SI
« gligeait rien pour établir le culte du « vrai Dieu; et , quoiqiii je sente ooin- « bien je suis intérieur à ce saint roi, «je dois tAcher de suivre son exemple.»
Ce prince semble même avoir, vers la fin de son règne, abandonné le droit qu'il s'était d*abord réservé, de choisir les évêques. « Sachant , dit - il dans un « capitulaire, pnr les sacrés canons, que « la sainte Eglise doit juutr librement *« de ces honneurs, nous consentons à «ce que les évêques soient choisis, se- « ion les statjits des canons , par les « clercs et le peuple du diocèse (*). »
Louis le Débonnaire confirma , an concile tenu à Aix-la-Chapelle en 816, l'acte par lequel son père avait renoncé au droit que ses prédécesseurs s'étaient arrogé de choisir les évêques. On sait d'ailleurs que le règne de ce prince fîit, à proprement parler, celui de ces prélats (**). ISéanmoins, le pape Jean X déclara, en parlant de la France, dans un concile , en 920 qu'une ancienne coutume et la diî^nitr de la couronne ne permettaient pas qu'un evéque y fdt ordonné sans le consentement du roi.
Ainsi, les princes consenraient alors encore une grande influence sur la nomii ation des évêques. Il est vrai que les conciles avaient mis des bornes à cette influence, soit en défendant de choisir les évêques ailleurs que dans le clergé du diocèse qu'ils étaient appelés à gouverner, soit en décidant que toutes les fois quMl y aurait irrégularité dans une élection, le droit d*élire serait dévolu , non au roi , mais au métropolitain. D'un autre côté, on ne pouvait procéder à Télection sans avoir obtenu une permission, un congé spéckU du roi.
De toutes ces révolutions opérées successivement dans la constitution de l'épiscopat, il résulta , en défmitive, que les évêques se trouvèrent placés, à l'égard des princes, dans des rapports de vasi^alité; qu'ils firent, cumnie les ducs et les comtes, partie du système féodal. Aussi liien que ceux-ci, ils obtinrent dans les terres de leurs églises , devenues
(*) Capit, anni 8o3, art. a.
(**) Voyez CARLOviiroiXira , Champ bo
KERSONGE, Louis i.e Débonnaire, etc.
(•**) Labbe» ConciL, t. IX., p. SjG.
leur propriété, comme les provinces étaient devenues celle des seigneurs , la jifridiction criminelle, le droit de battre
monnaie, celui d'établir des marchés et des péages, etc. Dans le dixième siècle s'introduisit l'usaee de l'investiture féodale, en vertu de laquelle l'évéque recevait la jouissance des biens et des droits régaliens appartenant à son évê^hé.
Cette investiture se faisait d'une manière symbolique , par la remtte d*nne crosse et d'un anneau.
Mais ces prélats n'oubliaient pas qu'au caractère de vassal que leur donnait cette cérémonie, ils réunissaient un autre caractère pitis élevé, et qui les rendait indépendants de l'État. Hincmar établit clairement cette distinction dans une lettre qiie les évêques, assembles a Quiercy, adressèrent, en 858, à Louis le Germanique. Bien plus, un concile tenu à Finies, en 881 , établit en principe que Dieu avait partagé le gouvernement du monde entre les prêtres et les rois, et assigné à chacun un ressort dont il n'était pas libre de sortir , et que la digmle des prêtres était tellement supérieure à celle des rois , que ceux-ci étaient sacrés par les mains des |)rctros , tandis qu'aucun roi ne pouvait consacrer un évéque.
En conséquence de ce principe , les évêques prétendirent bientôt avoir le droit de conférer la dignité royale ; et une chose digne d'être remarquée, c'est que cette prétention fut un instant admise. Ce furent des évêques qui , au concile de Mantaille, en 879, accordèrent à Boson le titre de roi d'Arles; et il existe un diplôme signé par Hugues Capet, pendant l'intervalle qui sépara son élection de son couronnement, et où il prend le titre de roi fuiur C).
Nous avons dit aue dans l'origine le droit d'élire les évêques appartenait an peuple de leur diocèse ou plutôt de leur ville épiscopale. Qnand les princes, après avoir conûsque ce droit à leur profit, jugèrent à propos de s'en dessaisir, ce ne fut pas au peuple , mais au clergé, qu'ils le rendirent. Kientôtuième la plus Krande partie du clergé des diocèses rat etclue des élections, anx* quelles, au treizième siède, les chapi*
(*) Mabilloo, De re dipiomat,, Sj5,
L'UNIVERS
treg cathédraux ewrent seoto le droit de prendre part. ^ àpeir, e» cflhty ciiM oorp» éfaient
arrivés à im dpgré assea élipve de puissance. Hs s'étaient déclarés sociétés closes f composées d un nombre de mem* bves ééteraiinf V il» ^éteienc diiimé des statuts , nonunaéeBf; an places qui ve- Datent à vaquer parmi eux , et avaient soiji de ne les rempiîr que de sujets tirés de fbnaiOi» noblev et paiSBaiités ; enfin , la prérogative d'éiire leurs évéques avait considérablement accru leur pouvoir, en leur donnant la faculté de prescrire des conditions à ceux qui briguaient leurs sttf&a^.
La consé(]uence de ee nouvel état rie choses, tut que l'épiscopat, à peine sorti de la dépendance du pouvoir royal , toasba daos ceMe de Paristocvatie foo* ëale.
Rien n'étail en effet pins facile aux nobles et aux seigneurs que d'obtenir de quelques cbanoines, dont plusieurs leur étaient unis par les liens du sang, et qui tous se trouvaient sous leur dépendance, le clioix qui leur convenait la mieux. Bientôt la plupart des léchés se trouvèrent envahis par des familiers, ou même par des membres de toutes les grandes familles féodales. Voici quelques noms ^es seigneurs et des grandes fiMftiltes du quinsîème siècle, dont les pnrents ou les créaturw avaient ctc élevps a l'épiscopat :
« Dunuii;. D'iiliers, son familier, évé* que de Cbartnes, i45».
< irmagnac. Jean d'Armagnac, frère du bâtard d'ArmagDac, èvéqùe d'Auch, vers 1460.
• Pardiae, Jean de Bavtoa, fils du chancelier Bernard de Pardlac, comte de la Marche, évéque de Limoges, 1440.
n Foix. Roger de Foix, evéque de Tftrbes, 1441, a pour successeur son parent, le cardinal Pierre de Foix.
n Àlbret. Louis d'Albret , évéque dîAire, 1444; de Cahors, 1460.
« Bourbon, Charles de Bourbon , évéque du Puy , est élu ( à neuf ans ) a1^• chevêque de Lyon, 144(5, sur la présentation de son pere. Jean de Bourbon lui succède connue évéque du Puy ; Jac(itte»de €oaii)onies, fiunilier de la maison de Bourbon, est élu évéque de aermoal^ 144^
« .^ngoulême. Robert de Montberon, homme lettré, attaché à Jean d'Angou- Mme, est élu év^e d^Angouléme vers 1440 ; Geoffroi de Pompadour , ami et conseiller du même Jean , lui succède , 14â0.
« Alençon. Robert €otnegrue, présenté par le duc d'Alençon, est élu evéque de Seez , 1453.
« Aubusson. Hugues d'Aubusson , évéque de Tulle, 1444, etc., etc. (*). »
Cet abus, ainsi que d'autres que nous avons signalés à Part. Concokdat(**), servit de prétexte , sous François 1*% pour oter aux chapitres réltctiqn des évéques , et attribuer an roi seul leur nomination ; le pape se réserva le droit de l'institution canonique, droit que peu à peu il avait fini par enlever aux métropolitain^.
Ainsi, répiseopat fut de nouveau placé sous la dépefidance absolue de la royauté. C'était une bonne aubaine pour les princes , qui distribuèrent à leur gré tes évécb^s, et s*en sf r\ i Mit pour récompenser des services de toute espère.
François 1*% Henri 11, abusèrent etraugement de cette nouvelle prérogative qui leur était accordée. Charles IX. n'en usa p:i< avee plus de scrupule. « On ne sanroit, dit un contmiporain , dire qui, de ce prince ou des huguenots, affligea davantage Testât ecclésiastique, car ceuxci, à la vérité, tuèrent bien qtiel(]ues prestrcs et pillèrent quelques Ci^lises ; mais luy donna les préiatures à des enfhnh, à des gens de gverfe, à dê»
femmes (***). «
Quoi qu'il en soit, le concordat , qui opéra cette nouvelle révolution dans la constitution de Tépiacopat (français, fut la loi qui régit ce corps jusqu'en
Dans les premiers temps , les évéques étaient qualifiés de très-saints et de btenheweuaD; on les appela ensuite messîreSf OU révérends pères en Dieu ; ce n'est que depuis le cardinal de Bichelicu qu'ils ont pris le titre de mollet) Voy. l'Hist. de France, dis M. Midielet , t. p. io5.
(*•) Voyez cet article , t. V, p. 5o6 et suiv. ('*•) Papyre Masson, Vie de (Varies tJL dans les Archh es curieum d« fkkunrt de Whmee, t. 'VIU, p. 346w
ItfÂiQIÎJBII
seigneur. Ce cardinal qui, oa le sait, portait tainnAfra finrt bteii la cohrasis
et l*épée, donna plusieurs fois à des
évéques des emplois militaires : citons seulement Escoubleau de Sourdis , qui ne fut pas moins célèbre comme général gue otmme anslie?éqae de Bordeniix (*).
Paniii les devoirs imposés aux évéques, il en est peu que le concile de Trente leur ait autant recommandés lie la résidence. Cependant , à partir e répoque où les rois commencèrent à entretenir une cour brillante, il est peu devoirs que ces prélats aient autant néiilisés. Bows Louis XIV surtout , on était toujours sdrde rencontrer un grand nombre de prélats , à Saint-Germain, à Tersailles, à IHarly, où en général ils se distinguaient par Texagération de leurs flatteries On citait comme
(*) Ce n*étaîc pu da reste la première fois
que l'on voyait des préliits [^lUTi irrs. Dos le temps de (Ibarlemagne , les conciles avaient été obligés de défendre aux évèques de porter kaanMBtde répandie leMmgdes chrétiens et des païens, de chasser, etc.... ( Capital, reg. fraacor,, Baluse, ann. 769,801, et&). Dbiu le noyen If», ee scandale s'était soa* vent renouvi lé; dans le f,Mand nombre de prélats giierrierii que nous pourrions ciier, nous nous contenterons de meniiouner le brave Gozlin, évèqne de Paris, qui, au onzième siècle, défendit celle ville contre les normands,, et Philippe de Dreux, qui se battit en terre sainte , prit part à la croisade conire les Albigeois, et afin de se soustraire aux reproches qu'on lui faisait de violer les canons , en répandant le .sang , fiiiil par nuittar répée, pour se servir d'une masse d'armes. Ce ftit ainsi qn'il j>arnt armé à la bataille de Jiouvines, où ou le vil assommer les ennemis, au lien de les pourfendre connne il l'avait fait jusque-là. Voyez Dreux (famille de). Les évéqnes de Melz, et presono tous ceux qui réunissaient à leur dignité eoolésiaslique la qualité de seigneur souve* rain , se Hrent surtont remarquer au moyen Age par leur caractère belliqueux.
(*•) « Le roi se prouieaail à Marly avec le cardinal de Polignae< U survint nue petite pluie : le rni lui marqua quelque peine de le voir expose à ce malheur avec des iiabils peu propres à le parer, (e cardinal s'écria i *> Ahl sire, ta pluie de Marly ne mouille pas. .. Saint-Simon, t, III, p. 35. «Le cardinal d*£iU'éeây avancé en âge, conservait encore
de rares exceptions les noms de ceux
Îêi consentaient à s*atraeher aux fêtes e la cour potif aHer dans leurs diocèses se livrer tout entiers aux devoirs de leur mini.stere. Ces devoirs n'étaient point oubliés de tout le monde cependant; et sans parler des boutades du grand rof . qui , dans sps moments de mauvaise humeur, les leur rappela quelquefois durement, plus d'un poëte satirique se crut obtîgéà nepas les leur laisser oublier. Citons, entre autres, Racine , dont OD connaît cette jolie épigramme :
Va ordic, hier tmih de 9a{nt»0«malft ,
Veut qu'on s'itssemble : on s'assf-riihlf '{«■tnaîa» notre •rcherèqne et cinqiinrife-dfux autre*
Sii('CKS.s«'ur& dt's .1 [ni très, S'y trouveront. Or d«- savoir quel cas S'y triiitera, c'eat ennare un mystère t
C'eet MtïlaiMiit chota tti»cl«ite <|n« Bou avont dmfitaiit^deas prélats
Qui ne résident |ias.
Mais rien n'y fit, et la cour continua à être peuplée de prélats. Ils ne crai^ire nt point , sous la réçenoe , de se com* mettre dans la société de Tinfâme Dubois, et bientôt après on les vit, avec les autres, au petit lever des maîtresses de Louis XV. Les prélats de la com de Louis XVI n'étaient pas ceux des courtisans d'alors qui se distinguaient le plus par la pureté de leurs mœurs.
Citons seulemeut le fameux cardinal de Rohan, évéque de Strasbourg , auquel pourtant nous sommes loin de pretendi'e que tous les autres ressemblassent.
Dans 1 Assemblée constituante, lea prélats se distinguèrent par leur opposition à toutes Tes réformes, et tandis que les cures et les membres du bas clergé furent les premiers a se réunir au tiers état , et à foire cause commune avec lui, on les vit, eux, constamment à la tête des privilégiés et du uarti de la cour. Cependant cette assemolée essaya d'opérer aussi une révolution dans l'épiscopat; la eoBstîtotion civile du cb Tizé rendit au peuple son auciea droit U élire ses pasteurs.
d« belles dents , que sa grande bourbe laissait
voir facilement. Klant nn jour au diner du roi, ce prince, qui lui adressait volontiers la parole, se plaignit de l'inoomnioiiité de n'avoir plus de drnts, l'éminencc lui répondit en souriant ; « EU! sire , qui est-çe ^jtù « des dents? m Ibid., t. U, p. loa.
BrocATioir
BYOGATieV
Maïs les prêtres, qui avaient manifesté une si vive Opposition lors de la conclusion du concordat de François P% virent de mauvais œil ce retour aux anciennes doctrines. Les évêques élus ne forent point entourés des mêmes respects que ceux que le roi avait nonmiés ; et, il laut le dire aussi, quelques-uns ne justifièrent que trop un mépris que, par une extrême injustice, les royalistes étendirent sur tous les évêques français.
Enfin, le concordat de 1801 vint reconstituer répiscopat en France. On vit à la cour impériale qnelqnes-uns des nouveaux |)relais ; inaisen général, quoiqu lis ne lussent pas insensibles aux faveurs du grand liémme, et qu'ils se crussent fort honorés des avances qu'il leur faisait, ils se sentaient mal à Taise dans une cour où le premier rang appartenait de droit aux militaires. D*ailleurs le temps des gros bénéfices était passé ; on n'avait plus rien à gagner auprès du maître.
On crut que cet heureux temps allait revenir avec la restauration; on travailla, on intrigua dans ce Lut, et ces efforts maladroits contribuèrent pour quelque chose à la chute de la dynastie.
Jusqu'à présent, Tépiscopat avait gardé rancune à la nouvelle cour , dont l'origine coïncidait avec la ruine de toutes ses espérances. Depuis douze ans, cependant, ce vénérable corps s'est en jinrtie renouvelé; un grand nombre des evèques doivent maintenant leur nomination au gouvernement issu de la révolution de juillet, ils paraissent vouloir cesser de lutter contre lui ; mais comme leur mauvaise humeur n'est
{)oint entièrement passée, et qu'il faut lien que quelqu'un en souffre, Ils ont' pris ri^niversité pour point de mire :
c'est rentre elle qu'ils dirigent aujourd'hu toutes leurs attaques.
ÉVOCATION. Cest ainsi qu'on appelle l'acte par lequel un juge siq)érieur enlève h un juge inférieur la connaissance d'une affaire. C'est à tort que quelques auteurs ont prétendu que rorigine des lettres d'évocation ne remontait pas au delà du règne de Philippe Auguste j on en trouve, en effet, un exemple sous eeloi de Louis le Gros« dans un diplôme expédié par ordre de
ce prince , en fiiveur de Fabbeye dé H*
ron, et daté de cette abbaye mlme« lé
12 avril 1120. Cette pièce est assez importante pour que nous en citions ici au moins un extrait. Louis VI proclame d'abord, dans le préambule, l'affection particulière qu'il porte à Bernard, abbe de Tiron , et à ses religieux; puis il ajoute : « Voulant pourvoir à leur re- ' » pos et tranquillité , par notre royale « munificence dont l'effet doit rlurer à « perpétuité, par notre pleine puissance « et absolue autorité, nous leur oc- « troyons et accordons ce qui ,suit :
rt Conune le monastère de Tiron est le « chef spirituel de toutes les adirriois- « trations et membres qui en dépen- « dent, de même il doit avoir sur *m tout pouvoir, taille, juridiction et su- « périorité temporelle ; en sorte qu'en « toute espèce de cause personnelle, «•réelle et mixte, civile ou criminelle, « pour toute espèce de ressort, appel- « lation et défaut de justice , lesdits « membres et administrations , les suft jets qui les habitent , et- tous leurs « nommes présents et à venir, répon- « dent immédiatement , et sans passer « par aucune autre justice intermédiaire, «t au monastère de Tiron , leur chef, «comme à leur supérieur immédiat; « pour, après le jugement de la cour de « Tiron , leurs causes être portées di- « rectement, en dernier ressort, devant « nos grands présidents à Paris , ou « partout ailleurs où résidera notre ex- « cellente et souveraine cnur royale « ( coram maynis prœsideutialibus « nostris Parhiis, mlaUH, nbi nostra « prœcfUens et supreyna regalis curia « residebil. ) Défendons a tous autres « ofilciers de justice, royaux ou autres, « de s'arroger aucune juridiction ou su- « périorité sur ledit monastère , ses « membres et administrations, sur ceux « qui les habitent, sur les hommes qui « en dépendent, ni de s'immiscer, en « vertu de leur office oifà la réquisition « des parties adverses, de connaître des « causes qui les concernent , car nous « ayons pris et prenons par ces pré- « sentes ledit monastère et ses dépen- « dances sous notre garde et protection « spéciale, voulant et entendant que les- « dits abbés, couvent^ religieux, admi- « nistrateurs, leurs serviteurs et leurs
FRANCE
« hoBiinei, puissent éfoqver^ traduire
« par-devant nos susdits présidents, ou « autres nos justiciers royaux a leur « choix , toute personne , en quelque « partie de notre royaume qu'elle soit « aomidliée, dont ils auront à se plain* « dre pour violence, usurpation de leurs « biens , dette et autres cas civils ou « criminels...
« Et vous, vénérable Bernard, et vos «.successeurs abbés de Tiron, nous vous « agrégeons à notre maison, famille et « conseil royal, pour jouir à perpétuité « des libertés, prérogatives, privilèges « et immunités dont jouissent tous « ceux qui partagent ie même bon- « neur, etc., etc. »
Cette évocation est -de celles que l'on appelait évocafîon de grâce ; ces évocations étaient, soit particulières, c'està-dire, bornées à une seule affaire, soit générales , c'est-à-dire, accordées pour toutes les affaires d'une même personne ou d'un même corps.
On nommait évocation de justice, celle qui était prononcée lorsqu'une par^ tie était parente ou alliée du juge devant lequel son nffairc devait être portée.
Vf'rocation du principal était l'acte par lLL]uel une cour supérieure déclarait qu'elle prononcerait sur le fond d*UD6 affaire litigieuse en prononçant sur rappel.
Direrses ordonnances des rois de France avaient restreint l'usage des évocations à certains cas , et déclaré nulles toutes celles qui auraient été extorquées, par importunité ou par inadvertance , contre la teneur des édits.
Dans tous les cas, les évocations, pour être valables, devaient étrt' sig/^ées par un secrétaire d'État ou par un secrétaire des finances. (YoyCoHHi'rTiHUs.)
Aujourd'hui encore , des tribunaux supérieurs enlèvent quelquefois la connaissance de certaines aftaires a des tribunaux inférieurs, maïs ce n*est plus que par exception , et , en général , ces évocations ne sont plus des évocations de grâce. Ordmai rement , les affaires évoquées sont des affaires politiques.
La chambre des pairs surtout a , dans ces derniers temps , fait un fréquent usage de ce moyen , et prouvé par là l'importance qu elle attache à ses prévogatives Judiciaires.
EvoBA (combat el prisa d').'— Eu février 1808 , Junot , qui venait de soumettre le Portugal sans coup férir, fut nommé, par Napoléon, gouverneur général de ce royaume. Une tranqm'lnté profonde marqua les premiers mois do son administration ; mais, en mai, lorsque la guerre d'Espagne éclata, les Portugais en profitèrent pour lever l'étendard de l'msurrection. Successivement battus sur plusieurs points , les insurgés, vers la hn de juillet, concentrèrent leurs forces dans l Alentejo. Le général Loison , envoyé contre eux , passa le Tage le 25, et s'avança dans la (érection d'Evora, capitale de la province. Le 30,
11 rencontra renuemi a une demi-lieue en avant de cette ville. Les Portugais, réunis à des troupes espagnoles, étaient formes en bataille ; leur droité était appuyée à des hauteurs, leur gauche adossée au vieux château d'Evora , enfin,
12 pièces d'artillerie , réparties en trois batteries, garnissaient le front de leur ligne. Le général Loison lit attaquer sur-le-champ, et, tandis que Ini-owme se portait sur la droite des ennemis, les généraux Solignac et Margaron , qu'il avait sous ses ordres, marchèrent au pas de charge, Tun sur leur gauche, l'autre sur leur centre. Les Français furent également heureux sur les trois points. Les Portugais , chassés de leurs positions, se replièrent sur Evora, après avoir perdu cinq de leurs pièces et six ou sept cents hommes. La ville fut aussitôt cernée ; après quoi , pour éviter Teflusion du sang, ie général Loison ia fit sommer de se rendre. Les Portugais, démoralisés par l'issue du combat, ne demandaient pas mieux que de capituler ; mais les Espagnols s'y refusèrent. Il fallut donc se râoudreaune attaque de vive force. Elle fut tentée sur trois points en même temps , et des trois côtés nos soldats, encouragés par l'exemple de leurs chefs, firent des prodiges de valeur. Ils gravirent les remparts au moyen d'échelles, ou les escaladèrent en s'aidant de leurs baïonnettes ; il y en eut même qui pénétrèrent dans la place par les égouts. Un combat terrible s'engagea dans l'enceinte des murs , où les Français eurent non-seulement a lutter contre les troupes qui défendaient les fortifications, mais à prendre d'assaut
T. TU. 40* lioraistm, (Digt. mcYCfi., btg.)
chaque rue, chaque maison. UdcRartieimnt des insurgés porta au comble la fureur de nos soldais victorieux. Ils massacrèrent sans pitié tout ce qui fut pris les armes à la maio, et livrèrent la Ville au pillage.
- Les Français n'eurent dans cette affaire qu'une centaine de morts , et eAvîron deux cents blessés; la perte des Portugais fat bien plus eonsidérable :
eHe 8*eieva à sept ou huit cents hommes tués ou blessés, et à quatre mille pri* son ni ers.
ÉvBEUx, Ebroicœ, Mediolanum Àukremrwnj etc. Cette ville doit son ori* aine aux . liderci - Ebnrovices { voyez Ebubovicks) dont elle était la capitale. £lle portait alors le nom de MeêMamiik Jnkreorumi Ammien Mar- Cellin , qui écrivait vers 390 , la cite après Bouen et Tours, comme une des Tilles les plus remarquables de la seconde Lyonnaise. Suivant quelques an^ teurs , elle fut détruite au cinquième siècle, et les habitants allèrent fonder, sur les bords de l'Itou, la ville actuelle d*Êvreni. Celle-ci ftit une des dernières qui se soumirent aux Francs; elle fut prise et saccagée par Rollon , vers 892. Elle eut , dès l'année 996 , des comtes particuliers. (Voy. ÉvBEiJx[coiTitesd'].) Ijes Anglais la brûlèrent en il 18. Jean sans Terre la céda, en 1193, à Philippe- Auguste , avec la ville de Verneuil, moyennant mille marcs d'argent; mais Richard étant revenu de croisade, Jean, pour se faire pardonner sa rébellion, fit massacrer la garnison française , qu'il avait invitée à un repas. La' ville expia Giruellemént cette trahison , dont elle était innocente. Philippe- Auguste étant accouru , la prit et en lit massacrer les habitants; il la réduisit en cendres en 1199. Elle fiitericore prise en 1441, par les Français , puis par le maro h il de Biron , quelque tr v: avant la bataille d'Ivry. Suiis la trouJe, elle fut assiégée par les troupes royales.
Lors ,de la chute des girondins eu 1793 , Evrrtix , qui avait choisi Buzot p( ur son repré.sentant à la Convention, s'insurgea contre Ci tte assemblée. Mais là Montagne sut prendre de telles mesures que cette yille se hâta de se soumettre aux représentants envoyés vers elle.
Avant la révolution, T^vreux, capitale du pays d'Ouche , dans la haute NOF^ mandie, était chef lic'i d'un h.iilliage et d'une élection, avec une maîtrise particulière des eaux et forêts, un grenier à sel, une maréchaussée, etc. G*est att* jourd'hui le chef- lieu du département de l'Eure, et d'un évêché suffragant de Rouen. Elle possède des tribunaux de première insiauoe et de commerce, une chambre consultative des mahufaetli* res, une société centrale d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres; une biblothèque publique de 10,000 volumes, tin collège communal, etc...
On compte à Évreux 9,963 habitants.
Les coutumes de l'église d'Évreux of-.
fraient autrefois des particularités trèst^marquabies ; sans parler du droit que Ses chanoines avaient, de temps immémorial , de porter la soutane violette, nous allons raconter les cérémonies qui, jusqu'au milieu du dix-septième sitele, s'observèrent aux entrées solennelles des évoques.
Le prélat, monté sur une hamienée blanche, venait de son château de Condé, situé a 20 kil. d'Évreux , à la paroissè de Saint-Germain des Prés, distante de 1 kil. de la ville. De là, les corps de la ville et le clergé l'accomoagnaient ius- ^to*à la porte de l*abhaye de Saint -Taurin . dont le prieur et les religieux avaient droit de garder sa haqueuée et son anneau d'or. Conduit au niattreautel de cette abbaye, et côlffé de mitre d'argent que portait le éhef d6 Saint-Taurin, il y donnait au peuple une
Eremière bénédiction ; il passait ensuite t nuit datas le monastère.
Le lendemain, il était conduiten procession à sa maison de la Crossey oans un des faubourgs de la ville. L'hôte de cette maison lui disait, en faisant une profonde révérence : « Monseigneur , a soyez le bienvenu dans votre petite « maison de la Crosse; vous tne devez « aujourd'hui a diner et un mets séparé.» Aussitôt après, arrivaient les trésorieré du chapitre de Saint - Léger d*Êvreux, et l'un d'eux, en vertu du vieux titre de donation de la maison , lui disait : à Monseigneur, nous sommes obligés « de vous déchausser, et vos souliers et « vos bas appartiennent à notre tré*
« sor. »
FRANGE
Loi't(|tie révAquê sortait Ûe la maison, Il trouvait à la porte le seigneur de Feuquerolles et de Gauville, lequel avait eu soin de faire étendre, sur le chemin de la cathédrale, quantité de paille et plusieurs pièces de natt«l. Ce gentilhomme faisait à l'évêque une profonde révérence , et lui disait : « Monseigneur, je « suis votre homme de foi ; » puis se baissant , et étendant une poignée de ^ paille coupée , il ajoutait : « Ceci vous « dois et autre chose ne vous dois , ni « moi ni mes sujets. * Après cela , il aocompagiiait l'évêque , marchant à sa droite, répétant à diverses reprises les mêmes paroles , et répandant de la paille jusqu'à la porte de la ville. Le oortége étant arrivé en cet endroit, le firiear de Saint - Taurin présentait le prélat au chapitre de la cathédrale, et disait, en s'adressant au doyen : « Mes- « sieurs , voici monseigneur notre il- « lostrissime évéque que nous vous n amenons ; vif nous vous le bailloQtî « mort vous nous le rendrez. »
La harangue du doyen et la rép(mse de révéqoe terminées , le seigtifur de Convenant se présentait botlé , éperonné, avec l'épée au coté et le manteau sur l'épaule. Il quittait son manteau, son épee et ses éperoM , se mettait ît *
fenoux , joignait les mains entre celles e l'évêque , et lui promettait fidélité « contre tous autres, fors le roi. » La messe qui était alors chantée, était suivie d*un grand festin , et , la première fois que le prélat demnn finit à hoire
f)endant le repas, le sieur de Gauville ui présentait une coupe d'argent doré, de poids de 4 marcs , qu'il gardait pour lui; après quoi Pévéque faisait asseoir à sa table le noble échanson.
Saint Taurin, qui vivait dans le troisiènse elèole, est regardé comme le premier évéque d'Évreux. Parmi ses successeurs, il y en eut plusieurs qui devinrent célèbres , entre autres les cardinaux de te Salue el du Perrm.
JpFKsxjx (comtes d*). — Le comté rf^vreux appartint successivement à deux maisons différentes, la maison de I^ormandie et la maison de France.
ï. Comtes d'Évreux de la maison de Ncrmandie.
Ainsi que nous l'avons dit ailleurs
(voyee les Annales, 1. 1, p. 106), le comté d'Évreux fut fondé ën 999, par
Richard P^ duc de Normandie, en faveur de son fils naturel Robert y qui fut en même temns pourvu de Tarchevéché de Rouen, tl mt, en lOM, Ésiriégé datte Évreux par le duc Robert, son neveu, qui s'empara de cette ville, mais la lui rendit peu de temps après. Robert, qui , selon les chroniqueurs, avait mené une vie fort peu édifiadle, mourut en 1037, laissant d'une concubine trois lils, dont l'atné, Richard^ lui succéda.
1097* n. Âidiùtd, bon chrétien et bon homme de guerre, au dire de Guillaume de lumières , com battit , en 1 066 , avec Guillaume le Bâtard à la bataille de Hastings, et mourut le 13 décemtte 1067.
1067.111. Gn'iUnumf , fils de Richard, fin' succéda au comte d'Evreux. Il mena une vie fort agitée. Après s'être trouvé à la bataille d^Hastinga, il revint en Normandie, fut privé de son comté par Guillaume le Bâtard, et fait prisonnier
Sar ce prince au siège du château de alnte-Suianne, en 1064. Mais, eu 1087, après lamortduroid'Angleterre^ il se remit en possession du château d'Évreux, et commanda, la même an^ née, des troupes au service de Robert, ducde Normandie. Celui-ci lui Gt rendre Noyon-sur-Andelle, Gassai , Gravant, et d'autres terres qu'il réclamait comme provenant de l'héritage de son oncle paternel, Raoul Tête d'.4ne, sous la condition qu'il donnerait sâT nièce Ber" trade à Foulques le Réchin , comte d'Anjou. Robert céda , en 1 1 04 , à Henri, roi d'Angleterre, laauaeraineté du comté d'Evreux, et Guillaume combattit contre son ancien suzerain à la bataille de Tinchebrai, en 1106, ce qui ne l'empédia pas d'être* en lllS, banni et dé-' pouillé de ses Mens par Henri. Il fut cependant rappelé après quatorze moi»
d'exil et rétabli dans ses possessions,, qu'il perdit encore quelques-ftouées plus tard. Il mourut le 18 avril ttlB, sans laisser d'enfants.
1118. IV. Son neveu , Amaury If de Montfort {V du nom comme comte d'ÉvreuK), lui succède. Henri r% roj d'Angleterre, s'y opposa, saisit son comté et mit garnison dans Évreux.
Mais Amaury lui enleva cette ville au
.mois 4*octobre 1118. Le prince anglais la reprit Tannée suivante; puis il lui accorda la paix. Une nouvelle guerre s'éleva cependant entre eux en 1124; Amaury y fut fait prisonnier; puis il se réconcilia encore, en 1138« avec son suzerain , et marcha Tannée suivante contre ie roi de France. Il fut bientôt obi I gé de cesser les hostilités , et mourut en 1137.
1137. V. Jmaury //, son fils aîné, lui succéda, et mourut en 1140, sans postérité.
1 140. VI. Il eut pour snccesseur son irère Simon dit le Chauve. Celui-ci fut fait prisonnier en 1173, par Henri au Court-Mantel, et figura, en 1177, parmi les signataires du traité de paix conclu entre Henri, roi d'Angleterre, etIiOtUS Je Jeune. Il mourut vers 1181.
1181. VII. Amaury III^ son iils, lui •uocséda, mais il ne fut pas mis en posiWSSioD de la ville d'Évreux, que son père avait cédée au roi d'Angleterre , et
2ui avait été prise, en 1193, par Pbippe-Auguste. Ce fut sous Amaury l|u eut lieu l'horrible trahison de Jean sans Terre à l'égard de la garnison d'Évreux. Amaury n'ayant pas d'enfants, céda, en 1200, son comté à Philippe- Auguste, qui. Tannée précédente, Ta* vait conquis en partie.
Comtes d^Èvreux de la maism de France,
1307. I. Louis de France. Le comté d'Évreux nppartint penilant plus d'un siècle à la couronne; enfin, en 1307, Philipiie le Bel le donna en apanage à son frère Louis , avec les seigneuries d'Étampes , de Meulent , de Gieii , d'Aubigny, etc. , et Philippe le Long Térigea en pairie en janvier 1816. Le nouveau comte d'Évreux se distingua, en 1304, à la bataille de Mons>en*Puelle, et mourut le 19 mai 1319.
1319. IL Sôn fils, Philippe le Bon, lui succéda. Il avait épousé. Tannée précédente, la fille unique de Louis X, Jeanne de France, héritière du royaume de Navarre (*). Après avoir signé avec
(*) Sur la rivedroitede Tlton, à une demilieue d'itwenx, a'cièva an magnifique château , connu sous le nom de château de Navarre. C'est un souvenir de la reiue Jeanne. Ce a*eit point eep^ndant. rédifioe ^ celle
les rois de France , Philippe le Long et Charles le Bel , plusieurs traités relatifs à l'héritage de sa femme, il fut enfin, en 1328, investi de la souveraiueté du royaume de INavarre , dont la possession lui fut confirmée par Philippe de Valois. Il se distingua la même année à la bataille de Cassel, et mourut eu 1343, à Xérès en Andalousie. (Voyez Champagne et Navabbe.)
1343. IlL Charles, son fils, lui succéda, et fut le roi de Navarre si célèbre sous le nom de ChopUs le Mmeoais, C'est à Tartide Natabbe que nous raconterons ses guerres et ses intrigues ; nous nous bornerons à rappeler ici qu'en 1378, Charles V s'empara de ses
f>ossessions en Normandie « et ne lui aissa que Cherbourg, que le roi de Navarre céda bientôt après aux Anglais.
Il mourut en 1387. Il avait épousé Jeanne, fille atnée du roi Jean.
1387. IV. Charles II dit le Noble, son fils aîné, obtint de Charles VI la jouissance des terres confisquées sur son père en IVormandie cl en Languedoc, « pour les tenir sous le titre de « garde de par monseigneur le roi de « France.» Il retira, en 1387,1a ville de Cherbourg des mains du roi d'Angleterre, moyennant la somme de vingtcinq mille' livres, et conclut, le 9 juin J404, avec Charles VI, un traite dont Toriginal existe au trésor des chartes, . et par lequel il lui céda et transporta, à lui et à ses hoirs, les comtés de Champagne, de Brie et d'Évreux, avec les seigueuries d'Avrancbes, Pont-Audemer, Passy, Nonancourt, Beaumont-le»
Roger, Breteuil, Orbec, Carentan, Valognes, ÎMortain, Nogent-le-Roi, Mantes, Meulent. Ëa retour, Charles VI lui accordait et loi assurait po^ir lui et pour ses descendants douze mille livrées de terre, sur les seigneuries de Beaufort en Champanïne, Ri)ulaines, iNogent-sur- Seine, Pont, Bar-sur-Seine, Saint-Florenlin , Coulommiers en Brie , Nemours,
prioeeme avait fait âever; mais te diAtcaa
actuel, construit en 1686, sur remplace^ ment de l'ancien, par ordre du duc de Bouillon', et sur les dessins de Mansard , a reçu , dani les dernières années de Tempire , une noiiVL'Ile illiKlration du srjour qu'y fit souvent l'impératrice Joséphine, dont ii était devenu la propriété.
KVEOlî
TRANCE
SXCELMAliS
etc. , à tenir en dacbé-pairie soas It titre
de ISemours.
Charles le I^obie mourut le S septembre 1425, à Olite en Natarre.
Charles IX donna f en 1569, le comté d*Évreux à son frère François, duc d'Aiençon, après la mort duquel, ea 1584, ce Comté fut réuni à la coaronne. Il en fut de nouverm détaché en 1641, et donné par Louis XIII avec d'autres domaines à Frédéric-Maurice, duc de Bouillon, en échange de la principauté de Sedan.
ÉVREUX (monnaie d'). — Il existe des triens mérovingiens sur lesquels on lit le mot EBBoaivico, et le nom du monétaire ANflOALDO, et qui présentent.
d*un cdté une téte tournée à droite, et de Tautre une croix ancrée par le haut. On attribue ordinairement ces triens à layilled'Émnx. Quoique nous n'ayons aucune attribution à proposer en rem* placement de celle-là, nous n'osons cependant l'adopter entièrement, car ces pièces pourraient aussi avoir été monnayées dans un vfeuê nommé Ebrori vîcus qui serait maintenant inconnu.
On donne encore à la même ville d'autres triens du même genre, où on lit les ODOtS IBBOT...NVIQ — BBIBBOISB- LVSMOIV, BOTOBICOFIT — B08BI¥m MONET.
Mais on possède des deniers de la seconde race attestant d*uae manière plus certaine qu*Éfreux possédait autrefois un atelier monétaire : ce sont des pièces de Charles le Chauve qui por* tent en légende ebboicas ciyitas — GKATiA Di BBB, et le monogramme de CtKiries. On ne connaît d'ailleurs aucun texte, aucun monument duquel on puisse inférer que cet atelier ait continué à fonctionner pendant le moyen âge.
EvKON, petite ville de PanriennR province du Maine, aujourd'hui ohof-licu de canton du département de ia xViayenne, où t*on compte 8,000 habitants.Elle doit son origine à une célèbre abbaye de bénédictins fondée au milieu du septième siècle, par Hadouin, évéque du Uans , ruinée par les Normands au neuvième, rétablie au dixième par un comte de Blois, et qui, dans les dernières années du dix-huitième siècle, valait plus de six mille livres de reute an oommendatain.
Dans les environs se trouve un arbre
antique appelé le grand ch(^ne du carrefour, et qu'on cite comme un des plus remarquables monuments de la dévotion superstitieuse des campagnards de quelques-unes de nos provinces. On trouve dans les hommages que lui rendent les paysans bretons des vestiges du euite que les Gaulois rendaient aux arbres et aux fontaines. Bien que le clergé catholique ait cherché, en plaçant des croix ou des images de la vier^ auprès de ces objets de ia vénération du peuple, à donner un autre but à ses hotnmages, cet ancien culte a laissé des traces dans un grand nombre de nos dépertements.
Excellence. — Ce titre d*honneur donné officiellement, jusqu'en 1830, aux ministres d'État , aux ambassadeurs, aux maréchaux de France, et à d'autres personnages qui n'avaient pas le droit de prendre celui d'Altesse, était peu usité avant le dix-seplièuie siècle. Les ambassadeurs n'en ont joui que depuis l'année 1598, où Henri IV envoya le duc de ISevers auprès du pape. Or, uos ducs et pairs recevaient depuis longtemps à Rome cette q[ualification. Les sueeesseurs du duc de Nevers surent se la conserver, et elle passa même dès lors à tous les ambassadeurs. Mais ce furent surtout les négociations de la paix de Munster qui la rendirent commune. Vexcellence y fit naître presque autant de contestations qu'il y avait de plénipotentiaires dilférents. Les ambassadeurs français refùsèrent d'abord de donner de Vexcellence aux représen- ' tants des Provinces-Unies, qui ne réussirent à se faire accorder ce titre qu'après d'assez longs débats. L'archevêque de Reims y prétendait aussi jadis, en qualité de [)remicr duc et pair ecclésiastique. Aujourd'hui , Vexcellence n'est plus qu'une forme exagérée de politesse obsîéquieuse envers de hauts fomïMonaaires. ,
ExcELMÀNS (Remi- Joseph-Isidore, baron), né à Bar-le-Duc en 177â, entra fort jeune dans la carrière des armes ; il se distingua également de très-bonne heure par plusieurs actions d'éclat qui le firent remarqtier de iVlurat, dont il devint bientôt l'aide de camp et l'ami. Après le oombat de Wertingea (IW^,
SXCELHANS
LmiVEKS. BXCOVMDVICATIOH
oà il eut trois chevaux tués sous lui et fit dps prodiges de valeur, il fut chargé de présenter a Tempereur les drapeaux pris sur rennemi. If apoléon lui fit l*ae« cadl le plus flatteur, et lui dit : « Je sais qu'il est impossible d'être plus brave que vous; je vous fais t)flicier de la Légion d'honneur. » Excelmans fut nommé quelque temps après colonel du l*"" régiment de chnsseurs, à la tête dn-
3uel il se signnia et s'empara de la ville e Posen, en 1806. Il fut nommé général de brigade après la bataille d*Byiau, et attaché à l'état-major de Murât, qu'il suivit en Espagne. Quoique la guerre ne tût point encore déclarée, ii y fut arrêté par les insurgés , et transmé eo Angleterre, où il resta jusqu^n 1811.
Il fit partie de l'expédition de Russie, sè distingua à la bataille de la Moscowa, et flit alors promu au grade de général de division. Sa brillante conduite dana les affaires en Saxe et en Silésie, en Ï813, lui valut le cordon de grand officier de la Légion d'honneur. Il déploya dans la campagne .de Pranee de graoos talents militaires èt une étonnante in* trépidité.
Sous la première restauration, au moment oft le gouvernement français
faisait tous ses efforts tmprès des sou> verains alliés pour les décider à rétablir les Bourbons sur le trône deJNapies, la police se saisit des papiers d*on voyageur anglais qo! se rendait dans cette ville, et y trouva des lettres particulières dont elle viola le secret. Une de ces lettres était adressée, par le général Excelmans, au roi Joacntm Mnrat, qu'il félicitait sur la ronservntion de sa cou-" ronne. Cette lettre de compliment fut iugée criminelle par les hommes de .rémigration qui gouvernaient alors la France. L*orare fut donné d'arrêter
^ Excelmans; mais il eut le bonheur de s'évader au moment où la force armée entrait ébez lui. OependMit, quelque temps après, il se constitua prisonnier âans la citadelle de tille, pnssa, le 23 janvier 1815, devant le conseil de guerre, et fut acquitté à T unanimité.
Cette affaire fit beaucx)up de bruit dans le tem^s , et tourna à la honte des agents du pouvoir.
Au retour de Hle d'Elbe, Excelmans
' ftat nommé pair de Fraooe «t eooBiqan-
dant eti chef du 2^ corps de cavalerie; c'est en cette dernière qualité qu'il fit iacamfiagne de Waterloo, où il déploya son activité, sa bravoure et ses talents ordinaires. Le 2 juillet, lorsque Tarniée française réunie sous les murs de Paris attendait a chaque instant le signal de la bataille qui devait la venger de ia défaite de Waterloo , Excelmans, impa« tienté de tous ces délais, fond à Vimproviste sur Versailles avec un corps de cavalerie, met en déroute douze mille Prussiens, et revient triomphant i Paris avec quinze cents prisonniers et mille chevaux. Ce fut le dernier exploit de nos braves. Le lendemain fut signée la eafdtnlatioo de Paria. Excelmans fiit eompris dans l'ordonnance de proscription du 24 juillet, et forcé de s'expatrier et d'errer de contrée en contrée, constamment poursuivi par les ennemis de la gloire française, et surtout par les Prussiens , qui ne pouvaient lui pardouœr leur défaite de Versailles.
Ce brave général est aujourd'hui én disponibilité. Il a été réintéfzré en 1831 à la chambre des pairs ou, lors du procès d'Armand Carrel , il a éner^iquement protesté contre la condaninatioa du maréfdial Ney.
FxciDEtîiL. petite et ancienne ville du Périgord, aujourd hui comprise dans le département de la Oordogne , arroor ^ssement de Périgueux. Elle était con« nue dès le sixièiîie siècle., et avait autrefois des fortilicatious et un château fort dont il reste encore deux belles lours , aussi étoaoantei ptr Uxa masse que par leur hauteur.
Excideuil fut érigée en inornuisat, l'an 1616, en faveur de Daniel de Talleyrand, prinoa de Cbalais. Elle renfermait, avant 1789, un monastère ou l'on voyait les tombeaux des ducs de Bretagne , vicomtes de Limoges et comtes de Périgord. Sa populatioo ac- . tuelle sVIève à 1,700 habitants.
Excommunication. Celte peine ecclésiastique , la plus forte que l'Église
Suisse iuflii^er , est, comme son nom l'inique, rexclusion du coupable de la œmmunion des fidèles. D ms l'Église primitive on distin^Uciit iltux espèces d'excommunication^ : i'cxcommuuication médicinale et feiagooMmmication
WMVummuÈsni&M FRAKCE. AcnammutMM m
mortelle. On usait de II pramlèM en* vers les coupables que Ton sépifait de
la romniunion jusqu*à ce quils eussent satisfait a la pénitence qui leur était imposée ; la seconde était portée contre les hérétiques et les pécheurs iropén»* teots et rebelles à l'Eiilise. T/excommunication mortelle retranchait le fidèle dn corps de l'Église , jusqu'à ce que , par sa péniteiice, il tût mérité d'y «entrer. Elle prit le nom de majeurp^ lorsqu'iiprès la publication des Decretaies de Grégoire IX, on établit une MMivelle suboif ision dans le dassemeiit des eseonummications. L'excommunication mineure était celle que l'o!) encourait en fréquentant un excommunié :
elle ne orivait eelui qui en était frappé que du aroit de Feoetoir les sacrements et de pouvoir être po!irvu d'un bénéfice. Cette espèce d'excommunication ne fiit admise en France qu'avec certaines restrictions. Cependant un concile tenu à Verberie, en 755 , fit sur les peines ecclésiastiques en général , et sur l'excommunication en particulier, un règlement qui tal publié par Pépin, et où Ton remarque les dupositioDS suivantes :
« Un excommunié ne doit pas entrer « dans l'église , ni boire , m manger « avec Itfs autres chrétiens. Sachez, di- « sent les Pères, dont le roi n'est ici « que l'organe , qu'aucun ne peut ni « noire , ni manger avec hii , ni reee- « voir ses parents, ni leur donner le « baiser de paix , ni se joindre à lui «dans la prière, ni le saluer; et si « quelqu'un communique avee lui de « plein né, qu*il saehe qu'il est eioom- « munie lui-même. «
Jusqu'alors l'excommunication avait étéunepeine ecclésiastique que l'Église Infligeait seulement dans l'intérêt on sous le prétexte du bien de la religion. Plus tard, il sembla au clergé qu'une arme au moyen de laquelle on pouvait forcer les peuples à ee eoni»rmer atn règles de la morale et aux prescriptions de l'Évancîile, pouvait également être employée a la aéfense de ses biens et de ses privilèges. Ce fat vers le neuvième siècle que, ne pouvant plus compter sur la protection de la royauté, perdue en quelque sorte au milieu de
usage des excommuniciitions dans ses querelles particulières.
La formule de l'excommunication était d'abord très-simple; elle se bornait à ces mots : nom excommunions^ mais à mesure que le clergé en fit un usaîe plus fré(juent, il en rendit les paroles plus terribles , romme pour donner une nouvelle force à cette arme, que, par un effet de l'heNtude, on commençait à moins redouter.
C'était* du reste une chose terrible
Sue l'excommunication au moyen âge; \ société religieuse enveloppait alort la société civifo ; elle en consacrait et en resserrait tous les liens. Rien ne se faisait que par TÉclise ; aussi , retrancher nn homme de TÉsilise , c'était le mettre hors la loi, en faire un proscrit, dont tout le monde fuyait l'approche et le contact, et qui portait partout avec lui le signe funeste de la réprobation divine. A sa vue, l'Église se voilait de deuil, les rhants cessaient, l'orgue était muet et les cloches immobiles , le sanctuaire se fermait devant lui, et le prêtre attendait qu'il fût passé pour rendre autemple ses cantiques. Lorsque la sentence était lue , c'était à la lueur des flambeaux , dans le j^lus sombre appareil ; et qaand l'ofBciant pronon^it les lugubres paroles de l'excommunication, tous les assistants renversaient leurs flambeaux , et en éteignaient la flamme sous leurs pieds; ternble in^age de lavie spirituelle, qui s'était éteinte aussi dans t'c^me du condamné. Si le coupable était un prince, et refusait de faire soumission , le pape déliait ses sujets deleur serment de fidélité, et, pour vain-> cre sa résistance, il les frappait euxmêmes : par tout le pays , les cérémonies du culte étaient suspendues; Jessacrements n'étaient plus administrée; il n'y avait plus de messes ni de prières, si ce n'est pour les nouveau-nés et pour les morts.
L'absolution se iaisait d^^ne mamère non moins solennelle. Lorsque l'on s'é-' tait assure du repentir du coupable, révéque , à la porte de l'église , accompagne de douie prêtres en aurpHs , six a sa droite et six à sa gauche, l'interrogeait comme pour sonder une dernière fois sa conscience ; puis , s'as- ' MfHt el s« couvrant de ia nitre , il;
ils mmmmmcmmi L*uiavERS BzcmonnacAmv
fécHait avec les ptèttw les sept psau- dirent d'admiBistrer ht sacrements et
mes de la pénitence, en donnant de de donner la sépulture aux morts. In-
temps en temps des coups de verge ou nocent III envoya des commissaires qui
de baguette au coupable ; il prononçait terminèrent ces premiers débats ; mais
ensuite la formule d'absolution, et ré- de nouveau! actes d*autorité du comte
citait enfin deux oraisons, aprèa les- de Blois renouvelèrent bientôt ces sc^n-
quelles le pénitent était de nouveau ad- daleuses querellas. Un nouvel interdit
mis dans la communion des fidèles. fut lancé sur le diocèse de Chartres;
On comprend combien i'exconimuni- les chanoines se plaignirent au roi Phî-
eation était une arme puissante, à une lippe-Auguste qui nt ooodainner « les
époque où les paroles de l'Église étaient officiers de la comtesse, son prévôt et
le premier besoin des peuples. Du reste, son châtelain à assister à une proces-
le clergé ne tarda pas à en abuser. Des sion générale dans Téglise cathédrale,
eardinaux, dee prélats, dee églises en- les épaulei nues, tenant des cierges
tières se battirent à coups d^excomniu- dans leurs mains , à faire amende hono-
nications ; et ces scènes ridicules se rable , à demander pardon à Dieu et à
proloDgèreqt pendant des siècles sans la sainte Vierge, enfin à être fustigés
éfeiiler la Maa des peuples I On alla avec les verges dont ils étaient eux»
jnaqu'à lancer la foudre sainte contre mêmes porteurs, etc. »
des rats et des chenilles, qui n'en con- I/histoire de ces misérables disputes
tinuèrent pas moins à désoler les cam- nous demanderait beaucoup plus d'es-
pagnes ; mais le plus souvent Texeom- pace que nous ne pouvons lui en consa-
Hiuttication servait, dans les mains du crer;.noua rapporterons seulement un
dergé , à assurer des intérêts plus jugement assez singulier : Thibaut VI
graves. C'était sa réponse dans toutes avant fait pendre le domestique d'un
les querelles où il lui manquait un au- chanoine qui s'était rendu coupable de
tre moyen de victoire. Nous allons citer quelques vols , le chapitre reclama ,
^elques exemples de ces tristes abus. suivant son usage , et menaça de l'in-
Eu 127Î), Pierre de France, comte terdit. Cependant ils préférèrent s'en
de Blois et de Chartres , fils de saint rapporter à l'arbitrage des évéques de
Louis et frère de Philippe le Hardi, Pans, d'Orléans et de Senlis. Ces pré-
fut excommunié par suite de ses démê- lats condamnèrent le comte h fournir
lés avec les chanoines de Chartres. Cette un de ses sujets pour tenir lieu du mort
querelle , entre le chapitre de Chartres au chapitre. Ce serf fut apporté étendu
et les comtes de Blois, remontait fort .aur un lit, depuis les fourches jjatibu»
haut et dura près d'un siècle; elle né> laires jusqu'au devant de la pnncipale
oessita l'intervention de plusieurs papes porte de l'église cathédrale : là il fut
et de plusieurs rois de France. Telle livré au chapitre pour lui appartenir en
m était l'origine : en 1205 , les cba* toute propriété,
noioes de Chartres, jaloui d^exercer un En I26â les vieilles haines entre les
droit qu'ils n'avaient pas < celui de ren- chanoines et les romtesde Blois s'étant
dre la justice, contestèrent à la com- réveillées, le comte et tous les siens
t^e Adèle, qui gouvernait alors le furent excommuniés : les archidiacres
Cjomté de Blois et de Chartres, la jus- de Blois et de Vendôme ordonnèrent
tice et la suzerainiâé de ces deux com- aux curés de faire observer l'interdit
tés. Les officiers de cette princesse ne dans toutes leurs paroisses, avec défense
tinrent aucun compte de ces privilèges de célébrer les saints mystères, excepté
pfétendas des chanoines , et firent ar- un seul jour de la eemaine. Le safnt-
réter et exécuter un criminel à mort, père, informé de ces événements, écri-
Les chanoines, qui ne reconnaissaient vit à Louis XI, qui nomma plusieurs
que l'autorité du pape, regardèrent cette évéques pour concilier les parties. Voi-
aetion comme une violation de leurs ci leur jugement :
franchises et immunités. Pour s'en Ils condamnèrent Jean de Châtillon,
venger , ils excommunièrent la com- comte de Chartres et de Blois , à de-
tesse, ses officiers, et toutes les de- noander au chapitre l'absolution de Tei-
riwdanew de ms eoméi. Ils défeo- commuDiMtion prononcée oontM lii «t
■mumvicATios frange. ksxcomnniiGATioir éss
n maifloii; le châtelain et les auDres « rent, Sire, pour Dieu et pour ee que
officiers meeat condamnés à aller à « faire le devez , que vous commana'ez
f)ied , les uns à Saint-Martin de Tours, « à vos prévoz et à vosbaillifs, que tous
es autres à Vendôme , et à Saint- Jac- « ceux qui se soufferront escomnieniez
ques en Galice , ou à payer une amende « an et jour, que en les eontreingne
pour le subside de la terre sainte. Il « par la prise de leurs biens à ce que
fut de plus ordonné que les rorps inhu- « ils se facent absoudre. » A ce respondi
més {)endant l'interdit seraient exhu- ]eroys,que il leur commanderoit vo-
ffiés par ceux qui les avaient ensevelis, lentiers de tous ceulz dont en le feroit
déposés autour des églises paroissiales, certein que il eussent tort. Et révesque
et ensuite remis dans les fosses et en- dit que il ne le feroienta nul feur, queil
terrés, après que l'office des trépassés il de vcissient la court de leur cause,
serait célébré, et que les honoraires Et le roy li dist que il ne le feroit au-
des enrés auraient été acquittés suivant trement ; car ce seroit contre Dieu et
I*usage; enfin, que l'on recommence- contre rnison , se il contreignoit la gent
rait la publication des bans des maria- à eulz absoudre, quant les clers leur fe-
ges célébrés durant l'interdit , et que roieot tort. « £t de ce , fist le roy ,
les contraetants seraient tenus de 8*é- « vous en donis- je un exemple du conte
pouser de nouveau; parce que Pnsage «de Bretaingne, qui a plaidé sept ans
du mariage était défendu tant que sub- <- aus prelas de Bretaingne tout excom-
sistait l'interdit. De pareils scandales «menié; et tant a exploité que fapos-
se renouvelaient à chaque instant et « tole (le pape) les a condempnez touz.
sur tous Im points du royaume. Aussi « Dont se je eusse contraint le conte de
les conciles se virent-ils obligés , dnns « Bretaingne la première année de li
l'intérêt même du pouvoir ecclesiasti- « faire absoudre , je me feusse meffait
que , a mettre des bornes à l'exercice « envers Dieu et vers li. » Et lors se
d'un droit que son fréquent usage allait souirirent les prélaz ; ne oncques puis
bientôt rendre nul, en le déconsidérant n'en oy parler que demande feust raite
complètement. des choses desus dites. »
Mais les mesures prises par ces as- Un assez grand nombre de rois de semblées ne furent |K>int exécutées , et France ont été excommuniés ; le prèle nombre des excommunications alla mier qui ait enrouru les foudres de la toujours en augmentant. Il est vrai que cour de Rome est Robert, fils de Phila terreur qu'elles causaient diminua. lippe-Auguste. Il avait épousé Berthe, dans la même proportion. Sous saint veuve d*Eud)es, comte de Blois, dont un Iioois, les évéques essayèrent d*en re- des enfants avait été tenu par lui sur nouveler l'effet, en sollicitant le pieux les fonts baptismnux. Cette union ne monarque d'ajouter la sanction de son fut pas plutôt connue à Rome, que le pouvoir temporel aux condamnations pape la déclara incestueuse, et exigea prononcées par l'Église. C'està Joinville au elle filt rompue. Robert, espérant le que nous devons la connaissance de ce fléchir, lui envoya saint Abhon , abl)é lait. Une députation de tous les prélats de Fleury; mnis celui-ci revint sans de France vint trouver le roi a Paris; avoir rien obtenu. Le pape, lier de sa et Gui, évéque d'Auxerre, lui adressa parenté avec la famille impériale, pre-? ainsi la parole en leur nom. « Sire , ces nait un ton d'autant plus impérieux «seigneurs qui ci sont arcevesques, qu'il voyait le roi plus disposé à lui faire « évesques, m'ont dit que je vous deisse des concessions. « que la erestienté se pmt entre vos Un concile s'assembla enfin à Rome «mains. » Leroy se seigna, et dist: (998), et prononça une sentence ainsi « Or, me dites comment ce est ? — Sire , conçue : « Le roi Robert quittera sa pa- « fist-ii , c'est pour ce que en prise si « rente Berthe , au'il a e^jouséc contre « pou les excommeniemens but et le * les lois , et il fera une pénitence de « jour (aujourd'hui) que avant se lessent n sept ans, selon les degrés fixés par «les Rens mourir excommuniés, que il «l'Kglise; s'il rpfuse'de le faire, qu'il « se faient absodre , et ne veulent faire « soit anathème. Le même ordres'éteud « satisfacsion à l'esgiise. Si vous requiè- « aussi à la susdite Berthe.
% Nom suspendons de la très - sainte « communion Archnmbaud, archevêque a de Tours, qui a consacré ce mariage, « et les évélques qifi ont assisté et con- « senti aux Qoees incestueuses du roi et « de Berthe sa parente , jusqu'à ce qu'ils « en soient venus à satisfaire 9U s^iQt- « siège apostolique (*). »
Robert, prioce d*aD caractère timide et d'une dévotion extrême, n'osa point résister; cejien'i.ini il ne céda point imnié<iiateinent ; et b'il iimt par se séparer de son épouse, il n'y fiit pas contraint, comme on le dit souvent , par l'abandon général où on le laissa (**). Cet abandon général est une fable accréditée par les prêtres , qui , longtemps après, s'emparèrent des circonstances de ce divorce, et en fir<'nt un récit propre à frapper de terreur les peuples et les rois qui oseraient lutter contre FÉglise. Le passade suivant d'une lettre éerite par le cardinal Saint-Pierre Damîen à l'abbé du Mont-Cassin peut élre cité comme )a source où ont puisé les historiens modernes qui ont admis ce récit sans contrôle: «L'aïeul de ce monarque, Ro- «bert, roi des Gaulnis, épousa une «femme, sa parente, qui lui donna un «fils dont le cou et In téte ressemblaient « à ceux d'une oie. Presque tous les évéa ques des G 'ules, d'un commun con- « sentement, excommunièrent ensemble « répoux et Tépouse. La terreur que « ressentit le peuple de cet édit sacerdo- « dotal fut telle, que tout le monde « fuyait la société du roi , et qu ii oç « resta auprès de lui que deux petits es- « claves pour le nourrir. Encore ceux-ci « jtiiîeaient - ils abominables tous les « vases dans lesquels le roi avait bu ou «mangé, et ils les jetaient aussitôt « après dans les flammes. Ce fiit en rai* « son (le cet état de souffrance que Roa bert , revenu a des conseils plus sages, « rompit un mariage incestueux , et con- « tracta un mariage légal (***), » Nous n'avons pas besoin de démontrer !e peu de valeur historique de ce récit qui, dans plusieurs circonstances, çst
(•) Concirium roman, i^li^» Wlf^ ^enei:, t. IX , p. 77 a.
(*•) Sismondi , fiist. des Frqn^afj, t. ly, p. loi el spiv.
contradiction avec des dooiUMIÉB foi •
méritent toute confiance.
Aurès rexcommMmcation de Robert, la plos célèbre peut<|tre dont il soit question dans nos annales, est celle aont fut frappé Philippe I'% son petitfils. Ce prince avait enlevé Bertrade, femme ae Foulques le Rechin , comte d'Anjou, et Pavait épousée publiquement. Le clergé espéra , en le menaçant de l'excommunication, le forcer à mettre lia au scandale; il ne tint aucun compte de ces menaces. Enfin, un ooacilf assemblé à Autun , le 16 octobre 1094, rexcommuoia» lui et sa nouvelle épouse, Bertrade.
Philif)pe reçut sans trop s'éflMiUTew la nouvelle de cet arrêt. Comme l'ansh thème prononcé contre lui le privait de sa couronne, il se soqmità ne point la porter, à ne point rev^ la pourpre, à ne paraître dans aucune cérémonie en costume royal. Le concile avait décidé que, Quand le roi entrerai^ dans une ville , le son des dodies et le chant des prêtres devraient cesser de s'y faire entendre; mais Pliilif>pe s'en inquiétait peu ; et lorsqu en sortant d'une ville, il entendait les prêtres chanter des an* tiennes et mettre en branle toutes les cloches : « Entends -tu, ma belle , di- « sait-il en riant et en se tournant vers 0 BertrjKie , entends - tu comme cet « Mnt'là ntmt chassent (*) ? »
Enfin , do guerre lasse , après avoir exiiié du roi la promesse de se séparer de Bt^rtrade, promesse que celui-ci viola
Îiussitdt , le pape leva 1 interdit dont il 'avait frappe; et, dès lors, Philippii reprit les ornements royaux. Du reste, le peu d'effet que les foudres du Vatican avaient ftît sur ce pripce n'empécba pas les papes de faire usage de ti mémo arme contre tous ses sueecsseurs , jusqu'à Louis VIII, Philippe le Be! fut aussi excommunié, ainsi que Louis XII, qui dut en être peu affecté , s'il est vrai qu'il répondit un jour à un seigneuv qui se plaignait de l'infidélité de sa lemme : « Il eq est de riiifidélité (Ï'uqq « femme comme des eiieommunieaf foas « du pape; c'est une chose terrible quand « on s en soucie , et ce n'est rien « quand on ne s'en soucie pas. »
Q VITill^. l^alqiesbw. , fie gestù «Vwr,, If Tr P- <4>
EXECUTEUR FKi
Henri m et lien ri IV furent à leur tour retranches de la communion des fidèles.
Cetuil pour eux une chose plus grave , puisque, dans ers ten)ps de croyances vives et de querelles religieuses, I orthodoxie était devenue une des conditions nécessaires de la royauté. Enfin, en 1809, Pie VII osa proférer contre le grand empereur des menares d'excommuniration. Il en fut bientôt «près puoi par la perte de la liberté.
* Au reste , il > a longtemps que Ton a dit que les foudres du Vatican gelaient en passant les Alpes. Aussi , « actuellement, pour citer un passage de Voltaire^ qui n'a rien peran de soo Â*propo8, on se contente d*excoaimunier les représentants des monarques. Ce n>st pas les ambassadeurs que je veux dire, mais les comédiens qui sont rois et empereurs trois ou quatre fois par se* maine, et qui ^oincrnent l'univers pour gagner leur vie. 11 ne reste plus pour victimes qu'Alexandre, César, Athalie, Polyeucte , Andromaque , Brutus, Z4|re et Arlequin. »
Exécuteur des arrêts de la justice CBIMLINSLLE. Le bourreau était, dans Tancienne l^islatîon, appelé feo»^ cufeur de la hatàeju^ee^ OU le J9Ulf»
tre des hautes œurrps , parce que les hauts justiciers et les juges royaux avaient seuls le droit de condamner à mort. Pour pouvoir employer l'office de cet homme, il fîUait être investi du dï^oit de glaire ou ûe justice de i>a7uj. Quant au mut Ooun eau, on a beaucoup disserté sur son étynx>logie. Quelques-uns le font dériver d'un nommé Borrel, ecclésiastique , auquel un roi de France aurait concédé la jouissance d'un certain flef, et des vivres pour tou4 les jours de Tannée, à la charge de peo^ dre tous les voleurs du canton. Sans nous arrêter à cette historiette, nous dirons qa*OQ fait généralement remon* ter Torigine ite ce mot à la lapgiie eeit»» que.
Dans les premiers temps de l'histoire de nos aïeux , il parait qu'on ne recourait pas au bourreau pour toutes lei exécutions. Quelquefois un des juges rem()lissait lui-même cet otïiee, ou bien les condaumes ex(^utaient la sentence les uas «ir le$ autres. Oo lit dans lai Capitulaitii : % ûm'îIi «e floaipeat le im%
NCK. EXECUTEUB 685
« qu'ils se tondent mutuellement (*). » Il fallait, du reste, que, pendant la longue période de barixirie qui nous a précédés , le bourreau fût un homme bien habile 4ans l'art de tourmenter et de détruire ; qu'il sût également remplir sa charge par la hache, Tépée, le feu, la corde, la fosse, récaîrtelage, la roue, la fourche, le gibet; pour traîner, bouillir, démembrer, essoriller, flagftUer»
marquer , décapiter , etc, , etc.
Suivant les localités on tes draonstances, re.\écuteur était jadis nommé par commission ou en titre d'office.
Souvent il avait, par droit de naissance, par héritage, le triste privilège d'exercer ce métier , qui en France a toujourp été considéré cotnme infâme. Les lettres étaient signées du roi ; quand le chancelier les avait scellées, il les jetait sous la table, a l'huissier de service les ramassait pour les remettre au titulaire, qui (levait les fair« enregistrer au p^rloment.
Ce malheureux ne pouvait pas demeurer dans l'intérieur d^ la ville , à moins que ce ne fût au lieu même oî^ .était dressé le pilori. Il était autorisé par ses lettres d*mstjttttion à loger dans c^t endroit, mais non ailleurs. « place du pilori , nu carré de la halle ai| poisson , dit Piganiol de la Force, est entourée de boutiques et d'échoppes quf l'exécuteur de la haute justice a obtenii le droit de construire «t do iouer à deff marchands. »
Cependant d'assez nombreux privilèges compensaient quelquefois jusqu'à un certain point les horreurs d^une pareillf existence. A Paris et dans plusieurs autres villes le bourreau jouissait du droit de kavage, e*est>è-dire , qu'il pouvait exiger, sur toutes* les céréales esposélC en vente, autant de grain qu'on en pouvait prendre avec la main. Il prélevait en outre , à Paris, un droit sur les lé*
f;umes verts, sur les fruits, les marées* e poisson d'eau douce, les baijii;, les gâteaux de la veille de TÉpiphauie , le passage du Petit-Pont, les le^ireux, tes marc&nds forains (pendant dfux mois),
(*) Voy. Mifheict , Origine du énAt firanç.,
p. 376, et dans la Contession de Sancy, p«r d'Aubigné (suà fine) , t'Hisloire des Cor*
lÛien vamtmès fw iioiligny • pondre rédproqaemait.
636 EXECUTEUR L'UJSIYERS. EXECUTEUR
le foin, les œufs, la laine, etc. II venait lui-même avec ses valets percevoir la part à laquelle il pouvait prétendre, et 069 valets, à mesure* qu'un débiteur se libérait, lui faisaient sur le dos une marque avec de la craie, afio de le reconnaître.
Cet usage subsistait encore à la fin du dfx-huitiènae siècle ; il fallut alors supprimer cette perception , parce qu'elle occasionnnit beaucoup de rixes entre les préposés du bourreau et ceux qui relusaient de payer ou de se laisser marquer. Cette suppression fut étendue, par un arrêt du conseil ,'du 3 juin 1775, à tons les lieux où les bourreaux étaient dans l'usage dB|)ercevoir de pareils droits.
Une exécution faite sur le territoire d'un monastère valait au bourreau certaines rétributions, parmi lesquelles on Toit souvent figurer une téte de cochon. Tous les ans , le jour de Saint-Vincent, il se rendait à l'abbaye de Saint-Germain des Prés , pour assister à la procession. Il y marchait le premier; puis, après la cérémonie, une téte de cochon lui étnit remise en présence de l'abbé. Les religieux de Saint-Martin lui devaient aunuellement, pour les exécutions &ites sur leurs terres , cinq pains et cinq boutleilles de vin (*).
Le bourreau était chargé d'une sorte de çolice dans les rues de Paris. Ce fut à lui que, à partir de la fin du quinzième lieele , on confia le soin d'empêcher les porcs d'y errer en liberté. On lui donna, a cet eltet, le droit de tuer ceux qu'il y trouverait, et on lui permit d'en garder la tête pour lui ; le corps devait être porté à l'Hôtel-Dieu. Les cochons des religieux de Saint-Antoine étaient les seuls auxquelsil n'eut pas le droitde toucher, et qu'il dût laisser errer librement.
Si le législateur avait ainsi fourni au bourreau les moyens de subvenir , en préletant des redevances en nature , h Ées besoins personnels, c'est sans doute parce que tous les marchands eussent refusé l'argent de cet homme maudit.
]>u reste, ses droits, comme ceux des hauts et puissants seigneurs, étaient constatés par des lettres patentes , qui nous apprennent « que de chaque per-
(*) Sauvai, Antiquités de Paris, t. 11^ p. 45?.
« sonne qu*il met au pilori , le bourrel « avoit à prendre cinq sous; et de cha- « que homme justlcié pour ses déméri- « tes , ce qui estoit au'^essous de la " ceinture, de quelque prix que ce fût* » Plus tard , la dépouille entière du pa» tient fut dévolue au bourreau.
On trouve dans les archives du baron de Joursanvauit, généalogiste et diplomatiste distingué, une quittance délivrée par un bourreau du quinzième siècle. Ce document curieux est. ainsi conçu : « A tous ceux qui ces lettres « verront ou orront , Guillaume Lemo- « nier, garde des sceaulxdes obligations « de la vicomté de Dainpfront (Dom- « (tont) en Pass , salut. »ivoir faisons « que pardevant Maînffray Pitart , ta- « bellion juré et establi en ladite vi- « comté, lut présent Robert Taillebo^s, * « maistre etecuteur de la haulte justice « audit Dampfront , lequel confessa « avoir eu et receu de honorable homme u Nicolas Normant, vicomte et receveur « illec, la somme de soixante soubz « tournois , pour sa paine et sallaire « (l'avoir exécuté Guillaume Gougeui « comme traistre, larron, brigant. De « laquelle somme ledit Tailleboys se « tient pour content et à plein pàié, et « en quitte le roy, messire ledit vicomte « et receveur, et tous autres qu'il np- « partient. £n tesmoings de ce , nous « avons scellé ces lettres , à la relacion « dudit tabellion , du contresoelausdites « obligations, le ¥11*" jour de mars de l'an « mil quatre cents trente-sept. »
« Signé PiTABT. »
Ces divers avantages eurent en générai pour effet d'assurer In succession continue de ces terribles officiers de police judiciaire. Quelquefois, cependant, on vit les gens de justice en grand embarras, parce que personne ne s'était présenté pour remplir de telles fonctions. Ainsi , il ne se trouva point d'exéeutenr.à Lyon , quand il s'agit de met* tre à mort Cinq-Mars et son ami. Ua vieux portefaix consentit enfin à jouer • ce rôle sanglant ; mais son bras , fatigué par Texécotion de Cinq-Mars, ne put qu*au douzième coup faire tomber la tête de de Thon. Un cri d'horreur s'éleva de toutes parts, et, sans le secours de la force armée , il eût été luimême massacré par le peuple.
EXECtTËLll FHA
A Rouen, la cour souveraine avait ▼u aussi, en 1312, le bourreau manquer à une exécution. Après plusieurs appels faits inutilement aux hommes de lionne volonté , on éleva la prétention assez bizarre que la corporation des huissiers devait se charger de donner cette dernière sanction à Tarrét crimi* nel. Sur le refus des huissiers , on en vint à discuter si ce n'était pas une des obligations légales de leur oftice ; enfin, aprâ un mûr examen , un arrêt solennel les condamna , non pas à exécuter eux-mêmes , mais à trouver un exécuteur, eu allant, aux frais du roi, de ville en ville, obercher un bourreau qui voulût bien les suivre.
D'une ordonnance rendue en 1264 par saint Louis contre les blasphémateurs, et où on lit l'article suivant : « Celui nui aura meffait ou mesdit sera « battu ae verges et à nu, c'est à savoir « les hommes par homme , et la femme « par çeule femme , sans présence « d^homme, » on a voulu conclure que la charge dont nous parlons avait été érigée en titre d'office même pour des femmes ; c'est une erreur : les exécutions dont parle cette ordonnance, et d'autres semblables , se réduisaient au supplice de la fustigation pour les femmes. Celles qui remplissaient cette mis- Éion spéciale ne prenaient pas le titre de bourreltes , et n'en avaient aucune* ment les droits ni les privilèges.
Il ne faut pas confondre non plus les fonctions du bourreau avec celles du tonrmeniem' jwré. Ce dernier, nommé aussi questionnaire , n'était employé que pour la question préparatoire, à laquelle le bourreau était appelé seulement lorsqu'il n'y avait pas de questionnaire en titre. Le tournienteur faisait aussi la dépense et les préparatifs nécessaires pour l'exécution par le feu; il fournissait le sac, les demi-lances ferrées sur lesquelles on exposait les têtes, les échelles, les chaînes de fer, etc. Ces faits sont justifiés par des comptes de 14S9, 1441, 1446 et 1449.
D'après Tancien droit , le bourreau seul devait exécuter tous les jugements, contradictoires ou non , emportant peine de mort on mutilation de membres, manque et fbstigation publique, amende honorable non tMe* U exécutait aussi
^CE. KXECUTEUm 687
le bannissement, soit hors du royaume, soit seulement hors d'une province ou d'une ville, lorsque ce bannissement était précédé de quelque autre peine «
comme du fouet; dans ce cas, après avoir conduit le condamné jusqu'à la porte de la ville, cet homme fui donnait un coup de pied par derrière^ en signe
d'exclusion.
Ce n'était pas le bourreau qui faisait les exécutions dans la prison. Le questionnaire ou Tun des guichetiers en était ordinairement chnrfré ; mais c'était lui qui exécutait les condamnations capitales rendues par le prévôt de l'armée ou par les conseils de guerre, à l'exception toutefois de celles qui ordonnaient de faire passer le patient par les armes ou par les baguettes. C'étaient les soldats qui lnfli|eaient eux-mêmes cette espèce de châtiment.
Les exécuteurs étaient, à ce qu'il paraît, tres-jaloux de leurs prérogatives.
On en cite un qui, à Paris, fit, en 1560, un procès à un jeune gentilhomme, parce que celui-ci , surprenant un voleur au moment où celui-ci lui dérobait sa bourse, lui avait imméUiateuieut coupé une oreille. Le bourreau se plaignait d'avoir été . par le noble, troublé dans sa profession , et demandait , en conséquence, des dommages-intérêts.
Le coupable n'appartenait cependant au bourreau qu'après sentence régulière et lecture de l'arrêt faite au conoamné. Le président Brisson ayant été arrêté pendant la ligue par des forcenés , qui avaient contraint l'exécuteur des hautes œuvres à le pendre sans forme de procès, celui-ci fut recherché quelaues années anrès pour cette violation ae la loi, et condamné lui-même à être pendu.
Ces parias de la société moderne n'ont pas toujours supporté patiemment l'expression de l'horreur et du mépris
Qu'ils inspiraient. La dénomination de ourreau leur étant devenue commune avec tous ceux qui commettaient quelque acte de cruauté, leur parut surtout odieuse, et ils portèrent maintes fois à ce sujet leurs plaintes à la justice. Un arrêt du parlement de Rouen défendit enCn, le 7 novembre 16bl, à toutes personnes , de traiter de bourreau l'exécuteur et tous les gens par lui employés , à peine de 60 uvies d^ameode. .
M EMËÊïOtmjjtL wm
Vn «dtHB arrêt, randu en iiffêf par fo
Îiarlement de Paris « fit de même défense d'appeler bourreaux le sieur Doublet , exécuteur des hautes œuvres à Blois, ou ses préposés, suus peina dë 100 livres d'amende. En 1761 , ief enfants des sieurs Ferry et Jounnne, e\éctiteiirs des hautes œuvres à Rouen, avant été chassés du spectacle, présen- Jiareiit «ne requête au parlement , et voici comment ils la soutinrent : <« Quoi ! * dirent-ils, il y a des ^cns qui pretenn dent que les hommes pourvus de I of- « fiée d exécuteurs des arrêts des cours « souveraines, sont des infâmes, eux et « leur fatnille! Y eut-il jamais preten- « tien plus absurde? La plus simple « f^ukion tia BofHtaile pas pour prou- « ver que teld ne sont ni ne peuvent « être les préposés aux susdites œuvres, « puisqu'ils ne peuvent en avoir l'oflice, « si, des informations d'un juge, il ne « réîwlte qu'ils sont bons eatnoliques « romains et ritoyens de mœurs irré- « prochybles? Et Ton voudrait qu'avec M de telles (jualités on pût encore être « qualifié d'infimes. i» Ce raisonnement fut adopté par le procureur général, lequel donna des conclusions conformes, qui furent adoptées dans un arrêt du 7 Juillet, eooflrmatif de eelui do 7 novemore 1681 , et défendant en outre, sous peine d'une amende de 100 livres, d'intercepter la liberté des sieurs Ferey et Jouanne dans aucun lieu public, sans exception. Enfin, par un arrêt du conseil, du 12 janvier 1787, le roi ût très-expresses inhibitions et défenses de donner désormais la qualiûcatiiMii de bourreaux aux exécutéurs des jutxements rrinu'nels.
Des le début de la révolution française , la même question se reproduisit 80U8 une ftœ nouvelle. Pmdhomme, Camille Desmoulins , GorsaS , et quelques autres journalistes, avaient accusé le fameux Sanson de tenir dans sa maison une impHinttie (nntre révolutionnaire. Celui ci les cita au tribunal de police de l'hôtel de ville. Maton de la Varenne soutint sa plainte; mais tous les prévenus se rétractèrent , a l'exception de Gorsas, et celui-ci fut seul condamné à une amenrle et à l'afliche du jugement. Feu de temps après cet arrêt, Matou de la Varenne publia uu mé-
moire sigrté Ch. Sanson ët L. Sanson,
fondés de pouvoirs de tous leurs confrères de France, pour demander que l'Assemblée nationale déclarât qu'elle teconnalssait aux exécuteurs comoie à tous les autres citoyens la faculté d'exercer les droits civils et potitiqoas conférés par la constitution.
Cette question avait été soulevée au sein de PASsemblée par Tabbé Maurjr, et la presse s'en était longtemps occupée. L'Assemblée nationale, qui. d'ailleurs, n avait point fait, des exécuteurs des hautes ceuvres i une classe parlieiF lière de citoyens , laissa leur mémoire sans réponse. Plus tard , un décret du 28 prairial an m exempta ces ufliciers publics du serfice de u garde nalio^ nale.
Depuis cette époque , l'exécuteur des hautes œuvres de la ville de Caen ayant assigné le gérant d'un journal de la fnrovince, qui l'avait désii;né sous le nom de bourreau, le tribunal « con- « sidérant que Texpressiou de bourreau, « comme tout autre mot de la langue, « pourrait devenir utae injure par l*addi» « tion d'une épithète offensante, mais «que, seule, elle ne pouvait motiver ft l'application de l'article lâ de la loi du « 17 mai 1819 » , débouta le demandeur (13 juin 1829) , et celui-d ne fit point appel du jugement.
L'exécuteur est aujourd'hui nommé par commission ministérielle enregistrée à la préfecture. On ne lui assi||no' plus impérativprîient un lieu où il doive habiter; ce|)eiid;iiit il n'a pas liberté absolue de se loger partout où il lui plaU; sa qualité , si elle a été cachée lors do la conclusion du bail , peut devenir une cause de résiliation. Les tribunaux l'ont souvent ainsi décidé.
La loi du 13 juin 1798 a déterminé le traitement de ces fonctionnaires; elle a décidé qu'ils recevraient des gages fixes, et, en outre, une rétribution supplémentaire, et oes indemnités de déplacement , toutes les fois <|uMls seraient eniplo} és. Depuis , plusieurs règlements ont ete publiés sur le même objet (*). Des divers droits dont ils
C) Yoici rétat dM iMtedMBti payés tu-
jourd'bui par le gmivemoBMat ailSi txéW', teui^ el à ieurj» aides :
MlWnyfKUK FRANCK. SUMM M»
jdaiMnilt floot l'andeniie nKtaiirchie ,
ite n'ont ^urdé que celui de 8*appro*
prier In dépouille du patient.
D'après le décret du 13-14 juin 1793»
il devait y avoir un exéeutear danscht» ijue département* La révition du Coda pénal, en 1832 , ayant amené la suppression de In flétrissure et du carcan , et rendu lacuUative celle de Texpositioa publique, il a été dto'dé, par le gou*" Veriiement , que le nombre des exécuteurs serait , à mesure des extinctions, réduit de manière à ne plus dépasser quarante-trois. Les aidea doivent étra presque entièrement supprimés. On espère ainsi réduire à 130,000 francs la dépense de ce service , qui , en 1832 , était de M1,<00 franot*
Un pareil résultat, beaucoup plm important encore sous le point de vue moral que sous le point de vue pécuniaire , doit être signalé comme Tiodice d*un progrès de notre civilisation, pro> gfèiqui se manifeste dans nos mœurs, par la diminution des crimes , et dans nos lois, par radoucissement des peines.
U est pénible d'ajouter que, tandis qu'autrefois les crirniiuilistes ntiitaient la question de savoir si l autorité pouvait forcer les criminels seulement à exercer ces fonctions moyennant remise de la peine , ou si la contrainte pouvait s'étendre aux mendiants et autres gens de vile condition, aujourd'hui le gouvernement n'a plus que rembarras au choix. Assez récemment , et à plusieurs reprises, il est arrivé que, après le deces d'un exécuteur, une foule de floncunwits ambitionnèrent sa place, at eurent k combattre les prétentions des membres de la famille qui faisaient valoir, pour être préférés, leurs droits de parenté. Dans cette* condition , que Xavier de Maistre appelle te def 49 wûée de tociéU^ û existai à ee
St<AM» pour rexécateor résidant à PaHt.