Puis, I leur tour, examinant les questiona remuées par la philosophie, ils se prirent à désirer avec elle des améliorations et des réformes. Au contact de ces sentiments, le sang s^éehaoflb, la parole s'anime, se passionne et se colore. De ce inonn'iit . aux grâces et à la politesse du langage, Teloquence judiciaire ajouta la vivacité des images, la chaleur, Téner^ gie, la véhcinenre ; elle fut entraînée, enthousiaste, dramatique. Gerbier et Linguet furent la plus brillante et la plus vive expressien de eette éloquenee. A leur éco'e se forma un jeune barreau fécond en hommes d'une parole ardente et passionnée ; et , quand la révolution éclata , ee fut dans leurs ran§a qu'elle vint prendre la plupart de sea lirands orateurs, Barnave, Vergniaud , Danton, Robespierre, et cent autres.
Mais auaaitdt que la taibnne polîtiqutf fut ouverte, les portes des parlements se fermèrent; la défense devant les nouveaux tribunaux fut abandonnée au prenuer venu, et les anciens avocata FenonoèNni à l'eMieioa de leur piofea-
sion.
Leioquence judiciaire était morte; à sa place avait poussé , après la refonte et la simplification de nos lois dans le creuset révolutionnaire, une autre éloquence brève , prompte et alerte ; une éloquence qui va à son but par la ligne droite; qui connaît le prix du temps , l'économise le plus qu'elle peut, et court à la démonstration sans exoide et sans péroraison. C'est l'éloquence ac* tuelle; éloquence plus difficile mille fois à atteindre que l'éloquence ancienne, et qui exige la plus grapde et ia pins rare netteté d*eiprit et de lan« gage. Les hors -d 'œuvre, les tours oratoires et la pompe du style , si propres à dissimuler la pauvreté des idées, lui eont inteidits. Qu'elle soit claire e| eoneluanl», foità tmil ee 4ii*qd lui de»
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monde. Ce qu^elle dit au delà ne sert à rien , ennuie et n*est pas écouté , à moins qu'on ne s*appeile Cliaix-d'Est- Ange , ?t qu'on n'ait reçu du ciel le don de mettre de l'esprit le plus ùn et de la malice la plus déiicalenient cruelle dans chaque mot; et encore, avec ce privilège merveilleux que chacun redoute, mais que tout le monde aime et caresse ai charitablement, on n*est pas tot^ours bien SÛT de trouver des oreiilei patieni-
ment attentives.
Cette éloquence simple comme le bop Bena, improvisée, substantielle et har^ die comme l'esprit de notre époque, qu'il fautappeier l'éloquence des aifaires, a fait son entrée au palais dans lesjpremièrea années de Tempire, avec Tripier qui en est le type primitif et modeste; sous la restauration, déjà sûre d'elle-même, elle a haussé le ton, et elle est devenue impétueuse et tranchante comme une épée dans les plaidoyers de M. Dupin aîné; depuis, et toujours en se fortifiant , elle a illuminé dé ses clartés MM. Teste et Delangle; et, à rheure qu'il est, pleine de souplesse , de vigueur et de puissance , elle est , dans la discussion aes affaires civiles, sévère, contenue et irrésistible de logfi|ue et de raison avec Dupin jeune et Paillet; dans l'arène politique de la cour d'assises, audacieuse, passionnée, retentissante et fière avec Berryer; ferme et élevée avec Marie; spirituelle, sarcastique et ondoyante avec Bethmont et Jules Favre. Mais en revêtant les formes libres et dégagées qui la distinguent, elle a cessé d'être une arme blasonnée au chiffre d'un ordre dans la société, et
Eropre seulement au barreau. Puisée à I source eommune des idées qui font la vie de tous, elle est aussi toute à tous , de mise hors du palais comme au palais; et, par sa simplicité même, elle a pris un caractère de grandeur et de généralité qui dépasse et confond toutes les règles cTappréciation jusqu'à présent reçues en matière d'éloquence judidaîre.
m. Éloquence poUti^ue. — L'bistoire de l'éloquence politique en France ne remonte pas au delà de la révolution Irançaîse. La tribune politique est ches nous une institution encore toute récente. La libre discussion des affiiires
Subliques n*est possible ches nous que epuis cinquante années. Encore faut*il
retrancher de cet espace de temps toute la période de l'empire, pendant laquelle le despotisme condamna toute voix libre au silence.
Est-il possible de trouver dans nos annales, avant la iirande rénovation sociale de 1789 , quelque vestige d'éloquence politique ? A côté de la monar^ chie absolue, notre histoire nous montre deux espèces d'assemblées, les unes apparaissant par intervalle, les autres permanentes, qui semblent avoir dû offrir à nos aïeux quelques occasions d'être éloquents en traitant des intérêts
imblics. Ce sont les états généraux et es parlements.
Malheureusement diverses causes ont empêché que les rares instants d'activité et d'indépendance qui furent donnés à l'esprit publie par cas deux espèces d'assemblées éveillassent parmi nous le génie oratoire. Les états généraux, outre qu'ils étaient convoqués à des époques trop éloignées , et restaient assemblés trop peu de temps pour donner à la discussion politique le caractère. d'un usage consacré et la puissance d*un droit traditionnel, les états généraux étaient, par la forme ordinaire de leurs séances, par leur règlement intérieur, peu propres à exciter les passions, et à les mettre aux prises dans des débats animés.
Chaque ordre se réunissait dans une cliambre séparée pour délibérer à buis clos sur la rédaction d'un cahier destiné à présenter à la royauté les plaintes et doléances des députés ; ensuite , dans des assemblées générales , tenues avec grande pompe, les cahiers de chacun des trois ordres étaient lus au prince par trois orateurs, celui du clergé, celui de la noblesse, et celui du tiers état. La lecture finie, les états généraux étaient levés, et le prince décidaitselonson bon plaisir. Rien, comme on le voit, dans ces formes imposées aux travaux des députés, n'était &it pipur agiter les âmes et pour amener de vifs conflits d'idées et de paroles.
Les parlements ne pouvaient non plus offrir a l'éloquence politique une arèna favorable. En effet, ces assemblées, jdont les véritables et légitimes attnbu* .
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tions étaient celles de corps judiciaires, ne pouTaieDt se mêler des questions po-
litiques que pnr une sorte a*usurpation. Leurs démarches et leur conduite étaient nécessairement obliques et tortueuses; lorsqu'elles S'arrogeaient une portion de la puissance politique , le langage de leurs orateurs devait nécessairement être asservi à des habitudes de réserve et de prudence artificieuse , peu favorables au libre essor et aux grands effets de la parole. D'ailleurs lorsque les parlements , sortant de leurs fonctions ordinaires, ouvraient dans leur sein un débat sur les affaires publiques , ou osaient porter des remontrances au
fned du trône, ils conservaient dans eur langage l*ofBcielle gravité et les formes arides du barreau, et recouvraient les discussions de la politique de tout Tappareil du jargon judiciaire : c'était encore là une nabituoe c^ui contribuait à rendre leurs délibérations en ce genre stériles pour l'éloquence.
Enfin, lors même que la constitution de ces assemblées eût donné lieu à des débats plus libres et plus vifs, lors même que la représentation des intérêts nationaux eut été plus forte et plus sérieuse, Péloquenoe politique pouvaitelle naîtra, lorsque la langue nationale était pauvre, rude, grossière, lorsque les premières classes de la société ellesmimes pouvaient à peine se dérober aux ténèbres d'une ignorance barbare, lorsque le goût était chose absoliunent inconnue, lorsqu'on ne connaissait d'autre élégance de langage et d*autre art de raisonnement que les formules pédantesques et les divisions abstraites et subtiles de la scolastique ?
^ous venons d'indiquer par quelles causes Téloquence politique fut si longtemps étrangère à notre nation; nous nous croyons autorisés à répéter que, pour la voir naître en France , il laut traverser, sans s*arréter, tout le moyen flge, passer par -dessus le règne de Louis XIV, où tout se tait devant la
clusi vement. Notre but , c'est de recueillir ce que notre histoire politique peut
offrir ae monuments d'éloquence dignes d'un intérêt littéraire. Les différentes époques. qui ont précédé 1789 ne nous Offrant rien de semblable , nous passons un trait sur ce vaste espace de temps. Mais nous admettons d'ailleurs que, si nos aïeux ne nous ont rien laissé qui porte , à nos yeux, des traces précieuses de génie oratoire, cependant ils durent être |)Ius d'une lois éloquents à leur manière , lorsque, suit dans les ussem« btées consultées par la monarchie , soit dans les camps, soit sur la plare publique, aux jours de factions et d'émeute populaire, de grands intérêts mis eu Jeu , de grandes passions excitées, disposaient les âmes à subir l'ascendant de la parole. Dans toute espèce de société, il se présente des circonstances qui peuvent rendra certains hommes éloquents.
Les sociétés barbares ont leur éloquence; éloquence relative , qui , sur la scène où elle se produit, au milieu des circonstances qui la font naître , remue les esprits et entraîne les convictions , mais qui , déplacée , recueillie par d'autres générations après une longue suite de siècles, ne pararît qu'un monument informe d'ignorance et de rudesse , qu'un grossier et confus bégaiement. Ainsi cet abbé de Saint- Fiacre, qui , en 1408, dans une ttsemblée solennelle de seî-
§neurs , demanda vengeance pour le doc 'Orléans assassiné, et répondit avec indignation aux calomnies dont Jean sans Peur avait souillé la mémoira de sa victime, ce savant ecclésiastique « animé par la grandeur d'une cause généreuse, produisit une vive impression sur son auditoire , et parut à tous un homme merveilleusement éloquent C'était en effet de l'éloquence, puisque l'assemblée émue jura de punir Jean ndai
sans Peur. Cependant nous possédons ce discours, et ce n'est pour nous qu'un
plat sermon de scolastique, divisé et subdivisé en mille compartiments, surchargé d'érudition indigeste, et offrant une inégalité de ton et de style qui produit les plus burlesques effets. Dans le siècle précédent, sous le règne du de la revue que nous avons entreprise, roi Jean, lorsque la France était en une pensée d'art nous domine , une re- proie à tant d'intrigues tumultueuses et cherche littéraira nous préoccupe «x- de discordes, il y eut de grands combats
T. yii. tZ* Umraiton, (Dict. buctcii., st&) 13
puissance absolue d'un seul, et arriver a la grande crise politique d'où est sortie une société nouvelle. Mais quand nous retranchons ainsi tant de siècles
m mAHœnntt LnTinvERS. ALoftocircB
de parole , des triomphes éclatants remportés par des voix puissantes. Dans des discours qui n*ont pas été eonservés, mais qui sans doute étaient aussi barbares que celui de l'abbé de Saint- Fiacre , cet Êtienne Marcel , ce Robert le Coq , quf s'étaient fàits les tribuns de la bourgeoisie contre la royauté, co<nmiiniquaient au tiers état une indépend.uh e momentanée, et lui faisaient adopter les mesures les plus hafdies pour la répression des abus. Les historiens du temps parlent aussi avec admiration d'une harangue prononcée par le roi de NavarreL, Charles le Mauvais, devant le peuple de Paris réuni au Pré aux Clercs, et dont le succès fut te!, que le régent , présent à cette assein- - blée , fut force de lui accorder sur-lechamp l'absolution de tous ses crimes, et la restitution de ses fiefs et de ses villes.
De même, dans le quinzième et le seizième siècle (voyez États GÉni-
B4UX), rhistoire nous montre beaucoup de circonstances dramatiques où la parole opéra ses miracles. L ardeur des passions religieuses communiquant eux esprits un nouvel élan, les discussions théologiques et la guerre civile mettant en feu toute la France , des occasionsplus nombreuses s*o£firireot alors pour réloquence. On peut se représenter romine de belles scènes oratoires cette séance du parlement, où Anne du Bourg prit , devant Henri II, la défense des protestants persécutés ; ce fameux colloque de Poissy , où Théodore de Bèze, développant audacieusement les principes du calvinisme, était interrompu tout à coup par le fougueux cardinal de Tournon; où Michel de rHôpital prêchait la tolérance et la concorde aux deux partis ; ces états de Blois , où les ligueurs sedéchatnaientcontrela royauté avec tant d'^audace et de fanatisme. Mais ces souvenirs sont plus précieux pour rhistoire politique que pour l'histoire littérafre» Quoiqu'à cette époque la langue eût d^à fait des progrès, et que la barbarie commençait à se dissiper, cependant les quelques fragments qui nous mtent des discours tenus dans ces assemblées n'ont rien (^ui nous frappe et nous émeuve; ils nont pour nous qu'un attrait de curiosité. Ga&t tou-
jours cette éloquence relative dont nous avons parlé , qui doit tout son empire aux circonstances , et qui passe et disparaît avec elles. Parmi les harangues politiques assez peu nombreuses qui nous ont été conservées du seizième siècle, rhistoire de Tart ne peut recueillir avec un véritable intérêt que quelques nobles mouvements inspirés au chancelier de l'Hôpital par la vertu et le patriotisme , et quelques allocutions de Henri IV, où éclatent la vive franchise et la bonté familière et passionnée de ce orince. Son petit discours à rassemblée des notables de Eouen nous frappe et nous touche par nn langage à la fois populaire et digne, par une effusion • simple et éloquente de sentiments généreux. Mais hâtons • nous de nous transporter à Tépoque avec laquelle com- .
mence notre sujet proprement dit. Passons sur tout le règne de Louis XIV, dont le commencement même ne neut nous arrêter, malgré l'importance oonnée un instant au parirmcnt par les débats de la Fronde ; malgré les mouvements que produisit dans les esprits cette époque d*intrigues et de séditions ; car les passions de la Fronde ne furent pas assez sérieuses pour créer des orateurs ; et la voix mâle et ferme du seul homme capable d'être élo* quent alors, du grave et sévère Mathieu Molé , s'est perdue au milieu des éclats de rire poussés par les acteurs étourdis de cette folle /guerre.
Arrivons donc à la Ûn du dix -huitième siècle , à cet instant solennel où l'esprit novateur, ayant tout attaqué et tout ébranlé dans la sphère des idées religieuses et philosophiques, sort de la spéculation pour passer à la pratique , et entreprend la réforme de l'ordre social lui-même ; où uiie liberté sans limites est donnée à la parole pour combattre les antiques abus, pour soulever les passions populaires, pour consacrer et faire passer eu loi les grandes idées d'égalité et de Justice sociales, et pour élever un monflte nouveau sur les ruines de Tancien.
Ce furent les parlements qui, comme on sait, firent entendre les premières réclamations contre les excès du pouvoir arbitraire, et donnèrent en quelque sorte le premier signal d'une révolution
âue leur attachement à leurs privilèges avait ensuite leur faire déMvoiwr; rat
par ces antiques institutions quefunnt
ietés, à la fin du dix-huitième siècle, les bndements de la tribune politique; c'est à quelques magistrats savants et hardis de ces corps que nous devons les premiers monuments d'éloquence poli* tique dignes de servir de leçon et de modèle. Cet honneur appartient an célèbre la Cbalotais, qui, après avoir arraché au pouvoir, par la puissance de • ses plaidoiries, un arrêt d'expulsion , contre les Jésuites^ soutint la résistance du parlement de Bretagne à Penregistrement des édits bursaiix ; qui, jeté en prison par ordre des ministres et étroitement séquestré, écrivit avec on corOi> dent un mémoire au roi, plein d'une respectueuse indépendance et d'un bon sens éloquent, et excita dans le public un intérêt et une sympathie auxquels s*associa vivement Voltaire , en disant
?ue ce cure-dent avait gravé pour 'immortalité. A côté de là Cbalotais, il faut placer le vertueux Malesberbes, qui piotesta avec une ehaleur digne, mais forte et entraînante, contre les actes arbitraires du chancelier Mnupeou, et qui gagna les gens de bien a la cause de ropposition , par ses belles et patriotiques remontrances.
Mais les états généraux s'ouvrent :
cette assemblée, qui jadis taisait entan« dre à de grands intervalles des plaintes, stériles, des réclamations aussitôt mises en oubli par les princes, vient enfin commencer l'ère des gouvernements populaires , et ses vœux seront éu lois.
Obligés de modifier leur forme pour lutter avec plus de force contre la résistance de raristocratie , ils sont déjà devenus l'assemblée nationale. Appli»
f|uer à des questions de législation poitique les grands (jrinripes de lilierté mis en lumière par les littérateurs et les penseurs, depuis un demi-siècle; reconstituer Thumanité au nom des sublimes théories de la philosophie; animer et soutenir l'audace du peuple, en restant dans les bornes d'une modération apparente ; effrayer la eour , sans - donner prise à ses vengeances ; soulever l'opinion publique pour appuver sur elle Tautorité de l'assemblée et en mémo tenpt «rtiNJIer et oonteour les
bouillonnements de l'effervescence populaire( eaflii, rassembler entre ses mains, pour les modérer ou les déchaîner à son gré, toutes les forces d'une révolution : telle fut la vaste et magnifique tâche qui sWrit alors i Torateur popLilnire, et dont s^cmpun li génie de Mirabeau.
il y avait dans cet homme deux natures dont la féunloD ne pouvait rosn»
quer d'en faire un orateur extraordinaire. Il y avait en lui rhonime politique et le tribun ; le penseur éclairé par les méditations de la philosophie , par l'ex* périence profonde des affaires , par l'étude pratique des gouvernements existants , et l'homme aux passions ar* dentés, à Tlmaginatlott mobile et irri* table, aux transports impétueux et me»
narants. Il était ég;alement fait pour mener une assemblée par des voies dé* tournées au but qu'il avait marqué, et pour enlever tout à coup les âmes par la contagion de son enthousiasme ou de sa colère; pour insinuer ce qu'il ne uouvait ou ne voulait pas dire tout naut, et pour triompher, a force d'au* daee, des situations les plus difficiles et des questions les plus dangereuses; pour éclairer les esprits par un savant enehatnement de preuves eonvaineantet et d'idées positives, et pour les décider en un instant par un mouvement passionné, par une phrase entraînante, par un mot vainqueur. Enfin, partout, dans les discours de Mirabeau, se retrouvent, à un égal degré, ces deux facultés puissantes qui fout le véritable orateur : la force du raisonnement et la chaleur des passions. Chez lui, ces deux facultés se prêtant un mutuel appui et s'excitant l'une par l'autre , produisent des beautés oratoires d'Un ^t irrésis* tible. Ainsi souvent la colèr» Mtive et précipite la marche de son argumentation ; mais la logique n'y perd rien , parce qu'il a le secret de reniiermer en quelques mots toute une preuve , et de resserrer en une phrnse une longue déduction : la logique n'en devient que plus pénétrante et plus acérée. En même temps , par une réaction de Tune des deux forces sur l'autre, chaque nouvelle preuve rapidement exprimée est un nouveau coup de fouet donné , pour ainsi dire, à la passion. Ainsi Tonteur
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dont l*«Bprit 8*éclaire, dont la véhéménce s'accrott à mesure qu'il avdiice , devient le maître tout-puissant des âmes auxquelles il communique toutes ses lumières, et dans lesquelles il fait passer tous ses mouvements.
Ce double caractère du génie de rabeau peut s'observer aisément dans ces célèores discours où l'adresse et la vigueur de Démosthène sont souvent égalées, dans le discours sur le titre à donner aux députés de l'Assemblée, dans la lettre au roi sur le renvoi des troupes , dans Timprovisation sur la banqueroute, dans la réponse à Barnave sur le droit de paix et de guerre. Dans ce dernier discours surtout, il y a un passade où ce mélange d*ardeur et de réflexion, de perfection de logique et de rapidité passionnée que nous venons de signaler , se présente de la manière la
Î>lus frappante et la plus propre à bien aire comprendre nos observations :
c'est lorsqu'il répond aux attaques du parti qui l'accuse de vénalité et de mensonge, et qu'il s'efforce ^e maintenir par l'éloquence du dédain sa popa* Inrité chancelante : « Et moi aussi, on voulait, il y a peu de jours, me porter « en triomphe ; et mamtenaot on crie « dans les rues : La grande trahison
« du comte de Mirabeau Je n'avais
« pas besoin de cette f^rnnde leçon pour « savoir qu'il y a peu de distance du Ga- « pitole a la roche tarpéienne ; mais « l'homme qui combat pour la rnison , «< pour la patrie, ne se tient pas si aisé- « meut pour vaincu. Celui qui a la « conscience d'avoir bien mérité de son «pays, et surtout de lui être encore « utile; celui que ne rassasie pas une « vaiue célébrité, et qui dédaigne les « iiMoès d'un jour pour la vâritable « gloire; celui qui veut dire la vérité, « qui veut faire le bien public, indépen- « damment des mobiles mouvements « de l'opinion populaire ; cet homme « porte avec lui la récompense de ses « services, le charme de ses peines et « le prix de ses dangers ; il ne doit at- « tendre sa moisson , sa destinée , la < seule qui Tintéresse , la destinée de n son nom , que du temps , ce juge in- « corruptible, qui fait justice à tous. « Que ceux qui prophétisent depuis huit « (ours mon opinioa sans la connaître,
«qui calomnient en ce moment mon « discours sans Tavoir compris , m'ac*
« cusent d'encenser des idoles impuis- « santés au moment où elles sont ren- « versées , ou d*être le vil stipendié des* « hommes que je n'ai pas cessé de oombattre ; qu'ils dénoncent comme un « ennemi de la révolution celui qui , n peut-être, n'y a pas été inutile, et qui, « œtte révolution fdt-elle étrangère à - sa gloire, pourrait là seulement trou- « ver sa sûreté; qu'ils livrent aux fua reurs du peuple trompé celui qui, de- « puis vingt ans , combat toutes les « oppressions, qui parlait aux Français « de liberté, de constitution, de ré'sis- « tance, lorsque ses calomniateurs su- « çaient le lait des cours et vivaient de « tous les préjugés dominants : que « m'importe ? Ces coups de bas en haut a ne m'arrêteront pas dans ma car- • rière. »
La phrase qui commence par ces
mots : « Que ceux qui prophétisent de- « puis huit jours , etc. ; » cette longue période dont chaque membre incident semble renfermer une preuve , dont
chaque mot semble un trait de lumière, et dont la marche est si vive, si serrée, si rapide, jusqu'au moment où l'orateur s'arrête pour écraser ses adversaires de son sublime dédain (*) ; toute cette partie de la citation nous présente réunies avec un éciat frappant les deux puissances dont se composait le génie de Mirabeau . Voici encore une autre citation où se découvre en traits non moins visibles ce rare privilège de sa nature : c'est une courte réponse qu'il improvisa dans l'Assemblée contre des députés qui proposaient d'intercepter les lettres pour découvrir les trames des royalistes : « Est-ce à un peuple qui veut de- « venir libre à emprunter les maximes « et les procédés de la tyrannie? Peut- « il lui convenir de blesser la morale ,
(*) Nous le réprtoiis. notis «sommes ici à un point de vue purcuieut littéraire. Ce n'e&t
fias le lieu d'euiniiier ce qu'il y avait de oiidc dans les accusations portées contre Mirabeau ; la conduite politique de cet homme sera appréciée aillent (voy. Mibabbav). Ici nons ne le considérons que comme orateur, or sa défense est d'une admirable éloqtience; on pourrait citer des milliers d'exemples de mauvaiies caïuei adminbloaMnt défôidiMi»
ÉLOQUENCE FRAI^CE. éLOQUENCB m
* après avoir été si longtemps victime « de ceux qui In violèrent ? Que ces po- « litiques vulgaires, qui font passer avant « la justice ce que, dans leurs étroites « combinaisons, ils osent appeler Tuti- « lité publique; (jue ces politiques nous «disent, du moins, quel intérêt peut « colorer eette violation de la probité « nationale. Qu'apprendrons-nous par « la honteuse inquisition des lettres?
« De viles et sales intrigues, des anec- « dotes scandaleuses, de méprisables « frivolités. Croit-on que les complots «circulent par courriers ordinaires?
« croit-on que les nouvelles politiques « de quelque importance passent par « cette voie? Quelle grande ambassade, « quel homme chargé d'une négociation « délicate ne correspond pas directea ment et ne sait pas échapper à Tes* « pionnage de la poste aux lettres ?
« C'est donc sans aucune utilité qu'on « violerait les secrets des familles , le « commerce des absents, les confidences «de l'amitié, la confiance entre les « hommes. Un procédé si coupable « n'aurait pas même une excuse, et l'on « dirait de nous dans l'Europe : En « France, sous le prétexte de la sûreté « publique, on prive les citoyens de tout « droit de propriété sur les lettres, qui « sont les productions du cœur et le «trésor de la confiance. Ce dernier « asile de la liberté a été impunément « violé par ceux mêmes que la nation « avait délégués pour assurer tous ses « droits. Ils ont décidé par le fait que « les plus secrètes communications de « l'âme , les conjectures les plus hasar- « dées de l'esprit , les émotions d'une « colère souvent mal fondée, les erreurs « souvent redressées le moment d*apr^, « pouvaient être transformées en dépo- « sitioQS contre des tiers ; que le ci- « toyen, l'ami, le fils, le père, devien- « draient ainsi les juges les uns des « autres sans le savoir ; qu'ils pourront « périr un jour l'un par l'autre : car « rÂssemblée nationale a déclaré qu'elle « ferait servir de base à ses jugements « des communications équivoques et « surprises, qu'elle n'a pu se procurer « que par un crime. »
L'Assemblée abandonna aussitôt la proposition qu'on lui avait faite. Souvent Mirabeau n'avait besoin que de
uelques mots pour interrompre une élib'ération , pour réduire un orateur au silence, pour tirer l'Assemblée d'incertitude sur une question qui partageait les voix. Un jour, iVlnloiiet se plaignant des njenaces oui avaient été laites à des membres ue l'Assemblée par des attroupements populaires, demandait qu'on rendît de nouveaux décrets sur l'inviolabilité des dépufés. Mirabeau repoussait cette mesure comme Inutile et pusillanime. Mais l'opinioD dp !\IaIouet était appuyée par plusieurs membres : l'un prétendait que les députés jouissaient des mêmes privilèges que les ambassadeurs ; qu'ils représen»
tatent comme eux des nations, qu'ils auraient comme eux des ven!z;eiirs; un autre , pour faire sentir l'urgence d'un nouveau décret, disait que le peuple, dans son insolence, avait outragé cer* tains députés, no!i pour leurs opinions, mais à cause de leurs figures. Un troisième demandait qu'on donnât aux députés, pour les protéger, des marques distinctives. En quelques mots Mirabeau répond à tous et ferme la bouche à tous : « Je répondrai au premier opi- « nant que je ne savais point encore « qu'il y edt dans cette Asspmhice des « ambassadeurs de Dourdan, des am- « bassadeurs du pays de Gex. J'ajouterai « que ce nouveau droit des gens me « paraît très-propre h causer de funes- « tes divisions , et que j'aime mieux « croire que nous ne sommes ici que « les représentants de la nation fran- « caise , et non pas des nations de la « France. Messieurs, personne n'est in»
R violabie pour les brigands.
« Je dirai au second wateur, que je « ne connais aucun moyen de prevennr « son objection , si ce n'est de trouver « un décret par lequel on puisse cban- « ger les figures.
« Je dirai au troisième, que s'il n'y a « point de danger pour les députes, les « marques distinctives qu'il demande « sont ridicules; que s'il y a du danger, « un signe extérieur ne fera que défi- « gner la victime , et que des gens qui « ont peur ne doivent pas chercnef à se « faire reconnaître.
«Enfin, je dis à tous ceux qui ne « trouvent pas suffisant le premier dé- « cret d'inviolabilité, qu'ils en parlent
KUKKTBIIGB LTJNiyfiRS. SLOQVESCB
« fidns le connaître ; que je les prie de « le relire, et qu'il répond seul à tout « les orateurs passés, présents et fu-
« turs. »
I^ous avons dans cette citation un exemple remarquable de oette ironie
dédaigneuse qui était aussi un des traits distinctifs de Mirabeau. Souvent cette ironie était poussée jusqu'à Tinsolence; souvent tm était accompagnée d^un immense orgueil. Biais les âmes ne s'en courbaient pas moins sous le joug de sa parole, tant étaient grands lès pfiviléges qu*il s*était acquis par la fougue communicative de ses passions. Un jour, il disait à ceux qui avaient substitué au nom de Mirabeau celui de Riquetti , dans les comptes 'rendus des féanœs : « Avec votre Riquetti , vous « avez désorienté l'Europe pendant € deux jours. » Jamais orateur peutêtre n'osa parler ainsi de lui-même; mais telle était la fascination qu'il exer-
Sait alors sur les esprits , qu un droit l'impunité était accordé à toutes ses paroles.
Quelque brillante que f(kt la réunion
de talents dont se composait l'Asscniblée constituante, on n'y trouve cependant personne oui se sôit appruclié de cette grandeur ae génie, personne qui ait lutté avec avantage contre ce despotisme d'éloquence. Barnave lui-même , malgré sa ricbe imagination, son abondance brillante, sa logique exercée, ne fut qu'un adversaire et non un rival de Mirabeau. C'était un homme remnrqnable par sa raison lumineuse et prévoyante, par sa gravité et par sa no* blesse, que ce Mounier,quî, après avoir été si hardi dans les assemblées provinciales du.Dauphiné. se montra si modéré dans l'Assemblée constituante.
Cétait une âme bouillante et inspirée, un génie fnit pour les combats de tribune, que ce jeune Cazalès , qui défendait l'ancien ordre social avec la fougue et la liberté des novateurs qui l'attauaient. Mais cependant l'éloquence e ces hommes était loin de subjuguer comme celle de Mirabeau. Ce qui manque^ en général, à leurs discours, c*est une précision originale, une élévation forte. Ils ne donnaient pas à l'expression de leurs pensées ce sceau d'originalité et de grandeur qui rend la parole
toute-puissante dans le présent, et qui la consacre en quelque sorte pour Tave^ tiir.
Mirabeau est , à proprement parler , le seul orateur de TAssemblée constituante : nous regrettons d*étre forcés . d'ajouter quMl est le seul grand orateur
de la révolution.
Comment se fait-il qu'une époque si orageuse, où s'agitaient tant de grandes idées, où de si vives passions étaient soulevées , où Ton faisait de si grandes choses, n'ait pas été plus riche en grands monuments d'éloquence? ITest-ce pas sur un sol remué par les crises socicUes que germent les orateurs? T.es plus beaux temps de l'éloquence romaine ne sont-ils pas ceux où la république était déchirée par les factions , oh le patriotisme et rambirioji se rencontraient dans des luttes meurtrières, où le glaive des proscripteurs était souvent suspendu sur la téte des orateurs ?
On a sans doute raison de pen«;er que l'éloquence ne peut fleurir dans les loisirs d'une paix uniforme; qu'il lui faut, pour naître et produire ses fruits, des contradictions, des combats, des dangers ; que son séjour le plus favorable sera le foyer ardent des colères civiles et ddl troubles populaires. Mais si les vives prissions sont le meilleur aliment de l'éloquence, il ne faut point ce-
Sendaut que les passions soient portées l'excès , qu'elles mettent l'âme bors d'elle-même, et qu'elles créent un état moral dont les transports et l'énerj^ie seraient sans analogues dans l'histoire de râme humaine ; car alors la parole man - . querait enquelque sorte pour rendre de telles impressions : les expressions simples, naturelles, seraient insuffisantes pour mettre le langage au niveau des mouvements de l'Ame. Alors la parole deviendrait étrange, forcenée pour être plus vraie; elle aurait recours aux exagérations, aux figures bizarres, aux hyperboles monstrueuses pour remplir son office. Or, cet état moral , on l'éloquence serait en quelque sorte forcée de rompre avec les lois ordinaires de la nature et du çoût, fîit celui qu'enfantèrent les effrayants périls , l'béroïsme unique, la sombre et terrible énergie de la révolution. Les orateurs qui montaient ) la tribune au miliea
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des cris d'alarme et de vengeance d'un peuple menacé et furieux, portaient, pour la plupart, dans leurs oiacours je ne sais quoi d'outré, de démesurément passionné et d'horriblement grand, qui s'accordait avec les événements dont ils s'inspiraient, mais qui était fort contraire au génie delà véritable éloquence.
Il faut remarquer, en outre, que quand les événements se succèdent coup sar coup avec une rapidité sans exeiqpie, quand chaque jour amène sa crise et son coup de théâtre, quand une vaste masse d'hommes soulevée à la fois multi|Aîe son action énergique , et remplit quelques années de plus d*é?énements que nVn renferment plusieurs siècles , alors il y a peu de place |)our la parole , pour les discussions méditées et étendues. On agit trop pour avoir le Joisîr d'assister à de longues luttes oratoires; les décisions se prennent vite ; des cris énergiques , quelques mots entraînants valent mieux que les meilleurs discours ; l'éloquenee de la parole cède à l'éloquence de l'action.
Dans les temps les plus agités de la lépublique romaine, toujours Téloquence eut sa pla(^ pour se montrer, son heure pour être écoutée , parce que jamais les événements ne se précipitèrent ainsi les uns sur les autres , parce que le peuple romnin, dont l'existence ne fut jamais en danger, même au milieu des plus fortes crises , eut toujours du loisir pour venir au Forum entendre les lon^iues discussions des orateurs , et pour applaudir les harmonieux accents du génie.
Enfin, aux causes qui, au poini de vue d'art ^ue nous avons adopté, ont empêché l'elociuence révolutionnaire de se maintenir à la hauteur de son début, il ftut ajouter Tiofluepee eicnsée sur elle par resprit et les habitudes de Téloquence philosophique qui avait préparé la révolution. On sait qu'à la fin du dix-huitième siècle, la philosophie avait tout le pédantisme et tout renthousiasme exagéré d'un apostolat orcueiileux. Écoutés avec une admiration Mefle par une société que charmaient leurs leçons de scepticisme et de liberté, les philosophes prêchaient souvent sur le ton d'une déclamation pompeuse et d'une sensibilité fausse et emphatique.
Cette habitude avait contribué à gâter dans leurs écrits la langue qui, uéjà, par stiite de cette lof fatale de déclin irjiposée aux idiomes, avait commencé à s'altérer. Ce goût de la déclamation, cette décadence du langage , se communiquèrent naturellement aux orateurs de la révolution , presque tous sortis des écoles philosophiques du siècle.
Cependant, tout en refiissnt le premier rang aux monuments d'éloquence fournis par la révolution , nous reconnaissons qu'il en est quelques-uns dignes d*étre étudiés avec une sérieuse attention, et dont le çénie national peut encore s'honorer, bien qu'ils ne puissent servir de modèles. Pious devons parler encorede trois hommes inférieurs a Mirabeau, mais dignes de ftgurer dans les annales de l'éloquence : ce sontVergniai>d , Danton et Robespierre.
Vergniaud était un esprit cultivé par l'étude et longtemps exercé dans les luttes du barreau ; une nature à la fois nonchalante et passionnée , qui , dans la conduite des affaires, dans les travaux de la vie politique , paraissait souvent sommeiller, dominée par une mélancolique et bizarre apathie, mais qui s'éveillait a la tribune quand une grande question se présentait , quand un orage bonlevprs;iit l'Assemblée, et déployait alors une richesse de verve , une fécondité d'imagination, un luxe d'expressions gi^andioses et fortes, qui arrachaient des applaudissements, même aux adversaires déclarés de la Gironde.
£n lisant les discours quj out été coussrvés de lui , et surtout ses improvisations, on est emporté souvent par le tour nerveux , original et pittoresque qu'il donne au raisonnement, on est âiloui par Tédat de ses pdntures, en même temps que Tofeille est flattée par la majestueuse ampleur de ses périoacs.
Mais son éclat a souvent quelque chose de faux ; sa grandeur, quelque chose d'outré; sa pompe, quelque chose de vide. On sent, dans un assez grand nombre de ses productions , le déciainateur autant que l'orateur. Le luxe de ses phrases brillantes fait souvent un contraste malheureux avec la sérieuse grandeur des dangers publics, des terribles catastrophes sur lesquelles