FAMILLE G
de la préoccupation de nos premiers rois et des évéques leurs conseillers.
Les prières, les menaces, l'excommunication , tout est employé pour amener les barbares à renoncer au concubinage et à Tinceste ; le mariage , élevé à la sainteté du sacrement, cimenta par un lien religieux Tlndissolubilité de runion conjugale ; le respect des enfants pour leurs père et mère , l'amour de ceux-ci pour leurs enfants, et leurs obligations envers eux , furent consacrés par la loi divine. Les registres des paroisses , en fixant d'une manière authentique l'état civil des personnes, mirent un terme à rincertltude età la confiisîon qui avaient régné jusque-là sur leur légitimité et leur (iliJition. (Voyez État civil.)
La famille se forma et se consolida ainsi peu à peu , sous Tinfluence bienfaisante du catholicisme. Au principe ancien de la force succédèrent des principes plus humains, plus conformes aux véritables rapports qui doivent unir les membres de cette association : le mari ne fut plus que le protecteur de sa femme ; le pouvoir du |)ère sur ses enfants cessa d'être confondu avec le droit de propriété ; il resta ce qo*il doit être, un devoir de protection oui finit avec la majorité, le mariage ou 1 émancipation, c'est-à-dire, avec les causes qui rendent cette autorité nécessaire. Telle était déjà , au commencement du treizième ' siècle, la transformation accomplie, que l'Italien Accurse , parlant de la puissance paternelle eu France, ne peut s'empêcher de faire cette remarque :
« Quacdam gentes ut servos tenent fil i os, aliœ ut prorsus absolûtes êicut Francigense. »
Hors de là, les seules obligations que les lois et les coutumes reconnurent aux membres d'une même famille , se i)oriient à des secours alimentaires, réciproquement dus par les ascendants et leurs enfants en cas d'indigence. Cette obligation ne s'étend pas jusqu'aux frères et sœurs.
Le code civil, en ôtant aux parents le droit d'exhérédation (voyez ce mot)^, a encore relâche le lien de dépendance qui rattachait les enfants à leurs père et mère, mais il a rétabli ainsi cette égalité d'afifiection et de sollicitude dont les pères, sous l'ancien régime, se dépar-
FRANCE
m PAMUXB
LUNIVERS. PAMILLI
talent trop souvent , par des préjugés d*orgueU ou de vanité, en £iveur des
. aînés, et presque toujours en faveur des mâles , au détriment des filles. Il a fait en même temps cesser une des causes les plus actives ae dissensions et de haine gui troublaient le repos et Tunion des ramilles.
Il nous reste à dire quelques mots de la famille , considérée non plus comme la réunion élémentaire du père , de la
mère et des enfants , mais comme Tensemble de toutes les personnes qui tiennent entre elles par les liens du sang. Dans la plupart aes législations modernes, les liens du sang entre collatéraux n'ont guère de puissance que par les droits éventuels de succession qu'ils confèrent en Tabsence d'héritiers directs, et par les obligations qu'ils imposent d'être tuteur ou membre du conseil de famille, il n'en était pas de même diei les Francs nos ancêtres. L'absence de tout pouvoir public, qui mettait chacun dans la nécessité de pourvoir par lui-même à la défense de sa sûreté et de ses intérêts , avait fait établir entre les membres d'une même famille une espèce de lifuie offensive et défensive, dont la force colleclive suppléait à la faiblesse de l'individu. Tous ceux qu'u- , nissait une commune origine formaient ainsi, au milieu de la grande société de la tribu ou de la nation , une société particulière ayant des droits et des devoirs qui lui i^taient propres , et que la législation, qui n'est que le procès-verbal des mœurs, avait reconnus et consacrés.
Un homme était-il accusé d'un crime, sMI repoussait faceusatlon, tous ses pa- ,rents étaient obligés de lui venir en 'aide, en jurant avec lui la fnisseté de l'imputation. Un meurtre était-il commis, une insulte était-elle faite, tous les membres de la famille se regardaient comme attaqués dans la personne de celui qui avait souffert l'injure; le soin de la punir leur était dévolu, et si Tofftnseur se rachetait de la vengeance, le prix de la composition se partageait entre eux proportionnellement, suivant le degré de proximité qui les unissait à roirensé. il paratt même, d'après un texte de la loi des Ripuaires, que, dans certains cas, cette solidarité des
parents s'étendait jusqu'au payement de la composition. Le titre 14 condamne à une composition de 600 sous d'or celui qui aura tué une femme libre ayant donné des signes de fécondité, mais ayant moins de 40 ans, et Fart. 3 porte « que si cet homme est pauvre , et qu'il ne puisse pas payer toute la composition , ses ûls , jusqu'à la troisième génération , serout tenus de la payer. » Et H Ule homopaïuper fueritf ut insimul soir ère non passif , per très decetsiones Jiliorum sokut.
Ces obligations imposées aux membres d'une même famille étaient, du reste , regardées comme l'équivalent de certains droits qui leur étaient attribués , tels que ceux de suceession ; on pouvait s'en affranchir en renonçant solennellement à sa famille, et l'on perdait eo même temps les prérogatives que donnaient les liens du sang.
. Le titre 43 de la loi salique nous in* dique la formule et l'effet de cette lenonciation :
« Art. 1". Quiconque voudra s'afîran- « (^ir des liens civils qui l'unissent à « sa famille, se présentera à l'audience, « devant le tonge ou le centcnier; là, il « brisera au-dessus de sa tête quatre « branches d*aune , et en jettera les « morceaux aux quatre coins de la salle " d'audience [in mallo) en présence de « tout le monde; puis il dira qu'il re- « nonce à l'obligation du serment, aux « droits d'hérédité, et à tousses liens « de famille.
« Art. 2. Si ensuite quelqu'un de ses « parents vient à mourir ou à être tué, « il n'aura aucune part à sa succession, " non plus qu'à la composition qui sera « due par le meurtrier.
» Art. 3. Si lui-même vient à mourir « ou à être tué, sa succession, de même « que la composition , ne seront point « recueillies par ses héritiers, mais apn partiendrout au lise ou à celui à qui « le fisc en aura fait don. »
Cette solidarité' étroite , qui réunissait dans une commune défense les membres divers de la famille germaine, se relâcha peu à peu , et finit par disparaître entièrement, quand le pouvoir public devint asses fort pour ourir aux
FAMIU FRANCK. flâWS m
inlirétf priféi mie protoelkNi efteace ; mais les mœurs et les institutions en
conservèrent longtemps des traces. Le préjugé qui , de dos jours encore , fait rejaillir sur toute une famille la gloire au le déshonneur d'un de ses membres,
n'a peut-être pas d'autre source. Mais •c'est surtout aans les lois successorales que l'influence de cette organisation
Ï primitive se laisse apercevoir. Par la oi salique , les parents de la ligne paternelle dont la réunion composait la famille proprement dite, celle dont les membres étaient liés entre eux par ces obligations réciproques , succédaient seuls, à l'exclusion de l'autre ligne , aux biens de leurs parents collatéraux morts sans héritiers directs. Ce droit, qui leur était attribué, n'était, comme nous l'avons dit, que l'équivalent de certains devoirs. Suiiiiaires entre eux pour la vengeance , ils se regardaient eomme propriétaires solidaires du patrimoine de la famille. Ce principe fut conservé dans toute sa rigueur par le droit féodal ; il passa dans le droit civil. La inique fit établir que, dans chaque héréité, on considérerait Torigine des biens
{)Our en faire la dévolution à la ligne à agnelle ils avaient primitivement appartenu. La règle patenta paterniSf materna maternis, pénétra nK*tnedans les pays de droit écrit, et s'appliqua , à de rares exceptions près , comme droit commun , dans toute l'étendue de la France, jusqu'au Code civil. (Voyez Succession.)
Famille (pacte de). Voyez Pacte DE FAMiLLB et Espaoue (relations de la France avec 1').
Fami>e (pacte de). On a désigné par ce nom une conspiration infâme, ourdie pendant les règnes de Louis XV et de son successeur, et à la tête de laquelle étaient la cour, les ministres, les principaux membres de la noblesse , du clergé , de la magistrature , et les plus riches cnpitalistrs. Le but de cette conspiration était d'acheter à vil prix et d'accaparer tous les blés du royaume , d'en exporter ou même d*en détruire une partie, afin de produire la cherté dans les années les plus abondantes , une disette affreuse dans les années médiocres, et de revendre alors, à un prix eiorintant , ce qui restait dans des ma-
T. vn. AV U>m»im, (Digt. bu
gaaiméteUif m dehors , dn royaume ^
et notamment dans les Iles de Jersey et
Guernesey. Ces opérations avaient un double résultat; elles procuraient des bénéfices énormes à ceux qui y prenaient part, et elles augmentaient le produit
des dîmes que percevaient la noblesse et le clergé , dîmes que l'on recevait au moment où rabondaoce régnait encore, et que Ton avait bien soin de garder en magasin , jusqu'à ce que la famine que l'on préparait fût venue en doubler ou en tripler la valeur.
Une aussi odieuse conspiration de la cour et des riches contre le peuple et les pauvres paraît d'abord incroyable , et il ue faut rien moins que les preuves les plus évidentes pour que Ton puisse y ajouter foi.
La guerre de la succession d'Espagne, les opérations financières de la régence, avaient ruiné l'agriculture, et plusieurs famines avaient (Icja frappé la France, lorsqu'en I7:'.î>, sous le prétexte spécieux d'établir sur les recettes des années fertiles, une réserve destinée à suppléer à Tinsuffisance des mauvaises années , on présenta au roi un système $ur le commerce des grains et sur rétablissement d'entrepôts et de greniers d'abondance. Les gens qui présentèrent ce projet, trompèrent, dit-on, complètement le roi. rsous ne le pensons pas: ii estdiCGcilede croire qu'une pareille inramie, pratiquée par tous les ministres, les contrôleurs généraux, les lieutenants de police, les intendants des finances, les mtendants des provinces, les intendants du commerce, les gouverneurs des provinces, les gouverneurs des geôles d'État , la plupart des membres du parlement de Pans , ait pu s'accomplir pendant un siècle, amener onze famines , soulever toutes les populations, sans que le chef de l'Ktat, averti d'ailleurs par la clameur publique, aitétéplus 00 moins complice de ces odieuses manœuvres. S'il les a tolérées, les connaissant , ou même si , ne les connaissant pas , il a été assez négligent pour abandonner le gouvernement à une bande de brigands audacieux, ne mérite-t-il pas encore tout le blâme de l'histoire? On trouvera dailleurs plus loin la preuve de sa complicité dans ces odieuses spéculations. Lu gem de la tigua
firent, dit^D , oomprottdre âa vol que le gouffrtriietiWBt ne pooyàft M t^N^friéi* iui-mértie 4e ces opérations ; qu'il fallait créer une régie spéciale, et la charger d'îicheter des grains lorsqu'ils seraient abondants, (rétabtir les greniers, et de rèvenfire tee réserves dans les tf'inps de mnuvaîses réroltes. Louis XV créa cette régie, et Ifit donna un liail qui fut signé ^ en 1729 , par le contrôleur générai ééi finances Orrf, et renouvelé par Ses successeurs, tOIIS le!
douze ans, jusqu'en 1789.
En même tempsj et par une singulière inconséquence , qui démontre éVidemment que le but des monopoleurs n'était point de prévenir les famines , mais au contraire de les amener, ils obtinrent un arrêt du conseil qui permit l'exportatiofi des blés. Cet arrêt , motivé sur le désir de /lausser le prix des terres , était diainetriileinent opposé au but patent de la régie, mais, d'un autre o5té, il devait singulièrement favoriser son but secret.
Les opérations de la régie exiîîenieiit de fortes avances ; en elTet , le ble né s*achète point à crédit. riclies pro* priétaires, les financiers, les gens de robe , les tiens i]o roiir, s'empressèrent de lui porter leurs loinis. Les ministres cl le roi lui-iiième prirent part a l'entreprise; Louis XV lui fit une avance de 10 millions; car le roi avait une caisse partie.uliére , « avec lnq«jelle il ai^iutait sur le prix des blés, se vantant à tout le monae du lucre infdme qu'il faisait sur ses sujets {*). » D'un autre côté , on entoura la société de tous les moyens de protection. De peur que la presse n'éclairât le peuple sur rînfamie de ses manœuvres, on fit défense, soui ju'iiip (le mort, aux écrivains, de parler de linances. Si le peuple se soulevait contre les accapareurs,yaiAa<Y la guerre au pain, suivant Texpression du temps^ la force publique, au nom du roi, tuait ou envoyait aux galères ceux auxquels la faim faisait prendre les armes. Se plaignait-on au parlement , les menn bres étaient de la ligue ; au roi, ses ml* nistres et lui-même étaient de la liiriie, et ceux qui auraient pu lui parler étaient jetés dans ks eadiots de la Bastille <«) L#rdMe,lli«(Éw de ffbitioe, t. m,
.(Voyez Beaumont [le Prévdt dël.J' A rsdde de cette prcMMAM , tés nîK
nopoleurs achetaient les bfés de {çré Oft de force, les faisaient sortir de France, excitaient ainsi la hausse, réimportaient ensuite ces mènra blés , et KtflisMént
d'énormes bénéfices.
Un nouveau bail fut passé sous le ministère de Machault en faveur d'une société secrète dont les agents furent lès nommés Bouffé ét DvfoUrni. Ccttb société, dont le bail fut renouvelé plusieurs fois , causa les famines générales de 1740, 1741, 1752.
Le 12 juillet 1767, le eoifff^ur
tiéral des finances de Laverdy vendit une troisième fois la France à une compopnie de monopoleurs. Quatre millionnaires, preneurs du bail, Jiay de Chau- 7)iotUf grand mettre des eaux et forêts ; lioKsseau, receveur des domaines du comté de Blois ; Per)'uchof, aueien entrepreneur d'hôpitaux militaires ; et MaUssei, ancien boulanger, couvraient de leur nom la tourbe des ministres, intendants de finances , intendants de provinces , présidents de cours souve- Nin'es, et la foule des courtisans et des financiers conjurés contre la subsistancie d'une nation entière.
Quatre intendants des finances, T7'udaine de Montigny, Boulin , Lanylois et tioutlouqtie, se partagèrent le royaume, se distribuèrent à cli inun un nombre é^al de provinces a ravager, et entretenaient la correspondance avec les intendants provinciaux. Les ministres Ber* iin et Sartine eurent le secret de Tentreprise. Ce dernier s'était réservé lai capitale et Tile-de-France; Cboiseul , i|ui faisait aussi partie de la bande , ravageait la Lorraine et l'Alsace. IVIais Malhisef, nommé par la police /7/o;>/i72e dfi roi, et par la ligue, le généralissime agejU, devait se porter en poste , aux frais de Tentreprise , partout où le bi»soin le requérait , pour conmiantleri, payer, faire mouvoir en tout temps , sur les ordres qu'tl recevait, une or- Biée d*ouvrleni , d'inspeetenrs anrilitt*' kints i de connntssionnaires , les aclieteurs, les entreposeurs, les gardes des magasins, les meuniers, les contrôleurs, les vérificateurs , les receveurs , les buralistes, lescomnis, lesemmagasineurs^ 1rs gardai des AienieES domaiiiAiiK. des
FJUnKE
forteresses et chAteaux du roi, dnrïs lesquels s'aiitoiicelaient tous les ans les tafines et les grains dit du roi.
L'exploitation de ce troisième privilège ne fut ni moins désastreuse pour le royaume, ni moins lucrative pour la compagnie que celle des précédents.
Cinq fols, en 1767, 1768, 1769, 1775, 1776, la famine docile vint grossir les dividendes des associés , et apporter le désespoir et la mort à des milliers d'infortunés (*). En 1768 9 Ses opérations
(*) «Voyez, écrivait à ses ageutâ le directeur de cette troupe de vampires, voyez si sans occasionner de disette trop amère , vous pouvez acheter, depuis Vit ry jusque dans les 1 1 ( )is- Jl^vèchésy une quantité Irés-constdérable de blé pendant rât moia.».. Les fonds ne vous
manqueront pas chaque seinaiue M. de
Mouligny a donné des ordres de suspendre les ventes à Corûcil, a Meluu cl Mennecy, non pas entièrement (à cause des besoins journalirrs) , ruais de n'exposer par jour dans ces uiai-chés que cinquante livres de iarine blanche ou deux cents boitteaux, moitié Ué^ moitié seigle. Si dans vos achalB, fon tient avec tiop de rif^ueur sur le prix que vous offrez, dites qu il vient d'arriver a Kouen dixhuit bAtimenls cliargés de blé, et qu'en en attend encore vingt-trois. On ne se doute pas que ces bâtiments sont les nôtres...^ i^uand la disette sera assez sensible dans votre canton, vendes fisrineset blés; cVst le rnoven de vous v faire aoqnérir rie la roiisiileialiuu. Je ne luitserai pas d ailleurs écliapper l*ocoasion de vous mire mériter enco#n auprès de M. de Monti^ny. Si la clicrté montait au point dexciter le ministère public à vous demander d'exposer des bles du j oi dans les marchés de la ville, ne manque/ pas d'obéir. Mais versez-en avec modération, toujours à un prix avantageux, et faites aussitôt, d*un antre cèlé, le remplaoement de
vos ventes Donnes vos ordres pour que
les chargements faits sur la Marne par M. de Chaumont (l'un des régisseurs au comptc^du r:i) ne soient point coupés. Quoique le nommé P-onn é, iiKiriuier, vous paraisse suspect , j'ai lieu de croire qu'il ignore (|ue M. de Montigny et M. le contrôleur général sont à la tète de notre opération. Il n'esi que leaecrel qui la puisse soutenir; et si el!» était connue, non seulement les inlentious de ces ministres seraient traversées, mais encore lé com* mcrce de votre pays, les fermiers, les laboureurs et tout le public eu soiiffriraieul beau-
coup Kien ne brouciic à Tans , 1 prdi-e j
est adinÎFibk et U tnnquilUté la plus par-
s'étaient agrandies; le blé de Frri»>ee demeurait entassé dans des entrepôts établis à Jersey etCnemesey, et sa sortie de ces îles 'était réglée par nn tarif gradué sur les besoins pressants du peuple et Ttividité des accapareurs. Les .oontréleors génératix d'Iovan et Terray protégèrent cet établissement avee nne sollicitude constante, (le dernier travailla même à lui donner plus d'extension, en y joignant les moulins et magasins de Oorbefl qa*il fit acheter par le roi.
ïurgot essaya de dissoudre une société dont les bénéfices étaient fondés sur les calamités pnMiqves. Mais lorsqu'il rendit, en 1775, l'édil sur le commerce des grains, les famines de 1775 et 1776, et rémeute appelée la Guerre des forines , lai apprirent qu*tm ministre financier ne pouvait stiivre la même politique qu'un ntinistre citoyen. Forcé, pour nourrir la France, d'avoir recours a ceux mêmes qui l'affamaient , d ne souffrit pas du moins que le nom du roi fiit profane par son inscription dans ce pacte lioiniciile. La calomnie, les correspondances supposées , lurent les moyens dont se servirent les associés pour le perdre auprès du roi , vt ils réussirent. Un des articles du bail de Laverdy portait qu'il serait renouvelé.
Cette négociation fut accomplie , te 4 jmHet 1777, par les soins de M. Lenoir, qui, à l'insu du nnnislre des finances, en reçut la mission de son protecteur et de son complice, M. de Sartine. La disette reparut en ITT8. Necker fut forcé de suivre le système établi {'). Cependant les monopoleurs n usprent donner a leur traile une trop ^raiuiti,extensîon, jusqu'au ministère de Bnenne, où l'on renouvela, au mois d'avril 1788, la permission d'exporter les grains. Le peu de blé qui restait alors en France
faite Pressez vos levées; il faut la plus
grande ddigence. îNous eussions dû faire au moins dix fois plus d'achats , depuis que vous
avez commencé votre tournée , etc. » (Cité
par M.VI. F.iichcz et Koux dans leur Histoii'e parlementaire de la révolution française ^ t. Il , 468.)
{*) Interrogé par un représentant de la Commune de Paris pourquoi ii n'avait pas détruit cette société, iliepundit : «Je 14e « l'ai pu. » Bûchez et Roux, t II , p. 47<*.
«76 famiub
était déjà vendu aux associés , quand Necker rentra au ministère (26 août).
Une de ses premières opérntinns fut de défendre l'exportation des {irains. .Mais ceux qui avaient échappé à la grêle du 13 juillet étaient sur mer ou en route pour les ports. Il crut voir du dansera retenir les blés qui se trouvaient enœre sur nos rivages , et accorda une prime d*eneourag^ment auiT importateurs. Il fallut, au moment où les finances étaient dans une si grande détresse, racheter la subsistance du peuple au prix de 40 millions, t
A l'approche des états généraux , la
liîîue reprit ses travaux avec une nouvelle ardeur , et réussit encore à affamer le royauuie. Berthier, inlenilant de Paris, et Lenoir, en étaient alors les chefs , Pinet en était le caissier général (*).
Le pacte, qui se perpétuait depuis 60 ans , eût sans doute été encore renou-
velé en 1789, si la révolution n'eût disso«is cette association meurtrière. INIais il laissa dans le cœur des citoyens , poussés aux dernières limites de la misère, une haine profonde contre le Eouvernement , les nobles, les riches, iiaine qui devait bientôt se traduire en ven^çeances terribles.
Nous donnons ici les principaux articles du pacte de famine , rédigé par M. Cromot-Dubourg, premier commis des finances.
Nous soiusignés, Simon-Pierre Malitset, chargé de Fentretien et de la maïuileDlion (Us blés du roi; Jacques Donatien le Ray de Chaumont, chevalier, granduiailre honoraire des eaux et forêts de France; Pierre Rousseau, conseillordu vol , rc rêveur général des domaines et bois du comté de Blois; et Bernard Permchot , régisseur général des ]i6>
C'taux des années du l ui , lous cautions dudlt ialissel , demeurant à Paris.
Après avoir examiné le traité ou soumis- Mon , dont copie est ci-après , passé au nom du riîi , par M. le contrôleur général, le 28 août 17O5, audit Malisset, pour la garde, l'entretien , la manutention et le recouvrement des magasins de blés du roi pendant douze années , dont la première a commencé le i'' septembre de ladite année 1765, avons jugé convenable de pourvoir par ces pré-
(*) Le bénéfice à la revente des graini •^élevait alors de 70 à 100 pour cent.
VAHtllB
sentéi «tt initcHMitt à inra indit denr MalisscC, et subséquemneat aux amngemenls
relnlifs au commerce et aii\ renouvellements successifs des blés qui ont été conliés audit sieur Malisset En conséquence, «t pour remplir le premier objet , cVst-à-dire, celui du traitemeiil dudit sieur Malisset, nous le Ray de Chaumont , Rousseau et Perruchot , cautions dudit sieur BAalissel, sommes convenus de ce qui suit :
Art. I^'. Il sera alloué audit sieur Mahsset trois sous pour deux cent cinquante livres de grains qui entreront dans les magasins de Corbcil et en sortiront en nature de grains, et qui seront voiturés par ses voitures; et cinq sons par même poids sur les 'grains convertis en farine. . ., etc.
Mil. Au moyeu desquelles conditions le sieur Malisiet •'<^lige de faire conduire par ses voitures tons les grains qui arriveront i Corbeil , pour raison de ladite manutention, et de les faire transporter des bateaux ou voitures dans les magasins prh ^ foin.„.^eHic
X. Ledit sieur Malisset sera tenu des iniipocilions des vingtièmes , des tailles et autres aecesBoîmt aani à lui à en obtenir h décharge, s'U y a lieu, confoimément à son
traité avec le roi . . . . , etc.
£1 lesdits sieurs ses cautions, voulant poui^ voir ft la sArelé de ladite entreprise, assurer le progrès du commerce qui eu sera le soutien, et le garantir de tous les éveneiueiiis , ont jugé convenable de fuiuier ini fuiid^ (ju'iU augmenteront suivant Texigence des cas, et à la contribution (!i)(|uel ils oui trouvé juste de faire participer le sieur Malu>sel . . .
Ledit sieur Malisset et lesdits sienrs ses Ctulions ïont convenus de ce qui suit :
Art.I«''. La totalité des fonds sera distribuée en dix-huit sous d'intérêt et répartis , savoir :
M. d« diaiiiiMNit 4 sotti.
M. RousTteaa 4
M. Perruchot 4
IM lâear NalisMt S
• Total...,....,, sS
II. Ijos fonds convenus pour chaque sou d'intérêt resteront fixés, comme ils ont éié laits, à la somme de 10,000 liv. , .sauf, suivant les drconstanoes, à les augmenter ou
diminuer.
IX. Il sei-a arrêté tous les trois mois un état d'intérêts à raison de dix potnr cent des fonds de mise; et tous les ans, après le bilan ou inventaire général de l'entreprise, il sera pris uqe délibération pour la répartition des oénéfices, n aucuns y a
XIT. Sont ronveiiiis lesdits sieun Malisset et ses cautions , qu'arrivant le décès d*aucun intéressé , sou intérêt accroîtra aiu autres
L'UIQVISRS.
FAH11IBS
FRANCE* FAKOIBS m
par portion égale; et ses représenlants ne
Emnront répéter que ms fonds de ladite mise, intérêts A dix pour cent jusqu'au jour du rptiiî)Oursement de îadile mise, et la portion à lut revenante dans les bénéfices irlétés par le dernier compte.
Celte convention n'aura lien néanmoins qu^autant que le ministère se préleiaii a décharger les bi«is meubles et immeubles de l'intéressé décédé, du cautionnement solidait (' ; rt dans li- cas où ledit cautionnement suljsiMerait , alors les héritiers ou représentanis jouironl de rintéréten entier pour partit ipcr aux pertes et lîénéfirrs; et il est seulement convenu qu'ils se contcnleront, pour établir leur prétention , de la copie signée et certifiée des autres inléressôs , du compte, arrêté annuellement, de la situation de l'entreprise cl des diflérentes délibérations, ordres de payement, et autres arrêtés faits pendant chacune desdites années, jusqu'à lV\pttraliou de la commission du sieur Malisset , acceptée au nom du roi, par M» le contré^ leur général
XIX. // sera délivré annuellement une somme Je raoo livres aux pauvres, laquelle sera pa)ée par quart par le caissier à chaque intéressé, pour en faire la distribution ainsi qu'il jugera convenable,
XX. Ratifions, en tant que de besoin, les arrêtés , délibérations et autres actes précédemment faits, comme ayant été jugés nécessaires au bien et à la sûreté de l'entreprise.
Fait quadruple à Paris , etc. , etc. (*).
Famines. Une des premières famines dont il soit fnit mention dans notre l)isloire est celle qui désola la Bourgogne, au temps de l'évéque Sidoine (mort vers 488). « Le sénateur Ecdicius, dit Grégoire de Tonrs, fit .ilors une action bien méritoire. Pendant les ravages de la famine, il envoya dans les villes voisines , avec des chevaux et des chiots, des serviteurs chargés de lui amener ceux qu'affligeait la disette. Les serviteurs partirent, et ramenèrent dans sa maison tous les pauvres qu'ils purent trouver. Ecdîcius les nourrit pendant tout le temps de la famine , et les malheureux qu'il seconrut furent au uombre de plus de 4,000 personnes des detix sexes. »
En 584 , suivant le même historien , une grande famine désola presque toutes les Gaules. « Plusieurs personnes
(*) i^iirlirz et Roux , Hisloire pari, de la révol. iranç., t. U, p. 461.
employaient , pour se faire du pain, des
Sepins de raisin et des fleurs d'aveline; 'autres, des racines de fougère, séchées et réduites en poussière , auxquelles ils mêlaient un peu de farine; , quelques-ans, dans le mémo btit, ooapaient l'herbe des blés ; plusieurs manquant ahsolument de larine, allaient cueillir diverses herbes , et, quand elles en avaient mangé , elles enflaient et périssaient bientôt. Les mardiands rançonnaient cruellement le |)eii|)le, au point qu'un muid de bUr ou un demimuid de vin se vendaient un tiers de sou d*or. Les pauvres se nu liaient en servitude, alin de recevoir du moins une faible portion d'aliments. »
Une famine, qui commença en 645 , dora plusiears années ; le roi Clovis II fut obligé , en 656, d'enlever les lames d'argent qui décoraient l'église de l'abbaye de Saint-Denis , ^)our les convertir en monnaie et en distribuer aux pauvres le produit. Le même fit au sévit encore dans les années 770, 771), 793, 791, 821, 843, 846, 861, 868, 872, 874,
De Tannée 1030 jusqu'à la moisson
de 1033, la Fronce éprouva une disette qui linit par devenir itne horrible famine, a laquelle on ne pouvait porter remède, car l'Orieilt et rOccident étaient en proie à In même calamité.
Voici comment un chroniqueur contemporain décrit les souffrances auxquelles le peuple fut alors en proie :
«Le peuple tout entier, dit Glaber, éprouva & souffrance du manque de nourriture; les grands,.et ceux d'uue fortune médiocre, périssaient de faim aussi bien que les pauvres; et la misère universelle fit cesser les rapines des puissants. Si quelque part on trouvait des aliments à vendre , il dépendait de la fantaisie du vendeur d'en fixer le prix. Dans la plupart des lieux, le muid de blé s'éleva jusqu'à (iO sous d'or; on vit . même quelquefois le setier se vendre jusqu'à 15 SOUS. On vit les hommes , après avoir dévoré les bêtes et les oiseaux , se jeter sur les nourritures les plus rebutantes et les plus funestes. Les uns , pour éviter la mort, avaient recours aux racines des forêts et aux herbes des fleuves ; d'autres, on a horreur de le dire , se laissèrent réduire ,
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par umi ftlïm fêrece, à éémer
chairs humaines; sur les chemins, leg plus forts saisissaient les plus faibles, les divisaient par morceaux , les mettaiejit sur le feu , et les mangeaient ; d^autMS, qui fuyaient de Heu en lieu pour éviter eette famine , demandaient le soir l'hospitalité à la porte de quelque chaumière; mais ceux qui les avaient accueillis , les égorgeaient dans la nuit pour en uire leur nourritures Souvent on séduisait les enfants en leur montrant un œuf ou une pomme ; ou tes entraînait dans des lieux écartés, et, après les avoir assassinés, on les dévorait. Dans plusieurs endroits , les corps des morts furent arrachés o la terre pour être mangés, el, comme si l*usage des chairs humaines était déjà devenu légal , on vit un homme porter sur le marché de Tonnerre cle telles viandes cuites a vendre, qu'il prétendit être edfes de quelque animal. H fut arrête, et ne ma point son crnne; on le fit périr par le mi , et les chairs qu'il avait offertes en vente , furent enterrées par ordre de la justice; mais un autre liomme alla les déterrer de nuit pour les manaer. et fut aussi condanmé au feu. Aiq)resde l'e^lise de Saint-Jean de Castanedo , dans la forêt de Màcon^ un homme ava^t bâti une petite 'chaumière, ou il égorjzeait, la nuit, ceux 3UX(|nels il doiuinit l'hospitalité , ou
3u'il trouvait errants dans les buis. Sur es soupçons élevés contre^ui , il prit la fuite ; *mais les huissiers ^i ouvrirent sa maison, y trouvèrent qnarnnte- Uuit tètes, restes d'autant d'Iiommes, de fennncs ou d'enfants qu'il avait dévorés. Il fut enfin arrêté, et périt par le feti. lottrfîient de la faim était si terrible, que plusieurs arrachant de la craie aux entrailles de la terre, la mêlèrent à la farine pour en faire du pain, comme s'il» suftisait de tromper Toeil par la ressemblance pour satisfaire l'estomac. On ne pouvait voir sans douleur ces visages maigris par le jeûne , ces corps I a n guissants couchés par terre, auxquels la force mnnquait avec la nourriture. A peine les uns étaient morts Que d'autres , en s'efJorçant de leur wroner la sépulture, mouraient avec eux , et le plus çrand nombre ne poiivait être enseveli , parce qu'il ne re&tait
pecsoBne pour prendre soin de leurs Mips O* »
« Une autre calamité suivit celle-ci , dit un autre chroniqueur: les loups, alléchés par le grand nombre de corps quMIs trouvaient sur les routes, com^ F! u ruèrent à s'accoutumer à la chair humaine et à s'attaquer aux hommes.
Ceux qui craignaient Dieu ouvrirent alors des fosses, où le père entratnaft ^on fils , le frère son frère , et la mère son jeune enfant, lorsqu'ils les voyaient défaillir; et souvent, celui qui désespérait de sa propre vie y tombait avec ceux auxquels il rendait ce dernier devoir. C'était un oflice de charité que de traîner dnns ces fosses ceux qu'on vovaiL expirer. I.es orneujeals et les trésors d^ églises furent alors distribués pour le soulaficment des pauvres.
Les évcr}ues des cites des Gntiles convoquèrent cependant un concile pour porter remède a tant de maux. Là iis convinrent que puisque les aKments manquaient tellement , qu'ils ne pouvaient donner des secours a tous , du moins il serait prudent de fournir une nourriture quotidienne à ceux qui paraîtraient les plus robustes , afin qn on sauvant ceux-là, la terre ne df^nu'uràt pas sans cultivateurs ("). » La leculle de Tannée 1033 vint eiiGn mettre un terme à cette horrible calamité; elle fut, dit-on, si abondante, qu'elle équivalaità cinq récoltes ordinaires.
On a compté dix grandes fiimines en France dans le dixième siècle , vingtsix dans le onzième , deux dans le douzième , quatre dans le quatorzième , sept dans le quinzième , et six dans le seizième.
La disette qui se fit sentir à Paris , en 1420^ est une des plus horribles dont il soit fait mention dans notre histoire : « On entendoit continuellement dans la ville , dit le journal d'un bourgeois de Paris, de piteux plains, piteux crys , piteuses lanoeotatlou^ , et petits entants crier : Je me meure de jaim ; sur les fumiers parmi Paris pus* siez-vous trouver cy dix , cy vingt ou trente enfants, fils et tilles, qui là mouroient de faim et de Croit ; et n'es-
(*) Raoul Glaber, tiv. xr, ch. 4.
GbMni^ de Yetémt par Biignes de Fiflury.
V^mon ERAKCE- rAniNES 079
toit si dur eoçur qui par nuyt les ouist
crier : Ilélcui !je meurs de faim A
^squ^s ung bon bœuf coustoit 200 fraijcs ou pins, ung bon veel 12 francs, ung poiirccl 10 on 20 francs, un cent
d'œufs coustoit IG suis parisis il Ut
le plus long y ver que homme eust vue, passé avoit quarajjte ans; car les foirics de Pnsques ij nepeoit, il izeloit et faisoU toute ia, Couleur de i^roit qujè on pofivoit pen<wr. Et poar là grant pau.* vreté que auciins des boos baoîtaDts de la bonne ville de Paris vpoinit souffrir, firent tant qu'ils achetèrent uiaisons trois ou quatre dont ils firent hospitaux pour les pauvres enflants qui mou*
roipnt de faim L<'s pouvres gens ,
femmes et enfants, mangeoieut de grand saveur ce que les pourceaux ne daj> gnoient manger, trongnons de cbouK sons pain ni sans cuire , les lierbeltes 4escliani|)S saus pain et sans sel, etc. (*).>»
Les mêmes souftraiices se renouve^ lèrent es t43J , Tannée où Charles VII fit sa première entrée à Paris. Ckunuie il n'y avait aucune sdreté sur les routes, Je commerce des «denrées était presque entièremeKt interrompu. Maia la mi* sère de Paris dépassa celle des provibr ces : il y mourut 4.5,000 personnes , et la moitié de faim. Les rues et;iier!t devenues si désertes , que les iuu^s ue eraignaicnt pas d'y entrer par la nvière pour enlever des chiens, des enfants, et même des bununes ; on promit vingt sous pour chat^ue iéte de ces bétes fer rooM. « La kle Ait alors d^une excès* sive cherté ; ce qu'on avait donné iiae fois , dit Monstrelet , pour quatre sous monnaie de t rance , on le vendait, quarante et au-dessus. »
Les années 1481 , 1528 à 1533, 1632, 1093 et 17 OU, furent sigiu|iéee par dç nouvelles famines.
Voici l*efifrayante peinture que donna de ta famine 'de 1482 un député aux états généraux, assemblés deux ans après a Tours : « Quelle province du royaume , durant les deux ou trois devnféres années, «Ta pas été affligée de la famine, dévorée par la peste, épuisée parles impôts? L'Auvergne, la Bourgogne , et les pays voisins , souffrirent pnôeipalenient de la disette. Ge léati y
(*) Glmmi^ de Tsrdqn, par H uçti^ de
sévit avec tant de force qu'il fallut chasser, à force de menaces et de coups, la foule des pauvres qui, transportai de la rnL'(> de In faim , voulaient forcer les maisons des riches. î.à les voyageurs, et ceux (jui avaient de quoi manger, ne pouvaient se nourrir un pea tranquillement qu'après avoir barricadé les portes ; là , les malheureux furent forcés d'user de pain de son , tout au
8 lus bon pour les chiens : que dis-je? s furent réduits à vivre d'aliments dégoûtants et à Tusaîre des bétes , de mordre ijiulilement dans des matières trop dures pour être digérées par l'estomac d'un honune; là, dans les bourgades , dans les champs, dans les maisons , on voy;iit partout iiisant a terre des gens ajï.unés, livides, la bouche béante, faisant entendre déjà le râle de la mort; puis, péle-mèle, avec ces mourants, une infinité de corps inanimés.
Désolation extrême , puisque aucun eudroit, ni sacré-, ni profane, n% été lui «eut jour sans décès... C). »
L'invasion des Suédois en T,orraine y causa, en 1032, une horrible famine.
Lorsque les paysans eurent dévoré leurs liestiaux et leurs chevaux de talwur^ ils se jetèrent daps les forets et y commirent bientôt les actes du plus horrible brigandage. Ces malheureux, qui furent surnommé schapans (c*est de là , probablement, qu'est venu notre * mot chenapan) ou loups des bois, vivaient de cbair humaine , et ii^terceplaient toutes les communieatioi^.
L'année 1709 fut une année terrible.
ITii hiver meurtrier fut suivi d'utie famine qui se fit sentir à tous ou vit laquais du roi meudier. eijx-^paémes à la porte du palais de Versailles, et ma* dame de Maintenon réduite à manger du pain bis ; des compagnies de cava- UariQ désertaient enseigues déployées poor Aller gagner leur vie en faisant la contrebande. Louis XIV montra pour le peuple la plus grande sollicitude, fit prendre les mesures les pius propres à amener la fia des calamités auxquelles Il succombait. La peine de mort fut prononcée contre les accapareurs ; des
(') Journal des états gôn. de Totiri, par Jean Ma&seliu, publie dans la coll. des doc.
iaidiis MiMiii i l'idst de Aesce. Paris, ini|ir. roy., s835,p. 53^.
680 FANJEACX UUNIVËRS.