‹ France Dictionnaire encyclopédique (volume 2)Chapitre 71 sur 97 · ETIENNE DÉ TOURNAT FRANCE · texte numérisé non relu

ETIENNE DÉ TOURNAT FRANCE

KTIQITBTTB

ces diverses fonctions, qu'il composa sa comédie des Deux gendres. Cette pièce, jouée en 1811 , eut on grand sneces, et le fit aussitôt recevoir à l'Académie.

L'Intrigante, autre comédie, suivit de près, et ne réussit pas moins. M.lUienne compoiait én même temps des livrets d*opera qui n'étaient pas moins applaudis qtie ses comédies ; on se souvient de la vogue populaire dont jouit ioogtemps l'opéra de Cendrillon,

Le retour des Bourbons fit perdre à M. Étienne toutes ses planes. Réintégré après le retour de l'île d"Elbe, et nommé président de llnstitut, il porta la parole en cette qualité pour féliciter Na-

f)oléon. La seconde restauration lui eneva de nouveau sa position , et le fit même expulser de rlnstitut. Alors, moins pour satisfaire un ressentiment personnel , que pour protester comme citoyen contre les abus que ramenait avec lui le nouveau régime, il prit place parmi les journalistes de 1 opposition , et s'illustra aussitôt datis cette nouvelle carrière par ses Lettres sur Paris ^ insérées ôans la Minerve. Ces lettres, dont le succès fut immense , donnèrent à leur auteur une grande popularité. Le département de In Meuse )e choisit en 1820 pour un de ses députés , et le renomma en 1ST2. La carrière parlementaire de M. Étienne lui a été plus honorable encore que sa cnrrière littérnire.

Jusqu'à la fin de la restauration, il se montra Tud des ôreanes les plus fermes, les plus modérés, les plus habiles du parti libéral. Il apportait dans les discussions de tribune une vivacité d'esprit et une élégance de diction qui le firent surnommer le FonteneUe ée la f)olitique. La révolution de juillet lui a fait abandonner les ranirs de l'opposition. On se souvient cependant qu'il fut le rédacteur principal de Padresse présentée par la cbambre des députés à l'époque de la coalition. JNous n'avons pas nommé^outes les productions littéraires de M. Étienne. A celles dont nous avons fait mention, il faut joindre la Jriuip frmyne colère , comédie; Jnconde, opéra ; les ^mis en bonne fortune, comédie. Jl est aussi 1 auteur d'un Éloge du général Foy,

Étie?«!\e de Toubnay, né à Orléans en 1192, commença par être

simple clerc dans l'église de sa ville natale; puis se retira dans l'abbaye de Ssinte-Euverté, dont il fut élu abbé en 1 163. Appelé ensuite à l'église de Sainte- Geneviève de Paris, il fut chargé de

i)lusieurs missions importantes par Phiippe-Aui(oste , qui le choisit pour un des parrains de Louis VIH, sôn fils aîné. En Î192, il fut nommé évéque de Xournay, et mourut en 1203. Il a laissé trente et un sermons et deux cent quatre-vini^-sept lettres, publiées en 1 682. Ses sermons ne sont guère remarquables que par leur mauvais goiU; il y donne au Verbe de Dieu des modes et des temps, et le conjugue comme les verbes de la grammaire. Plusieurs de ses lettres sont intéressantes pour l'histoire de son temps.

ÉTiBNifv IX, frère de Godefroi le Barbu, duc de Lorraine, fut d'abord archidiacre de Liège. Il suivit ensuite en Italie le pape Léon IX, son parent, devint chancelier de Tl^glise romaine, «et fut envoyé, en 1054, à Constantinople, pour essayer d'opérer la réunion des Grecs avec l'Éelise latine. A son retour, Étienne emorassa la rè^le de Saint-Benoît, et entra au monastère du Mont-C^assin. Trois ans après, le 2 aoiit 10.S7, il fut élu pape d'un consentement unanime, et sacre, malgré lui, le lendemain. Il mourut à Slorence en odeur de -sainteté, le 29 mars 1058. > Étiquette. — On a cru pendant longtemps en France que l'observance de rétiquetto, de cette espèce de loi qui dans les cours ou parmi les membres des castes privilégiées prescrit certaines .formes et commande à. presque toutes les actions, contribuait au maintien de l'aristocratie et du trône. Dès que la hiérarchie féodale fut établie, l'étiquette devmt de plus en plus impérieuse. Cependant elle ne prescrivit pas d*abord ces signes de soumission exagérés et ridicules. A la cour même de Charles V, dont Christine de Pisan nous a dépeint l'organisation , « toutes manières de gens » avaient un libre accès. Mais on voit déjà, en 1419, l'étiquette f)reridre une grande importance. A cette époque, le dauphin, depuis Charles VII, habile à observer les belles manières, regar* dées comme innées chez les gens de cour, ayant eu une entrevue avec le duc

iM ITIQUJnTB LTNIVËKS^ ETLINGEM

de Bourjroiïne «ntrc Melun et Corbeil, s'empressa de rdever le duc qui pliait le geno« devant loi ; et quand m se sépara ^ œ dernier tiairétrier du dauphin, qui

se refusait à recevoir de lui une si grande marque de respect, (^e fut surtout à partir de François I" que les courtisans's'attreignirênt à cette sorte de loi des cours , dont les prescriptions furent encore plus généralement reconnues et plus rigoureusement suivies sous le règne 4e Henri III. Lee détails que nous avons donnés ailleurs sur le régime des cours (voyez Cérémonial, Cou- CHEBDU BOi, Cour, ëntrébs, etc.) noM diepensent de imnir sur eette sdenœ ée convention, à laquelle les Honnevrs de h cour, par la vicomtesse de Fumes (voyez Deuil), et plus tard oerteias écrits du dix-septième et du dix-lMlitiènM siècle , Dangeau, Saint-Simon, lions ont si bien initié?;. Tout le monde a pu lire dans les Mémoires du temps passé les divertissants récits des graves préoccupations qui , à féeeesion tîe rptiquettp, troublèrent si souvent la cour. I;i inni^istrature et la \illp; de ces querelles que soutenaient maîtres et vatets peur le rang d*nn carrosse; des ridieeies procès de préséance (vovez ce mot) entamés, en 1894, devant le pnrlementpar les dues et pairs, au moment oè la Franee se tronvait dans la situa» tion la plus déplorable; des ora^tes qui éclntniont de toutes parts si les formes n'étaient pas observées relativement à la 9èf\riettey au tabouret y à la présentoHon, etc. Nous-mêmes, nous avons pu voir le plus grand pcnie des tcfnps modernes ressusciter très-sérieusement et de propos délibéré les us et coutumes de l'ancira régime, <pie lea Boarbons trouvèrent tout rétablis à leur restauration. « Cependant, dit l'auteur du Mémoriai de Sainte-Hélène, Tempereur eut le Boin constant d'ajuster ms formes ancien nés avec nos nottrdleaniGMiTa. Ainsi, il rétablit les levers et les couchers; mais au lieu que, sous les rois, ils étaient réels, ftt ne furent plus que nominaux : au liea de présenter les plus petits détails d'une vraie toilette et les saleté qui pouvaient en être la suite, ces instants n'étaient réellement consaerés. Bons Tempereur, qu*à lecevoir le HMlii» OB œnfgUm le eoir «eux de ut

maison qui avaient des ordres directs h prendre de lui, et dont la prérogative était de poovoir loi ftire la eovr à cea

heures privilégiées...» (T. I, f, SSS.) Tous les détails de l'étiquette de cour avaient été arrêtés d'ailleurs « par Napoléon lui-même, et sur les procèS'»

verbaux des temps passés, où il n*anraii fait qu'élaguer le ridicule, et conserver ce qui pouvait ea être boa. » (T. I, p. 525.)

Quoi qu'il eu soit, Pétiquette est presque toujours chose puérile et frivole. Il est quelques circonstances seulement oij nous serions tentés de reconnaître un principe utile sous ees vainev formalités : c'est lorsque la rigueur de l'étiquette n'est que l'expression légitin)e de l'amour-propre national. Ainsi, nous n'aimons pas voir Louis XI, dans le cours des négociationa du traité de Pecquigny, taire bon marché de sa dignité , en se laissant donner par F.douard IV le simple titre de prince Louis de France t tandis que TAnglais prenait celui de roi de France; lui prodimier les épithètps de mon frère j mon ami, quand l ijutre ne l'appelait que mon ûomsin. Au contraire, nous approuvons sans réserve la noble susceptibilité avec Inquelle nos ambassadeurs ont toujours soutenu à l'étranger leurs droits de préséance (voyez ce noot) ; seulement, nous croyons qp» cette espèce de rapports diplomatiques étalt bonne pour l'ancien réi^ime, et que l'étiquette doit

f)erdre aujourd liui son importance dans a politique comme elle Fa perdue dan»

la société. Ce n'est plus pour des infractions à de vaines formalités que la mésintelligence doit naître entre des États qui comprennent bien en quoi consiste la dignité d'un grand peuple.

EtlijîCtEn (hatnille d'). — Après la bataille de Radstadt, les Autrichiens s'étaient retirés à Etiingen , petite ville située entre Radstadt et Pforzheim.

L'archiduc Charles ayant rëcu des renforts , conçut le projet de faire remonter la vallée de VE\t à sou armée, et de la faire déboucher sur les derrières des Français après les avoir débordés sur leur fl.uic droit. iMais ceux-ci ne lui donnèrent pas le temps d'accomplir ses desseins. Ha manièrent à jui, et se ^Fouvèreut eu piésenoc le ^juillet IflK )

éreuJt

au moment où les Autrichiens se disposaient a se porter sur la Murg. La gauche de Tennemi occupait les hauteurs de Rotliensole, et défendait ces positions avec une artillerie uembreuse, et des corps d'élite qui avaient ordre de tenir jusqu'à la demière extrémité. Les iPrançais l'attaquèrent avec impétuosité ; mais leurs efforts eurent peu de succès;, quatre Ibis ils turent repoussés ; enûo une cinmiième charge, faite |>ar um oolonae des trou[)es fraîches de la réserve, enfonce les Autrichiens, les met en déroute , leur tue beaucoup de monde et leur fait douze cents prisonniert.

FaDdant ce tempe, le générai Desaix attaquait l'ennemi au village «le IVIaIsch; il s'en empnra d'abord , mais il fut obligé de revacuer a son tour. Les efforts des deux armées se réunirent sur ce point, et le village fut pris et repris jusqu'à trois fois. Otj st; battit de ce côté jusqu'à dix heures du soir. Les Autrichiens Testèrent mattres du village, et les Français conservèrent les hauteurs et les bois. La gauche de l'armée française n'avait obtenu aucun résultat décisif; mais le prtnee Charles, en apprenant les succès obtenus par le général Sainth Cvr à l'aile droite, se décida à aban> donner ses positions , et à se retirer sur Dourlacn et Carlsmhe.

Étoile , bourg du département de la Dronie, à quatorze kilomètres de Valence. Son orif^ine est inconnue; on sait seulement que pendant les guerres de ia féodalité et les troubles râigieux, c'était une des meilleures places du Valentinois, qui fut prise et reprise plusieurs lois. Louis Xi habita dans le château d*Ëtoiie pendant son long séjour en Dauphiné. A la mort de ce prince, la noblesse du pays s'y rassembla pour tâcher de ressaisir la puissance féodale dont eHe avait été dépouillée. Mais le château fut assiégé par le gouverneur de la province, et sa reddition entraîna la ruine des révoltés. Sous François V et Bevt n , Diane «te Poitiers fit restaurer et embellir cette habitation qu'elle affectionnait beaucoup. On sait qu'elle avait coutume d'ajouter à son titre de duchesse de valentinois celui de dame d'Étoile. Pes établissements industriels occupent Mûouitf b(w yemptewinent du château.

Des murailles à moitié démolies en- .

tourent eacore le bourg qui est bâti sur le penchant d'ans oolune. U n 8,0M habitants.

Étoile (ordre de), institué par le roi Jean en 1360. Les chevaliers portaient, indépendamment d'un collier, une étoile blanche sur un émail rouge, avec cette devise : Monslrant regibus ctëtva viam, La charte de la fondation de cet ordre est datée de Saint-Christo* phe en Haliate, abbaye du diocèse de Senlis. On .peut considérer cet ordre comme s'étant éteint vers 14(iO, bien que jusqu'à la fin du siècle dernier il subsistât dans trois chevaliers à la téta du tîuel, l'un de Paris, l'autre de LyOD, et le iroisieme d Orleans.

LxBAi^GEfis EN FRANCE (état des).

On distinguait aneiennement en Franca deux sortes d'étrangers : les uns qu'on nommait Épaves ou Aubains , étaient ceux qui avaient quitté le diocèse où ils étaient nés, pour riler s'établir dans un autre (V. Aubains, Aubaine, Épate); les autres, qu'on appelait Mescri ou Mesconei, étaient ceux dont on ignorait la véritable patrie.

Les peuples de Tantiquité traitaieni cruellement les étrangers. Ceux qui. en France , venaient se perdre au milieu de l'anarchie féodale , n'étaient pas a»» cueillis avec plus de douceur.

Quand les Francs s'établirent dans les Gaules , l'ancienne administration romaine venait de subir de grandes modifications. Depuis plus d'un siècle, les invasions successives des barbares avaient troublé l'ordre public; les principales institutions subiïistaient cependant, et la loi saltque ne changea rien à ce qu'avait réglé la loi romaine.

Il n'y avait à cette époque que deux dasses d'hommes: les Francs et les Gaulais. Les barbares ou étrangera étaient tous égaux. L'étranger qui déclarait devant le comte vouloir vivre sous la loi saiique,ctait estimé à l'égal d un Franc, et san ori||ine se perdait dans la loi qoi le protégeait. « Le menrtrierd'un Franc, ^ n ou de tout autre étranger {barba- « rww), vivantsous la loi salique, sera, « dit cette loi condamné à payer deux « cents sous. » Ia loi pénale ne fSisait

(*) Titre 43» unticle x«S

«M vniAir«m» m nuircB LUNIVERS. sTSAireBiis rai feahcb

donc aunine distinction entre les indifiènes et les étrangers. La loi civile n'était pas plus sévère : tous, quelle que fût leur origine, les esclaves eux-mêmes après leur affranchissement, étaient également admissibles à tous les emplois publics.

Mais bientôt , à l'espèce d'organisation créée par la conquête , succéda une effroyable anarchie. Il n'y eut plus alors, dans 1rs cfUipagnes du moins, que deux classes d'hommes, les serft et les grands, tout-puissants dans leurs domaines. La législation romaine , la législation barbare elle-même , étaient tombées en désuétude; il n'y avait plus d'autre loi que la volonté des grands. INI.ilheur alors à l'étranger; il courait à chaque instant le risque d'être dépouillé de tous ses biens, et traité avec la demière rigueur. Les juifs surtout , les seuls marchands qui existassent alors, étaient traqués comme des bétes sauvages ; il n'v avait point ,de supplices que Ton n*inyentrlt pour leur arracher le peu d*or qu'ils pouvaient posséder. Ce fut en vain que Dagobert et ses successeurs essayèrent de protéger les étrangers.

Les ordonnances par lesquelles ils condamnèrent à cent soixante sous celui qui tuerait , blesserait, frapperait, ou vendrait un étranger (*), ne furent point observécllB, et le sort de ces malheureux alla toujours en empirant jusqu'au règne (le {^harlomagne. Ils se ressentirent alors de la réorganisation de Tempire : ee prince les protégea , les secourut, et réprima les vexations des seigneurs envers eux. «Il fut, disent les chroniques de Saint-Denis, plains de grand charité vers étrangers gens et vers pèlerins meismement , si grand cureavoit d'eulz recevoir; tant en menoît et si souvent que la multitude ne sembloit pas être à charce el palais tant seulment mes par tous le royaume de France (**). »

« ÎVous voulons , dit - il dans une « lettre adressée àOssa (***), que lespè- * « lerins et les commer^nts étrangers

(*) Voyex les Gapitalaires de Dagobert,

aii. 24.

(**) Chronique de Saint- Deuis , ch. 11 , liv. fit.

(***) GoncU. ffXLt p. so8y t. II.

« trouvent dans notre royaume une « protection tonte paternelle. Si quel- « ques-uns d'entre eux sont injustement « opprimés , qu'ils s'adressent à nous , « et nous leur rendrons justice. » Il consulte , dans une autre lettre , le pape Léon , sur les châtiments quMI doit in* fliger au clergé, dont les vexations pèsent sur les étrangers. Il enjoint aux évécjues de les punir , tU cesset murmur populi (*).

Mais cette protection ne fut que passagère; elle finit avec Charlemagne. Sous ses successeurs , les étrangers se retrouvèrent, comme çar le passé , la proie des grands. Continuellement torturés, dépouillés, ils ne surent bientôt plus à qui s'adresser pour obtenir justice. Un seul parti leur restait : celui de se mettre sous la protection des oor^ porations religieuses ou des grands seigneurs. Ceux-ci les réduisirent, pour ainsi dire, à l'état de serfs, les obligèrent à leur payer des redevances plus ou moins fortes, suivant la coutume du lieu. S'ils épousaient des personnes d'une autre condition que la leur , sans le consentement do seigneur, ils étaient condamnés à payer une amende ( onstdérablf; et ils devaient, pour obtenir ce consentement, acquitter le droit de for-mariage (voy. ce mot), droit qui équivalait a la moitié ou au tiers des biens. Ils ne pouvaient tester que jusqu'à eiiiq sous, n'avoir d'autres héritiers que leurs enfants légitimes , au défiiut desquels leur succession appartenait au seigneur.

Cependant les rois finirent par prendre les étrangers sous leur protection , et ils publièrent, à cet effet, plusieurs ordonnances; saint Louis alla même jusqu'à déclarer que le roi était le protecteur spécial des étrangers. « Si au- '( cuns aubains, dit-il dans les Établû- « semenfs, môert, sans hoir, 00 sans « lignage, le roi est hoirs ou li sires , « sous qui il miiert , el cùer dcl chastel. <« Mes aubains ne piiet faire autre sei- « gneur que le roy(**). » Cependant les seigneurs gardèrent longtemps encore le droit d'hériter des étrangers qui dé-

(*) Voyez fialuze, Capitulaires, 1. 1, p. Saj, (**) ÉtaUiMemeBU de nint Lmûs, di.3i,

sTEEirNKs FRANCE. KimmiQm eoi

cédaient dans leur châtellenie O; il ne leur fut enlevé que par rordoonanœ

de Charles VI, en date du 5 septembre 1386, qui déclara que les étrangers étaient au roi , et que les seigneurs ne pourraient pluB prétendre à leur succession. Dès cette époque , la condition des étrangers s'ariK lior.i , rt ils furent admis à Jouir de certams privilèges dont ils étaient privés sous le régime féodal. Les droits qui pesaient sur eux ne furent complètement abolis qu'en

Aujourd'hui on distingue deux sortes d'étrangers : 1* celui dont le domicile

est autorisé ; 2° celui qui n'est que passager sur le territoire français. Tous deux jouissent des mêmes droits, à quelques exceptions près. Us peuvent spéculer, acquérir, posséder, transmettre, protégés qu'ils sont par le droit des gens , qui veille à leur sdreté personnelle, à la conservation de leurs biens , et à l'exécution des engagements qu'ils contractent envers les nationaux, ou que les nationaux contractent envers eux.

Êtbe SLPaÉME (léte de i' ). Voyez

FâTBS.

EïRENNES. On peut assigner une double origine à l'usage si répandu en France de distribuer des cadeaux le 1^' Janvier ; on peut le faire remonter, soit aux ttrenx des Romains, soit à la distribution des fragments du gui, cérémonie qui, ce jour-là, terminait toujours, chez les Gaulois , la féte où se récoltait la plante sacrée. Aussi ces présents oblil[gés ne portent-ils point partout leur nom d'étymolotjie latine. Dans le pays cbartrain, qui tut si longtemps le siège du dniidi8me,on les appelle encore les guî-Can. Les vestiges des coutumes religieuses par les(jiielles nos ancêtres inauguraient Tannée nouvelle, se sont ainsi conservés dans plusieurs provinces. Aujourd'hui , comme au temps des druides , on peut encore entendre retentir dans les campagnes de la Picardie, de la Guienne, de la Bretagne , le cri : Au oui l'an neuf! (Voy. ce mot.) Dans quelques localités voisines de Bordeaux , des jeunes gens, bizarrement vêtus, vont en troupes , au jour de l'an ,

(*) Ynyez rafdoooanoe de JPfailijipe k Bel «a i3ox.

couper des branches de chêne dont ils se tressent des eourbnnes; et ih reviennent en entonnant des ehansons

qu'ils appellent gmlanus.

Sous la première race on était dans rusage de se travestir le 4>remier jour . de l'an. On se couvrait alors de peaux

d'animaux, surtout de peaux de cerfs et de vaches. On n'avait garde de prête?quoi que ce fût à son voisin , pas même du feu. Chacun dressait à sa porte des tables abondamment chargées de viandes et d'autres aliments destinés aux passants; on y mêlait aussi des présents sur lesquels on avait fait des conjurations , pour détourner sur ceux qui s'en empareraient les malheurs dont on pouvait être soi-même menacé. Ces dons perfides s'appelaient étrennes diaboliques.

L'Eglise essaya d'extirper les usages bizarres ou superstitieux du 1"" janvier par tous les moyens qui étaient en son pouvoir : mais elle employa vainement les canons de ses conciles et les foudres du saint-siége (voy. Conciles, année 680). Exilées un moment de la France par le zèle fanatique de quelques évêjjues, les étrennes se réfugièrent en Espagne ; poursuivies encore par le concile de Tolède , elles se réfugièrent en Orient ; et de là , chassées une troisième fois , elles revinrent dans l'Occident pour ne plus le quitter.

Avant la révolution, les fêtes du i^** janvier étaient poor la cour une gramle affaire : on se ruinait en somptueux cadeaux. Quant aux étrennes dompstlques , on cite !,i singulière recette du cardinal Dubois, qui disait régulièrement chaque année à son intendant :

Monsieur , je vous donne ce que vous in*arez volé. Les dépenses nécessitées par une pareille loi sociale avaient du reste et ont encore leur bon côté. L'économiste politique y voit une impulsion puissante donnée au commerce.

Étbusques (guerre des Gaulois contre les). £a nation des Étrusques , qui devait succomber sous les armes aes Romains , conmiença à ployer sous les ' efforts des Gaulois , dont les irruptions répétées furent aussi fatales à la civilisation de ce pays que le furent depuis , au monde romain , celles des peuples barbares du nord de l'Europe*

KTtTIHANTS LTINIVERS.

ETUVES

La première expédition des Gaulois en Italie (celle des BUuriges et de leurs dKés) enleva aux Étras^ea toat le pays compris entre rOglio à Test , le

PO an mien, et les Alpes an nord et à Pouest; la seconde (celle des Cenomani), la troisième (celle des Libui)^ enfin , la ^atrième (ceHe des SeUhieii), les expulsèrent de toutes les provinces qu'ils possédaient au nord au Pô et entre les embouchures de ce Ueuve ; la cinquième et avant*dernièrè fut celle des Boii rt des îinrjones; elle eut llCQ vers l'an 394 avant J. C.

Étudiants. Le nom d'écolier ser- ▼aît autrefois à désigner tous eeux qui fréquentaient les établissements d'instruction publique, quelque fût le dei^ré ou la nature de renseignement qu'ils recevaient. Aujourd'hui , on se sert, pour désigner les jeunes gens qui suivent les cours rf'ense?îrnpmentsu[)erieiir, et pnrtirulièrement les eli'\ es des éeoles de droit et de médecine, du terme étutUant.

Le jeune homme, quand on lui donne ce nom , n'appartient plus au collège, mais n'est pas encore membre de la société politique. Il a terminé ses études dassîques, mais il lui reste h faire son éducation professionnelle. Un inter\ illc immense sépare la condition dans laquelle il entre, de celle d*oà il sort. La liberté dont jouit Fétudiant contraste singulièrement aver la di<eipliiie à laquelle était soumis l'écolier. Le passage, malheureusement, se fait d'une manière brusque et sans préparation.

Le réellement l'obUire à assister quelques heures par jour à des cours publics, et laisse à .sa raison le soin de régler remploi du reste de son temps.

Mais, loin de sa famille, sans guide, à IMize où les passions livrent leurs plus rudes assauts , Pétudiant a bien de la peine à se soustraire aux séductions qui rentourent et le pressent de toutes parts. .Aussi, sur les cinq ou sir mille élevés des écoles de droit et de médecine de Paris, combien n'y en a-t-il pas qui consomment , dans de folles ou coupables dissipations , les années destinées à l'étude , et souvent les économies laborieusement acquises par toute une famille! Cependant, arrive Pépoque des eianieas ; le quartier latin , sqour des

étudiants à Paris, cesse alors de retentir du bruit des orgies ; queli^ues nuits d'étude rachètent plus ou moms impar*

faitement les journées trop nombreuses données au plaisir. Les degrés sont enfin obtenus, puis, quittantla capitale, l'étudiant , devenu hcen'cié en droit ou doo> teuren médecine, s'en va exploiter dans sa province les plaideurs ou les malades.

11 existe peu de rapports entre l'étudiant français et celui d'au delà du Rhin. On ne trouve pas, parmi' la population de nos facultés, cette gothique organisation , ces rnœurs rudes et pédantes à la fois des universités d'Allemagne. L'étudiant français ne cherdie point à faireun corps à part dans l'État, il s'efforce, au contraire, de se fondre dans la société , et , quand Pambition s^évrïlleehez lui, pour l'arrachera Tentratnement de passions moins nobles , il se montre plus jaloux de paraître comme citoyen, sur la scène du monde, que d'y faire , conmie étudiant , jouer un rdie è l'université.

T^Ti'vrs , ÉTi^^Eri^s. C'est le nom que, pendant tout le moyen âge et Jusqu'au dix-septième siècle, on donna aux bains chauds et à ceux qui enfisisaientle service. Dès les temps les plus anciens, on trouve des étuves établies à Paris et dans les autres villes de France. Au treizième siècle, elles étaient fort multipliées dans la capitale; les étuveors y faisaient, tous les matins, annoncer dans les rues, par des crieurs, que leurs fourneaux étaient prêts. Guillaume de la Villeneuve, dans son poème des Cfieries de Paris j a signalé cet usage:

Oîoz c'on crie au point dit jor :

.Scignor, qu'or toim ■!« bainiplICF

Et csluvrr .^ans délacer;

Li bains saut cLaul ; c'est sans mentir I

Un assez grand nombre de rues et d'impasses de Paris ont conservé le nom

de ces sortes d'établissements C^), qui

(*) Telles soni : l;i nu* f/i\f f 'iei/lrs- Étuves- Saint-Martin, auési appelée rue Geofjroi des Boitu; la rue det FieUUt-Étupes-Smnt'HO' noré ; la Ruelle des Étuves, près la rue de la Huchette , aujourd'hui nwdu Chat qui pécfte; l'imuasÂe des Etuves, rue xMarivaux ; la ruelle de rArcbe^Marion, appelée jadis VEtuve aux Jemmcs, etc. Le rôle de la taille imposée aux habitants de Paris en '^^i nous apprend qu*à wtte époque eetleiritierenfimnait vingtsix ètuvei.

n'étftieiit |ias les miem faoïés de la vill«. Car , SMS oonpter les périls gu'eo se

levant au cri matinal des étuveurg , on

f)ouvait courir dans les rues obscures, es bams dévoilaient fort souvent des rendeE-vous de débaudies. Le Uotaéet métiers d'Ëtienne Boileau contient , sous le titre des Estuyeurs ( LXX|II )i IfiS statuts suivants :

« Que nuls ne crie, ne face crier leurs • Mtnvesjusquesà temps quMI soit jour»

« pour les périlz qui peuvent avenir en « cens qui se lièvent audit cri.

» Que nuls ne soustiengne en leurs « mesons bonliaus de iour ne de nuit, « mesiaus ne mesèles 'lépreux^ lépreu- « ses), ne autres genz diffamez de nuit.

« Que nuls ne chauffe estuves en jour « de dtnaache ne en jour de feste...

« Et paiera chascune personne pour soy « es tu ver ( pour prendre un bain de « vapeur ) deus deniers, et se U se bair « gne, il en paiera (quatre deniers. •

On trouve des dispositions semblables dnns les registres manuscrits de la cliainbre des comptes , où se trouvent des extraits des ordonnances relatives aux métiers : « Aucuns estuveurs , y « est-il dit, qui tiendra estuves à hom- « nies ne pourra faire chauffer icelles « pour feoimes , ne au contraire , celui « qui en tieadra pour fenvues , etc., « sous peine de XL sous parisis d'a- « mende. Item , aucuns estuveurs Jie

« laissera ou soufrera b Hem , ne

« seiifrera aucun enfant masie au-des«- * « sus de Vî\ge de VII ans aller aux es- « tuves de femmes a peine de X sous a d'aniende. » {OrdouH. de 1408.)

Les mêmes déaordies avaient néosisi^té, dans les provinces, les mêmes pti^ cautions ; ainsi, les magistrats de Dijon avaient été forcés, em 1409, de défendre mt dtuveors de rnosvoir, aux mêmes jours , les honmes et les femmes dans leurs établissements. Les hommes ne purent alors aller aux etuves publiques ^ue le mardi et le jeudi ; le lundi et le mercredi étaient réservés aux femmes; « et si , est-il dit dans le règlement, « quelqu'un se veuille bouter avec les « femmes a force, il paiera (>0 sols d'a- « mende* »

Cependant, mn|o[rc ces règlements, les étuves nen furent pas moins des lieux de plaisirs , et quelles prédica-

teur» du seizième siècie, MaiUard «t autres, les signalèrent, enfermes assez

cyniques, comme contribuant à la corruption des mœurs, et reprochèrent aux femmes de les fréquenter. C'est vers Gstle époque que les étuvears furent iooerporés dans la maîtrise des bar^ biers-perruquiers, et prirent le nom de barbiers-étuvistes.

iBattval , qui écrivait en 1660 , a dit, tome n, p. 650 : « Vers la Gn du sièele M passé, on a ce^sé d'aller aux étuves. « Auparavant, elles étoient si commu- « nés , qu'on ne pouvoit faire un pas «< sans en rencontrer. » Des maison; afe hnîns plus honnêtes succédèrent alors aux etuves. Quant à Pétymologic du mot etuve, on la trouve dans stuba, ilvffa, qui, en tasse latinité « avait le même sens, et qui, lui-même, venak de l'allemand Stube (poêle.)

Augum, Auga, Alga-Castrum, ville de l'ancienne Hormaiwie , aujour- .d*luii chef - lieu de canton du département de la Seine-ïnferieure. Des restes d'une voie militaire conduisant d'A- BMeos ou même de ^^i>huns à £u , une ancienne porte flanquée de deux grosses tours, les ruines d'un temple, et plusieurs tombeaux, attestent que c'était déjà, sous la domination romaine, une viile considérable. Cependant , Fro* doard, écrivain du neuvième siècle , est le premier auteur qui en fasse une mention expresse. Les annalistes anglais rappellent Ou et Omw, dénoaunatinn qui paraît avoir précédé celle d'Eu.

Les habitants d'Eu et de Tréport étaient, au temps de Louis XI , de for* vidables marins. On lit , en elfet , dasM les Mémoires de Comines(*), que les armateurs de la première de ces villes enlevèrent, en 1470 , un vaisseau llamand, et qu'ils étaient assez hardis pour s'attaquer aux bâtiments anglais qui transportaient des troupes à ('at i is.

Édouard , pour se débarrasser de ces hardis corsaires, lit courir le bruit qu'il allait s'emparer de leur ville pour f passer l'hiver. Louis XI le crut, et ne trouva pas d'autre moyen de prévenir le danger que de faire mettre le feu à cette viUe, ce qui fat eaéenté le ISjoillet 1476. U D'en resta qa» tes ^liaeset

C) Livre ch.

Mè mt vtnmms. mit

un petit nombre de maisons. Eu ne se de Brienne, roi titulaire de Jérusalem,

releva pas de ce désastre, dont proli- De cette union descendait iUuml de

tèrent Dieppe, Saint -Valéry et Abbe* Brienne, W comte d'Eu, oomte de

ville. Guines, connétable (le France, comme

C'était, avant la révolution de 1789, son père l'avait été (en 1330), et déc^-

un chef- lieu d'élection et de bailliage, pité le 19 novembre 1350, dans l'hôtel

et i^!e avait le titre de eomté - pairie, de Nesles, par ordre du roi Jean.

Elle possède aujourd'hui un collège Le comté d'Eu fut alors de nouveau

communal , et l'on y compte 3,5.')0 ha- confisqué, et donné, en 1352 , à Jean

bitants. On y remarque un magnitique d'Artois y fils du fameux Robert d'Âr-

cbâteaa. tois. Ce seigneur mourut en 1S87.

Eu (comtes d*). Le comté d'Eu, réuni PhUippe . aon fils et son successeur , à celui de Brione, fut, en 996, le par- transmit le comté d'Eu à C/wr/es tage de Geo/Jroi , fils naturel de Ri- d'Artois, en faveur duquel Charles YII chard I" , due de Nonnandie. Gilbert, l*érigea , en 1468 , en comié - ffoirte, son fils, se brouilla avec Richard II, Charles I*' mourut sans postérité mas* son oncle, et fut dépouillé du comté culine , et eut pour successetir son ned'Eu , qui passa a Guillaume frère veu, Jean de Bourgogne^ comte de Nenaturel du duc. Robert , fils et succès- vers, lequel ne laissa lui-même qu'une seur de Guillaume , rendit de grands fille, qui apporta le comté d'Eu à /eon, services à son cousin, Guillaume le Con- duc de Clèves. Celui-ci mourut en 1481. quérant , pour lequel il combattit à Froncoh 7^" de Clèves , son arrière- Hastings. Après la numide ce prince, petit-lils, le fit ériger en duché, en 1539. il suivit quelque temps le parti du duc Jacques , 3* §ls de ce prince , étant Robert, et finit pàr se tourner du côté mort en 1564 , Catherine de Cléres, de Guillaume le Roux, dont il reçut gar- sœur cadette de ce seigneur , partagea nison dans ses châteaux. Il mourut vers la succession avec Henriette, son ai née, 1090. qui eut pour sa part le duché de Ne- Ses successeurs prirent tous une pnrt vers, avec le comté de Rethel , et laissa active dans les guerres qui eurent lieu le eomté d'Eu à Catherine. Celle-ci le entre les ducs de Normandie et les rois porta, en 1570, à son mari, Henri, duc d'Angleterre ou de France. Alix , sœur de Guise, qui fut assassiné aux états de de Raoul y 9* comte d'Eu , mort sans Blois.

postérité en 11 86, jiorta le comté à son Charles de Ijorraine , fils aîné du

mari , Raoul de Lusignan dit d'Issou- duc de Guise, succéda , en 1G33 , à sa

dun , dont l'attachement au roi d'An- mère, dans le comté d'Eu. Il mourut en

gletfflnre, Henri II , attira dans le pays, 1640. Henri de Lorraine, son fila , le

en 1188, les armes de Philippe de Dreux, vendit , en 1660, pour la somme de

évéque de Beau vais et cousin de Phi- 2,500,000 livres, h Marie-Louise d'Or-

lippe-Auguste. Le mari d'Alix ayant léans , fille de Gaston , connue sous la

combattu à Bouvines, en 1314 , le roi nom de Mademoiselle de Montpensler.

de France confisqua ses terres et ne lui Cette princesse fut forcée , en 1682,

laissa d'autres ressources que de passer pour obtenir la liberté de Lauzun, d'en

en Palestine, où il périt au siège de faire l'abandon au c^uccfu Marne. Douze

Bamiette (1219). Alix fit alors on accom- ans plus tard , Louis XIV rendit , en

modên)(]it avec Philippe- Auguste, au* faveur de «on fils adultérin, le titre de

auel ( Ile céda les seiîïneuries d'Arqués, pairie au comté d'Eu. A la mort des

de Driencourt (iSeufchâtel) et de Mor- enfants du duc du Maine, leur héritage

temer, en échange du comté d'Eu qu'il échut au duc de PentMévre , dont Ta

lui rendit. fille et unique héritière , Marie- Adé*

Afane, petite-fille de Raoul d'Issou- laide, épouse de Philippe - Égalité ,

dun, demeurée en possession de cet hé- porta le comté d'£u dans la umille

ritage , le porta dans la maison de d'Orléans.

Brienne, par son mariage avec Alphonse Eu (sièges d'). Les Normands rnyst'

de Brienne y à'il (CAcre, i^rand cham- geaient l'Ile-de-France, sous prétexte

toier de t'raace en et fils de Jean de soutenir k cause de Charles le Sîm-

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