‹ France Dictionnaire encyclopédique (volume 2)Chapitre 54 sur 97 · FR^I^CE. ESPRIT 52S · texte numérisé non relu

FR^I^CE. ESPRIT 52S

lui-même, l'âme tout entière? car tel 1 fut d'abord le sens du mot esprit. Vol- I taire voit dans celte application du terme employé pour signifier le tout, à une partie du tout, un effet du hasard qui a tant d'empire sur la formation des langues. M. Villemain dit quelaue part que , sans doute, c'est parce qu ils attachaient beaucoup d'importance à l'esprit et parce qu'ils en avaient beaucoup , que ) les français firent à cette faculté l'honneur de la désigner par un terme aussi magnifique (*). Cette explication, qui suppose que la langue fut ici complice de l'orgueil national, est un joli trait d'esprit. Mais M. Villemain n'a sans doute pas voulu donner une étymologie sérieuse : au fond , il est sans doute de l'opinion de Voltaire et résout comme • lui ce petit problème par l'influence capricieuse du hasard.

Quand on veut traduire en latin ou en grec une phrase où le mot esprit est placé dans l'acception dont il s'agit ici , on a beaucoup de peine à trouver un équivalent qui satisfasse. On est obligé de recourir à une périphrase , et encore est-il rare qu'on sorte entièrement d'embarras par ce moyen. Une difficulté moins grande, niais aussi réelle, nous arrête encore, lorsque nous voulons chercher à esprit un équivalent exact dans les langues modernes. Ni Vingegno des Italiens, ni Vagiidezza des Espagnols, ni le witz des Allemands, ni Vhumour des Anglais, ne sont parfaitement ce que nous cherchons. Chacun de ces mots ne répond qu'en partie à ce oui est pour nous Vesprif, et ne le traduit pas. On peut en conclure légitimement que l'esprit est chose essentiellement frant^aise, que c'est à nous qu'appartient, comme un privilège spécial, l'espèce de finesse légère, délicate , enjouée , piquante et un peu étourdie qui a reçu ce nom. Réclamer ce niélaiige de qualités diverses comme n'étant qu'à nous , est-ce faire preuve

(•) Telle esr, du moins, l'idée renfermée dans celle phrase ingénieuse que nous avons reinaripiée dans l'éloge de Montesquieu :

« Cette faculté heureji.se , à laquelle les

Fi ançais ont donné , sans Joute dans U nr intérêt, le nom même de l'esprit , quoiqu'elle n'en soit que la partie la plus vive et la plus légère. »

f Kv V. . ....

d'un orgueil national exagéré ? Pas le moins du monde. Quand nous présentons ici l'esprit comme étant la propriété de notre nation , nous n'avons pas l'intention de nous glorifier aux dépens des autres; nous exprimons un fait:

c'est que ce que nous nommons X esprit n*exisie que chez nous. Du reste, ce que les Allemands, les Anglais, les Italiens, etc., ont à la place, a-t-il moins de prix , est-il moins digne d'iidmiration et d'estime? Nous n'en savons rien, et c'est une question que nous n'entreprenons pas ici d'examiner.

L'esprit n'a pas toujours fleuri en France. Ce n'est que vers le seizième siècle, à la lumière de la civilisation renaissante, qu'il a pu éclore et se développer dans notre nation. Dans le moyen âge on trouve souvent de la tnalice, ou de la subtilité, ou de la bouffonnerie ; on ne trouve point d'esprit. L'esprit, que le seizième siècle corrompait souvent par un mén lange d'érudition et par des restes de grossièreté barbare , que l'hôtel de Rambouillet raffina ensuite outre mesure par sa manie d'élégance et son ridicule purisme, l'esprit jeta enfin une lumière aussi pure que brillante, sous le règne de Louis XIV, dans cette société dont la vivacité et la finesse étaient toujours accompagnées du plus aimable naturel et du goût le plus juste. Alors l'esprit se montra paré de toutes les grâces dans mille ouvrages ingénieux.

Il éclatait à toute heure dans ces con^ versalions pleines d'abandon et de saillie où se réunissait l'élite de la cour, et souvent il y atteignait un degré de vivacité et de délicatesse dont les ouvrages les plus spirituels du temps ne peuvent nous donner une idée. 11 y a un mot de la Bruyère qui pourra paraître peu juste à beaucoup de gens, mais qui nous semble avoir été vrai dans le dix-septième siècle : « Il me semble, dit-il, dans le chapitre De la conversation ^ que l'on dit les choses encore p)us finenient ûu'on ne peut les écrire. » .

Le oix-huitième siècle a été appelé tè siècle de fesprit. Pourquoi cela? Est-ce qu'il y avait plus d'esprit dans le salon de madame du Deffant que dans celui de madame de Sévigné? Won sans doute; mais cette époque a été ainsi nommée

Sf4 Mnar L'UNIVERS.

parce que Tesprit s'y popularisa , et qu'il ne ftit plus seolement ie privilège de

quelques cercles formés par la noblesse et par un petit nombre ae littérateurs; il se répandit dans la nation , de manière qu*an grand nombre d'individus pot' piétenore aux plaisirs quMI Ml goûter et aux honneurs qu'il procure. Ce nom donné au dix-huitième siècle vient peutêtre aussi de ce que l'esprit v fut cultivé

f)lus pour lui-même, c est-a-dire, avec e désir de briller et rintenlion de produire de l'effet. C'était u qui se ferait dans les salons une réputation d'homme d'esprit : on faisait assaut de traits pi* quants, de fines épigrammes ; on s*eiei« tait pour improviser des mots dignes d'être recueillis et répétés; souvent on en apportait de tout faits dans on cercle. Parla il arriva que Tesprit, plus répandu qu'au dix-septième siècle, eut moins de naturel et de vérité, et perdit cette aimable naïveté que les causeries de madame de Sévigné nous révèlent.

Voltaire disait en parlant de son temps : « L'esprit court îes nies. » Que dirait-il donc aujourd'hui? car l'esprit s*est popularisé bien plus encore dans notre époque, et il n'est presque aucune classe ae la société aujourd'hui oi^i l'on ne trouve des gens spirituels. 11 est vrai qu'en devenant aussi commun « Tesprit a dégénéré un tant soit peu. Au milieu de cette société oIj tout le inonde a sa part de lumières, mais où par cela même la médiocrité est plus commune, ce sont choses rares que la véritable délicatesse, le vrai bon goût, le véritable art de causer, la vraie finesse de style. Dans une société composée uniquement en quelque sorte de parvenus, puisque la classe moyenne vient tout récemment de monter tout entière à la surface, il y a sans doute beaucoup d'hommes de bon sens , beaucoup d'à*

gré^bles causeurs; mais qu'on y trouve, élas! peu d'hommes véritablement dignes du nom d'hommes d'esprit ! Enfin, • malgré cette espèce de décadence, Tesprit français n'en continue pas moins à être goûté, recherché, applaudi par les nations voisines : sa vogue européenne s*est même étendue par l'influence de nos conquêtes et de nos relations. Aujourd'hui , une moitié de l'univers est tributaire de notre imagination et de

notre gaieté, comme elle l'est de nos modes et de nos usages. Un seul fait en sera la preuve : dans toute partie du

monde où la civilisation a pénétré, quand on veut monter un théâtre , quand on a besoin de se divertir avec des représentations dramatiques, que fait-on d'abord? à qui s*adresse-t-on ? On prend le répertoire de M. Scribe; et les échos de notre vaudeville retentissent jusque sous le ciel de l'Amérique et de rAsîe.

KsPRTTS (beaux).— L'esprit devient du bel esprit quand il s'affiche, quand il vise à l'effet, quand la vanité s'en sert comme d'un moyen de briller dans le monde, et le raffine pour lui donner plus d'éclat. L'idée de prétention et même d'affectation est inséparable pour nous de celle que ce mot éveille. Un homme d'esprit fait un usage habile, mais discret, de son esprit : un bel esprit abuse du sien. .

Toutefois, ces mots, un bel esprit, n'ont pas toujours été employés dans le sens que nous venons de définir. Au dix-septième siècle, cette expression était presque toujours prise en bonne part : on s en servait pour caractériser un haut de^ré de talent, on l'appliquait souvent même au iiénie. Corneille, Bossuet. Racine, furent souvent appelés de beaux esprits*

Peu à peu, l'acception de ce mot changea, et au dix-huitième siècle, la Harpe y attachait à la fois une idée de louange et une idée de blâme. Dans le monde, onap|)elait de ce nom les hommes qui , au risque de tomber souvent dans l'affectation , étalaient dans des ouvrages légers et dans les conversations toute la finesse de leur esprit, et l'ai^inisaient encore par d'ingénieux et subtiles efforts. Les beaux esprits furent très recherchés alors, quoique la critique siçnaiflt les travers de godt où ils tombaient. Le bel esprit fut une mode à laquelle les génies les plus sérieux payèrent leur tribut, comme les nlus frivoles. Montesquieu, avant de faire VE^U des lois, commença par mettre beaucoup de bel esprit dans les Lettres persanes. Fontenelle le porta dans les sciences et dans la philosophie; Voltaire fut parfois un bel esprit dans sa correspondance et dans sa conversation.

Pour lieaucoup d'autres noms célèbres.

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t« bel esprit était à lui seul une profession : tels furent Desmahis, Ruihières et une foule d'autres. Dans le DOJUbre, on comptait beaucoup d 'abbés.

Aujourd'hui, les oeaux esprits ont disparu. Dans notre société occupée d'aff'urps graves, d'intérêts positifs, et d'ailleurs oeaucoup moins passionnée que Tancienne pour les plaisirs délicats et rafïinésderintelligence, cette espèce d'hommes ne pouvait subsister. Dans nos salons (rnu jourd'hui, un bel esprit ferait rire; c'est une preuve qu'on aime aujourd'iiui le naturel , et cela nous fait honneur, ^lais l'amour du nnturel n'estil pas chez nous le goilt du sans façon ? Si le bel esprit est aujourd'hui impossible , c*est peut-être qu'on a moins d'esprit qu'autrefois.

EsQUiBES , ancienne seigneurie de l'Artois (aujourd'hui du département du Pas-de-âilais) , érigée en marquisat en

F.SQUIROL (Jenn-Etienne-Dominîque) naquit à Toulouse en 1772. 11 se trouvait, en 1794, en qualité d'élève, dans les hôpitaux militaires de Narbonne, lorsqu'il eut le bonheur d'arracher nu tribunal révolutionnaire, par un élo-

auent plaidoyer, un officier accusé 'ayoir abandonné ses drapeaux. Ce succès oratoire ne In détourna pns do la carrière médicale. Reçu docteur en , 1805, à la faculté de Paris, il visita, en 1808, tous les hôpitaux d'aliénés de ta France, et fut nommé, en 1811, médecin de la Salpêtrière. Car, dès son début , il s'était livré à la spécialité , dont il peut, à juste titre, être regardé comme le créateur. En 1799, il avait déjà fondé , pour la guérison des maladies mentales, cet établissement devenu le but de tous ses soins , le modèle de tout ce qui depuis a été fait dans ce genre. Il conimenra . en 1817, son cours de clinique des maladies mentales, signala , avec un zèle louable , les abus quril avait obsenrés dans ses fréquents voyages , et détermina le gouvernement à nommer, pour opérer les améliorations qu'il reclamait , une commission où sa place était marquée d'avance.

L'heureux émule de Howard rendit ainsi les plus éminents services à la science et à l'humanité. Par ses ronstants efforts, il parvint sinon a détruire eutiè-

rement, du moins à adoucir l'un des plus funestes fléaux qui affligent Thu-

manité.

Sa vie active l'avait empêché long* temps d'écrire un ouvrage étendu et

complet, qui résumât les vastes et précieux résultats de son expérience, les découvertes de sôn esprit droit, clair et pénétrant. Jusqu'en 1888, on n'avait de lui que .des mémoires publiés dans de<; journaux scientifiques, et des articles insérés dans le grand dictionnaire des sciences médicales. C'est alors qu'il fit paraître Timportant ouvrage qui a pour titre: Des maladies mm taies, considérées sous les rapports médical , hygiérUqîieet médico-légaly 2 vol. in-8% Paris, 1888. Il est mort en 1840 , mé^ decin en chef de l'hospice de Charenton.

Essayeurs des monnaies. — Chaque hôtel des monnaies avait autrefois un essayeur, c'est-à-dire, un officier chargé d'éprouver le titre des espèces.

Au - dessus de ces officiers particuliers, était un essayeur général, qui résidait à l'hôtel des monnaies de Paris. C'est en 1334 qu'il est fait, pour la première fois, mention de cet essayeur général.

Les monnaies des barons, comme celles du roi , étaient soumises à ses investigations.

EssÉ. — On trouve, à peu de distance de ce village situé a 28 kil. de Vitré, <lans le département d'Ille>et- Vilaine, l'un des monuments druidiques les plus curieux de la France. Il est ewnnu sous le nom de la Roche-aux- Fées. Sa forme est à peu prés celle d'un carré long , composé de 43 pierres, dont 84, assez larges et de médiocre épaisseur, sont fichées debout en terre, et supportent huit roches beaucoup plus grosses. Une cloison transversale coupe l'intérieur de cette eaverne artificielle.

La direction du monument est du sud-est au nord-ouest; sa plus grande longueur de 19 mètres, et sa plus grande largeur de 4, de même que sa luiuteur au-dessus du sol. Le champ qui le renferme faisait autrefois partie de la forêt du Teil , dont il est encore peu éloigné, et où Ton trouve un menhir d'environ deux mètres de haut sur moins d'ua mètre de large.

La situation de la Hoche-aux-Fé^'s , sur les limites de quatre peuples dille-

L'UNIVERa

reats , les l^edones , les Nkmnètes , les Andes et les Arvlens , a fait supposer que sa de<^ti nation était à la fois politique et religieuse.

EssÉ (André de MontâleiDbert , plus connu sous lè nom d'), un des plus braves cnpitninrs de son siècle , né dans le Poitou en 1483, tué sur la brèche de Térouane en lôô8, s'étaitsignalé dai^s les guerres de, louis Itll, de François 1* et de Henri IL François V* disait, en parlant des plus braves de son armée, « JNous sommes quatre gen- « tilsiiommes de la Guyenne qui couf TOUS la bague contre tous allans et «▼enans de In France; moi, Sansac, « d'Essé et Chnstnigneraye. »

£ss£Y ou Essai, Jxeïum, Esseium^ Bourg, autrefois chef-lieu d*une cbfttellenic, avec un bailliage et une vicomté, dnns l'ancienne Nornicindie, aujourd'hui du département de l Orne. Ce bourg occupe remplacement de.raneienne dte des £sst(ly qui acquît une grande importance après la conquête des Gaules par Jules César, et fut détruite par les Saxons peu de temps avant Tépoque où ils fondèrent Séez. Depuis le quinzième jusqu'au dix-huitième siècle, Essey fut entouré de murailles et jouit de tous les privilèges des villes. Son château, bâti au commencement du onzième sièclCiv et flanqué bonnes tours, scrvnit de résidence aux comtes , puis aux ducs d'Alençon. Les Anglais s'emparèrent d'Essey en 1418, et n*en furent chassés gu*en 1442, par Jean II d'Alençon. Il tut détruit pendant la guerre de la ligue.

Le domaine d'Esséy fut séparé du duché d'Alençon au commencement du dix-septième siècle, et donné successivement à plusieurs engagistes.

La population actuelle de ce bourg est de 750 hiib.

EssLiNG (bataille d'). —Vis- à- vis Ebersdorf , à deux lieues au-dessous de Vienne, le Danube est divisé en trois bras séparés par deux îles. De la rive droite a la première tle , il y a deux ceiil quarante toises : cette lie a à peu près mille toises de tour. De cette île a Ja

grande lie où est le principal courant , I distance est de cent vingt toises. L^ grande tle, appelée Itt-der-lobau, a sept mille toises de tour, et elle est séparée de la rive gauche du fleuve par

un canal de soixante et dix toises. Les premiers villages que l'on rencontre ensu lté sont Gross-Aspern, Essting et £n-

zersdorf.

Le 18. mai 1809, sept jours après sa seconde entrée dans la capitale dfe l'Autriche, Nanolçon avait ordonné que deux ponts tussent jetés de la rive droite à la première lie , et de cette lie à celle de IfHkr^Lobauf les généraux Bertrand et Pernetti se mirent immédiatement.à l'œuvre, et l'opération fut terminée dans la journée du 19. Mais, dès le 18, la di* vision Molitor avait été jetée par des batraux à rames dans la grande tle.

Le 20 , Tempereur p.issa dans cette île, et flt établir un [)Out sur le dernier bras, entre Gross-Aspera et Essling.

Ce bras n'ayant que soixante et dix toises, le pont n'exigea que quinze pontons, et fut jeté en trois heures par le colonel d'artillerie Aubry.

iiC 81 , l'empereur , accompagné dés maréchaux Berthier,MassénaetLBnnes, reconnut la position de la rive gauche, ^t établit son champ de bataille, la droite au village d'Essling, et la gauche I celui de Gross-Aspern, qui Turent sur-le-champ occupes, Gross-Aspern parMasséna, Essling par Lannes. Ils furent aussitôt attaqués dans ces positions par l'armée autrichienne : on se battit jusqu'à la fin de la journée.

Le lendemain 22, à quatre heures du malin , les attaques furent renouvelées.

Le général de division Boudet, |>lacé au village d'Essling » était chargé de défendre ce po?te important.

Voyant que l'ennemi occupait un grand espace de la droite à la gauche , on conçut le projet de le percer par le centre. Lannes se mit à la t^te de l'attaque, ayant le général Oudinot à la gauche, la division Saint -Uiiaire au centre , et la division Boudet à la droite. Le centre des ennemis fut repoussé et obligé de se retirer. C'en était fait de l'armée autrichienne, lorsque, vers sept heures du matin , un aide de camp vii>t annoncer à l'empereur qu'un grand nombre de gros arbres et de radeaux , coupés et jetés sur les rives , lors de la pise devienne, a^ant été mis à flot par une crue subite du Danube, venaient de rompre les ponts qui communiquaient de la rive droite à la petite

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