‹ France Dictionnaire encyclopédique (volume 2)Chapitre 33 sur 97 · EMIGRATION FRANCE · texte numérisé non relu

EMIGRATION FRANCE

EMIGBATION

que , dans toute la foule de son palais, il n'y avait que lui rrélrnnj;er.

« Toute notre inul titude n'était qu'une noble et brillante cohue ; tout notre ensemble offrait l'image d'une complète confusion. C'était I anarchie s'agitaiit au dehors pour établir, disait-on, l'ordre an dedans ; une véritable démocratie combattant pour rétablir son aristocratie. ISous donnions en petit, du reste , et à quelques nuances près , la répétition de tout ce qui se faisait en France. TNous avions parmi nous des zélateurs tenaces de nos vieilles formes, et des amateurs ardents de la nouveauté; nous avions nos eonstitutionne ts , nos intolérants , nos modérés. Nous avions nos empiriques , qui regrettaient fort de ne s'être pas emparés du roi , pour agir de force en son jnom , ou tout bonnement le faire déclarer incapable; enfin, nous avions aussi nos jacobins, qui voulaient tout tuer, tout brûler, tout détruire en rentrant, etc... Nos princes n'exerçaient aucune autorité positive sur notre multitude : ils étaient nos souverains, il est vraij mais nous étions des sujets fort indoeiles, et très-facilement aigris : nous murmurions à tout propos ; c'était surtout sur les nouveaux arrivants que se portait la fureur commune; c'était autant de gloire et de chance qu'ils enle* valent à nos exploits et à nos espérances , disions-nous. On arrivait toujours trop tard, s'écriaient tous ceux qui se trouvaient une fois admis; il n'y avait plus de mérite désormais, disait-on.

Si l'on continuait à tout recevoir ainsi , l^France entière serait bientôt de notre coté, et il ne se trouverait plus personne de punissable au retour ., etc.

« Toutefois, avec le temps, on régularisa, tant bien que mal, quelque . chcMie ; nous fOmes classés par corps et par provinces; on nous assigna des cantonnements, on nous donna des armes ; les gardes du corps du roi furent réunis, habillés , équipés, soldés , et bientôt ils présentèrent une troupe superbe par sa tenue et sa régularité.

La coalition d'Auvergne et le corps de Ja marine, partie à pied et partit a che* val , se firent spécialement remarquer

{>arleur discipline, leur instruction et eur fraternité. Et Ton ne saurait trop

admirer notre dévouement et notre abnégation : chaque officier ne fut plus qu un simple soldat , tenu à des pratiques , à des fttigues fort étrangèn*s à ses mœurs, et soumis aux plus grandes privations; car il n'y avait point de solde , et beaucoup, dans le nombre, n*eurent bientôt plus de ressources que la cotisation de leurs camarndrs plus heureux. Nous méritions un meilleur résultat, ou, pour mieux dire, nous étions dignes d'une meilleure entreprise. On avait soigneusement réuni tous les officiers des mêmes régiments, pour qu'ils présentassent le cadre tout formé à leurs soldats , qui ne manqueraient pas , pensions-nous , d'arriver à eux dès qu'ils les apercevraient : tel était notre aveuglement ! C'est par un pareil motif qu'on avait réuni de mène les gentilshommes par province , ne doutant pas de leur neureuse influence sur l'ensemble de la population : notre maladie était de nous croire toujours dési rés , attendus , adorés.

« Tous ces rassemblements s'exer-

Sient et manoeuvraient publiquement; en qu'aux interpellations diplomatiques à cet égard , il fiU répondu hardiment (îu'il n^eii était rien , ou qu'on ne manquerait pas de l'empêcher. Nous avions des généraux indiqués, un étatmajor forme, et tout ce qui caractérise un quartier général , jusqu'à un grand prévôt. Insensiblement , nos princes s'étaient environnés de tout ce qui constitue un véritable gouvernement : ils avaient df^s ministres pour les affaires du moment ; ils en avaient même pour la France, lorsque nous y serions rentrés , tant ce moment nous semblait infaillible et prochain.

« Nous avions des rapports directs avec presque toutes les cours; les princes y avaient des envoyés et en recevaient à Coblentz... Nous recevions même des envoyés de Louis XVI, qui présentaient des messages publics réprobateurs , et avaient des conférences confidentielles peut-être tout à fait différentes (*). » (Voyez ÉMiGBATioir

ABMER. }

Lorsque le triomphe de la république

(*) Mémorial de Saintê^HéHne , % ao4t

IIS UMHUTiair LimiVERS. B»«SATIOII

eut été défiDitivemeot assuré , les émigrés, chassés saeeeisiveiiient de TAlle*

inagne , de riiulie ^ et des autres pays gui furent surcessivement occupés par les armées franç^iises, finirent par se r^ueier pour la plupart en Angleterre, où ifs se trouvèrent bientôt en proie à une affreuse misère, à laquelle ne pouvaient remédier les faibles secours qui leur furent accordés par le gouvernement anglais. Le caractère français se montra alors dans tout son jour chez la plupart d'entre eux; on vit des hommes et des femmes, portant des noms illustres, travailler de leurs mains, et préférer une honorable pnuvretr à l'aisance et aux richesses qu'ils eussent pu se procurer par des moyens honteux. On vit des ducs, des 'marquis, des comtes , maîtres de danse , d'escrime, de langue fratiçaise; tanilis que leurs femmes brodaient, euseignaient la musique, le dessin , etc. Bu reste , tout sentiment national n'était pas éteint chez eux; et, â part quelques hommes chez lesquels la patrie n'était que la oour du* prince, on vit plus d*nne fois les émigrés se réjouir des succès remportés pnr les armées de leur patrie , même sur le peuple qui leur avait douné asile (*).

La France, en s'engag:eant contre l'Europe dans la lutte terrible (\\ h elle devait sortir victorieuse, ne s'était fioint fait illusion sur la grandeur des dangers qui la menaçaient; ce furent ces danjîers qui nrovoqi:èrent les mesures rigoureuses dirigées contre les einiiires. On peut aujourd'hui . que ces dangers sont loin de nous, tra<ter ces mesures de barbares et de cruelles; mais il faudrait, pour les juger, se reporter a l'époque où elles furent décrétées; se rappeler qu'alors la France , menacée dans son existence par les royalistes et les fédéralistes à l'intérieur, par l'Europe

(*) Ce fait, dont on pourrait citer »ine foule d'exemples , excitait l'étunDemeat et l*ftdmiffation detélraugei-s eux-inèmes; le célèbre roriHiiidei- américain Feiiiniore Cooper a, dans ses Pionniers , dépeint ua émigré français pleurant en lisant dans un journal la nou\ellc de la mort de Louîl XTI, «I ne pouvant ensuite ooiilenir sa joie en apprenant, })ar le même juiiiuai, la reprise de Tttoloii sur les Anglan.

coalisée . et ^r les émigrés qui cherchaient a exciter contre elle toutes les haines à rextâfîeor, ne pouvait faire grâce à ces hommes qu'elle devait regarder comme la première cause de ses malheurs, et qui, sans pitié, suivant Texpression de notre chant national , déchiraient le sein de leur mère. Il suffit d'ailleurs de jeter un simple coup d'oeil sur les événements de cette époque, pour s'assurer que, parmi ces mesures de rigueur (jiii furent prises alors , il n'en est pas une qui n'ait été provoquée et motivée par quelque nouvelle agression des royalistes (*). Voici , du resta, l'énuinération des lois les plus importantes votées sur les émigrés, à partir de 17'J2 :

Le 14 août 1793 , un décret rendu par

la Législative, sur la proposition de François de Neufchftteau , ordonna la venté des biens des émigrés, par petites portions, dans le but avoué d'attacher les habitants des campagnes à la révolution. Le 17, une loi consigna les pères , mères , femmes et entants des émigrés dans leurs communes respectives.

Le 2 septembre, toutes les propriétés des émigrés furent coaiisquees , et les agents du gouvernement reçurent l'ordre de les mettre en vente.

T e 9 octobre, la peine de mort fut prononcée contre les émigrés pris les armes à la main ; réxécution devait être immédiate. Le 33 , une loi les bannit à perpétuité , et punit de mort ee'ix qui rciiireraii lit en France, sans distinction d'âge ni de sexe.

Le 27 mars i793, une loi, rendue sur le rapport de Tre lliard , déclara efix morts civilement, et leurs biens acquis à la réjjublique ; leurs successions échues ou à échoir devaient être recueillies par l'Élal [(cndant cinquante nnnées. T/infra( t'on a ia loi du baouissemeot devait être punie de mort.

Le 23 juillet, une loi prescrivit les formalités relatives à l'administralion, à la vente d^s biens des émigrés et à la liquidation de leurs dettes.

Par un décret du l*** novembre , les citoyens qui , étmt sortis de France avaàt le l"' juillet 17$9, n'y étaient pas

(*) Yoj. FâAVCi , tableau cbi'ODoIogiqae.

rentrés depuis, furent nssimilés aux émigrés, et leurs biens lurent également confisqués.

î.p 7 décembre , les biens des pères et ni( rcs des éiiii^res furent mis sous le Séquestre.

38 avril 1705, il fut à^crété que la cojinsr.'ition prononcée pnr les décrets antérieurs s'étend raitjtisqu'.'nix portions que les enl'ants des émigrés pouvaient espérer de recueillir dans les successions de leurs ascendants vivants. Ceux-ci furent ainsi obligés de taire, avec la république, un partage qui lut appelé /^ar* tage de présttccession,

I^e 17 août, après la désastreuse expédition de Quiberon , la Convention adopta , comme article additionnel , le paragraphe suivant : « La nation fran* « çaise déclare que jamais, en aucun « cas, elle ne souffrira la rentrée des R Français qui , ayant abandonné la pa- « trie depuis le 15 juillet 1789, ne sont « pas compris dans les exceptions por- « tées aux lois contre les émiiircs II « est interdit aux Corps législatifs de « faire de nouvelles exceptions sur ce « point. »

P ir un décret du 24 octobre, les parents des émigrés furent déclares inadmissibles aux fonctions publiques, mais seulement jusqu'à la paix.

Ces dernières mesures étaient la conséquence des folles tentatives de Quiberon et de rile-Dieu; les craintes que les émigrés inspiraient encore les firent excepter du décret d'amnistie qui ter-, mina la session de la Convention nationale.

Un fait assez remarquable, qui eut

lieu le 15 février suivant, put être considéré comme le prélude de mesures plus douces à l'égard des émigrés. Des prêtres français, réfugiés dans les États ou pa()e, étaient, au grand scandale de la cbretienté, laissés, par le clergé italien , dans la pliis profonde misère ; Bonaparte , alors général en chef de l'armée d'Italie, les autorisa, par une proclamation datée de Macerata (Marclie d'Ancône), à seiournef sur le territoire conquis, et fit défense à qui que ce fût de les molester; ils devaient être placés dans les couvents, où un traitement en argent leur fut alloué.

Cependant tes conspirations sans

cesse renaissantes à l'intérieur firent décréter, le 12 juillet 1799, la loi dite des otages, qui prescrivit contre les parents d émigrés de nouvelles mesures de rigueur, et autorisa U's administrations des départements a les prendre comme otages, et à séquestrer leurs biens en cas de troubles.

Mais a peine le consulat fut -il établi, que Bonaparte, entrainé déjà par ses instincts monarchiques, ne dissimula plus ses intentions bienveillantes envers les émigrés. Le 13 février 1800, une loi porta que la liste des émigrés demeurait fern»ée au S$ décembre 1709.

Cette tendance du premier consul eut enfin pour résultat le décret du t; floréal an X (20 avril 1802; , portant amnistie pour les prévenus d'émigration qui n'étaient pas encore rayés définitivement des listes. Ou (levait st'uleujent, sur les cinquante mille noms que portaient les anciennes listes , former tine liste permanente, où ne seraient pas portés plus de mille individus. Cette amnistie fut accordée sous cerlames conditions. Les émigrés devaient rentrw avant le V vendémiaire an xi,et par les villes qui leur étaient désignées ; ils devaient en outre prêter serment de fidélité au gouvernement établi par la constitution , et rester pendant dix ans sous la surveillance spéciale de la police. Le reste du décret renfermait plusieurs articles dont voici la substance:

Les amnistiés ne pourraient attaquer les parta:;es de succession, on autres actes laits antérieurement entre la ré-

f)ubliaue et les particuliers. Ceux de eurs Diens qui se trouveraient encore entre les mains de la nation leur seraient rendus sans restitution de fruits. Seraient exceptés et déclarés inaliénables les bois et forêts d'une contenance de plus de quatre cents arpents, les immeubles alïeetés au service public, les droits de propriété sur les grands canaux de navigation, les 'créances qui pouvaient leur appartenir sur le trésor public , et dont l'extinction s'était opérée par confusion au moment où la république s*était saisie de leurs bien», droits et dettes actives.

Une grande quantité d'émigrés rentrèrent en France par suite de ce décret. Le délai qui avait été fixé ne fiil

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