VII. 34 iM>rmis(m. (Dict. bncycl.» etc.) M
m wmÈwnn lunivkrs.
CSTIRIfNE
//enri /"', né à Paris vers 1470 (*).
Lui-même était is£u d'une maison trèsaadmiie, originaire 4e Provence ; mais, admirateur de Fart typographique, récemment inventé, il ne craignit pas , pour Texercer, de déroger à Ja noblesse de sa race, et, ven tséz^ bravant Tex* hérédation patemdie, il fonda son établissement a Paris, me du Clos-Bruneau, à côté des écoifâ de droit. Il avait adopté pour sa marque les anciennes armoirlesde runiveraité :ifl»^ chargé de 8 fleuri de />js , avec une main issant d'un nuage et tenant vn livre fermé. Sa devise : Plus olei (juam vini, exprime bien cette activité vigilante qui devint, chez tesEstiennc, une vertu héréditaire. Le premier des 128 ouvrages catalogués comme étant sortis de ses |>re99êa, flit fÂbré^ de i*aHthmé^que de Boëce, imprime en 1503. On recherche, parmi ses piiblicntions , le Psalterium quinhwlex de Jacques Fabri ou leftlrrre d*EtapleSj 1509 et 1513 ; YIHnerarium d*Antonm, 1512; Gaillaume Mnrat, de fribux fugicfidis , etc. Henri T' mourut vers 1520, a Paris, laissant une veuve et trois Uls, François, Robert et Charles.
François I*^ Esttk'^ne rnntiniia la profession paternelle en société avec Simon de Colines, graveur en caractères et fmprlmeur , qôl avait été associé à Henri etqoi épousa sa veuve. François moîirut en 15.58 , sans avoir été jamais marié. Sa marque particulière est un vase d'or posé sur un livre, et surmonté d'un cep de vigne chargé de fruits.
. JJÂndria de Térence , 1 517 , est le dernier ouvrage auquel ou trouve son nom.
Robert F% second fils de Henri , na* diiit a Paris en 1503. Dès l'âge de 17 ans, également instruit dans les langues latine, grecque et hébraïque, il secondait activement son beau -père. Il publia, deux ans après , une édition latine , en petit format, du Nouveau Testoment.
Les attaques des théologiens de la Sorbonne, mécontenta devoir se multiplier les exemplaires du livre oi!li les partisans des nouvelles doctrines pulsaieht
(*) Nous avons profité, pour la rédaction de cet article, d'uoe excellente iSoiice publiée pnr M.^ Firmin Didot mr Robert et* iw Htnri JStdmiBt
leurs arguments, n'effrayèrent pas le jeune typographe. Bientôt il conçut le
E rejet OHtne édition complète de la Bile; mais des affaires d'intérêt et defemille lui en tirent diffcr^r l'exécution. Ce fut en effet vers celte époque qu'il épousa la fille du savant imprimeur Josse Badins. Cette femme, douée ellemême d'un rare mérite, enseigna le latin à ses enfants, à ses domestiques, de sorte que la langue de Térence et de Gioéron devint le langage commun dans cette maison oik se réunissait Télite des
savants.
Peu après son mariage, vers 1526, Robert rompit son association avec Colines, et fonda une imprimerie, rue Saint- Jean de Beauvais , à Fensphine de V Olivier. Depuis lors, il ne se passa
Sint d*anRée qu'il ne donnât quelque ition de classiques originale ^ ou du moins supérieure, soit par la pureté des textes, soit par l'importance des commentaires, à celles qui avaient précédé.
La correction typographique était pour lui l'ohjet d'un soin si minutieux, qu'il affichait, dit-on, ses épreuves avec promesse d'une prime à ceux qui y découvriraient des fautes. Quelquefois , dans la rue étroite, ohscure et montante où se trouvaient ses ateliers, on vovait venir un cavalier de iiohle figure, ou bien une belle et élégante dame, avec une suite brillante. Ces cavalcades s'arrêtaient à l'enseigne de l'Olivier. T.e cavalier c'était François 1**^; la dame, Marguerite d'Angoûléme sa sœur.
£n 1532 , le grand artiste imprima, a par l'avis et mûre délibération et expérience de gens de grand savoir, > et avec de nooveaur caractères , sa belle édition de la Bible en latin , chef-d'œuvre de correction et de science. Mais, cette fois, l'acharnement des théoloiens fut tel que, sans la haute faveur ont il jouissait auprès du roi, il eût été obligé de quitter la France. Au milieu de ces a!;itations périlleuses où Kstienne semblait se complaire, il publia, au bout de deux ans d*on travail de nuit et de jour, son Trésor de la langue latine, 1532, en 1 vol. in-fol. Ce lexique, d'une vaste érudition, et sans lequel peut-être n*exfeteraient pas les dictionnaires de Gessner et de Forcellini, qui seuls Tont surpassé, lut amélioré dans les éditions
ESTIENHE FRANCE. ESTlENÏfE 631
successives de ISSC, et itittout de 1543, tien et la France doivent plus de recon-
3 vol. in-fol. naissance qu'aucune autre nation à ses
£n récompense de ses travaux et de plus grands capitaines , a donné en hé'
ses sacrifiof», le roi Tavait nommé , eA breu, en grec ou en latin, onze éditionis
1539, son imprimeur pour le latin et complètes de la Bible, et autant dU
l'hébreu. Ce titre , et l'affection du INouveau Testament ; 3<S2 ouvrages ,
prince, le protégèrent encore en 1545 pour la plupart d'une importance capi-
contre le ressentiment des théologiens, taie, sont marqués , soit de son oli?iei*
lorsqu'il eut publié sa nouvelle édition émondé, avec la deYÎse : NollaUum sa-
de la Bible, avec une double version la- pere (quelquefois augmentée des mots :
tine et des notes de Valable. Mais, aus- sed Unie) ; soit de sa marque d'impri-
sitôt après la mort de François 1'^% Es- meur du roi : tffie lance autour de la-
tienne put s'apercevoir qu'il ne devait nuelle s'entrelacent w serpent et me
plus compter sur la faveur royale. Il hranche d'olivier, au bas ce Ters
avait imprimcroraison funèbre de son d'Homère:
auguste protecteur par Pierre du Châ- 3^^^,,- ^,
tel , eveaue de Mâcon. Le prélat y di- J ^.
sait que le feu roi, « selon ce que juge- ^
« ment luiin.iiii peut conjecturer, est soit enfin du simple olivier qu'il adopta
« tres-heureux, ou aux cieulx , ou tout à Genève, avec la légende : OlivaRO'
« le moins en la Toie du salut. » La herti Stephani,
Sorbonne trouva cette conjecture con- Chartes Estienne, troisième fils de
traire à la doctrine de l'Église sur le Henri I*% ne commença à exercer la
purgatoire. Elle renouvela ses persécu- profession de tj^pograpbe, où il déploya
tiens contre rimprimeur, et, cette fois, aussi une activité et une habileté mer-
elles eurent un plein succès. Bientôt veilleuses , qu'en 1551 , après plusieurs
elle étendit sa censure à la Bihle de voyages en Allemagne et en Italie.
1545 , et cette édition fut condamnée. Parmi les 92 ouvrages sortis de ses
ail mois de novembre 1547, dans une presses, et composés par lui , nous ci;>
conférence solennelle tenue à Fontai- terons ; son Prœdium rusticum, 1554|
nebleau. Malgré l'autorité de Henri II, in-8**, et sa traduction de cet écrit, inti-
qui le soutenait mollement , Robert al- \xx\éài Agriculture et maison rustique f
lait être mis en jugement; il comprit son JHmonHariuin hUtcrUo-geogra»
quMI était prudent de quitter Paris et la phico -poeticum, Paris , 1558 , in-4o,
leurs des incessantes persécutions qu'il vaut, que dans aâ propre famille ; mais avait essuyées , il embrassa alors la re- son caractère emporté et jaloux lui ligîon réformée. Ses presses continue- aliéna ses confrères, ses neveux même, rent à produire d'excellents ouvrages . Quelques-unes de ses publications, suret surtout des textes protestants qu'il tout son Tfiesaurus Ciceronis , 1656 , réimprima avec on sàle lacile à OOnee- in-fol., l'obligèrent à des emprunts onévoir. reux ; il fut mis au Cbâtelet pour dettes,
11 ne tarda pas à être reçu bourgeois en et y mourut en 1564. de Genève, et mourut, dans sa nouvelle Henri II ^ fils de Robert V, né à
patrie , le 7 septembre 1559. Par son Paris en 1528 , fit de bonne heure voir
testament, il enjoignit à ses enfants de à son père qu'il deviendrait le digne
suivre la religion reformée, et déshérita héritier de ses travaux. On rapporte que
Eobert H , run d'entre eux qui avait les langues latine et grecque lui étaient
refusé d'abjurer le catholicisme et de parfaitement familières, lorsque, à l'âge
[uitter la France. L'aîné , Henri IJj de 15 ans, il eut pour précepteur le cé-
"^ala, s'il ne surpassa point , le mérite lèbre Pierre Danes. Avide de tous les
; le savoir de son père. genres d'instruction, il voyagea en Ita*
Robert Esticnne , auquel, suivant le ne, exef5;ant Vurtâu ehasSeur dans les
Jugement de de Xhou, le monde chré- bibliothèques, recevant auprès deg
m BSTiBWHB L*UNl?ER9. BSTlBVm
princes, des prélats , des érudits , un accueil iustement fevorable. Il visita encore I Angleterre, les Pays-Bas et Genève, et revint enfin à Paris, en 1554,
Sour faire part au monde savant de ses épouillesopimes.
Le premier ouvrage qu'il imprima après son retour, fut VAnacréon, conquête inappréciable faite dans une vieille tour d'un monastère d'Italie, et dont il avait , suivant son habitude , composé au trot de son cheval , le long de la route , une excellente traduction en vers latins. Vers la fin de la même anliée , on le retrouve encore à Rome, d'où il passe à Naples et à Venise. En 1557, il se remit à publier quelques-uns * des ouvrages qu'il s'était procurés avec tant de pânee et de soins. Mais les sa* crifices nécessitée par ses voyages avaient «épuisé ses ressources , et son imprimerie (Hait ruinée si Ulrich Fugger, qui s'était empressé de lui communiquer ses précieux manuscrits, ne lui eût aussi généreusement avancé les sommes dont il avait besoin.
Ces contrariétés, jointes à la mort de son père (1559), lui inspirèrent, pendant quelque temps , une mélancoKe profonde, une langueur secrète. Sa santé se rétablit, néamnoius, et il reprit ses travaux avec tine nouvelle activité. Mais l'entretien de ses nombreux ateliers , rétablissement de ses frères et sœurs , dont le testament paternel l'avait chargé, un procès assez long , des avances de fonds considérables, le soin de sa maison, enfin, sa profession publique des principes de la réforme, furent encore pour lui des sources d'inquiétudes et de tourments.
En 1566 , il publia ses Pœtse graeci principes , 2 vol. in-fol.; preuve admirable de sa science typographique , et une nouvelle édition de la DradueHon latine d'Hérodote, par Valla , précédée d'une apologie de l'historien grec ; il mit ensuite en français cette dernière partie de son travail , en y ajoutant toutefois une foule de traits satiriques contre les moines et les prêtres , qui, s'ils eussent connu l'auteur de la traduction, ne lui auraient pas épargné un surcroît de tribulations.
En 15C7, il donna ses Artis medicse pnncijpes, ^ vol. in-foi. £n 1578 parut
la belle édition du PUUon, ex nova /• Serrami întmrelalikme , 8 vol. In-fol.
Mais, au-dessus de tous ces importants travaux typographiques ou littéraires, il faut placer son Thésaurus Hnguœ grœcœ, 5 vol. in-fol. publié en 1572, suivant l'expresse recommandation de Robert Estienne mourant. Cette vaste entreprise , qui place son auteur au ran|; dei» hommes It^s plus savants de son siècle et de tous les âges, ce monument glorieux, national, élevé en même temps comme un téinoignni^e d'amour tilial, acheva de ruiner la fortune et la santé de Henri Estienne. La vente de l'ouvrage fut entravée par le prix auquel devait être porté le fruit de 12 ans de soins et de recherches, et par la guerre civile qui désolait la France.
Effrayé, Henn fit un voyage en Allemagne pour y chercher un débouché pour son commerce aux foires de Francfort , et des ressources nouvelles auprès de Fugger dont il se disait l'imprimeur. Sa position s'améliora momentanément, et ce fut alors qu'il put éditer son Platon (1578), son dernier chef-d'œuvre.
Mais, à partir de l'année 1579, la fatalité sembla s'acharner à le poursuivre. Scapula , en donnant un abrégé du Thesaurus, en paralysa complètement la vente. En vam Henri m aocorda-t-il à l'auteur sa protection ; en vain le gratifia-t-il d un don de trois mille livres pour sa précellence du langage fran" coiSy et d'une pension de trois cents livres, à laq^uelle il ajouta des ordonnances pour des sommes assez considérables; le désordre des finances du royaume était tel, que cet argent ne lui était pas payé du tout, ou lui était mal payé.
Estienne sentit bientôt le besoin de quitter la cour de Fïanoe pour s'occuper plus activement de sa nmiile ^ de son commerce; il se remit en route pour TAIlemagne. On le voit tour à tour à Francfort , à Lyon , à Orléans , à Genève, regrettant partout sa patrie, et achevant, par ses mcertitudes, d'épuiser le peu de ressources qui lui restaient. Pour comble de malheur, sa maison , avec tous ses livres et ses ma> nuscrits , fut détruite par un tremblement de terre. A la nouvelle de ce dé-
BSTIENKE FAA
sastre qui lui fut annoncé à Lyon, Henri tomba malade , sa tête s'égara , et il mourut à l'hôpital au mois de mars im, sans avofr eu le dernier bonheur de se consoler par la vue de sa famille, par le souvenir de ses admirables travaux, et par Tespérance de leur immortalité.
Le nomlnre des ouvrages de Henri Estienne est consi(léral)le : ce sont, outre ceux que nous avons déjà nommés , des traductions latines d'auteurs grecs, de petits traités de grammaire, des glossaires, de mordantes satires contre les courtisans, contre les moines, contre Catherine de Médicis, etc. On en trouvera la liste dans Mceron, tome 36.
Henri Estienne eut deux filles, dont Tune épousn Isaac Casaubon, et un fils, Paul , qui fut imprimeur à Genève.
Robert II. né a Paris vers 16ao, était ce second fils de Robert I*^ qui avait été déshérité pour son attachement à la relit^iou catholique. Il parvint à se créer, à Paris , des ressources honorables par ion intelligence «t son travail. Dès 1556, il possédait une imprimerie d'otJi sortirent cent quarante-huit ouvrages, tous dignes de porter l'olivier des Estienne. En 1561, fl ent le titre d'imprimeur du roi, et mourut en Iô7l, laissant deux fils: Robert III et Henri lU.
François II, troisième (ils de Robert I*',' exerça l'imprimerie à Genève, de 1562 à 1582. Aucun de ses enfiints ne s'est fait connaître.
Robert III, fils aîné de Robert II, eut , en 1574, le brevet d'imprimeur du roi , et resta établi dans la rue Saint- Jean de Beauvais. Il mourut sans postérité en 1629, laissant la réputation d'un homme de beaucoup d esprit.
Benri III, son frère , fut trésorier des bâtiments du roi , et imprimeur.
Ses deux fils, Henri If et Robert If^, se lirent connaître l'un comme poète, Tautre comme avocat au parlement.
Pond, fils de Henri II , né en 1566, mort en 1627, établit à Genève, en 1699, une imprimerie d'où sont sorties vingt-six éditions d'auteurs classiques , assez estimées.
Antoine, son fils aîné, naquit à Genève en 1594, revint à Paris, rentra dans l'Église catholique, et obtint, en 1614, te titre d'imprimeur du roi et du