‹ France Dictionnaire encyclopédique (volume 2)Chapitre 36 sur 97 · BIU6EAT10JI · texte numérisé non relu

BIU6EAT10JI

FRANCE

iHieaATioif

h.t légion MirobeaUf 500; imnuque»

taires, 1,200; chernuiégers^ 500; grendarmerie, 500; coalUion d\'îuver(jne, 700; dragons de la couronne, '.\AQ\ Périgord, 80; coalition de Bretagne, Berrf/ , Dauph'mé , q.Xc., 2.000 h.; en tout 7,820 h. Tous les ofliciers des divers réjiiineiits de cavalerie, le régiment dé Saxe et de Royal- Allemand.^

On conçoit sans peine qu'un p.ircil développement de forces sur la frontière française devait inquiéter l'Assemblée; elle 6t faire des représentations menaçantes à l'électeur de Trêves. A la séance du 6 janvier 1792, le ministre Deiessart comniuni(iua a TAssembiée le résultat des négociations à ce sujet, résultat qui consistait dans une théclaration portant diverses mesures contre les émigrés. L'électeur s'engageait, entre autres choses, à faire arrêter et condamner à deux ans de travaux publics les recruteurs, autres que ceux de l'empereur, il défendait de fournir aucunes munitions de guerre aux émigrés, qui étaient obligés de rentrer sous huit jours dans Trêves, et auxquels on interdisait tout rassembletuent à quatre lieues de la ville. Nous avons vu , dans farticle précèdent, que cette déclaration n'avait rien de sérieux, et que, malgré les menaces dont on y poursuivait les émigrés, ils ne furent nullement inquiétés, et continuèrent à s*organiser dans une parfaite sécurité.

Le couunencement des hostilités porta au comble leur joie et leur orgueil. Ils 8*8f>ercurent bientôt, toutefois, du mauvais voidoir des coalisés , dont le véritable but était de parvenir au démembrement de la France; et ceux d*entreeux qui conservaient encore dans le cœur quelque trnee de patriotisme, ne tardèrent pas à se repentir d avoir appelé dans leur patrie les armées étrangères. « Jeunesse insensée, » disait Cazalès aux éiniirres , (jiti considi^raient dans une sorte d'extase les Prussiens défilant dans les rues de Coblentz pour gagnw les frontières françaises; « jeu- « nesse insensée , vous admirez avec « sympathie cette troupe et son attirail ; « vous vous réjouissez de sa marche ; « frémissez-en plutôt !... Pour moi, je « voudrais voir le dernier de ces soldats « dans le Khia« Malheur à qui appelle

«I l'étranger dans son pajrt! La nobli

« française n'y survivra pas : elle aura « la douleur d'expirer loin de son ber- « ceau... Malheur a qui s'adresse à l*é- « tranger et s'en fie à lui (*). »

L'armée des émigrés formait, comme nous l'avons vu, une force assez imposante ; les plus éclairés d'entre eux voulaient se jeter, avant l'arrivée des alliés, sur quelques points de la France, et y entretenir pour le compte de l'émigration une guerre civile qui aurait pu devenir funeste à la cause de la ré* volution ; mais ce projet , qui fut vivement agité d;ms le conseil des ()rinces, inquiéta les étrangers, qui n y trouvaient pas leur compte. Ils rejetèrent avec dédain la proposition que leur fit V/o?isieur , de ne se considérer que comme les auxiliaires des émigrés. Ils lireut tous leurs efforts pour les rendre inutiles; après avoir voulu les fondre p.irnii les régiments allemands , après avoir consenti à graud'peine à les laisser en corps distincts, ils tes répartirent dans leurs divers corps d'armée , où ils les tinrent pour ainsi dire emprisonnés.

6^000 émigrés furent dirigés contre l'Alsace, sous les ordres do prince de Gonlé; 4,000 contre la Flandre, sous les ordres du duc de Bourbon; enfin 12 à l&fOOO demeurèrent, sous les deux frères du roi , à Tarméedu Centre , qui devait envahir la Champagne.

Alais Iriissons le comte de Las Cases raconter i'iiistoire de ce dernier corps d*émlgrés qui, bien loin de marcher à la t été des coalisés, n'entra dans sa patrie les armes à la main qu'à !a su\\e des Prussiens , et qui perdit bien vite toutes ses illusions.

« A peine eûmes-nous mis le pied sur le sol français , qu'il lievint tres-aisé, sous peine de stupidité ou d'aveuglement , de comprendre euUn qu*ii était possible a toute rigueur que nous nous fussions abuses. INous nous trouvions au milieu des Prussiens , qui enchaînaient tous nos mouvements ; nous ne pouvions aller en avant , à droite ni à gauche, sans leur permission, et ils ne I accordaient jamais. Nos subsistaïuîes, toutes nos ressources, dépendaient de

n Mdnoriai dê Sainte- Hélène, % août

3U BIII«AAT10H LUKIYERS. BMIMATIOll

leur unique volonté ; nous aviont la

honte de nous présenter en esclaves sur le sol où nous prétendions régner.

«Quant à nos compatriotes , au lieu de iHNis recevoir en libérateurs, comme nous n*en avions pas douté, ils ne nous témoignèrent que de l'éloignement et de la répugnance. Pour quelques seigneurs cnâtelains ou autres qui venaient nous joindre, la niasse entière de la population fuyait à notre approche.

« Quoi qu'il en soit, nous voilà donc en pleine Franee, et à la suite de eette armée prussienne qui poursuit brillamment ses succès, nous laissant de trois ou quatre marches en arrière; et, soit pour te rire de nous, parée que nous les avions assurés que toutes les villes ouvriraient leurs portes à notre vue, soit pour se délivrer de nos importunités , ils nous donnèrent à faire le siège de Thionviile. Cette place est, comme l'on sait, des plus fortes; or, nous manquions de tout ; nous ne pouvions la prendre de nos mains ni de nos dents , et ce fut le sujet d'une haute négociation que d'obtenir des Autrichiens de Luxembours deux pièces de 24. Après bien des allées et dfes venues , elles se présentent enfin triomphantes, et c'est avec ce formidable nppareil que nous sommons la place, et que, sur son refus, on lui tire la nuit, en pure perte, quelques centaines de coops de canon.... Le tout était à l'avenant ; la plus petite sortie mettait toutes nos forces en Tair; la moindre circonstance était un événement pour notis : cela était simple , car nous étions étrangers à tout. Cependant nous denieurions fort mécontents de tout cela , sous nos tentes et sur notre mauvaise paille ; mais, à la francnisc , notre gaieté fnisnit notre salut ; notre mauvaise humeur s'exhalait en quolibets et en mauvaises plaisauteries; chacun de nos chefs etit bientôt son sobriquet ; il ne fut pas jusqu'au vénérable maréchal de Broglie , notre généralissime , qui n'eût le sien...

« Mais bientôt tout ce burlesque tourna subitement au dernier sérieux ; la scène changea comme par magie , et DOS malheurs apparurent aussitôt dans toute leur affreuse nudité ! Le roi de Prusse traita secrètement avec le géné-

ral fran^is , lit soudainement volteface, et marcha vers la frontière, évacuant le territoire de la France. Alors commença pour nous la plus épouvantable débâcle; le langage ne saurait rendre les indignes traitements dont nous filmes l'objet, ni le juste ressentiment dont un cœur généreux dut se remplir contre les Prussiens nos alliés. Nos princes dégradés, méconnus, insultés par eux ; nos équipages , nos effets les plus nécessaires, notre linge même, pilles; nos personnes bassement maltraitées; tels nous fdmes , pêle-méle , poussés et revomis en dehors de la frontière par nos amis , nos alliés {*).

« Aussitôt hors de France , on nous signilia à tous qu'il fallait nous dissoudre ; mais cette intimation n'était pas nécessaire: les besoins, le dénûmentde toutes dioses , le rendaient sufBsam* ment indispensable. Nous nous débandâmes , chacun prit une direction à l'aventure , et le désespoir, la rage, furent ses compagnons. Nous traversâmes en fugitin, la plupart du temps à

f>ied , quelques-uns a peu près nus , les ieux de notre splendeur et de notre luxe passés. Heureux quand on ne nous en fermait pas les portes, quand on ne nous en repous^ iit pas avec brutalité! £n un mot, on noiis chassa officiellement de partout ; on nous interdit le séjour ou l'entrée de tous les États voisins ; nous fuîmes au loin , et allâmes traîner dans toute l'Europe le spectacle de DOS misères, qui durent être une grande leçon de morale et de politique

(*) De nomhmiiics chansons éf^ay^renl les républicains sur les uiesaveauircs des éniigrcs , nous nous boroerons à citnr les coupiels suivants :

Goiiflt'ç d'iinprrliiiPiicc, ^ (domine sont tous les sol» , Vous disii'Z qui- la KraOM Citait sons griirraux.

Eblqnc vous »riiihlriit(lciiic KclIfTinann ct CMtia* V . De leur soliie iv|iubiiciin, Qmnd (b font la cbasaa aux faqniai, 0at4l« nuuTaiae miBe?

Braiiswick et ka cnhorte, Au très-vailUiit Coudé, Di'vait prt-ter ntaiii- furlC} Mais il s'est cv^ido.

VojWl donc quel malheur parloot vont accompfllU t « I(o4U Teodroni vos ebàleans jolit; Von ira biiir» nw «ana, Dca déteaiti ao BqpafBa.

FRANCE

pour les peuples , les grands et ies rois (*). »

Le corps d'armée du prince de Condé fut le seul qui soutint l'honneur de la noblesse française. Peu de temps après sa formation , au mois de décembre

1791 , il fut envoyé dans la» principauté du cardinal de Rolian , à Oberkirch , afin de se rapprocher de Strasbourg, où les princes entretenaient des intelligences. A l'ouverture de la campngne de

1792, ces troupes furent incorporées dans Tarmée autrichienne sous les or-

pas un meilleur succès ; au moment où il se préparait à faire une invasion sur

\p territoire français , le gouvernement helvétique refusa de lui livrer passade, et s'obstina à garder une entière neutralité.

Il y avait des émigrés sur toutes les frontières de In France et dans tontes les armées opposées aux années républicaines. Ainsi, lorsque f le S9 mai 1794, Collioure fut repris par les Français, il se trouvait dans la ville un corps d'émigrés qui , sous le nom de Légion

dresde Wurmser, et réparties dans di* de la rdne, faisait partie *de la garnivers cantonnements du Haut -Rhin. son. Les commissaires de la Convention Mais bientôt l'arrivée de Custine avec exiiienient qu'ils fussent remis entre les des forces supérieures ies força de se mains des républicains; cette demande replier sur le Brisgaw, après a?oir fait fut rejetée par le'général espagnol, et, le une vaine tentative sur Landau. 24 mai , le lieutenant-colonel Amoros L'année suivante (1793), les émigrés lit préparer, dans le port de Collioure, pénétrèrent dans la basse Alsace , et des bateaux sur lesquels s'embarquèrent contribuèrent aux succès des alliés, les débris de la I.raib» die tordM» qui dans la première partie de cette cain- furent ainsi arrachés à une mort cerpn^ne. A l'attaque des lignes de Weis- taine.

sembourg, ils emportèrent plusieurs re- Partout ces émigrés déployaient une doutes ; ils s'emparèrent , dans une grande valeur. Dans la campagne de charge à la baïonnette, de dix sept piè- Belgique de 1794 , au combat d'Oudeces, dont ils massacrèrent ftnpitoyable- Watering, le 19 octobre, le 3^ régiment ment les canonniers; la légion de Mi- de hussards attaqua, sur la ligne d'Aprabeau en prit à elle seule onze ; enfin peltern, la Légion de Hohan; la résisce lurent eux qui décidèrent la journée, tance fut opiniâtre et meurtrière, et Ce fut à In suite du combat de Berst- la légion ne fut culbutée qu'après avoir beim que le général W urmser, étant perdu plus de 300 hommes , et en laisvenu rendre visite au prince de Condé, ' sant entre les mains des républicains celui-ci lui dit : « Eh bien , monsieur le 73 prisonniers

« maréch;il , commf^nt trouvez-vous ma « petite infanterie.^ « — « iMonseigneur, «lui répondit Wurmser, elle grandit « au feu. »

Cependant les coalisés ne négligeaient aucune occasion de signaler le peu d'erivie qu'ils avaient de se servir des émigrés , qu'ils considéraient comme un obstacle à leurs desseins de conquêtes.

Ils ne cessaient de contrecarrer leurs plans , quelque habilement qu'ils lussent conçus. Ainsi , en 1793 , lors de l'iiisurrertion de T. von , le prinrc de Conde voulut , ;j Li tcte de ses troupes, se jeter dans la Frauche-Conite, et s'avancer vers la ville insurgée ; mais il échoua faute d'avoir été n[)[iuvé. Un corps d'émigrés réuni en buisse n'eut

Lorsque TAngleterre eut proj'eté l'expédition de Quiberon , elle chercha à rassembler des émigrés. Grâce aux séductions de tout genre qu'elle employa, elle parvint à en former dix régiments ou légions, qui furent ainsi nommés:

Roycu-Louis y Loyal-Émigrant, Jioyaf- ArtWeriCj commandé par le comte de Rotalier; les légions à' Hector et de Dudresnay y les régiments de Béon, de Damas, de Salm,^ de Hohan et de Périgord. Ces troupes, qui composaient la première division, pouvaient monter à 10,0U0 hoinuies, et étaient commandées par le comte d'Hervilly. La seconde division, aux ordres du comte de Sonibreuil , était forte de 3 à 4,000 hommes. JNous raconterons ailleurs les

détails de cette expédition , où apparut, dans son jour le plus odieux , la politique infflme de rÂngleterre. (Voyes

T. Tii. 15* Wraison. (Dict. bhcycl., etc.) 15

(*) Mmorid de Sainte-Héline , a août

m BHimiATHiir ' L'inviVCR^. moRATioiir

QuiBEBON.) Il n'y eut qu'un cri dans toute TEarope contre la cotiduite deè

marins anglais; et lorsque Pitt, violemment altritjue dans le parlement giais, dit, pour se disculiier^ qu'au moins le tang anglais navaU pas coulé, « iVon, sVcria un orateur célèbre « non, le sang anglais n'a pas coulé, t mais rhomieur anglais a coulé par * tous les pores!*

Cependant ce désastre ne fit pas renoncer l'Angleterre au projet d'une descente en France ; le 35 septembre 17IM» , le comte d* Artois s*embafqua à Fortsmouth pour l'ouest de la FranOe.

L'expédition se composait de cent quarante bâtiments de transport, montés, outre les troupes anglaises, par plusieurs cx)rps d'émigrés, tels que les ////lans - Britmuikjiffi.s , le régiment de Choiseul , les cadres A\4llonville et de fVHUamson , Royal - Cavalerie , les chasseurs à*York et Ifs régiments de Caslres et de Mortrmar. Ces cadres, qui pouvaient contenir de 4 a 500 ofliciers, devaient être remplis sur le continent au moyen des royalistes de la Vendée. Nous raconterons ailleurs les événements qui firent échotier cette expédition ( voyez Ile-Diëu ) , dont la non réussite entratna la mort de Charette.

Les succès des armées républicaines finirent pourtant par chasser des con- • trées voisines de la France, les émi* grés qui y avaient trouvé un asile, et (\\\\ du reste n'étaient plus pière à craindre. Bonaparte, le jour même de son entrée dans Vérone , d'où II avait fait expulser Louis XVIII , écrivit au Dire(!toire ( le juin 1796 ) : « Les «émigrés fuient de l'Italie; plus de «1,500 sont partis cinq jours avant « notre arrivée; ils courent en Alleina- « gne porter leur misère et leurs re-

« D'ords. »

Deux débarquements d'environ 130 émigrés , qui, tors de la reprise d*armes

des chnun s, au mois de mars 1796, s'effectuèrent au Clos Poulet, sons la direction de Prégent, ne purent retarder la ruine complète du parti royaliste.

Cependant l'armée du pririee de Conde, grossie des fugitifs de tous les autres corps d'emigres, contiimait a se signaler. Dans toute la campagne de

1796, la dernière qu'elle fit au service de I* Autriche, elle déploya le plus grand courage au combat nocturne qui eut lieu le f3 aoiU , près de Kamiach, et où combattirent en personne le duc d'Bnghien et le prince de Condé. LéS émigrés ne Se retirèrent qu'après huit heures de combat; ils laissaient sur le champ de bataille plus de 600 morts, parmi lesquels 18 officiers supérieurs et 50 ofHefers de Saint-Louis. Le nombre des prisonniers mont. ut à l.OOO ou 1,10Q ; le corps royaliste se trouvait ainsi diminué ce plusd*un tiers.

Partout le malheur accompagnait les tentatives de ces hommes qui portaient les armes contre leur patrie. Le 21 octobre de la même année , lorsque les Anglais furent chassés de la Corse, le régiment émigré de Dillon ftit fait presque entièrement prisonnier dans Rastia.

L'Autriche ayant fait la paix avec la France en 1797 , le prince de Condé se trouvn dans la nécessite d'accepter l'offre que lui lit l'empereur de Russie, Paul r% d incorporer dans l'armée moscovite les débris de Tarmée royale.

Cette année fut cantonnée dans !a"\Volhynie ; mais la seconde coalition qui se forma contre la France, ne tarda pas à la ramener sur les bords du Rhin ; elle rejoigmt ensuite l'armée autrichienne qui était chargée d'appuyer 'es 0[>érations des Russes en Italie. Prés de Modène eut lieu, le 12 juin 1799, un combat sanglant. Le pnnce de Hohenzollern, attaqué p;ir le général en chef Macdoiiald , avait sous ses ordres un régiment d'émigrés français connus soùs la dénomination de légion de Bussy, line cinquantaine de cavaliers de rette légion avaient cté détachés pendant l'action , ils se trouvèrent à la fia oou* pés du reste de Tarmée ; ils n'hésitèrent pas un instant, et se jetèrent sur les premiers postes qu'ils rencontrèrent, avec une iin()eluosité telle, qu'il fut impossible de les arrêter. Ils parvinrent ainsi ju-^qu'à l'eri<lroit où se trouvait Macdonaid , qui n'avait en ce moment avec lui que quelques officiers d'etatmajor et quelques soldats d*ordonnanoe.

Cette petite troupe mit sur-le-champ le sah e à la main, et il s'engagea une lutte dans laquelle iSlacdonald , combattant à la tête de son escorte , fut griè-

BHMmmBV FRANCE. PMWRB (a'AHafjijiB) Sf?

vMnent blessé. Les cbasseurs de Bussy, après avoir perdu quelques-uns des

leurs, poursuivirent leur course impétueuse et traversèrent Modeae, alors occupée par les Français, et où il leur fellut combattre encore; eiifiti, après des prodii;es de valeur et réduits au nombre de sept ou de huit,. ces braves, dignes de servir une meilleure cause , rfjoignirent , vers la Miraiidota, le quartit T i^rneral ;iti1ri(iiien.

Dans cette seconde coalitioOt donl les premiers succès furent rendus inu* tiles par les victoires de Masséna et de Leçon rbe en Suisse, le corps de Condé essuya encore des pertes considérables, surtout à la prise de Constance par les Français, 4c 17 octobre 1799. Plus tard ,Ternpereur Paul ayant ddnné Tordre à Souwarow de ramener ses ironpes en Russie , l'armée de Coudé passa à la solde de TAnuleterre. Elle devait faire, avec les Autri hiens, la cain[)ai;ne de 1800, que tciinin.i la victoire de iMarengo ; mais arrêtée a Pordcnone , elle dut reprendre la route qu'elle venait de parcourir, pour remonter jnsqu'eji Bavière. Lnfin, la paix ayant été faite a\ec TAutridie, et paraissant sur le poiut de se conclure avec l'Angleterre, far^ niée de Condc fut licnnilivenn nt licenciée. Depuis cette epncjue, bien qu'un certain nombre d iuuividus isolés eussent pris du service auprès des souverains étran;:ers, aucun corps de Français ne li^ura dans les armées coalisées. On peut, pour plus de détails, consulter les Campagnes de tannée de Condé, par M. dEcquevUlff, Paris,.

1818, 3 vol. iu 8".

Emingën, village d'Allemagne sur )a route de Stockach à Ulin, où, le 2jS mars 1799, le général Soult gagna une bataille sur le iiénéral Meerfeld.

KiLM£M)iNG£K C^atuilie d'j et combats sur l'Eltz. Ùarmée de Rhin et Moselle venait , en traversant le Vald'Enfer (1796 ), d'échapper au prince Ciiarles. Le premier dessem de .\loreau était de repasser le Riuo à Kebl , et de dégager cette place , assiégée par Parcbiduc; il ét^iit parvenu au delà de TEltz à la bauteur d'Emmendingen , et faisait des dispositions pour passer la v;illée de la Kintzig; maisil lui fallut s'arrêter. L'ennemi couronnait les

sommités en?ironnantes; Tartillefie at

pouvait avancer dans des chemins fingeux, impraticables. L'archiduc accourait, ralliant tous les corps qui avaient îhTesti Tarmée française.

Ses forces étant 'réunies, le prince Charles marcha pour att;)quer, le 19 oc- (qhre, les Français sur tous les points. L*actiou commença à Koendrigen ; le gétiéml Latourattanga le général Beaupui , qui , commandant Tavant - garde de l'aile gauche, avait ordre de se replier dei l'autre cdté de TEIU dès qu'elle y serait attsqtiée; mais Beaopui, emporté par son courage , se montra aux premiers rangs , et fut tué par un boulet <|è8 le commencement de l'action ; sa perte, déplorée par l'armée enlière, eut des suites fâcheuses. Au lieu de faire retraite, cette avant-garde continua de se battre avec bravoure daus sa^ mauvaise position; plusieurs fois elle repoussa l'ennemi , et l'iircliiduc fut obiij^e de marcher avec ses meiileiirs corps de grenadiers poyr la forcer d'abandonner ce village. On opposa une résistance égale aux attaques de Wnrtensleben et de Petra>ch , près d.Emmendingen ; et 1 un ne replia sur ce point , au delà de TEIts, qu*au moment où le prince d'Orange vint attaquer le liane droit. Il f illul encore abandonner \Valdkirch , et, le lendemain, la position du corps de bataille qui dès lors se trouvait dominé par les Impériaux. Notre arniée se re()lia ensuite sur Erihpurg , d'où Desaix se rendit à I>ieuf- Bris&cb ; les deux autres oorpe reculèrent jusqu'à Huningue, et passèrent le pont, après avoir soutenu, à Candern et Schlien^en, de brillantâ combats. ^Voy.

MOBBAU. )

Empibb o'ALi.BiiAGitE (relations de

la France avec). — Ce ne fut qu'après la mort de Louis le Débonnaire que la Germanie, ou (HNir mieux dire PAIIemagne, commença à avoir une existence bien distincte de VelIc du reste de l'empire franc. Lotbaire qui, à cette époque (840), était depuis vingt-trols ans associé à l'empire, prétendit en continuer l'unité, bien qu'il filt réduit de fait au gouvernement de l'Italie, de l'Helvétie, de la Provence et d'une petite portion de la Gaule-Belgique. « Sa- « cb», mandait-il à les ^rews, ClnrleB

flSft . nmC (a*AII«nagiie) LUMVERS. MME (a*AUeiiiaeiie)

« et Louis , sachez que le titre d*emi)e- « reur m'a été donné par une autorité

« supérieure, et considérez quelle éten- « due de pouvoir et quelle magnificence « doivent accompagner un pareil titre. » A ce manifeste insolent, les deux rois répondirent par la victoire de Fontanet, qui fut bientôt suivie du trnité de Verdun (voyez Fontanet et Verdun). Par ce traité, le roi Louis ie Germanique obtint les pavs situés entre le Rhin , la mer du Norà, l'Elbe et les Alpes, qui

fardèrent longtemps encore le nom de 'ranoe orientale, et finirent plus tard par prendre celui d'Allemagne.

Depuis cette époque, les rois d'Allemagne ne manquèrent pas une occasion de s'immiseer dans les affluires de la Gaule. Les Aquitains s'étant révoltés successivement contre Pépin et contre son oncle Charles le Chauve, et ne pouvant résister à ce dernier, envoyèrent demander à Louis le Germanique de leur donner pour roi un de ses fils.

Celui-ci accourut, en 863, avecune armée de Germains; mais la victoire resta à Cliarles, qui plaça son fils sur le trône d'Aquitaine. De même, de grnves dissentiments s'étant élevés, en 858, entre Charles d'une part, et les crands et les évéques de l'autre, cem-cT éerivnrent à Louis le Germanique «qu'ils ne pou- « vaient suuporier plus longtemiNS la «tyrannie de Charles, et que, sil ne « venait uromptement, ils seraient for- « cés de demander secours aux païens. » A l'approche de Louis, Charles s'enfuit sans combattre, et se retira en Bourgogne sans être poursuivi; mais ayant bientôt repriru à la tête d'une nouvelle armée, que la haine des habitants de la Gaule contre les Germains avait suffi pour rassembler autour de loi, son ennemi fut obligé de rétrograder n son tour et de repasser le Rhin, et perdit ainsi la Gaule, comme il l'avait gagnée, sans livrer une seule bataille; enOn, en 860, un traité de pacification fut signé à Coblentz , grâce a l'intervention du clergé, entre Louis, Charles et Lothaire.

Lothaire TI, roi de Lorraine, étnnt mort en 870, Charles le Thauve fit une invasion dans ses États et se fit élever au tràne par les évéques; mais, après de longues négociations, il fut force de

partager sa conquête avec Louis le Gernianiuue, et il n'en garda que la partie mériaionale, c'est-à-dire, le Danphiné, le Lyonnais, la plus grande partie de fa Bourgogne, du pays de Liège cl du Brahant, tandis que son frère eut l'Alsace et les provinces voisines de la ri?e gauche du Rhin.

Cmq ans plus tard, de nouvelles dissensions s'élevèrent encore entre les deux princes relativement à la succession de Louis II , empereur et roi d'Italie. Une diète de dix-nuit évéques et de dix comtes, assemblée à Pavie, leur offrait simultanément à tous deux la couronne impériale; mais Charles gagna de vitesse son concurrent, et fut proclamé à Rome, par le pape, comme protecteur y seigneur et roi d'Italie. Louis le Germanique y avait envoyé successivement ses deux iils, qui, trompés par les promesses de Charles, se retirèrent, tandis que leur père, indigné de la trahison de son rival, passait le Rhin avec Louis de Saxe, son troisième fils, et s'avançait jusqu'au palais d'Attigny en ravageant tout sur son passage. Mais l'approche de Charles et de son armée le fit bientôt reculer, et il était de retour à Francfort lorsque Temperear arriva à Saint- Dents.

Louis le Germanique étant mort le 28 août 876, Charles convoita une troisième couronne ; mais les trois fils du monarque allemand prirent les armes, et l'un d'eux, Louis de Saxe, fut vainqueur à Andernach. Carloman, de son côté, pénétra en Italie; ce fut en vain que Charles passa les Alpes pour s'opposer à lui, il fut oblif^é de s'enfuir, et mourut an pied du Mont-Ceois, le 6 octobre 877.

l>epuis cette époque jusqu'à 888, nos rapports avec TAlleningne n'offrent aucun fait bien remarquable. Seulemejit, par rextinctiou successive de la rare de. Charlemagne, Chartes III, dit le Gros, reunit presque toutes les parties du iirnufl empire l'onde près d'un siècle auparavant. Étant retourné en Germanie en 887, il y convoqua une diète pour nommer son successeur, car il n'avait pas d'enfants. I\Inis les Germains appelèrent a eux Arnult , iils bdtard de Cariomao de Bavière; etCharles étant mort Tannée suivante, les Fran-

■■mB^(d*l]]«MgM) FRANCE. BWUUB (d'AUmint) M

çais , dégodtés de la raoecariovingienne,

prirent pour roi Eudes, comte de Paris et duc de France. « Alors, disent les « annales de saint Bertin, s'opéra déU- « nltivement ta séparation des Fraitt»- « Teutons et des Francs-Romains. »

« L'héritier dépossédé par cette élection, Karle, surnomme le Simple ou le Sot, ne tarda pas à justifier son exclusion du trône en se mettant sous le patronage d'Armilf, roi de Germanie.

« Ne pouvant tenir, dit un ancien historien , contre la puissance d*Eudes, il alla réclamer en suppliant la protection du roi Arnulf. Une assemblée publique fut convoquée dans la ville de Worms; Karle s'y rendit, et, après avoir offert de grands présents à Arnulf, il fut investi par lui de la royauté dont il avait pris le titre. L'ordre fut donné aux comtes et aux evèques qui résidaient aux environs de la Moselle de lui prêter secours, et de le faire rentrer dans son royaume pour qu'il y fût couronné; mais rien de tout cela ne lui profita. » Le parti des Carlovingiens, soutenu par l'intervention germanique, ne réussit point à l'emporier sur le p.irti qu'on peut nommer français. Il fut plusieurs rois battu avec son dief , qui , après chaque défaite, se mettait en sûreté derrière la Meuse, hors des liinites du royaume. Charles le Simple parvint cependant, à force d'intrigues , et grâce au voisinage de l'Affemagne, à obtenir uelque puissance entre la lieuse et la eine... Un reste de la vieille opinion germaine, qui regardait les Welskes ou Wallons comme les sujets naturels des fils des Frnnks, contribuait à rendre celte guerre de dynastie populaire dans tous les pays voisins du Rhin. Sous prétexte de soutenir les droits de la rovnutc léijitime, Swintibold, fils naturel d'AruuIf et roi de Lorraine, envahit le territoire français en l'année 895. Il parvint jusqu'à Laon avec une armée composée de Lorrains, d'Alsaciens et de Flamands , tous gens de langue tudesque; mais bientôt il se vit forcé de battre en retraite devant Tarmée du roi Eudes. Cette i^rando tentative ayant ainsi échoué , il se fit a la cour de Germanie une sorte do reaction politique en faveur de celui qu*on avait |u8que-là qualifié d'uaarpateur. Eudes

fiit reconnu roi , et l'on promit de ne

plus donner à l'avenir aucun secours au prétendant. En effet, Karle n'obtint rien tant que son adversaire vécut; mail i la mort du roi Eudes, loraque le changement de dynastie fut remis en question , le Keisar prit de nouveau parti pour le descendant des rois franluu La puissance impériale, pesant sans contre-poids sur le petit royaume de Frnncp, contribua fortement, quoique d'une manière indirecte, à amener une restauration , et Charles le Simple fut proclame roi , en 898, par une partie de ceux qui avaient travaillé à l'exclureC*). »

Son fils Louis d'Outremer étant monté sur le trône en 936, grâce à l'intervention des ducs de Normandie, rechercha pour se fortifier contre le parti nntional l'alliafjcc d'Otton, premier roi de Germanie, le prince le plus puissant et le plus ambitieux de son époque.

Cependant , en 945, il fut vaincu et pris dîuis une bataille rangée, par Uujiues le Grand , comte de Paris , vigoureusement soutenu par le duc de Normandie. Mais cette confédération des deux puissances gauloises les plus voisines de la Gerinanie attira contre elles une coalition des puissances teutoniques, dont les

f)rincipales étaient alors le roi Otton et e comte de Flandre. Le prétexte de la guerre était de tirer le roi Louis de sa prison ; mais les coalisés se promettaient des résultats d'un autre f;enre. Leur but était d'anénrïtir la puissance normande, en réunissant le duché a la couronne de France, après la restauration du roi leur allié: en retour, ils devaient recevoir une cession de territoire, qui agrandirait leurs États aux dépens du royaume de France. L'invasmn, conduite par le roi de Germanie , eut lieu en 946. A la téte de trente-deux légions, disent les historiens du temps, OUon s'avança jusqu'à Reims. Le parti national , qui tenait un roi en prison et n'avait point de roi à sa téte, ne put rallier autour de lui des forces suffisantes pour repousser les étrangers.

Louis d'Outremer fut remis en liberté, et les coalisés s'avancèrent jusque sous les murs de Rouen; mais cette cam-

O Augustin Tliierry, LellieTJI^pr rUa> toirede ftanoe.

pagne brillante n*eut aucun résuUat

décisif. Ln Normindip resta indépr-ndante, et le roi délivré n'eut pas plus d*ainis qu'auparav.mt. Au contraire, on lui imputa les malheurs de Tiovasion; et, menacé bientôt d'être une seconde fois déposé, il retourna au delà du Rhin pour implorer de nouveaux secours.

En 048, il se présenta comme suppliant au concile d'Ingelheim, où les évoques de la Germanie, eonvocjtK^s par Oltoii, lancèrent une excuiiumiuicatiou eontre le oomte Huguea , excommunication qui ne produisit aurun effet.

« A la mort de Louis d'Outremer, eu 954, son fils Lother lui succéda sans opposition apparente* Deux ans après, le comte Hugues mourut, laissant trois fils, dont l'aîné, qui portait le même nom que lui , hérita du comté de Paris,

3u*on a[)|)elait ausiti dudié de Franeb. on père, nviuit de mourir, Tavalt recommande à Richard, duc de ^orman• die, comme au défenseur naturel de sa familte et de son parti. Ce parti sembla aommeiller jusqu'en l'annéeStO. Durant ce long intervalle de temps, non-seuie« ment il n'y eut point de guerre civile» mais le roi Lother, s*abandonnant a l'impulsion de Tesprit national , rompit avec les puissances genii.tni(jues , et tenta de reculer jusqu'au Rhin la frontière de son royaume. Il entra à l'iraproviste sur les terrrs de l'Empire, et séjourna en vainqueur dans le pal.iis d'Aix-la-Chapelle. Mais cette expédition aventureuse, qui flattait la \aiule française, ne servit qu*à amener les Gennains,au nonibrede soixante tuille, Alleujands, Lorrains, Flamands et Saxons, jusque sur les hauteurs de Montmartre, oti cette grande armée dianta en chœur un des versets du Te Denm. I/empereur Othon, qui la conduisait, fut plus heureux, comme il arrive Souvent, dans Tiiivasion que dans la retraite. Battu par les Français au passage de l'Aisne, ce nefutqu'au'moyen d'une trêve conclue avec le roi Lother 6u'il put regagner sa frontière. Ce n'aité, conclu , à ce que disent les chroniques , contre le p^ré de l'armée française, ranima la querelle des deux partis... Lother tourna les yeux du côte du ilMn pour obtenir un appui en cas de détresse. 11 lit remise à la cour impé-

riale de ses conquêtes en Lorraine et dt

toutes les prétentions de la France sur une partie de ce royaume. < Cette chose, « dit un auteur contemporain , contrista « grandement le cœur des seigneurs de «France...» En 983, proOtant de la mort d'Othon II et de la minorité de son (ils, il rompit subitement la paix qu'il avait conclue avec l'Empire, et envahit derechef la Lorraine; agression qui devait lui reiidre un peu de popularité (*). »

Ce fut dans la première de ces exp^

ditions que, pour teruîiner la quereUe, les seigneurs de France proposèrent un combat singulier entre les deux rois.

« C'est une folie, disait le comte d'Ao- « jou, d'exposer tant de braves gens è « la mort pour le discord de deux prina ces; qu'ils descendent dans le cluunp « clos , et nous reconnaîtrons pour chrf «le vainqueur. — Nous avions, répondit '< le eoiiite des Ardennes, toujours ouï a dire, sans le croire, que les Français «méprisaient leurs rois; aujourd'hui, «nous en demeurons convaincus par « votre propre bouche. >.

Enfin, en 987, les descendants de Gbarlemaffne (voyez Cablovingiens) forent définitivement exclus du troue, et les firiiiccs d'All<'m;igne n'osèrent entreprendre pour eux une quatrième restauration; ils se bornèrent à donner asile aux deux fils de Charles de Lorraine. Ainsi se terminèrent ces tentatives des étrangers pour imposer à la France une dynastie qui lui était odieuse, tentatives qui offrent la plus grande ressemblance avec celles qui fureut f.iites par les mêmes peuples, depuis 1789, pour nous imposer la famille des Bourbons.

Les premiers princes de la dynastie ca|iétieniie sont si nuls , les sources de l'histoire sont si peu abondantes pour ce temps , i|ue nous avons à peine quelques vagues renseignements sur les relations qui existaient a cette époque entre ia France et T Allemagne.

A son retour d'une exf^klition contre l'Italie, l'empereur Henri II demanda à Robert une conférence dans des vues politiques et religieuses qui ne uous aontpas eonnoes. Le bourg d' Y voy (auj.

(*) Auf. Thierry, euvisfe oité.

BMPIKB (é'ÀUtmfne) FAANCË. Wi&fi (d'AUawfw) 181

CarifflUin) , près de la frontière de la

Cliampafîno et du T.iixpinbouri; , fut choisi pour le lieu de celte entrevue.

Les deux princes s'y trouvèrent le J l aodt 10^3, et ils convinrent de se réunir ^ de nouveau à Pavie l'année suivante ; mais la mort de Henri lleiiipéclia Teiéciition de ce projet.

Conrad II, duc de Franconie, remplaça Henri sur le trÔne d'Allemagne.

Ma s les Italiens, qui stipportnient impatiemment la domination des successeurs d*Otton , refusèrent de le reconnaître , et offrirent leur couronne à Robert. Leur exemple fut suivi p;ir les seigneurs de Lorraine , qui voulaient aussi se soustraire à la domination germanique; les vassaux du roi d'Arles, Rodolphell, firent de même, et demandèrent pour roi Eudes II , comte de Blois et de Cbampaj^e. Robert rejeta les offies (les Italiens et des Lorrains; mais Eudes accepta celles des seigneurs de Provence, et Guillaume III , duc d*A(|uitaine, se présenta comme roi aux Italiens. Ces projets , qui tendaient à ramener dans l:r Hciiendaneede la France trois royatnnes dén)eml>rés de l'empire de Charlemagne , furent déjoués |Kir Tactivité du nouvel empereur. Eudes , qui essrivn de faire valoir par les armes ses prétentions , fut vaincu et tué dans une bataille coqtre les Lorrains, le 15 novembre 1087, et cette victoire assura à l' MIt'inaizne une prépondérance marquée sur tous les autres États européens. Une fdle de Conrad , qui avait été fianeée au fils de Robert, Henri T', mourut avant la célébration du ma»

riaf^e. '

Le successeur de Conrad, Henri III, ne resta pas tranquille possesseur des États qu'il possédait en Franee. Godefroî le Hardi, qui prétendait avoir des droits au duclié de Lorraine, se ligua fivec Baudouin de Lille, comte de Flan- • dre, et Tliierry IV, eomte de Holln/ide, et tous trois s'adressèrent, en 1(M6, au roi de France , pour l'engager à réclamer la Lorraine, qui, disaient-ils, aussi bien que le palais de Cbarlemagne à Aix-la-Cbapelle , avait appartenu à ses prédécesseurs. Ce fut en vain que les évéques et les seigneurs, joignant leurs sollicitations à cillcs de ees princes, ipressèreat ie roi de commencer une

guerre qui serait bien vite devenue Ba*

tiotiale; le faible Henri ne put se résoudre a sortir de son repos, et refusa tout secQurs aux seitineurs révoltés , qui bientôt furent obligés de se soumettre, î.'ciiipi^renr eut même avec li' roi (le Fi atiee une en revue , en 1048 , à Yvoy, où il l'affermit eueore dans ses vues pacifiques. Cependant, à une seconde entrevue que les deux prinres eurent au même endroit en 1054, Henri I"" sembla montrer quelque éuergie. Il lit à l'empereur de sanglants reproches au stijet des ravages qu'il avait exercés sur les terres du comte de Flandre, et réclama pour lui-même la couronne de Lorraine. Suivant Lambert d*A8chaffembourg , l'empereur offrit de vider le différend par un combat singidier; mais la nuit suivante, le roi, effrayé de sa propre audace, quitta furtivement Tvoy, et se garda bien de donner suite à ses réclamations. Durant tout son règne, TiuQueuce gennamque ne Ut que s'accroître et s'affermir dans Tiutérieur des Gaules.

La querelle des investitures, qui, pendant si longtemps , attira du côté de ritalie toutes les forces de l'Empire , annula pour ainsi dire en France cette influe née , sous le règne de l'indolent Philippe 1"^. Nous ne trouvons, durant cet intervalle, d'autre trace de relations entre les deux pays que la lettre écrite par l'empereur Henri IV à Piiilippe ^^ qui y est désigné par le titre de roi des Celtes, pour lui raconter ses malheurs et ses souffrances , et implorer son secours contre le fils rebelle qui lui « (ilevait la couronne. Trois provinces françaises relevaient encore de l'Empire à cette é()oque; c'étaient la Provence proprement dite, la Bourgogne transjurane et ta Lorraine.

Quelques années plus tard, une menace d'invasion en France , faite par l'empereur Henri V, doima lieu à la première grande manifestation nationale ^ui apparaisse dans notre histoire depuis Charlemagne. Las rois de France et d'Angleterre se disputaient la Normandie; le roi d'Angleterre fit alliance 4vec l'empereur Heori V, <^ui était son gendre, et l'engagea à envahir la France. Aussitôt Louis VI appela les grands vassaux à la déiense du pays, et leur

su BWIM (d^AUcnagne) L*UJ«IVERS. BHPlRB^Cd'AUeouijne)

donna rendez-vous à Reims. « Lorsque

nous fûmes, dit Suger, rassemblés de toutes parts à Reims, le nombre des troupes à pied et à cheval était si grand,

au'efles paraissaient dévorer la surface B la terre à la manière des sauterelles, non-seulement dans les vallées et le long des eaux, mais dans les montagnes et les plaines. Comme le roi y attendit Tattaque des Allemands pendant une semaine entière , les seigneurs de son royaume disaient entre eux : » Avançons « audacieusement sur eux, de j)eui quMIs « ne se retirent avec impunité, et qu'ils « ne se vantent ensuite d'avoir attaqué la « France,dominatricede l'univers; qu'ils « éprouvent la punition de leur audace, « non dans notre pays, mais dans le leur, « qui , après tout, si souvent vaincu par « les Francs, nous appartient par le droit « royal delà France.-Maisd'autres chefs, avec une sévérité plus habile, voulaient attendre plus longtemps , jusqu'à ce qu'ils eussent passé nos frontières , afin de leur couper la retraite lorsqu'ils ne pourraient plus fuir; ils proposaient alors de 1rs vaincre, de les abattre, de les éf^orger sans miséricorde comme des Sarrasins, d'exposer, pour leur éternelle honte , leurs corps barbares sans sépulture aux loups et aux corbeaux...

Les seigneurs du royaume, réunis au palais , distribuèrent ensuite devant le roi les bataillons qui devaient 8*as8embicr. Ils firent une première division des habitants de Reims et de Chàlons , qui passait 60,000 combattants , tant à pied qu^à cheval. La seconde, qui n'était pas moins nombreuse , comprenait ceux de Laon et de Soissons ; la troisième ceux d'Orléans, d'Êtampes, de Paris, avec la nombreuse arméedévouée à saint Denis et à la couronne, où le roi voulut être lui-même... Le comte de Champagne, Thibaut, avec son oncle, le comte Hugues de IVoyes , étant arrivé sur les sommations de la France , formait la quatrième; le duc de Bourgogne avec le comte de Nevers, la cinquième ; Texeellent comte Raoul de Vermandois , illustré par la parenté du roi , entouré d'une brillante chevalerie et de la bourgeoisie de Saint-Quentin, armée de casques et de cuirasses , devait former l aile droite ; ceux de Ponthieu , d'Amiens et de fieauvais, étaient

destinés à Taiie gaache. Le noble comte

de Flandre, avec 10,000 vaillants chevaliers, aurait triplé l'armée s'il avait pu arriver à temps ; le duc d'Aquitaine, Guillaume, l'excellent comte de Bretagne, et le belliqueux Foulques , comte d'Anjou, se désolaient de ce que la distance des lieux et la brièveté du temps ne leur permissent pas d'amener aussi leurs forces pour venger les injures faites aux Français. »

Mais ce grand déploiement de forces n'eut qu'une influence morale ; on ne fut point obligé de repousser Henri V : effrayé des préparatifs que l'on faisait contre lui, il ne passa pas les frontières de France.

Depuis longues années, les emporears d'Alirmaîzne, constamment occupés par leurs querelles avec la pnpauté, n'avaient pu s'occuper des provinces qu'ils possédaienten France, et ces provinces avaient fini par ne plus reconnaître que de nom leur autorité. Frédéric P'' fit cesser Cet état de choses; au retour de sa première expédition d'Italie, en 1156, il passa par le royaume de Bourgogne, que se disputaient Berchtold IV et Béatrix, héritiers l'un de Conrad de Zxhringen, l'autre du comte Reynold. Il termina leur différend en épousant Béatrix, et réunit ainsi la souveraineté de la haute Bourgogne, c'est-à-dire, de la Frandie-Comra , à ses droits de suzeraineté sur tout le royaume; de plus, il conféra an duc Berchtold le titre de vicaire de l'Empire en Bourgogne, et fixa le nombre de chevaliers, de cuirassiers et d'arbalétriers , avec lequel ce seigneur devrait le servir dans les 2;uerres qu'il aurait à soutenir, soit dans le royaume d'Arles, soit en Italie. Il vînt l'année suivante tenir à Besançon une diète, à Iruitielle assistèrent les archevêques de Vienne et de Lyon , et les évéques de 'Valence et d'Avignon. L'archevêque d'Arles , et un grand nombre de prélats et de princes (jiii n'avaient pu se rendre à cette assemblée, le pressaient d'aller se faire couronner à Arles comme v roi de Provence. Mais Louis Vil , qui s'était avancé jusqu'à Dijon pour avoir une conférence avec lui, se retira précipitamment, et se prépara à la guerre, pour l'empêcher de céder à ces sollicitations. Bientôt après, toute l'attentioii

BHPIBB (cTAUeiBagiM) FRANCE. BHMBS (d'AUetsigii») M

de Frédéric fut attirée vers l'Italie , et les choses en restèrent là.

Cependant, en n78, Frédéric fit un

nouveau voyage en France, et alla se faire couronner à Arles. Mais il accorda tant de privilèges à Raymond V, comte de Toulouse , au prince d'Orange et au comte (le Valence, que ce voyage, qui

f>ouvait avoir pour but de resserrer les iens qui attacnaient encore ces contrées à l*£mpire, acheva d'anéantir l*autorité impériale.

Lorsque la mort inattendue de Uenri VI , successeur de Frédéric I", eut rendu , en 1197, le siège impérial var cant, Richard Cœur de Lion et Philippe- Auguste cherchèrent tous les deux, en &vonsant chacun un prétendant, à rattacher leur querelle à la grande guerre des Guelfes et des Gibelins. Phili])pe de Souabe , le prétendant que soutenait la France , l'emporta sur son concurrent.

Ce fut aux sec ours en argent qu'il avait reçus de Pliiliiipc-AiitiustP qti'il fut redevable de ce succès. Ce fut en etiet ces secours qui d'abord le mirent en état d'acheter des électeurs, et qui lui servirent ensuite à lever les troupes avec lesquelles il fit valoir ses droits contre son compétiteur, Otton de Brunswick.

Aussi contracta-t-il avec Philippe-Auguste une étroite alliance, à laquelle ce dernier alt.K-hait;ivpc raison le plus haut prix , au milieu de la lutte terrible qu'il avaitalorsà soutenir contre l'A ngleterre. Mais bientôt nprcs , Philippe de Souabe fut assassine, et Otton tut élu pour lui succéder. Ce fut en vani que Plulippe écrivit au pape Innocent ill pour rengager à ne point le courormer, Otton fut reconnu empereur [lar tous les princes d'Allemagne, par les Guelfes et par les Gibelins , et le pape sanctionna son élection. Mais Philippe ne se tint pas pour battu ; il lui suscita un rival dans la personne de Frédéric II, qui, en 1212, eut avec Louis , fils de Phiiippe-Ao-

§uste, une entrevue à V\iucouleurs. Les eux princes y signèrent l'engagement de ne faire ni paix ni trêve avec Jean, roi d'Angleterre, ni avec Otton, sans le consentement de l'un ou de l'autre. Otton, de son coté, forma avec Jean sans Terre et les vassaux mécontents du roi de France , une ligue formidable , que Tint bientôt après dissoudre d*une ma*

nière glorieuse l'importante victoire de Bouvines. (Voy. Annales, 1. 1, p. 182, et dans le Dictionnaire, TartiGle Bou«

VINES )

La première moitié du treizième siècle fut presque tout entière occupée par la lutte de Frédéric II contre les

envahissements de la papauté ; celle-ci chercha plus d'une fois a entraîner Louis IXdans son parti. En 1337, TEmpereur avait adressé des lettres à tous les grands

princes de la chrétienté, pour les inviter à une conférence qui devait avoir lieu è'Vaueouleurs, « afin, disait-il, de « délibérer sur des affaires difficiles qui « regardaient tout atissi bien les autres «coyaumes que TEmpire. » Ces lettres furent bientôt suivies de nouvelles dépêches par lesquelles il priait les princes de remettre cette conférence à l'année suivante. Mais Grégoire IX excommunia de nouveau Frédéric en 1239, et, comptant sur la soumission du roi de France, lui envoya , pour lui notifier cette excommunication, Jacques, evéque de Prénestc. Celui-ci, après s'être acquitté de cette partie de sa mission, lut devant le roi et tous les barons de France une lettre du souverain pontife, qui donnait la couronne au comte Robert , frère de saint Louis. La réponse des Fr.mcais fttt remarquable : « De « quelle aii(l;ire, (lir< iit-ils, le pape a-t-il « osé déposer un si grand prince , qui « n*a pas son pareil parmi tes chrétiens, « sans l'avoir convaincu des accusations « portées contre lui? S'il avait mérité « d'être déposé , il ne devait l'être que « par un concile général. Pour nous, il « est toujours itmocent, il a toujours « été notre bon voisin, et nous n'avons « rien vu de mauvais en lui... Nous ne « voulons pas nous exposer à de grands « dangers en attaquant Frédéric dans a sa puissance, alors que tant de royau- « mes l'assisteront, et qu'il aura encore « pour lui la justice de sa cause. »

Après cette réponse , des ambassadeurs furent envoyés à Frédéric, qui protesta devant eux de son orthodoxie, et oeux*ci lui promirent , au nom de la France , la continuation de leurs bons offices. On le voit , une grande harmonie régnait alors entre les deux nations. Cette harmonie fut troublée un instant, lorsque Frédéric, en 1241 , eut retenu

214 BMPlftB (d'AlkoMgWi. L'UmVËRS. XKPiaB (d'AUMNfiia)

prisonniers les prélats français qal le

rendaient à Cività-Vecchia pour un concile ronvot^ue à Rome par le pape. Louis IX lui écrivit une lettre pleine de fermeté et de Scigesse , pour lui demander la mise en liberté, de ses sujets. " Que « vot e prudence impériale, disait-il en «terminant, pèac notre demande , et « qu'elle ne se borne pas à alléu^uer vo- « tre puissance ou votre volnntc; car le « royaume de France n'est pas si t"a:l)ie, « qu'il se soumît davantage a recevoir « vos coups d'éperon. » Cette lettre eut un |)lein aucoès, et les prélats fureot re« lâchés.

A Texception des tentatives de Louis IX pour rétablir la paix entre le sayntsiège et TEmpire , les relations de la Fran 'eetde l'A lemagne n'enrent^u'uue faible importance depuis cette époque jusque dans les dernières années du treiziènie siècle. Après l'extinetion de la maison (le Holienstaufen , l'Allemagne perdit toute mUuence en Europe. Kooolphe de Habsbourg , uniquement oc- OUpéde fonder la grandeur de sa maison, s'in'}inV'i;i fort peu des afl.iires de la France, et évita toujours d avoir quelque démêlé avec elle. Il y réussit, bien aue les deux pays confluassent l'un avec rautre sur une étendue de plus de 200 lieues.

Les successeurs de saint Louis surent* profiter avec habileté de oes dispositions, et, sans éclat ni vi 'leiirc il-, et ctiJîrrnt leiir influence sur les .a\s sil.ies a i est de la Saône et du Rhône'. La Provence, sous uo prince français, devenait peu.àj)eii française; eiiliti le cnmt;' de Bourgogne fut cédé a IMuli. pe le Bel par le comte Otton IV. Cet agrandissement de la France aux dépens de TEmpIre excita ce[)' n(l;irit en AluMnaune un certain meconientemefit. E'iouard , roi «i'An^ileterre, sut enj>ronter; il envoya en 1294 100,000 livres sterling au roi des Romains, Adoljibe de Nassau, pour T iidcr à lever une armée avec laqu<'l!e ce prnice devait attaquer la France par sa frontière septentrionale. Mais Adolphe n'effectua pas cette invasion, quoiqu'il edt reçu de nom p;mx subsides ; il se borna à une déclaration de guerre et à des lettres de défi contre Philippe , actes <|ui ne furent suivis d'aucune hostilité.

D'ailleurs, le roi de France, par ses io-

trigues , et en distribuant habilement

de l'argent, était parvenu à lui susciter des ennemis dans rKmpire. Il aida puissamment a fiire nommer empereur, Albert d'Autriche, qui défit et tua son rival près de AVorms, en 1298.

Au mois de décembre de l'année suivante, les deux monarques eurent une entrevua à Vaucou leurs, et Blanche, aœur lie Philippe, fut promise en mariage à Rodolphe III, duc d'Autriche et (ils d'Albert. Ce dernier avait ua trop grand besoin de l'appui de la France, pour élever des réclamations relatives a l'ancien royaume d'Arles ; et coimhe Philippe n'arrêta nuliejnciit ses usurpations « soit en Franche-Comté , soit à Lyon, le bruit se répandit qu'elles avaient été approuvées p;ir Albert. Les deux monarques étaient convenus, dans cette conférence , de faire mettre des bornes d airain dans la rivière de la Meuse, et des bornes de pierre sur ses bords, pour marquer les limites de TEuipire cl du royaume de France.

« Philippe le Bel, aussitôt après la mort d'Albert (assassiné en 1308), songea à porter son frère Charles de Valois sur le trdne Impérial , dans Tespoir de rattacher ainsi l'Empire à la France. 11 avait déjà contrarl ', (Ipiix ans auparavant, une alliance intuue avec Henri de Virnebourg , ardievéque de Cologne , dont il se croyait assuré. Il regardait Clément V comme tellement <ians sa dépendance , qu'il ne doutait point que .tout le crédit de la cour de Rome ne fût employé en sa faveur. Il fit doue partir Pierre de Barrière, chanoine de Verdun, et liugues de Celles, chevalier, pour la cour pontiGcale, qui était ea- Core à Poitiers, en leur imposant de de* mander à Clément d'agir avec la [dus grande vigueur en faveur de son Irere.

il comptait les suivre de près avec six mUle chevaux pour intimider le pape , tandis qu'il avait envoyé eîi même temps des ambassadeurs en' Allemagne, pour gagner les électeurs par de nches présents et des promesses plus splendides encore... Toutefois, le pape et les électeurs furent également alarmer» d'une prétention qui n'aurait pu se réalîstf sans compléter Tasser visseraent de TEurope. L'archevêque de Cologne ne réussit à gfl^uer à la France le âuiïrage

BWWB (d'AHtiMffM) FRANGE. MUmm (d'AMim^e)

d aucun électeur. Clément V leur avaft bien écrit, selon l*iojonction qu'il avait reçue, pour leur recoininander Chnries de Valois; mais en même temps il les avait fàit avertir Sfcrètement , par le ministère du cardinal de Prato« de n'accorder aucune foi à ses recommandations , de se presser plutôt de reunir leurs suffrages sur un prétendant qui fût en état de soutenir ^indépendance de l'Empire. Lf dantror que courait l'Allemagne mit enlind accord les électeurs:

après sept mois d*interrè^ne, Henri de Luxembourg fut proclamé empereur II Francfort, le 27 novenihre (*). «

Si les intrigues de Philippe avaient réussi, riodépendance de l^lise et de l'Europe eût péri; car la famille des Capétiens, déjà maîtresse des trônes de France, de ÏNaplt s, de Navarre, de Hongrie , n'aurait pu être arrêtée par l*An- ■gleterre alors en décadence sous le honteux règne d'Kdouard II. Pourtant, 4)ien que cette élection eût fort dérangé les projets du roi de France, qui ne pouvait voir avec plaisir un prince des Pays-Pas parvenir à THinpire, il conclut, le 26 juin 13iO, avec Henri VII, un traité ou TEmpereur ne Ht aucune mention de ses droits sur le royaume d'Arles; et, quelques semaines après , Lyon fut occupe par une année Irau- Çaise, et réuni à la France.

Treize ans itprcs, un autre roi de Franco, Charles IV, éleva de nouvelles prétentions a la couronne impériale.

On prétend que Tidée lui en avait été sugi^érée par son beau*frère, Jean de Bohème, qui kii avait {î^T*nnti la réussite, et lui avait pronns de lui amener à Bar-sur-Aube l'archevêque de Trêves, son oncle, rarcl)evè(jue de Cologne, et beaucoup de princes allemands; inalhrureusement l'inronstant Jean de Mohciue ne tarda p<is a abandonner le parti de la France; et lorsque Charles le Bel se rendit à Bar-sur-Aube, au mois de juillet 1324, avec une suite noml)reiise, et se pré.senta ouvertement comnte candidat à TEinpire, on ne vit arriver au rendez-vous qu'un seul des nrinces invites ; c'était le duc Léopold d'Autriche,

âui s'engagea a taire a^ir l'archevêque B Salzbourg et révéque de Passau

O De âiuaoadi, t. UL, p. ai4 et sutv.

contre la Bavière , félecteur de Colofunc

et l'évêque de Mtmster sur le Bas-Rhm, enfin l'évêque de Strasbourg en Alsace, et promit en outre, a condition que Charles le nommerait son vicaire impérial en Allema^jne, de faire abdiquer son frère Frédéric , alors prisontner, aussitôt que ce dernier aurait recouvré la liberté. Trente mille marcs d'argent furent avancés par la Fram e; mais au moment même où Charles IV et Léo-

{)old signaient le traité, le roi de Bohême, es trois électeurs ecclésiastiques, et la plupart des princes allemands, se réunissaient à Cologne, auprès de Louis de Bavière, et y prenaieut l'engagement de s'opposer aux projets ambitieux du rm de France.' Aussi , malgré Tappui (irêté à ce prince par le pape Jean XXll, malgré des sonnnes considérables qu'il fit passer en Allemagne pour soudoyer une armée de Lithuaniens, de Russes et de Vnkiqnes , ses tentatives n'eurent aucun succ:esi enfin la mort de Leopold , qui arriva le 26 février 1326, mit un ternie à ses prétenUona et à ses intrigues.

Line autre négociation importante, et qui malheureusement n'eut pas non plus fesrésidtats qu'on pouvait en espérer,eut

lieu en 1333. l/emp<'reur Louis V avait conçu le projet d'abdiquer, et résolu de &ire nommer à sa platée Henri , duc de la basse Bavière. Celui-ci , afin de s'a$su« rer l'appui de la France, courhit avec PluHppc de Valois un traite par lequel il lui cé^lait , pour trois cent mille marcs o*argent, tous les droits de TEmplre sur l'ancien royaume de Bourgogne, sur celui d'Arles et de Provence, et sur l'évcché de Cambrai. Mais la diète s'opposa^ à Tabdiciition de Louis V, et le traite fut annulé de f lit.

Cependant l'inniience que la France exerçait sur les papes, presque prisonniers à Avis;non, fi iit par soulever contreelierEuropeentière; Édouard Ilf, qui se disposait .i attaquer Phdippe VI,

I)ruiita de ces dispusiliuns pour engager es princes de la basse Allemagne à se liguer avec lui. L'empereur Louis, qui voulait recouvrer la ville de Cambrai, le seconda de tout son pouvoir. Mais Philippe sut si bien faire agir le roi de Bohême, et répandit l'or si à propos, que, pendant une année, les confédérés

SS6 BHPmE (d'AlUmagne) L*UNIVERS. SHFIRB (d'ADmeiie)

ne purent rien entreprendre contre lui.

Cependant, en 1839, Louis envoya son fils, avec une centaine de lances, au secours d'Édouard, qui fut successivement rejoint par le duc de Gueldre, les marquis de Juliers et de Misnie, et les spiirneurs de Hainaut, de Fauquemont et de Blankenhf'im. Mais le prince anglais ne sut pas employer utilement ces renforts; il les congédia après une courte cnmpafîne; et, deux ans plus tard , cédant aux instances de sa femme, nièce de Philippe, Louis rompit tout à coup avec Édouanl , loi retira le titre de vicaire de rEni|»ire qu'il lui avait accordé, et lit une étroite alliance avec Philippe, lequel lui promit son intervention auprès du pape pour le faire relever des nombreuses excommunications fulminées contre lui.

Depuis cette époque jusqu'au milieu du quinzième siècle, les relations de TAIIemagne et de la France offrent peu d'intérêt. INous devons pourtant mentionner un événement important qui eut lieu en nous voûtons parler du couronnement de Tempereur Charles IV, comme souverain de l'ancien royaume de Provence. Cest à Arles

au'e la cérémonie eut lieu. L'Empereur t, en 1378, un second voyage en France; il vint à Paris, acquitter un vœu qu'il avait fait à Saint-Maur (voyez Entbbes solennelles). Vin^t ans après, un autre empereur, Weticeslas , se rendit ntissi à Reims , où il fut reçu avec la plus grande magnificence par Charles VI , qui le combla de présents. ^^ < riceslas ayant été dépose en 1400, le duc d'Orléans se prononça en sa faveur, rassembla une nombreuse cavalerie, et voulut faire une invasion en Aliema(|ne, mais i) n*alla pas çlus loin que Reims. Une mitre tentative qu'il fit rannée suivante n'eut pas de résultats plus in)portaots.

Sigîsmond vint à Paris en 1415 , et y fut reçu avec grand honneur. Charles VI le pria de s'interposer comme médiateur entre la France et l'Angleterre; mais, espérant recouvrer les provinces du royaume d'Arles, qui ne dépendaient plus que nominalement de l'Empire, il conclut avec Henri V un traité secret , dont le but était le démembrement de la France. Le réveil de la na-

tionalité française, qui eut lieu quelques années après,* empêcha la réalisation de

ces projets.

En 1444, peu de temps après la signature de la trêve qui mit fin à la guerre contre les Anglais, une ambassade solennelle, envoyée par Frédéric lll d'Autriche, vint trouver (Charles VII à Tours, pour lui demander des soldats expérimentés, que l'Empereur s'engageait à prendre a sa solde, afin de les opposer aux Suisses. I^ dauphin , depuis Louis XI , prit sous ses ordres les grandes compagnies qui désolaient .la France , et , à leur tête, livra aux Suisses la sanglante bataille de Saint-Jacques.

Mais, au retour, il se jeta sur la haute Alsace, et alla ravager les terres de l'Empire, qui déclara la guerre à la France. Toutefois, ce différend entre les deux nations ne fut pas de longue durée, et la paix fut conclue à la condition

aue les Français évacueraient les villes e l'Enipire qu'ils avaient occupées. Cependant cette campagne est retnarquanle, moins par ses r^ultats que parce qu'elle (leut ^re considérée comme une reconnaissance que les Français, délivrés de la guerre intérieure, pbus!«erent jusqu'aux rives du Rhin, limites naturelles de leur pays, vers lesquelles déjà se tournaient leurs pensées.

Pour ce qui concerne les rapports de la France et de rAilemagne pendant le règne de Louis XI, voyez les Annales , t. I, p. 239 et suiv. , et au

DlCTfOMNATRE, IcS articIcS BOIjRGO-

GNE et Flandue; pour les expéditions d'Italie sous les règnes suivants, voyez les An>'ales, t. I, p. 266 et suiv., et au Dictionnaire les articles Chahles VllI, LoLis XII, Italie (rapports de la France avec T); enfin, pour les relations de la France avec r.\llenvt^np , depuis ravéneiiu'Mt de (^h.irles-Ouinl ,

voyez (RIVALITE DE LA FfiAISCE EX DE LA MAISON 1>*AUTBICire.)

Dés l'année lôl8, rVst-à-dire un an avant la mort de .Maximilien, les intrigues commencèrent en Allemagne poui> réiectîon d*un empereur ; ce fnt en vain que le ()ape Léon X chercha à dissuader François I" de demander la rouronne impériale, et à lui faire renoncer, suivant ses expressions, « à cette chimère « que, depuis une année, quelques Al*

mKPVKÈ (d*AlleiiMifM) FRANCE. BHMBB (d^AUflOMgM) S87

« lemands lui avaient mise en têxe. »

En effet, aossitdt après la mort de

Maximilipn , François V voulut tirer parti des inimitiés que le jeune roi d'Rspagne , Charles , s'était faites en Allemagne par 800 orgueil et par son esprit d'imprudence, et se présenta pour candidat à l'Empire. «Les courtisans persuadèrent à François que lui, le premier ehevaller de son siècle, était appelé, comme Charlemagne, à gouverner le monde latin et barbare... Les exemples

iiris de Charlemagne , les promesses de aire concourir la France, avec Tltalieet l'Allemagne, à la guerre contre les musulmans, furent les seuls motifs d'intérêt public que les ambassadeurs français firent Taloir auprès des électeurs.

En même temps, ils leur représenteront que Frnnrois , comme souverain du royaume d Arles et du duché de .Milan, était membre de TEmpire ; que Charles, au contraire , comme roi de Naples , était exclu de la candidature par un grand nombre de constitutions impériales et pontificales qui interdisaient la réunion de la couronne qu'il portait avec celle de TEmpire. Mais ils comptaient plus sur la corruption aue sur les raisons. Le roi avait cnargé ramiral Bonnivet, d'Orvai, Fleurani^es, et le prcsi'Ient Gaillard, de soutenir ses intérêts en Aileujagne. Ceux-ci , après avoir passé quelque temps en Lorraine, te rendirent au mois de mai à Trêves, avec un cortège de quatre cents chevaux allemands. « £t avoient toujours, «lesdits ambassadeurs, avec eux, « 400,000 écus, que archers portoient « en brigandines et en bougettes. »

C'était ouvertement et sans pudeur qu'ils tâchaient de gagner des suffrages à prix d'argent. Ils invitaient en même temps les princes et les comtes allemands a des festins, d'oii tous les convives sortaient presque toujours ivres; ils avaient nussi sonijé à intimider les électeurs, en prenant à leur solde l'armée de la ligue des villes de Souabe , qui se trouvait sur les lieux. Mais ils se laissèrent devancer par les agents de Charles; et pendant nu'ils appelaient ainsi tous les vices à leur aide, François, conservant le langage de la galanterie, disait aux ambassadeurs du roi de Castille: « Hous sommes deux anuints

« prétendant à la même maltresse; le- « quel des deux qu*elle prâère, Tautro

« doit se soumettre et ne pas en garder

« de ressentiment (*). »

Les approches de l'élection durent cependant faire comprendre à François I"^ l'inutilité de ses efforts. Les princes allemands n'étaient point assez nnprudents pour mettre à leur tête le représentant d'une dynastie dont le chef-d'œuvre politique, en France, avait été la destruction des grands vassaux ; d'un autre côté, le peuple était persuadé qu*un roi de France ne pouvait monter sur le trône d'aucun pays sans v porter avec lui la taille et la î^ahelie. Knfiii , le 5 juillet 1519, rarclicvcque de Mayence déclara que Charles d'Autriche était appelé à l'Empire par le suffrage unanime des électeurs.

Pendant tout le cours de son règne, et surtout depuis la formation de la ligue deSmalkalde (1531), François V ne cessa de correspondre et de négocier avec les princes et les protestants d'Allemagne, bien que l'article 37 du traité de Cambrai portât expressénient « que le roi de France ne se mêlerait « des pratiques en Italie ni en Allema- «gne, en quelque façon que ce soit, « contre ni au préjudice dudit seigneur « et Kmpereur. » Malheureusement, la mauvaise foi de François 1"^ dans ses négociations, sa cruauté envers les protestants de France, son alliance avec les Turcs, lui aliénèrent peu à peu le cœur des princes allemands, qui, eniln, dans la dernière guerre de Charles-Quint contre lui, volèrent, à la diète de Spire, en 1544, une levée de 4,000 chevaux et de 24,000 fantassins, et défendirent aux Allemands, sous les peines les plus sévères , de servir dans les armées françaises.

Henri H suivit, à l'égard de l'Empire, la même politique que son père; et, en 1551, un traité négocié par Jean de Fresse, évêque de Bayonne, fut signé entre lui et Maurice de Saxe, auquel s'étaient joints George-Frédéric, maruis de firandebourg, Jean-Albert, duc e Mecklemlwurg, et Guillaume, landgrave de Hesse. Ces princes s'enga-

(*) Sismoudi, Kisl. des Frangus, tXYI, p. 96 et suiv.

geaient, entre autres choses, à attaquer rEtniiereor et tous ses adhérents, et à ne faire avec lui ni pnix ni trêvp snns l'aven du roi de France. Celui-ci, de son côté, promettait d attaquer l'Empe- Rur dans les Pays-Bas, de faire remettre à n.llo, aux princes allié^ , Ir 55 février suivant, 240,000 pcus, pour subvenir aux frais des trois premiers mois de la guerre, après quoi il y contribuerait par line subvention nVnsuplIn dp 60.000 écus. « On trouveroit bon, •> ajoutaient les princes, aue ledit sei- « gtieur roi e*impiitronîsâi le plus tôt « qu'il pniirroit cIps villes qui appnrtirn- « ijent d'ancienneté à l'Empire, et qui « ne sont pas de la langue germanique, « savoir : de Cambrai , Toul en Lor- « raine, Metz et Verdun, et autres sem- « blables; et qu'il les ^,'ardât comme vi- *> Caire du saint-empire, auquel titre « nous sommes prêts de le promouvoir f à l'avenir, en réservant toutefois auc< (lit «;rM*r»t-pinpire les droits qu'il peut «« avoir sur lesdites villes, alin que, jjar « ce moyen, elles soient dtées des mains « et puissance de l'ennemi. »

Cp traité ayant été ratifié à Cliambord, le 15 janvier 1522, Maurice publia contre Charles-Quitit une proclamation qui fut suivie d'un manifeste du roi de France ; celui-ci, après avoir rappelé rancienne alliance qui subsistait entre la nation française et (a nation germaniqde, descendues Tune et Tautre des nt^nies ancêtres, et après avoir parle des ouvertures qu>n conséqueuce de cette anctennè union , quelques-uns des plus illustres princes (rAlienia^ne lui avaient faites pour lui demander sa

i)rotection, déclarait qu'il allait prendre es armes pour rétablir l'ancienne cons^ titutlon de l*Empire, pour délivrer quelques-uns de ses princes de la servitude, et pour assurer les privilèges et l'indépendance de tous les membres du corps germanique; il prenait le titrede protectrar des libertés de magne et de ses princes captifs, et il avait fait graver en téle un bonnet, l'ancien symbole de la liberté , placé entre deux poignards , pour faire entendre sans doute aux Allemands que la liberté ne pouvait s^acquérir et se conserver que pàr la forée des armes.

Mous avons racouté longuement ail-

leurs (vov. les A.^NALES, t. r% p. 318) les conséquences de ce traité, qui, en

nous donnant Metz, Ton! et Verdim, coniriienra la série des acquisitions que la France a faites pendant deux siè<>les et demi, pour se rapprocher du Rhin.

T,ps relations de la France avec l'Allemasne ont été très-importantes depuis le milieu du seizième siècle jusqu'au traité de Westphalie; mais nous n*aTons point à nous en oiciiper ici; leur récit a trouvé ou trouvera naturellement sa place, soit dans les Annales, aux règnes de Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV, soit dans le Dictionnaire , aux ariicies Ravikiie. CalvinIstes, Reli- G\oy (guerres de), Tbknte ans (guerre de),PBOTtSTANTS, Pbussb, (bivalit^ DE LA France et de la maison d'Autriche) , Saxe, etc.; mais nous ne pouvons nous dispenser de mentionner ici quelques ftits de la plus haute importance , et qui, cepenclant, sont peu connus; nous voulons parer des tentatives faites par Louis XIII et Louis XIY pour se, faire déférer la couronne impériale.

~ « T e cardinal de Ricbelieu recnnit despotiauement sous le nom de Louis Xin , lorsque Ferdinand II songea , csbmme ses prédécesseurs , à faire élire son fils roi (!ps Romains. îl déptita aussitôt en Allemagne M. de Mar* hevitle et le baron de Chamacé, pour gagner, les électeurs et réveiller l'ambition do dup de Bavière. Cette intriîîue se prolongea durant dix années, au milieu de la guerre la plus épouvantaMedes temps modernes, I.e duc de Bavière, l\laxinlilien I" , l'un des compétiteurs de Rodolphe, était attaché à l'Empereur par l'indignité qu*il avait eue d'en reeevoir les dépouilles de Sélecteur palatin. Tout l'art de Ricliplipii n'en put tirer que quelques signes d hésitation. Quant aux elei-teurs, ils semblaient las du joug autrichien, et résolus à ne pas en ratfermir les nœuds. Les princes allemands abhorraient dans Ferdinand II l'oppresseur de leurs libertés, et rfr* doutaient son fils, qui, devant épouser line intante d'Espagne, les menaçait d'un nou\eau Charles-Quint. Mayence, Cologne et Trêves offrirent donc leurs voix à Louis XIII, parce que ce mo-' narque, alors sans postérité, les rasso-

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BHPIMB (â^AllMMpM) PRAKCE. ICWIU (iI!A]1mm|m) Ht

rait sur la conservation de leurs droits. L'électeur Brandebourg fit aénrèteroent la même proposition , et s'occupa d'y réunir le vote de In S'ixp. Richelieu ne tut point ébloui de ce début , et tâcha, au oontraire, de détourner de si magnifiques pronnesses sur le duc de Bavière, que son grand âge cessait de rendre danaereux. Il connaissait trop la légèreté des bomoies pour ne ^s apprécier à leur valeur ces sdffraî^es anti-

cipéf? Ses pressentiments ne le

trompèrent pas. Le iil)ère de l'Allemagne saisit une chanoefaYorablo de sa fortune, et, autant par violence que par adrespe, emporta dans la dièt^* l'élertion de son fils , qui , par la mort de Ferdinand lui-même , se trouva empereur de plein droit Tannée suivante. La Frnnce protesta de la nullité de cette nomination, et répandit en Allemagne un manifeste imprimé, sous ce titre :

Conjuration de la maison Autriche contre la lihcrté rte l'Europe , en la dernière élection faite à Jiatishofuie , le 22 décembre 1636. D'A vaux fut aussi envoyé pour exciter la Suède à er.sanplantor cette guerre de plume-. Mais Gustave n'était pUis; ses Etats épuisés soupiraient après la paix. Richelieu avait manqué le moment décisif. Cette mollesse, qui n'était pas dans son caractère, sauva une maison qu'on se repent toujours de frapper à demi (*). »

Après la mort de Richelieu, Masarin poursuivit l'abaissement de la maison d'Autriche, cette grande œuvre de son prédécesseur, que vint si dignement couronner le traité de Westphalie , en 1648. Par ce traiti'-. la France a\ait enfin mis entre elle et la maison d'Autriche une barrière que celle-ci ne devait plus franchir ; elle Pavait entourée d'une foule de petits souverains jaloux de leurs droits, et toujours préls à se ^ liguer contre elle avec la France. Avant * qu'il se fût écoulé dix années, Mazarin avait conclu avec les trois «•lecteurs ecclésiastiques , révêqiip de Munster, le comte palatin de ^eubourp, la Suède, les ducs de Brunswick-Lunebuur^ et le landfgrave de Cassel , l'alliance connue sous le nom de Confédvratinn rhénane, formée dans le but de conserver

(*) LiMont^, MoBarchie de Look XIY.

les droits des États, de maintenir la IHierti germanique et la paix de West* phalie éontre tout acte de violêMa et.

contre toute attaque quelconque. Les ducs de Wurtemberg et de Deux- Ponta, ainsi que Télei^r de Brandebourg, accédèrent dans la suite à cette li^ue, qui fut prorogée Jusqu'au 16 août 16«7.

Ainai i^aocroisiait chèque jour l'importance politique de la France. Tandia

qu'elle se formait dans le silence l'armée la mieux administrée , la plus nombreuse et la plus aguerrie de l'Europe, commandée par les ploa grandi tlénéraux dti sierle , les acquisitions qu elle avait faites lui ouvraient 1" Espagne, l'Italie, PAIIemagne et les Pays- Ras. La maison d'Autriche était donc ah iisspe dans ses deux hranrlips, et la France avait acquis en Kurope tout l'ascendant que sa rivale y avait possédé au temps de Ghariea-Qtmit et de Philippe II.

Ce fut à cette époque que commencèrent , de la part des ministres de Louiâ XIV, une longue série de Umtatives pour arracher la couronne Impériale a la maison d' Autriche, et la faire passer sur la tète de ce prince. Ces tentatives , que nous devons raconter avds quelques détails, n'eurent aucun succès.

L'élection du roi de France à l'empire d Allemagne aurait été, sans contredit* le plus grand événement dtt dix-sep* tième siècle; mais, quoiqu'il soit difficile de calculer toutes les conséquences qu'aurait eues cette élection, on peut affirmer que la non réuaaite dire projets ambitieux du grand roi fut un bonheur pour l'Allemagne et pour la Frauf c ellemême, car, indubitablement, l'un des deux pays aurait été sacrifié à Tautre, comme, sous Charles-Quiot, TEspagna l'ava't été à l'Empire.

L'uniformité du système autrichien ramenant périodiquement les mêmes scènes, Perainimd III fit en 1653, pour son fils, ce que Ferdinand II avait fait |)oiir lui ; il le fit élire roi des Romains, et Mazarin ne sut opposer à cette élection qu'une résistance mal concertée.

De Vautorte, son envoyé, arriva en Allemairne pour être témoin de l'événement qu'il devait prévenir. Mais le nouveau roi des Aomaioa étant mort, aa

MO BWnK (a*Al]Mn|a«) L'UNIVERS. UiPtKB (d'AIlragoe)

1654, Mazarin sut si bien entasser intrigues sur intrigues , que Ferdinand mourut avant d'avoir pu faire élire à sa place Léopold , son second fils. Ce

Ë rince, qui portait les titres de roi de iohême et de Hongrie, était moins Agé de deux années que Louis XIV. Mazarin conçut l'espoir de lui enlever la couronne impériale, pour la donner au roi de France. Il déi^uisa d'abord ses desseins, en soutenant lui-même deux candidats peu dangereux; l'un, qui ne voulait pas de l Empire , c'était l'électeur de Bavière ; I autre , dont on ne voulait pas, c'était le duc de Neubourg. Du reste , le cardinal mettait la plus grande réserve dans les instructions qu'il donnait à ses eovo^fés. « En cas, «disait-il, que le Palatin et Drande- « bourg voulussent plutôt que le roi fdt «empereur, il faudroit s'appliquer à m cela avec grande retenue et modestie, « témoignant que S. M. n'avoit aucune a ambition, et n'y prétendoit pas ; néan- « moins, qu'il céderoit au conseil de ses «amis, sMl n'y avoit point d*autre « moyen pour exclure la maison d'Au- « triche, protestant toujours que S. M. «aimeroit mille fois mieux voir l' Km- « pire dans la personne du duc de Neu- «oourgque dans la sienne propre. »

Les voix de la Boliémc et de la Saxe appartenaient à l'Autriche; celle de la Bavière passait pour douteuse; mais Mazarin croyait s'être assuré les cinq autres voix , par les sommes d'argent et par les cadeaux de tout genre dont il avait gratifié les électeurs. L'électeur de Brandebourg s'était laissé gagner par une somme de 100,000 écus comptant, et par la promesse d iui duché et de (Quelques terres en Alsace.

Mais c'était contre l'électeur de Mayenne que l'on avait déployé toutes les ressources de la séduction. En effet, par son titre de chancelier de l'Empire, par son expérience, et par ses talents, il pouvait être considéré comme lepersonucigele plus important du corps germanique. •> Il ne faudra pas plain- « dre, écrivait Mazarin, une somme de « 300,000 livres , de laquelle vous pou- « vez donner assurance, outre celle qui « a été déjà offerte , et lui promettre « eneore 90,000 livres de rentes en bé- « néfloes , pour ses parents et fovoris.

« sans mettre en ligne de compte les « bienfaits , titres et grandeurs qu*on

« leur fera accorder par l'empereur a nouveau. S'il est nécessaire . pour « sûreté de ce qu'on promet, d'envoyer « à Francfort la valeur de 1,900,000 « livres en vaisselle d'argent , ou en « belles tapisseries que je puis donner, « on le fera de tres-bon cœur, sur le « premier avis que je recevrai de votre « part. » Mais tous ces frais furent inutiles, ainsi qu'une promenade militaire (]ue le roi lit à Metz. Les électeurs n'avaient eu d'autre but, en paraissant favoriser les prétentions de Louis XIV, que de vendre le plus cher possible leurs suffrages à Léopold , qui fut élu à l'onanimité. Mazarin en fut pour ses intrifîues et pour son argent, caries princes allemands avaient pensé, comme Basile, que ce qui était bon à prendre était b<m à garder.

Cet échec n'anéantit pas cependant les espérances de Louis XIV; la comlexion débile de Léopold faisait croire une vacance très-prochaine de l'Empire ; des traités secrets furent condus successivement avec relerteur de Bavière, en 1670, et le grand électeur en 1079. Ce dernier devait recevoir un subside de 100,000 livres , pendant dis ans, et une somme de 300,000 écus, ayable en deux années. I/electeur de axe obtint un subside de GO, 000 livres, pendant quatre années, et un don de 90,000 livres comptant. Mais la mort de ces deux princes vint déranger tous ces prqjets,que Louis XIV n'abandonna pourtant pas encore, puisque dans le préambule du traité signé à Vienne , au mois de mai IfiSO, entre ses ennemis, un voit que ceux-ci lui reprochaient de négocier encore dans les cours d'Allemagne , pour faire donner au dauphin le titre de roi des Romains.

Il continua ensuite , à cliaque vacance , à intriguer non plus pour luimême ni pour sa famille , mais pour faire donner ITinpire , soit au duc de Hanovre, soil au nouveau roi de Prusse, soit à l'électeur de Saxe. « Mais , dît « Lemontey, tout manqua enfin è celui « qui avait abusé de tout. »

Voici quelle était, à l'époque de la uerre de Hollande, la position de Empire vis^i-vis de la France. Im

mPfEB (d*All«iiBgne) FRANCE. BWIBB (d*AllMi»«iM) S41

électeurs ecclésiastiques, humiliés {>ar les éteeteoft temporels , avaient été ré-

(liiits à cholair entre la France et l'Autriche , et ne pouvaient jouer qu'un rôle secondaire. La Bavière, augmentée du haut Palatinat et du comté de Cham, resta l'alliée fidèle de la France, bien que l'électeur , Ferdinand - Marie, fut attaché à l'Empereur par les liens du sang. L'électeur palatin était Ten* nemi juré de PAutricne , et le partisan naturel de la France, à qui il devait d'avoir recouvré la moitié de son héritage et la dignité électorale; malheureuse-, ment, il avait perdu la pins grande partie de son iiilluence, en souffrnnt que l'électeur de Saxe se mît à la téle des États protestants ; celui*ci, bien qu'attaché a l'Autriche, essaya toujours de garder la neutralité.

Au nord de rAllemagne commençait à apparaître une nouvelle puissance.

Toutes les possessions de la maison de Brandebourg étaient réunies entre les mains de Frédéric-Guillaume, qui parvint , par une conduite sage et habile, à faire respecter sa puissance etreeber* cher son amitié. Louis XIV trouva en lui un ennemi acharn*'-. L'ancienne et illustre maison de Bruuswit k était divisée en deux branches, dont l'une, celle de Lunebourg, ét.iit alliée de l'Autrich(\ i-t celle de WoU'enbuttel , amie de luirauce.

On comprend , d*après cet exposé de la situation de l'Alleninf^ne , pourquoi Léopold, forcé d'observer l'attitude que prenaient les princes de rEmpire , lut réduit à l'inaclionj lorsque la France envahit la Franehe-Comté et les Para* Bas

Apres la paix d'Aix - la - Chapelle, Louis XIV, se préparant à attaquer la Hollande, conclut un traité avec l'électeur de Cologne (16G9), et gagna levéque d'Osnabruck , celui de Munster, et même le duc de Brunswick - Lunebourg. Nous avons raconté ailleurs les événements de cette guerre qui, malgré la coalition de la plupart des États de rEmpire et la mort de Turenne , fut terminée par la paix de Nimègue , qui nous laissa la Franrhe- Comté et douze places fortes des Pays-Bas.

Toai leaennemisde la France avaient posé les armes; Louis, seul, conserva

les siennes ; il commença alors une nou* Telle série de conquêtes. Des chambrée

de réunion furent instituées dans les parlements de .Metz et de Besançon , et dans le conseil souverain d'Alsace, pour retrouver et faire valoir ses titres de

souveraineté sur les domaines dépendant des terres qui lui avaient été cédées par les traités de Westohalie , des Pyrénées et de IVimègue, c^est-à-dire,

sur les fiefs mouvants des deux laniJgraviats d'Alsace et de la préfecture de Haguenau, des trois évêchés, Metz^Toul et Verdun, et du comté de Bourgogne.

Fidèles à ses instructions, les procu* reurs royanx découvrirent que les comtés de Veldenz , Vaudemont , Deux- Ponts, Saarbruck, Saarwerden, les domaines deSaarbourg, Salm, Ilonibourg, et beaucoup de seigneuries du Luxembourg, étaient tiel's ou dépendances des trois évèchés ; que l'Alsace inférieure, Bergzabern , Geriiiersheim , Fleckenstein, les dix villes iinjn riales d'^Msace, le prieuré de "Wissenibourg et Strasbourg, appartenaient aux deux landgraviats; qu'enfin le comté de Montbéiiard faisait partie de la Franche* Comté.

Ces usurpations auraient dû amener une guerre générale; mais telle était,

t)ar suite de sa constitution vicieuse, a faiblesse de l'Allemagne , que cette

S rande nation se crut trop heureuse 'obtenir du roi de France une trêve de vingt ans, et l'on crut avoir mis un obstacle à de nouvelle.^ usurpations , en concluant, le 9 juillet 1686, la ligue d'Augsbourg, par laquelle TEmpereuTt les deux lignes de la maison d'Autriche, le roi de Suède , la, maison de Saxe , les cercles de Bavière êt de Franconie , et une partie des princes du haut Bhin, s'allièrent pour le maintien des traités de Westphalie et de Nimègue.

Mais la conclusion de cette ligue n'empêcha point Louis de dénoncerles hostilités et de publier, le 24 septembre 1088, un manifeste par lequel i\ déclarait que la ligue d'Augsbourg était une menace pour la France. Mais les succès rapides et les dévastations auxquelles les armées françaises se livrèrent dans le Palatinat, soulevèrent bientôt toute l'Allemagne, et une ligue formidable ee forma pour en tirer vengeance.

T.Tn. le* Wrakan, (Dict. bugycl., etc.)

242 EAIPIBB (d'Alieniagne) I/UNIVERS. BMPIBE (d'Allemagne)

I/Einpereur , les rois d'Anjileterre et tîonnaibb les articles SucccssTOir

d'Espagne, l'électeur de Brandebourg, d'Autbichb (guerre de la), Sept ans

Ëroniirent chacun 20,000 hommes , la (guerre de) et Pbussb (relations de la

[ollande 85,000, la Savoie et Milan France avec la); chaque État de 1*Ebi-

' réunis 20,000 , Télecteur de Bavière pire joua un rôle séparé dans ces

18,000. celui de Saxe 12,000, le pala- luttes où, pnr un revirement de politi-

tin 4,000, Uesse-Cassel â,tiOO , les cer- que, la France se montra l'alliée de la

des de Franconie et de Souabe 10.000, maison d'Autriche. Roim «viom'prin-

Wirtemberg 6,000, Munster 7,000, cinalement pour nous , à cette époque,

Brunswick - Wolfenbuttel 16,000; en l'électeur palatin et l'électeur de Colo-

tout 222,000 hommes. ^ gne , dont le frère , Charles de Bavière,

On sait que cette guerre Ait termi- avait trouvé dans le roi de France un

née, en 1697, par le traité de Ryswick, appui pour lootenlr ses prétentions à

dont la France dicta les conditions. l'Empire.

Malgré le mécontentement qui fer- Pendantlesannées 1789, 1790et 1791, ifientait en Allemagne , et dont fal- TAIIemagne porta la plus grande attenlîance dite cfeJViireJw6crgr, conclue con- tion aux réformes qui s'opéraient en tre rEmp«'reur entre divers princes de France. Les principes établis par l'As- TAIIemagne , était le symptôme remar- semblée nationale , et mis bientôt par quable, Léopold parvint à entraîner les elle en pratique , la proclamation des cercles dans une nouvelle guerre contre droits de Tbomme, l1ii)olition de tous Louis XIV. Il réussit à former à la les privilèges des provinces , des droits diète de Ratîsbonne une majorité favo- féodaux et des. dîmes ecclésiastiques ; rable à ses desseins, et lé 00 septembre toute cette révolution enfin qui ro^- 1701 « l'Empire en corps se décida à dé- ralt sur la rive gauche du Rhin , agita Clarer la guerre à la France. Toutefois, vivement sur la rive droite les esprits lès deux électeurs de Cologne et de Ba- d'abord, puis les intérêts. Un grand y/ière protestèrent et firent des traités nombre de membres de la noblesse et particuliers avec Louis XIV. Mais Léo- du haut clergé d*AlIemagiie avaient eonpold cohtre-balança cette défection par servé , dans les provinces allemandes une alliance avec FrédericI''', qu'il re- successivement cédées à la France, des connut en qualité de roi de Prusse (18 possessions et des privilèges importants janvier 1701). La même année , il con- que la couronne de France avait solendut un traité avec l'Angleterre et la nellement reconnus dans les traités : Hollande , qui fut comme la base de la ainsi des archevêques et des évêques algrande alliance contre la France , à la- iemands exerçaient en France des pouaueile accédèrent le roi de Prusse (80 voirs ecclésiastiques ; des barons, des décembre 1701), les deux cercles du comtes et des ducs en tiraient des re- Rhin, ceux de Franconie et de Souabe, venus, et y jouissaient de nombreux celui d'Autriche, le 22 mars 1702, celui privilèges comme dans le reste de leurs de Westphalie, le 8 mai suivant, le roi domaines; car la France n'avait conde Portugal, 16 mai 1703, la Suède, le quîs que la suzeraineté sur les provin- 16 aoilt, et le duc de Savoie le 25 octo- ces cédées, maÎN la propriété, le domaine bre. Dès le mois de mai 1702, les hos- utile, réel, du territoire, étaieut demeutilités contmencèrent contre la France; rés aux anciens possesseurs. Or , dans cette guerre ne fut terminée que le 6 cette régénération de la France, les démars 1714 , par le traité de Rastadt putés de l'Assemblée nationale ne res- (voyez Rastadt), dont une clause or- pectèrent pas plus les privilèges des donna ^e deux alliés de ta France, étrangers que eeux des nationaux. La qui avaient été dépouillés de leurs États» féodalité et tous ses droits fut abolie en seraient remis en possession : c'é- dans l' Alsace comme dans le reste de la taient les électeurs de Cologne et de monarclue j les juridictions anciennes Bavière. Ibrent détruites , les biens eeelraiasti* ISous ne nous occuperons pas ici des» ques confisqué comme dans les autres guerres sanglantes du dix-huitième siè- provinces. Aussi \es princes possession^ Ole(voyezles Amixalb», t. II, et auDic- nés Urcot-ils éclater leurs plaintes dant

VAAIIGB» ««MU (d*AllMÉii«) 141

rEmpif». D'abord ils adressèrei^t a Pa- Aussitôt après la couclusion de Far-

risdflsfédamationf qui n'y furent point -nitCloe , lu tw» des eerelet Airent

écoutées; ils les renouvelèrent à ftatis- contraints d'envoyer à Paris des pléni-

bonne, puis a Francfort, auprès des potentiaires qui /le 32 août, signèrent

électeurs réunis pour Téiection de Léo- la paix pour Bade et le Wurtemberg,

poid , et prièrent • !• nouvel empereur La FimicMiit et la Bavière y aœédèrent

de prendre des mesures énergiques pour en renonçant à leurs possessions aa

garantir les droits des menafarea de delà du Rhin. Ces traités étaient déjà

rEmpire. oooclua quand l'archidue Ciiarles , re-

Cependant l*Eiiipf re m Mara poitit founant rarmée du général JourdaB «

inimediatenent la guerre à la France, força Moreau à faire cette belle retraita

La Prusse et TAutriche se contenté- à laquelle il dut toute sa gloire militaire,

rent d'attaquer isolément la France La rive droite du Kbin retombait donc

traînant à leur suite les éniif|réi. Mais la eneore une fois au pouvoir des Aotri»

nouvelle république ayant dirigée, après chiens ; mais Bom^rte pénétrait dans

la libération de son territoire, une atta- le même temps jusqu'aux portes de

que vers le ôentre de l'Allemagoe, et Vienne, et forçait l'Empereur a signer

pris Spire, Worms, Maveoce, Fraii»> lea .préliminaires de Léoben. Quant à

fort et Kœnigstein, M diète déclara qjuc l*Snipire, pour régler lès oeaditions de

l'intérêt de l'Empire exigeait la mise la paix, il fallut réunir un congrès, qui.

sur le pied de guerre du triple des trou- pressé par la France, consentit d'abord

pes des cercles; et, le 33 mars 1798, a la cession de la rive gauche du Rhin

elle déclara la guêtre à la nouvelle r4> *et à indemniser les princes dépossédés

publique. par des sécularisations. Mais ce dernier

Les chances de cette guerre parurent point menaçait d entraîner d'interniina-

d'abord tourner contre la France ; mais bles discussions, lorsque, au mo\& de

nous reprîmes bientôt l'offensive, et, man aulvant, la guerre générale, en

quoique l'Rmpire eOt déjà perdu, en recommençant, dissipa le congrès.

1796, prèsdeneuf cents niillionsdepuis le Les Autrichiens et les Russes ayant

commencement d'une guerre entreprise commencé les hostilités eu Italie et eu

en apparence pour rétablir dans leurs Suisse, l'Empereur ehereha à engager

droits féodaux quelques barons aile- l'Empire dans cette nouvelle pueire. Les

mands , néanmoins les États du sud , États ecclésiastiques y étaient disposés,

sous l'induence de l'Autriche et des car ils la regardaient comme le seul

aubeides de TAngleterre, votèrent la moyen d'éviter la aéeulfriaation dont ile

continuation des liostilités pour 170G. étaient menacés; les États du sud, à

Mats durant cette campai; ne , Bona- l'exception de Bade , si maltraités dans

parte était à la téte des Français en Ita- la guerre précédente , voulaient aussi

lie, Moreeo eommandait rarmée du tenter encore une foie le sort dea année*

Rhin, et Carnot était ministre de la Mais les Etats du nord firent encore dé*

guerre. Rappelé en Italie par les succès fection ; et, pour remplacer les contin*

de Bonaparte , l'archiduc Cliarles dé- cents qu'ils refusaient, on reprit le pro-

dara ne pouvoir défendre les Étala al» Jet d'une levée en noiae qui avait déjà

lemands du sud , qui furent réduits à réussi pour l'Autriehe dans le Tyrol. acheter un armistice. Wurtemberg paya ^lais, en 1799 comme en 1793, les peuquatre millions, Bade deux, le cercle pies restèrent muets à un appel fait dans ne Souabe douxe , les corporations ee- l'intérêt des prinese. L'or de FAngle* elésiasti iii s sept , en tout vingt-cinq terre fit mieux. Pitt solda 13,000 Bavamillions de fr. (25 juillet ). Le même rois, 7.000 Wurtembergeois , 10,800 jour, les cercles de Bavière et de Souabe hommes du cercle de Souabe , et 4,000 eoilelorent on armistice que le premier de Mayence, qui servirent plutdt les in* peya au prix de seize mraiooa, le se- térêts de la Grande-Bretagne queeeus cond au prix de dix , sans compter des de leur patrie. La même puissance prit indemnités en nature, et l'obligation aussi à sa solde l'armée de Condé, qui pour la Bavière de donner vingt de ses àvait été successivement pavée par TEine ylue préwmtÊklmm. pire et la Rwaie.

$u mpiÈM (AiiAMigM) Lm

• Une courte et remarquable campagne , où les alliés eurent en tête Bonaparte et Moreau , qui gagnèrent « le premier, la bataille de Marengo, le second, celle deHoehstedt, termina ettte guerre; et la paix de LunéYÎIIe (voyez ce mot) (9 février 1801) ramena pourqudquea années le repos en Europe.

Après la pafx de Lmiévtlle , qui donna le Rhin pour fimîte à la république, et enleva à l'Allemagne douze rents lieues carrées de territoire et plus de c}uatre millions d'habitants, l'Empire jouit pendant quelques années d'une paix profonde , dont Bonaparte et François II prolitèrent, le preinier pour se faire déclarer empereur des Français, le second pour réunir tous ses États héréditaires sous la dénomination d'empire d'Au* triche , et prendre lui-même le titre d'empereur héréditaire, « a(in , disait-

• il , de garder la parité avec la nou* « vplle maison de France, et de se met- ' « tre de niveau avec les principaux « monarques de l'Europe, pour ce qui «regarde les titres.» Bientôt eepea* dant (1805) rAutriche et la Russie se réunirent de nouveau contre la France; mais la bataille d'Austerlitz (6 décembre), que suivit de près le traité de Pre8> bourg (26 décembre) , brisa cette nouvelle coalition. Trois Etats de l'Empire, la Bavière, le Wurtemberg et Bade, avaient figuré daos cette guerre comme alliés de la France.

L'année suivante, seize princes se séparèrent, par une déclaration soUnnelle, de la contédération allemande , et formèrent une coalition dont l'acte constitutif, dressé à Paris le 12 juillet 1806, fut ratifié le 19 juillet à Saint-Cloud, et notifié le 1" août à la diète générale de i'£mpire, à Ratisbonne. Elle fut l'origine de la confédération du Rhin. (Vojr. ce mot.)

Napoléon ayant déclaré « qu'il regar- « dait cette confédération de princes «« comme un résultat naturel et néces- « saire de la p;iix de Presbourg ; que « la diète avait déjà depuis longtemps < cessé d'avoir une volonté à elle ; que, « par la réunion du Hanovreà la Prusse^ « un (lectoratavait été supprimé; qu'un « roi du l^ord (la Suède) avait incorporé « à ses autres États une provinea d«

• TEmpiie; qu*il ne pouvait donc pitii

IV£RS. BMFUtl (de CMmb^m)

« reeomiattre rexistenoe de la eonstt-

« tution germanique, mais seulement la « pleine et illimitée souveraineté de « chacun des princes dont les États com- « posaièut l'Allemagne, et qu'il voulait « entrer avec eux dans les mêmes rela- « tiens qu'avec les autres princes indé- « pendants de l'Europe ; » par suite de cette déclaration , l'empereur François II fut obligé d*abdiquer, le 6 août 1806, le titre d'empereur d'Allemagne, et de proclamer les États allemands héréditaires de la maison d'Autriche, séparés du corps germanique. Ainsi fut dissous par l'empereur des Français l'empire d'Allemaa^ne , fondé 1006'ans auparavant, lors du couronnement d*un autre monarque français , de Charlemagne, comme empereur d'Occident.

Empire de Chahlemagne (étendue de 1'). L'historien de Charlemagoe, Éginhard , nous a laissé l*énumératioa succincte des provinces soumises aux Francs à la mort du grand empereur « en 814.

« Le royaume des Francs, que Pépia

avait transmis déjà vaste et puissant au roi Charles , fut augmenté de près du double par les glorieuses conquêtes de ce prince. En effet, avant lui, la partie de la Gaule qui s'étend entre le Rnin et la Loire, l'Océan et la mer Baléare (golfe du Lion) , la partie de la Germaine située entre la Saxe, le Danube, -le Rhin et la Saale (qui sépare les Thuringiens des Sorabes), et occupée par les Francs orientaux, puis le pays des Alémans et celui des Bavarois, formaient tout l'empire des Francs. Par ses guerres, Charles y ajouta d'abord l'Aquitaine et la Gascogne, et toute la chaîne des Pyrénées jusqu'à l'Èbre, qui, prenant sa source en Navarre, traverse les plaines les plus fertiles de l'Espagne, et* se jette dans la mer Baleare , sous les murs de la ville de Tortose ; ensuite toute la partie de l'Italie qui , depuis Aost jusque dans la Calabre inférieure, où se trouvent les frontières des Grecs etdesfiénéventins, s'étend sur une lon-

f^ueur de plus d*un million de pas ; puis a Saxe , partie considérable de la Germanie , qui est , dit-on , deux fois plus large que le pays habité par les Francs, et qui peut avoir la taèm longer; puis les deux Paunonies ; la Dacie, si-

niPIBB (d«ChtiteaitgM) FRAKCB. BHPIftB (d* GhtriouagiMi) S4£

tuée sur la rive opposée du Danube; 1° Germanie. Ce royaume* que

Plstrie, la Libornie, fa Dalmatie, à Tex- l'Empereur destinait à Cliarles, ton fils

teption des villes maritimes qu'il voulut aîné , se Composait de la Neustrie , de

bien laisser h l'empereur de Constnnti- l'Austrasie, de la Frise, de la Saxe, de

nople , en considération de l'amitié et la Thuringe, d'une partie de la Bavière,

de l'alliance gui les unissafent. Enfin de rAlémanie ou' S(Niabe septentrionale,

toutes les nations barlMires et sauvages et d'une partie de la Bourgogne,

qui habitent la Germanie entre le Rhin La Neustrie y qui comprenait la Bre-

et la Vistule, le Danube et l'Océan, tagne, s'étendait entre la Loire, l'Océan,

nations presque semblables de tangage, la Mense, jusqu'au milieu de son cours,

mais si différentes d'usages et de mœurs, et l'Escaut.

furent par lui si complètement domp- L\^us(rasie élait comprise entre la

tées , qu'il les rendit tributaires. Les partie supérieure du cours de In Meuse,

principales d'entre elles sont les Vêla- l'Escaut et le Rhin , dans la partie infé-

tabès, les Soraba, les Abodrites et les rieure de son cours. Elle s'étendait même

Bohémiens (*). » du c6té de Test, nu de'à de ce dernier

Ce tableau , un peu vague , a besoin fleuve, toucliait a rAiemaniu et à la Ba-

d'être expliqué et complété ; nous y Tière par la Franeonie, et renfermait

ajouterons dans ce but quelques détails. l'Alsace.

Résumons d'abord les conquêtes de La Fmc, qu'on peut considérer comme

fne, et une partie de la ^^^varre, au Weser. elà des Pyrénées ; au non) , le Hano

La Saxe, comprise entre le Rhin et rElbe, était habitée par trois peuples

vre, le Brandebourg, la Silésie et la 1

Saxe; à Test, les pays qui composent distincts : les Westplialiens à l'ouest,

aujourd'hui l'empire d Autriche; au sjkI- entre le Rhin et le Weser ; les Ostpha-

est, ritalie |)resque tout entière, moins liens à Test , entre le Weser et TElbe;

la partie méridionale du royaume dcNa- et les Angariens au centre et au sud.

pies. La Thuhngey séparée de TOstphalie

Les limites de cet empire étaient. parTUnstrut, affluent de la Saaie, et de

donc : la Franeonie par la Werra, s'étendait à

Au iwrd, la mer Baltique et l'Eyder; Test jusqu'à la Saale. Le North^au, ou

à l'ea^, la Theiss, le Ramp et l'Oder; au ' partie septentrionale de la Bavière , y

sud, en Espagne, Pampelune, le cours avait été réuni.

inférieur de l'Èbre , et Saragosse. En \,\4lémanie septentrionale se cora-

Italie, les caps San-Vito et Cavallo, et posait du territoire enfermé dans l'an-

les fleuves Savuto et Nieto. Au suAett^ gle formé par le haut panube et par le

RaguseetleDanube supérieur. A l'oz/^^/, Rhin dans la partie moyenne de son

l'océan Atlantique. Au rwrd-ouest , l'o- cours.

céan Britannique, le détroit de Gaule, V L'Italie , donnée par Chariema-

et l'océan Germanique. gne à Pépin , son secona fils , se corn-

Les peuples compris dans ces limites posait de l'Italie ou Lombardie , de la

étaient les uns incorporés à l'empire, Bavière, et de l'Alémanie ou S.ouabe

les autres seulement dépendants et tri- méridionale,

butaires. Lombofâlê ^'étendait depuis les

Dans le célèbre capitulaire publié à Alpes , au nord , jusqu'au Garigliano

Thionvillç en 806 , capitulaire que les et à la Pescare, qui la séparaient au sud

écrivains contemporains ont appelé le du duché de Bénévent, demeuré indé>

testament de Charlemagne , ce prince pendant. Elle comprenait en outre les

partagea son empire en trois royaumes, cinq marches de Suse ou de Turin , de

qu'il distingua par les noms de C^emo- Ligurie ou de Gènes , de Trieste, de

nie, à' Italie et ti' Aquitaine, Xrévise et de Frioul.

(*) %inhard , ried* ttmptnêit Charlu» La Biwiéfe s'étendait de l'ouest à

cb. iT, indnelion de H. Tenlet. l'ett^ entre leLecb et l'ISntt et du nord

M sud , mtm le DaniilM et te Alyeii.

On y rattachait encore, 1^ la Hunnie oa Avarie, située à Test, entre TEns et la Baab ; 3** le duclié ou marche de Caria* tlite, au siid*6it de la Bavière el aa nid*

ouest de la Hunnie.

VAlémanie méridionale y située à l'ouest de la Bavière , était bornée au iwrd par le Danube et le Bhin, au mA*

est par le cours supérieur du Rhin, au sud et à l'ouest par l'Aar et la Reuss. £lie connprenait aussi le duché de Coire.

S* L*Aquitaine , deatioée à Louis, troisième fils de Gharlemagne , renfer* mait l'Aquitaine proprement dite , la Bourgogne, la Provence, la Septinianie, la Gascogne, les marches d'Kspagne, et les îles de la Méditerranée.

V Aquitaine proprement dite s'éteO' dait entre la Loire, les Céveiines, les Pyrénées, la Garonne et rocejn. Elle était diviaée en neuf comtés.

La Bourgogne, qui s'étendait entre In Loire, les Alpes, les Vosizes et la Durance, n'était pas comprise dans le vograume d'Aquitaine pour ses parties septentrionale et transjurane, jui fiiî* saient partie de la Germanie.

La Provence était renfermée entre la Duranoe, le Bhtoe, la Méditerranée, le Var et les Alpes.

La Sepfhnanie était située entre les Pyrénées, la Méditerranée, le Rhône et Ws Gévenn^.

T,a Gascogne oerupait les pays situés au sud-ouest de l'Aquitaine, entre la Garonne, les Pyrénées et l Océau.

Lea mareAet if Espagne étaient an noinbre de deux, savoir : la marche de Gothie et la marche de Gasrognc. Elles comprenaient la ))artie de l'Espagoe si* tuée entre les Pyrénées et TÈbre.

Les lies de la Méditerranée étaient les Iles Baléares, la Corse et la Sardai* goe.

Nous citerons , parmi les pays tributaires de l'Empire, les f^^néfife*,"liabitant les bassins de l'Elbe et de l'Oder, de la Morava et de la Xbeiss, et divises en quatre grandes tribus : les Moraves, les Czèches ou Bohèmes, les Sorabes et les Obotritps ; et le duché (le fiénévent, qui occupait presque tout le sud de l'Xta* lie.

Empibb de Galilée, association ou eewmunauté qm lea elercs daa priMRb

PMirs Ik la ehambre dss eomptss organisèrent pour se distinguer des clercs

des procureurs au parlement , qui s'étaient constitués en Jioyaume de la Soioehe (voy . BAtOGHB) , et pour juger » en dernier ressent les oootestations qui pouvaient survenir entre eux. Ils avaient emprunté ce nom de GaUUe, non pas à la itartie ainsi nommée de raneienne Palestine , mais à une petite rue qui longeait les bâtiments de la chambre des comptes, et qu'habitaient un grand nombre de Juifs. L'empereur et ses offiders se réunissaient dans une salle qui donnait sur cette rue.

L'époque de la création de ce haut té souverain empire est assez douteuse; eependant , d'après le préambule d'un rèo:lement fait par un M. Barthélemi, maître des rouiptes , en qualité deprolecteur de f empire , il parait qu'elle r<^monte au moins au commencement du quinzième siècle.

Le premier oflicier de la communauté conserva le titre d'empereui' jusqu'au règne de Henri III, qui défendit partout en France ces dénominations de rois données jusqu'alors si fréquemment aux chefs des confréries. Alors le premier rang appartint au chancelier. A u-des* sous de ce fonrtionnaire électif, étaient placés un procureur général, six maîtres des requêtes, deux secrétaires des finaness., un trésorier, un contrôleur, un greflier et deux btiissiers. Cette communauté regardait comme ses protecleurs le doyen des conseillers maîtres et te procuseur général de la chanjh bre des comptes, spécialement commis par cette dernière pour veiller à tout ce qui intéressait la juridiction de l'empire. Ses dignitaires s'assemblaient tous les jeudis matin, après raiidience de Messieurs de la chambre. Ils ne devaient se présenter à ces assemblées qu*avee la toque ou bonnet de clerc, et une petite robe noire allant josqo*«ui genoux.

La féte de l'empire se célébrait le 28 janvier, jour de la Saint-Gharlemagne, dans la Sainto-Cbapelle basse du Palais.

C'était encore pour la communauté un jour bien solennel que la féte des Rois» Alors elle faisait oonfoctionner de nomr breux gâteaux, et les portait en pompe cbes 1^ efileieis de Istcbambrot les gér

nviBB (a'Orkvt) FRANCK. UPraB 4*OriM^ 147

' Déraux des finances et tes principaux courtisans, qu'elle régalait en mêa»

tempi d'une bruyante aubade.

Dans un compte de l'ordinaire de Paris, clos à la Saint- Jean 151 9j le fermier porte en dépense ce qu'il avait payé au trésorier de Venipire, '< pour « lui aider à supporter les frais qu'il « lui a convenu faire, tant pour les gâ- « teaux, jeux et états faits à Thonneur « et exaltation du roi à la féte des Rois, « que pour autres affaires. >» Dans le compte de l'ordinaire de 1532, figure une somme de 25 livres parisis « payées « à IVmperettr et aux suppôts d'icêlui , « pour employer aux frais et charges « dudit empire, môme aux danses mo- « risques, momeries et autres triomphes « que le roi veut et entend être mt»

» par eux pour ('honneur et récréation « de la reine. >»

Il parait néanmoins que nos Joveux dercs outrepassaient souvent, dans leors solennités, les tiornes des convenances , car on voit intervenir h phisicurs reprises , surtout au seizième siècle, des arrêts de la ehambre des comptes , portant défense aux clercs associés « de « faire les gâtenux- et solennités selon la « coutume ancienne. » Cette prohibition ne fat même levée, en 1588, qu'à con* dition qu'ils célébreraient la féte des Rois modestement. On voit néanmoins par les anciens registres et mémoriaux de la chambre, oue les privilèges de Vempire ne le céaaient en rien à oeas de la BasocliP. Otte corporation pro»

longea son existence jusqu'en 1789.

Empire d'Obient (relations de la France avec 1'). La chute de l'empire d'Occident, en 47fi, précéda de bien peu l'invasion îles Gaules par les Francs, et les empereurs d'Orient furent bien vite obligés de sanctionner ce nouvel envahissement des provinces qui avaient jadis reconnu la domination de Rouie.

« Vers l'an 508, dit Grégoire de Tours,

. Clovis reçut de l'empereur Anastase des lettres de consulat, revêtit, dans la basilique de Saint Martin, la tunique de

Suurpre et la chiamyde, et ceignit le iadème; puis, montant à dieval, il répandit oc sa propre main, et avec une grande bonté, de l'or et de l'argent pour le peuple , sur le chemin qui est entre la porte de la cour de la bnsî-

lique de Saint- Martin et l'église de la ville. Depuis ce jour, il eut eomnie le

titre de consul ou d'auguste. »

Déjà le patrîciat avait de même été accordé aux rois des Bourguignons.

Gundérîc avait même été nommé maître de la milice, et ses qioatre fils, dont le dernier, Gondebniid, mourut en 516, avaient hérite de ce titre. Le fils de Gondebaud , Sigismond , députa un de ses officiers à l*ein||erettr Anastase poor lui notifier son avènement à h couronne, et lui demander sa protection. Ce députe lie put parvenir jusuu a Constantinople ; mats Anastase n^en confirma pas moins au nouveau roi lesdignités qu'il lui avait déjà conférées du vivant de son père ; il y ajouta même de nouveaux honneurs , car il est prouvé par

f)lusipiirs documents que ce prince porta e titre de patrice et de comte des largesses. Rien de plus humble, du reste, que les lettres adressées à l'emperevr par Sigismond. Mais , à cette époque , les fils de Clovis commençaient à menacer sérieusement la iiourgogne, et Sigismond eherchait aide et secours de tout coté pour détourner l'orage qui était prêt à fondre sur lui.

Cependant la puissance des Francs s*était «ccrae de telle sorte, quel'em» pire d'Orient , chaque fois qu'il médi* tait une entreprise importante , se crut obligé de compter avec elle. Justinien voulant, en 535, après la mort d'Amalasonte, reconquérir l'Italie, qui était tombée au pouvoir des Goths, « envoya une ambassade aux princes des Francs, avec une lettre ainsi conçue :

« Les Goths, non^ulement ne veulent « pas nous restituer l'Italie , qu'ils ont « enlevée par la force à notre domina- « tiou, mais encore nous avant cause, « sans y avoir été provoqués, des maux <t immenses et intolérables, nous som- « mes forcés de leur faire la fçuerre. Il « est de votre ititéréi de l'entreprendre « avec nous , car notre eommane reli»

« gion, également ennemie des erreurs « d'Arius, doit vous inspirer de la haine ff contre eux. » La négociation réussit. L'empereur avait joint à sa lettre un.

présent en argent , et la promesse d'in subside considérable qui dnvait êtrepayé aux Francs aussitôt qu'ils auraient oommeoeé la guerre. Lee Jmm s'én-

948 CMMliB (d*6rf«iit) LUNITEHS. EMPIRE (d'Onent)

gagèrent donc à combattre dans les intérêts des Romains d'Orient (*). w

Mais ils ne tardèrent pas à se laisser sériuîre par les propositions que les Goths leur firent a leur tour. Théodat, meurtrier d'Amalasonte « leur offrit, arec deux mille livres pesant d*or, toutes les terres qu'il possédait dons la Gaule. Ils acceptèrent ; cependant le traité ne fut détinitivement conclu que sous le successeur de Théodat, Vîtiges,

3ui fit aux rois francs Childebert, Théoebert et Chilpérîc , une cession authentique de toutes les possessions des ûoths depuis les Alpes jusqu'au Rbdne, et depuis la mer jusqu'aux confins du royaume de Bourgogne. Les Francs ne pouvaient, sans violer ouvertement le traité qu'ils venaient de faire avec l empereur, envoyer des troupes franques au secours des Goths; mais ils promirent d'en fournir secrètement, et ils les tireraient des nations étrangères qui leur étaient soumises.

Fn effet , Vitigès ayant projeté , en 538, de faire le siège de Milan, implora le secours de Théodebert, qui lui envoya 10,000 Bourguignons, et, pour ne point paraître se mettre en hostilité avec Justiiiien, prétendit que ces troupes étaient parties contre son ordre et malgré sa volonté. ' Nous raconterons ailleurs la campagne des Francs en Italie. [Voy. Italie (expéditions en).]

On possède deux lettres écrites par Théodebert à Justinien, en réponse à d'autres lettres de Justinien, qui ne sont pas parvenues jusqu'à nous. Dans la première de ces lettres, le prince franc accuse réception de la depêAé |»ir laquelle l'em pereur le prie d'envoyer MOmptement 3,000 hommes au secours OU patrice Brigantiiius , et s'excuse de ne iKHivoir lui rendre ce service , pour des raisons communiquées par lui au comte Andréas, porteur de la dépêche impériale. La seconde lettre contient la réponse à des questions faites par l'empereur sur Tétendue de la puissance des Francs en Germanie, et sur les différents peuples de ces contrées qui reconnaissaient leur domination.

Les guerres des Romains contre les Ostrogotbs étaient fisvorabies aux pro-

(•) Procope.

jets d'envahissement des Francs, qui, dans leurs expéditions, s'emparèrent du pays des Venetes. Aussitét que Tbéodeboltl ettt succédé à son père Théodeberti mort en , « l'empereur Justinicn envoya au nouveau roi Léonlius, sénateur *et gendre d'Athanase, pour lui demander de joindre ses armes aux siennes contre Totila et les Goths, et d'abandonner les contrées dont Théodebert s'était emparé en Italie an mépris des traités (*). » Cette anibassade n eut pas grand succès. Tliéodebald refusa de rompre Talliance qu'il avait formée avec les ennemis* de l'empire; seulement, pont régler ce qui regardait les préten* ttons de l'empereur relativement aux pays occupés par les Francs , il fit partir quatre députés avec l'ambassadeur by/nntin. On ne sait point quel fut le résultat de cette négociation; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle n'empécha pas les Francs degardcr leurs conquêtes dans la IJgurie et dans la Vénétie.

Ce fut vers cette époque ou peut-être un peu avant, qu'eut lieu un événement fort important : la cession des Gaules aux Francs par Justînieii , cession qui eut pour cause les embarras toujours croissants de la giierre contre les Goths , et la crainte que les Francs ne s'alliassent avec eux. « Les Goths, dit Procope, avaient, au commencement de cette guerre , comme je l'ai mentionné, abandonné aux Francs tou-.

tés les Gaules soumises à leur domination. Les Romains, de leur côté, ne purent l'empêcher, et l'empereur Justinicn fut obligé de la confirmer, de peur d'être inquiété par ces barbares, sil se les rendait hostiles; et les Francs ne se regardaient pas comme possesseurs tranquilles des Gaules, si l'empereur n'eût confirmé cette donation par ses lettres... A partir de cette époque , les rois francs occupèrent la colonie phocéenne de Marseille et tous les lieux maritimes , et obtinrent ainsi l'empire de la mer; puis, ils présidèrent dans Arles à des jeux équestres, et frappèrent, avec de l'or paulois, des monnaies, non plus a Tefligie de Tempereur,

suivant la coutume» mais à leur propre cfSgie. »

(•) Prooop«,

' mmms (dx>iritiii) FRANGE. iwptm (<i*oriMi) S49

En 561 , après la mort de Teias, roi des Gotiis, des ambassadeurs furent dépotés par ce peu|)le à ThéodebaM , roi ffAustrasie. pour implorer son secours.

Les tuteurs du jeune prince les accueillirent froidement. Mais Tidée d'une expédition aventureuse à entreprendre avait excité l'ardeur lielliqueuse de la nation; ils furent forcés de céder, et deux frères f Lothaire et Buccelin, ducs des A l^ans, descendirent, l'automne suivant, des alpes Rliériennes dans la |)lnine de Milan , à la tête de vingt-cinq mille barbares. Cette armée, qui signala son passage par d'horribles dévastations, fut, au printemps de l'atinée suivante, extermmée par JNarçès à la bataille de Cassilinum.

Cependant la eonaoéte de l*ItaKe par les Lombards vint uientôt replacer les Francs, vis-à-vis l'empire d'Orient, dans la position qu'ils avaient occupée durant la guerre gothique; leurs relations devinrent liieme plus fréquentes avee les empereurs de Constantinople. « Le roi S^ebert, dit Grégoire de Tours, envoya à Pempereor Justin (successeur de lustinien) des ambassadeurs pour demander la paix : c'étaient Warinaire, Franc de nation, et Firmin d'Auvergne.

Prenrat leur chemin par mer. ils se rendirent à Constantinople, parlèrent à Tempereur, et obtinrent de lui ce qu'ils demandaient. Cependant ils ne rentrèrent en Gaule que Tannée suivante. »

Chilpéric envoya aussi des. ambassadeurs à Tibère, successeur de Justin :

ceux-ci ne revinrent qu'au bout de trois ans, après avoir fait naufrage près de la ville d Agde , et après s*étre vu dépouiller par lés habitants de la plupart des présents qu'ils rapportaient au prince franc. «A cette époque, dit le pieux « évéque de Tours, je m*étals rendu à « la maison royale de Nogent pour me « présenter au roi... Là, ce prince me « montra des médailles d'or, du poids « d'une livre ebacane, que lui avait en- « vovées l'empereur, avec cette légende « à i'entour : Tiberii. Constantimi.

« Pebpbtui. Augusti; de l'autre, un « char à quatre chevaui et son eondue» « teur, avec cette inscription : Glorije. « RoHANOBUM. Il me ût voir encore « plusieurs autres okijets précieux que • m avaient oflhria m Bummàtun. »

Les empereurs de Constantinople cherchèrent toujours h opposer les Francs aux Lombards. Trop occupé en Orient pour pouvoir faire passer des troupes en Occident, Maurice envoya, vers l'an 584, une ambassade solennelle à Ghildf bert , roi d'Austrasie, avee une somme de cinquante mille pièces d'or, pour l'engager à chasser les Lombards de ritalie. Ce prince partit aussitôt pour cette contrée. * A cette nouvelle, les T.ombnrds, craignant d'être détruits par son armée, se soumirent à sa domination, lui donnèrent beaucoup de présents, et promirent d*étre dto fidèles sujets. Alors, voyant qu'il avait obtenu d'eux tout ce qii'il voulait, le roi revint dans les Gaules... L'empereur, ap|)renant qo*il avait &lt la paix avec les Lombards, redemandait son argent; mais Childebert, conGant dans ses forces , ne voulut pas même lui répondre (*). » Cependant Tempereur ayant renouvelé sa réclamation Vannée suivante, il se décida à envoyer une nouvelle armée en Italie. Mais la division se mit entre les éhefii de cette armée, et elle revint sans que le but de Texpé» dition eiU été atteint. Les rois francs comprenaient trop bien (^u'il était de leur intérêt de laisser subsister la puissance lombarde, pour chercher sérieusement à anéantir cette redoutable barrière placée entre eux et l'empire d'Orient. C'est probablement à cette cause, aussi bien qo*à Tindiseipline des troupes, qu'il faut attribuer l'insuccès des quatre expéditions dirigées par Childebert contre l'Italie , qui dès lors s'appela ,comme au seisième siècle, le Umif beau des Francs.

Kn 684, la paix fut défînitivement conclue entre les Lombards et les Francs, et pendant cent soixante ans, jusqu'au rè^jne de Pépin, elle fut fidèlement observée de part et d'autre. Pour prévenir une rupture avec l'empire d'Orient, le roi Contran avait envoyé en ambassade à Constantinople le comte Syagrius. Maurice le reçut avec honneur, et lui conféra la dignité de patrice. Cette conduite, qui semblait indiquer que les empereurs n'avaient pas renoncé à leuia anciennes prétentions sor oer-

(*) GrégoinsdeTon

taines parties des Gaules, excita un violent méoontentflmmt à la eeur ét Gootran , eui , au retour de son amba^

sadeur, se hâta de le priver du titre que Teinpereur lui avait conféré. L'abbé Dubos, dans son BUMre triUquê de riUibiùtement de ta monarekie fran^

. çaisey rapporte à cette époque une médaille d'or de Mijurice, laquelle semblerait indiquer que les empereurs d'Orient conservaient encore quelques partisans

dans le midi de la Gaule. Cette médaille, qui a vXe {gravée dans réditioii de Joiiiville donnée par du Gange, présente d'un coté la téte d< Maurice avee la légende D. N. Madbitiijs P. P. AuGUS- XUS, et de l'autre côte le Labarum^ avec ces mots : Yiemiva. j>e officina

LàUBBNTI.

Héraclius reçut, en 620, une ambassade de Da^obèrt, qui venait de réunir sous sa domiuatioD toutes les parties de la inonarehie des Francs. Ce prince la félicitait sur Theureux succès de son expédition en Perse, et demandait le renouvelienœnt de rancienoe alliance

fui n*avait cessé île subsister entre les rancs et l'empiro. Les ambassadeurs furent reçus avec honneur, et obtinrent la conûnnation des truites précédents.

. Les querelles oondnueites des Grecs, des Lombards et des papes , donnèrent, au huitième siècle, une haute importance à Talliance des Francs. L'enipeleur Constantin Copronyme, voyant que la protection de Pépin faisait toute la force des papes, qui cherchaient à se rendre indépendants, voulut aussi tâcher de mettre ce prince dans ses intérêts. Un ambassadeur* envoyé par lui , débarqua à Marseille en 755; il joignit Pépin au camp devant Pavie, et lui offrit des présents magniGqueSf s'il voulait restituer à Tempire reiardi^ ^ Ravenne. Mais Pépin refusa ces offres, et lit don au pape de k province qu'il venait de conquérir.

Quelques années plus tard, en 7«7, Tempereur envova en France une ambassade composée de six officiers revêtus du titre ae patrices , et d'uo certain nombre d*évéques et de prétrsa ioono»

ciastes célèbres pour leur science et leur habileté. Les patrices demandèrent pour Léon, (ils ainé de l'empereur, Gisèle, fiOe de Pépin, av«e l'ffUNbal do Ra-

venne pour dot. Cette province serait ainsi revonoe aax empereuri. Les pré^ très et les évéques iconoofantes essayé»

rent de faire adopter leurs opinions par le clergé gaulois; mais celui-ci combattit fortement ces opinions , et Pépin ren^ voya la question à un concile qui Ait tenu à Gentilly, et après lequel les ambassadeurs grecs furent obligés de s'en retourner sans avoir rien obtenu.

Les afhires dltalio, i|ui occupent une place si importante dans l'histoire du règne de Chariemagne, rejidirent trèsfréquents, pendant toute la durée de ce règne, les rapports des Grecs et dai Francs. Sin'vant Éi^inhard , Chariemagne entama en personne, en 780, des conférences avec les ambassadeurs de l'em* ■^eor Coraftantin, qui étaient venus lui demander sa fille Rotrnde en mariage; mais le roi, mécontent de la mauvaise foi des Grecs, la leur refusa. Cette mpture , que les Grées attribuaient aui intrigues d'Irène, fut suivit d'une dé* claration de guerre.

« Constantin, dit Éginhard, irrité de eome le roi avait rdusé de loi aoeorder sa tille en mariage, ordonna, en 788, au patrice Théodore, préfet de Sicile, et aux autres ducs de cette. province, de ravager les frontières des Bénévestim...

Dans le combat qui fut livré, l^nemi laissa sfir le champ de bataille une multitude des siens, tandis que les Francs, vainqueurs sans avoir éprouvé de grandes pvtes, ramenèrent dans leur camp un grand nombre do eaptife et un riclio butin. »

Cette tentative fut la dernière que firent les Grecs pour recouvrer leurs anciennes possessions d'Italie. La dernière année de son rè^ne , Constantin envoya, pour traiter de ia paix avec le roi M Francs, Théophile, fils de Nicétas, gouverneur de Sicile; mais les négociations furent interrompues à la nouvelle de la déposition du prince grec. Irène les renoua l'améo smvante; et CÎuirlemagne , qui méditait probablement déjà de se faire proclamer empereur d'Occident, amusa les envoyés de HoHiérBtrice, en prolongeant outre masure les conférences. Jus«|u*alors, il avait toujours donné aux empereurs, dans les lettres qu'il leur avait adressées, le titre de pèrei, H erot frnnm

■mw(AW9Bt) nuRCE. Haras («mm^ m

traiter avec eux d'éscal à égal après sod couronnement, en 801 , et dès Ion il ne

leur donna plus que le titre de frère.

Malgré les craintes que réiévation d'un nouvel empereur dût inspirer à Irène, eette prinoesse, qui était de . son peuple, « lui envoya de Constantinople , comme ambassadeur, le spathaire Léon, pour coniinner la paix entre les Grecs et les Francs. L'empereur, à soa tour, après avoir congédié cet ambassa* deur, envoya à Constantinople Jessé, évéque d'Amiens , et le comte Helmgald y qu'il chargea de régler la paix avec i'iinpératrice (*). »

Le motif de cette ambassade n'était autre, suivant les historiens grecs, que la conclusion d'un mariage entre Irène et Tempereur lui-même, qui aurait ainsi réuni sous sa domination tous les pays qui avaient composé l'empire romain.

Le pa|)e, ajoutent les mêmes historiens, souhaitait fort cette union; mais des intrigues de cour la firent manquer. Cependant aucun historien latin ne parle de ce projet, et Ton peut, sans s'exposer à être taié d'incrédulité, n'y voir, avec Muratori, qu'une fable, sans autres fondements que des faux bruits répandus par les ennemis d'ireae pour la rendre de plus en plus odieuse a ses sujets.

Les ambassadeurs de Charlemagnc furent témoins de la chute de cette impératrice, qui fut détrônée et remplacée ar Nicéphore. « Ce prince, dit Égio« ard , et ses successeurs MicM et Léon, jaloux d'obtenir l'amitié et l'alliance de Charles, le prévinrent en lui envoyant plusieurs ambassades. Bs avaient conçu de vives inquiétudes en levo^t prendre le titre d'empereur, qui semblait annoncer des projets contre leur puissance; mais il contracta avec eux une alliance si solide, qu'il ne resta plus entre eux aucun motif de division. Kn effet , la puissance des Francs a toujours porté ombrage aux Grecs et aux Romains; aussi existe-^il le proverbe gne suivant : ^ie k Frtmepmt mmiiêtwm pour voisin. »

Les ambassadeurs de JNicéphore arrivèrent en 803 au camp de Charlemagne, sur les bords de la Saal. Ce prince, pour • confondre leur vanité, déploya dans ua

O Efguhnà , Via de Cfcwtoi^

village de la Franconie toute la pompe ee dv moins toute la morgue du palais de Byzance. Les Grecs traversèrent quatre grandes snlles maj^tiifiquement ornées. Dès la première, ils allaient se prosterner devant un personnel^ con** vert d*or et de pierreries , lequel était assis sur un trône. On leur dit que c'était le connétable, c'est-à-dire, un des serviteurs du prînee. Ils firent la asême méprise, et on leur it la même léponao dans la seconde pièce, où se trouvaient le comte' du nalais, l'intendant et le grand chambellan. Leur rmfntîemes'ao* crut ainsi peu à peu, jusqu'au moment où l'on ouvrit la porte de la chambre où était Charlemagne; alors ils aperçurent, environné de tout l'étalage de ce Imte étranger qu'il méprisait, le monarque, à qui ses chefs victorieux donnaient a l'envi des marques d'amour et de res* pect.

« Lesdeux empirssoenelarent un trMté

de paix et d'alliance, et il fut décidé que chacun garderait les domaines dont il se trouvait en possession. L'Istrie, la Liburnie, la Dalinatie, TEsclavonie, le Croatie, demeurèrent n Charlemntinc, qui s'en était rendu maître. Nicéiihore garda les ilesqui bordaient la Dalniatie, ainsi que les villes maritimes de cette province. Mais ce traité, pnr suite de différends survenus entre les deux cours relativement a la possession de la Vénétie, qui fut laissée eox Grscs, ne Art retifté qu'en 811 ; et en 812, au commencement du printemps, Cbarlemagne chargea Amalliitrius, évéque de Trêves, et Pierre, abbé do monastère de Nenantola , d'aller à Gonstentinople confirmer la paix avec l'empereur Michel, successeur de Nicq[>(iore(*). «

Lorsque Léon eut rsenpiaeé Midiel, il les trouva encore à la coer; il fill^r* tir avec eux Christophe , son premier écuyer, et le diacre Grégoire , pour de* mander à Gharlemagne mi secours contre les Bulgares. Mais le grand empereur d'Occident était mort le 28 janvier 8f4. Louis le Débonnaire reçut ces envoyés avec honneur; à leur départ, il leur offrit des présents oensidérebtee, tail pour em que peur leur nattie,et

(*) Gibbon , Histoire de la décadence de r«ipir» roMin. • •

811 SOmB (d'Orfmi) LUIQVEIIS* Bams (d'OHaii)

il les fit condailie 'et défrayer jusqu'à la frontière. Plusieara sef gneonfranct les

accompagnèrent , alin de demander à Léon la continualion de l'ancienne amitié qui avait régné entre les deux empires , et la oonnrmatkMi det traitée ■reÎDédents. Mais déjà commençait, pour . la monarchie franque , l'époque de la décadence ; les empereurs d Orient cesaérait Mentdt de traiter d'égal à éiial avec les chefs de cette monarchie. « Les Grecs , dit Gibbon , oublièrent bientôt cette humiliante égalité , ou ils ne s'en aouTtnrent que pour détester les barbares qui Tavaient obtrniie de force.

Tant que la même personne réunit le pouvoir et les vertus, ils saluèrent avec respect Tauguste Qiarlemagne, en lui donnant les titres de ^aaùaûi et empereur des Homains. Du moment où ils virent que son fils dévot ne reunissait plus ces qualités , on lut, sur la soueeriptioo des lettres de la eour de Byzance : « .-in roi, ou, pour employer les qualifications qu'à se donne , à l'empereur des Francs et des Lombards. » Lorsqu'ils n'aper^.urent plus ni pouvoir ni vertus , ils dépouillèrent Louis II de son titre héréditaire , et , en lui appliquant la dénomination barbare de j-ex ou de rega, ils le reléguèrent dans la foule des princes latins. » En effet, après la décadence et la chute de la dynastie carlovingiuine, les empereurs grecs reoooimenoèrent à se considérer toujours comme souverains de l'OecMlent , ef ils conservèrent jusqu'à la Un ces prétentions; c'est ainsi que, lorsquVn 1088 Robert de Frise, comte de Flandre, revenant d'un pèlerinage en terre sainte , passa à Constautniople, il /ut forcé, dit Anne Comnène; oe Âiire bommage à Tempereur, siànâtU Vusage des princes latins; phrase qtu' innique bien plutôt les prétentions de la cour de Byzance que la réalité de son pouvoir. Au reste , ess prétentions se renouvelèrent à Tépoque de la première croisade, entreprise qui, on le sait, doit être en partie attribuée aux sollicitations des Grées, que la puissance croissante des Turcs menaçait déjà dans leur existence comme nation.

Il faut lire dans les écrivams grecs, et dans les cbroniqueurt des croisades, le lédt des nues employées par Alerta

Comnène pour obtenir des pèlerins français un hommage de fidéitte et une

promesse de lui restituer leurs conquêtes d'Asie, ou de se reconnaître comme • . ses vassaux. Hugues de Vermandois, Irodefiroi de Bouillon, Bohémond, Raymond , comte de Toulouse , Tancrède !m-m^nie, tous les chefs de l'expédition en un mot, se laissèrent gagner par les * flatteries et les présents de ce prînoe« dont la flotte leur était indispensable pour les conduire en Asie. La cérémonie de leur hommase se Ht avec une grande solennité. L'empereur était assis sur son trône : les princes latins adorèrent Sa Majesté muette et immobile, et se résignèrent à lui baiser les pieds ou les genoux. Un seul clievalier français , (|u'on suppose être Ronert de • Paris, refusa avec herté de se soumettre à cette humiliation. « Il osa , dit Gibbon , se placer à côté d*Alexis sur son trône. Baudouin lui ayant fait une remontrance amicale, il répondit avec impétuosité dans son idiome barbare :

« Quel est donc ce personnage grossier « qui prétend rester assis sur son siège « tandis quêtant de vaillants capitnines « sont debout autour dp lui ? » L'empereur garda le silence , dissimula son mdignation , et demanda à son interprète rç\j)lication de ce qu'avait dit Robert, quoiuu'à son geste et à sa contenance il l'eût deviné en partie. Avant le départ des pèlerins , Tempereur voulut savoir qui était cet niKlncieux baron. « Je suis Français, répondit fière- « ment Robert, et de la noblesse la plus « pinre et la plus ancienne de mon pays. «Il y a, dans mon \nisinage, une « église où se rendent ceux qui ont enn vie d'essayer leur valeur dans un « combat singulier; j'y vais souvent, et « je n'ai point encore rencontré d'ad- « versaire qui ait osé accepter mon « défi. »

Les empereors grecs ménagèrent les pèlerins tant qu'ils crurent pouvoir tirer quelque parti de leur expédition.

Mais dès que les chrétiens eurent enlevé au sultan IVieée et les contrées maritimes de l'Asie Mineure, les Grecs, débarrassés du voisinaiîe incommode des Turcs , commencèrent à supporter avec impatience le.fréquent passage des croisée. La féconde el la traitième cml*

UWUUI (4'OrMiit)

nde fiirent entrepriiMioaf ItfrèfiMf

de Manuel et d'Isaac l'Anf^e. Ces princes et leurs sujets s'accordèrent dans , le dessein de faire périr, ou au moins ' de décoorager les pèlerins par toutes sortes de vexations. Les villes de l'Europe et de l'Asie fermaient leurs portes aux croisés, auxquels les habitants descendaient par-dessui les murs des vivres avariés et insuf lisants. IManuel fît ' frapper exprès une monnaie fausse pour commercer avec eux. Les traînards étnient impitojrablement massaerés. Les malades étaient brilles dans leurs lits , et Ton pendait à des gibets , le long des routes, les cadavres de ceux qui avaient été égorgés. Dans leurs rapports avec les souverains de FOccident, les princes grecs manifestaient les prétentions les plus arrogantes. Lors de la première entrevue que Louis VII eut avec Manuel , on ne lui donna qu'un tabouret auprès du troue; aussi ce prince, lorsque son armée fut au delà du Bosphore, refusa-t-il de consentir à une seconde conférence, à moins que l'empereur ne consentit à traiter avec lui d'égal à égal.

Pendant toute la durée des croisades, les Grecs entretinrent une correspondance secrète avec les Turcs et avec les Sarrasins. Isaac TAnge, qui affectait d'ignorer les noms des plus grands souverains de son siède, se plaignait que son amitié pour le grand Saladin Tedt brouillé avec les Francs.

Tels furent les événements qui , à partir du onzième siècle, semèrent, en^ tre les Francs et les Grecs, des germes de haine, par lesquels on peut expliquer pourquoi les princes engagés dans la croisade de 1903 se trouvèrent tout disposés à tourner leurs armes contre Cnnstantinople, (ioiitmille récits avaient fait connaître aux Occidentaux l'opulence et la richesse..

Nous avons raconté ailleurs les événements de cette croisade , dont le résultat fut de créer , sur les rives du Bosphore, un empire français qui dura plus d'un demi-siècle {*).

A peine Baudouin eut-il été renversé

(•) Voy. les AzfHi.us ,t. I , p. i8a ctsuiv.» et au Dfcno»aAS«B, kt art Crmuumi «t Emnmm ummMOmtunamnm,

BMPIBE (d*Oti«ii) 26$

du trdile de Constantinopie « que le

nouvel empire i^recful encore une fois menacé dans son existence par un prince latin. Le frère de saint Louis, Charle^s d* Anjou, avait, par le mariage de sa li lie avec Philippe, fils de liniidouin, acquis ou cru ac(îuérir des droits sur cet empire. La défaite de Nainfroi, auquel Mit*!nel Paléologue avait envoyé des secours, le décida à les faire valoir. Afin de parer au dmipcr qui le menaçait, Tempereur grec envoya, en 1:270, une ambassade à saint Louis, pour rengager à détourner son frère de son entreprise. Les députés apprirent en route, que le roi de France était devant Tunis: lis firent voile vers TAfrique , où le roi leur donna audience la veille de sa raorl» et \h seterminri It-nr mission.

Cependant , la mort de saint Louis for^ Charles d'Anjou à suspendre Pexécution de ses projets, mais il ne tarda pas à les reprendre ; une ligue fut signée en 1280 entre lui, Philippe, fils du dernier empereur latin, t^t la république de Venise; et bientôt Tavénement du pnpi* fr;ittrais vint lui donner, dans la personne de Martin, un nouvel allié; mais les vé]>res siciliennes, auxquelles l'empereur byzantin ne fut pas étranger , le nurent peu après dans l'impossibilité de rien entreprendre contre Constantinopie.

A partir de cette époque, les relations de la France avec Con>lantinof)le devinrent de nioins en moins fréquentes.

Ce fut en vain que les empereurs, dans l'espoir de trouver rn Occident des auxiliaires contre les Turcs, qui , chaque jour, s'approchaient davantage de Constantinopie , promirent de réunir FF^glise grecque à l'Église latine; on ne les écouta pas. Il est vrai , qu*en France du moins , on n'avait que des idées très-confuses sur ce qui se passait à la cour de Byzance; nous n'en donnerons qu'une preuve , tiire Guillaume de Nangis. On lit eu effet, dans ce chroniqueur , et cette assertion est complètement démentie par les fiiits, que les Grecs, pour rompre sans retour avec l'Église latine, avalent créé un pape; qu'ils av.iient donné à ce nouveau pontife des c^irdinaux, et qu'ils lui. avaient formé une cour semblable à celle de Rome.

FAANCE.

A la fin (te qoatonièinê lièelfl, Pem- ne tarda pas à voir paTtMN Iv Mi, ên*-

^re byzantin touchait à sa ruine; les touré des princes de son sang, et suivi armées de Bajazet le battaierit en brè- d'une multitude de ducs, de comtes et flhede toutes parts; TOccident s'émut de courtisans, qui tous s étaient piques alors du péril de la chrétienté , et la d'attirer «ir leur personne les refrarda ' noblesse française courut tout entière des Grecs par la richesse et l'élégance à cette funeste croisade, que termina de leur parure. Dès que les deux mo. d'une manière si terrible la bataille de narques s'aperçurent, ils mirent pied à Micopolis. A peine revenu de captivité, terre, «t s'avancèrent i*un vers Tautra le maréchal de Bonrioaut , que les croi- pour s'embrasser. Après s'être donné ses avaient choisi pour chef, fut mis à des témoignages mutuels d'affectton, la téte d'une nouvelle expédition. La ils remontèrent achevai, et, allant à flotte quNl commandait arriva devant oAté Ton de Tautre , fia ae mirent en Constantinople en 1399. Elle fut arrê- marche pour entrer dans Paris. Manuel tée par 17 galères musulmanes, au montait un coursier blanc, que le roi lui passage de l Uellespont; mais Bouci- avait donné, et il était couvert d'un véeaut, malgré rinfénorité de ses forées, tement de sote blanche , fiiit suivant le repoussa leur attaque, les mit en fuite, costume impérial. Ce prince, (|iioiqu*il et, le lendemain, il aborda à Galata, qui ne lût pas de grande taille, avait cepenétait sur le point d'être pris par les dant beaucoup de grâce dans tout sou Turcs, et qu*H délivra. Les Grées le re* extérieur. Les traits le son visaga çurent comme leur libérateur ; IVla uel étaient agréables; une longue barbe <|ui le créa grand connétable de l'empire, ombrageait son menton , et de longs et il lui remit les insignes de cette di- cheveux blancs qui flottaient sur ses gnHé en présence de toute Tarmée. Ces épaules, inspiraient le respect et la vépremiers succès furent suivis de vie- Aération. Le cortège se rendit è travers toires non moins importantes , et le une grande foule de peuple , que la cumarédial put se vanter d'avoir, par sa riosité avait attirée de toutes parts au valeur, nus l*empîra çrec en état de palais , dans la cité, où l'on avait préprolonger d'un oiemi-sièele encore son paré un somptueux festin, eaistence. « Après le banquet, Manuel se retira

Après une année de séjour en Grèce, au Louvre, où il trouva un appartement

Boucicaut revint en France , engagea meublé avec la plus grande magnili-

l*empereur Manuel à raccompagner cence. Charles VI lui as^a sur son

pour demander des secours aux princes trésor des sommes suffisantes pour qu'il

de l'Occident, et surtout a Charles VI. pdt tenir un étal convenable à sa di-

L'empereur suivit ce conseil , et partit gnité , et il ne laissait échapper aucune

avec Hii pour la France. ooeasion de lui donner une haute idée

« Lorsque Charles VI sut qu'il ap- de sa puissance et de ses richesses. Ce

prorhait des frontières du royaume, il n'étaient que parties de chasse, que

envoya, pour le recevoir, plusieurs sei- spectacles, que divertissements de toute

gneurs de haute noblesse. Il voulut que, espèce. Manuel était dans Penchante*

dès qu'il mettrait le pied sur le terri- ment , et paraissait oublier , au milieu

toire français, il fût défrayé aux dépens de ces plaisirs bruyants, le chagrin qu'il

de son trésor , et que dans toutes les traînait à sa suite, villes où il devait passer on lui rendit « Quelques mois après Tarrivéa de ce

les pliis grands honneurs. Le jour que prince à Paris, Charles VI tomba dans

Manuel ht son entrée dans Paris , le un de ces accès de frénésie auxquels 11

8 iuin 1400 , une cavalcade de deux était sujet. Manuel profita de ce mo-

mille bourgeois, superhensent vêtus, ment pourftireun voyage en Angle-

alhi au-devant de lui pour lui servir terre ; il revint en France au mois de

d*escorte. Elle l'attendit nu pont de février de l'année suiv.mte (1401). Le

Cbarentoo.A quelque distance des por- roi était rétabli et l'invita à l'accouipa-

tes de la ville. Manuel trouva le chan- gner à Saint-Denis , où il alla rendre

oelier , le parlement en corps et trois grâea à Dieu de son retour à la santé,

çardinaux, qui le compliineutèreat. On L'empereur des Oiee» ne lit paîBl dif*

ficulté d'assister à tout Toffice qui fut célébré en ce jour , aflo beaucoup de solennité, dans Téglise abbatiale des bénédictins Manuel cherchait aussi, de

son côté , à frapper les yeux de la multitude par la majesté du culte grec. Il faisait célébrer avec pompe Toflice divin , dans une chapelle qu'on avait disposée au Louvre pour cet usa^e. Cependant ses affaires avani^aient peu , malgré ses humbles et pressantea aup* plicntions auprès du roi et des gens de son conseil, pour qu'ils voulussent bien

. s'occuper quelquetois de l'objet oui l'd- ▼alt amené à la cour de France n. »

Sa capitale n'était plus défendue contre les attaques réitérées des Ottomans

.que par une poignée de Français, laissét an Gréée par Boucieaut; peiidaDt deux ans, il fit de vains efforts pour obtenir quelques secours ; la France , décfairée par les factions, était hors d état de l'aider. Enfin , il prit , en 1403, eongéde Charles VI, lequel, au moment de son départ, lui (it de riches présents et lui assura une pension annuelle de 80,000 écus. Six ans après , en 1408 , Manuel envova aux religieux de Saint- Denis, avec lesquels il s'ctnit lié d'aimitié pendant son séjour eu France, un manuscrit enrichi de niagniûques mi> niatures. Ce manuscrit contenait les ceuvres attribuées a saint Denis i'Aréopaîîite, avec lequel , ainsi que nous l'avons dit a I article Conversion, la tradition de l'Église grecque confond k premier apôtre de la Gaule. La, se terminèrent les relations de la France avec Tempire grec. Les desastres de la

Î guerre de eent ans empêchèrent ensuite es rois de France d'entretenir des relations d'amitié avec un empire éloigné, qui se moufciit chaque jour , et qui tomba enin, en 1468. au moment où la Flranoa commençait a peine cUe-méma à sortir de ses ruines.

Emfibk fbançais. — Aussi majestueuae nue déaordônnéa dana aon cours, la révolution française présente trois époques qui méritent surtout de fixer l'attention : née avec la ComtUuante, •lie triompha de TEurope avec la Cofip vnUio», et se répand ▼tctorienaa au dn>

(*) Lebean , Histw^ditBa*-Emfir*f,t9,VM pv Saial-Marun,

liora avec le ConsuUU et VEmpire, A ce point de Yon, i*Aasemblée léaisla^ tioe et la IHrecioire n'apparaissent plus que comme deux transitions plus ou moins longues , l'une entre la Constituante et la Convention , l'autre entre la Convention et le Conaulat, qui luimême est le commenceniffit , et on pourrait ajouter la plus belle partie de TEmpire. Cela est d'autant plus vrai, ue l'Assemblée législative eat l'ouvrage e In (^oiistitn.intf, qui fonda le gouvernement conslitutiorujei , et que le Directoire est l'œuvre de la Convention , Hful fonda le gouvernement républicain.

Qu;u)t à l'Fnipire, ce qui le préoccupa, ce fut, d'une part, le soin de conquérir; et, de l'autre, le soin de restaurer le pouvoir monarchique. Le grand drame révolutionnaire se divise donc en trois actes principaux , qui sont : la Constiiucinle, ia ConeetUion et l'Empire ; immense trilogie dont les proportions gigantesques surpassent tout ce qu'on avait vu de [iltis extraordinaire jusqu'à* lors dans l'histoii e.

En ae renft miant dans une sphère moins étendue, et lorsqu'on se borne à étudier la lutte du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif dans l'intérieur de la France révolutiocmaire , la Cointituante , In Conventtên et FEmpirê se dessinent encore au premier rnn|^, parmi tous les pouvoirs qui oui le plus indué sur les destinées de notre pays'* Ceat alort surtout que le Consulat se montre connue le prelud»* de l'Enifiire, et (fu'on reii^rette que ^apoléon n'ait pas su s'en tenir à cette première partie de ta carrière politique, époque déjà un peu trop militaire, mais pas encore tout à fait despotique , ni condamnée à des guerres éternelles comme l'Empire.

A aon début, la révolution, reproentée par l'Assemblée constituante, essaya d'équilibrer le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Cette tentative de tniniaction , qui avait pour but de cou- ,dlicr tes anciens droits de la couronne avec les droits imprescriptibles de la souveraineté du peuple, ayant éohoué par le nnauvais vouloir de la cour tt amené la journée du 10 août , l'Asseai* blée législative, instituée par la Constitunnte, se vit obligée de convoquer Uiie Convention nationale*

Cette fois, la révolution victorieuse en appela directement à la souveraineté du peuple, et toute la puissance résida dans les mains des représentants, qui cumulèrent à la fois fes fonctions de législateurs et de gouvernants. Grâce à Tenergie de la commune et au patriotisme du grand comité de salut public, la Convention parvint à sauver la France envahie et à purger son territoire de la présence des étrangers; mais, dès que le danger cessa d'être imminent, les inconvénients de la confusion des deux pouvoirs se firent encore plus enieUement sentir. Alors leê membres survivants de la Convention , un peu mieux éclairés par l'expérience, mats toujours ennemis de j'unité gou- ▼emementale qu'ils avaient frappée dans la personne de Robespierre, eurent recours à l'institution du Directoire, ébauclie imparfaite du pouvoir, exéeutif renaissant.

Cette unité dans le gouvernement, que la commune, les jacobins et le peuple avaient infructueusement essayé de rétablir au profit de la révolution , il nppartenait à Parmée, seul oorpâ doué d'une orgnnisalion vigoureuse, de la faire prévaloir contre les obstacles que lui opposait la bourgeoisie, encore dominée par l'esprit de la Gironde. C'est en effet ce qui arriva le 18 brumaire, époque où le Directoire fut remplace par le Consulat.

Mais, il peme restauré, le pouvoir exécutif parvint à s'affranchir de tontes les entraves dont l'avait entouré la représentation nationale. Bientôt le général qui en était le dépceitaire ne connut plus de bornes , et il fut question de créer une nouvelle et quatrième dynastie. De consul pour dix ans , Bonaparte s*était d*abord fort nommer consul à vie; il se fit proclamer empereur sous le nom de Napoléon I"".

Ainsi donc, préparé par le Consulat, rSmptre marque répoque où le pouvoir exécutif, démembré et réduit à un rôle subalterne par la Convf ntion, reprend à son tour le dessus, et s élève à un degré defiiroe et de gloire inconnu jusqu'alors. Mais, comme si la révolution avait été condamnée à tomber loujours d'un excès dans un autre, Tenipcreur manifesta •neore plus de jalousie contre le pou-

voir législatif que la Convention n'en avait montré contre le pouvoir exéca»tif. Plus de liberté, plus de représentation nationale; à la volonté du plus grand nombre se substitue la volonté d'un seul homme qui ab.sorbe tout en lui-même, et qui a la prétention de tout représenter. Kn retour, de la grandeur et de la gloire pendant dix ans , autant de victoires que de batailles, d'admirables bulletins , de sublimes harangues ; mais , à la fin , des revers , la France envahie , des défections , deux abdications forcées, deux exils, et la lente agonie du fils ingrat de la liberté sur le rocher de Sainte -Hélène. Telle fut l'époque impériale, presque exclusivement guerrière, héroïquement chevale-.

resque, si l'on veut, mais tyrannique comme tout gouvernement militaire, et, en définitive, inférieure à l'époque conventionnelle , puisque tous ses triomphes eurent pour aemîar résultai l'envahissement de la France et le réta* blissement de l'ancieri régime; deux malheurs que la Convention avait su conjurer, et que l'aveugleuient orgueilleux de Temperetir a seul rendus possibles.

L'existence politique de Napoléon , si grande d'ailleurs et ai remplie de merveilles, offre cela d^afiligeant, qu\>n y voit une lutte incessante entre le guerrier et l'homme d'f^tat , lutte d'autant plus funeste , qu'a la lin te persoiuiage politique disparaît presque entièrement devant le personnage militaire.

Ce n'est pas que rempcrciir fiU seulement un ambitieux avide de conuué** tes : il aspirait à un plus noble rôle ; il voulait faire, pour l'Europe, ce que la révolution avait fait pour la France; il voulait, à l'exemple de Charlemagne, renouveler la fiice de TOccident et en devenir le législateur. Mais autant son but était grandiose et favorable à la civilisation , autant ses moyens d'action étaient exclusifs et contraires à Tesprit du siècle. Habitué à commander dans les camps, élevé au pouvoir suprême par l'influence des baïonnettes, il traita le peuple français comme un général en dief traite une armée; et, après l'avoir soumis à sa discipline, il entreprit d'enrégimenter les autres neupics comme on enrégimente des soldats. Succédaii^t

k une époque de crise sociale où les masses étaient tout et les individus presque rien, il se jeta dans un excès

contraire : à In dictature du plus ii;r;ind nombre, il substitua la dictature d'un seul ; il ne se contenta pas d'être le centre et la téte de TEmpire , il concentra toute la puissance nationale en lui. A une époque où le peuple ne comptait encore que pour jJeu de chose, Louis XIV avait dit : VEIat, c'est mot! h une époque où la souveraineté populaire venait de détruire tous les privilèges, toutes les inégalités, Napoléon osa dire : Le peuple , c'est- moi ! mot sublime , si le dictateur avnit franchement accepté l'héritage de la révolution, mot empreint d'un orgueil démesuré, parce qu1l avait un sens tout personnel que la dignité de la France ne lui permettnit pas d'accepter.

Dès l'origine, il y eut donc , entre le grand homme et le çrand peuple , un malentendu qui devait avoir les plus fâcheux résultats, et finalement aboutir à un divorce. La France voulait biea que Tunité fiât rétablie dans le pouvoir exécutif, pour conjurer le retour des guerres intestines et pour donner à la révolution la force de devenir prépondérante en Europe , après avoir prouvé que, sous toutes les formes de gouvernement , elle savait rester invincible chez elle. A la rigueur, la France voulait bien que la révolution se fît homme momentanément , pour se répandre au dehors avec plus d'ensemble et pour marcher avec plus de rapidité au secours des peuples qui invoqueraient son appui contre la coalition des défenseurs de Tabsolutisme et du réL^ine féodal.

Mais la France ne prétendait nullement imposer son système aux étrangers, ni surtout porter atteinte à leur indépendance. Fière d'avoir fait reconnaître sa souveraineté, elle savait que l'ascendant moral de son exemple suffirait pour régénérer l'Europe en peu de temps, pourvu qu'on eût la patience d'attendre ; et, si un sentiment la dominait, c'était le besoin du repos, après tant d'orages.

Telles n'étaient pas les dispositions fie Jionaparte : arrivé un des derniers dans l'arène politique, et pourvu d'ailleurs d*ûn tempérament infatigal)le ,

il éprouvait autant d'aversion pour le repos que pour la patience. Dans son

vocabulaire, le mot attendre n*était pas plus français que le mot impossible, et, comme l'armée partageait son avis, il se sentait fatalement entraîné à prendre parti pour elle et à lui donner la prédominance que la bourgeoisie et le

f)euj)le avaient exercée tour a tour. Avec es Laïunnettes de l'armée , il avait fait le 18 Inrumaire et saisi la puissance suprême en France ; avec ses baïonnettes encore, il prétendait s'emparer de la dictature en Europe, et pousser ses conquêtes aussi loin qu'il verrait son étoile briller devant lui. Habile à se créer des diflîcultés à lui - même , pour avoir le mérite de les vaincre , dix Ibis il refusa le rôle de libérateur des peuples que la Providence lui offrait et aucjuel l'appelaient les vœux de l'Europe et du monde entier. Libérateur des peuples ! il pouvait l'être après Marengo« après Austerlitz, après Tilsitt, après Wagram , peutêtre même encore après la bataille de Leipzig... Jamais il n'accepta un triomphe aussi facile et auquel tout le monde, pour ainsi dire, aurait eu part. Non; il fallait qu'il eût raison seul contre tous , et qu'il l'ernoortiit sur les peuples aussi bien que sur les rois. Il fallait qu'il fdt , non pas l'arbitre de l'Europe, mais son maître, son possesseur. L'Europe, territoire et habitants , était sa chose à lui, et cela parce qu'une grande partie de l'Europe avait appartenu à César, â Charlemagne, à Charles-Quint , et que Napoléon ne pouvait rester au-dessous d'aucun modèle. Il consentait bien à céder quelques parcelles de son bien à ses généraux, à ses parents, à ses alliés, mais à la condition qu'ils ne seraient

aue ses vassaux et que tous lui renraient hommage lige , comme à un suzerain.

Effacer dans l'esprit des Français le souvenir de la révolution et leur faire oublier l'amour de la liberté en exaltant en eux l'amour de la gloire ; exploiter habilement leur haine contre le gouvernement anglais, sans jamais la satisfaire cependant, pour avoir toujours un prétexte de guerre centre les alliés de l'Angleterre; endormîr les peuples et les rois, et leur cacher ses arrière-pensées de domination , h l'aide d*une corn*

T. 'VII. 17* Uvraiton. (Dict. bhcycl., etc.)

IT

|»in{tisoii profonde , le syst4pi$fm;Unf^ f^i) un mot , il y a?ait mal^pteuju entre

tal^ qui semblait uniquement dirigé lui et TEurope ausii biep f v'^èi^e lift

contre la Grande-Bretagne, mais qui, et la France!

en realité} f tait une arme à deux tran- |l résuite de là que son règne perd

ehania jvptiàée à soumettre d'abord en grandeur morale à mesure qu'il ga*

les nations européennes, pour les lan- gne en grandeur physique. Plus le guer-

rer ensuite , toutes d'un seul jet, con- rier développe ses moyens d'aciiou ,

tre l'Angleterre, et s'emparer de la die- plus l'homme d'État s'éloigne de ce

tature maritime en même temps que qu'il ^ a âe ci?nîsateur ^os son but;

de la suprématie sur le continent \ choi sir à sa convenance, dans le double arsenal de la révolution et de l^a féodalité, les instruments qui pouTaiwt le conduire le plus rapi<)ement au sucoàs; telle fut la dernière expression de son système personnel , tel fut le plan £i

plus le conquérant gran<Iît, plus le législateur diminue ; chacjue pas en avant sur le champ de batajjle de PEurope eh le signal d*un pas en arrière dans la voie ou prQ|^. Au |>lus fort de la crise , l'empereur a déjà matérialisé la révolution a ce point qu'où ne semble

gantesque auquel il consacra toutes lea plus combattre que pour des intérêts

ressources de son génie , qu^il poursui

vit sans cesse au sein de ses triomphes, et que l'adversité même ne put lui fair« abandonner. Avec le quart aes victoires qu'il remporta , il aurait pu couvrir l'Europe de républiques ou d'États indépendants qui l'auraient salué du \wàn nom de sauveur et qui auraient formé une immense confiéderation , fondée sur les principes nouveaux ; il préféra verser des torrents de sang et joncher le sol de cadavres , dans l'e^ioir chiméri

politiques et commerciaux. En dernier lieu , il a tellement oublié son point de d^art, que les peuples se liguent contre lui avec les rois pour recouvrer leur indépendance, et qu'ils parvienneat à détrôner , au nom ae la liberté, l'homme qu'ils avaient salué du noui de Ubé> rateur.

Cette double tendance oblige rhisto*

tien à envisager l'Enipire à un double point (le vue, et à le diviser en deux partics distinctes , l'une beaucoup plus

que d'agglomérer tous lés peuples en courte que Tautre. Jusqu'au traite dje

une seule monarchie , façonnée à l'i- Tilsitt , c'est-à-dire de 1804 à 1807 ' ' ' *— - •■ quoique Ppiiipereur ait déjà bien sou?,

veut manifesté une politique coutre*ré-' ▼oTutiiknnaire^ cependant son système peut encore être pris de la modé* ration, et l'Empire, vierge de défaites, est to^jours empreint id'une certaiae

mage du monde romain, et dont il se rait devenu à la fois le souverain et le législateur, le Césat tt le Charle»

m^ne.

Pour lui, unité du pouvoir exécutif voulait dire omuipoteoce, absolutisme.

La France et Tarmée se plaisaient à le grandeur morale. Mais après 1608 ^

considérer comme la réoolution faite après la guerre d'Espagne , plus d illtt*

homme; loin de vouloir continuer la révolution en l'organisant, il ne songeait qu^à la dompter, qu'à la faire tomber en oubli , et il ne voulait être que la nation faite homme. La France, l'armée et l'Europe comptaient sur lui

Sour répandre au dehors les principes e liberté et d*^lité ; il ne vit là qu'on moyen de ranger tout l'Occident sous son autorité personnelle, et i! porta atteinte à l'égalité aussi bien qu'à la liberté. Tous les peuple^ avaient les yeux tournés vers l'avenir : nourri de la lecture de Plutarque, taillé sur le modèle des grands hommes de l'antiquité , il semblait ne s'inspirer que du'

sion possible ; il est évident que Napoléon respecte beaucoup moins les peUf

Êles que les rois ; il est évident qu*il se at pouc conquérir plutôt que pour civiliser. En ce sens, l'Empire est arrivé à son apogée, au bout de trois ans d'existence , et commence à dégénérer à décroître au moment de la conférence d'Erfurth, où l'autocrate français conclut un traité de partage avec l'autocrate de toutes les Russies. Mais il n*en est pas de même pour sa puissance matérielle qui , malgré quelques échecs passagers , continue à grandir jusqu'en 1810, et même jusqu'en 1812, époque oili die va d*elle-Biéme se briser en Russie contre un écudl de flaçe* A '

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EHPIBE ^Fran^U) FIUNCE. BN PIE£ (Fran^aU) 259

partir de 18f 2 , le décadence morale se membres les plus inconnus, le Tribunal

tonipliqiie de la décadence matérielle; -émit le VOM quele gouveroeinent de la

et deux années suffisent pour voir tom- r^ubiique fût confié à un empereur bé-

terda tr^ne le gaenfer qui anft Mt «Mitanre; uti «wl tribHii s'y opposa :

tant de roîs nooTeaux et qui , dans un c*était Carnet, fâ srrait déjà voté ocatre

excès de générosité , avait ramassé la îe consulat à vie , prévoyant bien où

couronne du roi de Prusse et de l'eui- l'ambition de Bonapai^ voulait en ve-

(MwarfAutriGheponr la leur remettre i#r. Le Corps lé^iataUf d'^sBaoeiB au

rai-méfnesurlatdte. Nousafonsdûin- vœu du Tribunat, et, le 18 mai 1804

sister sur t^ette distinction , parce que (28 floréal on xii), le Sénat déclara Na-

sans elle TEmpire n'apparaît plus, dans poléon empereur des Français, par itn

Son ensemble , que d'une manière con- acte qui, sous le modeste nom de aéna*

fuse. tus^consulte , ne fut rien moins qu'une

Étahfissrment de l'Fmpire, 18 mai con<;tittition nouvelle. La dignité impé-

J804. La rupture de la paix a'Amiens riale était héréditaire de mâle en mâle,

et la conspiration de George Cadou- jpar ordre de primogéoiture. A défaut

dal furent le prétexte et la cause de Vl»ér il ters directs, la succession devait

l'établissement de l'Fmpire, que pré- revenir à Joseph et à T.ouis Bonaparte,

céda de quelques jours l'exécution du reconnus princes français. Création de

duc d'Knghien. Comme tout indiquait six grands dignitaires de l'Empire ina-

que la gnerre allait devenir phis terri- moviMeS : on grand électeur , Joseph

«le que jamais; comme les auteurs de Bonaparte; un archîchancelier de l'em-

la machine infernale paraissaient avoir pire, Camhacérès; un archichaîicelier

des complices inconnus et tentés de les d'Ë^tat, Eugène Beauharnais ; un archi-

imiter, la dictature eonsulaire n*eut lféserier,tieliRm; un oonnéttMe, Louis

pas beaucoup de peine à obtenir l'héré- Bonaparte; un grand amiral, Mnrat.

dité qui lui manquait et à se faire chan- Création de jEçrands ofticiers de l'em-

ger en dictature impériale. « Le danger pire , au nombre desquels figuraient

3u*a couru le chef du gouvernement , îlix-mitl maréchaux, avec un traitement

isnit Fontanes, président du Corps lé- de 60,000 francs : c'étaient Berthier,

gislatif, n'aura fait qu'augmenter sa Murât, Moncey , Jourdan , Masséna,

iurce en avertissant tous les intérêts de Augereau , Bernadette, Soult, Brune,

se réunir autour de lui. Le projet d'un Lannes, woitier, Ni} , Davonat, Bes-

grand erîme fera mieux sentir le besoin sières , Kellermann , Lefebvre , Péri-

*appuyer de plus en plus les destinées gnon , Serrurier. Le pouvoir législatif

de çjt vaste empire sur la colonne qui le était attribué entièrement au Sénat et

porte tout entier. » Une partie de îa an conseil d'État, tous -les ^|enx dans

nation hésitait, mais elle se laissa eii- la dépendance de Vemperc ur. Le Corps

traîner par le grand nombre de ceux législatif et le Tribunat n'étaient con-

qui espéraient consolider la révolution sidérés que comme des assemblées con-

et la raire passer dans le droit commun soltatfves (voy. Constitution). Aucun

de TEurope, en se rangeant sous le de ces changements n'indiquait que le

gouvernement hérédUaire (Cun seul, chef de l'Ittnt fiH dans l'intention «de

qui y élevé au-dessus de tous, baisse- baisser ses faisceaux devant l' expreS'

rail ses faisceaux devant l'expression sion de la volonté souveraine du pett"

de la volonté souveraine du pet^ptA. pie. »

Pour vaincre la résistance des oppo- Malgré la protestation du prétendant

sauts, le gouvernement fit courir le (Louis XVIII), presque tous les souve-

bruit que l'armée allait proclamer Bo- verains s'empressèrent de reconnaître

naparte. Napoléon I". Chose singulière! l'exem-

Le Sénat fit une adresse au consul pie fut donné par les Bourbons d'Es-

pour l'inviter a donner aux Fran(^Mis des pagne ; le roi de Prusse les imita, ainsi

institutions qui pussent survivre à leur que François II , qui orolita de l'occa-

auteur, et prolonger pour les enfants sion pour ériger ses Etats héréditaires

ce qu'il avait fait pour les {)ères. Sur en Einplrc (T. fufrichr. La "Russie et la

la proposition de Curée, l'un de ses 3uède refusèrent, pour le moment, de

260 WMBB (Pran^Ss) L*US

saluer le nouveau souverain; mais la puissance de ses armes les fit changer d'nvis plus tard. Il n'y eut que l'Angleterre, qui, toujours en guerre avec lui deuuis la lin du Consulat , refusa iusqu au dernier moment de le considérer comme taisant partie de Ja famille des rois.

En France « rétablissement de VEmpire ayant été soumis à la sanction du peuple» plus de trois millions de votes furent Inscrits pour l'affirniative , et le nombre des opposants ne dépassa pas le chiffre de 2,679. Four plus de sécurité eneore. Napoléon voulut faire légitimer son pouvoir |)nr In consécration religieuse, faveur que le pape n'aurait pu, sans mauvaise grâce, refuser à Fauteur du concordat. Pie VII consentit à venir enFraficc pour S'.rrer le nouveau Ciiarlemagne , et la cérémonie eut lieu le 2 décembre 1804 , dans l'église de Notre-Dame, avec une pompe et une magniGcence qui rappelaient les beaux temps de la féodalité. « Mais cette cérémonie trouva le peuple froid et étonné de la vue de tous ces chambellans , ces costumes dorés, cet éclnt do théâtre si étrangers à ses habitudes républicaines.

Maporeon avait renouvelé les dignités, Tétiquette, les noms de Pancienne cour : il avait un gran I aunuîtiier, le cardinal Fesch ; un grand chanilicllan , Talleyrand ; un grand maréchal du palais, Buroc ; un grand mattre des cérémonies, Ségur; un grand veneur, Berthier; un çrand écuyer , Caulaincourt; il appelait les Français rties sujets, mes

peuples ; il avait donné à ses frères

les privilèges , les honneurs et les attributions des anciens princes. Tout cela fut une grande faute. Le peuple avait salué d'acclamations Tempereur avec sa dignité militaire, républicaine, nouvelle , qui ne rappelait rien de l'ancien régime; mais il vit avec douleur la cohue d'altesses et de valets qui allait le séparer de son chef; il se moqua de ces acteurs qui jouaient un rôle ; il regretta les millions dont il fallut payer cette cour aussi glaciale que magn i fique. Le passage de la république à l'Empire lui avait été signalé par un immense changement financier fait contre les pauvres en fiiveur des riches : TAssem. blée eonstituante avait aboli les impôts

VERS. EMPIIIB (Pnmçtit)

indirects sur les objets de consommation; la Convention et le Directoire

avaient déclaré que le luxe et la richesse dokent seuls l'impôt; l'Empire crut que l'impôt le plus légitime était celui gui produisait le revenu le plus sdr, et il déi^ri va la contribution foncière pour établir , sous le nom de droits réunis , des impôts odieux sur les boissons , le sel et le tabac (*}. »

Le 27 décembre 1804 (6 nivôse an xiii) eut lieu l'ouverture du Corps législatif. L'assemblée fut comme écrasée sous le poids de la majesté impériale.

Napoléon montra qu'il avait pris au sérieux son titre d'empereur, en appelant les Français san peuple. Quant aux députés, loin de protester contre cette innovation, ils allèrent au-devant de rhumiliation qui les attendait; les successeurs de la Constituante et de la Convention osèrent se dire les fidèles sujets du nouveau souverain. Du reste, cette session, qui se termina le 15 ven-^ tôse (6 mars 1805), ne fut consacrée qu'à des questions administratives ; le Dudget en tut la grande affaire. La somme de 284 millions formant, avec celle de 400 millions décrétée par la loi du 5 ventôse au \n. la somme de G84 millions, fut mise a la disposition du gouvernement, y compris les 25 mili n is

fiour la liste civile et les 2 millions pour es princes français.

Ainsi commença l'Empire. Tout. dans ses débuts, annonçait que Napoléon se préparait à livrer Je grands combats et a briser tous les obstacles qui s'opposeraient au développement de sa puissance militaire. La mort du duc d'Enghien l'avait débarrassé du seul prince qui, paruu les Bourbons, pût lui inspirer des craintes sérieuses; le procès de George Cadoudal , qui entraîna la condamnation de Moreau à deux ans de détention (10 juin), condamnation convertie en exil , le débarrassa d*un rival redoutable. Pour tranquilliser les rois de rEurof)e et les disposer en sa faveur, il affectait de se présenter comme le restaurateur de la monarchie en France, le vengeur de la dignité royale si longtemps insultée par la révolution, el

' (*) Lavallée, Hi&loire des Français, t. lY, p. 395-96.

BMPIRK (Fnii^ab) I^KAI^CË. EMPIEB (FnnçtM) , 261

presque le partisan de l'ancien régime.

Ce cnangement inattendu fut apprécié par rfispagne» la Prusse et TAutriche.

Quant à la Russie, elle manifesta des ûitentioas hostiles : la cour prit le deuil pour la mort du duc d'Engliien ; le raoioetde Saint-Pétersbourg demanda 1 é- Tacuation du royaume de Naples, le rétablissement du roi de Sardaigne, et prît sous sa protection Tindépendance du corps germanique, compromise, suivant elle , par la violation du territoire badois et par Toccupationdu Hanovre.

Le cabinet des Tuileries essaya vainement de Tapaiser : les négociations furent rompues , et les ambassadeurs des deux nations se retirèrent. Cette brouille était d'autant plus grave, que la rupture du traité d'Amiens avait ramené Pitt à la direction des affaires de la Grande-Bretagne,' et que le ministre an;il;iis n'épargnait aucun sncrifîce pour soulever de nouveau T Europe contre la France. Naturellement disposé à faire de nouvelles concessions aux dépens des principes de la révolution, l'empereur n'entendait rien céder sur la question des intérêts , et se préparait à maintenir, par toutes les ressources que lui offrirait la dirtattire, les agrandissements de territoire qu'il jugeait eonveiiables pour la dignité de son empire : politique habile, si elle n'eût été entachée de matérialisme, car elle faisait à la fois les affaires de l'ainhitieux et du conquérant. La victoire , voila le talisman avec lequel I^apoléon comptait aplanir toutes les difficultés. Ln force des baïonnettes avait déjà tant fait pour lui, qu'il avait placé toutes ses espérances en elle. A la téte de cette armée qui Tavait fait consul , et même qui l'avait fait empereur, car elle avait menacé de prendre l'initiative si le Corps législatit ne se hâtait d'accéder à ses désirs , il se crut invincible pour toujours , et certain de réaliser ses vastes desseins.

Mais comme son çlan était essentiellement personnel, il avait besoin de beaucoup d*arbitraire pour le mettre à exécntinn. Dés lors, la liberté ne lui apparut plus que comme uu mal ou a>mme un obstacle qu*il fallait briser. « Le Consulat, dit M. Mignet, fut la dernière période de l'existence de la république. La révolution commença à se uire

homme. Pendant la première époque du gouvernement consubire, Bonaparte s'attacha les classes proscrites en les rappelant; il trouva un peuple encore agité de toutes les passions, qu'il ramena au calme par le travail . au bien-être par le rétablissement de l'ordre ; eniin, il força l'Europe, une troisième fois vaincue, à reconnaître son élévation.

Jusqu'au traité d'Amiens , il rappela dans la république la victoire, la concorde,, le bien-étre , sans sacrifier la U berfé. 11 pouvait alors, s'il avait voulu, se faire le représentant de ee grand siècle, qui réclamait la consécration d'une égalité bien entendue, d'une liberté sage, d'une civilisation plus développée , ce noble système de l,i dignité htmiaine. La nation était entre les mains du grand homme ou du despote; il dépendait de lui de la conserver affranchie ou de l'asservir. Il aima mieux l'accomplissement de ses projt^ts égoïstes , et il se préféra tout seul à l'humanité entière, l'-llevé sous la tente, venu tard dans la révolution, il ne comprit que son rôté matériel et intéressé; ii ne crut ni aux besoins moraux qui l'avaient fait naître, ni aux croyances qui l'avaient agitée, et qui, tôt bu tard , devaient revenir et le perdre. Il vit un sonleveim-nt qui prenait fin, un peuple fatigué qui était • a sa merci, et une couronne à terre qu'il pouvait prendre. »

Si justes que puissent être ces réflexions, lorsqu'on juge l'Empire d'après ses résultats , cependant ce serait aller beaucoup trop loin que de voir dans Napoléon nn simple despote, et que de supposer qu'il renversa la liberté uniquement par égoïsme, et pour satisfaire une jHubition exclusivement personnelle.

Il faut lui rendre cette justice, que, s'il combattait la liberté, c'était bien moins pour Tétouifer et la proscrire à jamais que pour avoir le temps de mettre à exécution uu plan d'une grandeur immense, et qui ne lui paraissait réalisable qu'avec l'arme de la dictature.

L'empereur est exclusif, personnel, égoïste, despote dans ses moyens d'action; mais on ne saurait en dire autant de son but, qui est largement social, puisqu'il tend a faire de (Europe entière une seule famille, groupée sous un seul chef. Sfiaibeureuscmeut, comme ce plan

j*tait êicessff «t iïii|iraticiéfo, paM»

devait porter nttPinte à rîndôppndarKîe dps autres peupies-; comme il reposait sur des moyens d'action en désaccord avec l'esprit dv sièolé* et iAspirés par b passion dominante de Napoléon, l'orgueil, il n'eut d'outre conséquence, après avoir ajouté encore n la» gloire militaire de la France , que de perdre la Kberté et de compromettre Findépendanee nationale, sauvée, au prix de tant d'efforts héroïques, par nos phalanges républicaines.

Sous ce rapport, qnni qti*en aient po dire ses flatteurs dans les heaux temps de sa puissance, Napoléon est loin d'avoir égalé Charteraagne , {>rinrê en qui dominait surtout le sentiment de Tavenir , si peu développé chez le moderne César. Cette différence est fortement accusée dans le passage suivant de \ Histoire parlementaire de la rémlutton française, par MM. Bûchez et Roux (*) :

« Devenu empereur , Bonaparte se pro|)osa Gharlemagne pour modèle. Il projeta une œuvre semblable à celle qu'avait réalisée ce grand homme; mais il se trompa sur le caractère de l'œuvre elle-même, ou plutôt i4 fut trompé pal* la lecture de- in:ujvnis historiens. Il ne connut de Charleiiumne que le cMé adujinistratif et militaire; il n'aperçut pas ie e6té moral. Il le jtigea à h nîanferè des écrivains du dix-hîiitième sièrle : il vit en lui un grand général, un grand administrateur, l'auteur des capitulaires ; il ne se douta pâs que lè flis dl» Pepin était un grand révolutionnaire. Quel nistorien , en effet , avait parlé de ces choses? On ne lui apprit pas que Charlemagne avait opéré une révolution religieuse dans les pays qa*H conquit à l'Empire; on ne lui dit pas que les armées françaises marchaient alors à la suite des missionnaires apostoNques, que les capitulaires et le systèHie adm^ nistratif ne furent, entre les marns du grand empereur^ que des moyens poitr opérer, on assurer, ou parfaire la tranèformation moralè qujt avait à cœur.

C'est par cette raison que l'Empire des Francs put être disloqué après sa mort, sans que son nom et ses institstions

(*) 'Jtom. X.XXIX, p. igc-çft.

[V£BS. WHttl (IMiBfab)

«MMMMMt 4t dôminsr las ét^wémém

nations qu'il avait réunies à la France. Napoléon , au contraire , ne fut rien de plus qu'un conquérant. l\ donna sans éoote à quelaaes contrée» de FEuropé le système aaministratif français et I9 régime de nos codes, mais il nè changea

Soint la situation morale ou pohtique es peuples. Pow faifouif flBovre, nbn pas égale à celle de Charlemagne, mm»

au moins analo£;ui>, il eût falUi qu'il se fît l'agent des idées d'égalité, de Irater- «tté et de libivtt proonméts , en potîtk|ue, par la révolution. Partout alors, ainsi que la Constituante l'avait fait en France, il edt supprimé les privilèges; maïs i> se garda oe tentes ose chosedé Rapoléoâ dtoit sortout un g^and adin^ nîstmteur et un puissant logicien ; il fut peut-être même firand guerrier, surtout parce qu'il était habile administrateur et puissant logicien. Hors le système civil et le mécanisme gouvernemental inventé par les révolutionnaires, il ne voulut rien comprendre, ou ne comprit rien de la révolution. Cependant, peret qu'il n'avait pas le sentiment des choses morales auxquelles seules on peut se dévouer , il n'eut d'autre but que luimême, et il në chereha qoe sa gloire et Sa puissance propres. C'est encore Tim des points par lesquels il se séf)ara complètement du modèle qu'il avait «lM>m. »

Vrai dans ses principaVK apernis et dans son ensemble, ce jugenwnt est ex?pendant d'une sévérité excessive sons plus d^nn rapport. On f M tro^ bmi m'irrbé du génie {)ersonne} de Napoléon, et on n'y tient pas compte de tout ce qu il y avait de vaste et de profond émé son système, tout ersonc qu'il fût, ■ C'est par trop le rabaisser , que de voir en lui surtout un habile administrateur, un puissant logicien, un grand guerrier , mais fien de ph» qoHin eonqdérant. Cela n'anfait pas suffi pour hai faire décerner par ses contemporains le titre de grand , titre ^ue , par un cMiéneneemeni' smoiion,- là pot»

téri«é a déjà à moitié «onsMré. Nédans un siècte de transition, où le scepticisme religieux n'avait que trop de partisans. Napoléon, poorto ftinéeurmoraln, stt évidemment inferievr à CftaiAeasagnn, ^ eol la boatisM As fmmémM

Digilizea by CoOglc

4p«fae •&= te chriflhnriiiM partait è têus les ctturs ; mais pour le coup d*œii politique, pour les ressources de l'esprit, pour ies eottceptioiis les plus féeomlest pour ka eombinaifona fea plua fastes > il ue le cède en rien à personne, elce n'fst même qu'à Tabiis de ces puissaotes la<:uilés que doil être attribuée sa peHe*

U r « àala 4t eimmun entre lui et Chariemagne , que tous les deirt , routent parvenir au même but , TiHiité politique de F Europe, prirent la même arme, leoaAkoiicisme. Malheireiisenoent pour ^'npoîéon , le clergé eatholique de son temps était l'ennemi de la dvilisntion , tandis que , do temos dé Tempereur earlovingien , ce moM eler^é en était l'apôtre. Au lieu dr recevoir l'inspf ration d'en hnut, il eut donc à lutter contre de vieux préjugés, et à Vaincre chaque ,^Nir de nouvelles résistances.

De plu?;, nn huiîipnip ?tècle, la diffusion (le la race germanique sur toute la surface de l'Kurope , le souvenir de Tanoieit empire d'Oecideul , et l'exemple de la monarchie arabe, rt n Inient po'îsîhlp et même nécessaire pour retcibiir IVquilibre, la fusion de tous les peuples occidentaux en une seule natiM, capable de défendre le christianisme tnénnré par le développement excessif de la puissance mahométane. A la tin du dixmntième siècle, Téquilibre était rompu aussi par l'agrandissement démesuré de l'Angleterre et de la Russie ; t^inis ces deux nations, chrétiennes et non pas inidèlea eomme les Arabes , ne eausaieM pas la même frayeur aux autres peuples de fFiirope; et, loin de menacer l'indépendance du pape, à l'exempte des Sarrasîiis ou des Grecs, eHes lat offH* rent leur appui d'abord contre la révolution française, et phi s tard contre le nouveau Charleniagne. Au huitième sièéle , la plupart des peuples , sortant à peine de la barbarie, et imparfaitement détachés de leur r?n<Men s^odt pour la vie nomade , n'avaient pas encore bien pris mine i«» le sot de rEurope ; enfin, aitcttn dissentiment gînénl il*était ennoré venu séparer en detix c.?tnp«î la fomniiinouté cnrétienne. Au dix-neuvieme sièete, au eontraire, la réferme triomphante était représentée par f Angleterre, la fM»se <iM mide partie de VAf^

(fMH^i*) • fKANCC. MVmB (Pnnçids)

Mi§iiê ; Vo^ IMMIti' liôlj'iillb , l*Égtise

grecque étendait sa domination sur le Word. Au dix-neuvième siècle, le souvenir de l'ancien empire d'Occident était plus qo*efftoé par le soareQf r du traité

de AVestphalie , qui avait ia'troduit la

doctrine de réquiîmred^hs le droit commun ; une foule de peuples iudependants avaient solidement planté sur le soV e\iropéen le drapeau de leur nationalité, prêts à le défendre, et ne manquant pas de ressources pour le faire respecter.

Mais, dira*t-on, c'est précisément pour cela que Napoléon s'est trompé éû voulant recommencer Charlemaiznedans un temps où une pareille entreprise était m anachronisme, et surtout aorès l'insuccès de Charles-Quint et de louisXIV.

Loin de le nior . c'est en E^rande partie pour mieux le taire sentir que nous avons mis en opposition les deux époques. Toutefbts, œ nVst là qu'une erreur , et qu'une de ces erreurs comme peuvent seuls en faire les grands hommes i car, après tout. Napoléon s'est trompé dans les moyens bien plutôt que dans le but. 11 pressentait l'avenir, lorsqu'il pensait que l'Kurope ne peut pas rester aussi démembrée , aussi divisée qtie Poht faite le traité dfe Westphalîe et !e îrnîté d'Tîtrprliî . i! [.rp'^'^rnî.'iit l'avenir en voulant la ramener a l'unité politique. Seulement, il ségarait lorsqu'il entréprenait de mettre un terme a ses déchirements par In force brutale, par la conquête, au lieu de chercher à rapprocher les trou(^ns épars du grand corps par les liens d*une assocration mei'leure et perff tî inée sur lesbaseii même de la re\oliîTK)n. Il s'égarait, lorsqu'il se lançait dans les hasards d'une lutte gigantesque GOlltl^e ^indépendance de toutes les nations modernes ; mais, encore une fois, iï y a de la grandeur même dans cette aberration , car l'objet en étaft beau et plein d*avenfr.

La faute capitale de Napoléon , son aveuglement impardonnable, son crime, c'est d'avoir manqué aux grands principes de la rérolutîôn firançalse , n'avoir méconnu la voix de sOh siècle, qui l'ap-

Selait au rôle de libérateur, d'avoir déaigné enfin la sublime mission qjue^ui avait confiée la Providence.

Avec les grands principes dé (à révQfcitlon, «uasTM^n qtie Cb^rletniÉgliè éV@c

ceux du christianisme , il aurait pu régénérer l'Occident. Cela lui était d'autant plus facila, que les vérités proclamées par les révolutionnaires français sont les mêmes que les vérités proclamées par les apôtres chrétiens : liberté, égalité, fraternité. Pour l'aidera lesrépar)dre dans toute TEurope, la France t'était prêtée à un noble sacrifice : eUe avait consenti n se priver momentanément d'une partie de sa propre liberté, dans la conviction qu'un dictateur pourrait seal lutter contre la coalition des rois , détruire partout la féodalité, et affranchir tous les autres peupUs. Au lieu de cela, Napoléon ne prolita des pouvoirs illimités dont les Français avaient eu TimprudeDoede l'investir que

Iiour soumettre à un même joug tous es membres de la famille euro|}éenne.

Ayant dans ses maitts deux instruments puissants, le clergé catholique et la France révolutionnaire, il ne sut pas cimenter entre eux une réconciliation déjà commencée. Le clergé catholique, il est vrai, zélé partisan de l'unité, ne comprenait plus la liberté, ni mcine cette égalité fraternelle dont il avait été 'autrefois le noble représentant. De son côté, le parti révolutionnaire comprenait bien mieux la liberté et l'égalité que l'unité politique et reli|;ieuse. Mais une transaction n'était pas impossible entre les défenseurs du passé et ceux de l'avenir; le concordat de 180! avait préparé les voies à une réunion plus nom-

t)lele, réunion si désirable etd'où dépend e triomphe de la civilisation. Loin d*y travailler avec intelligence , Napoléon commença par sacrifier le parti révolutionnaire au clergé catholiaue; puis ensuite il entreprit sur rîodependanoe de ce dernier, qui ne lui paraissait pas assez docile , en sorte que son ambition lui suscita deux ennemis redoutables, là oîî il aurait pu trouver deux agents irrésistibles.

Réduit à un dernier instrument, l'armée, il ne désespéra pas tacore du succès; il essaya d'agglomérer violemment en un seul faisceau l'Espagne, l'Italie et la France , se flattant qu'une fois maître du ^oupe des nations romanes, il rétssirait à dompter les races germani* quel, à réunir l'Allemagne à la France, conm avait ùài Cbarlemagne « et à

ruiner l'Angleterre. Aussi vicieux que

colossal, ce plan avait l'inconvénient de le mettre en guerre avec le monde entier , et il devait venir se briser contre deux obstacles : d*abovd , pour compléter le groupe des nations romanes, Napoléon se crut obligé de conquérir FKspagne, dont la résistance inattendue porta un premier coup à sa puissance ; ensuite, prévoyant bien qu'au moment où il voudrait porter le dernier coup à l'Allemagne , le czar , rival dangereux oui cachait sa jalousie sous le voile de 1 amitié, viendrait au secours de !a race germanique, il regarda comme une autre nécessité de lutter corps à corps avec lui , et de le J>rouiller pour toujours avec la Prusse et l'Autriche , en enrôlant leurs troupes dans les armées françaises, et en leur faisant verser le sang fusse; pens^ profonde, mais machiavélique, et que le machiavélisme des rois retourna contre lui-même. Vaincu par les frimas en Russie, tenu en brèche par le soulèvement général de TEspagoe, le conouérant vit bientôt son empire attaqué de tous les côtés , et tous les peuples de l'Europe coalisés avec les rois et avec le clergé catholique pour le perdre. En rentrant en France , il ne trouva plus que des ennemis avides de se venger, ou que des amis douteux et découragés.

Par suite de Tépuisement du paj^s , et de son divorce avec la partie révolutionnaire , il n'eut plus rien que son courage et que son génie militaire à opposer au danger. Après la destruction de la grande armée, sa dernière ressource, il ne lui restait plus rien de grar]d à faire que d'abdiquer ; il le fit, quand il eut compris qu'il se fatiguait à vaincre inutilement, sur le sol de la patrie , des armées aussitôt remplacées que détruites et qui trouvaient des auxiliaires dans ses propres lieut«nants.

Ce qui lui manqua surtout , c^est le sentiment du progrès , la croyance à la perfectibilité du genre humain. Vainement il supple.iit à ce vide de son cœur et de son esprit par un instinct de l'avenir , par une espèce de divination , quelque chose de plus puissant que lui le ramenait toujours au passé , l'y enchaînait : ses héros, ils étaient presque tous dans l'antiquité ; ses modèles , il allait les chercher de préCéraMedaus la

ân grand» hmnmei de Pliitarque; « tationt, réeondUer la FMnoe non*

et s*il eomprit Charlema^ne, c'est sur- « Telle avec la France ancienne , favo-

tout par celui de ses côtes qui rappelait ■ riser la fusion de l'ancienne noblesse

les anciens empereurs romains. JN'ayant «dans la nation, mettre les iiuUtu-

pas assez de force pour s'élever comme « Hms cfels France en harmonie avec

lui au rôle d'initiateur, parce qu'il nV « ceUet de CEitrope, » vait pas la même foi nans le christia- Après res développements prélimi-

nisme, et qu'en outre il ne croyait que naires , qui nous ont paru indispensa-

faiblement è la révolution, il se vit ré- Mes pour montrer l'esprit de l'époque ,

duit à organiser plus gu'à innover, nous allons parcourir rapidement, et

réduit à itniter plus qu'à mventer. Seu^ année par année, les principaux évéïie-

leaient , il se montra original dans sa ments oui ont fait de l'Empire quelque

manière d'inîiter, en ce sens qu'il re- chose de si pompeux et de si triste à

produisit les qualités de presque tous la fois.

ceux de ses devanciers qui avaient mar- /innée 1805. La destruction des ré-

qué dans l'histoire, rappelant tour à publiques érigées par le Directoire ; la

tour Ânnibal en Italie, Alexandre en formation d'une troisième coalition con-

Orient, César dans les Gaules ou César tre la France ; le projet de descente en

franchissant le Rubicon , Charleinairne A nul; terre abandonné par suite de cette

régnant sur l'Europe et dictant des lois coalition , et surtout par suite de l'in-

au pape, Cbaries-Quint et Louis XIY habileté de l'amiral Villeneuve; lessuc-

révant la monarchie universelle. cès rapides de la grande armée contre

Mais ces efforts mêmes témoicnent l'Aulrirhe ; la défaite navale de Trafal-

qu'il y avait une grande lacune en lui , gar ; la prise de Vienne ; la victoire

et sa chute est une preuve manifeste d'Austerlitz ; le traité de Presbourg,

Î|u*il luttait contre l'impossible. Bn ef- qui réduisit à l'impuissance la nouvelle et , sous le choc de tous ces éléments coalition ; la création des deux royandivers , sa pensée ne put aboutir qu'à nies de Bavière et de VVurtemberp, tels une religion imparfaite et à demi barr furent les principaux événements qui bare, la fatalité. Ennemi de la philoso* signalèrent cette année , l'une des plus phie antnnt que sceptique en relif^ion, importantes du règne de Napoléon, et flclrisvint tontes les croyances des Après avoir aboli la république en philosophes modernes sous le nom d'i- France, Napoléon ne voulut plus la todéologie, il ne croyait pas à la marche lérer ailleurs. Le 18 mars, la républi* ascendante de la face humaine; il s'i- que italienne fut érigée en royaume, et maginait que le monde moral roule dans 1 empereur des Français fut déclaré roi un cercle toujours immuable , comme d Italie. En Hollande , il n'alla pas si le mouvement apparent des astres, vite , il se contenta pour le moment de L'absence du sentunent du progrès, faire nommer un gràld pensfonnaire à voilà son imperfection la plus grande , vie (20 mai) , pour préparer les esprits et la cause première de toutes ses er- à un cbaugement ultérieur. Cette resreurs et de toutes ses fautes. taoratlon monarchique , à lamielle n'é* Ce serait aller trop loin peut-être, de chappèrent pas même les plus petits dire qu'au lien de chercher à façonner États , tels que la république de Lucla vieille Europe à l'image de la France ques, déplut à la fois aux peuples et révolutionnaire , il voulut refiiire la aux rois ; aux peuples, parce qu'elle leur France nouvelle à l'image de l'Europe parut une atteinte à la liberté; aux rois, féodale; mais , pressé de satisfaire son parce que, si elle avait à leurs yeux le ambition , il adopta un systèn'.e mixte mérite d'être contre- révolutionnaire, qui ne pouvait que tourner au détri- elle avait aussi l'inconvénient plus grave nii n! de la minorité civilisée, et proil- d'être une occasion d'agrandissement ter à la majorité barbare. Voici coin- pour l'Empire.

mentildéûnissait lui-même sa politique : En effet , à peine couronné roi à Mi-

« J'ai créé différents titres impériaux lan (26 mai) , Napoléon reunit la répu-

« pour empêcher le retour de tout titre blique de Géoes à It France (4 juin). De

« téodal et îoeompatibleaTee leiconsti- la r^bliquedeLucqiias, UfitaM piin*

cipauté qu'il donna à sa sœur Êlisa, déjà pr?Aees8e de Ptombhio.

A son retour d'îtnHe, Napolëon s'était rendu au camp de Boulogne, pour V attendre Tissue d'une des plus grandes manceuvres qu'il ait conçues, ma»

?[ui malheureusement échoua par la atite de l'amiral Villeneuve. (Voyez Boulogne [camp de] et Tbafalgaa [bataille de}.) Aossftdt rcmperear dirigea ta ftraiide armée contre rAutridMf, qui, mécontente des changements survenus en Itahe, avait adhéré (9 août) à la troiaième coalition^ signée te il avnl h Saint-Pétersbourg, entre la Russie et l'Anfîleterre.

La non -réussite du projet de descente en Angleterre eut les conséquences les

eus gnives pour ^empereur. Dans son ngage, empreint d'une croyance n la prédestination, il l'appelait l'une des grandes iatalités de sa vie. En effet, la ruine, ou ati moins rabaissement ét FAngleterre, aurnît ronsirlérnhlemcnt accru la puissance de la France impériale ; et, quoiqu'il soit peu probable ^le , même âlors , Napoléon eut réus^ à fondre l'Europe dans une seule monarchie soumise a sa volonté unique, il se persuada plus tard que , si les événements ne ravalent pas contraint de lëtèr le eamp de Boulogne , tout aurait succédé au gré de ses désirs. Nous ne le croyons pas. Pour avoir été fomentées par les intrigues de f Angleterre», finsurrection de l'Espagne et Tinsurrection de l'AHema!;ne n en avaient pas moins un caractère vraiment oatiooal.

Peut-être auraient- elfes éclaté dn jpet) plus tard, mais voilà tout ; elles auraient toujours fini par éclater. l a France ellemême n'aurait pu supporter longtemps le poids d^une grandeur matérielle qui ne satisfaisait son amour-propre qu'aut dépens de sa liberté et de sa grandeur morale.

Il n'en est pas moins à regretter quç le projet de descente en Angleterre ait échoue; car, d'un coté, l'Angleterre aurait été dépouillée de son insolente dictature sur les mers, et, de Tautre, quelque répugnancequ*eussentmanifieMée les peuples- contre le joug continental de Napoléon , la lutte aurait certainement eu des suites moins désastreuses pour Ut France er iitfar lar résolution ,*il lè

cabinet de Saint-James u'avfut pas eu autant d*or "à distribuer aux vois. €e

n'était pas à la révolution qu'en voulaient les peuples, c'était à l'ambition excessive de l'empereur ; et quelques eonoessiODS fiiftes sagement et a propos auraient sufG pour les réconcilier avec* la France. L'impunité de l'Angleterre fut donc un malheur pour Napoléoa, pour la France, et pour les peuples civilisés. Malheureusement rempereur ne voulut rien rabattre de ses prétentions, et il espéra tourner contre l'Angleterre elle-même cette supériorité maritime dont elle faisait un si mauvais usage.

D'ailleurs, les succès rapides de la grande arn)ée contre T Autriche lui iirent bientôt oublier le désastre de Trafalgar. Le jour même où Nelson remportait cette victoire sur l'incapable Villeneuve (20 octobre), le maréchal Mack capitulait dans Uim avec 33,QO0 hommes, 60 canons et 40 drapeaux. Le 13 novembre.

Vienne ouvrait ses portes aux Français ; le 2 décembre. Napoléon ija^nait la bataille d'Austerlitz ou dts trois empefeurs y un de ses plus beaux triomphes. C'en était foit de la numansbie «ulr^ chienne.

Deux Jours après la bataille d'Ausleriitz, François vint implorer le vaii^

queur dans son camp ; et , le 26 décein- • bre , la paix fut signée à Presbotirg , entre la France et T Autriche.. Cette demîdre reconnutkLcréationdu royaume d'Italie , et la réunion du Piémont à la France. Elle céda les États vénitiens,

{>pur être incorporés au royaume d'itaie; ristrie et la Dalmatie» pour âtrê annexées à la France ; le Tyrol et le Vorarlberg, les évéches de Brixen et de Trente, Au^sbourg. Burgau, Eichstaedk, Passau, Linden, etc., pour être dottoéi lila Bavière ; les possessionsde laSoualie, autrement dit l'Autriche antérieure, pour être partagées entre Bade et le Wurtemberg, iiade obtint la naiyeure partie du Bnsgau, TOrtenau, et la ville de Constance ; le Wurtemherjï obtint le surplus. L'Autriche acquit Salzbourg et Berllioisgaden à titre de duché , et la grande maîtrise de rordreTeutonique pour un de ses princes. En échange de Salzbourg, donnée à l'Autriche, l'exgrand-duc de Toscane Kçut \V urt^ourg que eëda lalBavîèrè. Napoléon garantit

à l'J&mpereur la possession du reste dé nés États. Les élecfeors de Bavière et

de Wurtemberg furent déclarés rois , et l'électeur de Bnde , grand-duc. lis durent jouir, sur les territoires concédés, comme sur lears anciens fitnts, de ia plénitude de la so uvera ine o t ( I c t o us les droits mil en dérivent, de la même manière qu en jouîssaient Ciidricke et la Prusse sur leurs Liais allemands.

Par une stipulation secrète , TAutrinhe s'engagea à payer 40 millions à l'empereur.

Ainsi, cette ancienne rivale de la France, cette ennemie implacable de

la révolution, recevait enfin le châtînient de sa jalousie et de sa haine aveugle. Elle tombait de son rang, trop heureuse d^échapper à une ruine absolue.

La perte du ïyrol et du Vorariberg , jointe à la création du grand-duclie de Bade et des deux royaumes de Bavière el de Wurtemberg, l'isolait de l'Ailemagne que , depuis tant d*années , elle tenait courbée sous son sceptre ifiipérîal. La [)erte de Venise, de l'Istrie et de la Dalmatie, l'isolait de cette j>eiunsuie italique si longtenips opprimée sous son jouj; de fer. P^nfin cette même perle des Etats vénitiens, qui lui fermait la route de ritaJie^ l'isolait de l'Angleterre t dont elle était , depuis le traité d*lJlreclit, Palliée inséparable, et pour ainsi dire le complaisant satellif^. De tous les résultats du traité de Presboiirg, cè fut sans doute celui oui dut paraître le plus important à Napoléon : la défaite de Tr.tfal^ar ne permettait plus h notre pavillon de ilotter dignement sur les mers, l'empereur s'en vengea en coupant les communications de l'Angleterre avec l'Italie et avec l'Allemagne du midi , et en élevant des barrières infranchissables entre Londres et V ienne, qui donnait, ou plutôt qui vendait au cabinet de Saint-James une espèce de droit de cité en Europe. Le traité de Presbourg faisait une Allemagne nouvelle , comme les traités de Campo-For* mio et de Lunéville avaient créé une autre Italie. Au delà du Bliin, aussi bien ^u'au delà des Alpes, tout comntençait à plier sous Pascendant de la France impériale, devant qui s^élaient en outre abaissées les Pyrénées.

Mais déjà, dans ce traité si glorieux

on voit percer à demi le système qi^ Ml» tara devra penfre Kapôléon. Oon»

sidéré comme 1 ouvrage d'un conquérant, le traité de Presbourg est un chef^ d'oeuvre d'habileté et de profondeur î qui çlace INapoléon au premier rang parmi les diplomates; envisagé comme rouvrage d'un législateur politique , ce traité laisse beaucotip à désirer : les intérêts de la civilisatmn y sont sacrifiés eux intérêts de la puissance militaire.

Avec qtiel art l'Autriche est séparée de l'itaiie, de TAllemagne, et privée de communications avec l'Angleterre f La voilà certainement condamnée â subii^ pour longtemps l'alliance du grand capitaine! Détrôner François l**", c'eut été une im^>rudence qui aurait démasgué Tambition de Napoléon, doublé les ÉoitceB de la Prusse et de la Russie , et compromis l'avenir: il suffisait donc d'affaiblir la monarchie autrichienne, et de la mettre hors d'état de venir au secours de la Prusse. Aussi bien que l'Autriche , la Prusse est battue en brèche par l'agrandissement des trois électorals , tous les trois déclarés souverains él indépendants. LVmpîre germani(fue tout entier est ébranle dans ses vieux fondements : l'Allemagne du centre est ouverte a nos troupes, l'Allemagne du rôidi vaincue, TAIlemagne du nord mise à deux doigts de sa perte. La confédê' ration du lUiîn pourra naître bientôt, et, avec elle, une nouvelle Allemagne placée sous le, protectorat du moderne César, qui né veut détruire l'empire germanique que pour refaire l'empire carlovinuien. Conmient concevoir quel- C[ue chose de mieux combiné dans le but d'aplanir le chemin devant la conquête !

!\Iais , quand on examine que! parti le vainqueur a tiré de son triomphe en faveur de la civilisation, on bétonne combien il a peu fait, pouvant presque tout faire. Avec l'empereur d'Autriclie, aucune stipulation dans Tiulerét de ses peuples. Cependant, un moyen sOr de détacher à jamais la monarchie autrichienne de la coalition , c'était de lui donner une constitution représentative, ne fdt-ce qu'à l'i'»age de la diète hongroise. Tous les efforts de François pour se jeter dans les hasards d'une nouvelle ligue avec l'Angleterre, comme

J68 BMPIAS (Françau) L'UN1V£ES. KMPIAE (FrançM»)

en 1808 et 1818, auraient échoué devant la résistance de l'assemblée des représentants , qui aurait eu à perdre autant ^ue la Fraoee dans une contre*ré?olution.

Ce qu'il y avait de plus progressif, dans le traité de Presbourg, c'était l'agrandissement des trois électorats; mais Napoléon les avait agrandis bien moins pour qu'ils prissent leur indépendance au st^rieux , que pour troiiver en eux de^ auxiliaires plus redoutables contre l-Autrîehe et contre la Prusse. Il ne demanda pas mieux que de voir les nouveaux Ivtats imiter la constitution fictive de la France ; mais , nulle part , il ne voulut toMrer une représentation vraiment nationale. Le seul don que le conquérant daignât faire aux peuples sur sa route, c'était le code civil, qui avait d'ailleurs Tavantaîie de les façonner aui moeurs de la France et de' les préparer à une réunion définitive. Comment aurait-il pu fonder la liberté des autres peuples, lorsque, chaque jour, il enlevait a la France quelque reste de ion ancienne liberté !

L'érection de l'Empire et la destruction des républiques /ondées par le Directoire avaient prouvé son aversion pour les formes du gouvernement démocratique; cependant un dernier espoir restait encore, on se flattait qu'il allait remplacer le régime républicain par le régnne constitutionnel , et fonder rère des monarchies représentatives. Après le traité de Presbour^, on piit se convaincre qu'il n'acceptait pas

r»lus la monarchie représentative que p fïouvernenient démocratique, et qu'il ne travaillait qu'à l'établissement de la dictature militaire. Comme il l'a dit luimême, il se proposait d'agglomérer et ât concentrer les différents peuples de TEurope ; en d'autres termes , il voulait les conquérir. « On me croit ennemi de « la paix , disait-il encore , mais il faut «que y accomplisse ma destinée : je « suis forcé de combattre et de 60fl(y^- * rir pour corner ver. »

- Il ne s'apercevait pas qu*en justifiant ainsi sa conduite, il condamnait son système. La nécessité de conquérir plour conserver était la conséquence de ses projets de monarchie universelle, bien plus eneoie que Tefifet de la situa-

tion g^érale de TEurope. Certes , les

rois ne voyaient pas d'un bon œil le triomphe de la révolution française ; mais les victoires de la République et du Consulat leur avaient appris a respecter l'indépendance morale de la France aussi bien que l'intégrité de son territoire. Les traites de Bâie, de Campo -Formio, de Lunéville et d'Amiens, les avaient habitués à compter avec la révolution ; toutes les anciennes monarchies, l'Angleterre et la Kussie elles-mêmes, étaient venues socwssivement lui faire amende lionorable.

Sur ce point, nous avions pour nous l'autorité de la chose jugée , et , bien loin de manquer de ressources pour faire respecter les traités qui consacraient sa liberté nationale, la France attaquait le vieux monde à son tour, et débordait depuis longtemps. En I80â, c'était contre ses agrandissements perpétuels , c'était contre l'extension toujours progressive de son influence que les rois en étaient réduits à se coaliser. Voilà quelle était alors la situation des agresseurs de 1792 , de 1793 et de 17W; ils tremblaient pour eux-mêmes.

11 est vrai qu'ils ne se coalisaient pas moins , et qu ils avaient juré de ne pas déposer les armes avant d'avoirmmé la prépondérance de la France; mais combien il eût été facile de ne pas leur laisser le temps de se coaliser en les mettant aux prises avec leurs peuples I • Napoléon n'avait qn'un siiine à faire , nous ne disons pas pour révolutionner TEurope , c'eût été renouveler sur un champ plus vaste le chaos de 1798, mais pour remplacer toutes les monarchies absolues par des monarchies représentatives. Les Italiens, les Allemands et les Espagnols , on en a vu la preuve, voulaient avoir des constitutions plus sérieuses que le sénatus-cou»

suite de Tan xii.

Qu'auraient pu fiiire les intrigues de TAngleterre et de la Russie contre la France, si l'Allemagne et rEspagne avaient eu un intérêt commun à défendre avec nous? Croit-on qu'en 1813, le roi de Prusse , l'empereur d'Autriche et les princes de la confédération du Rhin, eussent pu se tourner contre nous, comme ils l'ont fait, si la politique de Napoléon avait répondu am

BHMftB (jfmsth) FRANCE. BUmB (Mtittçaii)

vœux des Allemands , qui avaient espéré trourer en lui un protecteur pour les aider à conquérir leur liberté, ot non un maître pour les enrégimenter sous ses drapeaux? Contenus par des afsemblées représentatives , ies princes allemands n'auraient pas pu se liguer contre Napoléon; ils nîirnient été trop heureux de ménager son amitié, pour qo*il intervint comme médiateur entre eux et leurs peuples , plus disposés à les détrôner qu'à trahir le bienfaiteur de TEurope. Il y aurait eu de la grandeur dans ce rôle , et Mapoléon n'aurait plus été condamné à conquérir pour cotiser rcr.

Depuis la bataille de Marengo, sa puissance n'avait fait que s'accrottre, et elle était devenue telle, qu'il

changeait à son gré la constitution des pays voisins , qu'il créait des États nouveaux, qu'il faisait des souverains et qu'il pouvait en défaire ; le sort des rois et celui des peuples étaient entre ses mains; de la manière duiit il comprendrait son rôle d'arbitre dépendait l avenir du monde entier.

Malheureusein rit les tendances ambitieuses que le traité de Campo-Formio et le traite de Lunéville avaient déjà révélées,' ne manquèrent pas de se développer dans le traité de Presbourg. Nonseuiemeiit Napoléon refusait d'épouser la cause des peuples contre les rpis, mais il profitait de leur querelle pour les d')mpter les uns et les autres, en affectant de n'être qu'un médiateur.

Loin de le conduire à son but de domination universelle, ce système devait réunir un jour contre lui les peuples et les rois; mais, à celte époque, le mal n'était pas encore assez sensible pour oue tout le monde pdt l'apercevoir, et d'ailleurs , on avait une telle foi dans le génie et dans VHoilc de l'empereur,

Î|u'on croyait tout possible. Éblouie par e prestige de la victoire , enivrée de sa grandeur matérielle, la Fr;ince presque tout entière applaudissait à Napoléon et lui décernait le surnom de Grand ^ au moment même où il déviait certainement de sa route. L'expérience seule pouvait lui dessiller les yeux; malheureusement, lorsqu'elle reconnut son erreur, les fautes deJNapoléon l'avaient épuisée et presque mise hors d*état de

les réparer. Son principal tort, à lui, c'est de n'avoir pas su se vaincre lui*

nif'me : sa vraie destinée ^ s'il avait eu la force de commander â ses passions, n'était pas d'aller mourir sur un rocher de rOcean.

L'année 1805 est une des époques les

{)Ius remarquables du règne de Napoéon , une de celles qui méritent ie plus de fixer Tattention de lliistorien et de l'homme d'État; sous plusieurs rapports, elle fut décisive. I-a levée au camp de Boulogne et la défaite de Trafaigtfr mirent pour longtemps l'Angleterre à Tabri des attaques directes de la France, et consolidèrent sn dictature niaritime. D'un autre côté , la victoire d'AusterlItz et le traité de Presbourg préparèrent la dictature continentale de Napoléon. En ce sens , les termes du problème furent nettement posés ; mais, ce qu'on ne saurait assez regretter, c'est que d'une question de prmcipes , où toutes les cli;mccs étaient pour les peuples et pour nous, il déî^enéra en une question d'intérêts, où tous le^ avantages étaient du côté des rois et de l'Angleterre. Avec la dictature maritime, le cabinet de Saint-James espéra trouver assez de ressources pour empêcher Napoléon de dominer te continent; avec la dictature rontinentale , * Napoléon se crut certain de ruiner l'Angleterre. Dès lors , soit pour atta-

3uer y soit pour se défendre, il fut conamné à faire du despotisme et de la violence. Il débuta dans cette carrière en détruisant des républiques à l'érection desquelles lui-même avait conti^)ué par son immortelle campagne d'Italie. A ses veux , la révolution ne devint plus qu^un incident; et après avoir matérialisé la politique de la France, il ne lui resta plus d'autre moyen de salut que la conquête, c'est* à-dire, la guerre pour toujours.

Année 1806. Installation de Joseph sur le trône de Naples et de Louis sur le trône de Hollande ; suppression du calendrier républicain; création des grands ûefs de l l^npire; retablis.sement des stf6sfi/t</ioit« etdes in<i(/ora(s .* cet énoncé suffirait presque pour montrer avec' quelle rapidité se développait le df s[»otisme de l'empereur. Si l'on y joint la mort de Pitt, trop tdt suivie de la mort ,

de Ftx , son succtisseur , la formation

3e fa cotifcdérotion du Rhin Ja campagne de Prusse , si jM'<MnpjLejnen^ décidée par k victoire d*{ena, et Ifi décret da serifo, qui fut la première n^lieation (Ju système continental , on anrR une idée assez complète 4es evei^emeuts j^ui remplirent cette aanée.

lit mort ée Piit ( 23 janvier ) aurait pu être une bonne fdrtune pour le triomphe de la révolution ^ Tempereur en tira un parti fort habile, mais dans fimérét de son système personnel plutôt que dans rintérèt général. Sa position était bien belle alors; car, malgré la victoire de Trafalgar, Pitt s'était aenti Taincu |>ar le traité de Presbourg; et, on mourant, il n'avait trouvé que des ucrents de désespoir. L'avénement d'un ministère whig , et surtout la présence de Fox au département des affaires étrangères, avaient fait naître l'espoir d'une r^onciliation entre l'Angleterre et la France. 11 u'ea fut rien; IVapoléon ne s'entendit guère plus avec Fox qu'avec Pitt; et .cependant, de ces deux nommes, l'un aimait la révolution française autant ()ue Tautre la détestait. Avee Tappui de Fox, Napoléon aurait pu régénérer la vieille Europe^ mais, pour ceia , il aurait fallu consentir à uiielques cpucessions sur les intérêts. Or, dans toutes les négociations, l'empereur partait de cette rase , qu'il ne ferait aucun sacrifice de territoire. Dès lors toutes les avances de Fox devinrent inutiles, et , proGtant de ce que sa bonne volonté avait été exploitée par le cabinet français, les torys n'eurent pas de peine à ressaisir la direction des affaires aorès sa mort, qui arriva le 13 septeinbre.

La conduite de Napoléon pendant les sept mois que dura le ministère de Fox, prouve que, loin de s'alil ger de ce que le problème tût dégénéré d'u ne question de principes en une question d'intérêts, il préferait qu'il en fût ainsi, et il mettait le soin de son ambition perlonneile au-dessus de toute ctiose. « La « niortde Fox, a-t-il dit, fut une des fa- « talités de ma carrière ; s'il etU continué «de vivre lu cause des peuples l'edt «emporté, et nous eussions fixé un « nouvel ordre de choses en Europe. »

Ces paroles ont cela d'important qu^eUes

constatent, par un aveu de l'empereur , qu'une union sincère avec Fox aurait eu les conséquences les plus heureuses ; nais ce qu'elles ne disent pas , c'est qu'au moment où Je minisire anglais mourut, il y avait un commencement d'hostilité entre lui et l'empereur, et que la douleur d'avoir échoué dans toutes ses tentatives de réconciliation ^ dut contribuer à ^moer i'beure de sa mort.

Pour s'en convaincre, il ne faut que se rappeler comment Napoléon einpioya

le moment de trêve que lui laissa la mort de Pitt et l'eloiiinement des torys. Quoique l'Autriche fdt vaincue, l'Angleterre disposée à un rapprochement , la Prusse effrayée et repentante, la Russie ébranlée et peu disposée à se compromettre dans une nouvdle lutte où ne figurerait pas l'Ail* gleterre, le vainqueur d'Austerlitz persévéra dans sa politique d'agrandissement sans fin, et ne parut occupé que de prendre ses précautions pour une guerre prochaine. A l'intérieur, il eut une marche de plus en plus contre-révolutionnaire : le calendrier républicain fut remplacé par le calendrier grégorien, en vertu d'un sènatus- consulte « rendu le 9 septembre 1805 , mais seulement exécutable a partir du 1*" janvier iSOG; le Panthéon fiit rendu ausculte catholique, comme si la patrie ne voulait plus se montrer reconnaissante

gu'envers le dernier de tous ses grands ommes. Ainsi, du moins, pouvait être interprétée la coïncidence qui existait entre la clôture du Panthéon et le titre de Grand, décerné à Napoléon par le Sénat. Bientôt on vit que chez l enipereur (tétait un parti pris de ressusciter l'aristocratie territoriale détruite par la Constituante, et attaquée par toute la France depuis plusieurs siècles. Le 80 mars, Napoléon donna Massa et Carrara à sa sœur Élisa Baccinehi, déjà princesse de Piombino et deT.uc(jues; à Pauline Borghèse, Guastulla; a Murât, la souveraineté héréditaire des duchés de Berg et de Clèves ; à Berthier , la principauté de Neufchâtel ; à Talle\ rand , la principauté de fiénévent; à Beruadotte, la principauté de Ponte-Gorvo.

Cétait le développement naturel de ce commencement a» noblesse qu*ii avait

f «iWBij; (Frtpcû.;^ VMm^ JPiWI^JÇ «»S!tMS) VI

créé en montant siir le trône. II se ré- liberté ^ il nortait atteinte au grand

serva, ânns les anciens États vénitiens/ pilrincicfe de régalîté ; il tiolait du même les douze provinces de Oal)iiiatie, d'Is- coup Ta législation de la Constituante

trie» de tréfise, de (^oiieglfaiio, àt Bétiune, de Feltre, de Prioul, de Basftano, de Vicence, de Cadore, de Rovigo, de Gadoue, avec 30 millions de domaines nationaux , pour les concéder plus taré à ses généraux et à ses ministres, comme granda fiefs ini médiat s de l'Kmpire, trnnsmisslbles à leur descendance mâle par ordre de priniogénitare.

La restauration du droit d'aînesse menait naturellement au rétablissement des mcdorats et des substUutioiis. Le 14 aodl remperear fit décréter par le Sénat que quand Sa Majesté le jugerait convenable , soit pour récompenser de grands services , spit ^our exciter une noble émulation , soit pour concourir à Péclat du trône , elle pourrait autoriser un cbef de famille à substitue)- ses biens libres pour former la dotation d*un titre héréditaire qiie Sa Majesté érigerait en sa faveur , réversible à son fils aîné, né ou à naître, et à ses descendants en ligne directe, de m^iie en nniftle , par ordre de primogéniture. Jusque-là, tout en foisant revivre les privilèges princiers et territoriaux , rempereur .avait au moins respecté le territoire français, en ce sens qu'il avait doté' ses teudataires avec des terres conquises. Le dneret du 14 août faisait cesser cette exception; il permettait à l'empereur de mettre les vistiiutions de ia France en harmonie avee celles de Europe , en d'autres termes, de la faire rétrograder jusqu'au régime féodal , ^ue le chef de la révolution ne yf^dAt aiillement détruire en Europe , coiiînW on fa prétendu , maïs qu'il voulait seulement déplacer et faire rentrer dpns i'orbite de la ;whère impériale. U est vrai 4|u'un article (ju même décret a{outait que les propriétés ainsi possédées sur le territoire français , n'auraient et ne conféreraient aucun droit ou

Ï privilège relativement aux autres sujets irançais de Sa Majesté et à leurs propriétés ; mais à moins de retourner en plein moyen û^e, l'empereur ne pouvait rien imaginer de plus féodal que le rétablissement des majorais et des |k|cèg avoir détrait la

fit sa propre légishitton k toi-même ;

Kirisqne le code civil avait consacré IV olition du droit d'aînesse.

Dans la session législative dont l'ouverture eut lieu le 2 mai , et la clôture le ti m^, le gouvernement fit voter

un assez grand nombre de lois importantes. Cependant, au milieu de tous ces grands projets de travaux pviblics et de toutes ces améliorations administratives , une idée dominante se fait remarquer, celle de tout concentrer dans la personn£ de l'empereur; ce n'est déjà plus de funité gouvernementale , c*e^ de l'absorption, c'est du despotisme.

On voit aue Napoléon a des arrièrepensées de conquête, car N lui faut cette 4lberté aluôlue, cet affrandiissement de toute entrave dont ne s^^urait se passer un général : il discipline la France plutôt ^u'il ne ia gouverne. Son s)'stème financier est empreint des mêmes défauts ; tout y est subordonné âu besoin d'avoir de 1 argent, car l'argent est le nerf de la guerre. Il n'a pas le temps.de s'occuper de l'amélioralion du sort pes masses, pour lequel la Convention avait d(''jà tant fait; il n'a qu'un désir, celui de faire supporter à rimpôt tout ce qu'il peut donner , et surtout de cacher à tous les yeux la source où il puise. De là, cette supériorité qu'il reconnaissait à l'imçôt mUirect sur rimpùt direct, supériorité mensongère qui ne peut amener que la misère et la ruine, mais qui répondait parfaitement aux exigences de sa politique ambitieuse. Le droit de passe sur les routes fot supprimé, mais on augmenta rimpôt sur le sel , les droits sur le sucre, les octrois , et, pendant que Ton grevait fûiisi le peuple , on supprinaait la taxe somptuaire aur les chevaux , les équipages et les domesticiui s , toutes les cbarges enlin qui n'atteignaient que les classes les plus riches. Voilà comment l'homme du peuple se montrait reconnaissant envers lui.

Au dehors, Nanoléon était le in^nie qu'a l'intérieur ; chaque usurpation sur les droits de la France correspondait à upeiisui^atioo nouvelle ^ur riadépeadaace de quelque |»aupl« .dp l'£uc(^;

ie plan impérial se déTeloppait sous toutes Its formes H dans toutes les directions avec autant d'à-proj)Os que de

persévérance. Dans la dernière guerre contre l'Autriche, la cour de Naples, enMgiiant le traité de neutralité du SI septembre 1805, s'était jointe à la coalition. Napoléon tira vengeance de cette trahison en déclarant que les Bourbons de Naples avaient cesse de, régner. Jutque-là , il était dans son droit ; mais n'était-ce pas en excéder les limites que de leur Jonner ^>our successeur un membre de sa famille? Cest cependant ee qu'il fit : le 30 mars , il donna la couronne de Naples à son bien-aimé Jrèn Joseph; il institua , en outre , six duc/it6 grarids fi^s de l'Empire , pour être à perp&uUé à sa nomination et à* celle de ses successeurs.

Sa conduite envers la Hollande fut encore plus attentatoire à la dignité des nations. Le wfwame des Deux-Sidles^ au moins, avait été entraîné dans une faute par Faveuglement de la dynastie régnante; mais la Hollande, de quel cnme Napoléon pouvaiMI la punir?

ITavait-eiie pas toujours été fidèle dans son alliance avec la Convention , le Directoire, le Consulat et l'Empire ? Son seul tort, c'était d'avoir encore Tapparence d*une république et un reste d'mdépendance nationale. Le 5 juin, Napoléon , nialgré raffliction des Hollandais , proclama son frère Louis roi de Hollande , et , comme sMl ne se défiait pas inoins de lui que du peuple auquel il imposait un gouvernement contraire à ses vœux et à ses moeurs, il lui dit : « Ne cessez Jamais d^êire Français ; la qualité de connétable que \ous conservez vous retracera les devoirs que vous avez à remplir envers moi, et l'importance que j*attadie k la sarde des places fortes que je vous confie. » Cétnit dire aux Hollandais: Vous avéz cessé d'être une nation indépendante, vous n'êtes plus qu'une division militaire de Tempire français. On conçoit que Fox ait eu tant de peine à s'entendre avec l'empereur et a réaliser en commun avec lui ses plans de civilisation.

Après ie tour de Naples et de la Hollande vint relui de l'Allemagne; mais cette fois Napoléon dut s'astreindre à des ménagements infinis, et faire preuve

d'une rare habileté pour préparer les

voies à un agrandissement ultérieur.

Le 12 juillet, fut signé à Paris l'acte constitutif delà confédération du Bhin.

Par un traité collectif, les rois de Bavière et de Wurtemberg , le grand-duc de Bade , l'électeur de Ratisbonne , le grand-duc de Berg (Murât), le landgrave de Hesse-Darmstadt , et dix autres petits princes,' se déclarèrent s6* parés à perpétuité de l'empire germani»

que, indépendants de toute puissance étrangère, et unis entre eux {ar une confédération dont les intérêts devaient être réglés par une diète tenue à Franc* fort et présidée par le primat de Ratisbonne. L'empereur des Français était déclaré le protecteur de cette confédération ; mais il ne devait en rien se substituer aux droits de suzeraineté qu'avait exercés l'empereur d'Allema-

{^ne. Entre la confédération du Rhin et a France était conclue une alliance en vertu de laquelle toute guerre continentale devenait commune aux deux parties ; le contingent de la France était fixe à 300,000 hommes , celui de I.) confédération à 6S,000.

Le r* août, les confédérés notifièrent à la diète de Ratisbonne leur séparation de l'Empire. Napoléon fit savoir qu'il ne reconnaissait plus la constitution germanique , et qu'il traiterait tous les princes allemands comme souverains absolus. Le 6 aodt, François II renonça à son titre d'empereur d'Allemagne et de roi des Romains ; il délia les électeurs,

f)rinces et f.tats de leurs devoirs envers ui ; incoruora ses provinces allemandes à ses États autrichiens, et commença, sous le nom de François I", la série des empereurs d'Autriche. C'est ainsi qu'après mille ans d'existence, l'empire créé par Cbarlemagne était détruit.

Mais , dans la pensée de Napoléon , c'était pour renaître, non plus morcelé, romme l'avait fait le moyen âge, mais coiiiplet par la fusion de la France et de rAilemagne , comme l'avait fait son fondateur. Le titre de protecteur, à ses yeux , n'était qu'une manière adroite de préparer les esprits. D'ailleurs, qu'importait le titre à Thomme qui était déjà empereur des Français, roi d'Italie, suzerain des royaumès de Naçles et de Hollande, médiateur de la Suisse, allié

BMMWI (FNBçdt) FRANCE. miBlK (Pran^aU) 3ff^

de TEspagne, arbitre enfin de TEurope entière? C'est à ce point de vue que

nous nvons dit que Napoléon votifait déplacer et non détruire la noblesse féodale de l'Europe. Le inonde politique lui apiMirai^it un peu comme le monde sidéral ; et , de même que le soleil est entouré d'astres qui gravitent avec plus ou moins d'éclat dans sa .sphère, de même !l voulait être le centre du système européen et s*entourer • d'un cortège de brillants satellites , décores des titres de ducs, de princes et de rois. Erreur dangereuse qui ne lui laissait plus voir que des instramfnts dnns ses lieutenants et dans tous les peuples de l'Hurope; confusion où Tanibition trouve seule san compte, parce que, dans le monde politique, les grands ne se conduisent pas avec le même désinléresseinenl envers les petits que , dans le monde sidéral , le soleil envers les planètes , auxquelles il envoie des torrents de chaleur et de lumière , sans qu'il lui soit permis de les absorber dans sou sein.

Quant aux Allemands, ils avaient pris plus au sérieux le nom deproiec-.

fenr, et la stipulation par laquelle l'cmpt reur renonçait à se substituer a l'Autriche dans le droit et dans Texerciee de la suzeraineté. Ce malentenda devait avoir plus tard les cofiséquences les plus funestes pour la France, pour rAllen)agne, et pour I turope tout entière.

Sur le moment nu^me, la confédération du Rlun ( Ut d'excellents résultats. Elle doubla la force morale de la France et porta un eoup mortel à la vieille féodalité allemande. La noblesse immédiate , qui relevait directement des empereurs, fut abolie; un millier de petites souverainetés se trouva réduit* a trtnte ; les lois civiles furent améliorées par les lois françaises; les populations furent assujetties à un ré::ime uniforme de législation et d'impôts; pour la première fois l'unité sMntrodui* sit dans radminislratiorj. Ces améliorations ont porté leur fruit et, quel qu'ait été le but du fouiiateur de la confédé* ration du Rhin , c*est lui qui a réveillé l'Allemagne et qui a commencé à débrouiller le chaos qui, depuis longtemps, ii'a\ait plus d'un grand empire que le

T. vu. 18* Livraison, (Dict. ekc

nom. Malheureusement , ses arrièrepensées de conquête ne lui permettaient pas de faire plus pour la civilisation. Permettre aux États nouveaux de prendre un développement national et de se donner des constitutions indépendantes , c'eût été leur fournir des armes contre le système d'agglomération qu'il se proposait de réaliser. La pensée jx>litique qui le dirijgea dans rétablissement de la conf§deration du Rhin était évidemment la même que celle qui avait présidé au traité de Presbourg. Dans ces deux combinaisons on retrouve les mêmes quati^ et les mêmes défauts; à ce point qu*on peut dire que la confédération du Rhin ne fut qu'un développement du traité de Presbourg qui la contenait en germe. .

On s étonne comment les puissances européennes ne formèrent pas une nouvelle coalition pour s'opposer à l'établissement de la confédération du Rhin qui , dans la suite , fut leur principal grief contre Napoléon. Mais ce dernier usa avec tant d'art de respèce de carte blanche que lut avaient laissée la dé^ feitp de l'Autriche et la mort de Pitt, qu'elles n'eurent pas le temps de s'entendre avant que la mesure fUt consommée*

L'Autriche venait de recevoir une

blessure trop grave pour avoir recours à une arme autre que celle des intrigues. La Russie craignait de s'engager trop avant sans le secours de l'Angleterre , dont les dispositions, grâce à Fox , étaient momentanément favorables à la France. Le principal obstacle se trouvait entre Tempereur et Fox, ui, mécontent de voir le vainqueur 'Austerlitz éloifiné de tout esprit de concession , refusait de traiter séparément avee la France et exigeait un traité commun avec la Russie. Brouiller la Russie avec l'Aniileterre , telle était donc la garantie du succès pour Napoléon; il fut sur le point de réussir ; il y eut même un moment où , craignant d'être sacrifié par le cabinet de Saint- James , le czar envoya à Paris un négociateur avec les pouvoirs les plus étendus. Le 90 juillet , un traité de paix fut conclu entre la France et la Russie ; mais Alexandre refusa de le ratifier , soit que les reproches de l'Angleterre,

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