‹ France Dictionnaire encyclopédique (volume 2)Chapitre 47 sur 97 · ESCADRE · texte numérisé non relu

ESCADRE

• FRANCE. BSCAMOir SACRé 441

attacherons surtout n faire ressortir le parti qu'on peut tirer des travaux exécu> tés par les savants français dans ces différentes branches de I érudition , pour rhistoire proprement dite, à laquelle nous consacrerons aussi un article spécial. (Voyez Htstotbe, Philologie et Sciences iustoi'.iques.)

Ervy, jolie petite ville de l'ancienne Champagne, aujourd'hui comprise dans le département de TAube, arrondisse* ment de Troyes. Elle existaitdès le troisième siècle, et elle appartint successivement aux comtes de Champagne et aux ducs de Nivernais. Affranchie en 1199 par Thihaut III, comte palatin de Champapjne, elle fut assiégée et prise en 1443, nu nom du duc de Bourgogne, par Pliilippe de Vauldré , gouverneur de rAuxerrois. Cette ville, qui avait autrefois le titre de harnnnie , oompte aujourd'hui 1,821 liabitiinls.

Ebwin de SiEiMiAcu {Magister Erwinus, gvhemaior Jubriese eixletUB ar(jeutin(;nsis) iia(îuit à Steinbach près de FJaden , et fut chargé par l'évêauede Strasbourg , Conrad de Liclitenuerg , de termin«>r la cathédrale de cette ville diocésaine. Erwin conmiença les travaux de la fncaile en 1270, et'à sa mort, survenue le 1 7 janvier 1318 , la tour du nord était arrivée à one grande hautwir. Son fils Jean lui succéda comme architecte de la cathédrale, et dirigea les travaux Jusqu'à sa mort , arrivée le 18 mars 1839. Sabine, fille d^rwin, orna de ses sculptures la croisée méridionale de redifice (*).

EsBABBES , ancienne seigneurie de Bourgogne (aujourd'hui du département de la Côte-d'Or) , érigée en baronnie en 1642.

Escadre, nom d'une suhdivision de l'armée navale. Une escadre, pour mériter ce nom, doit être au moins de cinq à neuf bâtiments ; alors elle a pour chef un contre-amiral. Si elle se compose de neuf à quinze vaisseaux, c'est un viceamiral qui la commande. En prenant pour terme de comparaison le rang de son chef, qui est ordinairement un

S Voyez le mémoire de M. Schreiber sur nille d'inrin , dans les actes de la Société hist. de Friboiirg et les Antiquités de l'AUacc , par Sclmeigiueuser et Golbéry, i" partie , p. 84.

contre-amiral , elle correspondrait à la brigade d'une «irmée de terre.

Le titre de ehff descttdre a été aboli en 1789, et remplacé par celui de contre-amiral. I.eschefsd'escadre prenaient rang après les maréchaux de camp.

EsGÀDBON, subdivision d*un régiment de cavalerie , correspondant aux bataillons de l'infanterie. T.e mot escadron ne fut d'abord emuloveque comme terme de tactiqtfe. On le oonnait à une réunion, à un petit corps de cavaliers se mettant en bataille pour combattre ; c'est dans ce sens que l'on disait f^scadronner , comme nous disons aujourd'hui manœuvrer, te fut seulement en lf)3ô que le mot escadron fut employé pour désigner la subdivision régimehtaire d'un corps de cavalerie. Les régiments de cette arme furent composés jusqu'en 1078 de 1, 2, 3 et 4 escadrons ayant chacun 3 comp.igm'es ; l'organisation de 1688 leur en donna 4 ; mais ce système rompant l'unité de l'escadron , on revint plus tard <'i Vcsvadron compagnie j que l'on quitta et que l'on reprit ensuite plusi(;urs fois.

A Torganisation de 1776, chaque ré* giment fut composé de 6 escadrons compagnies, dont un auxiliaire ou de dépôt, qui devait servir à alimenter les ô premiers. Ce dernier fut supprimé en 1779, et les régiments furent réduits à4 esca* drons. Un 4* escadron fut encore supprimé en 1788 , et tous les corps de cavalerie réduits à 3. Laissant de côté les diverses transformations qu'ont éprouvées les escadrons depuis celte époque, nous dirons aue l'escadron compagnie est aujourd'hui maintenu; que chague régiment de cavalerie en a 5 sur le pied de paix et 6 sur le pied de guerre. L'effectif de ces escadrons, dans l'un et l'autre cas, est réglé par les ordonnan ces constitutives de Tamie. (Voyez Cavalerie.)

Escadron sacré. Ces mots sont consacr<*s pour désigner l'escorte que tous les officiers ayant des chevaux rormèrent à Nafioléon pendant la désastreuse campagne de Russie. I/escadron sacré se forma dans le bourg de Liadouî. Il avait pour commandant Murât, pour capitaines les généraux Defrance, Sébastian!, Saint-Germain, etc., et pour sous-officiers, des colonels.

àA ESCAUT

■RscAMBABLATS. On appelait ainsi en Lanî^nedoc, pend int les liuerres de religion , ceux qui tenaient à la fuis pour les deux partis* et qui avaient pour ainsi dire, comme le mot h'xprirne en languedocien, une jambe d'un côté et l'autre d'un autre.

FscABPiriB , ancien terme militaire désignant une petite pièce de rnnon on forte anpiebuse à croc dont on se servait à bord des bâtiments sur la Meditemtnëe.

EscARS, ancienne seigneurie avec titre de comté, dans le T.iinousin , à deux mvriamètres de Limoges.

KscABS ( famille d*). La terre d*Escars a donné son nom à Pune des branches de l<i Ibtnille de Petjrusse , parmi les membres de laquelle on compte ua cardinal, des éféques, des ehambellans, des chevaliers de différents ordres, des maréchaux de camp, etc.

Le plus célèbre d'entre les personnages qui ont porté ce nom est Jean* Français de Pêifrusse , baron* puis due d*Escars, qui rendit fpielques services aux princes peudaut I émigration, servit dans les armées prussiennes, et fut nommé en I8I5 lieutenant général et premier maître d hôtel de Louis XVI if. Il mourut d'md*gestiou en 1822, pour avoir trop mangé avec son royal patron de je ne sais quel nouveau mets excitant qu'ils avaient inventé de concert.

Louis XVIII fit, dit-on, ainsi son oraison funèbre : « Ce pauvre d'Kscars ! j'ai « pourtant Testomac meilleur que lui ! »

f.a même année vit aussi mourir le comte François (/'fiscars , lieutenant général , pair de ance et capitaine des gardes de Monsieur, dont le lils, ^mé' dêe , (!nc (ri'scars- , -uiv;>nt la tradition de sa famille, dut eizalenient ses grades militaires à sou zeie pour lu cause des Bourbons, fut Ibit lieutenant général au retour de l'expédition d"lv<p:ii:ne en 1828 , reçut le titre de duc en 1825, et accompagna en IbHU ses maîtres en exil.

Ksc \UL \s (bataille d*). Voyez MoR-

TAGNE NOIRE.

Escaut (département de T) , réuni , par le traité de Lunéville , avec les huit

autres départements formés dans les Pays-Bas autrichiens; il cotîiprenait la Flandre orientale et étaitborne, au nord,

ESCLAVAGE

par le département des Iîou<îlies-del'Kseaut; a Test, par ceux des Deux- ^ethes et de la Dyle; au sud , par celui de Jemmapes; et , à Touest , ))ar celui de la T>ys, L'Escaut, qui lui donnnit son nom . le travrrsnit du sud au nord. Son chef-lieu eti it Gand; il était divisé en quatre arrondissements, dont les chefs lieux étaient : Gand , Oudeuarde, Dendermonde, et le Sas-de-Gand. Fnlevé à la France en 1814, il fait in.natenant partie du royaume de Belgique.

Esclavage. — Nous nous proposions de parler, dans cet article, de I esclavage tel qu'il a subsisté, sur ce qui forme aujourd'hui le territoire de la France, î depuis les grandes invasions des barbares jusqu'au moment où il a disparu d'une manière générale pour faire place au servage de la glèbe ; nous essayeront, dans ce rapide résumé, de suivre les modillt ations successives qu'il a subies pour arriver à sa grande et dernière transformation (*).

Nous ne parions point ici du temps des Gaulois et de la dominaMon romaine. L'esclavage chez les Gaulois, sur lequel, au reste, nous n'avons aucun rens» ignenient , était, suivant de Icfr'timcs iiKinctions , l'esclavage hideux et d.ius toute sa rigueur, qui existe, à l'origine des nations, au sein des. sociétés barbares. Quant a Tesclavage que l'on rencontre dans la Gaule à l'époque romaine, il n'est point pariiculier à cette province ; il est régi (>ar les mêmes lois et les mêmes coul urnes que celui des autres p rties de l'Empire; et il est connu , de reste, par de grands et savant^ travaux. Mais, à partir des invasions baHiares, les circonstances, les temps, les hommes nin lilient dans chaque pnvs ee qui , sous le régime de la centralisation romaine, avait été uniforme; et l'esclavage change souvent de nature et d'as cet fl'une province a l'autre, de lo<alilé à localité. Noms nous occuperons donc ici exclusivement, et seulement à partir du cinquième siècle,

(*) ffoi» devons beaucoup, fiour ret ar»

ùi W , à în I Tiinc riiii inriiioirc «pti mtiis a éié coiiiaiur\^qué. C'csl un ouvrage .sur YMbo-

ttÊCttn , isotironné en 1.SI9, |>ar r Académie dei teienrc-. inoraki et )>'()liti(|(ieâ. U « pour «ilBMrtMM. WéUea cl Yanoski.

L'UWIVERS.

BSCLATAOB FBAIfCË. SSCJUAYAOK 44t

de retdftfase ancien , tel qu'il a subsisté dans l^nrjpnnp G.Tile.

Les invasions des barbares, loin d'adoddr Tesdavage , ne firent , au molni momentanément, qu'nj^graver toua les niniix qtii en découlaient. Elles semblèrent détruire d'un coup toutes les améliorations que Ton devait au progrès des temps, et principalement au christianisme. Ccpf'nil;itit on a prétendu

3ue l'arrivée des (jerniains sur les terres e l'Empire avait été, en Quelque sorte, un acheminement vers ralmlition couiplète (le r< sclnvniic; »|ii'n cette servitude ancienne, qui était surchargée, dans Tintérif ur fies maisons surtout , de tant d'emplois oppressifs et dégradants , ils avaient substitué, en vertu de leurs anciennes habitudes, de leurs uxcurs, Tesclavage réely ce qui était hâter la révolution qui devait anéantir tout Tesclavîifîe personnel, et ne plus laisser sur le sol que le serv.igo de lu ^lèbe. Ou a ^ait gloire aux Germains, nous le répétons, de cette grande transformation, nti tre siccU^seuv iron avant qu'elle se fût accomplie. Mais on ne s'est pas aper(^u que l'esclavage réel qui existait chez les Germains était celui qui existe chez tous les barbares ; et (prentre cet esclavage et le servage de la çlèb€y tel qu'on le rencontre au moyen a^^e, il y a une grande différence. Montesquieu a parfaitement car.tctérisp l'esclavage de Tau ienue Germaine dans le passage suivant : a 11 \ a deux sortes de servitude: la réelle et la personnelle. La réelle est celle qui attarlic rescl.'i\e au fonds de la terre. C'est auisi qu êtaient les esclaves chez les Germains. Au rapport de Tacite, ils n'avaient point d'ofiices dans la maison; ils rendaient à leurs m. litres une certaine qua lité de blé , de bétail ou d'étoffe. Cette espèce de servitude est encore étiblie en Honurif. en Bohême, et dans plusieurs endroits de la basse Allemagne. Les peuples simples n'ont qu'un esclavage réel , parce que leurs femmes rt leurs enfants font les tiavaiix domestiques.

Les peuple voluptueux ont un esclavage personnel , parce que le luxe demande le service des esclaves dans la •maison (*). » Qu'arriva - 1 - il quand les

(*) Montesquieu , M^trit des lois, liv. xv , ch. lo.

barbares furent fixés sur le sol de TEm-

pire? C'est que. loin d'anéantir l'esclayage personnel pour faire prévaloir ]iartout le servage de la glèbe , ifs Tadoptèrent. Le luxe de ceux qu'ils avaient

vaincus les gagna ; ils se façonnèrent aux habitudes des Komains'; et eux, qui, de Tautre rdté du Rhin, n'avaient jamais eu d'esclaves que pour la garde des troupeaux et la cuittire deschampSf ils eurent des esclaves de luxe, dra échansons , des cuisiniers , des surveillants nombreux pour leurs chevaux de Inve, des ser\ileins pour toutes les fonctions domestiques, et des artistes nombreux pour fabriquer des objets sonif^tueiix ou pour contribuer à leurs divertissements. Ainsi donc, les Germains, avant d'arriver, si lious pouvons nous exprinoer ainsi , au servage de la glèbe, furent obligés d'adopter l'esclavage romain. " Les Germains, dit l'abbé de Gourcy, mêles dans la suite aux Romains dont ils empruntèrent les vices avec la politesse , connurent des besoins u'ils avaient ii:n(M(S jusqu'alors, et rent servir une tuule d'esclaves a leur mollesse ou à leur vanité. Ce chan;;e- . ment dans les mœurs, joint aux grands domaines qu'ils a( (piiient dans les Gaules, dut multiplier considérablement chez eux le nombre des esclaves (*). i* Au reste, que les invasions aient apporté dans la condition des esclaves de nouvelles rigueurs; qu'il y ait eu une espèce de retour vers les temps antiques où rhnmme tra tait comme une c/io.se , et non comme une [)ersoime, celui qu'il avait vaincu , cela n' st jias douteux. Il suflit, pour cela , d'ouvrir les lois barbares , et de parcourir quelques-unes des dispositions qui concernent les esclaves. On croirait (pie toute civilisation a disparu, que les immenses efforts du christianisme sont devenus inq)iiissants, et que les progrès de i humanite ont été arrêtes pour longtemps.

Mais, après les invasions, le christianisim n'interrompit point son Oeuvre de charité et de civilisation. Il ne voulait ni ne pouvait obtenir immédiatement et d'un coup l'abolition de l'esclavage; il essava donc d'adoucir au moins, en se

(•) De Gourcy , De l'état des persomustm France sous ies rotsdesdeujcpremiins rmcts, p. Tf).

444 SSGLAVAGB L'UNIVERS.

confiant au temps pour la grande réforme qu'il rêvait, le sort de l'esclave. Les évéques, les prêtres , et <^eu\ que les contemporains, dans leur reconnaissance, ont rnnîrés nu nombre des saints, pénétraient dans les maisons des barbares pour adoucir leurs mœurs, pour arracher resclave à un travail trop dur oa aux tortures; pour les racheter souvent, et pour recommander aux maîtres , comme une œuvre méritoire , la pratique de raffranciiissement. Nous «lions citer quelques exemples qui nous feront comprendre în nature et l'influénce dé Faction du christianisme dans les premiers â^es qui suivirent les invasions.

Parmi les hommes éminentsdu sixième siècle , i! faut compter assurément saint Germain, évéque de Paris. Son biographe Portunat nous a conservé , sur ses bonnes œuvres , des détails bien touchants: «J'appelle en témoignage, s'écrie-t-il , les nations qui nous environnent; tous les esdaves espagnols, scots , bretons , gascons « saxons , burgondcs, accouraient au nom du bienheureux Germain, assurés qu'ils étaient d'obtenir de lui leur délivrance. Quand le saint n*avait point d'argent pour faire de bonnes œuvres , il était .voucieux et triste; son visage était sévère, et sa parole était grave. S'il arrivait , au contraire, quMl eâten main quelque somme, il avait coutume de dire : « Rendons «grâce à la divine clémence, car nous * pouvons racheter un esclave. » Alors les rides de son front disparaissaient, non visage s'épanouissait, sa démardie était plus légère , et ses paroles respiraient la gaieté. Vous eussiez dit, à le voir, que ce n'était point un étranger qu'il avait racheté, mais que lui-même venait d'érluipper aux liens de l'esclavage. » ISous pourrions rapprocher de ce passage des traits analogues puisés dans les légendes de saint Éloi et de sainte Bathilde. Voici un autre exemple : saint Bonet, nommé gouverneur de la province de Marseille vers Tan 700, ne souffrait pas qu*on vendît les hommes à l'encan, comme c'était l'usage dans ce pays, ni qu'on les retînt en captivité. S il en «avait quelques - uns qui eussent été vendus malgré ses ordres, il les rachetait de ses propres deniers , et les renvoyait chez eux. Enfln , on lit,

ESCLAVAGE

dans une léiiende du septième siècle, consacrée a saint Bavon ou saint Bav , patron de la ville de Gand , le oassage suivant : « Il vit, un jour, venir a lui un homme que , jadis et pendant qu^'l menait encore la vie du siècle , il avait luimême vendu. A cette vue, il tomba dans un violent désespoir de ce qu'il avnit commis enve?-s cet homme un si grand crime; et, se tournant vers lui, il se jeta à ses genoux . disant :

c C'est moi qui t*ai vendu Hé de « courroies ; ne te souviens pas , je « t'en conjure, du mal que je t'ai « fait, et exauce ma prière, trapue « mon corps de verges , rase-moi la tcte « comme on fait aux voleurs , et jetten moi en prison les pieds et les mains « liés comme je le mérite. Peut-être , « si tu fais cela, la clémence divine « m'accordera - 1 - elle mon pardon. » L'homme dit qu'il n'oserait point faire ' une telle chose à son maître; mais l'homme de Dieu , qui parlait éloqoemment, s'efforça de l'engager à faire ce qu'il lui demandait. Contraint enfin, et malgré lui, l'autre, vaincu par lesprières,Tit ce qui lui était ordonné. 11 lia les mains de rhomme de Dieu , lui rasa la tête , lui attacha les pieds à un b.lton , le cx)nduisit à la prison publique ; et l'homme de Dieu y resta plusieurs jours, déplorant jour et nuit les actes de .<:a vie mondnine , qu'il avait toujours devant les yeux de son esprit comme un lourd fardeau. »

On conçoit , à l'aide de pareils exemples, la nature de l'innuence chrétienne sur la condition de l'esclave ancien. Les doctrines propagées par les prêtres faisaient sans cesse sur ('«sprîtues maîtres de nouvelles conquêtes; et de l'i résultaient, dans l'esciavniîe, des réformes importantes et d'immenses adoucissements. Mais rÉglise ne se borna pas à défendre l'esclave contre la barbarie du maître, et à racheter les captifs. Elle ajouta au travail , au zèle , à la charité personnelle de chacun de ses membres, sa force comme corps constitué, comme itglise. Ce que pratiquaient*les individus qui lui appartenaient, elle le pro< clama comme le résultat de sa doctrine, solennellement, dans les conciles; et la question de l'esclavage tint UDO large place daus sa législation.

ESCLAVAGE FliAKCE. B8CLAVAGB 446

Les évéqo€8 , réunis à Chfilon , firent sanctionner, en 650, par l'autorité royale, un décret qui défendait de vendre, o l'avenir, un esclave hors des limites de la France. Il se faisait un grand commerce d'esclaves en Asie, en Afrique, et, plus tard, en Espagne, avec les Maures. £n Allemagne, on en livrait aux païens qui les sacrifiaient à leurs idoles. Lorsque le christianisme commença à se propager, à s'implanter avec vigueur dans ces contrées , des papes , comme Grégoire III en 721, et des conciles, celui de Leptines en 743, priresnt des mesures énergiques contre un trafic si atroce.

£Ues devaient rester sans effet, tant que la possession des esclaves alimenterait ce commerce , exercé surtout par les juifs sur une très-grande échelle. Ils achetaient des adultes des deux sexes; des enfants, des garçons qu'ils émasculaient pour les transporter dans les sérails orientaux. Cette barbarie nefrap pait pas seulement les lils des esclaves ; ceux même qui étaient nés de par^ts libres n'y ériiappaient pas toujours ; la liberté iie leur appartenait qu'au moment de leur émancipation. Le père , jusqu'à cette époque , en vertu de son droit absolu, pouvait les exposer, les tuer ou les vendre légalement. Les rapts d'enfants par violence n'étaient pas rares ; e^rand nombre d^entre eux succombaient dans les traitements cruels que les- juifs leur faisaient subir, surtout dans l'opération de la castration ; ce qui persuada jadis au peuple qu'ils les immolaient pour des fins occultes.

Outre les juifs, les \ < nitiens trafiquaient de l'espèce humaine.

L'esprit du christianisme lutta de toute sa puissance. Antérieurement, une loi soustraynit à la possession des juifs tout esclave baptise. Elle tendait à prévenir le trafic aies hommes et à préserver les chrétiens des séductions artificieuses de leiirs ennemis, qui les portaient à l'apostasie , ou les souillaient par mille superstitions judaïques ; attentats qui se renouvellent fréquemment depuis je sixième jusqu'au neuvième siècle. L'Église voulait encore, par ses prescriptions, nourrir et fortifier les sentiments ue ses enfants doivent avoir de leur ignité. De nombreux conciles, tenus

dans presque tous les pays cathoUques,

se' prononcèrent en ce sens. Les premières lois furent soutenues par d'autres lois de plus en plus explicatives} c'est ainsi qu'au concile de Mâeon, en 581, on établit que tout chrétien pourrait racheter d'un juif un esclave chrétien, moyennant la somme de douze «onSf soit pour le rendre à la liberté, soit pour l'employer à son propre service. Au cas oij Te juif était rénitent, l'esclave rentrait dans l'usage de son libre arbitre. La propriété des esclaves une fois ravie aux juifs, le commerce leur en devenait impossible.

Quant aux Vénitiens, aucune des lois portées jusqu'alors n'avait pu mettre un frein à leur avarice. Mais l'horreur qu'inspirait ce mercantilisme était déjà si répandue, que leur perversité fut bientdt menacée d'une fin prochaine.

Sous le pape Zacharie, ils avaient acquis à prix d'ari^ent, dans les environs de Home, une multitude d'hommes, pour les conduire, comme des troupeaux, chez les mahométans ou les païens. Ce pieux pontife les racheta, les délivra tous, et lan(;a l'excommunication contre les marchands qui se livreraient à des spéculations si abominables. Cet esprit d'amour et de noblesse , émané du christianisme, modifia la léiiislation civile, à tel point que, vers la fin du huitième siècle , il fut défendu, dans toute l'étendue de l'empire des Francs , de vendre aucun esclave hors de ses limites; par exemple, en Lombardie, sous Charlemagne; dans la Bavière, sous Tassillon ; dans l'Allemagne , etc. Charlemag;ne ordonna qu'im homme ne pourrait être vendu ou acheté sans la présence des comtes ou des mlssi domirUci.

T/évéque Agobard, un des hommes les plus éminents du neuvième siècle, doit être assurément compté parmi ceux qui ont bien mérité de l'humanité. Il s'éleva fortement contre les ventes d'esclaves, et principalement contre celles qui étaient faites entre juifs et chrétiens. Mais, au moment même où l'illustre chef de l'HgUse de Lyon protestait noblement, par ses prédications publiques et ses rapports à l'empereur, contre la plus hideuse des plaies sociales de son époque, une grande révolution s'accomplissait, qui devait bientôt £air«

44i WGLAVAfiK L'WVEAS. ISSCI.AVAOS

cesser d'ane maoière générale la vente

de rhonitne p.ir l'homme, et amener la ronipiete iinniobilisation de l'esclave sur la terre qu'il cultivait, et où il avait pris naissance (*).

L'esprit chréiien ne se borna pas à insérer dans les canons des conciles, dans les œuvres des évèques et des prêtres, des dispositions favorables a l'eiK clave; il lit [)Uis encore: il pénétra (et cela [)roiive son activité et su pnissanre) dans les lois qpi régissaient la société civile; et, dès le milieu du septième siècle, on rencontre des documents législatifs qui ont etc érrits tout entiers et exclusivement sous l uispi ration d'une pensée chrétienne. On lit, dans de vieilles formules :

« Celui qui alfranchit un esclave doit « espérer de trouvtir un jour une ré- «t compense auprès de Dieu. C'est pour* « quoi mi femme et moi . en vue du « salut de notre àme et d'une récom- « pense cterneile, nous brisons, à partir « de ce jour, tous les liens qui te ratta- « client comme esclave à notre maison, « afin que desorm.iis tu mènes la vie « d'un homme libre, comme si tu états « né de parents libres, et que , restant « soumis à Dieu, le maître de toutes « choses, tu n'appartiennes par aucune « fonction ou rede\ance servile, a titre « d*esclave ou d*a£franclii , à nos béri- « tiers... w

Puis, après l'affranchissement, l'Église prenait l'affranchi sous sa protection et sa sauvegarde spéciales , et elle donnait ainsi à ceux que , dans ces temps de violences et de désordres, on pouvait facilement ramener a rescluva^e, parce qu ils étaient privés de tous biens et de toute protection , uiu' [)uissa)ite garantie. « On pourrait aitribiier au même esprit, à la même autorité du cbristianîsme, dit M. Naudet, eette munificence des rois francs, qui, pour signaler la nai>saMce d'im Ois, donnaient la liberté à trois ociaves dans chacun de leurs domaines »

{*) Voy. Mœlilcr, Traité sur l'esclavage. Ce ^til traité, ^ui csi inachevé, contient en litttneur» endroits d'ezcelieules considérations.

(**) Voy. M. X«iidct , De l'état des perionnes ea France sous le» roi* de iapremici e

Noos ne terminerions point, si nous

voulions énumércr tous les moyens que le christianisme a eniployés pour adoucir l'esclavage, et pour amener, d une manière infaillible, son entier anéantisse ment. Cependant il est encore deux points sur lesquels nous voulons insister.

D*abord l'Église ofiMt de tout temps

im sûr asile aux esclaves opprimés et fugitifs. Dans les premiers temps, la loi romaine forçait bien les prêtres a une restitution à laqurile ils ne pouvaient se refuser sans porter atteinte à la propriété ; mais elle stipulait que les clercs pourraient s'employer auprès des maîtres pour obtenir le pardon de celui qui avait essayé de se soustraire , au moins momentanément, à l'esclavage. Dans le huitième siècle, le christianisme a fait de grands progrès « et il a obtenu des barbares convertis, relativement à l'esclave fugitif, d'immenses coacessions.

Ou lit dans un capitulaire :

« Si un inconnu veut entrer dans un « monastère, on ne doit lui donner « l'habit des moines qu'après trois ans. « £t si,pen<lant ces trois ans, Tesclave, « l'affrandii ou le colon est réclamé par « son maître, qu'il lui soit rendu avec « tout ce qu'il a apporté, en exigeant a toutefois du maître le serment de ne « point punir le fugitif. S'il n'est point « réclamé pendant les trois ans, il no « peut plus être recherché; seulement « on doit restituer au maître ce que « l'esclave a a [) porté au couvent. »

Malgré les défenses positives de la loi, l'Église cherchait a enlever à l'esclavage tous ceux qui se présentaient à elle. On

Eut craindre un instant , à la fin du uitième siècle et au commencement du neuvième, de voir disparaître presque complètement de Tempire carloviugieit la classe des esclaves.

« Que dorénavant , dît un capitulaire, « on ne coupe plus les cheveux, qu'on ne « donne plus le voile qu'au nombre d'es- « elaves (hommes qu femmes) qui a été « détenoinc ; et cela afin que les villx ne « soient plus dépeuplées et df sertes. »> Endn l'E^Usc (et c'est la un fait trèsimportant à signaler) sembla mettre le

race^ Mémoires de TAcad. des iiUcripUoiM i nouvelle série, t. YIU, p. ^96.

BBCLAVAfiB FRANGE. W^LArAUM 4<T

sceau à tout ce <iu*e11e avait déjà fait pour adoucir l'esiuiv âge et pour l'nnénnlir, en constituant ia Inmille de l'c-rl i\ p. Il est vrai que la lui romaine avait stipulé que, dans les partages de biens entre héritiers, lorsqu'il s'a:.' irait des esrirn-es, on ne séparerait point le frère (lu Irere, le liis du père, la feiiune du mari; mais cette preser piion de la loi, qui semble , au reste, déjà em|jreînte de 1 esprit rhrétien , avait moins pour hiit la moralité de Tesclave que les intérêts do mattre. Il n>n était pas de même de la pensée qui dirigeait TK/zlise. Elle voulait avant IfUit moraliser l'eselave, établir pour lui les lirnsde la famille, et rélever ainsi autant à ses propres veux qu*à c<-nx de la société libre qui renvîronnait et le donn'nait.

Le second concile (le UiAlon disait :

« Qu'on ne rompe |)6int les mariage ■ contractés entre esclaves, quoiquils n appartiennent à différents mnîtres , « pourvu, toutefois, qu'ils aient obtenu, « nu préalable , Tassentiment de ces « m titres, et que le mariage ait été fait « suivant les lois. »

On lit aussi, dans un capitulpire qui fut certainement dicté par les évéques et les prêtres, le passaiit suivant :

« Que les mariages des esclaves ne u soient point rompus , quand bien « même ils appartiennent à des maîtres « différents, parce qu'il a été dit dans «» l'Êvangile : Cimix que Dieu n unis, « riiounne ne doit point les séparer. »

INous n'insisleruiis pas davantage : il suffit du peu que nous avons dit , et du nombre très-restreint d'exemples que nous avons eites, pour établir uk orUeslablement et dans tout leur jour les deux grands fai's suivants: à savoir, que l'action du cbristianisme sur In condition des esclaves, depuis les invasions des barbares jusqu'au dixième siècle , a été immense et efficace; et qu'en élev.iiit SUIS distinction tous les esclaves à la digtiité d'hounnc , en les assimilant sur tous les points aux hommes libres, Tesprit chrétiens tué, rn théorie comme en lait, l'esctavage antique.

Maiulennnt il nous reste a préciser l'époque ou s'établit généralement sur le sol de la France ce que nous appelons le servage de la gtèhe^ et à dire, en deux mots, quelles ^ureat les causes de

cette grande révolution sociale. Mais,

avant d'aborder cette importante question, nous croyons utile, pour compléter ces brèves considérations, de donner ici un tableau des différentes classes d'hommes qui , du quatrième siècle au dixième, se trouvèrent engagés, à divers degrés, dans les liens de l'esclavage. Nous empruntons ce tabli*au à un ouvrage récent que TAcadéinie dM iuseriptions a honoré de ses suffrages.

JNous iToyons que la classification qui va suivre (lourrait être plus préeise et pl s rigoureuse; mais notre intention n'ét mt point d'entrer dans des discussions de détail qui ne changent en rien les résultats que nous voulons signaler, nous adoptons ici sans < x.imen les catégories tracées par l'auteur du livre dont nous venons de parler.

Au-dessus des esclaves se trouvent les dont la [losition était mitoyenne entre la servittule et la liberté, telle à peu près qu'était celle du colon romain, dont le litut porte souvent le nom.

Lé Utus est, comme Tesclave, sous 1.1 (irotection de ^on maître [in mundiburdio) ; il est son justiciable, c^r il ne peut prendre part â l'assemblée du canton, où figurent les seuls hommes libres , et cette servitude de la glèbe l'exclut également du service militaire, glorieuse prérogative des Francs; comme Tesclave, il doit certains services et certaines redevances lidimoitium) ; mais cette redevance est fixe comme celle du colon romain ; ces services sont déterminés par la loi de la concession , contenue d'ordiniire dans !e livre cadastral (pnlyptichum) du seigneur , et les lois défendent de changer ces conditions de leur tenure. Enfin , il y a entre le lifus et l'eM'Iave cette distinctior» profonde , que le premier est immobilisé sur le sol , comme le colou romain , tandis que Tesclave peut être détaché de la terre qu'il cultive; le maître ne peut alirner son manoir qu'à la charge de respecter la jouissance du /iiuM ca^é sur le domaine.

Dans l'origine, les serfs du roi {fifscafini) étaient de simples esclaves du lise; ainsi nous les rejiresente la loi des Alemans. Le capitulaire de VUtis les considère comme des serfs de la glèbe, et veut qu'ils payent de leur personne l'a*

Digilizea by CoOglc

L*UNiyERS. eSGLAVAfiB

mende que l'homme libre paye de son argent; mais, de bonne heiire, leur Situation s'améliore et s*assimile à celle des lifi. Ils ont , eux aussi , leur wehrgeid et leur possession, et, comme aux lUi, il est permis aux fiscalins d'un même domaine de 8*entre-vendre leurs tenures , le seigneur n'nvant p.is un intérfU direct à ce que la terre soit cultivée par un sujet de son domaine plutôt que par un autre ( d*où ee principe féodal, qu'en échange il n'était du de lods ni de ventes ) ; mais cette faculté ne V3 pas jusqu'à vendre la terre à des étrangers , car la saisine et la propriété sont au seigneur. La faveur dont les capitulaires entouraient le marin^e des personnes libres ét des iiscalins avait un but tout égoïste , l'augmentation des serfs royaux ; car , en de telles unions, l'enfant'ne suivait même p.is In condition de la mère , comme le décidaient les lois romaines pour le concubinat. A moins de stipulations intervenues avant le mariage , entre le maître et la personne libre qui s'unissait à l'esclave, reiifant était, de la pire condition. Fils d*un lUus et d'une personne libre , c'était un /itus; nis d'un /i^iw et d*un esclave, il était serf.

La condition du coion était inliuie dans ses variétés, comme celle du Htw , et touchait à celle-ci par mille points; au midi, le seul nom de colon, au nord, le seul nom de litusj comprirent toutes les positions intermédiaires entre l'esclavage et la liberté.

Sans parler de In préémiiience que le Polyptique d'irminou leur donne, en ne cessant pas de les considérer comme ingénus , ces colons me semblent dififérer des //// en deux points fort importants : ils ont, non point seulement un pécule , mais encore des biens qui leur sont propres ; leurs redevances sont généralement {iIms douces. II est aisé de recnnn;j[lr(' , dans la plupart de ces serfs volontaires , des gens qui ont accepté le servage, soit pour éviter le servie» militaire ou la persécution des grands, soit pour obtenir quekpie part du sol , soit surtout pour succéder au

Erécaire paternel , héritage pour lequel I volonté du concédant lait seule la loi.

Quant aux biens propres des colons,

le Potyptiqve les mentionne continuellement, et il ne neut s'élever de doute à cet égard. Ces Diens ne sont pas un simple pécule , comme en pouvaient avoir les liti et les serfs , pécule soumis ù tous les caprices du patron , champs grevés de toutes les charges qu'il piatt au maître d'imposer; ce sont des biens libres de redevances, tels qu'en peut posséder un ingénu ; là est en germe ce principe qui a dominé le moyen âge, que tous les engagements féodaux , nobles ou serviles , sont réels et , en quel-

2ue sorte , un fruit de la terre concéée; principe qui a détruit la servitude en la confondant dans le servage.

De ces biens le Polyptique distingue curieusement l'origine : tantôt ils sont acquis , tantôt ce sont des biens d'héritage. Ainsi , :i mesure ^ue l'état des hommes libres s'amoindrissait, la

t)acité des colons augmentait, et on ne es excluait plus de la succession de leurs proches.

Nous devons faire remarquer que, dans les cas de succession , le colon héritier payait à son seigneur une redevance; c'était reconnavtre sa suzeraineté. C'est ce droit payé par le colon qui fut appelé au moyen âge droU de relief.

Nous allons parler maintenant des redevances auxquelles étaient soumises les différentes clnsses d'individus engagés plus ou moins dans la servitude.

On voit dans le Polyptique des redevances en argent ou en nature , et des services de corps. Les premières sont plus spécialement demandées aux colons , aux détenteurs des mansi inge" nuiles'y les seconds, plus durement exigés des serfs et des cultivateurs des mansi serciles.

Parmi ces redevances en argent , je trouve : 1" le chevage (capaticum).

Cvs\ le siirne du coloiint. Cet impôt est 01 dinairement de quatre deniers, et se pave en argent;

9" Vost ou herban est limpôt que paye le colon quand on ne l'emmène pas a l'armée. Cet impôt se paye quelquefois en nature, en moutons ou en bœufs, par exemple. Quand il se paye en argent , la somme est assez lourde , deux ou quatre sous ;

3** Le fermage de la tenure , fermage

FRANCE

BSCLAVAfiB

qui se paye quelquefois en argent, mais le plus souvent en nature et en service

de corps ;

4° Le droit payé pour envoyer le bétail dans les pâturages du seigneur , et

pour prendre du bois dans ses forêts , droit payé tantôt en nature et tantôt en argent.

Quant aux services de corps , ii y en a de deux espèces :

1° Services militaires, tels que la garde et le guet ( toacta, warda ) , et quelquefois même la chevauchée. Ces services rapprochent chaaue jour la condition du flscalin ou du colon de celle du vassal libre;

2" Services agricoles , charrois (carropersB)t main-d'œuvre {nianuoperiv)^ corvées {curvadœ), travnil dans les bois {caplim). Toutes ces charges sont indinereniment imposées aux esclaves « aux colons, et même aux hommes libres qui tiennent quelque précaire ou quelque bénéfice à charge de redevance, in hen^ciuni et censum. 11 y a seulement cette différence , qu'a l'égard de Tesclave ces charges sont arbitraires, tan- •dis qu'à l'égard du colon et de l'homme libre, ces corvées sont ordinairement plus légères et définies par la loi de la concession , sans que cependant on puisse aliirmer rien de positif à cet égard (*).

A ce qui précède nous croyons utile de joinare la nomenclature suivante.

Elle nous servira à faire connaître d'une manière à peu près complète les nombreuses dénominations qui étaient appliquées aux différentes catégories d'es^ claves.

Servus et mancipium sont deux mots généraux ^ui s appliquent a luus les esdaves indistinctement (**).

(*) Laboiilaye , Histoire du droit du propriété foneîire en Oeeideni, p. 444 et suiv.

(*•) Il est assez curieux de remarquer l'analogie qui existe dans les difrérentes langues de TBurope pour désigner cdui qui était retojiu daas les liens de l'esclavage : cheiles Byzanliiis et sous les Grecs du Bas -Empire, ou disait ; oxXoêo;, <rx)iêo(, (jxÀâêa, «jxXa- 6tia ; dans le latin du moyen âge , on trouve sclavtis ; en valaque, sklahu ; en allemand, sklave; eu espagnol , «jc/a^o ; en halien, tekutvog en anglais, slave; en firançais, es», etave. Ce mot , suivant les conjeclures les

Nous pouvons diviser les esclaves en

deux grandes classes : 1" Esclaves attachés à la terre ; coloui était le mot plus générai {inquUini adscriptUii, accolus, etc. ); 2* les esclaves attachés anx offices domestiques; le mot dont on se sert ordinairement pour les désijzuer est minuter icUes. Les esclaves meubles disparurent de bonne heure, comme nous le verrons plus loin , pour entrer dans la classe des coAmi qui étaient immeubles.

A» CoUmi.

Les colon i étaient employés sur les terres à divers emplois. Chaque villa , indépendamment de la culture des champs, avait son industrie particulière pour confectionner les objets qui étaient nécessaires aux individus qui l'habitaient. Voici les différentes sortes d'esclaves qui habitaient les villes et qui étaient rangés au nombre des immeubles :

Âratori*), vinitory bubulcus y porcarias y caprarius,/aber serrarius, auri/ex, atgenfarhtSf tutor^ torruUor, carpentarius , scufator, acci^aitrarius»

Ceux qui faisaient la cervoise, le cidre, le poiré... qui/aciunt cervmam, pomaHcum , piretHeum.

Pistor, retiator {qui reiia facere henesciat ad renandum) , venat^^ VmM»

iiarius, Jorentarius (**).

B* MktMeektk».

Parmi ces minisieriaks, nous trouvons : major-domi/s , ou simplement îuajor , qui commandait aux autres esclaves (•**);

Infestor, celui qui apporte les plats sur la tai)le ;

Séant io^ l'échanson, plus tard buti* cnlarius ; •

Maresealcus , chargé de veiller sur les chevaux de luxe;

plus probables, tire son origine du grand i

Lrc de captifs que les Gcrmaiii.s rnlpvaienl aux Slaves. Voy. Creuzer, f^ermisclite Sclirif' ien ûher die Skiaperei,

(*) Cette nomenclature est empruntée auK lois barbares et aux auU^s documents contemporains.

(**) Dans les wttœ impefiales ees esclaves étaient gouvernas par tirs juives . judîces.

(***) Il y avait un office currespondani pour ks esdaves femelles ; on trouve dans certains

documents une uugmissa, T. TH. S9* Lbraiton, (Digt. bucygl., btc.) 39

450 ÉÈtUiA^k L'UMVEkS. kMMÂ6k

Stt ator y i'écuyer;

Senescnlettè , inspecteur dé la suite

du prince ou du comte.

Les esclaves étaient encore appelés de différents noms , selon Qu'ils apparténaîent ad roi, aux béniéDoeâ oif a TÉglise :

1* Régine ou fiscaUàitSf Bénéficiai :

^ ÊecusiatHcus {*).

Enfin , 0iâiritehant noils détonâ rious demander comment et par quelles causes ce qui subsistait encore de Tesciavag^ ancien à disparu du terHtoire de la rraifce , et à qUè(té^époq(/e il n'est plus resté sur ce territoire que le servage de la glèbe. Nous répondrons a ces deux questions en deiix mots. t)'une part, quand les populations bafbaras se furent fixées et assises d'une manière définitive sur le sol de la Gaule, et surtout, quand, a partir du rèone de Pépin , la monarchie franke ne forma plus qu'un seul empire, la paix jj^ubli^ue s'établit à l'intérieur de cet ftmf)îre, la

guerre recula aux frontières, la traite es captifs , qui a^ait ëté âi fréquente daiis les luttes entre les princes inérotîiigiens, devint chaque jour plus difficile, en même temps que l'Église la Gornbattait de tout son pouvoir. D'âutre part-, ail moment de la dissolution de l'empire cnrloviniiien , par suite des grands desordres du temps, et principalement des invasions des JNormands, toutes les leldtions du! aâtaieut pu ^ciiiter le commerce «es esclaves cessèrent , et il faut ajouter aussi (\ue personne ne songea à renouer ces relations, parce que les esclaves que Ton tranSjjortait et vendait étaient en général des esclaves de luxe doiit on ne sentait pas le besoin au neuvième siècle ^ et ou'à cette époque persoutie ne songeait a se procurer. Il ne resta donc plun sur le sol que des esclaves immeubles , des serfs, comme on a dit plus tard. A quelle époque s'accomplit done eètte révok»* tion ? Nous venons de l'indiquer; à la fin du neuvième ^le et aq eomfiwtag»

ment du dixième.

A une époque fort ancienne on appelait les' esclavK du roi en Altemagne

Konigs f^r/igncte, KitecJite, t-l K-s esclaves de

rÉgliiie KlosictUuu , OU bien encore gottM-

Faisant allusion à un passage contenu dâns les savMitè (^ot^oniènés qui

précèdent Tédition récemment donnée du Cartulaire de Sairit-Vère de Chartres (voy. p. 41), Un écrivain distingué é déclaré (|ue M. Guératd était lë preittief cjui eût fixé , dvéc raiàon , la d!^ arition générale de l'esclavage ancieA la ûn du neavième siècle. Le critique s'est trompé; ce résultât hristOfidue îlvait été donné deux ans anpararant par M. Tanoski, dans la deuxième partie du Méftioire qui a été couronne en 1839 par l'Académie des sciences morilles et politiques (*). Au reste , voici im résume d( s conclusions de la partie du Mémoire qui appartient à M. Yanoski.

Ce résumé, qui est extrait du Journal 01 VfnstfucHon publique , fiOUS a paru beaucoup plus complet que celui qui a été inséré par l'Académie , dans le tome m de ses iVIémoires.

« Quand les barbares éUtrèrêflt dans l'Empire, ils adoptèrent l'esclatage fée! et personnel tel qu'ils le trouvèrent établi. Seulement , dans le premier désordre des inirasfons, ils ne saisirent point les distinctions que le progrès de$ temps. In législation modifiée par le christianisme avaient introduites dans Tesctavage. Ils confondirent d^abord tous les esclaves. Ce fut surtout le colon qui eut à souffrir dans ces changements : le maitre l'arrachait , suivant ses caprices , à la terre qu'il cultivait , pour lui faire remplir auprès de sa personne les fonctions domestiques. En général, au moment des invasions, l'esclave fut soumis à des souffrances intolérables. Les maux qui pesèrent alors sur les classes inférieures de h société étaient le résultat inévitable de la conquête brusque et violente qui avait été accomplie par les barbares. Qui donc pouvait apporter remède à ces maux ?

Les vainqueurs avaient fait des lois à leur usage ; mais ces lois, euipreintes de la dureté de Tépoque , ne pouvaient opposer qa*wi faiMe obstacle à des nruTurs grossières et crtMiieStàdeB pB8> sions desordonnées.

« Dâns ces ternies de crise et WA* sèt%, lechriSttaoisitie ir'ftittiiiddiiiis pdlnl

(•) Vny. Mémoires de l'Acad. des sciences morales et poUti(|uei| t. III , p. CG^.

MCLAfAW FRANCE. WêCIMaM^ Ui

te cause de l'humanité. 11 se jeta , poaf ainsi dtr» , au-devaiit îles barbares ; il les gagna d'abord ; et quand il les eut gniiius, il les domina au profit de la partie soutirante de la société. Mais il •M enonre à soutenir fwiidartt longtemps une lutte terrible contre les instincts féroces de ces barbares néophytes. Nous TaYons vu poursuivre, avec une patienee et uAe charité admir^le , la glorieuse mission que déjà ; sous Temnire romain , il s'était imposée à l'égara de Tesclave. Il travaille sans se lasser, ■ans se MlMiter. D*alK>rdj dans les temps de vloieiices et de guerre, au moment des invasions , quand les conquérants se disputent entre eux , quand ils fident leurs ouevelles à main armée, les prêtres et les saints suivent le vain-

Îfueur, ils implorent rnispnVordc pour es vaincus , ils demandent la liberté poUr les captifs, car ils savent que chaque prisonnier est (!• stiné à suW un rigoureux esclavage. Puis, quand ils ont délivré les captifs, ils accourent sur le rivage de la mer, là uù des vaisseaux fenuB des contrées les plus lointaines apportent au cotninrrce d'innombrables esclaves ; ils les rachètent par centaines et payent de leur argent.

« Mais les prêtres et les saints ne poMvriient racheter tous les esclaves , et snr les terres mêmes des églises et des monastères vivaient de nombreux cokrtis. Les al>bés et les éréques essayé^ rent alors d^améKorer le sort de leurs propres esclaves ; ils les traitèrent avec douceur;^ ils ne les soumirent point à des travaux trop rigoureux , et n'exigèmit point d'eux de trop fortes redevances, r.e sort de l'esclave ecclésiastique fut des lors pour tous les autres esclaves un sort digne d'envie. Des bommes qui ont échappé par la fuite aux propriétaires de Iiiens allodiaux, • au ûsc , aux possesseurs de bénéfices, accourent en foule et demandent, comme une faveur , d*étre compris dans les familles de IT.glise. L'esclave savait bien tout ce que les prêtres et les saints avaient déjà fait pour lui. Dans des tsmffs de calsmité, rÉeHse Itti avait

OUV( rt sc>; portes et {tffert un refuge assure; elle avait pénétré mnintes fois, pour l arractier aux tortures , dans la maison d'iio maître cruel. Mais ce n'é-

tait pas là le plus grand de ses bienfaits : de chose qu'il était elle l'avait élevé à la dignité d'homme; elle lui avait reconnu des droits; elle avait constitué pour lui la famille. Elle alla plus loin eticovs : drtui que la Société du siècle a rppou<î.sé et rejeté de son sein , TÉgllSe l'adopte , le reçoit dans ses rangs; elle lui donne une ulace dans sa hiérarchie, et l'iiomme vil , Pesdave, est jugé digne de remplir les fonctions du plus sacré des ministères.

« Mais l'Église ne travaille pas isolé* ment ; sod esprit S'est oomuluniqué au siècle , et le siècle a stlivi son exemple. Disons mieux: dès l'a véhément des Carlovingiens , son esprit domine le siècle ; die lui à imposé son sutorité. Ëlle n*a iilus à lutter tout à la fois , comme dans l'empire romain, contre les mœurs et les vieilles lois. Les décisions des conciles, sa loi à elle, sont devenues la règle de tous. Elle modifie t'ancieri droit, car c'est elle qui, sous Charlemngne, dans les grandes assemblées du printem[).s et de l'automne, dicte et écrit les Capitulalres. Sr parfois, à cette époque, od voit intervenir Tancieu droit , ce qui a survécu de la législation romaine, les dispositions de ce droit font un dur contraste avec la loi dirétienne. « Un homme, dit un vieux légendaire, rendit à la liberté cenf esclines ; ceux qui Tenvironnaient lui demandèrent pourquoi il n'en afftànciiissait pas un plus grand nombre : Il est juste , dit-il , que hous observions la loi mondaine , et aue nous ne dépassions pas le nombre fixé par la loi : Juitum, inqult , est ut lex muhdlaHs'in hœ observetur, et idcn nnmerum , in eadeiv legp prprstilUiim, proteryredi non debere.» L'évéque de Paris , saint Germain, saint Éloi, et la reine Bathilde , n'avaient jamais calculé, avec la loi humaine, le nombre des esclaves qu'ils avaient raclietés et affranchis.

« Nous pouvons donc afUrmer que tout esclavage ancien a disparu au neuvième siècle; mais si l'esclave a recon-

âuis pour toujours sa dignité d'homme, fui reste encore à passer par une dernière transformation avant d'arriver à une ém:inci))ation complète. A quelle époque s opera cette trauslorniation ?

« Montesquieu a remarqué que, daoe

ESCLAVAGE

LX'ISIVKaS. .

ESCLAVAGE

les sociétés Don civilisées, le nombre

des esclaves attadiés à la terre est plus grand que celui des esclaves domestiques ; que rcsclavnge est presque tout entier dans la famille rustique. Ce que Montesquieu a dit s'applique aux peuples barbiires qui ont envahi l'empire d'Occident. En jetant les yeux sur le droit de ces peuples et sur les autres documents contemporains des premiers siècles de l'invasion, nous voyons, il est vrai , que les barbares ont' eu des esclaves domestiques; mais le nombre de ces esclaves , issus de la eivilisntion romaine, a toujours été fort restreint.

C'est principalement dans les cités riches et populeuses que les esclaves domestiques sont nombreux , et nous savons que les conquérants germains, par une suite de leurs anciennes mœurs, vivaient de préférence dans leurs maisons de campagne, dans leurs villie.

I.'eseinve lenidit dès lors à se fixer de plus en plus a la glèbe; car nous avons constaté que , dans les biens allodiaux comme dans les bénéOces , le colon suivait la nature de la terre à laquetle il appartenait , qu'il était immeuble comme elle. Sur les terres aliodiales commô sur les bénéfices , nous le i^épétonS, le nombre des esclaves meubles était donc très-restreint. Plus tard , les causes qui amenèrent une grande diminution dans la classe des hommes libres eurent aussi pour effet do multiplier le nombre des esclaves iniineul)les. Les petits propriétaires libres , pour échapper à une spoliation violente , avaient eu recours à un expédient. Ils s'étaient réservé, il est vrai, leur liberté pleine et entière , mais souvent , à la seconde ou troisième génération , les clauses du contrat qui avait lié le fort au faible étaient oubliées , et le fils du petit pro-

Sriétaire était déjà rangé , sur les terres 'un comte ou d*on abbé, dans la classe àes esclaves immeubles.

« Ou ind l'anéantissement du pouvoir central et les invasions des Normands vinrent jeter la société dans de nouveaux désordres ; quand chacun se rendit indépendant pt s'isola \ en un mot , quand la révolution féodale commença , la servitude de la glèbe était , dans'l'ancien empire carlovingien , tout ce qui avait survécu à rabbtition de

l'esclavage ancien. Dans ces temps

il n'y avait ni commerce, ni industrie, où les besoins du luxe ne se faisaient point sentir, les esclaves meubles avaient complètement disparu. Au reste, les

actes de partage entre les fils de Louis le Débonnaire sont à peu près les derniers actes qui aient fait mention de ces esclaves meubles. I9ous avons essayé de préciser l'époque où s'était accomplie cette grande révolution, et nous sommes arrives a la lin du neuvième siècle et au commencement du dixième (*). n Toutefois, ce n'était point là une émancipation complète. La condition du serf sur son sillon était bien dure encore. Soumis à de rudes corvées , à des tailles oppressives, il ne pouvait abandonner la terre de son seigneur, ç^r il aurait abrégé le fief, pour parler le langage des vieilles coutumes. Il naissait, se mariait et mourait à la même place. Plus d'une fois, les idées de liberté que le christianisme avait jetées dans le monde, fermentèrent dans son âme, et il songea au moyen qui pouvait lui assurer une condition meilleure. Certes, ce devait être pour lui un moment plein d'une amère tristesse, que celui où, dans la chapelle du château, il venait, comme son maître, la femme de son maître, le fils de sou maître, s'agenouiller sur la même dalle, et recevoir la grande leçon de l'égalité humaine. Sous l'impression de ces doctrines d'égalité et de liberté, les serfs se soulevèrent au moyen âge. En se rappelant les paroles qu'ils prononcèrent alors :

iVotfs snwnws hommes commfi ils sont, on ne peut se défendre d'un sentiment de profonde tristesse. Si les tentatives des serfs ont échoué au moyen âge , c'est qu'elles étaient prématurées, et que le temps n'était pas encore venu où toirs les hommes indistinctement de- .

valent jouir des bienfaits de l'égalité civile. (Voy. Serfs, Jacqfertr , Egalité , AOUT (nuit du 4), t. 1, p. 53lJ.

Esclavage des nèg res. — Au commencement du quinzième siècle, aa moment où le servage de la glèbe com-

(•) Journal de l'instruction publique, analyse des condosioDi da mémoire de M.* Tanoski.

BSGLAVA«B

mençait lui-niéine à disparaître, rien ne pouvait faire supposf:r qu*après tous les efforts du christianisme et de la civilisation pour guérir la plus hideuse des plaies du inonde antique, Tesclavage allait se' montrer de tJOU?eao dans le monde avec ses anciennes rigueurs, et peut-être plus cruel encore. C'est pourtant ce qui eut lieu ; et il est reuiarquahie que ce nooteux événement s'accomplit en quelque sorte sous les auspices de l'Kurope chrétienne. Mais il n'y a aujourd'hui qu'une opinion sur le plus grand des crimes de la société moderne, ^ans insister ici davantage sur ce point, nous allons faire hrièvement Tbistoire de Tesciavage des nèeres.

Les mnsuimaoB» cnassés de TEspagne après la bataille de Ceota, en 141â, allèrent chercher un refuge dans différentes parties de i'Atrique. Les Portugais les y poursuivirent jusque sur les oôtes d*Ârguin, et, en 1440, ils en amenèrent quelques-uns à Lisbonne, et les réduisirent en servitude. D'autres enlèvements eurent lieu ensuite successivement. Eniin, en 1442, les parents des prisonniers imaginèrent de les échanger contre des esclaves nègres, et donnèrent ainsi naissance à ce que depuis on appela la traite des fioirs. Les Espagnols et les An<;!ais prirent ensuite une part active à ce hideux commerce, et l'Afrique devint comme un grand marché d*e8ciaves pour les nations européennes.

Il ne faut pas oublier cependant que le véritable esprit chrétien étendit, dès le principe, sur l'esclavage moderne, comme sur l'esclavage ancien, sa salutaire inlhience. Dès le milieu du quinzième siècle, le pape Pie II protesta eontre Tesclavage des noirs ; et , par une lettre qui sera toujours un des plus beaux titres de la chancellerie du Vatican , il s'efforça de détruire ce honteux abus de la force et de la civilisation au moment où les Portugais venaient de l'établir (*).

La découverte du nouveau monde ouvrit bientdt an immense débouché à la traite. Dès 1502, on avait transporté des nègres à Saint-Domingue. La

(*) l^ure de Pie U à l'évéqiie de Ruvo,

population indigène y était tellement diminuée , qu'on avait été obligé de re- ' courir à l'Afrique. Le commerce des esclaves noirs continua, sans que l'autorité royale s'eu occupât, jusqu'en 1517, époque où fut accordé à un seigneur flamand le priviléi;e de transporter quatre mille nègres dans les quatre grandes Antilles. Ce seigneur vendit cher ce privilège, et les nègres furent mis à un prix très-élevé.

Un Anglais, nommé John Hawkins, qui était, en 1562, au service de la reine Élisabeth, allécbé par les imm«ises bénéGces que lui promettait oe commerce, équipa plusieurs navires, alla commettre sur les côtes africaines d'horribles déprédations, et transporta ensuite trois cents nègres à Saint-Do* mingne. Les conditions avantageuse-s auxquelles il les échangea l'engagèrent à continner cet infâme trafic, et longtemps les marchés d'esclaves, dans les Antilles, furent alimentés pnr lui. Du reste, il est une chose digne de remarque , c'est que de tous les peuples de 1 Europe, les Français sont ceux qui semblent avoir pris In moindre part à ce commerce, et que leurs colonies furent presque toujours pourvues de travailleurs noirs par des négriers étrangers.

Cependant l'extension toujours croissante que prenait la traite augmentait de jour en jour les difûcultés que Ton éprouvait, même en Afrique, à se procurer des esclaves. Bientôt les négriers furent contraints, pour continuer à se procurer leurs affreux bénéfices, de recourir aux moyens les plus barbares.

Les guerres, lés incendies, les massacres, les dévastations, furent tour à tour mis en usage par les princes africains pour répondre aux demandes des marchands de chair humaine. Le moindre prétexte , le plus simple délit qlait une cause d'esclavage , et tous les M soixante à cent mille noirs allèrent conP^ bler le déûcit que causaient l'influence du climat des colonies et les mauvais traitements des maîtres.

L'esclavage n'eût point de code , tant que les colonies appartinrent à des compagnies; ce fut seulement lorsqu'elles entrèrent dans le domaine de rÉtat, que des lois et des ordonnances

4M MCLATMt LUNIVEBS. IMIMâm

essayèrent de le réglementer. Ce fut en 1685 que parut le fameux code noir.

Celles des dispositions de cet édit qui étaient favorables aux esclaves tombèrent naturellement en désuétude, tandis qu'on ne fit ivncbérir mr ia sévérité ae celles qui leur étaient contraires. Le code noir tut appliqué sans moditations à P!le Bourbon , par lettres patentes da moii àt déeeiiibre ITM , tt è'sft enoort la loi fondamentale en cette matière.

Mais malgré le code noir et les règlements concernant les esclaves, les ma!trtfe «ooservèrtnt sur wx m pouvoir iflinnlé, la traite continua à se faire avec une barbarie et une ervauté inouïes.

La pranière «oeiété <|iri a'owQpt ae* tivement de Tabolition de ta traite fut

fondée, en 1788, en Angleterre. Une société semblable, appelée la Société des omit éet niHn, composée ators iê l'élite des savants et des phitanthropeif

se forma aussitôt après à Paris , et entretint une correspondance active avec la société anglaise. C*est à la société des amis des noirs que nous devons tous les décrets de l'Assemblée nationale et de la Convention en faveur des noirs et de leurs descendants. Condorcet, Brissot, Grégoire, Mirabeau, la Fayette, Clavière, en furent les membres les plut actifs.

La cause des noirs ne tarda pas à se lessentir de l'influence de cette société sur l'opinion publique. IVous ne parlons pas des décrets et des lois pronnilgués en faveur des gens de couleur libres ; raais^ès le ST juillet 179S, le peuple français supprima la prime établie sur la traite , prime qui était évaluée à 2,âOU,000 francs par an. Mais bientôt le despotisme et la tnrfiison des «okMis causèrent dans les colonies un tel bouleversement , que la Convention nationale fut obligée d'y envoyer des commissafres civils. Ceux ^i lliiienit envoyés à Saint-Domingue furent Santbonax, Polverel et Ailhaud. Ces commissaires s'aperçurent bientôt que si la France possédait encore oette colonie, elfe le devait aux nègres et aux honmies de couleur. Ils en conclurent que If meilleur moyen de conserver cette belle ile, était 4PMtaeiMr par 4a reconnaissance, à la MBèMfirtrie, oeos qui ravment saa-

vée , et qui pouvaient lé ftirt cncone.

Ils proclamèrent donc, par un acte dq 29 août 1793 , la mise en liberté de tous les esclaves , et cet acte fut ratifié par la Convention, le 16 pluviôse an ii. Les eolonioB, èten que bouleversées, continuèrent cependant à jouir de la liberté jusqu'au 10 prairial an x, époque où le

S>uvernement consulaire y tèLahïit l'esavafe.

Ce fut vers cette époque que le gouvernement anglais coinniença a ni;inifester une éclatante tendresse pour la raoe nègre. Mais tous cas faoi semblants n abusèrent que ceux qui ne connaissaient ni l'bistoire de la Grande- Bretaene, ni le génie de ses habitants. Quand le parlemeiit prodamo, le S5 mars 1807, VaboUiion de la traite, km hommes habiles et clairvoyants comprirent aisément qu'en essayant de faire accepter ma autres puissances la me* sure qu'elle avait adoptée, l'Angieterro ne voulait que se faire investir légalement , et en vertu de traités authentiques , de k wprématie fflarkime qu'eUt ne tenait que delà force. En effet , bien que la France d*alors, malgré toute sa puissance, ne pût lui enlever cette suprématie, ses politiques prévoyaient paut'dtre q|u'un jour des âottes rivales parcourraient les tners et pourraient la leur disputer; aussi essayaientils à l'avance, par des stipulations empreintes, il est vrai , de l'amour dm bien des hommes, de s'nssurer des droits avantageux et d'utiles ailies. l^es vues intéressées de rAnglcterre n'abusèrent personne jusqu'à la restauration. Ce fut seiiif'ment à partir âv cette époque que les diverses puissances s'en«agèrent , par traités particuliers , avec^es réserves plus 00 moins grondes, dans ceM qui abolissait le trafic des noirs.

En 1814, Louis XVilI conclut avec l'Angleterre un traité répressif de la tnite« avec résem pour la Franee do la continuer encore pendant cinq ans, sous prétexte d'approvisionner ses colomes, qui n'avaient pu se pourvoir <f esdavss pendant la fuerre. Bonaparte, à son retour de l'île d'Elbe, supprima la traite sans restriction, le 29 mavs 1815, et Louis XVIII renouvela l'aho- UiioQ sans réserve et pour toujours, par un article sapplémentaire an tnilé

CDJOjclu Vkmfi^Uifn^ Jfi 20 mars travail I» cann^ à «iGK | ct r^^artis

1815, ct par une onjQnnancp du 8 jan- ainsi :

vier 1817, uu'une loi vint ronlirm^r le Martinicjne ît.«43

1^ ayril mf^ p^pmce terp,)^, la traite '5:^;:

ne continue pa$ iî?i>ins d'exister; et en ^ ifjïja* ce moment m^ipe, en dépit .des croi- j^a moyenne de la diminution par afsière? , d^^. négriers pntre/^J epcore de franchissement et «|it^ ffi^u^ 4^ temps t«n|Mf 4aD8 tes «^QHiS 1^9^ 2,882 par apnée. «^"^ g"oles. . . ■ . „ L'sicédant des décès sur les nais- Nous n'entreprendrons pomt icj l ana- sances dans la population esclave s'est lue 4e tAUt.es leg |ois flue la Frappe ^ ^^^^ ,33^^ ^^^^ différo^f^si»d^Dii^ I SfS isplonies pour la rtoU- i^^^^ 3^3^ nombres suivants :

risation et la meilleure admmistration MMtmtw ?f6

des esclaves. Qu'il nous suffise de dire fipodeittape*'/.".'/.'//.'.'*.','*'. «6

que ces lois furent presque toujours éuiane... , 33»

considi^ées par les maîtres comme no» BowbM .

avenues, !et que, jusqu'en 1830, les co-

Ions ne suivirent jamais que leurs c^- Nous reviendrons, avant de limr, sur prjces. A part/r de jcette époque, les un point qui nous semMe assec fmporbis 4# la inétropple commencèrent è ^nt. Nous voulons parler de ropmion 5rc ex^utées dans les colonies. X^es qui attribue n l' An^îleterre l'initiative affranchissements y étaient autrefois et tout le mérite dans les mesures qui soumis à des droits excessifs , et envi- ont ^é prises pour amener, dans les coronnés d'entrayes; la loi dq 24 avril lonies, l'abolition de Tesclavage dep 1833 aMit les distinctions que la légi?- nègres. En effet , on a souvent dit , dans lation coloniale avait établies entre les ces derniers temps, qu'aux Anglais reblancs et les gens de couleur. Une i?r- venait tout entière la gloire de Temandonnance du 4 août de la mém ^nnée cipation qui se préparait. Cette opimon régla le recensement des escjavcs; une a été adoptée par quelques-uns de nos autre du 29 août 1836 prononça l'af- publicistes, et s'est reproduite aussi franchissement .des esclaves amenés de$ dans différent^ rapports oui ont ete colonif^ en France ; enfin , unie troi- soumis à la chambre des députés. Ne Sième ordonnance, aussi du 99 aow douons point, n'evaltons pomtl Ang e- 183G . ré-la les difficultés relatives niix terre en rabaissant la France. L'Anglenoms et p^'rénoms à donner aux esclaves terre, il est vrai, dès l'année 180J, a gffranciji^. D" autres Lois et ordonnances proclamé le principe de Témancipatioii ; <miiauù^i^^ maîl^ d*lntéjret mais, douze ans auparavant, la Con-

vention avait affranchi les noirs aux co-

Maluréla loi sur le recensement des loni.es. Les mesures de la république

esclaves, les maîtres §,e prétenf de mau- française , dira-t-on , ont été désastreu-

yaise grâce à ToxéeiïMQO de cette me- ses : c'est vrai; mais l'Angleterre a-t-elle

sure. Void pourtant l'état de la popula- adopté des mesures plus sages? C'est ce

tion esclave des colonies, tel qu'il nous que ne nous a point démontre spo «ys-

apparaît d'après les dnaujnents )9)iiciel§ tème de l'apprentissage. Mauvaise mc-

déia89: <roi^ pour mauvaise mesure, il faut

■-, .*. dire, a la gloire de la France, qu'elle

ci'ÎZiïWîi^Â;»^^ K n'a devancée par aucune autre na-

OoîilS^.T.^ÎÎTÎ!*....!^ ÎS..ÎO tion dans la pensée d'affranchir |«s es-

* claves; les discussions sérieuses de

as.i.çiJâ ■ l'Angleterre , relativement à l'abolition

Nous ne comprenons pas, dans cet de l'esclavage, le bill d'émancipation,

état, les colonies du Sénégal, qui n'ont sont bien postérieurs aux décrets de la

qii*une population flottante. 'De ces Convention. S'il était vrai d'ailleurs

255,938 esclaves, 100,076 sont em- que, parmi les colonies anglaises , les

ploy^9 sur les lud^t^tions rurales ^ au plus aj^tes à recevoir la libei^ , 8aiDte-

4S6 BBOUâTAfiB UUNIVEBS. B8C0»nT£

Lucie par exemple , fussent les colo- ' nies d'andeime domination française ,

ce serait encore un grand argument en faveur de notre nation , qui , inaliiré le code noir, a su bien mieux préparer les esela?e8 à la liberté que le bill d'émancipation venu de l'Angleterre, que le système de l'apprentissage (*).

Aujourd'hui , dans la question de l'esclavage des noirs, les nations européennes ne sauraient reculer sans honte.

Elles ont proclamé trop souvent que cet esclavage, au sein d'une société policée et chrétienne , était un feit monstrueui , et qa*il fallait se hâter de réparer cette grande injustice des temps modernes. Toutefois, dans les mesures que l'on doit prendre , il ne doit y avoir rien de prématuré, rien d'imprévu. Il faut amener à distance l'abolition de l'esclavage, et préparer avant tout,

ijar des mesures prudentes , l'esclave à a liberté, n faut constituer l'homme moralement , avant de le constituer civilement. La religion, rinstriiction primaire, la vie de famille, tels sont les moyens qui doivent préparer Témancipation des noirs. Ce n est point tout encore; il faut reconnaître, assurer à l'esclave une propriété, un pécule i mais, afin que rien ne reste exposé au mauvais vouloir des individus, à l'arbitrairp, il faut une intervention active et puissante, celle de TÉtat, qui surveillera l'exécution des plans adoptés, et contribuera de tout son pouvoir à amener l'accomplissement deOnitif de la grande réforme : c'est ainsi que la loi du 24 afril 1888, qui a proclamé l'é^^Iité des noirs et des blancs, ne sera plus UlnfloireC*).

(*) Tey. le National du 28 juillet x83S.

(*•) Chose singulière! les An{;lais, ces amis ardents des noirs, ont toujours traité leurs esdaves des colonies av«; Ta plus épouvantable rigueur ; bien difTérents en cela des Français , des Espapnoh surtout , qui ont souvent adouci pour leurs nègres des Antilles tous les maux de l'esclavage, k Les Espagnols, dit M. de Tocqueville, qui se sont montrés si cruels envers les Indiens, ont toujours conduit les nègres avec one humanité singulière. Dans leurs colonies, le noir a été beaucoup plus près du blanc que dans les autres, et l'aulurtté du maître y a souvent ressemblé à celle du père de famille. » (Toyes Rapport fût h

Escompte (caisse d'), c'est le nom sous lequel on désigna Tune des institutions financières les plus sages du ministère de Turgot. Dès le temps de l'abbé Terray, il avait été question d'établir une caisse d'escompte ; mais le contrôleur général , avec sa légèreté ordinaire, avait définitivement rejeté cette idée.

Turgot en proposa la réalisation , et fiit assez heureux pour obtenir Tassentiment du chancelier Maurepas. Un arrêt du conseil , portant la date du 24 mars 1776, autorisa la formation d'une caisse d'escompte, et en prescrivit les opérations et le régime. Le nouvel établissement , qui avait principalement pour objet d'escompter à quatre pour cent les lettres de change , et de réduire au même intérêt le taux commun de l'escompte, facilita beaucoup los transactions du commerce , auquel il rendit de grands services.

Cette institutjon avait neuf années d'existence, lorsqu'une mesure déplorable du ministre Galonné porta un coup funeste à son crédit et a sa prospérité. En 1785, un emprunt de soixante et dix millions fut demandé et imposé à la caisse d'escompte, à titre de eautionnement. Il n'en fallut pas davantage pour répandre de vives alarmes sur la solidité de l'établissement, et pour faire perdre à ses actions beaucoup de leur valeur primitive. Cependant la caisse continua ses opérations , et traversa même les premières années de la révolution. La Convention nationale l'enveloppa dans la destruction de toutes les compagnies financières, dont elle prononça la suppression par son décret du 21 noùt 1793; et sept coiTJmissaires, . auxquels on adjoignit M. Laffon-Ladebat , furent charges d'en suivre la liquidation. Ainsi finit cet établissement si utile, qu'on aurait mieux fait de reconstituer sur de plus larges .bases, et dont Tabolition occasionna à ses seuls actionnaires une perte d'environ quatre-vingt-dix-millions. (Voy. COMPTOIB s'escompte.)

EsGOFBTTB, noDi d*une ancienne

la chambre des députés sur la proposition de M. de Trary relative aux esclaves noirs, p. 17.) Ou peut porter à peu près le même jugement sur la conduite «s colons français.

KSCOVSLAC FRANGE. BScboBLEAif

arme à feu portative; on en complaît d<^ espèces: la f;rande et la petite.

G^te dernière sorte d'arquebuse, en

usage sous le règne de Henri ÏV, prit , un peu plus tard , après avoir reçu quelques perfectionnements , le nom de carabine. L'autre avait beaucoup de ressemblance avec le tromblon , qui paraît lui avoir succédé : elle se portait en bandoulière , et on ne cessa de l'employer dans les armées qu'au commencement du règne de Louis XV.

KscoKAiLLF.s , nom sous lequel la seigneurie de Boulian, en Bourgogne, fut érigée en marquisat en 1710. C*eat aujourd'hui une commune du d^rtement de Saône-et- Loire.

Escouade, subdivision d'une compagnie d'infanterie ou d'un escadron de cavalerie, dont l'usagfi remonte au règne de François L'. Aujourd'hui chaque compagnie d'infanterie est partagée, pour les détails et le service journalier et intérieur, en deux sections; chaque section en deux demi -sections; chaque demi-section en deux escouades, ce qui fait huit escouades par compagnie. Chaque escouade est commandée par un caporal. L'escadron de cavalerie est partagé en deux j^elotons, dont chacun forme deux sections ; enfin chaque seo lion forme quatre escouades, ce qui fait seize escouades par escadron. Chauue escouade de cavalerie est comni.m- ' née par un brigadier, excepté les 2% 4*^, 14* et le*', qui , en temps de paix , n*ont pas de brigadiers. TiOrsqu'en temps de guerre, le nombre de ces sous officiers est porté à seize, et celui des marécbaui des lo^îs à quatre , chaque maréchal des logis commande une section, et toutes les escouades ont un brigadier.

La force de chaque escouade est toujours proportionnée à l'effectif de la compagnie ou de l'escadron.

E^couBLAC , bcurg du département de la Loire-Inférieure, arrondissement de Snven iv, Icquet n'a de remarquable que d'avoir remplncé un village de même nom, situé à un kilomètre, et enseveli sous les sables de l'Océan au milieu du siècle dernier. Il y a quelques années , on apercevait encore la flèche du clocher du village englouti; mais aujourd'hui les sables ont tout recouvert.

On compte, à Escoublac, J,100 ba- Wtànts.

EscoDBLEAi) (maison d*).~ Cette

famille , originaire du Poitou , remonte à Hanjroi d^Escoubleau, mii vivait en 1224. Le fils de celui-ci , Pierre , seigneur de Sourdis, prêta foi et hommage en 1285. Ses descendants possédaient encore, au dix-huitième siècle, la terre de Sourdis et le fief d'Escoubleau ou Escoublac. (Voyez l'article précédent) Les plus illustres des membres de cette famille, François et Henri d'Escoubleau, archevêques de Bordeaux, étaient issus d'une branche cadette, ' celle des marquis d'Aliuve, dont l'origine ne datait que du quinzième siècle.

François, cardinal de Sourdis, né ▼ers 1570, était le second fils de Fraqois d'Escoubleau, seigîieur de Pui , 'Aunau et de Montdoubleau , marquis d'AUuye et de Sourdis, et d'Isabelle Babou, de la Bourdaisière , tante de la belle Gahrielle d'Estrées. Ce fut au crédit de la favorite que la famille entière dut son élévation -, elle avait jusque-là vécu assez obscurément en jjrovince. Le jeune François, qui avait existé quelque temps dans le monde sous le nom de la Chapelle -Bertrand, entra brusquement dans les ordres, et devint archevêque de Bordeaux. Sur les vives sollicitations (le Henri IV, il obtint, en . même temps que le célèbre d'Ossat, le chapeau de cardinal en là98.

Il montra peu de sagesse dans l'administration de son diocèse , et eut de vifs démêlés avec son chapitre et avec le parlement. Un acte de violence qu'il commit en 1615 , pendant que Louis XIII était à Bordeaux avec la reine mère, le fit même interdire par le pape, et exiler, jpar le roi., loin de sa métropole. Le parlement de Bordeaux avait voulu profiter de la présence du roi , qui devait donner plus de solennité et de force à ses arrêts, pour procéder cojitre plusieurs gentilshommes de la Guienne, qui volaient les marchands sur les chemins, et se retiraient ensuite dans des lieux fortifiés , d'où ils bravaient et battaient les brigades réunies que la justice envoyait fréquemment contre eux.

Un gentilhomme du Quercy, nommé Antoine Castaguet, sieur de Uaut-Castel , ébdt de ce nombre. Convaincu de

46S UiC0U«U4|r L'P^Vj^i^* XS|;i»ui»LMU

crimes énormes, il fat condamné à avoif la téte tranchée. T.e cardinal et le marécbai de RoqueUure s'intére^saiciU vivement k ce seéléral; ils MlliplèriNil ^ obtinrent sa grâce aiJ{)rès de Uwis ; mois le parlement remontra à ce prince l'éuonnite du crime et le jdanger de riniponitéi'et le roi, mieux instruit, révoqua la grflce. I/arrét allait être eyé» cuté; mais les protecteur^ du criminel comjM>sére;it avec le bourreau, et i# firent disparaître : V9féçutiq^ -fut retardée et remise au lendfînaia. Aussitôt le cardinal de Sourdis, aee.ompagné d'une cinquantaine de gentiishon^jnes qui lui sont dévoués, se rend à U prison , fait enfoneer une jvemiàriB pam à coups de marteau , f^il massacrer le geôlier par un gentilhomme, nommé Àlouiin Darnac, tire le noble scélérat de sa prison, le fait monter dans son carrosse, et le eor}diiit en triomphe à sa maison de campagne. Cependant , quelques semaines après , ces condamnations furent révoquées ;' et , dès lors, le cardinw sembla niienx comprendre les fonctions de son ministère pastoral. Ce fut lui qui célébra dan^ ipn t'élise, le 16 octobre 1615 , le msriage d'Élisabetb d^ P'rance avec Philippe, depuis roi d'Espagne. Il présida ensuite diverses assemblées du cierge, cuuvpqji^a un coQ" cîle provincial en 1694 , et y rendilt niai actes qui prouvent son zèle pour la discipline ecclésiasti(jiip. Il motinit à Cordeaux en 1628. Auguste de Tiiou, $pn parent, dans nne lettre 9ifnw^ 9U si?ur de Boissise, t^-mn^t^g pouf ^ fort peu d'estime.

henri d^Escjauhleem f né en ^94, était le troisième frère de François, u fut choisi, à Tâge de dix-huit ans, petir succéder à son oncle paternel Ileori, comme curé de Maillezais, puis sacré évéque par son fîière, à Paris, en )|S23, Après la mort du cardinal de Souxdia»

il reçut, en 1629, le bref qui lui conféra la dignité d archevéqucde Bordeauxr Fort avant dans Tintimité de Richelieu, dont il avait pendant quelque temps

Î|0uverné la maison, Sourdis était à la ois prêtre et guerrier. 11 avait accompagné Louis XIII au siège de la B-Ocbelle , oLi il eut l'intendance de Tartillerie et la direction des vivres. Il le suivit ensuite eji^ (>i^moDt, ^t i| f^^iit

du roi, lors de la prise de Suze, la mifsion d extirper l'hérésie et de relever la

religion cat))oliqu6 4ans la vglléç 4^ Pragell^,

Enfia, en IG.33, il fut admis, avecl4p

cardinaux de Richelieu et de la Valette, et les arclievéqu^s de Xiarbonpe çt de Paris, au nombra des opnmiaiidawrf^ ecclésiastiques de la milice du Sainl»

Esprit. Ce fut cette année même que raxcbev^ue, non moins ferme et non moins résolu qge son frère, fut amené à donner au royaume le scandale d<B fâcheux débats avec le duc rrÈpemODg alors gouverneur de Gliienne.

L'ajicien mignon de Uenri III , biej9 au'âgé de quatre»vingt8 ans au monenl ne cette lutte, avait encore la turbulence et l'orgueil de sa jeunesse. En cpnfîant Tarclievéché de Bordeaux à un homme énergique, Richelieu avaiî voulu opposer un contre-poids à l'autorité du vieux duc, qui, de son côté, devait voir avec dépifiisir ^r ce siège une créature de son ennemi. Déjà la 4Uh corde était flagrante entre les deux personnaces , quand d'I^Lpernon l'aviva par des mesures graves, ht 29 octobre, il fit occuper les avenuei4e Tarcheviécha par des hommes arniés , et envoya un de ses officiers qtu' , par de grossières ïpenaces, contraignit le prélat, revêtu de ses ornements pontificaux , à sortir (ie son carrosse. Le lendemain, une députation envoyée par le clergé, pour lui demander s'il désavouait celte conduite du lieuteoanl de ses gardes, fut reçue et congédiée fort brutalement.

Pour réparation du scandale, Tofiicier et ses soldats ûjrent excommuniés. I>àdessos, nouvelles violences et impi^és du duc et de, ses carabins excommuniés; enfin d'Épernon, suivi de ses gardes , marclia un jour au-devant de M.

Sourdis, le bâton haut et le chapeau sur la téte, puis, avec force injures, lui donna des coups de poinj; dans l'estoii^ac et dans la iigure, lui arracba sou chapeau qu*il foula sinf pieds , dt finit par le frapper de son bâton.

Après cette scèjje inouïe, le prélat déclara au peuple l'excommunication du duc et de ses complices , et Tinterdiction de toutes les églises de la ville à la réserve de la chapelle du parlejncnt,

en fepmmmm iSfi i'^wipw m

cour lui avait toujours prêté coatcc •on ennemi.

Cette querelle répandit In ronsternation à Bordeaux. La cour sVn émut vivement; tout le royiiunie 4în fut prcoC' €upé. EnHn le mariage lia dne de la Valette , Ois de d'Épernon , avec une parente de Riclieiieu, rendit ce dernier plus favorable à l'ddvergaire de 1 archevéqve, eitVMàm^Brrmfm mojrennaiiC quelques actes de soumission chrétienne bien mortifiants pour le tier et fouueuK vieillard , Jadis ennemi redouta>le et ndoaté de deux roit. (Voyez

«PBBNON.)

La guerre avant été déclarée à l'Ks-

Sagne, k IS avril 1636, l'archev^jue e Bordeaux Itit nommé dief des con*

«eils du roi en Tarmée navale, près du sieur d'Harcourt, et directeur général du matériel de i'armée. Revêtu d'une autorité anssi étendue, M. de Bordeaux <oe sembleni presque incroyable) fit preuve d'un sens stratégique fort droit, d'une rare intelligence pour les opérations navales, d'une activité et d'un ( ' irage militaire fort remarqnaUes.

Ceci recs'->rt aussi bien de l'examen de sa correspondance, qui expose les événements les plus importaiKs de l iu^itoire maritime de la France , de 1086 è t64l (*) , que des faits accomplis sous ses ordres. Sans doute ses stieees furent mêlés de revers; non esprit inquiet, irrital)le et jaloux , entrava ta réussit» de filusieurs projets; mais la prise d<s îles Saijite-Marguerite , la descente d'Oristao, te combat de Gattan , etc., feront oublier les mativals succès du aeoovrs de Parme et la défiiite devant Tarragone, défaite qui, en apparence du moins, c^usa la di&grace de rarchcvé^ ^fse»

Pour obtenfr d'heureux résultats dans son expédition , le cardinal de Sourdis avait eu à surmonter, à braver de fréquents oonflile de jôridictMm on do

pouvoir, des rébellions, 4es menaces de

tonte nature. De sourdes intriîrues hâtèrent sa chute. On commença contre

f*) Celte correspondance iail partie de la ISMiMtioades doriimenls inédite de I*histoiN de France, publiée par le ministère de l'instruction publique. L'éditeur «st Ë. Sue, daMMdii^BSHmwviMaiiiBiHip pro« filé poor est ailid4

lui une instruction fondée sur dies imMÉiesdont la lecture des pièces prou?o

ie peu de solidité. Mais la mort de Rjf ehelieii (4 décembre 1642} mit fin à c^ persécutions. Le prélat retourna daQf son diocèse , d'où il no sortit que pour venir présider à Paris F issrmbléc du clergé de France. Il mourut le 18 juig ]64à, au bourg d'Auteuil» prés 4^ Parif. Son corps fut transporté dani la nMr pelle du rli,lterui de ses pères, à Joui.

Charles clEscoubleau, frère aîné des deux précédenu , fut maréciiai àçs «amps et armées do rtii , ^nveraeur l'Orléanais , du pays Chartrain et di^ Blaisois, et mourut en ItitiC. Son fi^ frmiçQis, dit le c/ieva(ier 4^ Soi^rcUs, ne laissa (fu'une fille qui 1^ mariée i un Colbert.

Une autre branche cadette de cette familiea produit des seigneurs de Cqut^ try^ comteâ de Smtrdtt, ete.

ËscHEBiEU (P), pagus ScribiuSf aar cien eanton de l'Artois, dont les pn'n» cipaies localités étaient : Flers-^n-'^ft^ ernhieu, aujourd'hui dansle département du iXord ; HamoiSy LoisoUy din, Hcnn 'm-liéiard tt LorgîeSy daOi le déparlemeut du Pas-de-Calais.

EaCUALDUNAC OU ESKALDOUNAC ,

iCesi le nom que les Basques se donnée^ dans leur langue, laquelle est elle même désignée par eux sous celui ù Luskarctf Jf^scuara ou flascouara. Aux ouvra/i^es qui traitent de cette langue, et que nous avons indiqués à rarficle Basques, on [mut ajouter le Manuel de la langue ^sque» pLU)lié à Toulouse , 1826, in-â", par II. Fbeury TÉdusoj Ja Grammatic9 escouaraz eta francesiez d'Harriet, Bayonne, 17 tl , in 12; enfin , les deux ouvrages de Larrumeudj, intitules : El impossibile vettcido : ofie 4$ Um langua basœngada y Sal imanque, 1729, in S"; et Diccionarh) (rilbigne del castellanOj ba&cmn^ et' latin, 2 vol. ijj-foiio, ]Le plus aiKsien livre publié en langue basque, est un Nouveau Testament y imprimé a la Hof'helle , eo ^^l\^^tU](^^ de Jeanne d Albret.

Il existe deux bistoinf des natioqs basques : l'uttc est en espagool , et i;i été imprimée à Aucb en I8f8; l'outre en français , et dout l'auteur est ie cbevalier «M pda (yoy^z mm ) , lest restai manoaorittt. iîWMiB oiUo-ci qw0 19 M-

480 ' »»1IA»]> LUNIVERS,

BSN ES

nédictin Sanadon a extrait les matériaux de -son ouvrage intitolé : £uai

sur la noblesse des Basques y pour servir d'introduction à l histoire de ces peuples. Un chapitre de YUi^toire de la Gaule mériâUmale, de M. Fauriet (t. II, p. 337-374), rst consacré à l'histoire de la Vasconie indépendante; ce n'est pas une des parties les moins curieuses de ce savant ouvrage.

EsGLANDES, village de l'ancienne Normandie, aujourd'hui dn département de la Manche, arrondissement de Saint* Ld, dont il est fait mention, dans un acte de 1026, parmi les terres que le duc Richard III donna en dot à Adèle, fille du roi Robert, laquelle fut plus tard belle-mère de Guillaume te Conqoé-* rant.

Esi.TNGEN (combat d'). Les Autrichiens, hattant en retraite devant l'ar- ' mée de Rhin-et-MoselIe (juillet 1796), tentèrent de s*arréter quelque temps sur le IS'pcker pour faire défiler leurs équipages ; ils s étaient, en conséquence, rasseroolés sur les hauteurs de Canstadt et de Feldbadi, dans une excellente position. Une grosse avant-garde coiivrnit Eslingen. L'archiduc était près de voir son armée grossie par le corps du général Starray, forcé d'abandonner la vallée de la kintzig. Moreau voulut attaquer Tennemi dans sa position entre Canstadt et Eslingen, et fit attaquer le 31 juillet 1796. Lm Autrichiens se défendirent avec opinifitreté ; mais l'attaque des Français , conduits par le général Laborde , fut si bien soutenue et si bien dirigée, que, malgré la supério* rité du nombre , renneriii plia ; il y perdit 800 hommes. En même temps le général Taponnier s'empara de Omstadt , et y fit 800 prisonniers. Les Autrichiens furent obligés de repasser te Kecker.

ËSM ALLE VILLE OU ESMAKVILLB ,

nom sous lequel les seigneuries de Fréville et Carville, en Normandie, furent érigées en marquisat en t725. C'est aujourd'hui une commune du département de la Seine-Inférieure.

EsMBNABD (Joseph- Alphonse), né à Pélissane, en Provence, en 1769, d'une famille ancienne et considérée , manifesta de boni» heure le goût des lettres et des voyages. Il s*embaiqua pour TA-

mérique au sortir du collège , et en re- Tint avec des vers et des projets de

poèmes qui lui valurent les encouragements de Marmontel. La révolution avant éclaté, il adopta les opinions du club des Feuillants, et émigra en 1799. Après avoir parcourti l'Angleterre, la Hollande et rAllemagne , il rentra en France en 1799, et s'attacha augouver- « nement de Bonaparte , qui le nomma chef du bureau des théâtres. Quelque temps après , il abandonna cette place pour suivre le général Lecierc dans son expédition de Saint-Domingue.

G^est à son retour, en 1805, ^uMl publia son poème de la navigation. S'il avait suffi, pour faire un bon poème sur ce sujet, d*avoir beattconp navigué, rouvn^e d*Esmenard eOt été excellent. , Mais quoique l'auteur ne manquât pas d'imagination, et qu'il eût sans doute été sensible aux grands spectacles quMl avait pu contempler, il n'avait point de verve ni de feu poétique, et ne fit que de beaux vers pompeusement descriptifs et correctement ennuyeux. Cependant cette productron était dans le goût du temps, et Esmenard prit une place distinguée parmi les littérateurs de l'Empire. Comme la plupart de ses confrères, il mit sa muse au service du maître, et ne fut bientôt plus occupé qu'a rimer des pièces de circonstances.

Tel fut le Triomphe de Traja?i, opéra lyrique, représenté en 1808. Aussi le poëte se vit-il bientôt comblé des faveurs impériales. Mais il fut un triste exem-

t)le de la fragilité des fortunes dues à a faveur d*un maître absolu. Une satire contre l'ambassade de Russie, mal à propos insérée dans les Débats, contraria vivement l'empereur, qui, aussitôt, sacrifia sans pitié à sa politique celui qui avait chanté tant d'hymnes à sa louange. Esmenard fut exilé, et se retira en Italie. Ayant obtenu, quelque temps après , la permission de faire un voyage en France, il partit de Naples : 1 mais sa voiture ayant été entraînée sur une descente rapide, près de Foudi, et roulant vers un précipice, il s^élanca pour se soustraire au danger , et alla tomber violemment SUT un rocher où il se brisa la tête.

ËSJNES, ancienne seigneurie-pairie du Cambresis, atyourd'hui du département

SSPAGNB

BSI^AAMB 461

du Nord, érigée en baronnie en 1650.

EsNEVAL, ancienne baronnie de Normandie, auj. du dép. de la Seine-Inférieure , à laquelle était attaché le titre de yideam de Normandie.

Espadon, aussi appelé spada ou espada , arme offensive et d'escrime en usage dans le moyen âge. C'était une grande, longue et lourde épée dont on se servait à deux mains , et avec laquelle on frappait en tout sens. La lame en était large, tranchante des deux côtés, et montée sur une garde destinée à préserver la mnin des coups de l'adversaire. On trouve au musée d'artillerie, à Paris, diverses espèces d'espudon.

EspAGNAc ( Jean -Baptiste - Joseph Damazit de Sahuguet, baron d') , lieutenant général , gouverneur de l'hotel des Invalides , né à Brive la Gaillarde en 1718, mort à Paris en 1788, s'était signalé à la prise de Prague en 1741 , dans la guerre de Bavière en 1742 et 1743, à la bataille deRaucoux, sous le ' maréchal deSaxe, en 1745, et dans plusieurs autres circonstances. Il a laissé des ouvrages estimés de tous ceux qui • s'occupent de stratégie , savoir : Jourmai hutorigtte des campagnes du roi en 1743, 1748, la Haye , 4 vol. in-S"; Essai sur la science de la guerre, 1751, 3 vol. in-8** ; Essai sur les grandes opérations de la auerre , 1753 , 4 vol. in-8*» , suite de rouvrage précétient; Supplémeiit aux Rêveries du maréchal de Saxe, Paris, 1757, in-12; et l'Histoire de ce maréchal, 3 vol. in-4°, avec les plans des batailles.

Espagne (guerres d'). Deux races occupaient originairement le sol de la Gaule, les Celtes on Galis , tonds j^riiicipal de la population , et les Ibères, répandus dans le Midi. Les Gnlls, dans une haute antiquité , refoulèrent les Ibères vers les Pyrénées , et les poursuivirent jusqu'en Espagne. (Voy. Tarticle suivant).

Vers 408 , le Breton Constantin , devenu empereur des Gaules , songea à réunir l*Es{)agne à son empire. Son fils Constant , à la téte d'une armée gauloise , s'ouvrit un passage à travers les Pyrénées, délit les troupes romaines et les montagnards indigènes qui voulurent Tarréter, poursuivit ses adversaire Jusqu'en Lu&itanie, où il ies tailla en piècesi

et soumit presque toute la péninsule

Ibérique. Mais sa conquête fut peu durable. L'année suivante, les Alains, les Suèves et les Vandales , trop resserrés par les autres hordes répandues dans la Gaule, franchirent à leur tour les Pyrénées, et forcèrent Constant d'évacuer le pays.

Au printemps de l'année 543 , les rois de Paris et de Soissons, Childebert et Clotaire , sans autres motifs que l'ennui de la uaix et leur ambition, marchèrent sur l'Espagne avec une formidable armée, lis traversèrent les Pyrénées sans presque rencontrer d'obstacles, prirent Pampelune, se répandirent dans la Tarragonalse, province qui comprenait plus de la moitié de l'Espagne actuelle , la ravagèrent en partie , et vinrent assiéger Saragosse. Cette ville, après une longue résistance, allait en6n capituler, quand arriva l'armée du roi des Visigoths, eonimandée parTIiéodiscle , oui livra bataille aux Franç^iis , et les défit complètement. Le gifineral ennemi , allant ensuite saisir les c<ols des Pyrénées par lesquels les deux rois pouvaient eftéctuer leur retraite , les mit dans Taltemative de se rendre ou de faire écraser le restant de leurs troupes. Toutefois, au moyen d'une forte somme d'argent, ils obtinrent en secret du Visigoth qu'il retirerait ses soldats de certains passages pendant un jour et une nuit. Ce marché s'exécuta ; mais les blessés, les malades , et toute Tarricre-

âarde française, qui ne purent |)ro(iter es vingt-quatre heures d^armistice, furent massacrés irnpitnyablement.

Vers 631. le roi Suintilla, qui, depuis six ans , gouvernait avec gloire les Vislgoths d'Espagne , voulut , au mépris de la loi qui reudait le trône électif, désigner un de ses lils i)our son successeur. Cette tentative lui aliéna le cœur du peuple et mécontenta les grands. Un d'eux , appelé Si.senand , riciie , brave , ambitieux, osa prétendre à la couronne, se créa des partisans , et vint à la cour de France solliciter l'appui du roi Dagobert. Séduit par de riches promesses, le roi Dagobert donna ordre à ses lieutenants, les ducs Vénérandus et Abundantius, qui commandaient dans le pays de Toulouse, de franchir sur-le-cbanip les Pyrénées. Au besoin , une année,

ÈSPàëÈÈ

ffn «'bocifpâ lié lë^Cr «ftËmgOenlé, devait sÈtrtre. Wdis , lorsque les deux chefs français se furent a vjtncés jusqu'à Saragossej Suintilla, effrayé de la nouvelle Qu'ils affectaient dé répandre

Qu'une armée de Bourguignons tenait errière eux , s'efrfbarqua pdvir VAftijque, et Sisenand fut proclamé rof. t)a- ^gobert reçut deux mille sous d'or pour pHx de*es secdurs.

Au mois dé rtrai 71S , l'émir Ibh-el- Arabi se présenta devant Charlemagne, tiui était a Paderborn , en Saxe. Il s'était révolté &ttiitii Ahdétaftit f*^ foi de Côrdoue, et venait implorer la profrcfron da roi français, et lui offrir l'homniage de plusieurs villes quMl possédait «tl Éspasne. Chérlés se hdta de Moatfier en Franre , ra^^sembla son armée à Casseneuil dans rAi;;énois , et partit de cette ville après avoir divisé ses troupes ért détix eofps. A la téte de Piin il tfaversa la Gascogne, et entra dans la ?îa- Varre : l'antre se dirigea sur ISarbonne, et entra par le RoussIUon. Les Pyrénées fùreM promptemeftf franebies; Pampelune, presque aussitôt prisequ*as- Sléi^éf, n'arrêta tjue peu dejoursia niardie des Français; fis passèrent l'Èbre, ét a'avaneèrerif en vaintfueurs jusqu'à Sara^osse, uhé des plus fortes places ^ue l'Espagne possédrit alors. Les deux corps d ariïiée se réunirent soUs les fnurS de tfette Hlle, qui tomlka Ifféiitét ëti leur pouvoîi'. Cbarlemagne, maître de la Navarre , de la Catalogne et de FAragon, reçut les otages d'Ib-el-Arabi, iTAboiitaker , et de plusieurs autres émirs , concilia leurs prétentions avec Celh's drs princes chrétiens, fixa leurs limites respectives, et, satisfait d'avoir ainsi élevé une barrière à ses États , contre les Sarrasins du Midi , il reprit le chemin de la France. Ce fut pendant le retour que l'illustre Holand, son neveu, qui commandait l arnère-garde ffan^se, mh |[Mir trahison , succomba avec tous les siens dans les défilés de Roticevaux. Mais le roi de France n en conserva pas moins toutes les provinm qifn venait de eoncpiérir au delà des Pyrénées.

Vers 705, les Maures ou Sarrasins firent irruptioo dans la contrée qu'on aptidait alors la Marche d^Espaene. Les comtes firan^ia ehaiiiéa de la défen-

êft s'éfToM^éif vafbéhtent de reôodaser les agresseurs. Ils fttrent botniè et contraints de se tetirar tred léura

troupes.

Deux ans après , en 797 , un émir , i:oinmé Zatoun , qui s'était ertiparé de Barrelonp , vint à Arx-Ia-Chapelle en faire honiina):e a Cli irlemagne et le reconnaître pour son souverain. Le roi de France , instruit oar sdo nodveaa vassal que l'instant était prO^Ice pour attaqiier les Sarrasins , Jivisés entre eux et inquiétés par les chrétiens des AstUries, ordonna à Lotifs, rtri d*Aquitaine* son fils aîné, de franchir les Pyrénées , de pénétrer en Espajine par 1 Aragon, et d'aller mettre le siège devafrt Haésea. On fie trouve dafts' les chroniqueurs anfuri détail sur cette expédition; on sait seulement qu'elle réussit, et gue Charlemagne devint dès lors la terreur de ristaiBjsttie et l'arbitre de la chrétienté.

En 802 , Charlemagne , par suite de la défection de ce Zatoun aui. quatre Mis aufiaravaîif , étaft ventf Hii jtirer foi et hOminage, envoya de nodveaU son fds Louis en Espagne', et ce prince mit le siège devant Barcelone. En vain le roi de Cordoue essaya-t-il dé seedtfrir les assiégés; en vain' soutinrent- ils , pendant plus d'un an, les horreurs de la plus cruelle famine, il leur fallut enfin ouvrir léurs portes. îmi» , tH Éé retirant, laissa dans la ville ufie forte garnison,

et un {Toirverneur pour v commander au nom de son pere. Il repassa encore les Pyrénées au printemps de l'année 80G , à la téte d'urie année noitibreuse. On le voit , en juin , se diriger par la route de Barcelone sur Saragosse et Tortose, chasser devant lui ou faire |>risonfiief tûtif ce c|n'tl rencontre sur Son passage, raser, pillt^r ou brûler les villes et les châteaux forts. Parvenu à Sainte-Colo.iibe, il partagea ses troupes, et tandis que, gardant avee Itii la divi* sloh la plus forte, il la menait vers Tortose , l'afitre , sous les ordres des comtes Isambart, Adhémar, Hurelle et Bera , franchit rËbre , mm loin dd lieu où la Cinéa vi' nt y réunir ses eaux, parcourut et ravagea tout le haut pays jusqu'à Villa Ruria, une des principales places des Matires , et , après une expéditioade vingt jeufs, rqoifutleeorpa

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1S»À«1IE FRAKCB^ UMPABnm 468

principal aver un immense butin. Louià, après avoir mis à feu et à s^ng les environs de Tortose , se dirigea vers la Havarre, et teniiiiia eelte gterieOM cainpngne par la prise de Pampelune.

Pendant les années 807, 808, 809 et 812 ) les Français eurent encore à laire la guerre en Èspagne pour y aMarer leurs conquêtes. Le résultat de ces diverses expéditions , marquées par des alternatives de succès et de revers , tut iTafiérinir entier les maine de Cbarl^ Boagoe, par un traité conclu avec les rots maures , la possession de la Navarre et il'une partie de la Catalogne, et de l'A-

S20 , sous le règne de Looia 1% nouvelle révolte des Maures , nouveau traité, mais presque aussitôt rompu « car, dès 832 , les hostilités raeDmmenoèrent. Après.deux ans de cambatat les troupes françaises étaient parvenues à repousser Tenn^mi par delà la Sègre, maia kt& Maures étaient maîtres de Barœlone , et avaient à leur téte un chef capable, nommé Inigo Ai ista, qui commençait à jeter les fondements du royaume de Navarre. En 824 , Louis, pour arrêter lea progrès de la rébeiliod, envoya des forces considérables sous les ordres des comtes Ehie et Asenaire. Ils s'emparèrent de Pampelune , et rétablirent momentanément la paix ; maiSf lors ûp leur retour en France, les troupes françaises furent surprises dans les Py réuées par les gens du pays, et taillées en pièees. L'aqneesuivantef la défection d'Aizon , un des principaux seigneurs de la Marche espagnole , augmenta encore les embarras du monarque français dans cette partie de son empire, k fa suite de quelques démêlés qu'il eut avec Bernard , principal ministre dé Louis, Aizon ût soulever la ville d'Ausonne , prit et saccagea celle de Roda, et mit des garnisons maures dans tous les châteaux du pays dont il put se rendre maître, grâce aux secours d'Abdefame, roi die Cordoue. Louis envoya d*abord contre Ai/on un corps dé troupes dont Bernard prit le commandement, et bientôt après, comme ce seignêur ne résistait qu'avec peine aux efforts de ses adversaires, donna ordre à Pépin, roi d'Aquitaine, son deuxième fils, de passer iui - même en £spague

avèc une arrméc nombreuse; mais la marche de ces nouvelles troupes éprouva divers retards, dont AizoU et ses alliés pro6tèreat. Poussant les Français devant eux, ils ravagèrent la Marche d'Espagne, franchirent les Pyrénées, envahirent la beutimanie (Languedoc), et tevinreal , ma^ëét âe butin < occuper leurà positions derrière l'Èbre et la Sègre. Ainsi commençait , dès le premier successeur dé Char^emagne, le démcmbremènt de son nMe empire*

En 1258, Louis IX , à rocôàsion du mariage dè Philippe, son second fils, avec Isabelle, iiUe du roi d'Aragon, oonclM avee ee éef pier on traité par lequel il renonçait à ses âto\is sur la

Iinrtie de la Catalogne que les rois de a deuxième race avaient conquise sur teé Maures.

En 1274 , le roi de l^atrarre, Henri, fils de Thibaut (le Champagne, mourut 8 Pampelune , ne laissant qu une fille âgée de trois ans. Les rois de Castille et d'Aragon, qui avaient d'anciennes

f»réten lions sur la Navarre , formèrent 'un et l'autre un parti pour obtenir la régence de ce royaume et la tutelle de la jeune reine; mais la veuve de Henri, Blanciie d'Artois, nièce de Louis IX, vint avec sa fille Jeanne réclamer l'appui du roi de France, Philippe III , son oo«si«r. L*amiéo Mitante, Philippe envoya en Espagne, sous leSor(h c> d'Eustache de Beaumarchais , une armée de 2,000 hommes, qui imposa silence aux préteirtioiiB dei miix nvadt, et réintégra Blanche et sa fille dans tous leurs droits. Vers la même époque , l'infant de Castille , oui avait épousé Blanche df France, mi de saint Louis, mourut.

Il laissait deux ils, à Uatné desquels revenait légitimement la couronne, après la mort d'Alphonse X , leur aïeul ; mais leprinoe Saaebe, secoAd lUs du rfeux roi, àe fit, avec rassentiment de son père, déclarer héritier présojnptif. Révolté d'une injustice aussi criante, Phi- Hppe III passa loi - nHiiie les Pyrénéeé en 1976^ et fdisalt à faife triompher la eause de ses nevent.

En 1285, le pape Martin IV, pouf punir Pierre III, roi d'Aragon, d'avoir été le prbidpal insti^teur des vêpres siciliennes, et d'avoir ensuite

usurpé la couroime de IHaples et de dî*

m BSPAGNK LIINTVKRS. hSPAQHtL

cile, lança contre lui les foudres de l'figlise, et ûfl jijs;en son royaume à Charles, comte de Valois, deuxième (ils du roi de France Philippe III. Philippe se mit aussitôt en devoir d'aller appuyer, par la force des armes, la décision du pape. Il rassembla, au dire des historiens espagnols, une armée de 20,000 chevaux et de 8,000 hommes de pied, et une flotte de 120 navires; puis, accompagné de son ûls Charles, il partit de JNarbonne , où était le rendez-vous des troupes, et marclia sur le Roussillon. Perpignan et plusieurs autres villes ouvrirent leurs portes. La Catalogne fut envahie. L'armée aragonaîse se retira presque sans combattre , et tentes , bagages, munitions, vivres, tout tomba àu pouvoir des Français, qui allèrent mettre le siège devant Gironne. Cette ville, pour la défense de laquelle Pierre III semblait avoir réuni tous ses efforts , résista longtemps, mais capitula eniin. Le reste de là campagne fut moins heureux pour Philippe. Se croyant sijr du succÀ, il renvoya, par économie, les vaisseaux génois et pisans quMl avait à sa solde, et vit bientôt les siens , restés dans le

fiort de Roses, tomber au pouvoir de 'amiral aragonais T>auria. Cette perte arrêtant le transport des vivres, Philippe se hâta de réparer les murailles de Gironne, y laissa une bonne garnison, et repassa en France; mais cette place, ainsi que toutes celles qui avaient été conquises en Catalogne , n'atteadit pour se rendre que le départ de Tarmée française.

En 13G6 , Charles V, voulant délivrer ses États de la présence des grandes compagnies (on donnait ce nom à des .bandes d^aventuriers de toutes nations qui, depuis vingt-cinq ans, avaient été tantôt à la solde du roi de France, tantôt à celle des Anglais) , les envoya en Espagne, sous la conduite de du Guesclin , pour v seconder les efforts que Benri de Transtamare, bâtard d'Alphonse XI , tentait contre Pierre le Cruel son frère, roi de Castilte. Pierre régnait légitimement, m sa cruauté le rendait odieux à ses sujets , et Charles V partageait la haine des Castillans oontre lui, parce qu'il passait pour avoir été le meurtrier de Blanche de Bourbop sa femme, sœur de la reine

de France. Du Guesclin passa donc les Pyrénées , entra en Aragon, et contribua puissamment a établir Henri sur le trône de Pierre, qui se vit contraint de quitter l'Espagne. Il ne la quitta tontefois que pour se réfugier auprès d'T^douardlll, roi d'Angleterre, dont il obtint la protection. Bientôt, en effet, il revint en Castille avec une armée de 27,000 hommes, comnintuiée par le prince de Galles , Uls du monarque anglais. Sur ces entrefeites, les aventuriers qui formaient le corps de du Guesclin l'abandonnèrent pour passer dans le camp ennefui , et il lui fallut retourner en France pour y lever de nouvelle! troupes. Il en ramena 4,000 hommes, et prit avec eux une part glorieuse à la bataille que Transtamare livra, le 5 avril 1367 , au prince de Galles et à Pièrre le Cruel, entre Najara et Navarette, en Biscaye. Mais le chevalier breton et tes Français furent si mal soutenus par leurs confédérés, que la victoire se décida contre eux, et que, vers la fin (le Tactioti , Transtamare qui , personnellement, se comporta comme il le devait , fut obligé de fuir. Après le départ du prince , du Gueselin fit en* core, avec ses compaiinons , des prodiges de valeur. Adossé contre un mur et entouré d'ennemis, il nourfendait quiconque voulait Tapproctier. Forcé enfin de se rendre , il ne voulut remettre son ëpée qu'au prince de Galles en personne. Quelques mois après , rendu a la liberté moyennant une rançon qu*il fixa lui-même à 100,000 éeus , il repassa encore en Fronce, d'où il revint bientôt avec 2,000 hommes, et contribua puissamment au gain de la bataille de Montiel, livrée le 13 aoât 1368, dont le résultat fut d'établir définitivement Henri de Transtamare sur le trône de Castille.

Sous les règnes de Charles Vin, Louis XTI et François 1"^, les Français luttèrent encore contre les Espagnols , mais en Italie ; nous renvoyons donc à ce mot pour le détail des faits. Il nVst traité ici que des guerres avec l'Espagne, oui eurent pour théâtres l'Espagne même, les provinces espagnoles des Pays-Bas ou la France.

En 1595, Henri IV, la guerre civile éteinte, résolut de tourner Tardeur mi«

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ESPAGNE

FRAINCE.

ESPAGNE

litaire de la nation contre le roi d*Ks-

f>agne, Philippe II, qui avait fomenté Mncendie de la ligue, qui continuait de donner des secours à Mercœur en Bretagne, à Mnyenne en Bonrfîo^'rie , à d'Aumale en Picnnlie, à d'Épernon en Provence , et qui retenait encore sous fies lois plusieurs villes françaises. Il se porta d abord au-devant d'une armée espaij;nole qui , sous les ordres du connétable de Caslilie, marchait vers la Bourgogne , et , le 5 juin , rencontra l'arrière - garde ennemie à Fontaine- Française , près la petite ville de (iray. Quoiqu'il ne fût accompagné que ile 700 cnevaux , il remporta sur elle un avantage si marqué , que le connétable craignit d'en venir à une action générale, et rétrograda au plus vite. Le combat fiit aussi glorieux qu'une bataille rangée, aussi utile qu'une grande victoire, car toute la Bourgogne, excepté Châlon -sur- Saône , se soumit à Tautorité royale. Mais Henri IV ne pouvait être partout. En Picardie, ou les troupes de Philippe II tenaient les places de Ham, la Fére et Soissons, il avait opposé au général espagnol , comte de Fuentès, le maréchal dur de Bouillon, le comte de Saint-Paul et l'amiral Viliars-Brancas; ces trois capitaines eussent triomphé en agissant de concert , mais leur mésintelligence les lit battre près de Dourlens , dont Fiicutes .s'empara sous leurs yeux. La prise de Caïu- Lrai suivit celle de Dourlens. En 1596, les Espagnols enlevèrent encore Calais et Ardres. En 1597, Amiens tomba en leur pouvoir... Mais là s'arrêtèrent leurs succè.s. D'une part, Henri IV réduisit la Fére et Amiens; de l'autre^, d^Auraale, Mercœur, Mayenne et d'Épernon se soumirent , et , dès lors , la rause des Espagnols fut tellement compromise que Philippe II, vieux etinOrme, signa, en 1 598 , le traité de Vervins , et restitua sans indemnités toutes les places qu'il avait conquises en Picardie.

A partir de 1028 , la France est près» ae continuellement aux prises avec Espagne; mais , nous renfermant dans le cadre que nous avons indique plus haut , nous ne mentionnons ici que pour mémoire les expéditions dans la Valteline, en Piémont et dans l'État de Gênes (1624), en Savoie (1629-1G30),

T. Tii. «0** Livraison, ( Dict. knc

dans les Pays-Bas (1G35), et dans le Milanais (1630). Cette même année 1G36, Richelieu envoya le prince de Condé avec 15,000 hommes et trente pièces de canon assiéger Dôle , dans la Franche-Comté, province qui alors dépendait de PEspa^ne , et qui fournissait au duc de Lorraine révolté de l'argent et des soldats. Tandis que Condé poussait le siège aver- vigueur , une diversion puissante de rennemi l'obligea de diriger ses troupes sur un autre point. Les généraux Piccolomini et .Jean de Wert venaient d'entrer en Picardie avec 30,000 Espagnols; ils s'étaient emparés des places de la Capelle, le Gateiet , Coroie, et de plusieurs autres 'forts et châteaux , et n'étaient plus qu'à trente lieues de Paris. Les habitants des villes et des campagnes fuyaient; des chariots chargés de meubles et d*effets encombraient les routes; nn instant Richelieu Itii-méme parut céder à l'éuouvante générale, mais il ne tarda guère à se remettre, et prit les mesures les plus énergiques pour arrêter les progrès de l'ennemi. Son zele fut couronné d'un plein succès. A rapproche de Tannée française , forte de 5O,0oo hommes , et commandée par le duc d'Orléans , celle des Espagnols se retira précipitamment • derrière la Somme , et la Picardie rentra bientôt sous l'autorité royale. En Franche-Conrté , où Condé retourna après la soumission de la Picardie, la campagne s'acheva non moins heureusement: Tennemi fut rejeté au ddà da Rhin. Vers la même époque, une armée espagnole , aux ordres de l'amiral d'Aragon , franchissant les Pyrénées occidentales, se jeta en Gascogne, surprit Saint-Jean dé Luz et y mit le feu; mais battue en plusieurs rencontres par le duc d'Épernon , elle évacua bientôt la province. L'année suivante (1037), les Espagnols envahirent le Languedoc , et vinrent assiéger la petite ville de Leucate. Le duc d'iialluin, iils du maréchal de Schomberg, marcha contre eux avec 12,000 honnnes, les força dans lenrs retranchements, et les mit en déroute complète.

En 1638 , le prince de Condé , qui commandait sur la frontière d'Espagne, pénétra dans la Biscaye , et prit la petite place d'iruu , le fort du Figuier et.

etc.) 30

ie port du Passage , dans Ie()uel étafént

douze vaisseaux de guerre ennemis. Il alla ensuite assiéger Fontarabie ; mais bientôt attaqué dans ses lignes par les troupes espagnoles , sous tes orares de rnmirnl d Aragon et dti marouis d6 Moriara , il fut contraint de lever le siège et de repnsser Ta Bidassoa. La mémo année, l'archevêque de Bordeaux, Henri d'Escoubleau - Sourdis , prélat guerrier, qui commandait la flotte i'rnnçaise dans TOcéan , attaqua , à la iiauteur de Guetari sur la côte de Biscaye, une escadre espniînole forte de quatre gros vaisseaux ou galions et de quatre frégates, et remporta une victoire complète. Vers la même époque, le marquis de Pont-Coiirlai, qui croisait dans la Méditerranée avec quinze galères trnnçaises , battit un pareil nombre de galères espagnoles sur les cdtes de Gènes.

En 1639, les Espagnols envahirent le Roussillon, réduisirent la petite place de Salces , et battirent le maréchal de Bchomberg. Dans l'Artois , où ils avaient aussi pénétré, on leur reprit Hesdin. En 1640, on leur enleva, après neuf jours de siège , Arras , qu ils croyaient imprenable. En 1641 , ils per^ dirent, dans la même province, les pl.iops de la Bassée , de Lens et de Bapauine, mais celle d'Aire leur ouvrit ses

Sortes. Le 27 mars de la même année , [enride Sourdis captura cinq vaisseaux espagnols dans In baie de Roses.

Les Espagnols, qui, en 1641, avaient déjà perdu, dans le Roussillon , la place d'Elne, y perdirent encore, en 1642, Villofranche, Collioure, Perpignan, et furent expulsés de cette provinre. Pendant le même temps la Mothe-iloudanoourt avait battu en Catalogne 5,000 Espa* gnols auprès de Vais , et pris IMoncon en Aragon, Voulant , après avoir fdu le Roussillon , conserver du moins la Catalogne, l'Espagne fit assiéger, en octobre, la place de Lérida, dont les hnbitants avaient ouvert leurs portes aux Français. La Mothe-Houdancourt ▼ola an secours de la place, et, avec 12,000 hommes seulement , battit à plate couture l'armée ennemie qui en comptait plus de 25,000. La campagne de 1641 fut moins heureuse en Artois.

Les Espa;?noIs reprirent Lens le 19 «vril, Il Bassée le 19 mai, et, le^ du

mêmettiotâ, i-emportèréùt âAobrittànfe

victoire à Honnecourt

£n 1648, Tannée même de la mort de Loois Xin^ les Espagnols , croyant voir dans la minorité de son successeur

une occasion de prendre la France au dépourvu, Grent marcher, des frontières du Hainaut sur la Champagne, une armée de 26,000 boniines , ^ui , sous la conduite d'un vieux général expérimenté, don Francisco de Mello , alla assiéger Rocroi, Ils se flattaient, une fois maîtres de cette place , de pénétrer jusqu'à Paris ( comme ils avaient été sur le point de le faire en 163o ) , car la France n'avait a leur opposer qu^ne armée bien inférieure en nombre, et commandée par un jeune homme de vingt et un ans ; mais ce jeune homme était Henri de Bourbon, duc d'Enghien, plus tard prinoe de Condé ( son père ne mourut qu'en 1046 ) ; il devait mériter un jour le non) de Grand, et avait déjà le génie oui supplée à l'expérience. Le duc d*Engmen voia an secours de place assiégée, et gagna , le 20 mai, la fameuse bataille de Kocroi. L>i capitulation des places de Thion ville et de Sirk { aoât , 2 septembre ) termina cette glorieuse campagne.

Le maréchal de Riezé battit, le 3, la flotte espagnole à Carlhagène. Vers le même temps, le maréchal de la Molhe- Houdancourt remporta plusieurs a?an* tnfres en Catalogne: mais il ne put empêcher le roi d'Kspagne, qui vint assiéger Mouçon en personne , de reprendre cette place. L'année suivante, 1644 , il Se fît battre par don Philippe de Seh e, et ne put secourir Lérida. Balaguer tomba aussi au pouvoir des Espagnols.

Jusqu*en 1659, la ^erre continua resque sans interruption en Catalogne, .e comte d'Harcourt, Condé, le maréchal de Schoinberg et ie marquis de Mérinville y commandèrent successivement les troupes françaises; mais cette longue lutte ne fut qu'une alternative de petits succès et de petits revers, et se termina enfin par le traité des Pyré» nées, dont l'un des articles râlait le mariage de Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse. Pendant ce même période, le principal eflbrt de la France contre les Espagnols a pour théâtre la Flandre et l'Artois, où le duc d'Orléans,

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i^àlïlffe FRANCE. ssPA«flis

ftm éù ^ , fiempâré de A^rardines èn 1644 , de Mardick , Lcnk , Bourbourg, Béthnne, Cassel, Braire, Mervillp et Saint-Venant, en 1645; puis il laisse le commandenoent marà:haux Gassion et Raiitzau , qui , la même année, soumettent Lillers, la Mothe-aux-Bois, Armentières, Varneton , Comines , Marchiennes , le Pont h Vendin , Lens , Orchies, rÉcluae et Arlem. En 1646, le duc d'Orléans ouvre encore la campa- ETTie et réflnit ('mirfrnv. Condé lui succède et prend h'urnes, puis ( 7 octobre) Dunkerque, la cléf de la Flandre et du détroit. L'année suivante, les succès se balancent de part et d'autre; mais , en 1648 , Condé gagne In célèbre bataille de Lens. En 1649, tes Espagnols se rendent maîtres fi'Ypres et de Saint- Venant; les Frnnriis , de Valenricnncs et de Cambrai. Cependant ies troubles de la fronde Tiennent d^édater. Turenne, uni aux Espagnols, se fait battre, le 15 décembre 1G50, près de Réthei , pur Duplessis-Prasiin. En 1651, Bergues>Saint-Vlnox, TiHe de Lorraine, se rend à eux. En 1652, unis à Condé, ils reprennrnt Ciravelines, Dunkerque, Rétbel, Sainte-Mênehould et d'autres places; mais Turenne les leur enlève presque tontes Tannée suivante, et les taille en pièces sous les murs d'Arras, le 25 août 1()51. Kn 1055, Turenne continue de soujiiettre les places de la frontière du'Iford , encore occupées par les troupes espagnoles : le Que.siloi, Lnudrtties, Condé, Saint-Giulain tt le Catelet. La campagne de Flandre pendant lés années 1656 et 1657 fut sans résultats importants; mais, en IG.'iS, Turenne gagna près de Dunkerque, sur 1 armée espagnole, commandée par don Juan d*Aatmhe et par Condé, la fameuse bataille des Dunes, qui valut 5 ia France la paix des Pyrénées et la possession des places de Grardines , Landrecies , Thionville et Montmédy.

A la fin de Tannée 1665, le roi d'Espagne , Philippe IV, mourut, et sa couronne passa à Charles II, son fils, flgé de cinq ans , qu1l avait eu de son deuxième mariage. La santé de cet enfant était faible , et le gouvernement de la régente, Marie-Anne d'Autriclie, sa mère , amioficait peu de vigueur. Louis JEtY profita de ces draonitanoes pour

réclamer, en 1666, du chef de sa femMë,

les provinces espagnoles de Flandre, dft Brabnnt et de Franche-Comté. Il alléguait le droit de dévolution , alors en vigueur dans ces provinces , qui Voulait qUe la fille aînée succédiît de préféreooé au fils cadet. Or, Marie Thérèse, épouse de Louis XIV, était fille du premier lit de Philippe IV. Louis , en se mariant, avait, il est vrai, renoncé à la succession éventuelle de son benii-père , mais la dot de 100,000 t'eus de l'infante n'avait pas été payée. En 1667, il résolut d'appuyer ses prétentions par la force des armes , et dirii,'e.i ses premiers coups sur la Flandre. Ce fut plutôt une marche triomphale qu'une expédition militaire. «L'armée française, dit M. Michelet, dans son excellent Précis de r histoire de France^ entre sur le territoire ennemi dans toute la pompe du nouveau règne : Tàreone en téte , puis le roi , les ministres . les dames dans les carrosses dorés de la cour; puis Vauban, qui, à mesure qu'on avance, s'établit dans les places et les fortifie. La Flandre fiit prise en deux mois, et nous Pavons gardée. L'hiver même, quand on croyait la guerre suspendue, les troupes (janvier 1668) filent parla Champagne en Bourgogne , et tombent sur la Franche-Comté. L'Espagne ne s'attendait à rien. Les autorités du pays étaient achetées d'avance. Tout fut fini en dix-sept jours. La cour d'Espagne, indignée, arrivait au gouverneur que le roi de France aurait ûù envover ses laquais prendre possession de la province, plutôt que dy venir lui-même. »

A la vue de succès si rapides , la Hollande, l'Angleterre et la Suède s'allièrent pour défendre l'Espagne. Louis Xrv, pour conjurer l'orage , proposa la paix, qui fut si;:înée à Aix-la-C!japelle, le 2 mai. Il lui fallut se contenter de la Flandre française et rendre la Franche- Comté.

En 1674, lorsque toute TEurope»

liguée contre Louis XIV, l'obligea d'abandonner les places de Hollande, il

S rit ses dédommagements comme inaire, aux dépens de l'Espagne. Six semaines lui suffirent pour soumettre une seconde fois la Franche-Comte , qui depuis lurs est restée province française; Aux Pays-Bas, Gôôdé, avec

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45,000 hommes, gagna sur le prince de Lorraine, qui en avait 90,000, la furieuse bataille de Senef. En Rou&sillon, )e comte de Schomberg (depuis maré> chai ) déconcerta les projets des Espagnols sur Perpiiinan. Les campagnes de 1675, 1076, 1677 et 1678, qui ne furent pas moins glorieuses pour ta France, malgré la mort de Tu renne et In retraite de Condé, amenèrent le traité de Kimègue , dont un article assura à Louis XIV la possession de ta Francbe-Cointé et celle de seize places, dont voici tes noms : Valenciennes, Condé, Bouehain, Cambrai, Saint-Omer, Aire, Ypres, Menin, Warvicti, Warneton, Poperiogue , Bailleul , Casset , Bavai , Maubeuge et Charlernont. A ces dernières années se rapportent plusieurs faits mi- Utains qu'il ne fiint pas omettre. Dans le courant de 1675, Schomber<,' [>rit Fi* iinîères, Baseara et Belioi;ar(Je en Catalogne. Le 2 juin 1676, le maréchal de Vivonne, qui avait , le 25 mars , battu un corps de 7,000 Espagnols près de Messine , acheva de détruire la flotte de TEspagne dans la ISiéditerranée. En 1677, le maréchal de Travaille défit le

Sénéral espagnol , comte de Monterey, ans les plaines du Lampourdan.

Vers la fin de 1683, Louis XÎV, voyant que T Espagne n'exécutait pas divers articles du traité de Nimègue., lui déclara de nouveau la guerre. Le maréchal d'Hnmières entra dans les Pays-Bas, et prit Courtray le 6 septembre , puis Dizroude le 10. Le maréchal de Créqui, de son côté, bloqua et ensuite bombarda Luxembourg; mais ni le blocus ni le bombardement n'amenèrent la reddition de la place; il fallut l'assiéger dans les règles Tannée suivante , et elle ne se rendit qu'après vingt-quatre jours de tranchée ouverte. Ce succès décida l'Espagne à demander une trêve de vingt ans, qui fut signée le 10 août àRatisbonne. La France garda Luxembourg; r Espagne lui céda, en outre, Bouvi nés Cbimaî.

En 1689, l'Espagne accéda h la ligue d'Au;j;sbourg contre la France , et prit une part assez active à cette lutte de dix ans; mais comme ses troupes n'agirent Qu'avec çelles des autres puissances alliées, nous ne pouvons entrer ici dans aucun détail qui la concerne jtar-

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