‹ France Dictionnaire encyclopédique (volume 2)Chapitre 34 sur 97 · EMIGRATION L'UNIVERS. ÉMIGRATION · texte numérisé non relu

EMIGRATION L'UNIVERS. ÉMIGRATION

considéré que comme une stipulation comminatoire. Du reste, bien que dV prèi le témoignage de Napoléon aucune plainte n'ait été portée contre eux, lors de la conspiration de George et de Pichegru, il lut bientôt obligé de modifier la loi qu'il avait portée eo leur faveur. Voici comment, à Sainte<Hé1ène , il s'exprime à ce sujet :

« J'ai eu un moment la pensée de « composer une masse , un syndicat « de tous les biens restants des émigrés, « et les leur distribuer à leur retour « dans une échelle proportionnelle. Au « lieu de cela , quand je me suis mis «à rendre individuellement, je n'ai « pas tardé à m'apercevoir que je les « rendais trop riches, et ne faisais que « des insolents. Tel à qui , grâce à ses k mille sollicitations et à ses mille « courbettes , on rendait ftO,000 écus , « 100,000 écus de rente, ne nous lirait « plus le chapeau le lendemain j et loin tid*avoir la moiiidre reconnaissance, «t ce n'était plus qu'un impertinent qui « prétendait même avoir payé sous main « la faveur qu'il avait obtenue. Tout le « faubourg Saint-Germain allait pren- « dre cette direction. Il se trouva que «j'allais recréer sa forttjiie , et qu'il « n'en fût pas moins demeure ennemi «et antinational. Alors ^'arrêtai, en « opposition à l'acte d'amnistie, la rcs- « tiiutipn des bois non vendus , toutes « les fols qu'ils dépasseraient une eer- « taine valeur. C'était une injustice d'à- « près la lettre de la loi sans doute , « mais la politique le voulait impérieuo scinctit ; la faute en avait été à la ré- « daction et a l'imprévoyance. Cette « réaction de ma part détruisit le bon « effet du rappel des émigrés, et mV « liéna toutes les grandes familles.

« J'eusse pourvu à cet inconvénient ou «j*en eusse neutralisé les effets par « mon syndicat. Pour une grande fa- «mille mécontente, j'eusse attaché n cent nobles de la province et satisfait « au fond à la stricte justice , qui vou- < lait que l'émigration entière, qui avait «couru une même rhance, embarqué « sa^ fortune en commun sur le même « vaisseau , éprouvé le même naufrage, • encooro une même peine, obtint un « même résultat. C'est une faute de ma «part, d'autant plus grande que j'en

« ai eu ridée; mais j'étais seul , entouré « d'opposition et d'épines ; tous étaient « contre tes émigrés ; et cependant les «grandes affaires me talonnaient, le n temps courait, j'étais obligé de voir « ailleurs. »

On sait de combien de prévenances les anciens émigrés, surtout ceux qui appartenaient aux grandes familles , furent l'objet de la part Je Napoléon ; on sait aussi que cette conduite impoliti- Que , qui lui aliéna le cœur de tous les

fiartisans des idées démocratiques, sans ui gagner l'ancienne noblesse, fut une des principales causes de sa perte. 11 s'en aperçut trop tard, en 1814, lorsqu'à la pVemière arrivée des troupes étrangères sur le sol français, il vit ceux qu'il avait comblés de 'faveurs de toutes sortes , l'abandonner sans hésitation , et arborer un drapeau que depuis vingt-cinq ans la France avait eii le temps d'oublier.

Il chercha en vain à employer contre eux la terreur , cette arme qui , dans des circonstances analogues, avait si bien réussi à la Convention. Ce tut dans ce but qu'au mois de février 1814, un décret impérial, daté de Troyes, porta que tout Français au service d'une des puissances dont les troupes envahissent le territoire de l'empire, et tout Français qui aurait porté les signes ou décorations de l'ancienne dynastie, seraient déclarés traîtres, jugés par des commissions mililaires, condamnés à mort , et leurs biens se- . raient confisqués. » Bien que plusieurs exemples eussent été faits , ces mesures furent inutiles, et l'empereur, déchu et détrompé, ne put adresser atàssi à ce parti qu'il avait tant flatté les paroles de repentir que dans les cent jours il adressa, mais dans un autre sens, au parti républicain dans la personne de Carnot : « Je vous ai connu trop tard.* Les Bourbons ramenèrent avec eux ce qu'on appela la qiœue de l'émigration i il serait difficile de donner une idée de l'arrogance , des folles prétentions que déployèrent ces nouveaux arrivés, ces incorrigibles qui, comme leurs maîtres, n'avaient rien appris, ni rien ouhUé, Les chansons si mordantes et si vraies de Béranger vinrent seules d'abord les troubler dans .

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