‹ France Dictionnaire encyclopédique (volume 2)Chapitre 49 sur 97 · ESPAGNE L'UNIVERS · texte numérisé non relu

ESPAGNE L'UNIVERS

ESPAGNE

FRANCE

dissoutes. Tout préparatif d'attaque cessa dès lors, et, dans les premiers jotira d*octobra, Cadix ouvrit ses portes aux Français. T.orsque ce boiilevnrdde la révolution espagnole fut tombé, les

{)laces qui tenaient encore se rendirent es unes après les autres. Lérida et la Seu-d'Urgel capitulèrent le 18 et le 21 octobre ; Ciudad-Rodrigo et Badajoz, à la fin du mois; Barcelone, Hostairich et Tarragone, le 1*' Dovembre; Cartliagène , le 5; Alicante, le 12. Bientdtles troupes françaises qui n'étaient pas destinées à faiVe partie de rarinée d'occupation reprirent le chemin de la France, et le duc d'Angoulênie rentra le 2 décembre à Paris. Telle est I histotre d'une campagne où la France, renonçant à toutes ses traditions , s'était faite Tauxiliaire de la sainte alliance» et qui recula de quinze ans rétablissement de la liberté en Espagne.

Espagne (relations de la France avec Y). — Les premiers rapports de l'Espagne avec la Gaule remontent à l'invasion des Celtes au delà des Pyrénées, invasion que nous avons racontée ailleurs, et sur laquelle nous ne revien* drons point ici (voyez CELTiBÉniF.>s\ Sous radinlni-stration romaine, les relations des deux pays durent être fréquentes; mais ces relations étaient moins des rapports politiques que des rapports privés et coninierciaux, tels que ceux ui peuvent exister entre deux provinces u même empire; d'ailleurs les docn> ments manquent à l'histoire pour les raconter. Il n'en est pas de même pour Tiipoque où les deux pays, envahis en même temps par des bordes différentes de barbares, commencèrent à avoir une existence distincte. Les documents historiques, bien qu'en petit nombre encore, commencent alors à jeter quelque jour sur les événements d'un mtérét particulier aux provinces démembrées du çrand empire. C'est seulement à partir de cette époque que Ton peut écrire l'histoire des rdatlons de ces provinces entre elles.

£ovahie, au quatrième siècle, par les Wisigotbs, qui l'enlevèrent à la domination romaine, TEspagne eut à subir bientôt après une seconde invasion plus terrible peut-être, et qui lui fit perdre «ses idées, sa civiliAUtion

propre, et même sa religion. Dev'enus musulmans, les Espagnols, ou plutôt les Arabes, furent pendant quelque temps le peuple le plus civilisé, de l'Europe occidentale. Ils étendirent au loin leur inlluence, passèrent les Pyrénées, s'emparèrent de la partie -méridionale de la Gaule, et menacèrent un instant de l'eiivahir tout entière. Mais refoulés bientôt après par les chrétiens, ils perdirent peu à peu le terrain quMIs avaient conquis en si peu de temps; d'un autre roté , les descendants des anciens conquérants r^evinrent forts à leur tour, ils finirent par leur arracher mèce a pièce la plus grande partie de la Péninsule.

L'Espagne sortit des mains des musulmans, mais morcelée, formant une foulé de petits États indépendants les

uns des mitres, et n'ayant point, comme les différentes principautés féodales qui se partageaient aussi le territoire de la France, un centre commun, auquel elles pussent se rnttacher par les liens, bien élastiques, il est vrai, mais cependant solides et réels, de la suzeraineté et du vasselage.

Enfin, les couronnes de Castille et d'Arniion, réunies par un mariage sur la uiùne tète, donnèrent au prince qui les portait un pouvoir prépondérant, qui lui permit de soumettre à sa domination toutes les parties de l'ancien territoire espagnol.

Cet aperçu rapide jeté sur Pbistoire d'Espagne était nécessaire pour justifier la manière dont nous avons divisé notre article. Deux paragraphes seront consacrés aux relations de notre pays avec YEspagne soumise aux /risir/oths et avec VEqtagne mutultnane,

La France ne pouvait avoîr de relations avec l'ensemble des différents

États de l'Espagne féodale, puisque ces États étaient complètement indépendants les uns des autres; mais elle en eut avec quelques-uns d'entre eqx de

très-fréquentes, qui ont été ou seront racontées dans des arLieles spériaux.

(Voyez AbagoNjCasulle, Catalo- GiVB, Nayabbb, etc.)

C'est au règne d'Isabelle et de Ferdinand que recommencent, à proprement parler, les relations de la France avec

ESPAGNE

L'UMVERS.

ESPAGNE

rE<;pn!îne. Le troisième pnrnr^nphe de notre article sera consacré à raconter ces relatioQs, depuis cette époque Jusqu'à nos'joun.

% I. L'Espagne sons ladomintUUmâes J^isigoths.

A peine Clovis eut-il établi solidement sa puissance dnns lo nord de la Gaule, qu il convoita les riches contrées

aue les wlsigoths possédaient en deçà es P}Ténée«» et dont Toulouse était la capitale Ces provînrps ftiront conquises par lui et par ses fils, et les Francs se trouvèrent en contact immédiat avec les Wisigoths d'Espagne. A partir de la mort du conquérant mérovingien, ils eurent avec eux de fréquentes relations.

« Comme les fils de Clovis, dit Grégoire (le Tours, étoient puissans par leur propre valeur et par la force de leurs armées, Anialaric, roi d'Espagne, fils d'Alarlc, demanda leur sœur Clo* tilde en mariage. Ils voulurent bien la lui accorder, et l'envoyèrent en Kspagne avec un grand nombre de riches ornemens. > Mais Amalaric était arien ; il voulut faire embrasser sa religion à sa femme. Celle-ci était catholique zélée; elle refusa de renoncer à sa foi. De l'opiniâtreté du premier, de la résistance de la seconde, naquirent des haines et de mauvais traitements. «Souvent, dit le chronicjueur (]ue nous avons déjà crté, le roi iàisoit jeter sur elle, lorsmrelle se rendoit à la sainte église, du tumier et d'autres ordures; et à la fin, il la maltraita si cruellement, qu'elle envoya à Childebert un mouchoir teint de son propre sang. Celui-ci , enflammé de fonrroux, marcha aussitôt vers l'Espagne avec une armée. A son approche, Amalaric prépara des vaisseaux pour s'enfuir; mais se rappelant, au moment de s'embarquer, qu'il avoit laissé dans son trésor une grande quantité de pierres précieuses, il voulut revenir à la ville pour les prendre, et l'armée des Francs l'empêcha de regagner le port.

Voyant alors qif U ne pouvoit s'échapper, il tenta de se réfugier daus l'église consacrée au culte catholique; mais avant qu'il pût atteindre le seuil sacré, il fat blessé mortellement d'un coup de

javelot, et rendit l^espHt sur le lien

même.

« Childebert, après avoir fait un riche butin , reprit avec sa sœur te cbemin de

ses États ; mais In reine mourut en route. Parmi les trésors rapportés par le roi , on remarquoit un grand nombre d'objets consacrés au culte et d'un trèsgrand prix, savoir : soixante calices, quinze patènes, vingt boîtes d'évangiles; le tout en or pur et orné de pierres précieuses. Il défendit qu'on détruisît aucun de ces objets , et distribua le tout ntix églises et aux monasi^res des saints. »

Coiiiiiie ou le pense bien, cette expédition avait été entreprise autant dans l'espoir flu butin que dans le but de venger (llotiUle. Elle fut suivie de deux autres, dont lu première, qui eut lieu en 584, échoua, mais dont ta seconde eut des résultats assez importants. « En 54:^, dit Gré£îo:rr de Tours, Childebert et Clotaire entrèrent en Espagne, et entourèrent de leurs armées la ville de Saragosse pour en faire le siège. Mais les habitans se tournèrent vers Dieu avec une grande humilité; ils se revêtirent de cnices, s'abstinrent de boire et de manger, et portèrent autour des murs, en chantant des psaumes, la tunique du bienheureux martyr Vincent.

A eette vue, les asnteeans contrent de la crainte et s'éloignèrent de la ville. Ils parcoururent en vainqueurs cependant la plus arande partie de l'Espagne, et reprirent Ta route des Gaules avec un riche butin. » Cependant Theudis, roi des "Wisigoths, n ayant pu s'opposer à leur marche rapide, ordonna à l'un de ses généraux. Theudégisil, d'aller les attendre au pied des Pyrénées. Il prit si bien ses mesures, que les Francs, réduits à la dernière extrémité, furent forcés de lui acheter, par une très-forte somme d'argent, une trêve de vingtquatre heures, pendant laquelle ils se sauvèrent à travers les montagnes.

Theudégisil succedj à Theudis , et fut lui-même remplacé, en 549, par Atba* nagilde. Ce prince avait , de sa femme Goswinde, deux filles, Galeswiuthe et Brunehilde ou Brunehaut.

Sigebert, roi d*Austrasie, voyant avec dégoût ses frères entourés de femmes d'ttu rang inférieur, et voulant

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contracter un mariage plus honorable, envoya à Tolède une députation chargée de riches présents , pour demander au roi des Wisi^oths la main de Brunehaut. « C'étoit, dit Grégoire do Tours, une jeune fille élégante dans ses manières, agréable de visage, honnête et décente dans ses mœurs, douée de pDidence dans les conseils, et d'un langage flatteur. Son père ne la refusa point; il l'envoya nu roi Sigebert avec des trésors considérables. Celui-ci ayant rassemblé ntiprès de lui les seigneurs de son royaume et préparé des festins, la reçut pour femme avec une allégresse infinie. Elle étoit alors soumise à la loi des ariens; mais par la prédication des prêtres et les exhortations du roi liiiméme, elle se convertit, crut et confessa l'unité dans la Trinité bienheufeu8a(*). »

Le mariage de Sigebert fit impression sur l'esprit de Chilpéric, roi de Soissons ; il eut honte , à son tour, de ne s*étro encore allié qu'à des femmes d'un ran? inférieur. « Quoiqu'il en eût déjà plusieurs, il lit demander Galeswintne, sœur aînée de Brunehant, promettant, par ses députés , qu*il laisseroit toutes les autres , des qu'il auroit obtenu une compagne fille de roi et digne de lui. Athanagilde ayant reçu ces promesses , lui envoya en effet sa fille avec de grandes richesses, comme il avoit envoyé l'ciutre. T a jeune title fut reçue par Chilueric avec de grands honneurs; elle lui lut associée en mariage, et II l'aima avec d'autant plus de tendresse, qu'elle lui avoit apporté de grands trésors(**). » On sait cependant combien la fin de Galeswinthe fat mallieureose.

Mnis le récit de ces événements a trouvé sa place ailleurs (***}; ce n'est pas ici le lieu de les raconter.

Athanagilde étant mort en 567, les seigneurs wisigoths élurent, pour le remplacer, Leuvigild , lequel, afin de consolider sa puissance, épousa Goswinde, veuve de son prédécesseur, et mère des deux princesses dont nous venons de raconter le mariage. Leuvigild

(*) Grég. de Tours, iv, a?. (*•) Ibid., iv,a8.

(***) y oy. Bamiraàirr, FaiDAQOirM,GA-

avait eu d'un premier mariage deux fîls', Herménegilde et Keecared. Il songea, en 578, a marier Taîné, et, d'après le conseil de la reine, il demanda pour lui la main d'Ingondc, fille de Rrunehaut.

Il l'obtint, et donna à son fils une portion de ses États. Le jeune prince alla établir sa cour à Séviile. Mais la joie que causa ce mariage ne fut pas de longue durée; Herménegilde, cédant aux sollicitations de sa femme, abjura l'arianisme et se fit catholique : ce fut le signal d'une guerre entre le père et le fîls. Le jeune prince demauda des secours aux Grecs; mais il fut vaincu, dépouillé de la dignité royale, et enfermé dans une prison à Tolède. Brunehaut intercéda pour son gendre; mais sa mère Goswmde, oui était arienne zélée, ren* dit inutiles les efforts quelle fit pour le réconcilier avec son pere.

Cependant Herménegilde s'échappe de sa prison; il négocie avec Gontran, Tun des onciss de sa f^mme; avee Min, roi de GaliceC*)* (jui envoie lui-même des députés au roi de Bourgogne, et avec rempereurgrec;enlin, à l'aide des secours qu'il reçoit de ces trois princes, il parvient à exciter un soulèvement et à lever une armée. Mais son père marche aussitôt contre lui. Vaincu une seconde fois, il cherche en vain à gagner les États fie Gontran; il est arrêté et conduit dans les cachots de Tarragone, où bientôt après Leuvigild le fait mettre à mort. Ingonde s'était réfugiée avec son jeune fils Athanagilde dans une ville soumise à la domination des Grecs; elle s'embarqua pour Constantinople; mais elle tomba malade dans la traversée, fut forcée de relâcher sur la o6te d*A* friqtie, et y mourut quelques Jours après. ;

Pendant la guerre qu'il avait eue à 'soutenir contre Herménegilde, Leuvi- , gild avait, dans un intérêt que l'on comprendra facilement fait négocier le mariage de son second ûls Reccared avec Rigonthe, fille de Frédégonde et de Chilpéric Ce mariage avait été convenu, non sans diffictdté; cependant tous les obstacles avaient été levés, et il

(*) la Galice appartenait alors an\ Siièm,

que Lcnvii^ilde drpos^cdn Ijit ntôt après polU" ks iooorporer dans la naliou des Wisigoths.

L'UNIVERS. . JESPAftHB

ne restait plus qu'à réunir les époux, a A répoque des calendes de septembre (684), dit Grégoire de Tours (*), une grande députation de Goths vint trouver le roi Chiipéric. Lui-même, de ' retour à Paris, ordonna de prendre plu« sîeurs familles des maisons du fisc, et dp les placer sur des chariots. Comme un graud nombre pleuroient et refusoient de s*en aller, il les fit retenir en prison , pour pouvoir plus facilement les contraindre à partir avec sa fille. On rapporte que, dans leur désespoir, plusieurs terminèrent leur vie par la corde , craignant d'être enlevés à leurs pareos. En effet, le fils étoit séparé de son père, et la mère de sa fille, et tons partoient avec de profonds gémissemens et de grandes malédictions ; tant de personnes etoient en larmes dans Paris, que cela pouvoit se comparer à la désolation de l'Ég} pte. Beaucoup de gens même d'une naissance meilleure, contraints a partir de fone, firent leur testament, donnèrent leurs biens aux églises, et demandèrent qu'au moment où la fiancée entrerait en Espagne on ouvrtt ces testnmens , comme si déjà eux*méme8 eussent été niis en terre...

« Chiipéric promit aux députés du roi Chtidebert de ne donner en présent à sa fille aucune des choses qui avoient appartenu à Sigebert; puis, dans une réunion des principaux Francs et des autres fidèles, il célébra les noces de sa fille. Il la remit ensuite aux ambassadeurs des Goths, et lui donna de grands trésors. Sa mère y ajouta uue telle quantité d'or, d'argent et d*habits précieui, que le roi, à cette vue, pensa qu*îl ne lui restoit presque plus rien. La reine, s'apercevant de son émotion, se tourna vers les Francs , et leur dit : « Ne croyez « pas, guerriers, qu'il y ait là rien des « trésors des rois précédens. 'l\>ut ce « que vous voyez est pris de ce que je «possède en propre, parce que mon « très-glorieux roi m'a fait beaucoup de « largesses; j'y ai ajouté le fruit de mon « travail, et une grande partie vient des

(*) Nous croyons devoir emprunter à ce cbrooiqueur le rédt do départ de Rigonthe pour l'Espagne. Ce récit est curieux, el il

offre une peinlure fidt lo dos mœurs de l'époque el de la condition déplorable à laquelle le peuple éuil réduit.

« revenus que j'ai tirés, soit en nature, « soit en argent, des maisons qui m*ont « été concédées. Vous-mêmes m'avez en- « richie de plusieurs présens, et vous « en voyez la une partie; mais il ue s'y « trouve rien provenant des trésors pu- « blics. » Et le roi abusé crut à ces paroles. Telle étoit la multitude des objets | précieux, uu'ils faisoient la charge de cînauantediariots. Les Francs, do leur côte, offrirent beaucoup de présens :

les uns donnèrent de l'or, les autres de l'argent, quelques:uns des chevaux, la plupart des vêtemens; en an mot, chacun fît son offrande selon ses moyens.

« Enfin la jeune fille fit ses adieux , après bien des larmes et bien des baisers. Comme elle franchissoit la porte, un essieu de sa voiture se brisa , et tous crièrent : Malheur! ce qui fut interprété par quelques personnes comme un présage. Elle s'éloigna de Paris, et à huit mules de cette ville elle fit dresser ses tentes. Dans la nuit , cinquante hommes se levèrent, et aynnt pris cent des meilleurs chevaux , autant de freins d'or et deux grands plats , s'enfuirent et se retirèrent auprès du roi Childebcrt, et pendant toute la route, quiconque pouvoit s'échapper s'eufuyoit avec tout ce qu*il avoit pu ravir.

« On exigea de toutes les villes que traversoit le cortège de grands préparatifs pour subvenir a sa dépense , car le roi défendit ouele fisc y contribuât en rien ; tous les nraîs étoient supportés par les pauvres , imposés extraordinairement.

En outre, comme le roi craignoitque son frère ou son neveu ne tendit en route quelque piège à sa fille, il la fit escorter par une armée qui alloit au delà de quatre mille hommes. Les ducs et chambriers qui étoient partis avec elle pour Tescorter la quittèrent à Poitiers. Les autres, poursuivant leur route, alloient comme ils pouvoient , et dans leur chemin il se commit tant de pillages qu'on ne sauroit les compter. Ils ne laissoieot absolument rien partout où ils pass oient (*). »

Rigonthe elle-même ne s'avançait qu'avec répugnance; elle ne songeait qu'avec déplaisir n son prochain mariage: peut-être était-elle préoccupée du sou-

(*) Grég. de Tour», lib. vi» 4$,

WÊ^AGKB FRANCE. IMPAOHB 49S

venir de Galeswintlie , cette autre beliemie deLeuTigilde, qui était venue d'Espagne par le même cliemin qu^eile-niéme suivait en ce moment pour épouser son père Cliiipéric , et qu'il avait sacritiée à sa mère Frédégonde.

Les Francs de sa suite ne cessaient de m'irmurer d'un si long voyage ; la haine que 1 on avait pour sa ihère s'était reportée sitr elle. Plus on s*éloigna de Paris, moins elle se vit protégée.

Dans les provinces du Midi , des troupes de paysans attaquèrent son escorte.

Knfin elle arriva à Toulouse. Lè elle espérait trouver aide et protection près de Didier, qui y commandait pour Cliiipéric; mais c'était le temps ae la révoile de Gnndebaud , fîls naturel de Clotaire, et Didier était entré dans ce parti. Aulieu de la détendre, le duc mit le séquestre sur tout ce qui lui restait, et renferma elle-même dans une nmison défendue par des scellés et par une fzarde d'hommes de guerre, en accordant à peine à la princesse de quoi subsister.

Tout le monde alors abandonna Ri*

conthe ; en effet, on venait d'apprendre la mort de Chilpéric. Frédégonde reclama sa iilie , à la main de laquelle Reccared avait d*ailleurs renoncé, pour épouser Badda , fille de sang gothique , et elle eut beaucoup de peine à retirer la malheureuse jeune fille des mains de Gondebaud.

Cependant Gontran et Childebert(*), irrités du meurtre d'Herménegildo, leur allié catholique et leur parent, et des persécutions auxquelles In^çonde avait été en butte , veulent en tirer vengeance.

« Childebert, retenu en Italie, où il combattait l&s Lombards , donne ses pouvoirs à Gontran. Celui-ci se charge de tout le poids de l'expédition. Une armée considérable fond sur la Septinianie , avec ordre de pousser, en cas de sucrés, jusqu'au cœur de l'Espagne, 'lout au moins se promettait -on de dépouiller les ^Visigollls des belles provinces qu'ils possédaient encore dans les Gaules i ").

(*) Celui-ci était le ûU de llrunehaut et ie frère dlngonde.

(•*) La hnine de Gontran contre les 'Wtsigotlis s'exprima en cetto occasion avec une énergie qui rappelle la l ude uilucuiioa de QaWf prêt i eairer ea campagne cootie

A l'ouverture de la campagne , l'armée des rois franks, partagée en deux corps

sous la conduite de deux généraux renommés, se dirige sur la Septinianie de deux points opposés. L'un de ces deux corps, composéi de soldats tirés des provinces voisines de la Seine, de la Loire et du Rhône, marche contre ÎSîmes ; le second , composé de soldats levés dans les deux Aquitaines et les pays vers la Loire, se porte sur Carcassonne. La Septimanie est ainsi attaquée en même temps par ses deux extrémités »

Cette attaque se fit avec une extrême promptitude. Déjà Carcassonne avaitouvert ses portes a Terentiolus , général de l'armée de l'ouest ; mais les habitants, exaspérés par la brutalité de ses soldati^, se révoltèrent et le chassèrent de leurs murs. Il veut faire le siège de la place, et monte le premier à l'assaut ; mais il tombe frappe à mort d un coup de pierre lancé du naut des murs. Les assiégés font aussitôt une sortie, mettent les Francs en déroute, et ne rentrent qu'après avoir coupé la téte du général, afin d*en faire sur leurs murailles un horrible trophée. La retraite de l'armée franque fut un épouvantable désastre; les paysans égorgèrent ou assommèrent tous les soldats qui tombèrent entro leurs mains.

Reccared , qui avait reni de son père l'ordre de repousser l'iuvasion des Flrancs, passa les Pyrénées et se dirigea vers le Gard. Nicetius, qui commandait en Auvergne pour Childebert, avait opéré sa jonction avec les généraux des Burgoiides et pénétré dans le pays soumis aux Wisigoths. Après y avoircommis d'horribles dégûts, il alla mettre le siège devant Nîmes ; mais jugeant bien- • tôt cette ville imprenable, il partagea son armée en plusieurs corps et la aispersa dans la Septimanie, ou elle continua ses ravaires. On apprit enfin l'approche de Reccared ; les francs se hâtèrent de battre en retraite et de re* prendre le chemin de TAuvergne. La

Alaric II; « que la Sepliiiianic , s'écria t-il, « soil d'abord soinnise à notre domination; « car il est honteux que ces horribles Gôths « étenilent leur leirituirc jusque dam lei " Gaules, » el il dépêcha aussitôt ses ai> mees. (Grég. de Tours, lib. vxii , c. 3o.) (*) Romey, Hist d'Eipapey t. II, p. i4a«.

plupart périrent en route de misère et de ûim: Receared entra rar les terres dea Francs , leur prit plusieurs forte-

. resses, rentra triomphant à Ktmes, et repassa les Pyrénées.

' Cependant Gontran avait envoyé une flotte en Galice pour surprendre les côtes et provoquer une insurrection des Suèves contre les Wisigoths , qui venaient , ainsi que nous Tavons vu , de détruire leur indépendance. Mais Leuvigild, averti à temps , opposa ses vnisseauxàceuxduroidcBoiirjTogne; ceux-cf furent battus et disperses , et deux ou trois seolement parvinrent à se sauver.

Toutefois Lruvigild fit offrir la paix à Gontran ; mais celui-ci haïssait tellement ce prince, qu'il ne voulut entendre à aucun accommodement Reeoared revint donc en Septimanie nu printemps de l'année 586 ; mais a peine avait-il passé les frontières des Francs et parcouru les campagnes du pays d*UseK y Qu'il apprit la maladie de son père et fut forcé de retourner sur ses pas.

Quaud il arriva à Tolède, Leuvigild avait cessé d'exister.

Reocared montrait Taffection d'un fils pour Goswinde, sa belle-mère. D'après ses conseils , il envoya à Gontran et à Gbildebert des députAp chargés d*tto message ainsi conçu :

« Ayez la paix avec nous et faisons n alliance, aûn que, dans un cas de né- «cessité, aidés de votre secours, nous « vousprétions le nôtr« en retour, etavec « lamémeafifection. » Les envoyés adressés au roi Gontran reçurent l'ordre de s'arrêter à Miicon, et ils furent obligés d'envoyer de là des personnes pour lui faire connaître l'objet de leur mission.

.Mais ces personnes ne purent obtenir audience, et il en résulta, dit Grégoire de Tours , une telle inimitié entre Reocared et Gontran, qu'il ne fut plus permis à un seul habitant du royaume de ce dernier de mettre le pied dans une ville de la Septimanie. Les députés envoyés au roi Childebert furent plus heureux; ce prince, après en avoir reçu Tassurance que Keccared n'avait pris aucune part au meurtre d'Herménegilde et aux persécutions auxquelles Ingonde avait été en butte , consentit à faire la paix avec eux , et les renvoya chargés de piésenU considérables.

Quelque temps après , Reccared se oonverm an catnolieisme , et son changement de nligion excita une sédition

dans la Septimanie, où l'arianisme comptait de plus zélés partisans qu'en Espagne , et il se hâta ae passer les Pyrénées pour la réprimer. Atholocus, évéque de Narbonne, et les comtes Granista et Wittigern , qui s'étaient mis à la tête de^ révoltés, appelèrent alors les Francs à leur secours , et offrirent à Gontran de lui livrer la Septimanie, à condition qu'il la remplirait de troupes. Didier, duc. de la province de Toulouse , dont nous avons déjà parlé à Toocasion des mésaventures de Rigonthe, reçut aussitôt l'ordre de s'avancer vers l'Aude.

Âustrowald , autre général franc , iit Mentdt sa jonction avec lui , et tous deux allèrent mettre le siège devant Carcassonne. Mais l'armée envoyée par Heccared contre les rebelles avait passé les Pyrénées ; Granista et Wittigern , attaqués par elle , furent défaits et tués. L'armée des Francs , surprise elle-m^me sous les murs de Carcassone, fut également taillée en pièces , et Didier fut trouvé parmi lesmorts. Austrowald parvint seul à se sauver avec quelques bandes. Les Wisigoths poursuivirent ensuite leurs succès , et , pénétrant sur le territoire de Gontran, ils ravagèrent tout le pays jusqu'à la Durance, et mirent garnison dans Ugemurtij forteresse considérable sur le Rhône , et que l'on pouvait considérer comme la clef des possessions du prince franc au delà de ce fleuve.

Reccared pensait que ces nouveaux succès remportés par ses généraux avaient âù rendre Gontran plus traitnble. TI lui semblait d'ailleurs que sa conversion au christianisme avait levé le plus grand des obstacles qui s^opposaient à ce que la paix fût conclue entre eux. II lui envoya de nouveau des députés; mais cette ambassade ne fut pas plus heureuse que la précédente : le grince franc refusa encore de la recevoir. Les ambassadeurs allèrent alors trouver Childebert et Brunebaut : «Reccared notre maître,»

leur dîrent-ils... a offre à Votre Grâce « dix mille sous d'or, désirant ob- « tenir votre amitié, afin qu'il ait vo- « tre appui, et que, si vous en avez « jamais besoin , vous jouissiez de ses

«ÀGHB FRANCE. m

m bons offieei.» Ghildcibert et Brunehaut leur promirent en effet de contïnuer à vivre en paix avec Reccared , et ils leurfirentdes présents considérablei.

Les ambaisadeurs, encouragés, demaui* dèrent alors pour leur roi la main de Clodosinde, sœiir de Childeliert. Cette demande fut également bien accueillie, et un messager nommé Erbrigisel fut envoyé par le roi crAustrasie à Recca* red pour .lui offrir de riches présents. Mais il fût arrêté par Gontran, à son passage à Paris.

Au commeneement de Tannée 588, Gontran fit un appel à tous les hommes d'armes de son royaume , et rassembla une nombreuse armée. 11 en conlia le eominandementàBoson, auquel il donna pour lieutenants Anthestius et Austrowald. Celui-ci arriva le premier devant Carcassonne, qui se rendit à lui sans eoup férir, et prêta entré ses mains sef* nunt de fidélité à Gontran. Anthestius et Boson vinrent bientôt l'y joindre.

Cependant Reccared avait fait aussi de grands prépatatils. Un habile géné* ral, Glaudius, gouverneur de la Lusitanîe, avait été chargé du commandement de l'armée qu'il avait rassemblée. Ce Itérai passe les Pyrénées , vient présenter la bataille à Boson , Tattire dans une embuscade , et remporte sur lui la plus grande victoire que les Goths eussent gagnée depuis la grande bataille des Champs catalauniques , où , unis à l'armée de Mérovée , ils avaient vaincu le terrible roi des Huns : 60,000 guerriers francs y périrent avec leurs généraux.

Gontran s^avoua alors vaincu ; il n'entreprit plus rien contre Reccared , et les Goths demeurèrent à peu près tranquilles possesseurs de la Septimanie jusqu'à l'invasion des Sarrnsins.

En 607, Thierry, roi de Bourgogne, demanda la maind Ermenberge, liilede Wittericb, lequel était monté sur le trône d' K,spa^^ne par le meurtre dcLiuwa, fils de Reccared. Il l'obtint; mais lorsque la jeune princesse fut arrivée en Bourgogn^ il différa un an entier de Fépouscr, puis il la renvoya en Kfp»ngnff sans lui rendre sa dot. Pour se venger, Witter ich se ligua contre Thierry avec Glotaire , loi de Soiisons , Ihéodebert , toi d*AiistiiMle, et Agilnlfe, loi ta

Lombards. Tous quatre avaient formé

le projet de démembrer la Bourgogne; mais la défectior> de Tbéodebertfit avorter cette entreprise.

Gondemar, successeur de Witterieh

(610), se ligua aussi avec Théodebert contre Théodoric. Le roi d'Austrpsie devait fournir au roi wisigoth un certain nombre d*bommes par le mérite d'une ffrâce pécuniaire j mais une rupture survint bientôt après entre les deux princes, et s'envenima au point qu'il y eut entre eux un commencement d'hostilités.

Sisenand, gouverneur de la Gaule gothique, s'étant, en 631, révolté contre le roi Swintbila, demanda des secours à Dagobert , qui consentit à lui en envoyer , mais à condition qu'il lui donnerait, quand il aurait vaincu Swintbila, un vase d'or, orné de pierres précieuses, qui passait ^Qur le plus riche joyau du trésor des rois goths, Sisenand franchit les Pyrénées avec son armée et un nombreux corps de troupes franques , commandé par les deux meilleurs générai»

de Dagobert , Abundantius et Venerwi* dus. Il fut prorhimé roi par les troupes mêmes avec lesquelles Swintbila venait l'attaquer. Lorsqu'il fut arrivé à Tolède, il remit le vase aux envoyés de Dagobert; mais à ce joyau s'attachait, pour les Goths , un glorieux souvenir ; ils ne voulurent point consentir à Tabandouner : ils se mirent en embuscade , sur*

{irirent les officiers francs, et le leur enevèrent. Sisenand apaisa Dagobert, en lui payant en dédommagement 200,000 sous, qui servirent à la construction de l'abbaye de Saint-Denis.

Depuis cette époque jusgu'à l'invasion des Arabes, l'histoire ne fait plus mention que d'une guerre qui aurait eu lieu de (590 à 694 , entre les Goths et les Francs, et qui n'aurait point eu de résultat important ; mais iiparalt que des haines nationales divisaient alors toi deux peuples, car les historiens espagnols contemporains , surtout Julien de Tolède , montrent toujours une grande irritatmn contre les Francs.

% IL L'Espagne sous la domination des Arabes,

A peine établis en Espagne , les Ara* bes nuMsbiitiit lei ^momIi m nodi-

ESPAfiHfi L'UNIVERS. ESFAe^B

raiit mdttres de toute la partie de- la

Gaule qui avait appartenu aux Wisigoths, et pendant longtemps les provinces voisines eurent cruellement à souffrir de leurs ravages. La sangUmte bataille de Charles - Martel à Poitiers arrêta leurs conquêtes, sans pouvoir faire cesser leurs incursions. Aussi les Franes se hâtèrent-ils, lorsque, sous Charlemagne, leur puissant e eut pris tout son développement, d'aller à leur tour chercher les Sarrasins dans leurs possessions de la Péninsule.

Nous allons brièvement raconter ces événements, en empruntant le plus souvent les paroles mêmes d'un écrivain de cette époque , Éginhard.

«Vers 777 1 dit ce chroniqueur, le Sarrasin Ibn-nî- Arnbi vint à Paderborn se présenter devant le roi ( Charlemagne); il arrivait d'Espagne avec d'auùiss Sarrasins, ses compagnons, pour se donner au roi des Francs, avec toutes les villes dont le roi des Sarrasins lui avait contié la garde. L'année suivante, Charles, oédant aux conseils de ces hommes, et conduit par un espoir fondé de s'emparer de quelques villes en Espagne , rassembla ses troupes et se mit en marche. Il franchit, dans le pays des Gascons, la cime des Pyrénées, attaqua d'abord Pampelune , et reçut la soumission de cette ville. Ensuite il passa }*Èbre à gué , s'approcha de Saragosse, et, après avoir reçu d'Ibn-al-Arabi, d'Abithènes et d'autres chefs sarrasins, les otages qu'ils lui offrirent , il revint à Pampelune. Pour mettre cette ville dans rimpuissance de se révolter, il en rasa les murailles. » Ce fut a son retour qu'eut lieu le célèbre désastre de Roncevaux ( voyez ce mot ).

Cette expédition, qui n*assura aux Francs aucune possession réelle en Espagne, ne fut, à proprement parler, qu'une reconnaissance. Ils en firent bientôt une nouvelle , et s'emparèrent , en 785, des villes frontières de Gironne, Urgel et Ausone; le gouverneur établi dans la première de ces villes fut le premier comte franc établi dans les Pyrénées espagnoles.

En 793 , profilant de l'absence de Louis le Débonnaire, alors roi d'Aquitaine , et de ses meilleures troupes, les Sanasint anTahirent et ravagmit la

Septimante. Cette invasion resta quel-

3 nos nnnées impunie, la terrible guerre es Saxons occupant alors toutes les pensées de Charlemagne. iSiiais lorsqu'en - 797 , Barcelone eut été remise entre ses mains par le Sarrasin Zata , qui s'en était emparé, et que ce chef fut venu à Aix-la-Chapelle se placer volontairement sous son autorité, le prince' franc ae hâta de saisir cette occasion de s'immiscer dans les affaires de la Pé-' ninsule, et il envoya en £s[)agne, sous la conduite de son fils Louis , une armée qui alla mettre le* siège devant Huesca.

a L'année suivante on vit arriver à sa cour Basiliscus et Froïla, ambassadeurs d*Âlphonse , roi chrétien de Ga* lice et des Asturies; ils lui apportaient des présents que leur maître avait choisis pour lui dans les dépouilles de Lisbonne, dont il venait de s'emparer. Ces présents consistaient en sept esclaves maures, sept mules et se(it cuirasses.

Charles accueillit ces députés avec bienveillance, et, à son tour, il les combla de présents. » T ns ( lirétiens d'Espagne avaient compris, des l'instant où Ils avaient commencé à combattre d'une manière sérieuse pour l'indépendance de leur patrie , que les Francs étaient leurs alliés naturels. Aussi Éginhard raconte-t-il qu'Alphonse ne voulait pas être appelé autrement que Vhomme de Charœmagne.

Les relations des Sarrasins et des Francs n'offrent rien de bien important jusqu'à la mort de Charlemagne ( 814 ). Void seulement quelques faits dont nous empruntons le récit à Éginhard :

« Pendant rété de 801 , dit-il , la cité de Barcelone,' que les Francs assiégeaient depuis deux ans, tombe en leur pouvoir. Kn 806, les Navarrais et les habitants de Pampelune qui , depuis quelques années, étaient passés aux sar* rasins , revinrent à notre alliance.

« En 809, Louis, roi d'Aquitaine, entra en Espajïne à la tête d'une armée, et mit le siège devant Tortose ; mais il fut, au bout de quelque temps , obligé de renoncer à son entreprise. La même année, le comte Aureolus, qui était chargé de veiller aux communiciitions entre l'Espagne et la Gaule, et résidait aa delè des gênées , vis-à-vis de Euesca

Digiii^uu uy Googl

ESPAGNE

FRANCE

ESPAGNE

et de Saragosse, vînt à mourir, et Amoroz, gouverneur de ces deux villes

rur les Arabes , envoya une ambassade Tempereur pour rassurer qii*il sa mettait, lui et tous les siens, sous sa domination. Quand les ambassadeurs de Tempereur revinrent à leur tour le trouver, il leur demanda qu'une conférence eût lieu entre lui et les gardes de la Marche d'Espagne, après quoi il promettait de faire sa soumission.

L'empereur y consentit; mais une foule d'incidents qui survinrent empêchèrent rexécution de ce projet. »

Du reste , Amoroz fut, cette année, èhassé de Saragosse par Abd-el-Rabman, fils d'Abulaz, roi d Espagne, qui avait envoyé une ambassade à Ciiarieinagne, et avait fait avec lui un traité de paix qui fut conflrmé en 813.

C'était surtout par leurs invasions maritimes que les Sarrasins étaient redoutables aux Francs; chaque année des pirates maures , partant des cdtes d*E8pagne , allaient ravager les îles et les rivages de la Méditerranée. En 813, Irmingar , comte d'Ampurias , ville située a quelques lieues de Gironoe, leur dressa une embuscade dans Ttle de Majorque , et leur prit huit vaisseaux , dans lesquels on trouva plus de cinq cents captifs corses. Les Maures, pour se venger, dévastèrent Givita-Vecchia et Nice; mais ils essuyèrent un rude échec dans une tentative sur la Sardaigne.

En 8 1 7, desambassadeurs envoyés par

Abd-el-Rahman vinrent de Saragosse trouver le nouvel empereur , Louis le Débonnaire, et conclurent avec lui une alliance; mais cette alliance fut rompue en 820. Les hostilités recommencèrent, et les préfets de la Marche d'Espagne ayant reçu l'ordre de pousser la guerre avec vigueur, s'avancèrent, en 83S, jusqu'au delà de la Sègre , et ne revinrent sur le territoire de l'empire qu'après avoir ravagé le pavs, brûlé pluaieun villages et fait nn immense butin. Une seconde expédition qui eut lieu en 824, ne fut pas aussi heureuse. Les comtes Éble et Asioaire , en revenant de Pampelone, avec une armée de Gascons , furent défiiits dans les passages des Pyrénées par les montagnards, et ce désastre fut comparé par les écri-

T. vu. 92' lÀvrait<m, (Dicx. bng

vains contemporains à celui de Konee* vaux.

Cependant l*Espagne était écrasée anus le poids des impôts , et une insurrection paraissait sur le point d'éclater contre le calife de Cordoue, Abdel-Rahman; Louis crut pouvoir proûter de ces dispositions , et il écrivit aux habitants de Mérida pour les exciter à la révolte, une lettre curieuse dont nous extrayons les passages suivants :

« Au nom du Seigneur Dieu et de « notre Sauveur Jésus - Christ, Louis, « par l'ordre de la divine Providence , « empereur auguste , aux primats et à « tout le peuple de Mérida, salut en no- « tre Seigneur. Nous avons appris votre « tribulation et les nombreuses vexa- « tions que vous avez eues à souffrir de « la part de votre cruel loi Abd-el* « Ranman , qui , par avarice et cupidité, « ne cesse de vous opprimer. Ainsi fai- «sait son père Abolaz, lequel vous « chargeait d'impôts que vous ne deviez « pas.... Comme son père, U veut vous « priver de votre liberté, vous charger « d'impôts et d'injustes tributs , vous « humilier et vous abaisser ; mais nous « savons que comme il appartient à des « hommes forts, vous avez toujours vi- « goureusement repoussé les injustices << de vos iniques rois, et virilement rén sisté à leur avarice et à leur avidité... « C'est pourquoi nous nous plaisons à « vous adresser cette lettre pour vous « consoler et pour vous exliorter à per- « sévérer à défendre votre liberté... et « à résister fortement. Et comme ce « roi est certes aussi bien notre advern saire et notre ennemi que le vôtre , « nous vous proposons de combattre de « concert sa méchanceté. Notre inten- « tion est, l'été prochain, avec le se- « cours du Dieu tout-puissant , d'en- « voyer une armée dans notre Marche « ( de Gothie ) , et de l'y tenir à votre « disposition. Si Abd-el-Rahman et ses «troupes essayent de marcher contre c Toui , notre armée les en empêchera « en les attirant à elle , et ses forées ne « pourront rien contre vous. Nous vous « assurons, de plus, que si vous voulez a vous séparer a' Abd-el-Rahman et vous « donner à nous , nous vous rendrons a votre antique liberté, pleinement et n sans aucune diminution ; nous vous

x. , SIC.) 99

LTNIVERS.

ESPAGNE

« maintiendrons exempts de tout cens « et (le tout tribut. Vous-mêmes vous « choisirez la loi sous laquelle vous vou- « drez vivre; et nous n'agirons point «» autrement envers vous que comme « avec des amis et des associés, hono- « rablement confédérés pour la défense « de notre empire. Nous souhaitons que « vous vous portiez bien en notre Sei- « gneur. »

Cette lettre n'eut pas alors le succès qu'en attendait Tempereur ; car, tandis qu'il cherchait ainsi à susciter des ennemis intérieurs à Abd-el-Rahman , il eut lui-même à réprimer un soulèvement dans ses propres États. Un nommé Aïzon, Goth ae nation, suivant les annales de Fulde, se révolta en 826, se trouva bientôt à la tête d'un parti nombreux dans la Marche Espagnole , s'empara d'Ossone, détruisit Rosas et reçut des secours du roi de Sara/^osse. L'empereur envoya contre lui , l'année suivante, l'abbé fîéliëacharavec les comtes Ilildebrand et Donat. Mais avant leur arrivée, Aïzon , soutenu par les Sarrasins , avait fait aux f;ardiens de la frontière éprouver de nombreux échecs.

A cette nouvelle, Louis ordonna à son fils Pcpin, roi d'Aquitaine , de marcher contre Aïzon avec une nombreuse année; mais le jeune prince ne put atteindre l'ennemi , et les Maures purent regagner Saragosse , après avoir ravagé les cainpngiies de B;»ri eIone et fie Gironne, brûlé les villages et pillé tout ce qui se trouvait hors des villes. Le calile faisait depuis longtemps de grands préparatifs pour envahir l'Aquitaine; et c'était un projet qu'il se proposait d'exécuter en 828 ; mais la révolte qui éclata cette année l'en empêcha.

Les hostilités, après s'être ralenties pendant quelque temps , furent reprises avec une nouvelle vigueur en 838, par le calife de Cordoue; et pendant deux ans, les terres de l'empire furent ravagées par de continuelles invasions.

La mort de Louis le Débonnaire, les dissensions qui après lui s'élevèrent dans les Gaules, favorisèrent ensuite les incursions des Arabes, et la Marche Espagnole fut le théâtre d'une lutte iicharnée entre les partisans de Charles le Chauve et Bernhard, comte de Barcelone. ( Voyez Bahcelone. ) Après la

mort de ce dernier, Guillaume, son fils, a|)pela à son secours l'émir de Cordoue, et la guerre dura jusqu'en 847 , époque où , à force d'intrigues et de présents , le prince franc réussit enfin à détacher l'émir de l'alliance de Guillaume.

Trois ans après, la paix entre les Francs et les Arabes fut de nouveau rompue, et la cause de cette rupture seiuble avoir été l'intercession de Charles le Chauve en faveur des chrétiens espagnols, victimes alors d'une cruelle persécution. La guerre eut la Catalogne pour principal théâtre. Deux armées musulmanes passèrent l'Èbre : l'une fit irruption dans les vallées inférieures des Pyrénées , où elle prit un grand nombre de forteresses ; l'autre investit Barcelone, et s'en empara par la trahison des juifs qui habitaient la ville, tandis qu'une Hotte arabe dévastait les côtes de Marseille. Cette guerre désastreuse pour les Francs fut enfin terminée en 864 , par un traité dans lequel Charles s'interdit la faculté de protéger les chrétiens soumis aux musulmans.

Ce traité est la dernière trace de relations oflicielles entre la monarchie franque et les souverains de l'Esnagne mahométane. Du moins les oocuments manquent à cet égard.

Longtemps encore les Sarrasins firent de sanglantes incursions sur les côtes de la Méditerranée ; mais ces actes de piraterie ont été racontés ailleurs.

( V^oyez Barbares [ invasions des].) Nous n'en reprendrons point ici le récit. Les longues guerres civiles et étrangères qui dévastèrent notre patrie pendant un siècle et demi, l'empêchèrent de s'occuper des affaires de la Péninsule, et de revendiquer ses anciennes possessions jusqu à l'Èbre. Puis, quand sous les prenners Capétiens elle commen(^a à goûter quelque repos, et à renouer ses relations à l'extérieur, les Arabes avaient cessé d'être ses voisins. Des royaumes chrétiens s'étaient élevés et avaient grandi au delà des Pyrénées , aux dépens de l'empire nmsuhnan ; et les nombreuses troupes d'aventuriers français qui avaient été offrir le secours de le'urs bras à leurs frères de la Péninsule, n'avaient pas été étrangères à ce résultat. Dans tous les temps et dans toutes les parties du monde les pcu-

pies qui ont lotfé pour leur raligion et leur liberté, ont trouvé un puissant appui dans les sympathies de la France.

. La iiutioti espagnole l'a éprouvé couiiue toutes les autres.

J m. L'Espagne moderne.

A peine TEspagne se trouva-t-elic pour la première fois, depuis (a chute de l'empire romain, réunie tout entière mus un même sceptre, qu^elle commença à faire sentir son influence en Europe , et à devenir pour la France une nvale redoutable. Au moment où Charles VIII se disposait à passer en Italie, Ferdinand s'unit avec Henri VII, roi d'Aniileterre , et Maxitnilion d'Autriche , et arracha a la France la restitotion du Rousdlllon et de la Cerdagne, dont Louis XI s'était emparé; bientôt, alarmé des rapides succès de Charles , il entra aussi dans la ligue formée contre la France par Maxnniliea, Ladovic Sforza, Venise et Alexandre VI, et de fut avec le secours des troupes espagnoles, commandées par Gonzalve de Cordoue , que le roi de Naples , Ferdinand II , abandonnant le rocher d*ISchia , parvint , en 1495 , à recouvrer sa capitale. Capoue , Aversa et Otrante suivirent l'exemple de ^iaples, et se soumirent. Ferdinéfeid II mourut au milieu de ses succès , et son oncle Frédéric , qui lui succéda , acheva de chasser les garnisons françaises. En même temps, re roi d*Eispagne «Élayait de pénétrer en France par le Roussillon ; mais sa tentative échoua, et une trêve mit fin anx hostilités.

Lorsque Louis XII, successeur de Charles VIII, eut fiiit la Scoktquéte du Milanais, il conclut, avec Ferdinajul le Catholique, un traité dont le but était le partage du royaume de JNaples (lôOl). En effet, Gonzalve se mit en possession de la Fouille et de la Calabre. Tarertte Seule lui résista. Cette ville se rendit enfin , à la eondition que lu vie et la liberté du iils àîné du roi qui s'y était réfugié seraient respectées. Gonzalve jura sur une hostie consacrée qu'il observerait le traité , et fut reçu dans Tarente. Il n'en envoya pas moins le jipune' prince en Espagne, d'oà il de tortit jamais. La branche aragonaise des ToiB de JNaples s'éteignit avec fui.

A la nouTelle de remprison«ement de

son fils, Frédéric se rendit au roi de France, qui lui assura une retraite honorable dans le 4uché d'AiHOU.

La guerre éclata bientôt entre les conquérants. Dans une première campagne . les Ks|>:isît)ols furent refoulés par le duc de \cinours dans les murs de Barlette. Ce fut alors uue 1 arc^iiduc Philippe le Beau, fils de Tempereur Maximilien, qui avait épousé Jeanne, lille de Ferdinand et d'Isabelle, eut une entrevue avec Louis XII a Lyon. Il y signa , le $ aivrll 1508 , une suspension d^armes ipu fut notifiée aux deux généraux comniandant les Espaj^nols et les Français dans le royaume de Naples. ' Mais Gonzalve , qui avait repris l'avantage, affecta de douter des pouvoirs de l'archiduc, et le duc de Nemours fut défait et tué à Cérignolles. Naples se rendit alors ; Capoue et Aversa suivirent cet exemple (1504); et Leuis ne conserva dans les États napolitains que Gaëte, qui finit elle-même par se rencfre.

Louis XII ordonna alors aux ambassadeurs espagnols de sortir de son royaume. Il laissa partir l*arehiduc Philippe, qui s'était remis entre ses mains pour preuve de sa sincérité, et déclara la guerre a Ferdinand. Trois expéditions furent dirigées, Tuoe contre Naples, la seconde contre le Roussillon, la troisième contre Footarabie; elles édumèrent toutes.

Sur ces entrefaites , Isabelle moorut (1504) , et une ligue se forma pour ôter à Ferdinand l'administration de In Castille. Philippe d'Autrielie, son gendre, aspirait ouvertement a la régence; il fit alliance arec ILiOUis XII ; mais son rival rompit cette union en épousant Germaine de Foix , nièce de ce prince. Il ne tarda pas cependant a s'engager en Italie dans une nouveUe lutte contre la France.

Il commença par entrer dans la lic^up.

de Cambrai , puis s'empara des viiies que Venise possédait dans la Calabre.

Ensuite il conclut la paix avec les Véni* tiens, et s'iniit n)én)e (1511) à la saîiife ligue qui s'était formée contre le ri)i de France. Les armements qu'il disait dirigés contre les infidèles firent trembler les rois de Fez et de Tlemcen , qui relftcbdrent lears ësdave» chrétiens et se

êûtk BSPAfill£ L'UJSIV£R& BSPAfiHB

•oamirent à un tribut. Sfais Louis XII

ne s'y laissa pas tromper : « Je suis , « dit-il, le INInure et le Sarrasin contre R lequel on arme en Espagne. » Il donna le oommandement de ses troupes en Italie à Gaston de Foix, ducde Nemours, frère de la reine d'Espagne. Les Espa-

â;Dols étaient commandés par Raymond e Coidoue , Tice-TOÎ de Naples , qui avait succédé à Gonzalve. Pour amener une bataille décisive, Gaston de Foix mit le siège devant Ravenne. Les confédérés s'avancèrent au secours de cette place et furent vaincus. Les Espagnols seuls se retiraient en bon ordre ; Gnston de Foix périt en les cbargeant. Après sa mort, les Français lurent chassés de ritalie , et le duché de Milan fut rendu à Maximilien Sforza , fila de Louis le Maure.

Ferdinand profita de la détresse où la Fnnoè se trouvait réduite, pour attaquer le roi de Navarre , Jean d*Albret , allié de Louis XII. Ce prince avait à peine rejeté la propasition de livrer le prince de Vianes , son fils , et trois de ses plus fortes places entre les mains de Ferdinand , comme garantie de ses dispositions pacifiques, que le duc d'Albe assiégea et prit Pampelune. Toute la Navarre au delà des Pyrénées fut acquise à Ferdinand (1.512).

! Cependant Louis XII, pressé en même temps par Maximilien et par Henri VIII, conclut avee Ferdinand qui garda la Navarre (1513), une trôve qui ne s'étendit pas à l'Italie, car le monarque espagnol y continua la guerre contre la France, en sa qualité d'allié du pape.

Louis XII mourut l'année suivante, et son successeur, François I"", envoya dès les premiers jours de son avènement un message a la cour de Madrid , pour falrè renouveler la trêve conclue entre les deux royaumes relativement à la Navarre. Cette restriction parut suspecte ù Ferdinand, qui déclara vouloir faire comprendre Fltalie dans le traité. Ses craintes étaient fondée. Lorsqu'il apprit les succès de François V au delà des Alpes, il fit de srands armements ; mais la mort vint le surprendre (1516) au moment où il se disposait à entrer en campagne.

Il eut pour successeur l'archiduc Charles (Gharles-Quiot), prince des As-

turfes, fils aîné de Philippe d*Autricfae

et de Jeanne la Folle. Nous raconterons ailleurs les sanglantes guerres que la France eut à soutenir contre lui. (Voy. .

RlYAUTB DB LA FBANGB AYBC LA MAI- SON d'Autbiche.)

Charles-Quint abdiqua en 1556. Phi- • lippe II, son fils, lui succéda sur le trône d'Espagne. Une trêve fut aussitôt conclue a Vaucelles entre ce pdoce et Henri II. Mais cette trêve ne pouvait être de longue durée ; les hostilités recommencèrent presque aussitôt. Elles furent provoquées par le pape Paul IV, qui était alors en guerre avec le roi d'Espagne, et que le duc d'Albe assiégeait dans nome. A la nouvelle de la reprise des hostilité en Italie , Philip^ Il s'était rendu en Angleterre, et avait déterminé sa femme , la jeune Marie , qui l'aimait avec passion , à déclarer la guerre à la France. Les armées réunies d'Espagne et d'Angleterre s'assemblèrent dans les Pays-Bas , et Philippe II en confia le commandement au duc Philibert de Savoie. Henri II , qui avait envoyé l'élite de ses troupes en Italie, sous les ordres du duc de Guise, donna l'ordre au duc de Nevers, commandeur de Champagne, et à Gaspard de Coiigny, gouv erneur de la Picsroie, de se tenir sur la défensive sur toute la frontière du Nord. Bientôt on apprit que l'armée ennen)ie, forte de 35,000 hommes d'infanterie et de 12,000 chevaux, avait investi Saint-Quentin.

Le connétable de Montmorency , qui s*avança pour dégager la ville , manœuvra avec une si insigne maladresse autour de la place assiégée , qu'il fut vaincu et fait prisonnier (1557). L*armée française était détruite, et la route de Paris ouverte aux ennemis.

La bataille de Saint-Quentin pouvait être aussi funeste à la France que Ta* vaient été celles de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt. Le duc de Savoie voulait que l'armée victorieuse marchât aussitôt sur Paris. Heureusement Philippe II, qui était d*un naturel moins confiant , ne lui permit pas de tirer parti de sa victoire, et lui ordonna de borner tous ses efforts au siège de Saint-Quentin. Cette ville, dont les murailles tombaient de toutes parts devant l'artillerie espagnole, fut enlin prise d'assaut le 27 août. Coligny , d'Andelot, et une iouie

WA«m FAAltCE. BBVAttn Ml

d'officiers distingués furent faits pri- •onniera. Les Rspagnoli prirent ensuite le Catelet, Ham , IS'oyon et Chaulny, et mirent garnison dans toutes ces places. Mais pendant que Philippe II se consumait a prendre quelques villes fortes, Henri II avait pu le temps dp recruter une armée ; il se trouva bientôt en état de tenir de nouveau téte à l'ennemi.

Alors Philippe II se retira k Bruxelles, et les deux rois ne tardèrent pas à mettre leurs troupes en quartiers d'hiver.

Un événement imprévu , la mort de la reine llarie, Tint rompre bientôt après rallianoedie TEspagne avec l'Angleterre ; i'avénement de sa sœur Élisabeth, qui était protestante , changea entièrement la politique de cette poissanoe au dehors. Philippe II d^ra alors la paix , et il Taurait acceptée à des conditions assez dures ; mais la rivalité du connétable de Montmorency et du duc de Guise, et les intrigues de Diane de Poitiers, firent conclure un traité moins avantageux que celui auquel la France avait droit de prétendre. Ce fut le traité du Cateau* Cambresis , si^né le 3 avril 1559.

Cette paix tut tout à l'avantage de rEspagtie, qui gardait l'Italie et les places de Thionville, Hesdin et Montniedy.

Il semble que les négociateurs français ne sentirent pas immédiatement toute réteudue des conressions qu'ils avaient faites. Mais lorsqu'on vit revenir les

ffarnîsons du Piémont et de la Toscane, orsqu'on fit le compte effrayant de 189 villes fortiliées que la France restituait à l'Espagne, alors il y eut un déchaînement universel contre Montmorency et Sni nt- A nd ré, qui avaient négocié le traité quoique prisonniers, et qui avaient fait payer à la France leur rançon plus cher que celle de François I*'.

Pour consolider cette paix, Élisabetb, fille de Henri II, promise d'abord à l'infant don Carlos, tutfiancéeà Philippe II. Elle ftit conduite en Espagne par le roi de Navarre, et mariée au roi, le 2 février, à Guadalaxara, par TarcbevéquedeBurgos.

Dès que les réformés commencèrent à être inquiétés, Philippe II, qui s'était fait en Europe le champion du catholicisme , ne cessa d'encourager et même de prescrire les persécutions à la cour de mnee. Ce riit eo vain ^ue Cathe-

rine de Médicis, qui voulait se ménager son appui, diargea ses ambassadeurs de lui expliquer sa conduite modérée à l'égard des huguenots , et de protester de son attachement à la foi catholique, il, blâmait ouvertement toutes les mesurés conciliatrices. « I^e ducd'Albe, raconte de Thou , disoit de sa part aux ambassadeurs qu'il souiiaitoit qu'on puntt sans aucun respect humain tous les sectaires de France, avec la même rigueur dont le roi Henri II avoit usé....; et si la reine manquoit à un si juste devoir , Sa Majesté Catholique avoit résolu de sacrifier tous ses biens, et sa vie même, pour arrêter le cours d'une peste qu'il regardoit comme menaçant paiement la France et TEspagne. »

D'un autre côté, les catholiques français , qui ne pouvaient avoir aucune confiance dans la politique tortueuse de Cathnine de Médicis, se tournèrent de bonne heure du côté du roi dTspa« grie ; et en effet ce prince ne laissa échapper aucune occasion de les appuyer avec vigueur. Lorsque la guerre civile eut éclaté dans le Midi , 3,000 Espagnole vinrent se joindre à Montluc (l')G2) en Guienne, et y exercèrent contre les réformés les plus horribles cruautés. De~ puis cette époque, les négociations ne aiscontinuèrent pas entre les deux cours, Philippe se plaignant toujours fie la tiédeur de la reine mère a défendre le catholicisme , et Catherine repoussant toujours les moyens violents , et cherchant seulement a contenir et à écraser les uns par les autres les réformés et les catholiques. En général les réponses de la reine furent toujours assez vagues, bien que plusieurs foi.^, et entre autres le 12 février 1564, elle eUt été vivement sollicitée par tous les prinoes catholiques de prarare un parti energi* que.

Bientôt la puissance croissante de l'Espagne, et ses sucoèi contre les provinces des Pays-Bas qui s'étaient insurgées, effrayèrent !e conseil du roi , qui lit à différentes reprises passer au prince d'Orange de l'argent pour l'aidera lever des soldats. De nombreux rassemblements de troupes se fir«nt, en 1571, eu Tsormaudie et à Bordeaux. Une partie devait s'embarquer pour aller attaqmu*

les galions espagnols k leur retour a'A.-

&oi lÊSPAmm i/oniveas,

inérique ; le reste entra en Flandre.

Koui raconterons ailleurs les résultats

de ces expéditions. (Voy. Hollande.) Il est probable que le dernier de ces corps d'armée, uniquement composé de huguenots , fîittrahi par Charles IX, qiii instruisit le duc d'Albe de sa mnrrhr.

Il fut enveloppé et détruit par l'armée espagnole, le 11 juillet lô72.

jLa hbuTelle de la Saint-Barthélemy rnusa en Espagne une joie générale, et Pbilippe II fit dire à Charles IX, * ^ue « le monde, en lui voyant abattre qua- « rantp mille têtes, avoit enfin appris à « coiinoitre sa puissance, et qu'une si « D'Mp nction ne devoit l.iisser qu'un a regret, celui d'avoir été accomplie si « tard. »

Le i-ëjîne de Henri III offre une particularité assez remarquable ; on vit alors , sans que la paix fût rompue entre les deux cours , le frère et la mère du roi faire à la fois, pour leur compte prrsonuel, In guerre a Philippe II. Le premier , ay.int fait alliance avpc les États-Généraux, dirigea uneattaque contre la Flandre ; la seconde réclama la couronne de Portugal , et envoya dari^ les Arores une armée qui no l.mla pas à y cire détruite parles Espagnols. (Voy.

Portugal.)

, Du reste, sous le faible Henri lll, Philippe II put se mêler à toutes les intrigues qui agitèrent la cour et le pays. Les Guises n'avaient cessé, depuis le jour' où ils étaient arrivés au pouvoir, «Je forrespondre ^vcr. rKspngue. La livenait g être driimtivcment coiistituce, lorsque, îe 31 décembre 1584 , François de Rocherolle , émissaire du .cardinal de Bourbon, les dues de Guise et de iMayentie, d'iine part, et les seigneurs de Taxis et Juan Moreno , envorës de Philippe II, d*autre part, sigfl^rent au châtei'U de Joinville le premier aete di[)!o)natique de la ligue. Les contractants déclaraient « qu'ils s'unissoient po^r ia seule tuition, défense et conservation de la religion catholique, restauration d'ieelle , et pour l'entière extirpation de toutes sectes et hérésies de la France et des Pays-Bas. Ils s'engagent à faire déclarer le cardinal de iJourbon successeur;! la couronne après la mort de Henri III, comme priuec catholique le plus proche du sang royal.

en excluant du tout, pour toujours et à jamais , tous les princes du sang de France étant à présent hérétiques et rélaps , sans que nul pense jamais régner qui soit hérétique, ou qui permette, étant roi, impunité publique aux hérétiques. »

Enfin Philippe II s'engageait, movennantcertaines concessions qui lui étaient foites par les princes cathofiques , à leiir fournir par moisMHOOO écus pour payer les frais de In guerre. Le traité de loinville demeura Quelque temps secret; ioais Tarrivée à la cour d'amoassadeurs hollandais vint accélérer la crise. Malgré la protestation de don Bernardin de iMendoza , ambassadeur du roi d'P]spagne, Henri III leur fit, le 12 février 1585, un accueil bienveillant. Cette réception , que Philippe TI tenait beaucoup à empêcher, donna lieu à la rédaction d'un célèbre manifeste publié par le cardinal de Bourbon le 1*^ avril, et que l'on put regarder comme la décla* ration de guerre de la ligue.

Les secours que Philippe II fournissait aux catholimies étaient, on le pense bien, fort loin d'être désintéressés. Son ambassadeur demanda aux ligueurs, eh 1585, de lui livrer la ville de Boulogne. II ne voulait, disait-il , qu'y feire débarquer une armée espagnole qui marcherait immédiatement sur Paris; mois, dans la réalite, son intention était de faire de ce pays un lieh de,relftChe pour la iQotte tiu*i] armait contre l'Angleterre. HeîircMsemeiit Raymond de Bernay, lieutenant du duc d'Épernon à Boulogne, fut averti à temps du complot, et la place fut sauvée.

A 1) tnort de Henri ÏII, le cardinal de Bourbon fut, romme on sait, reconnu parla ligue et par Philippe XI comme roi de France. Sa mort paraissant prochariie, Mayenne songeait à se faire désigner pour lui succéder; mais il ne fut point secondé par le roi d'Espagne, qui songeait lui-même à plaeer sur le trône de France sa fille Isaoelle, petitefille de Henri II. Ces prétentions dC Philipoell, qui trouvaient des partisans parmi les bourgeois de Paris , échouèrent contre l'opposition de la noblesse, qui voulait, avant tout, un roi français.

/amiKiins , re fut dans leur intérêt que, par deux lois, le roi d iiSpague lit

BBPAGNE . FRANC£. EBPAGHB 508

quitter àu j^nce dë Parme la guerrr flek Pays-Bas, pour venir faire lever à Henri IV les sièges de Paris et de Rouen* ' • ■ •' * '

Pendant les derniers temps de la guèrre de la ligue , Philippe était à Paris plus f)uissant que Mayenne lui-ménie.

Ses deux ministres, Bernardin deMëndoza et don Diego d'Ivârra, dirigeaient !f's oonseils de la ligue, et ils s'étaient complétenipnt emparés de l'esprit des seize. Après la journée dite des Fari^ nêSy ils firent entrer dans Paris deux mille soldats espagnols et àem mille Napolitains; enfin, ce fut h l'insticntion dé Philippe que tut taite la convocation d«9 états généraux; ott du moîDs des états qui prirent ce nom. Nous dirons l'article Etats généraux quel lut le résultat de cette assentbléé; <

Cependant, la propositioii qo*il fit fall« amt députés de dimiier la couronne à sn fille causa la ruiné de son pnrti. Ce tut en vain qu'il lit annoncer, le 8 juillet, qu'il ofifrait la main de Tinfante aufduc de Guise: ses prétentions étaient anéanties sans retour. Il tourna alors ses intrigues d'un autre côté, et, désespérant de lutter plus longtemps contre Henri IV, il loi fit profioBer de confondre leurs droits en épousant la princesse.

Cette négociation fut ejitnmee secrètement par un émissaire de Bernardin de MendOKa, que Bbsny intrtidttisit laimême auprès de Henri IV, en aynnt soin de le faire mettre à genoux, et de lui tenir les d<'ux mains pendant qu'il par* lait, de peur que ce ne fût un assassin déguisé. Le roi, de son côté, envoya à Madrid un agent secret nommé la Varenne; mais la vanité de cet homme,

2ui se donna des airs d*ainlM<sadear, le t ren?t>yer, et la négooiation en resta lii»

Lorsque Henri IV fut entré dans Paris, le 39 mars 1594 au matin, les Espagnols qui s'y trouvaient se rangèrent eu bataille dans le quartier Saiut- Anto'ne, et Brissac alla les sommer de remettre en liberté le commandant des IValloni, Saint-Quentin, qu'ils destinaient au supplice, et leur annonça qu'ils pourraient ensuite quitter Paris sans être inquiétés. Ils sortirent, en efifoti le même jour de la capitale, -et prirent la route de Sotesons. « J^e roi,

dit Péréfixe, les voulut voir sortir, et leil regarda passer d'une fenêtre d'au dessus de la porte Saint-Denis. Ils le saluaient tons, le Ghapean fort^baé et avec- une profonde inclination. H teddit le sahit a tous les chefs avec grande courtoisie; ajoutant ces paroles : « Recommandez- « moi bien à vdtre .itûittre; allez-vous- « en , à la bodne beaie, mail n'y reve- « nez plus (*). »

La pnix étant enfin rétablie entre le roi et ses sujets, Henri IV n'eut plus a combattre qlie:le roi d*Espagne; après la soumission de Mayenne et des ()rincipaUx chefs des ligueurs, il se crut assez fort pour lui déclarer soleuneiiement la guerrre (1S95). Cette déclaration fut publiée à Paris le 17janvfer« Philippe n'y répondit que deux mois

J>ius tard. Il protesta que, malgré toutes es pFOirocationé du Béarnais, il ne fe* rait point la guelrre à la France; H recommanda à toiis ses sujets de res-

f)ecter les Français catholiques, a\ec es^uels il voulait demeurer en paixs mats il s'engagea en même temps à poursuivre le Réariiais et les huguenots, ses adhérents, jusqu'h leur entière expulsion du soi français. En conséquence . il ordonna an comte Cba^les de Mansfeld de conduire son armée de Flandre en Picardie, où le duc d' A uniale possédait encore quelques villes importantes; il envoya des ren^rts à tous les ligueurs qui n'avaient pas fait leur soumission, ou qui pouvaient être tentés de reprendre les ncmes; enfin, il ordbntia au connétable de iCastille d'entrer en Franche-Comté avec une armée qu'il avait levée en I.ombnrdie. Henri IV n'avait pas de troupes nombreuses à opposer éux Espagnols; il les attaqua cependant au passi»g( de la Snône, et ce lut alors qu eut lieu le célèbre combat de Fontaine-Française, où, suivant ses paroles, il combattit non {iltts pour la gloire, mais pour la vie.

Le gnin de i ette bataille et les succès qui en turent la suite furent contreoalahoés par des pertes qu'il essuya la même année ttï Picardie. Le ebmte de

(*) On prut voir au oabiriët des osînmiics de la bibliothèque du roi, dans U collcciion diCb de Phisièire de fhMéo lUte gravure du ten^M représentant 6é fiHb

SSPAeNB

L'UWVERS.

ESPAGHE

ftientès s'empara du Catelet, de Dourlens, de Cambrai, et, après une campagne brillante, ramena son armée à Bruxelles , et Vy mit en quartiers d'hiver.

Pendant l'année suivante (1596), la guerre ne fit que languir. Piiilippe II manquait d'argent; Henri IV de soldats. Mais, eu 1597, Henri IV apprenant, pendant le eamaval, la surprise d'Amiens par les Espaj^nols : « C'est « assez faire le roi de France y s'écrja- «t-ii; U est temps de faire le roi • de Haoarre; • et aussitôt il partit pour aller reprendre cette ville, qui ne capitula qu'après un siège long et diflicile. Toutefois, la reprise d'Amiens détermina le roi d'Espagne à demander la paix. Elle fut signée à Vervins, le 2 mai 1598, sur les bases de celle de Cateau-Cambresis. Ce traité entraîna la restitution , de la part de la France, du comté de Cbarolais , enclayé dans la Bourgogne, et que l'Espagne n'essayait jamais de défendre dans ses guerres contre nous; de la part de l'Es-

Éagne, la restitution du Catelet, de >ou riens, de Cambrai et des autres ■villes de la Picardie conquises pendant la dernière guerre. A ces conditions, « une confédération et perpétuelle alliance et amitié, avee promesse de s'entr'aimer comme frères,» iut établie entre les deux rois.

C'est ainsi que se termina la guerre avec l'Espagne. Philippe II renonça à ses anciennes prétentions sur le trdne de France, et reconnut Henri IV.

Depuis cette époque jusqu'à la fin du règne de ce prince , quels que fussent d'ailleurs ses projets contre l'Espagne, la paix ne fut pas troublée entre les deux pays; et, en 1599, le roi publia une ordonnance par laquelle il mterdit à tout soldat ou ofBeier français d'aller servir en Flandre contre l'aniiiduc.

Cependant, en 1601, un incident faillit amener une nouvelle rupture.

« Antoine de Silly, comte de Rochepor, ambassadeur de France en Espagne, se trouvant au mois de juillet à la suite de ia cour, qui était à Valiadolid, il arriva que les Espagnols firent une insulte à ceux de sa suite en sa présence, et l'obligèrent à sortir de son carrosse, et à mettre l'épée à la main pour défendre ses domestiques; mais il ne put empê-

cher qu'il n'y en eût un de tué. Ce meurtre demeurant impuni, les gentilshommes français, entre lesquels étoit le neveu de rambassadeur, rétant un soir allés baigner, prirent querelle avec les Espagnols et en tuèrent deux. Ils ne se furent pas sitôt retirés au logis, qu'ils s'y trouvèrent investis par le peuple, assisté de plusieurs ofBeiers de justice, qui, sous prétexte de j)révcnir un plus grand désordre, forcèrent la maison en plusieurs endroits , enfoncèrent les portes des chambres, pillèrent et emportèrent la vaisselle d'argent et les autres meubles , battirent et outragèrent les domestiques , et emmenèrent les gentilshommes prisonniers. Quelaues jours après, on lui restitua ce aueVon put recouvrer de meubles, mais les gentilshommes demeurèrent prisonniers, comme s'ils eussent été justiciables du roi d'Espagne. Sur Favis qu'il en donna à la cour de France, il eut ordre de sortir d'Espagne sans prendre congé.

Elle défendit le commerce avec les Espagnols, et on alioit rompre avec eux sans l'entremise du pape, qui accommoda le différend, à l'instance du roi d'Espagne. Les prisonniers furent envoyés à Rome, et mis par le pape entre les mains de l'ambassadettr oe Franee : si bien qu'après cette réparation il ne fut plus parlé de l'affaire (*). »

Jusqu'à la mort de Henri IV, la cour d*EspagDe prit part à toutes les intrigues qui agitèrent la cour de France (voyez Kntragues et Épkiinon). Elle avait gagné Nicolas TUoste. commis principal de Villeroy, et peut-être Villeroy lui-même; de telle sorte qu'elle était instruite des moindres délibérations du conseil du roi. Cette trahison fut dénoncée à Henri IV, en 1 604 , par un Français réfugié en Espagne. On voulut arrêter rsicolas l'Hoste; mais Villeroy le laissa échapper, et quelques jours après ce malheureux fut trouvé noyé dans la Marne. On pensa qu*il avait été assassiné par un courrier espagjiol qui l'accompagnait, et qui avait voulu ainsi prévenir les révélations qu'il pouvait fiiire.

C) Mémoires touchant les ambasMdeon et les ministres publics, par M. deWlcque» fprl , la Haye, 1677, p. aaS.

ESPACMB FRAJNCE. BSM«lfB M

L'Espagne signa , le 99 août 1604 , un traité de paix avec l'Angleterre. Henri

rV avait usé de toute son influence auprès de cette dernière puissance pour en empêcher ia conclusion; il n'en fît pas moins le meilleur accueil à Ferdinand de Vélasco, connétable de Castillc et plénipotenti.nrc du roi d'Kspaj^ne, qui traversa ia France pour s'en retourner dans son pays. Privé, par ce traité, d'un allié sur lequel il comptait, il chercha à faire oublier à la cour de Madrid les mauvais procédés qu'elle pouvait avoir à lui reprocher, et signa à son tour avec elle, le it octobre 1604, un traité de commerce par lequel l'Espagne supprima un impôt de trente pour cent qu'elle avait mis Tannée précédente sur les navires étrangers entrant dans ses ports; tandis aue la France, bien qu'à peu près résolue d'avance à ne pas tenir son engagement, promit de ne favoriser en aucune mamère le commerce des Hollandais.

Mais toute la cour ne partageait pas la haine que le roi avait vouée à l'Kspagne; Marie de Médicis surtout montrait pour cette nation des sentiments tout différents. Ainsi Vaucelas, beaufrère de Sully, et aiu bassadeur de France à Madrid, découvrit, en 1609, une intrigue ourdie par Tambassadeur de Florence à la même coiir, parConcîni, par sa femme, par plusieurs de leurs créatures, et très-probablement aussi par la reine et Villeroy. « Le projet, dit Sully, consistoit à faire un double mariage des fils et filles de l'un et l'autre État; voire de bailler hi fille en France, sans renonciation, afin de lornier par ce moyen une vraie union en iceux , qui les fasse résoudre d'avoir mêmes desseins et intérêts et communs amis et ennemis... Tous les^els projets, disait le roi à son ministre, ne peuvent être bfltis que sur eertaîoes pronostications que l'on m'a averti avoir été faites de moi par plusieurs, que je ne devois point passer l'an cinquante-huit de mon lige.»

On sait de quel danger l'Espagne fut sauvée à la mort de Henri IV, qui fut assassiné au moment où il allait entrer en campagne pour réaliser les grands projets qu'il avait conçus, et dont le réraitat 4avait être l'abaissement de la

maison d'Autriche. Cette puissance saisit avec empressement l'occasion de s'insinuer dans les affaires de la France; et dans l'unique but de causer une guerre civile, elle (it faire des propositions au prince de Condé qui se trouvait à Milan. '< T-e comte de Fuentès, alors gouverneur de Lombardie, alla, dit le maréchal d'Estrées, rendre visite au prince, et employa toute la force de son esprit et tous les artifices dont il fîit capable pour piquer son ambition , et lui ouvrir un chemin facile à la royauté par les secours puissants qu'il lui promit de ia part du roi d'Espagne, son maître. »

Heureusementpour la France, Condé eut alors la sagesse de repousser ces propositions , tandis que la régente se voyait , pour ainsi dire , dans la néceasite, pour résister à la liguedes princes, de se jeter dans les bras de cette même cour dont ils avaient refusé d'accueillir les avances. Une négociation fîit doue entamée, et l'on y traita de nouveau du double mariage dont il a été question plus haut. Le résultat fut communiqué au conseil le 20 janvier 1612; mais, lorsqu'il fallut le publier , le 25 mars suivant, le prince de Condé et le comte de .Soissoiis le désavouèrent, bien qu'ils eussent d'al>ord paru l'approuver.

Deux traités furent cependant signés à Fontainebleau , le 30 avril 1612; run ortait que le roi de France épouserait infante Anne d'Autriche, et que Philippe, prince d*Espagne, épouserait madame Élisabeth de France, sœur du roi; par l'autre, les deux monarques se promettaient niuluellement hiecuurs et assistance pour combattre ceux qui entreprendraient quelque chose contre euxèt contre leurs Etats, et réduire ceuxde leurs sujets qui lèveraient l'étendard de la révolte ; le cas échéant, l'un des deux monarques devait envoyer à Tautre , à ses dépens, pendant six mois, un corps de 6,000 hommes de pied et de 1,200 honmies de cavalerie ; tous deux s'interdisaient la faculté de donner asile aux sujets de l'un d'eux, qui se seraient rendus coupables du crime de lèse-majesté; enfin, ils s'engageaient a les livrer, à la première réclamation , entre les mains des ambassadeurs du souverain offensé.

£q conséquence de ce traité, le duc

Bt»l6NB * L'UHiVftilS. WPAÛtE

ifAfftafikMt flit envoyé à MidKd , pour

y faire solennellement la demande de la

f)rincesse espagnole. Mais alors survint a guerre des Driocesqui se termina par le traité de Sainte-MenehoDid , et forçii la reine de demander, pour les mariages projetés, le consentemefnt des états généraux. Cette assemblée approuva, en effet, tout ce qui avait été niît ( voyez ÉTATS oÉNBBAUX) , et l'échange des deux princesses eut lieu, le 9 novembre 1615. Anne d'Autriche , de six jours seulement plus âgée que Louis XIII, avait ligné, le 16 octobre précédent, dans le couvent de Burgos, une renonciation formelle, écrite tout entière de sa main, à tous les droits qu'elle aurait |Mi avoir sur la suoceufon de son père ou dp sa mère.

Cependant, l'œuvre de l'abaissement de la u)aison d'Autriche s'accomplissait à meiareque la France acquérait plus de puissance. Partout, d'ailleurs, le gouvernement français cherchait à créer à rKspagne des embarras. 11 prit une IKirt aeerdte, mais active , à la eonjura- ^on du ducd'Ossone, vice-roi de Naples, qui avait formé le projet de se rendre indépendant (1619) ; et, lorsque cette entr^rise eut éctioué ^ de Luynes, qoi gouvernait alors Loaîs XIII , en fut quitte pour désnvoufr les agents (ju'il avait envoyés en Italie aCn d'être plus à portée dès événements. Cette intrigue lut suivie de l'affaire de la Valteiine, que les Espafînols avaient envahie. Bassompierre, envoyé à Madrid , en 1621 , en qualité d'ambassadeur extraordinaire, après avoir apaisé une querelle que l'ambassadeur ordinaire , du Farcis, avait eue avec la police de cette ville, entama les conférences; mais la lu'^oeiation fot interrompue par la mort de Philippe III; elle fut reprise après Tavenement de Philippe IV, et terminée par le traité signé à Madrid, le 2à avril 1631, lequel mécontenta tous les partie et n'amena point la conclusion de Tat faire de la Valteiine.

Les négociations, furent donc renouées plus tard , sous le ministère de Richelieu, et enfin du Fargis si|;na, le l*''^ janvier 1626, avec le premier ministre du roi d'Espagne , un traité qui devait terminer cette querelle, mais auquel Richetteu demambi plusieurs mo-

diflcatidns , sons prétexte (foe niînlîas-

sadeur avait agi sans pouvoirs sufSsants , ce qui donna lieu à un noiiveâh traité, signé, la même année, à Monçôn en Aragon. • •

Les secours fournis aux huguenots par l'Anîileterre rapprochèrent ensuite Richelieu de l'Espagne; et, le 20 mars 1627, leducd'Olîvarès si^na,à Madrid, avec du Fargis, un traité d'alliance, dont le but était d'envahir l'Angleterre, de la conquérir à frais communs , de la partager entre les deux parties contractantes, et d'y rétablir la foi catholique. Ce fut en exécution de ce traité que, lors du siège de la Rochelle, on vit arriver .devant cette ville , le 21 janvier 1638, one flotte eëpa|i(nole de 38 voiles. Mais ces vaisseaux étaient si pauvrement équipés, qu'ils ne purent rendre aucun service, et, à la première apparition des Anglais, ils se bâtèrent de se retirer.

A partir de ce moment , l'Espagne, au lieu d'aider Louis XIII , chercha au contraire tous les moyens de fomenter la guerre civile en France; elle signa; le 24 avril 1629, avec le duc de Rolian, alors en révolte ouverte contre le roi, un traité par leqoel ce prinoe se mettait à sa solde , avec 14,000 hommes, moyennaut 340,000 ducats par an ; a et dans le cas où lui vt les siens pourraient se rendre assez forts pour se cantonner et former Wf^ État à part, » il s'engageait à laisser aux catholiques la liberté de conscience. Mais les mesures enerc;igues du cardinal rendirent ce traité inutile, et la pair d'Alais mit enfin an terme aux çriiorrrs de religion.

Dès lors, Richelieu tourna toutes ses pensées contre la maison d'Autriche. Il commença par uneexpédHion en Italie, dans le f)ut de délivrer Cnsal , assiégé par les Espagnols; puis , après s'y être longuement préparé, et s'être assuré de nombreuses amances , il déclara , en 1686, la guerre à l'Espagne , et l'attaqua de tous les cotés à la fois.

« Qu'est-ce que les Espagnols , dit-il «dans ses Méinoires» ont fait atitré chose dépuis le traité de Vervins, que de s'agrandir aux dépens de leurs foibles voisins, et comme un feu toujours allumé à qui m matière plus proche sert de passage pour arriver à la pins éloignée » nt

la çonsumer , passer de province en

firovince, et se les assujettir l'une après 'autre, selon que chacune est plus voisine de la dernière occupée? Ils prétendoient faire de même de tous les États de l'Europe , et parvenir, par ce moyen, à la monarchie nniverselle de la chrétienté.... Cettegrandeur si injuste, sans respect de traites, de serments et d'aliianees, croissant ainsi continuellement par la ruine de nos voisins , ne nous imposoit-elle pas une assez grande nécessite de faire la guerre pour nous en défendre? Y â-t-ii prudence et justire qui permette d'attendre que les autres soient dévorés pour l'être les derniers. i\ étions-nous pas assurés qu'ils Touloient venir à nous par tant d*eh-' treprises Iquils a voient tentées sur diver«5es places de cet État?» Cependant cette g;uerre que Richelieu avait hésité dix anis à comméneer, fut d'abord difficile. « Les Impériaux entrèrent par la Bourgogne, et les F^spagriols par la Picardie. Ils n'étaient plus qu'à trente lieues de Paris; on déménageait : le ministre lui-même semblait avoir perdu la tête. Les Espagnols furent cependant repoussés (lti36). Bernard de. Saxe- "Weimar gagn>i , au profit de la France, ses belles Batailles de Rbinfeld et de Brisach; Brisarh, Friliourg, ces places imprenables , lurent prises ; enfin , en 1640, le cardinal trouva moyen de simplifier la guerre : ce fut d'en créer une il rFsj).i<j:ne. chez elle , et plus d'une. L'est et l'ouest, la Catalduiie et le Portugal prirent feu euincuie tei|ips, et les Catalans se mirent sous la pioteetion delà France.

« L'Espagne voulut faire comme Richelieu, lui ménager chez lui une bonne guerre intérieure; elle traita avee Gaston, avec les grands; mais le comte de Soissons . qui lit feu avant l'ordre, fut obligé de se sauver chez les Espagnols, et iiit tué en combattant ppur eux près de Sedan (1641). Cependant la faction ne se découragea pas ; un nouveau comlot fut tramé; mais Richelieu réussit se procurer une copie du traité conclu avec l'étranger; il fit couper In tète à Cinq-Mars et a de Thon , et le duc de Bouillon fut obligé de se racheter en reodaut la ville de Sedan, le foyer de. toutes les intrigues; tandis qu'à l'autre

ICS. * MMuOn 107

bout de la France, le cardinal prenait Perpignan aux Espagnols. Oes deux

pinces furent un ]eas du grand homme a la France, qu'elles couvraient au nord et au midi. Il mourut la même année (164t), et fut suivi de près par Louis XIII (1643).

« Le nouveau règne fut inauguré par des victoires. L'infanterie française prit pour la première fois sa place dans le

monde par la bataille de Rocroy (1G43). La victoire engendre In victoire. Les lignes de Rocruy forcées, la barrière de rhonnenr espagnol et allemand fiit forcée nour jamais. L'annéesiiivante(1644), l'hanile et vieux IVlercy laisse emporter les lignes de Thionville; Coudé prend Pbilipsbourg et Bfayence, la position centrale du Rhin. Mercy est de nouveau battu, et complètement, à INordl'mgea (ir>4.'i). En 1646, Condé prend Dunkerque, la clef delà Flandre et du détroit; enfin , le 20 août 1648, il gagna dans l'Artois la hntnille de Lens. Le 24 octobre fut signée la paix de Westphalie. Condé avait simplifié les négociations ('). >» Cette paix donna à la France l'Artois, l'Alsace et le Roussillon.

Cependant It^s Espagnols voulurent profiter des troubles de la fronde, et la guerre recommeo^ (1649). Mais ce fut en vain qu'ils prirent Condé à leurs gages, ils furent battus par Turenne; Mazarin les accabla avec l'aide de l'Angleterre; et enfin la victoire des Dunes amena la conclusion de la paix des Pyrénées , qui , aux précédentes conquêtes de la France, ajouta Graveiines, Landrecy, Thionville et Montmédy.

Le 3 juin 1660, Louis XIV épousa l'infante, avec une dot de cinq cent mille écus qui ne furent jamais payés. Cette princesse avait renoncé à toute succession aux États d*Espagne, et Mazarin n'avait pas disputé sur cette clause; car des lors il prévoyait ce que vaudraient un jour les renonciations.

I>ouis XIV, en effet, n'eut pas un instant la pensée de souscrire a cette renonciation. Dès l'année IGtil , il s'occupa sans relâcbe de rhéritase de la monarchie d'Espagne, et travailla à fidre ré\()(|ncr l'acte qui s'opposait à ses projets.

(•) Micbelet, Précis histoire moderne, p. a37 et «liv.

■BPA«SS

L'UNIVERS

B8PAGHB

« En 1661 , Philippe IV vivait encore.

Il n'avait pas payé la dot accordée à Mc'i rie-Thérèse en'échange de ses droits n la succession espagnole : la clause essentielle de l'acte de renonciation n'avait donc pas été accomplie. Louis XIV, qui regardait un contrat particulier comme ne pouvant pas déroger à une loi fondamentale, rcputait cet acte nul en loi^mlme; mais il ae fortifia encore davantage dans Topinion de son invadilité, en voyant la cour de Madrid le violer de son côte. Il négocia dès lors avec elle pour obtenir la révocation de cet acte, et avec divers cabinets de TEurope, pour les préparer à la revendication des droits de sa femme sur la monarchie espagnole. Ces négociations étaient d'autant plus opportones, que la succession pouvait s'ouvrir d'un moment à l'autre. Philippe IV, resté longtemps sans avoir d'héritier mâle, mourut en laissant un successeur de quatre ans, maladif, infr t et.toujours sur le point de succomber, le débile Charles II. Mais Louis XIV, impatient d'agir et de s'étendre , ne prépara pas seulement les autres puissances à ses projets sur la succession totale de l'Espagne, si elle devenait vacante; il se ménagea un moyen provisoire d'agrandissement , par le droit de dévohmm, qu'il pouvait invoquer après la mort de Philippe IV, et sans attendre celle de Charles II. Ce droit résultait d'une coutume en vigueur dans quelques provinces des Pays-Bas,

Î|ui donnait l'héritage paternel aux enants du premier lit, préférablement à ceux du second. Louis XIV détourna cette coutume de son application civile pour la transporter dans Tordre politique, et lui faire régir la transmission ^des couronnes ou tout au moins des provinces. Marie-Thérese, sa femme, étant du premier lit, tandis que Chart(S If était du second , il revendiqua pour elle la partie des Pays-Bas qui admettait le droit de dévolution. Il la fit demander d'abord d'une manière amiable; mais ne l'ayant pas obtenue, J il recourut à l'emploi des armes. Il envahit la Flandre et conquit la Franche- Comté. Cette première guerre, qui donna le branle a tout son règne, cornmeîîca ( ri 1007, et finit en 1668 par la paix il' Aix-la-Chapelle. Elle eut son ori-

(pne dans une question de succession

partielle à la monarchie espagnole (*). u Cette guerre, en résultat définitif, donna la Flandre à la France, et étendit ainsi sa frontière du coté du Nord. La Hollande, en interposant sa média* tion , arrêta seule la conquête du roi; mais cette république attira ainsi sur elle un orage qui éclata en 1672. La paix de Nimègue , qui mit fin à cette guerre en 1678, fut avantageuse à la France, par cela seulement que l'Espagne étant intervenue dans la lutte, paya pour les autres. Elle recouvra les villes de Charleroi , Ath , Binch , Oudenarde et Courtrai, qu'elle avait cédées par la paix d'Aix-la-Chapelle, ainsi que les villes de Limbourg et de Gand, conquises par les Français durant la guerre.

Mais elle renonça définitivement à la Franche-Comté, et elle abandonna en outre plusieurs places des Pays-Bas espagnols, comme Yalenciennes, Bouchain, Condé, Cambrai, Aire, Saint- Omer, Ypres, Maubeuge.

Cependant la guerre de Hollande avait habitué l'Europe à se réunir contre Louis XIV , et préparé ainsi la gi'amle ligue de 1689, dans laquollf^ on vit entrer successivement l'Empereur, l'Empire, l'Angleterre» la Hollande, rSspagne, la Savoie et la Suède. Cette ligue rot suivie de la guerre d'Allemagne, qui dura huit ans, et fut terminée par la paix de Ryswick, laquelle fut signée le 20 septembre 1697, et rendit à l'Espagne toutes ses conquêtes du côté des Pyrénées, et, en Flandre, Luxembourg, Mons, Ath et Courtrai.

La succession d'Espagne était sur le point de devenir vacante. Lonis XIV commença alors à s'en occuper sérieusement. Charles II, dont la santé s'affaiblissait chaque jour , s'était marié deux fois et n'avait pas eu d'enftints. Il avait épousé, après la paix de Nimègue, Marie-I.ouise , fille du duc d'Orléans et nièce de Louis XIV ; cette princesse était morte en 1(^89, non sans soupçons d'empoisonnement. Le roi avait épousé, peu de temps après, Marie-Anne de JNeubourg, kelle-sœur de l'empereur

{*) Mignel , IVe^oeiatitms relothn à ia tvecêssion tt Espagne, t«I, introduetioDy p. vn et Buiv.

FRANCE

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