AVMU
époques de toarlneiites politiques , sur celle , par exemple, dont Simon i^idier
fut lu victime.
A|)pliquée aux prévenus de délits politiques, l'extradition n'a pas été, de- [)(iis la révolution de juillet, accordée par la France. L'asile choisi par de nobles ijilortuues doit rester inviolable.
Exupi^BB (saÎDt), évéque de TouloDSë, qui se fit , au cinquième siècle, une iïr.Hide réputation par la sainteté de sa vie et par son émiuente charité envers les pauvres. Une grande disette désolant son diocèse, il vendit, pour soulager ies malheureux, tons ses biens et les vases sacres de son e^^lise. CHi attribua à ses prières la conservation de Toulouse Au milieu des désastres occasionnés par rirruptkm des Yaoddles. Il mourut vers 417.
Eylau (bataille d*), gagnée par les Français sur les Russes, le 8 février tbOl.' Le l*"*" février, >apo!éon quitta \ arsovic, et l'année française leva ses quartiers d'hiver et se mit en marche.
Elle rencontra ravant-i;arde russe, qui se dirigr:iit sur Yillemherg et était déjà arrivée à Passenheini. Murât , avf c sa cavalt rie, clïargea celte avant-garde et la repoussa. Deux jours après , Tarmée russe parut, rangée en bataille, près de Ber^fried. L'action s'en^a;;ea ; mais, après réchauffe de quelques coups de 4»non, les Russes battirent préci|)itaminent en retraite jusqu'à Preussieh Eylau. Les Français altaquèrent ( etle ville le 7, et les ilusses la défendirent avec lui acharoenient extrême, depuis neuf heures du ntatin jusqii*à dix heures du soir. (> fut le lendemain qu'eut lieu la sanglante bataille dite d'Ëylau.
Elle commença, dès la pointe du jour, par uue vive canonnade que les Ku.>ses dirigèrent sur l.i vile. L'artillt rie de la jïaide rept ndit éui.s.sitol a leur feu, et it s maltraita Ci uellenuut. L'ennemi Ut «lors un mouvement pour déliorder la gauche des Français ; fii.iis au même Uioment , les tirailleurs de Davout se llreut entendre sur ses derrières; Auiçereau déboucha sur le centre et 3aiD^ •-Hilaire sur la droite, manœuvrant l'un et l'autre pour se réunir à Davout. A peine avaieqt-ils counnence ce tiiouvemeot, qu'une neige épaisse, poussée avec ▼tolme 4>ar le vent du non}» couvrit
les denx armées, et fît perdre aux Français le point de direction. On ronlinua cependant, au milieu de cette obscurité, à se canonner et i^nanœuyrer au ba* sard, et Auu:ereau fut emporte du^mp debat.iille grièvement blessé.
Quand, au bout d'une heure, le temps se lut eclairci, INapoléon, s'apercevant des' funestes résultats de cet accident imprévu , ordonna à Murât et à Bessiere de tourner, Tun avec la cavalerie de réserve, et l'autre avec celle de la garde, la division de Saînt-Hilaire, et de tomber sur le centre de l'ennemi. La cavalerie russe aceourut (lour s'opposer à cette manœuvre; mais la charge des Français la repoussa, et culbyta en omtre 20,000 hommes d'infanter^e.
Dès ce moîneiit, la victoire nous eût appartenu sans les difticultés du terram , (jui empêchèrent la cavalerie de poursuivre Tennemi , ét permirent à rinfiinterie russe de se reformer et de reprendre les canons qu'elle avait ete forcée d'abandonner. Le combat devint alors terrible, et la victoire resta indécise iiisqn'aii moment nù Davout , déboueli.iiit sur le [)lateau situé derrière l(s lUis.ses, tomba sur eux, et causa le
fius grand désordre dans leurs lignes.
Is ne songeaient déjà plus qu'à assurer leur retraite, lorsque, sur les cinq heures du soir, le gênerai prussien Lestocq arriva sur le champ de bataille avec son corps d*armée. Alors le combat recommença. IS'apoléon ordonna d'allumer sur toute la ligue des feux de bivouac. Ce fut à cette lumière que se décida la bataille. T.e général en chef de Tarmée russe, Henîiifi.sen , disf uta encore pen- , oant ciiK) heures la vietoire ; mais à neuf heures, son aile droite fut mise en déroute par une charge a la baïonnette, et alors il 0[)éra <â retraite. ^ La bal iill> (l Kylau fut des plus meurtrières : les Français y perdirent 15.000 hommes et plusieurs généraux, parmi lesquels le brave général d'Hautpoul, qui tomba frappé d'un biscaïen au moment où, il exécutait la charge la plus briiïante. Les Russes laissèrent 20,000 hommes sur le champ de bataille, et perdirent l oOC prisonniers, 18 drapeaux et 16 pièces de canon.
- Eyket , petite ville de Tancien Péripord , ai^ourd'hui cbef4ieu de eantOD
du département de la Dordogne. C'était anciennemeilt une place assez importante, et il en est souvent fait mention d ins los gtierres de la ligue. Les rentes de ses fortifications, son château et son fa6tel de ville, montrent eombien elle est aujourd'hui déchue. Sa popiilntion n'est que de 1,700 habitants.
Eymoutieçs, AntimonQsterium oq Jeteuse monasteriiim ad Fingennam, petite ville du haut Limousin , aujourd'Iiui coin[>rise dans le dppnrtf'mont de la Hniiîe-Viciuic , arrondisscMiieiit de Limoiics. Les traditions du pays attribuent la fondation de cette ville, située sur la Vienne, fl ins \m vallon sauvai^e, à une trmifio de Sarrasins nui lui donnrreiil le nom de leur chef, Ahentas ou Ahentis. Les Anglais Tayant détruite nii quatorzième siècle, Charles VI la Çt rebâtir et entourer de fossés.
Elle possédait un monastère sécularisé en 1279 , dont on a voulu ftiire re» monter l'origine au règne d«* Charlentagne, suivant une bulle deSixte IV(1475), et qui existait au moins au dixième siè-
de. L'église est d'un style gothique plein de hardiesse et de légèreté, (/est une des plus belles du département. Les ligueurs , qui s'étaient emparés d'Rymoutiers, en furent chassés en On y compte aujourd'hui 3.500 habit.
EYBlis (J. B. B.) 1 homme de lettres et voyaîzeur, né à Marseille en est surtout connu pour les nombreuses éditions et traductions qu'il a données de diverses relations de voyages. Parmi les plus importants de ses ouvrages , nous citerons : f 'oyage de découvertes dans la partie septentrionale de l'océan Pacifique par le cajatiaine Broughton, traduit de Tanii^lais, 1806, 2 vol. in-8"; Voyage de (Jo/ou n in en 1811-13. 1818, 2 vol. in-8° ; Jbmgé de Vhistoire générale det f 'oyages , par la Harpe , 1820. 30 vol. in-8". M. Kyriès a fourni de nombreux articles a la liiographie universelle ; il a ete l uu des collaborateurs de la nouvelle édition de ^Art de r^erifier lea dates. (> respectable érudit est, depuis 1 839, membre libre de l'Académie des inscriptions et beties-kUres.
FABEBT
LUjNIVERS.
FABKRT
Faber, Fàbbe ou le Fevbë (Jean), né aux environs d'Angouléme, mort
dans cette ville en 1340, exerça les fonctions de juge à la Rochefoucauld , et, suivant quelques biographes, fut élevié à la dignité de chancelier de France. Le Commentaire qui reste de lui sur les Institutes de Justinien (Venise, 148S, in-r.; Lyon, 1593, in-4') Ta placé au rang de nos plus savants jurisconsultes. Cet ouvrage , écrit vers 1328, contient d'importantes recherches sur le droit coutumier. C'est sons ce rapport surtout qu'on peut ie considérer comme un monument historique.
On lui attribue encore : JJrevîarium in codicem, Paris , 1545 ; Lyon , 1594.
Fabest (Abraham j, qui de simple soldat devint maréchal de France, naquit à Metz le 15 octobre 1599. Son f;randpère et son père étaient imprimeurs dans cette ville , et avaient été anoblis par les -ducs de Lorraine. Si nous mentionnons ce &it de mince importance , c'est qu'il noi]S p'iraît s'accorder mal avec l'accusation portée contre Fabert de n'avoir pas su le latin et de n'avoir pas fait d'études. Quoi qu'il en soit a cet égard , les nombreuses lettres que possède de lui la bibliothèque royale^ témoignent qu'il écrivait fort correctement sa langue. Fabert montra dès sa ' jeunesse une inrlinntion decirlée pour la carrière des armes , et n'atteignit pas plutôt l'âge d'entrer au service, qu'il s'enrôla dans un des régiments du due d'I^pernon. Les preuves de courage et de capacité qu'il donna bientôt lui gagnèrent l'estime des chefs et la confianeedes soldats; mais il languit quelque temps dans les srades inférieurs.
D'Épernon, quoique éloigné de la roiir, le recommandait d'une façon si pressaate/qu*on lui accorda enfin une compagnie dans les gardes. Dès lors Fabert s'avança rapidement, et chaque nouveau grade qu'il obtint fut la récompense d'une belle action. Il affrontait si résolument le péril, et, grâce à son sang-froid , il y échappait avec tant de bonheur, que la multitude, toujours portée à expliquer |)ar des causes surnaturelles les faits ^ui passent son intelli- • genoe, n'atfrilHiwf à rien moins qu à la
magie les exploits de ce grand capitaine. En 1685 , à cette fiimense retraite de
Mayence , que plusieurs écrivains comparentàceile des dix mille de Xénophon, Fabert contribua beaucoup à sauver les débris de l'armée française qui fuyait devant les Impériaui, et fit voir qpe chez un homme de guerre la valeur peut ne pas exclure l'humanité. L'armée autrichienne, après avoir tenté vainement de pénétrer en Champagne, rétrogradait à son tour. Le corps de Fabert, chargé de la poursuivre, nrriva dans un camp où rennemi avait abandonné ses malades et ses blessés. — « Tuons tous « ces gredins-là , s'écria un Français. — « Ce conseil, dit Fabert , est d'un bar- « bare ; cherchons une autre vengeance « plus noble et plus digne de notre na- « tion. V Et aussitôt il nt distribuer aux mnlheureux les vivres et les secours dont ils avaient besoin. Fabert se trouva au siège de Saverne en 1686, de Lan* drecies en 1637, de Chivas en ir.39.
Blessé à celui de Tiirîn en 1640, d'un coup de feu à la cuisse, les chirurgiens déclaraient l'amputation indispensable.
Le cardinal de la Valette ( troisième fils du duc d'F-pernon), dont il était aide de camp , et Turenne, l'engageaient a y consentir. — « Il ne faut pas mourir par f pièces, leur dit Fabert; la mort m'aura « tout entier ou n'aura rien , et petit- « être lui échapperai-je. » h^ftecti veinent il guérit, et assez vite, car il iigura l'année suivante à la bataille de la Mar^ fée et au siège de Bapaume. Fn 1642 , Fabert suivit le maréchal de la Meilleraye dans jle Roussillon , et se distingua beaucoup à la prise de Gollioure , par laquelle s'ouvrit la campagne. On commença , immédiatement après , le siège de 'Perpignan. Louis XIII vint à l'armée : malade , fl chargea Fabert de lui rendre compte des opérations. Un jour, M. le Grand (Cinq -Mars) se permit de disputer contre Fabert. Le roi , dont l'amitié pour ce favori déclinait sensiblement, le tança fort de sa
Erésomption. Il sortit en disant tout as n Fabert : « Je vous remercie, Môn- « sieur ! » Le roi voulut savoir ce que c'était; Fabert ne le lui voulut jamais appicndre. — « XI vous menace peut-
FABKRT FRA
être? — Sire, on ne lait point de me-
1 naces en votre présence , et ailleurs « on ne le souffrirait pas. » Tallemant des Réaux , qui raconte l'anecdote précédente, ajoute que Fabert était fort bien dans l'P5;prit de Louis XIIT , que le roi avait même dit en cert.nne occasion qu'il se servirait de lui pour se défaire du cardinal, qu'on Vmn choisi comme un homme de cœur et de sens , et que M. de Thou l'avait sondé à maintes renrises pour l'entraîner dans le parti ne M. le Grand. Mais Fabert, qui ne connaissait que son devoir et qui préférait les combats aux intrigues , se tint constamment à Técart des partis. Fabert prit Porto-Longone et Piombino en 1646; Mazarîn , la niéme année, le fit maréchal de camp. On prétend que comme le cardinal , par manière de retour , proposait à Fabert de lui, servir d*espion dans l'armée, celui»
ci répliqua : « Peut-être faut-il à un mi- « nistre de braves gens et des fripoas. « Pour moi, monseigneur, je ne veux « être que du nombre des premiers. »
Aussi Mazarin s'écriait-il par In suite, un jour qu'on cherchait à lui inspirer des doutes sur la fidélité de Fabert : m Ah! s*il se fallait méfier de celui r là , « en qui pourrait-on mettre sa con- « fiance ? « Fabert réduisit Stenai en 1654. Louis XIV, pour le récompenser de set longs services, le nomma, en 1658, maréchal de France et gouverneur de Sedan. Fabert augmenta considérablement les fortilications de cette place , et paya de sa bourse une partie des dépenses. Ses parents le lui reprochaient : « Si, leur répondit -il, pour « empêcher qu'une place que le roi m'a « confiée ne tombât entre les mains de « l'ennemi, il fallait mettte à une brèche « ma personne, ma famille et mon bien, « je n'hésiterais pas un instant. » Le roi loi proposa , en 166S, le eollier de ses ordres; il le refusa, par le motif qu'il ne pouvait produire les titres de noblesse exigés. On lui fit dire qu'il présentât ceux qit^il voudrait , et qu'on ne les examinerait pas. 11 répondit que pour décorer son manteau d'une croix, il ne fléshonorerait point son nom par une imposture. Louis XIV, à cette occasion, lui écrivait de sa main : « Vo- « tre refus, M. le maréchal , vous vaut -
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« à mes yeux plus de gbire que le col-
« lier n'en vaudra jemais à ceux qui le » recevront de moi. » Fabert mourut à Sedan le 17 mal .106). Sentant sa fin prodiaine , il demanda un livre de prières, et expira à genoux , tenant son livre ouvert au psaume Miserere mei, Detis.
« On s'est obstiné, dit Voltaire dans le Siècle de Lovis XI F, à vouloir attri* buer au merteilleux la fortune et la mort de Fabert. Il n'y eut d'extraordinaire en lui que d'avoir fait sa fortune uniquement par son mérite. »
T>e fils unique du maréchal , nommé Louis, marquis de Fabert, comte de Sezanne , gouverneur de Sedan , colonel du régiment de Lorraine, lot tué par les Turcs au siège de Candie , le 23 juin 1669, âgé de dix-huit ans.
Les descendants du frère aîné d'Abraham Fabert se perpétuèrent pendant le dix-huitième siècle, et suivirent la carrière militaire.
Fable.— Il est des genres de littérature qui ne peuvent exister que dans une époque civilisée : il en est d'autres dont la culture est possible avant l'âge de la civilisation , et même dans des temps encore tout à fait barbares. L'apologue se place naturellement au nom- Bre de ces derniers. Kn effet, le goût de la fiction, le goilt de ces formes matérielles et de ces couleurs sensibles qui donnent plus de pouvoir aux vérités abstraites de la morale en leur donnant plus d'attrait, est un penchant inhérent a l'espèce humaine, un besoin qui cherche à se satisfiiire dans tous les lieux et dans tons les temps. Peut-être même ce penchant est-il plus vif et a-t-il plus d'empire dans les époques privées de civilisation, chez les peuples encore rudes et Ignorants dont I intelligence faible et naïve s'attache avidement aux svmboles, aux enveloppes matérielles de la pensée, et dont la raison ne s'éclaire que par le secours de l'imagination. En un certain sens, l'apologue appartient plus aux âges barbares qu'aux siècles où le génie et la raison ont pw« fectionné les lettres. Nous voulons dire qu'il répond à un besoin plus pressant, qu'il est plus à sa place dans Penfance que dans la maturité -des peuples. Do reste, les époques primitives manquant oïdinaireroent de grands écrivains et
FAJBLE L'UNJiVERS. FABJLE
n'ayant point une Ian|i;ue faite , ne laissent rien en fait d'^^)ologue que la postérité puisse mettre au rang des monuments. C'est dans Vàiie du savoir et de la politesse que Tapologue recevra sa forme la plus ingénieuse, la plus frap-
• pante et la plus durable. C'est sous Louis XIV que l'apologue trouvera un la Fontaine. Toutefois , on peut considérer le moyen ûge comme étant clie?
nous l'époque proprement dite de ce genre , parce que c était celle où il s'accordait le mieux avec Vétat des esprits.
11 serait dillicile d'embrasser , dans des bornes étroites , une histoire complète de l'apologue ou de la fable en France au moyen âge. La seule nomenclature des ouvrages de celte espèce, que le moyen âge produisit, demande-
^rait beaucoup de place et de temps.
^ Nous nous bornerons à indiquer ce qu'il est surtout nécessaire de savoir.
D'abord , on composa des fables en la-
. tin : c'est surtout dans les monastères et les abbayes qu'on se livra à ce genre de travail. Les premiers fabulistes du moyen âge empruntèrent beaucoup de leurs sujets à Piièdre, à la traduction que J ulius Titianus avait taiteen prose latine, sous Caracalla et ses succe.sseurs, des fables de Baljrias, auteur grec, contemporain d'Auguste, et au Recueil d'un certain Romulus , dont l'époque n'est pas bien connue. Souvent mênie, au lieu d'iniiterces modèles, ils se bornaient a les paraphraser. Bientôt la langue dite vulgaire s'étant formée, et ayant dérobé au latin une partie de son influence et de ses privilèges, les trouvères , poètes de cette langue nouvelle , tentèrent , dans le genre de l'apologue , des essais qui furent accueillis avec faveur , et qui bientôt se multiplièrent singulièrement.
Les communications que les croisades établirent avec l'Orient vinrent leur ouvrir une mine nouvelle et féconde de fictions et de récits allégoriques. Les livres de fables des Arabes, traduits en latin ou en langue vulgaire y mirent à leur disposition tous les sujets créés par l'imagination poétique et symbolique de l'Asie. Ainsi , au répertoire qu'avait fourni l'antiquité latine et grecque, s'ajouta toute une nouvelle série de modèles. On imita en même temps Phèdre et Ridpaï , ou Pilpay , auteur présMUié
du roman de Calilah et Dimnah, livre originaire de l'antique littérature hindoue : on continua à remanier le recueil de Titianus, et on Ut de nombreux emprunts au roman persan de Sandabad. Enfin on puisa largement à cette double source, et la France eut un nombre considérable d'Ésopes, aujourd'hui, il est vrai , entièrement inconnu» , et dont nous ne citerons que quelque^r ups.
Dans la seconde moitié du douzième siècle , Perrot de Saint-Cloot composa une. partie de ce roman du Henarcl, nue l'érudition de plusieurs littérateurs distingués de nos jours a travaillé à remettre en lumière. Rien que cet ouvra;:e soit ordinairement compris dans l'histoire du ronian par ceux qui se sont occupés de recherches sur cette partie de notre littérature , cependant nous pensons qu'il convient mieux de le rattacher au genre de l'apologue : car, s'il porte le titre de roman, il ne renf rme autre chose qu'une collection d'apologues, réunis par un lien commun, qu'une série de récits cachant des leçons de inorale ou des vérités satiriques sous des formes allégoriques, que des dialogues entre des animaux, a la tête desquels figurent , connne héros du livre, un loup et un renard. Dans la composition du roman du Jienard, une érudition sûre a reconnu de nombreux souvenirs du roman de Calilah et Diihnak.
Ce livre arabe était aussi une suite d'apologues , encadrés dans un récit général, servant à les lier les uns aux autres. Les deux héros de Ridpaï sont aussi deux animaux, 0ns, ingénieux, rusés, comme le loup et le renard du conteur français : ce sont deux chacals. Lçs traditions de l'Orient prêtaient au chacal uue ûnesse d'instinct merveilleuse, une iolelligence presque égale à celle de l'hpmme ; la ressemblance de ces deux monuments se borne, au reste , à des rapports entre le plan et plusieurs parties de l'exécution. Perrot de Saint- Cloot et ses continuateurs se proposèrent un but original, et s'inspirèrent des idées de leur temps. Ils firent une satire de leur siècle, lançant avec une assez grande liberté des traits quelquefois piquants contre les différents ordres qui c(\mposaienl la société d'alors. Le XA-
FABLE
FABLE
nard exprime ordinairément rhabileté
Colitique, Tintrigue astucieuse, la fourerie hypocrite s'élevant à la puissance et nux honneurs. Ce renard, grâce à son esprit et a son audace , fait une haute fortune: il devient pape. Ce personnage ne représente pas une seule classe de la société , mais l'esprit d'ambition , de calcul et de fraude, s'introdtiisant dans les différentes conditions, et détournant de la droite voie tantôt le seigneur, tantôt le prêtre , quelquefois aussi rhomme du peuple. Rien de |)lus curieux , comme étude de mœurs , que cette composition singulière. Du reste, la langue drms laquelle elle est écrite n'est remarquable (jue par sa pauvreté et son extrême rudesse. Les continuations de ce roman furent très-nombreuses : on en Ot jusque sous le règne de Philippe le Bel. C'est alors que parut le Renard couronné, qui renferme des allusions nombreuses aux luttes de la royauté avec le saint-siége, et dans lequel on trouve ce vers, qui en résume en quelque sorte la pensée :
Mieux raut engin que ne fait force.
Dans le temps où écrivait Perrot de Saint-Cloot, un autre fabuliste composa le Castoiement d'un père à sonjih, ou plutôt traduisit, en langue vulgaire, un roman arabe semblable à celui de Bidpaï, en travaillant sur la traduction latine qu'en avait faite un juif espagnol. C'est une suite de leçons données par un père à son fils qui va entrer dans le monde : chaque leçon , mise en action, est suivie d'apophthegmeset de sentences. Pins tard parut le Dolnpafhos ou les sept sages de Rome , qui eut pour auteur un certain Herbert ou Hébert, et qui, analogue pour la forme de l'ensemble aux compositions précédentes, est également rempli de souvenirs des apologues orientaux.
Dans le treizième siècle , l'auteur de fables qui méritesurtout d'être cité, c'est Marie de France. Son recueil est d'un autre genre que ceux dont nous venons de parler : elle coniposa des apologues détaches et s'exerça à inn'ter ou à traduire, en un petit nombre de vers, chacune des petites pièces latines de Romulus dont elle avait sous les yeux, ainsi qu'elle le dit elle-même, une traduction anglaise. Marie de France, dont le lan-
gage tient beaucoup du dialecte anglonormand , offre aux amateurs (Je nos antiquités nationaies un certain intérêt littéraiK'. S s fables, qui manquent en général de finesse et de saillie , ont un assez^ grand charme de naïveté et de simplicité, et ne sont pas absolument sans art : la moralité est appliquée d'une manière juste et judicieuse à l'action ; les circonstances de l'action sont c\n\rement exposées ; lep vers §ont assez soignés pour le temps, et la rime surtout paraît y avoir été l'objet d'un travail scrupuleux. On pourra prendre une i^ée de ces fables et des qualités relatives qu'on y remarque, comme aussi de la rouille dfe barbane qiii les couvre encore, par celle-ci que nous citons d'à-, près 1 édition de Marie de France, doi)néc dans ces derniers temps par M- Roquefort. C'est celle qui a pour titre (e / îlain et' son cheval :
D'un vilain cuiile ki entra En un muAtier, e si ora ; .
. ' Un snen cheval aveîl inult chier; *** Si i'atachu for» dou musiier.
^ Diex rrquui qu'il li aida&t Q'on autel chovax li dunaiHi Tan cniil il fist cHe orisan , Sun cheval anbl^rent lairun.
Quant fu liors dou inusKer issu, Kf vit sps buns chnvax perdu , Au tnustirr ya li.-iHtivrnient , £l pria Oex dévotement , Que nul antre riciis ne requiert , iN'aytre cheval hoins ne li ert , Mais face li r'avrir le suen , "4 Car jamès n'nvera si buen.
MO«Al.lTK.
Pur ce ne deit nii.s hum proicr
De plus aveir qu'il n'a nieslier :
Ce gart que Dies li a preslei v')
Se li souûse en loiautei (*), ^ ^ rtiilni
(*) Je raconte l'histoire d'un vilain qui enlj'a dans un inoutier et s'y mit en prière. Il avait un cheval qu'il aimait beaucoup : il l'avait attaché en dehors du monlier. Il demanda à Dieu de lui faire avoir par son aide un autre cheval. Mais pendant qu'il faisait sa prière, des larrons emmenèrent le cheval. Quand il fut sorti du moutier, il vit que son hoii cheval était perdu : aus.sitôt il rentra dans le moiilicr, et pria dévotement, disant qu'il ne demandait plus un autre cheval, qu'il n'avait pas besoin d'en avoir un autre, mais qu'il reqtiéiait Dieu de lui faire ravoir le sien, car jamais il n'en trouverait autre aussi bon. •
Ainsi l'homme ne doit jamais demander à Dieu plus qu'il n'a besoin. Le don que l'on a reçu de Dieu doit suffire à un homme loyal.
PâBKB L'UNIVERS. rABLV
On voit, par cet échantillon, que malgré ie progrès qu'elle Ht fbîre à rapolo- Ça»^ Marie de France parle encore un jargon qui a besoin d'être traduit. Aussi H. Roquefort cède-t-il à un enthousiasme par trop aveugle d*éditeur, lorsqu'il rappelle notre Sapho, Étrange Sapho , qui nous fait iristegient sentir l'immense différence du pénie si lonsrtemps grossier de nos ancêtres, avecie génie des Grecs, de bonne heure si bril* lantet si pur !
Le nombre des fabulistes ne diminua pas au quatorzième et au quinzième siècle ; mais , parmi leurs productions, il n'en est aucune assez saillante pour mériter même une mention dans cette rapide revue. Au seizième siècle, l'apologtie profita , comme les autres genres de littérature , des améliorations qui s'opérèrent dans la langue et dans l'art delà composition. Du reste, l'açologue n'eut pas Je bonheur d'être cultivé par les grands talents de l'époque. Aucun des poêles fameux de Técole de Ronsard ne songea à s'y exercer. Il fallait aux ambitieux réformateurs dont Ronsard fut le chef, des genres d'un ordre plus élevé, teî.s que l'ode , l'épopée. Marot, qui précéda Ronsard, etqui n'avait pas les mêmes prétentions au sublime, oublia de se livrer à l'apologue, qui, cependant , eilt peut-être fort bien convenu à son génie fin, délicat et naïf. On ne trouve dans ses ouvrages qu'une fable, celle du Uon et du rat , il y a, dans cet essai , de l'esprit et de ragréinent, mais l'action y est trop longuement contée. Les fabulistes du seizième siècle que nous citerons ici , ne sont donc point eonnus par d'autres ouvrages que par leurs fables : malgré le mérite réel qu'on peut remarquer dans plusieurs de leurs compositions, leurs noms ont jeté peu d'éclat. Ce sont Gilles Corrozet, Guillnurîie Guerouit, Philibert Hégemon. Gilles Corrozet conte assez bien , quoique dans une langue encore bien embamssée et bien traînante. Gel auteur mit plus d'art et de sel que ses devanciers dans les dialogues des anim^x. Il égayé et intéresse quelquefois son lecteur. Ainsi , en tenant compte de l'époque oà il écrivait, on ne lira pas sans plaisir sa fable de fa Grenouille et du bœ\\f, Guillaume Gue-
rouit eut l'honneur de fournir à la Fontaine queic|aes traits. Qtons, pour donner une idée de sa manière, un passage de sa fable des inbnaux malades de la peste. C'est la confession que l'âne fait au milieu de l'assemblée des animaux. L'flne raconte qu'un jour son maître l'emmena à la foire :
Mai* arrivé, jaon il tne laint là Et érmt k la UY«nw bcirew
Marri j'en fas (car cdai qai travaill* ' far joita droit doit avoir à monger) : Oo J« tronvai . pour l« eompin abréger. Se» deux souliers remplis de bonne paiUe*
ie la mangeai , sans le sn de moo maitra t Ba ea faisant, j*o(rensat grandemanti
Dont je requiers pardon Iri-s-humblenieiit, M'espérant plus telle faute coiumettre.
— O quel forfait! 4 la fiiiiBse pratiqoat
Ce dit le loup fin Pt malicieux.
Au monde rien n'est plus pernicieux
Qm la brigand oo lamm domeatiqae.
Commpnt ! la paille aux souliers demenrM l)v son sei!»nc«r, inançer à belles dents 1
Kt ni Ir^ jiird dit l'ii' la ilrtlans. Sa ifWil rr rli.iir(iit triëdcvoréel
La Fontaine qui , ainsi que nous l'avons dit , a fait quelques emprunts à Guillaume Guerouit, n'a pas cru devoir le suivre ici pour la confession de r.^ne, et il a bien init, puisqu'il a trouvé quelque chose de plus comique et qui est mieux en situation , à savoir , cette herbe tendre qui a tenté le pauvre baudet , ce pré de moitiés dont , quelque diable le poussant, il a tondu la largeur de $a Umgue. On doit convenir que cette paille des souliers du villageois mangée par l'ilne , et faisant le sujet de son repentir et de son aveu , n'est pas une mvention parfeitement naturelle , une idée exempte de recher^ che. IMnis, du reste, Guillaume Guerouit a le mérite d'avoir donné au discours de rftne le ton d'humilité, de douceur et d'ingénuité qui convient à son personnage, et d'avoir placé un trait vraiment comique dans les paroles du loup :
Et al le pied cAt été là dedans
Sa tendre chair eût été dévorée!
C'est bien là l'habileté perfldp Pt l'affectation hypocrite de sensibilité d'un calomniateur impudent. On ne rencontre rien qui vaille ce trait dans les auteurs de tables qui viennent après Guillaume Guerouit , et dont l'époque est le commencement du dix-septième siè-
FABLE
cle. On trouverait difficilement quelque chose à citer dans les fables héroïques «TAudîn, et daiu les fables tf Ésope, Phrygien , moralisées par Jean Brâu> douin. Toutefois , le goilt était encore si peu éclairé, que cet And in , avec ses plats récits et sa lourde morale, eut un grand suocès; ce succès, du moins, dura fort peu. La Fontaine publia ses premières fables , malf^ré le conseil de Patin, qui le détournait d'en faire, ne i^royant pas qu'on pût égaler en firan* çais la brièveté de Plièdrc. Cet honnête avocat croyait que la brièveté de Phèdre était la perfection du genre. L'apparition des premiers essais de la foii> taine fit voir de combien de beautés inconnues à Phèdre ce genre était susceptible.
Les perfeetiènnements que saMt l'apologue, entre les mains de la Fbntaine,
sont tels qu'ils équivalent à une création. Jusque-là l'apologue n'avait été presque toujours qu'un récit aride, iroid, sans variété, sans couleur, ter* miné par un lieu commun de morale se rattachant plus ou moins bien a l'action. Excepté quelques passages de Guillaume Gueroult, dont la gaieté est encore bien peu piquante, l'apologue avait complètement manqué de sel, de tinesse et d agrément. Souvent les fabulistes avaient ressemblé à de plats et insignifiants pi^dicateurs enveloppant, sous une forme sèchement allégorique , une leçon banale de sagesse, des conseils aussi édifiants que peu Ifécréatifis. La Fontaine fit de chacune de ses fables un petit drame ayant son exposition , ses mcidents, son dénoûmeni, et propre , par la vérité et le channe des détails, à exciter et à soutenir l'intérêt du lecteur. Il jeta , dans chacun de ces petits cadres, une foule de peintures et d'images empruntées à l'observation du monde moral et du monde physique, et toutes d'une vérité familière , gracieuse , comique ou touchante. 11 comprit que , pour rendre ses acteurs intéressants, il ne suffisait pas de leur prêter les passions , les intérêts et le langage de rhonime, mais qu'il fallait, tout en les faisant agir et parler comme nous, leur conserver leur physionomie, leurs mœurs, leurs allures. Il fut à la fois le peintre du cœur humain et le
FABLE 6ftt
{>eintre des animaux quMI observa avec 'attention d'un artiste et la vivacité d'imagination d'un poëte qui s'identifie
à tout , et auquel rien dans la nature
n'est indifférent. 11 joignit au charme d'une langue savante, et en même temps naïve , qui tenait à la fois du passé et du présent, celui d'une versificatipn lihre , souple , variée , s'étendant et se resserrant avec un à-propos merveilleux , selon le besoin de la pensée. 8a narration a pour caractère habituel une finesse ingénue, une simplicité piquante, une b>)nhoinie familière pleine de sens, d'esprit et d'abandon ; mais quand son sujet l'y porte , il devient séneux, touchant, mélancolique, élevé, sublime; le bonhomme s'efface ; on entend les accents inspirés, de la plus éloquente poésie. Ainsi, s'animant tout à coup dans la pièce intitulée le Pouvoir des fables , il atteint , en faisant parler Démosthène , au sublime de l'expression poétique. Ainsi , dans le Paysan du % Damtbe , il réunit l'énergie de Tacite à la simplicité d'Homère et à la riche élégance de Virgile. Ainsi , dans Tircis et Jmarante^ il exprime aussi bien que Taurait pu faire son ami Raeine, les douces langtieurs d'un amour naissant , et égale les poètes éléiziaques de l'antiquité dans ces vers ou I on retrouve l'élégance passionnée de Catulle et la tendresse mélancolique de Tibulle:
«L'wBow. — Ce mot «M bMtt > dii«t«auH <|«MtqaM
ItUIMIUM
A quoi je k- poiirnii connaîtrai qae sent-on ?
— Des iircH de qui le plaisir des mouarques
Bt^ ennuyeux et fade : on s'oublie, «0 te fiait
Toute icuJe ea nne forri.
Se inlre«t«en près d'un rivage?
Ce n'est pas soi qu'on voit , on ne voit qa'anr itiulge Qui sans cesse revient et qui suit en tous lieii» :
Pour tout le re&te on est sans yeMta
n e»t un berger du village Oont rebord, dont la vois , dont le Dom fait rougir >
On aoupire à aoii «ouvenif *■ On ao aait paa poorqaoi, eepeodant on aoupire.
Ce qu'il faut aussi noter parmi les traits distinctifs de ce grand génie, c'est l'attrait qu'il savait donner à ses levons de morale par la vivacité enjouée de la forme dont il les revêt , et par les intimes rapports de sa pensée avec le fond de notre cœur qu'il avait si bien observé, et qu'il pénétrait tout entier d'un profond et sûr regard. D*ailleurs sa morale platt parce qu'elle est indulgente, peu sévère, sans être irelâ-
FRANCE
L'tJ^fVERs;
l'AÈLfe
<«Wée. Tî nôu^ prêche îe bien , triaii en tenait coi^ipfe de notre faiblesse et des nécessités presçfue fatales de nôtré don* ékîbn. 11 iMttt dotine mÉA souvent des Ieç6n!l d*expéHenpe que des leçons de tertu; il nous énseigne la science de la vie au moins autant que la sagesse :
Pu ne est sans doute aussi pfécieuse que Tantrc.
On n ét^ curieux de savoir d'après qnel'^ modèles In Fontaine avaittravaillé, ou plutôt, car cette expression est impropre , et la Fontaine n*a point eu de modèles, de quels ouvrages il s'était servi pour y prendre des sujets. On a reconnu qu'il avait mis à contribution les fabulistes gréés et latins de Vanti- ^uité; le moine grec Planude, qui avnit écrit an (juatorzienio *;ifrle ; Faerne et Abstemius, savants italiens du seizième siècle dont les recueils éont eA latin; et qu'il joignit à ce répertoire les fables de Bidpaï et quelques fahulistes français du seizième siècle, entre autres, Guillaume Gueroult et Gillés Cot^rozet.
On a constaté qu'il a pea de sujets qui soient entièrement de son invention, ce ne peut influer en rien sur l'opiniou qu'on se lait de son i;énie ; car RI difHtulté n*est pas de rapprocher tels ou tels animaux, d'inventer telle ou telle histoire , et d'amener une morale au moyen de certaine» ressemblances ; Ms (f amuser, de ehaimner, de faire penser le lecteur avec de simples fables. Parmi les auteurs où il prenait les matériaux informes qu il savait polir, fautil compter les fabulistes que le moyen âge avait vu paraître ? On s*est assuré qu'il ne les avait jamais connus; et malgré l'opinion de M. Roquefort , il est certain quMI ne se douta naéme pas que Marie de France avait existé, et ne put, par conséquent , lui faire aucun emprunt. Pour que la Fontaine eût pu connaître ses prédécesseurs du treiziènie et 4u quatorzième siècle , il eût fallu qu'il se livrât a des rechprclies laborieu'^cs que personne ne faisait alors, et qui lui eussent convenu moins qu a
Sersonné : car, s'il était fort instruit , n'avait point d'érudition, et ne se mettait point en peine d'en avoir.
Apres la Fontaine, que pouvait devenir Fapologue ? De tels ^nies épuimA le genre qu'ils perfectionnent;
leurs successeurs .se traînent sur leurs traces sans pouvoir rien tirer d'un sol qu'ils ont tari. L'apologue ayant été une fois porté à 6ê poiiit de berfection, ne pouvait plus ensuite que aécliner rapidement, lors même que celui qui essaya de recueillir la, succession de la Fontaine n'eût pas . été un fa Motte.
C'était sans doute un esprit sensé , ingénieux, une raison fine et pénétrante que ce la Motte, qui dans la critique a laissé des travaux excellents, et dont Maupertuis disait qu'il y avait en lui te fond* d'un bon géomètre. Mais il faut autre chose que du sens , de l'esprit et de la raison dans les fables. La .Motte eh eut beaocoup.dans les siennes , mais il y fut sec, frôid, prosaïque ; il y manqua de souplesse, d'imagination, de coloris. Son recueil mérite moins d'esfime que le disCoèrs sur l'apologue (luM) mit en téte> et qui fait honneur à la sagacité de sa critiqtfé. On s'étonne qu'un homme qui raisonnait si bien sur le
?;enre oit il s'exerçait, en ait .quelquebis méconnu le caractère , et on ait violé les plus siniplcs relies p;ir des inventions forcées , par des innovations froides et bizarres, telles que celte idée qu'il eut de mettre en sc«ne des abstractions personnifiées . ârs, penchants ou des facultés de respril revfMns d'une forme et d'un costume. On a plusieurs fois relevé cette erreur de goût dans la fable qui commence pai ces mots :
Bon jugement , daine niéinoite,
Et deinuiselle iiiia^iiiatioii , Quiiiqiic n'en disi' l ii-ii l.'i r.ihir ni l'hicloiM*
Avait'Ul jvitli» iiit'iiir Uabiution.
Àotrsfois «Inix marchands d« nonvelle fabrique,
.Seisrrifiir présent et seîgtietir nvenir, etc.
Florian , s'il n'eut rien de la profondeur de raison et de l'originalité d'imagination de la Fontaine, eut du moins un droit réel au succès qu'il obtint par, ime gr.lce aimable, par une llexibilité agréable de style, par une grande douceur de sentiment et par une pureté de morale où Ti-'n reconnaît l'ami et le com[)nL;non de bienfaisance du vcrtuenx duc de Peuliiièvre. Mais malheureuse ment la facilité de Florian siè tolirifp quelquefois en verbiage prolixe et faible: sa !:r;1rp devient trop aisément fade ; sa douceur a souvent quelque chose de mignard et ^ pùérif. On le lit avec plaisir; mais OU esprit Mmt ne peut
fe tire bien longtemps. Kn outre, on lui a reproché. avec raison d'avoir choisi «Mnrent ftme titidtdrè âes wùêtUU iM morale, àts apologtie« qoi nè ^jr rapportent point par une analoîrie exacte et naturelle^ Ainsi , il a des fables dont la r##Mfèn fInaMest trop peu prévue et roule sur un rapport éloigné ou subtil: telle est relie du PJ/inncéros et dn Dromadaire ; telle est encore celle de V Entant et du. Miroir. Un enfant soutit devant un miroir, il voit son iniai*e sourire; il fait une grimace, le miroir la repète; il se met en fureur contre cette image indolente, et se plaint en Bleiirant a sa mèré. S*attftml<oii à M KçoTt que celle-ci lui adresse :
De la aoeiét* tu voi* ici l'cmblèoié':
Le bien, la nal dom Mnt rebdtu f
Aprèâ FlOriai», il n'y a p^s Héti qtii vaille la peine d'être nommé. Outfe.hSk difficulté de faire avec bonheur de noutelles tentatives daiis un genre dont un «énie stf^ieoV ^ble avofr éftuisé totfles les fcssoui^es , il y avait une autre cau<?e qtii rendait inévitable la décadence de 1 apologue : c'est que l'apologue est wti âÈSfeîOts anxquels la vtiracité in-
féntie dè riniaçinatiort ét la fraîcheur u coloris poélKjue sont le plus nTrcssaires. Or, ce sont là des qualités qui doivent devenir tous les jours de plus en pluf ram, (foand les lumièreit et le^ jouiss;nnres (T'iitif civilisation av.'inrée donnent aux es|)f its une éducation rnfliiiee (jui les dessèche en mèuie temps qu'elle les aiguise et les éclaire. Bans la fin du (lix-hniîipnie siècle et de nos jours, ra()ologue ne pouvait être (\\ï(t froid et compassé ; il ne pouvait expri- Mer qu'une sensibilité fisctice, et ses tableaux ne pouvaient briller qîne d*un coloris faux et menteur. On a essnvé un instant de le rajeunir en l'appliquant à on ohire d'idées et de sentiments tout nouveau : on a voulu en habiller la satire politifiue. ^fais faire des fables politiques, quand on a des journaux où fow pèut mré fta pensée , qrrand l'arme do pamphlet eit à la disposition de quiconque n e>.t pas content de la marche des affaires publiques . c'est s'imposer une gêne que rien ne rend nécessaire, e^estfirire un détour à plaisir, quand on « devant soi le droit chemin. Cette ferttative avait, du moins, quelque appu>>
rence de raison sous l'empire, et ad moment où les Bourbons de retour contraknlmt fesprit fyublie à oser de éubteriuge pour se manifester. A cette dernière époqïie , M. Antoine Arnatdt publia des fables que Beranger loua en ÉHà , mais dÙ il y araH cepèhdant une vivî^ité assèz ^dqoante d allusions. Mais afrjourd'hui ce genre d'apolou'ue ne pfut offrir aucun intérêt, et, maigre la faveur éphéndère qu'obtiennent presque chaque année lès febles lues par ^I. Yiennet aux séances pulilir^ies de l'Institut, il n'a, force est de le reconnaître , aucune chance de succès véritable; aujourd'hui i*afi^lo^e est , petrt-étre , le plus impossible de tous -les genres littéraires • cela n'eni[)C( |]e pas qu'il ne soit encore très-cultivé et qu'il ne paraisse tous les ans plusieurs recueils de Êibles. Mal* heureusement ces recueils sont signés des noms les plus obscurs et les plus dignes de l étre. C.onune il est facile de finré-des fafles médiocres , on roh urte foule dé poètes amateni^s se livrer à im éxei^cice qui n'exis;e pas de îirnnds frais d'imagination, et dont on pmr se tirer passablément avec un peu d'esprit et de , bon sens. F.eurs oeuvres passent contplétement ignorées du public, mais elles Sont exaltées par leurs apiis , dorées sur tranche par leurs familles , citées dans le journal de leur province, qui en loue, en termes pompeux, le style, Tesprit et la morale. Pour la morale, rien de plus estimable assurément que les productions Ht ces honnêtes versîfieaféur.^ ; mais la meilleure leçon est perdue si on né lui donne râgrément et l'intérêt qui la font retenir, et la vérité feut être hnbilfétf avee beautoup d*art et rajeunie par le costume, pour se pro» dm're d.'os le monde avec succès :
Et c'est la seule «ierf e en ce Tatle anivan Qu'en aima à voir aa pen vétoc.
txntiwx. C'est le nom que Ton donne à de petits poèmes qui composent, à eux seuls, la plus grande partie de la littérature française des douzième et treizième siècles." Le sujet des fablintix e>t ordinairenv^nt t.ù ; on en rite cependant , mais en petit nombre, qui Sbnî émpremts d*un« profonde mélancolie. Il y en n peu d'Jiistoriqnes. n)ais, éo revanche , il y en a uo grand nom^
aie FABUADx vm
bre de galants, d'érotiques , de pieux et dedévott. Quelques-uns sont divisés en stances ou couplets de neuf vers, lesquels sont presque toujours de huit pieds. Le dernier , ou les derniers vers de chaque stance rappellent souvent le refrain d*une chanson populafre du temps, et le dernier mot d'un couplet sert toujours de commennementau couplet suivant; enlin , quelques fabliaux étaient destinés à être seulement lus, tandis que d'antres devaient être à la fois chantés et récités.
« 11 n'est point , dit M. Daunou , de genre .poétique plus riche, au treizième siècle, que celui des fablinux ou lais. "L^ Lai du prisonnier ^ ou cClgnaurès, par Kenaud, pourrait avoir été composé un peu avant Tannée ISOO. Cet Ignau* rès est un ehevaller breton qui aime et trompe n la fois douze dames , qui le iui pardooneut; mais les douze maris ne le traitiat pas avee tant de démence, ils lui arrachent le cœur et le fontman* ger aux douze femmes, qui en meurent de désespoir. Les narrations de Jean de Bovés ne sont pas si tragiques ; d'ordinaire , le succès y couronne les stratagèmes des amants. Le Boucher d'Abbemlle est un conte très-facétieux, versiiié par Kustache d'Amiens. Dans le Lai etArittole , Henri .d*Andeli veut montrer
• Qa'aiaon vainc tout et tout vainon»
Tut con
« Nous citerons, comme un exemple du monstrueux alliage de la galanterie et de la dévotion , les Chanoinesses et les Bemardinet, de Jean de Condé : là, des oiseaux chantent une messe, et à ce propos , le poëte entame un commentaire du missel; il y aurait pourtant des détails historiques assez curieux à recueillir dans cette composition fantasque. Plusieurs fabliaux , et même quelques - uns des plus remarquables, sont restés anonymes : tels sont te Fi» lain mircj dont Molière a fait le Médecin malgré lui ; la Bourgeoise d'Orléans , qui fit battre aussi son mari, mais sans le faire médecin ; le Cheva- Har gui confeue sa femme ; le Lai de Courtois, emprunté de la parabole de l'enfant proditîue;7/7 Court de paradis ; , et| pour n'eu plus nouimer qu uu, «>ainî
[VEBS* PAIUAVS
Pierre et k jongleur. Dans ce dernier oonte, ledIaUe, allant en tournée, confie la garde de l'enfer à nn nouveau venu,
ménétrier de profession , joueur passionné. Saint Pierre profite de 1 absence du diable, et, s'étant muni de dés tout neufs, il va proposer un brelan au jongleur, lui gagne une âme danmée, puis deux, dix, cent, et jusqu'à la moitié de tous les détenus dans la prison infernale. Désespéré, le ménétrier fait son va -tout, il perd encore; et saint Pierre emmène l'enfer entier en paradis.
« Les fabliaux de Rutebeof ont trop
d'originalité pour que nous nMndiquions pas au moins son Testament de l'âne, sa Jeune JiUe déguisée en cordelier, et sa dame qui fait trois Umrs en tour le mousiier. Le déguisement de la demoimoiselle en cordelier est l'effet des artifices d'un religieux de cet ordre; c'est pour Rutebeuf une 'occasion d*èxercer sa verve satirique contre les hypocrites, ou, comme il dit, les papelards , mot dont l'usage est on ne peut plus fréquent dans les poésies, de ce siècle. Quaut à la dame qui, durant la nuit, fait troj^ fois le tour de l'église et y rencontre le provoirct elle parvient à tranquilliser son mari sur les causes de cette absence, et l'auteur prétend nous mon* trer par là combien les femmes sont astucieuses. Qui vent, dit-il, en tromper une, doit auparavant avoir su tromper le diable »
Il ne faudrait pas cependant que la licence qu'on remarque dans ces contes fît croire qu'ils ont été écrits dans un esprit irréligieux ; on y trouve, au contraire, des marques non équivoques de la foi que professaient leurs auteurs ; ainsi que nous l'avons dit plus haut , il y en a un grand nombre dont les sujets sont exclusivement dévots. Mais, gr^ aux superstitions grossières que Ion y trouve à chaque vers, ils ne sont guère plus édifiants que les autres. La sainte Vierge surtout v joue ordinairement un rôlfi assez "bizarre; on l'y voit, en ellet, faire les plus étranges miracles , pour effacer les traces et
(*) Discours sur l'état de* lettres, par Daunou, dans l'Histoire lilléf«tredeki!nHÎlMi, t. X.VI, p. aa4 et suiv.
FABUAVX . FRANCE. FAMB 6S7
anéantir lea effets du libertinage des nier, les sujets d*un grand nombre d*o-
abbesses. Quoi qo*il en soit , la plo|»rt péras oomiqaea, de poésies légères , et
des fabliaux se recommandent par une de contes en vers ou en prose ; et de composition heureuse et par des traits nos jours même , Schillçr , Uhland et d'une imagination brillante. d'autres poètes allemands y ont puisé Mais tous ne sont point originaux; Tidéede plus d*uiie de leurs jolies balle fond d'un grand nombre est em- lades.
prunté, soit à la littérature arabe, soit Fablters ou Fableours. C'était
aux littérateurs classiques. Le coule une des quatre classes dans lesquelles
des Deuo! bcm amis est imité de Tune on divisait ceux qui pratiquaient l'art
de ces histoires que Schehér.izade savait de h jonglerie ou ménestrandie. "Les
conter si bien. D'autres sont de même fabliers composaient les romans, les
imités de la Bible, d'Ovide, de Pétrone, fabliaux, etc., et rimaient les suiets que
d*Apulée, etc. Mais , après avoir em- les ehatUerres ou ménétriers devaient
prunté aux autres, les trouvères inven- ensuite chanter. Quelquefois ils étaient
tèrent à leur tour, et eurent aussi de en même temps poètes et musiciens,
nombreux imitateurs. Leurs fabliaux " inspirèrent quelquefois les oonteurs les poëtes italiens , tels que Boccace
Arioste , et d'autres; on en trouve à en 1787, le premier grand prix de l'A-
chaque instant des réminiscences dans cadémie, et se rendit en Italie, où il
Rabelais, la Fontaine et Molière. C'est demeura jusqu'en I82G. 11 revint alors
aux contes de sainte Leueade, deCAor- se fixer dans sa ville natale, où il mou-
lot If juif, et (ie Cocaigne, que l'auteur rut en 1831. C'est à Florence qu'il pei-
de Pantagruel doit ses loniiues tirades gnit ses plus beaux ouvrages : la Mort
sur ks papelards , sur membrer , dé- de MUon de Crotone (grande nature);
membrer , remembrer. Molière a pris PhUoetète à Lemno$; MorHu à Aflfi-
le sujet de Georges Dandin dans un titmes (demi-nature) ; Soûl poursuivi
épisode du roman de Dolopathos , ou par tombre de Samvel(imséeâe Mont-
dans le douzième conte du Casloie- peï\ier)\ une Madeleine pénitente, et la.
ment (*). Quelques scènes da Malade sixième églogue de P^irgile (expos, en
imaginaire sont tirées du fiibliau de la lé06}; le Jugement de Péris (1808);
Bourse pleine de sens. Les contes de la une Sainte famille ; OEdipe à Colone;
Fontaine, intitulés les Rémois y le Cu- la Mort de Narcisse, et d'autres ta-
vier, les Quiproquos, les Cordeliers de bleaux conservés à Montpellier; enfln la
Catalogne , le Berceau , le Mari con- Mort de Philopémên (galerie da dœ
fesscur, le Purgatoire de Féronde , le d'Albe à Madrid).
Cocu battu et content, la Jument du Les ouvrages historiques de Fabre
compère Pierre , la Cruche cassée , le se distinguent ordinairement par une
Faiseur d^oreilles , ne sont autre chose grande pureté de dessin , un style sévère ,
que des imitations des fabliaux Cons- une couleur riche , un Cni large et nré-
tant Duhamel, le Cuuier , le Meunier cieux ; ses paysages , par le mérite de la
dAleuSy le Frère Denise cordelier, composition et de l'effet général , joint
dmbert et les deux clercs , le ChevO' à on coloris hanDonieux et vrai, à une
Uer qui fit sa femme confesse y le science rare de perspective.
lain Balluely la Bourgeoise d'Orléans, Après son retour en France, Fabre
la Damoiselle qui vouloU voler , le Mé- fit non à la ville de Montpellier d'un
deein qui a Jm le nez à Venjant musée et d*une bibliothèque publique,
iM labliaux ont fourni, an siècle der^ formés à Taide de ses propres deniers,
et auxquels ses compatriotes reconnais-
(•) Recueil de vingt-huit historiettes ra- «ants ont donné le nom du fondateur,
contées par un père a son fils, et dont cha- ^ sa mort, on trouva un testament par
«une se temnoe par nneinoraKté.Kous avons lequel il léguait au musée de Montpellier
consacré un article à ce recueil, qui a joui, toutes les acquisitions d'objets d'art
au moyeu âge, d'une grande célébrité. Voy. faites par lui depuis sa première dona*
CASToisMEifT. tion , et de plus une somme de trente
T. vii. 42' Uvraison, (Dict. bncycl., etc.^ 42
ééi VABRB ii*ÈotJLmm L'fnftVERS. wABtk ift'iëLAirriiiB
fniUe franits pour la constructiou d'une nouvelle galerie.
On a prétendu que Fahre avait été uni par un mariage secret à la comtesse d'Albani, veuve du dernier des Stuarts et do célèbre Alfiéri. Ce qui portait à. le croire , c'est que cette dame, en mourant, lui avait laissé toute sa fortune. Mais Fabre a démenti cette assertion.
Fabrb (Jean), né a Ntmes, le 18 août
1727, de parents commerçants et protestants , mort à Cette eu 1797 , est connu par un trait de piété filiale qui a foomi à Fenouiilot de Falbatren le sujet de son meilleur drame , intitulé V Honnête criminel. Louis XIV avait interdit aux protestants i exercice public de leur culte sous peine des galères. Cependant, le 1** janvier 17fi6, Jean Fabre accompagne son père aux exercices du protestantisme. La force armée vient dissiper cette réunion, et, à la vue de son père saisi par les soldats , Fabre s'élance auprès de l'officier qui les commandait, et le supplie de lui laisser prendre la place du vieillard qui est entre leurs mains. Uofficier consent à cet échange ; Fabre, conduit à îMontpellier, est ( oiniamné aux galères ; et ce n'est qu'au bout de six ans que la cour, informée de ce trait d*amour filial, le rend à la liberté.
Fabbe d'Églantine (Philippe-Fran-
Sois-Nazaire) , né à Lnnoux , en 17ôô, *anefamille bourgeoise, fut, dans sa JeOnesse, affilié à la congrégation des IIcnS trinairesj et professa les basses classes à Toulouse; mais ensuité, par des motifs qui sont restés inconnus, il quitta cette congrégation et entra dans une troupe de oomiédiens de province Peu goûté
(*) Auteur draoMtiqae fort médiocre né
à Salins en 1727, mort en 1800.
(**) Eu 1779, il joiiail la comédie à Maestricht , et , en 1 780 , à Liège où il lot, le s3 septembre, enire les deux pièces, un poème intitulé ; Le triomphe de Créiry, qu'il avait composé pour rinauguruiiun du buste de ce célèbre compositear, et. Où Fon remarquait, parmi plusieurs beiilX'Von, odoi-ci qui Ml^ vait d'épigraphe :
!«• cri ^an peuple libre est le cri de la gloire.
En 17$» » il étoit à Genève; en X783 à Châ-
lon-sur-Saône , où il coiiiimsa un poëme en quatre chants sur cette ville. ▲ Lyon, il pu-
du public , il s'attacha à composer des pièces de théâtre , maintenant oubliées,
mais dont quelques-unes olitinrent alors
un grand succès, et où, malgré rincorrection du style, on reconnaît un talent comique assez distingué.
Ambitieux, inquiet et sans foVtune, Fabre se montra chaud partisan de la révolution. L'enthousiasme avec lequel il en adopta et en prooagea les principes, lui fut doublement favorable , çn le réconciliant avec le parterre pnrisien , et en le liant avec Danton, Lacroix, Camille Desmoulins, avec d'autres personnages politiques, et surtout avec les oordC'^ liers. Quelques pamphlets qu'il publia avant la journée du 10 août le firent nommer membre de la commune provisoire ; puis , Danton, en arrivant au ministère de la justice, lui donna les fonctions de secrétaire général de ce ministère. U eut part à Torganisation des massacres de septembre (* ) , et fut éhi membre de la députation de Paris à la Convention, où il vota la mort de Louis XVI, sans ;ippol et s.ms sursis. Il fit ensuite partie du comilé de salut public ; ce fut lui qui présenta à l'assemblée le rapport des comités sur la loi du maximum^ sur l'arrestation de tous les Anglais qui se trouvaient sur le territoirede larépid9li^ue,et sur l'adoption du nouveau calendrier. Il suivit d'ailleurs toujours les inspirationsde Danton, dont il imitait aussi les déréglemeiits. Sa vie lastueuse et dissolue le 'fendit bientôt suspect aux patriotes sincères, et ses in» trifijiies ne tardèrent pas à se découvrir. Rôbespierre l'accusa à la société des Jacobins; celle des Cordeliers lui retira sa confiance; enfin, il fut convaincu de malversations financières et de falsification d'un décret relatif à la Compagnie des Indes (voyez Chabot). Le tribunal révolutionnaire le condamna à mort, In même jour que Danton, Desmoulins, etc. Comme ceux-ci , il fut exécuté le 5 avril 1794. Il montra peu de courage 'dans ses derniers moments.
Parmi les dix-sept pièces quMl acom- |)OSées, et que la Harpe a jugées avec
blia une satire : PÂmntcur diagrin, 1784. Enfin il jouait, eu 1786, à Avignon, les inemim rôles tragiaiiet et comiques.
S) Voyez Cmmê DisliûOfciirt, t VI, 06 , noie.