ÉPERNON
de Chartres. C'était autrefois une place forte entourée de murs et ceinte de foslés. Elle était défendue par un château construit» à ce que Ton présume, sous Hugues Capet, et dont les AD((iai8 s'emparèrent sous Charles VI.
Le premier nom d'Épemon fut Autrist. On lisait autrefois sur l'une des portes de la ville l'inscription suivante, tracée en caractères gothiques :
Autxist l'ut jadis mon nom , A présenl on nje nomme Espierremont.
Épernon , qui avait le titre de baronnie, fut ériçé par Henri III, en lâ82 , en duché-pairie en faveur de Nogaret , son favori. Ce duché passa , en IGGl , dans la famille de Goth de Rouillac ,
Suis successivement dans les maisons 'Antfn et de Noailles. On compte aujourd'hui à Épernon 1,559 habitants.
Épernon (Jean-Louis de Nogaret de la F aktte, duc d') naquit en 1554 d'une ftmille noble des environs de Toulouse. Il commença sa carrière militaire en 1573, au siège de la Rochelle, parmi les seigneurs attachés à la personne du due d'Anjou , suivit ensuite le roi de Navarre dans sa retraite loin de la cour, puis se repentit de cette démarche et reparut à la cour , où il avait eu soin de se ménager des protecteurs. Sa belle figure fixa l^ttention de Henri m, qui lui fit partager l'indigne faveur des Caylus, des Maugiron et des Joyeuse.
Caumont de la F'alette (c'était le nom que portait alors le nouveau mignon) entra l'un des premiers dans la ligue dont l'anéantissement des protestants était le prétexte. II se distingua en 1577 à la prise de Chartres et au siège d'Issoire , et fut blessé en 1580 au siège de la Fère. Ce fut le courage dont il fît preuve dans ces circonstances qui lui valut surtout l'afifeetion du roi , avide d'émotions et enthousiaste do la valeur. Henri le combla d'honneurs et de richesses , en cherchant néanmoins à tenir la balance égale entre lui et son antre favori , Joyeuse. « Le mardi 27 novembre 1581 , dit l'Étoile , la Valette vint au parlement, où furent en sa présence entérinées les lettres d'érection de sa châtellenie d'Épernon , que le roi avoit achetée pour lui du roi de Navarre , eu duché-pairie : portoient, les-
dites lettres , qu'en considération de ce que la Valette devoit être beau-frère du roi , il précéderoit tous autres dnes cft pairs a|m les princes et le duc de Joyeuse. » En eflet , la main de Christine, la dernière des sœurs de la reine, était destinée au duc d'Épernon ; et cette princesse étant trop jeune pour être mariée immédiatement , on donna d'avance au mignon les 300,000 écus qui lui étaient promis ^our sa dot. Âu milieu de la désorganisation du royaume, les deux favoris exercèrent tout ce qui restait de pouvoir à Henri III. Tous les revenus ^e la couronne allaient s'engouffrer dans de folles orgies et dans de scandaleuses largesses. En peu d'années, l'avide d'Kpernon réunit au gouvernement des Trois-Évéchés ceux du Boulonnais , de TAngoumois , de la Saintonge, de l'Aunis, de la Touraine, de l'Anjou et de la Normandie ; enfin il succéda à Strozzi dans la charge importante de colonel général de l'infanterie, qui fut érigée pour lui en cbarge de la
couronne (1584).
Lorsque les projets de la ligue commencent à effrayer le parti des politiques et le roi , oe filt d'Epernon qui
fut chargé de négocier une alliance avec le roi de Navarre. Vivement attaqué lui-même par les Guises et par la ligue, il espérait trouver dans ce prince un puissant allié; mais sa mission n'eut aucun succès, et il dut marcher en 1586 contre les huguenots de la Provence, à la tête d'une armée de (7,000 hommes. L'année suivante , il dispersa à Gien et à Châtillon-sur-Loire un rassemblement de ligueurs.
La mort ou la disgrâce de tous les autres mignons de Henri TII rendit, a cette époque, le duc d'Épernon seul maître de la faveur de ce prince , qui lui donna en 1588 le gouvernement de IS'ormandie, le plus considérable du royaume , et la charge de grand amiral. Mais s'il montrait des talents que l'on trouve rarement dans un iavon , d*un autre côté, il usait des bienfaits de son maître avec une hauteur qui provoquait contre lui des ressentiments universels.
Tous les efforts des ligueurs et de Guise se dirigèrent bientôt contre lal« et ils réussirent enfin à le renverser. Il avait d'ailleurs iui-méme fatigué le roi par sa
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haiitpiir et 'par son avidité; ii lui avait fait regretter de s'être exposé à taot d'impopularité pour un homme dont il pouvait 86 passer. Peu deseinainesaprès l'entrée triomphale du favori à Rouen, Henri lui retira une grande partie de ses dignités , et l'exila à Loches près d'An-
SoulAne. ht dtus m croyait en sûreté ans cette dernière ville, quand , le 10 aoilt 1588, le maire, avec une troupe de fanatiques ligueurs, vint l'assiéger dans son diâteau pour s'assorer de sa personne , et ce fut à graDd'peÎDe qu'il échappa à ce dancier.
" L'année suivante , Henri ill , qui venait de se débarrasser par on assassinat de la crainte que lui inspirait le duc de Guise, se trouvait à Rlois et semblait avoir oublié le duc d'Épernon. Cependant le premier renfort qa*il reçut fiit un corps de 1 ,500 arquebusiers à cheval, de 600 fantassins et de 120 gentilshommes, que son ancien mignon lui en^^. Un service aussi important réconcilia le roi avec lefiiTOrl.
* Après la mort de ce prince, d'Épernon refusa de signer Tacte par lequel un grand nombre de seigneurs promirent de reconnaître Henri IV des qu'il se serait converti ati catholicisme. II s'en retourna dans son gouvernement d'Angouléme, emmenant un corps de troupes considérable, au moment où le roi en avait le plus grand besoin. Néanmoins le Béarnais lui pardonna , et lui laissa le gouvernement de Provence. Mais le duc laissa bientôt deviner qu*il songeait benuroup moins a faire reconnaître Tautorité de Henri dans cette province qu'à s'v créer lui-même une souveraineté indépendante. Cruel jusqu'à la férocité envers les vaincus, orgueilleux avec la noblesse, impitoyable pour le peuple, il ne 86 maintint pas longtemps. Le maréchal de Lesdiguières , envoyé par le roi contre lui , organisa une révolte générale ; l'ambitieux seigneur fut déclaré ennemi public, et tous les partis se réunirent contre lui. Il avait pourtant trouvé moyen de réunir une armée , et de continuer les hostilités contre Lesdiguières; et Guise ayant été ensuite envoyé contre lui , avec la promesse que le gouvernement de la province lui serait donné, d'Épernon , sommé de sortir de sa province , repondit à la me-
nace qu'on lut fit , que le roi viendrait l'en tirer lui-même : * Avant d'aban- « donner une contrée que j*ai défendue « au prix du sang de mes amis , de mes
« parents et du mien propre, je jouerai « quitte ou double, je me jetterai entre « les bras du Savoyard , de l'Espagnol , « du diable même, et quand je n'en n pourrai plus, sur mon épée... Si le roi « vient en personne, je lui servirai de « fourrier , non pour marquer , mais « pour brûler tous les logis de son pas- « sage. » Cette réponse du duc n'était pas une vaine menace. Dévoué au souvenir de Uenri III , et zélé catholique , Il avait peu de considération pour le roi, et ne se sentait aucun scrupule de porter les armes contre lui. En effet, le 10 novembre 1595, il conclut un traité avec Philippe II , roi d'Espagne , et s'engagea h faire pour le compte de ce prince la guerre au roi et aux hérétiques de France. Mais ii était tellement odieux à tout le pays , qu*il lui fidlut bientôt battre en retraite devant Guiie al Mn sa soumission.
Quelques années plus tard, le roi lui rendit diverses fonctions; mais comme il voyait en lui un représentant du parti espagnol , un serviteur qui ne s'était jamais soumis franchement, il ne l'associa à aucun de ses grands projets. Il projetait même, lorsqu'il foi assassiné, de lui ôter sa charge de colonal général de l'infanterie.
Ici commence, dans la vie de d'Épernon, unenouvelle période; sa puissance, fondée peut-être sur un crime, va briller encore d'un j^^rand éclat.
On sait qu'il était à côté de Henri lY lorsque ce prince (ut assassiné par Ravaillac , ancien maître d'école à Angou- ^ lème. Dans ce moment d'effroi , d'Épernon couvrit le roi de son manteau , en s'écriant qu'il était seulement blessé, ferma la voiture, et fit ramener le corps au Louvre. Aussitôt il s'empara de toute l'autorité royale , et l'exerça comme sienne. Le lendemain du meurtre, il Ai assembler le parlement ^ et entrant par une porte intérieure, en pourpoint et la main sur son épée: « Elle est encore dans « le fourreau cette épée, dit-il , mais il « faudra qu'elle en sorte si Ton n*accorde « pas à l'instant la régence à la reine « mère. » Le duc de Guise entra par la