‹ France Dictionnaire Encyclopédique (volume 3)Chapitre 13 sur 88 · CAP VUS · texte numérisé non relu

CAP VUS

rr lui-même tous les instruments supplice.

Capet (Marie-GabrieIle),néeàLyon, élève de madame Guyord- Vincent, a fait un grand nombre de portraits en miniature, au pastel et à l'huile. Ces portraits ont été exposés de 1798 à 1814, époque de la mort de cette artiste. Ses principaux portraits à l'huile sont ceux de Vincent (an vi), de mademoiselle Mars et de Houdon (an vin).

Parmi ses portraits au pastel, on doit citer ceux de madame ae Saint-Fal et du peintre Pallière. Elle a peint aussi deux tableaux représentant, l'un madame Vincent occupée à peindre Vien; l'autre , Uygie , déesse de la santé (1810).

Capetal (Henri), prévôt de Paris, sous le règne de Philippe V, fut pendu en 1321, comme magistrat prévaricateur. Gagné par une somme d'or considérable, il avait fait périr un prisonnier pauvre et innocent , a la place d'un riche, coupable d'homicide. Ses juges le tirent attacher au même gibet où sa victime avait perdu la vie.

Capétiens, nom par lequel on désigne ordinairement la descendance directe et indirecte de Hugues Capet, c'est-à-dire, la troisième race des rois de France. Nous ne nous proposons point de donner ici une histoire des princes de cette dynastie; leurs règnes ont été racontés dans les Annales. Le récit des événements auxquels ils ont pris part, les détails de leurs biographies trouveront mieux leur place dans des articles spéciaux. Nous nous bornerons dans cet article à jeter sur ces rois un coup d'œil d'ensemble, et à apprécier d'une manière générale l'influence qu'ils ont eue sur les destinées de la nation.

L'origine des Capétiens est incertaine. Suivant l'opinion la plus accréditée, Hugues Capet descendrait du comte Robert te Fort, de race saxonne ,

2ui reçut, en fief, de Charles le Chauve > comté d'Anjou, et plus tard, en 861 , le duché de l'Ile-de-France. Robert se rendit populaire en défendant le pays contre les Normands, et il trouva une mort glorieuse au combat

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de Brisscrte (866). Parmi ses successeurs, les plus distingués furent Eudes (888-898), Robert (9'J2) et Raoul de Bourgogne, qui portèrent tous trois le titre de rois de France. Le père de Hugues Capet , Hugues le Grand, était comte de Paris et d'Orléans, duc de France et de Bourgogne. Ses vastes domaines s'étendaient depuis la Loire jusqu'aux frontières de la Picardie, non loin de ce rocher de Laon qui servit de dernier refuge a la royauté carlovingienne. Toutefois, Hugues le Grand n'aspira pas pour lui-même au titre de roi, et il se contenta de préparer lesvoiesà son fils, HuguesCapet.

Ce dernier, fort de l'appui des Normands , et de son frère , le duc de Bour-

Sogne, n'eut pas de peine à s'emparer u trône au préjudice des descendants de Charlemagne, devenus antipathiues à la nation à cause de leurs haitudes germaniques, et odieux aux:

grands parce qu'ils aspiraient à reconstituer I empire de leur ancêtre.

Hugues Capet ( 987 - 996 ) fut sacré à Reims, le 3 juillet 987. Il avait été élu par acclamation et couronné à Noyon , quelques jours auparavant.

Cette élection n'avait point eu lieu avec des formes régulières : « on ne s'avisa ni de recueillir, ni de compter les voix des seigneurs ; ce fut un coup d'entraînement, et Uugues devint roi des Français, parce que sa popularité était immense. Quoiaue issu d une famille germanique, I absence de toute parenté avec la dynastie impériale , l'obscurité même de son origine, dont on ne retrouvait plus de trace certaine après la troisième génération, le désignaient comme candidat à la race indigène, dont la restauration s'opérait en quelque sorte depuis le démembrement de l'empire.... »

« L'avénement de la troisième race est , dans notre histoire nationale , d'une bien autre importance que celui de la seconde; c'est, à proprement parler, la lin du règne des Fronks et la substitution d'une rovauté nationale au gouvernement fondé par la conquête. Dès lors, notre histoire devient simple ; c'est toujours le même peuple

cap FRANCE. cap

qu'on suit et qu'on reconnaît, malgré les changements qui surviennent dans les mœurs et la civilisation. L'identité nationale est le fondement sur lequel repose, depuis tant de siècles, l'unité de dynastie. Un singulier pressentiment de cette longue succession de rois paraît avoir saisi l'esprit du peuple à l'avènement de la troisième race. Le bruit courut qu'en 981 , saint Valeri , dont Hugues Capet , alors comte de Paris, venait de taire transférer les reliques, lui était apparu en songe et lui avait dit : A cause de ce « que tu as fait, toi et tes descendants « vous serez rois jusqu'à la septièmegé- « nération, c'est-a-dire à perpétuité (*).»

Le nouveau roi se garda bien de faire valoir des prétentions semblables à celles des Carlo vingîens, de peur de causer de l'ombrage à ces puissants feudataires, qui avaient renversé la seconde race pour exercer un pouvoir à peu près absolu. Il laissa sommeiller cette prérogative royale à l'aide de laquelle ses successeurs devaient reconstruire plus tard l'unité nationale. Il n'intervint ni dans les affaires intérieures de la Normandie, ni dans celles de la Flandre, ni dans la guerre ci file qui s'était élevée entre le comte de Nantes et le duc de Bretagne. On sait qu'il eut un instant l'idée de commander au comte de la Marche de lever le sie$e de Tours. « Qui t'a fait comte?

ecnvit-il à son vassal. — Qui t'a fait roi ? » lui répondit l'orgueilleux feudataire; et Hugues Capet n'osa pas l'inquiéter. Mais il se fortilia par son alliance avec le clergé. Pour préserver les biens ecclésiastiques des rapines des guerriers, il remit les religieux eu possession des abbayes de Saint- Denis , de Saint-Germain des Prés et de Saint-Riquier, qu'il possédait par héritage, et il rétablit dans tous les monastères de ses États la liberté des élections , qui était alors généralement méconnue en France.

Hugues Capet mourut après un règne de neuf aps. Son tils Robert (9U6-

(•) Aug. Thierry, lettres sur l'histoire de France, p. a»5 et juiv.

1031) lui succéda. C'était un prince débonnaire, pieux, ami de l'Église, le premier saint de sa race, quoique les papes ne l'aient pas canonisé. Une seule fois cependant il osa résister aux ordres du souverain pontife; ce fut pour conserver sa femme Berthe qu'il aimait tendrement, mais qui était sa parente au quatrième degré. Excommunié par l'Eglise, il v it tout le monde s'éloigner de lui. On raconte qu'il ne lui resta que deux domestiques pour le servir à table et pour préparer ses aliments; mais le plat qu'il avait touché, le vase dans lequel il avait bu, étaient régulièrement passés au feu pour effacer la souillure ae son contact. Enfin Robert céda et obtint l'absolution. Il épousa Constance, lille du comte de Toulouse et nièce de Foui-

Îjues Nerra, comte d'Anjou. Cette emme, belle, mais d'un caractère hautain et emporté, livra son mari à l'influence des hommes polis et civilisés du Midi, et exerça sur lui le plus complet ascendant. • Prenei garde que ma * femme ne vous voie, » disait-il à un pauvre après lui avoir donné les ornements d'argent de sa lance , qu'il l'avait aidé lui-même à détacher avec une lime. Il déploya dans sa conduite politique le même caractère de faiblesse et de pieuse bonté. La succession du duché de Bourgogne lui étant échue par la mort de son oncle Henri (1002) , il traîna pendant quatorze ans une guerre molle et indécise, et lii.it par céder à Othe Guillaume, gendre du dernier duc, les comtés de Dijon, de Maçon et de Besançon (1016). On raconte qu'un jour il quitta le siège d'un château pour aller diriger la musique du service divin, et que dans l'intervalle les murs du château s'écroulèrent , de sorte que ses soldats purent s'en rendre maîtres sans difliculté.

Tel était Robert. Ses contemporains lui décernèrent le surnom de Pieux.

Ils attribuaient à ses vertus et à ses prières d'avoir passé ce terrible an mil , où la trompette de l'archange devait annoncer la tin du monde et Je jugement dernier.

Henri r (103M06Q), son second

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fils, lui succéda, malgré l'opposition de sa mère Constance, qui préférait Robert; mais il fut obligé de céder à ce prince le duché de Bourgogne, où ses descendants régnèrent jusqu'en 1361. Le duc de Normandie, Robert le Diable, reçut pour prix de l'assistance qu'il avait prêtée au jeune roi contre sa mère, les villes de Pontoise, de Gisors, de Chaumont et tout le Vexin français; en sorte que les Normands se trouvèrent établis à dix lieues de Paris. Henri l#r échoua dans toutes les tentatives qu'il fit plus tard pour reprendre le Vexin.

Son fils Philippe Ier lui succéda (1060-1108). Prince fainéant, insouciant, étranger à son siècle, il ne prit aucune part aux grandes choses qui s'accomplirent pendant son règne : la conquête de l'Angleterre par les Normands s'accomplit sans lui et malgré lui ; la conquête du royaume des Deux- Siciles par les douze (ils de Tancrède de Hauteville fut achevée sans qu'il y prît part. Il ne participa ni au grand mouvement de 1» croisade , qui semblait arracher l'Europe à ses fondements, pour la précipiter sur l'Asie, ni à cette autre croisade des chevaliers de France en Espagne et en Portugal.

Il ne sut pas profiter davantage de l'insurrection des communes , pour lutter contre la féodalité. En un mot, il ne tient aucune place dans l'histoire, si ce n'est par le récit de ses débauches , qui lui valurent les censures de Grégoire VII.

Mais sous le règne de son fils I jouis f7, djt & Gros (1 108-1 137), la royauté sortit enfin de ses langes. Ce prince a été surnommé Y Éveillé, et I on peut dire que son règne fut en effet le réveil de la royauté. Il n'avait d'autre passion que celle des armes ; dès son jeune âge, il avait dédaigné toute autre occupation . A cette ardeur pou r la guerre, )e jeune Louis joignait une piété très- Tive et un profond respect pour le droit. C'est pourquoi il se fit le défenseur des pauvres , des marchands, des pèlerins , des gens d'église, contre les exactions et les brigandages des seigneurs. Il faut lire Ta chronique

éloquente de son ami Suger, alors abbé de Saint-Denis, et plus tard son premier ministre, pour apprécier tout ce qu'il fallut à Louis d'activité , de bravoure et d'audace, pour remédier au vice des justices féodales , pour interposer le pouvoir royal , plus équitable, plus impartial , et pour faire respecter ses décisions. Malgré l'infériorité de ses forces, il tint tête au roi d'Angleterre, Guillaume le Roux, avant à peine quatre ou cinq cents chevaliers à opposer à dix mille guerriers. Il offrit le combat singulier au successeur de Guillaume, Henri Ier, qui n'osa pas accepter. Au combat de Brenneville (1118), on le vit abattre d'un coup de masse un Anglais qui avait saisi la bride de son cheval , et qui croyait déjà le tenir prisonnier. Lorsqû'en 11 24, l'empereur d'Allemagne Henri V fit une invasion en Champagne, lx>uis VI fit un appel au peuple de France, et cet appel lut écouté. Deux cent mille guerriers se réunirent à sa voix sous la bannière de l'oriflamme ; ce fut comme le réveil de la nationalité française, assoupie depuis la mort de Charlemagne.

Avant de mourir, Louis le Gros reçut la récompense de trente années employées à établir la paix, l'ordre et la justice en France. Le plus puissant des seigneurs féodaux au royaume, Guillaume X , comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, crut faire une chose pieuse en lui donnant sa fille et unique, héritière, Éléonore, pour la marier avec son fils Louis VU dit le Jeune (i 137-1180).

Certes, la France n'a jamais été gouvernée par un prince plus incapable et plus inepte que Louis VII, et cependant la royauté continue à grandir entre ses faibles mains , et elle conserve ce caractère de pouvoir public, déjuge de paix universel que Louis VI lui avait imprimé. Son mariage avec Éléonore de Guyenne avait doublé l'éteudue de ses états,en lui donnant toutes les provinces de l'ouest de la France, depuis la Loire jusqu'aux Pyrénées. Enorgueilli de sa nouvelle puissance, il résolutde faire valoir les prétentions des auciens comtes de Poitiers sur le Toulousain ; mats son expédition dans le midi de la France

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échoua par suite de la défection du puissant comte de Champagne. Pour *e venger de cette félonie , Louis VII envahit les États du comte, et prit d'assaut la ville de Vitrv. Les habitants furent égorgés; treize cents personnes réfugiées dans une église y devinrent la proie des flammes. Le roi entendit leurs cris sans pouvoir les sauver.

Son âme en fut déchirée; et, pour calmer ses remords , il résolut de prendre la croix, malgré les vives remontrances de Suger. La croisade fut préchée par saint Bernard, et plus de cent mille hommes s'armèrent et sui- • virent le roi en Orient. On sait la malheureuse issue de cette croisade. Après deux ans de revers, Louis VII revint en France sans que son expédition eût servi en rien aux chrétiens de la Palestine. Sa femme, flléonore de Guyenne, rougissant d'avoir un pareil mari , lui était devenue infidèle depuis longtemps.

Le divorce fut prononcé au concile de Baugency.et la reine donna sa main et ses nombreux États à Henri Plantaçenet, qui réunit bientôt sous sa domination l'Angleterre, la Normandie, l'Anjou, le Maine, et toutes les provinces de l'ouest de la France , depuis la Loire jusqu'aux Pyrénées. Louis VII, qui possédait à peine cinq de nos départements, eût été infailliblement écrasé par son redoutable vassal, s'il n'avait été soutenu par l'Église, devenue hostile au roi d' Angleterre , surtout depuis le martyre de Thomas Becket.

Louis VU mourut en 1180, à l'âge de soixante ans, après avoir fait couronner d'avance comme son successeur son fils Philippe- Auguste (1180-1223).

Le vrai , le grand caractère du règne de Philippe- Auguste , ce fut, comme l'a si bien dit M. Guizot, de refaire le territoire de la royauté, redevenue pouvoir public depuis Louis le Gros, de mettre de niveau la royauté de fait et la royauté de droit. On le voit, des I "âge de quinze ans , se rattacher à la race de Cnarlemngne par son mariage avec Isabelle, nièce du comte de Flandre, qui lui donne une partie de la Picardie, et l'espoir de posséder un jour

l'Artois, le Valois et le Vermandois; puis profiter habilement des dissensions qui éclatent entre le roi d'Angleterre , Henri II , et ses fils. Il soutient ces derniers , les pousse lui-même à la révolte, les protège de toutes ses forces , et parvient ainsi à neutraliser la toute- puissance du monarque anglais. Il s'attache le clergé , et se rend populaire en prenant une part active et souvent glorieuse à la troisième croisade. Mais après la prise de Saint-Jean d'Acre , il se hâte de revenir en France ; et , infidèle à ses promesses , il attaque les possessions de son ancien ami , Richard Cœur de Lion , retenu prisonnier en Allemagne. La mort de ce prince vaillant le délivre à propos d'un rival redoutable.

Il cite son successeur, Jean sans Terre, à comparaître à Paris , devant la cour des pairs , pour se justifier du meurtre d'Arthur. Jean refuse, et il est condamné à perdre les fiefs qu'il possède en France. La sentence est exécutée. Philippe-Auguste s'empare rapidement de la Normandie, de la Touraine, de l'Anjou, du Maine et du Poitou (1204). La brillante victoire de Bouvines (1214) lui garantit la possession des provinces qu'il vient de conquérir. Les communes , oui ont déjà tant contribué aux succès de son aïeul, le soutiennent avec le même enthousiasme ; et dès lors l'aristocratie des grands feudataires cessa de l'inquiéter.

Philippe-Auguste mourut à l'âge de cinquante-huit ans. Les principaux résultats de son règne sont d'avoir augmenté la juridiction royale de quarante-sept prévôtés, d'avoir su grouper autour d'elle les grands vassaux, pour donner à ses ordonnances l'autorité de lois générales, exécutables dans toute l'étendue du rovaume; d'avoir doté Paris de sa cathédrale , de sa halle , de son pavé , de ses hôpitaux , de ses murailles, et. jusqu'à un certain point, de son université , dont il fut comme le second fondateur, à cause des nombreux privilèges qu'il lui accorda.

Son fils, Louis VIII, ne régna que trois ans (1223-122G). Il enleva au roi

d'Angleterre les châteaux et les places fortes qu'il possédait encore dans le Poitou ; mais il échoua dans sa croisade contre les Albigeois , et mourut empoisonné, dit-on, par Thibaut, comte de Champagne , qui était Pâmant de la reine Blanche de Castille.

Sous le règne pacifique de saint Louis (1226-1270), le domaine royal continua à s'accroître. En 1229," le comté de Toulouse fut joint à la couronne; puis, plus tard, le roi acquit successivement les comtés de Rlois, de Chartres, de Sancerre, de Mâcon, du Perche, d' A ries, de Forcalqu ier, de Foix ét de Cahors. En même temps , saint Louis luttait contre les abus de l'organisation judiciaire introduite par la féodalité; il défendait dans l'intérieur de ses domaines les guerres privées et le duel judiciaire, et était imité par un grand nombre de seigneurs , qui admiraient la vertu et la droiture de ses intentions. Ce sont là les grands résultats du règne de saint Louis. Nous raconterons ailleurs l'histoire touchante de sa vie privée, et celle de ses expéditions en terre sainte.

Philippe le Hardi (1270-1285) réunit définitivement à ses domaines le comté de Toulouse, après la mort de Jeanne, Bile du dernier des Raymonds.

Il lit aussi la conquête de la "Navarre (1276); mais il ne parvint pas à maintenir sur le trône de Castille ses neveux , les infants de la Cerda. Enfin il échoua dans son expédition contre Pierre d'Aragon, et mourut de la peste en 1285.

Sous Philippe le Bel (1285-1314), la royauté parvint à l'apogée de la puissance. Entouré de ses légistes, qui ressuscitent les vieilles traditions de l'empire , Philippe le Bel organise une centralisation monarchique, sous laquelle s'amortissent les juridictions locales des seigneurs; une administration régulière succède au désordre de la féodalité. Mais les agents du gouvernement demandent a être pavés , et Philippe le Bel n'est çuère plus riche que ses prédécesseurs. De là ces

confiscations odieuses, ces altérations des monnaies , et tant d'autres mesures arbitraires dont il se sert pour remplir son trésor ; de là en partie la condamnation des Templiers, dont il convoitait les richesses ; de là sa fameuse querelle avec Boniface VIII , qui avait pris en main les intérêts du clergé. Sa puissance devint si grande, après son attentat sacrUége sur Boni* face VIII , que les successeurs de ce pontife se virent contraints d'aller résider à Avignon, se plaçant ainsi sous la main de fer du roi de France , dont ils devinrent les instruments dociles. %

Les trois fils de Philippe le Bel continuent l'œuvre de leur père. Louis X$ dit le Hutin, Philippe V, dit fe Long, Charles IV, dit le fiel, gouvernent avec l'aide des légistes ; mais tous trois meurent jeunes, sans laisser de rejetons mâles, et le trône passe à la branche des Valois (1328).

Ainsi nous avons vu la famille des Capétiens fonder sa popularité en repoussant les Normands, s'emparer du trône, et endormir d'abord, par la modestie de ses prétentions , la jalousie ombrageuse des seigneurs ; ensuite nous avons vu la royauté se relever sous Louis VI, grâce à l'appui de l'Église, au secours des communes, et au caractère héroïque de ce roi. Depuis lors , elle grandit rapidement sous Louis VII, Philippe-Auguste et saint Louis, par des conquêtes, des mariages et a'heureux traites. Enfin, sous Philippe le Bel, la royauté devient absolue , et sa puissance est telle, que le

f>ape lui-même est obligé de s'humiier devant elle.

Les tableaux suivants ne contiennent que la généalogie de la descendance directe de Hugues Capet ou des Capétiens de la branche aînée. Nous renvoyons, pour ce qui concerne les branches collatérales, à leur ordre alphabétique. (Voyez Ajsjoi Abtois, Boilog.\b, Bourbon, Bourgogne, Couhtenay, Dbedi, Évbeux- Navarre, Valois et Vermandois.

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Cap-Fbaiïçaïs (prise du).— Le général Galbaud commandait au cap Français, quand les maux qui désolaient la colonie de Saint-Domingue ( voyez ce mot), nécessitèrent en 1792 renvoi des commissaires Polverel et Sonthonax. Destitué par eux , et embarqué pour être ramené en France, Galbaud gagna les navires de la Hotte, et, le 21 juin* revint à leur tête attaquer la ville du Cap. Foudroyée par l'artillerie, abandonnée par les commissaires , elle tomba bientôt au pouvoir des marins, et aussitôt elle fut livrée au pillage. Les nègres et les esclaves, que travaillaient les agents de l'Angleterre et de l'Espagne, se mêlèrent aux vainqueurs; d'borribles massacres furent commis , et l'incendie vint enfin mettre le comble au désordre. Dès que la lassitude eut fait cesser le carnage, guand les flammes se furent arrêtées faute d'aliments , Sonthonax et Polverel redescendirent dans la ville , pour réparer les effets d'une catastrophe qui avait failli compromettre l'existence de la colonie.

— Aussitôt que la paix d'Amiens eut ouvert l'Océan aux navires français, le premier consul résolut de faire rentrer Saint-Domingue sous l'autorité de la république, a laquelle Toussaint I. ouverture l'avait soustraite. Le général Leclerc fut chargé de cette expédition ; l'amiral Villaret eut le commandement de la flotte de transport.

Au commencement de février 1802 , Leclerc se présenta devant la rade du Cap , où il fut accueilli par une décharge à boulets rouges, et peu après, un homme de couleur vint à bord du vaisseau amiral, pour lui signifier que le général noir Christophe, commandant au Cap pour Toussaint Louverture, avait pris l'invariable résolution de briller cette malheureuse ville et de massacrer les Blancs , dès le moment où I on ferait quelques dispositions pour la descente. Le général Leclerc crut donc conveuable de dérober aux noirs la vue du débarquement, et de se diriger vers l'embarcadère du Limbé où il aborda. En deux heures , il parvint à la rivière Salée , où il ren-

contra et battit Christophe. Mais bientôt, à l'entrée de la nuit , l'escadre , qui avait déjà engagé le feu contre le tort , vit le morne de la ville réfléchir une lumière rougeâtre , signe trop certain de l'incendie du Cap , dont un calme plat la força de rester tranquille spectatrice. Cependant au premier souffle de la brise du large , elle gagna le mouillage, et débarqua les troupes avec lesquelles le général Humbert courut s emparer du fort de Bêlai r, pour faciliter l'arrivée du général en chef. On prit en même temps la petite anse, et l'on s'occupa d'éteindre l'incendie de la ville. Quelques instants après, le général Leclerc arriva au haut du Cap, et fit cesser la fusillade entre ses tirailleurs et l'arrièregarde de Christophe. Tous ses soins eurent pour but le rétablissement des cultures dans la colonie ; mais les soulèvements continuels des nègres armés l'empêchèrent d'atteindre ce but , et furent cause enfin que la France perdit sans retour la plus belle de ses colonies.

Capiscol. On appelait ainsi , principalement en Provence et en Languedoc, le chef ou doyen du chapitre des églises cathédrales ou collégiales. Cette dénomination équivaut à celle de préchantre^ que le doyen portait dans d'autres églises; et à celle d'ecolàtre, qu'on lui donnait dans quelques chapitres , notamment à Orange. Le nom (le capiscol était aussi quelquefois donné à un chef militaire. Ce mot est formé de la réunion des deux substantifs latins caput, scholx.

Capitaine. C'est le nom que l'on donne à l'officier chargé du commandement d'une compagnie, d'un escadron ou d'une batterie. Ce grade, qui , sous François Ier, tenait le premier rang dans la hiérarchie militaire, n'occupe plus aujourd'hui que le septième.

Il est entre le grade de chef de bataillon ou d'escadron et celui de lieutenant. Quoiqu'il soit bien déchu de son importance primitive, ses fonctions ne sont pourtant point sans importance, car elles embrassent toutes les parties du service sous le rapport de la police»

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de la discipline et de tout ce qui concerne l'administration.

Le titre de capitaine désignait autrefois, comme nous venons de le dire, un grade militaire élevé; aussi, à l'époque où il n'y avait dans l'armée d'autres fractions que les compagnies, les plus grands seigneurs briguaientils avec instance la faveur d'être nommés au commandement de l'une d'elles, et, s'ils l'obtenaient, leur ambition était satisfaite.

La réunion des compagnies en régiments, et rétablissement du grade de colonel, qui en fut la conséquence nécessaire, restreignirent beaucoup les prérogatives et les attributions des capitaines. Leur importance a diminue de plus en plus à mesure que de nouveaux agents du commandement suprême sont venus se placer entre eux et l'autorité supérieure. Il suit de la mie le titre de capitaine est bien décnu de ce qu'il était dans le principe où il ne pouvait être pris que par les ducs, comtes, marquis et chevaliers bannerets.

La création des capitaines d'hommes d'armes remonte à Charles V, dont une ordonnance plaça, en 1373, des capitaines à la tête de la gendarmerie.

Lorsque Louis XI eut formé les francs -archers , il en donna le commandement à quatre capitaines en chef, ayant sous leurs ordres trente-deux capitaines subalternes qui commandaient chacun à cinq cents hommes.

Brantôme dit que Louis XII donna à ses plus vaillants gentilshommes des commandements de cinq cents et de mille hommes, avec le titre de capitaine.

François Ier, qui avait pris le titre de capitaine de sa garde, créa les capitaines-lieutenants. Dans les légions de six mille hommes, instituées sous son règne, chaque capitaine commandait mille hommes; ces mille hommes étaient partagés en dix bandes, chacune de cent hommes, commandées par un officier connu sous le nom de centenîer. Un des capitaines prenait le titre de colonel , et avait le comla légion, tout en con-

servant celui de sa compagnie. C'est là, dit-on, l'origine des compagniescolonelles qui existaient dans les régiments de l'armée française avant

Sous le même règne, les bandes ou compagnies furent réduites à quatre cents, puis à trois cents hommes. Sous Henri II, elles étaient ordinairement de deux cents; mais insensiblement elles diminuèrent, et furent enfin réduites à quarante hommes. En 1558, leur incorporation dans les régiments, qui furent créés à cette époque, fît décroître d'autant la position des capitaines qui les commandaient.

Le mot capitaine signifiait aussi, dans l'origine, gouverneur ou commandant de place. On trouve, sous le règne de Henri III , des capitaineries de places fortes; mais néanmoins les termes de gouverneur et de gouvernement, qui ne sont plus usités dans ce sens, ont prévalu par la suite.

Les capitaines sont aujourd'hui divisés en deux classes : dans les corps de fétat-major, de l'artillerie et du génie, et dans la cavalerie, la moitié des capitaines est de première classe; dans l'infanterie, le tiers seulement est de première classe; mais un supplément de crédit est demandé en ce moment aux chambres pour porter à la moitié, comme dans les autres armes, la première classe des capitaines d'itifanterie.

Les capitaines de première classe jouissent d'une solde un peu plus forte que celle des capitaines de deuxième classe, etdans la cavalerie et l'artillerie, ils commandent les escadrons ou batteries , sous le titre de capitaines commandants. Les capitaines de deuxième classe, qu'on désigne aussi sous le nom de capitaines en second, sont chargés, en sous-ordre, de différents détails du service déterminés par les règlements.

L'étymologie du mot capitaine a été l'objet d'un grand nombre de commentaires. Cette désignation est fort ancienne; on s'en servait en Italie, en Espagne, vers le douzième siècle.

Quelques auteurs la font dériver du mot latin caput, qui, par corruption,

aurait fait capitain, chevetain, copine, chetaine, quintaine. Il paraît a peu près certain que ce mot vient du tenue capitano, en usage depuis fort fangtemps dans les bandes italiennes.

Le langage poétique et le style historique se sont emparés du mot capitaine pour désigner un homme de guerre par excellence.

— Dans la marine, on donne le nom de capitaine à tout ofGcier commandant un navire; mais il y a plusieurs sortes de capitaines; ce titre est porté, dans la marine de l'État, par deux classes d'officiers supérieurs : les capitaines de vaisseau , et les capitaines de corvette (*). Les capitaines de vaisseau ont le rang de colonel, et les capitaines de corvette celui de chef de bataiflon. Le capitaine de vaisseau qui commande un navire monté par un officier général prend le titre de capitaine de pavillon.

On désigne par le nom de capitaines marchands ou capitaines au long cours , les commandants des navires du commerce, qui, pour obtenir ce titre et les prérogatives qui y sont attachées, doivent subir un examen, et satisfaire à certaines conditions déterminées par les lois. Les maîtres ou patrons des simples navires caboteurs prennent encore le nom de ca-

{Vitaines, mais c'est une usurpation :

es lois et les règlements ne leur reconnaissent que le titre de maîtres au petit cabotage.

Capitainerie.— Nom d'une fonction militaire dont nous parlerons ciaprès, qui consistait dans le commandement des hommes préposés à la garde des cotes maritimes de la France. Ce mot était aussi le nom d'une fonction civile dont le devoir était de veiller à l'entretien des forêts du domaine et à la conservation des chasses royales.

i.i capitainerie se disait encore, dans la première acception du mot ,

(*) Il y a eu aussi pendant longtemps des capitaines de frégate ; mais cl* grade a été supprimé dans ces dernières années.

de l'étendue de côtes que le capitaine avait à surveiller, et dans la seconde , de l'étendue de paysdans laquelle il avait le droit d'accorder ou de refuser le droit de chasser, et qu'il devait tenir toujours suffisamment fournie de gibier.

Ce dernier capitaine avait au-dessous de lui une quantité suffisante de gardes et d'agents subalternes pour constater les délits qu'il dénonçait au prévôt royal , investi du pouvoir de les punir et l'exerçant quelquefois avec une grande sévérité. Ces capitaineries, qui n existent plus aujourd'hui, étaient annexées aux habitations royales , et ceux qui en étaient pourvus avaient pour chef le grand veneur.

Capitainerie gabde -côtes. — Comme nous l'avons dit plus haut , ce mot désignait tout à la fois une fonction et retendue de cotes maritimes que le capitaine avait à surveiller.

C'était, en outre, une étendue de pays situé le long du rivage de la mer, renfermant un certain nombre de paroisses assujetties à la garde des côtes. Chaque capitainerie était commandée par un capitaine général , un major général et un lieutenant général qui en composaient l'état-major. La population des paroisses constituant les capitaineries était tenue de fournir, depuis l'âge de seize ans jusqu'à celui de soixante, les soldats de milice nécessaires à la garde des côtes. Il y avait des capitaineries organisées militairement en bataillons, dont chaque compagnie était de quarante hommes, et en escadrons de deux compagnies, chacune de soixante et dix maîtres bien montés et bien équipés, et commandés par des capitaines, des majors, aides-majors, lieutenants et enseignes, qui recevaient leur commission du roi et étaient subordonnés à neuf inspecteurs particuliers , lesquels , à leur tour , avaient au-dessus deux inspecteurs généraux. Il y avait deux services de garde-côtes : le service militaire, qui consistait à s'opposer aux descentes ou à les repousser, et celui d'observation. Les capitaines , majors et lieutenants généraux de chaque capitaineiiegarde-côtesétaient affranchis

CAP

CAP

de l'obligation de remplir les devoirs de tuteurs et de curateurs; les soldats et cavaliers placés sous leur commandement étaient affranchis du service de la milice de terre. Les paroisses soumises à la garde des cotes étaient celles qui se trouvaient le long du rivage et jusqu'à deux lieues de la mer. I^s côtes de France , tant sur l'Océan que sur la Méditerranée, étaient divisées en cent douze capitaineries, qui réunissaient environ deux cent mille hommes tant à pied qu'à cheval. Voici la liste de ces capitaineries :

Cabu

Vf!

Picardie.

Sangatie. Le Croloy.

Cayeux.

Haute Normandie.

ftnA.

ou Port- Ville.

Saint-Aubin.

Samt-Valery.

Palluel.

Saint-Pierre-enPort.

Gouvernement du Havre de Grâce.

Ftcainp.

OjUrrbain.

Beroi

•iwJ-C.ainp.

Eeuxe » 1 1 1 e- Le* v a y .

Mil Hmic du Mont La Hoogue.

Le Marre.

Ca mie bec oh Seine.

Roque de Rille.

Pars d'auge.

Villers.

Dire».

Basse Normandie.

Val de Saire.

Cherbourg.

La H a g ue.

Port-Bail on Castret.

Créance* «ni Couleu ville.

Régnctille.

Granville. A Tranches.

PoiMoraon.

Bretagne.

Saint- Malo.

Pentbnaot Matignon.

L'île de firebat.

7rej»u»er.

Moriait, Saint-Pol de

Brest ou le Crocon.

Vudierne.

Luncaroeau.

file de

L'île de G rouais.

Ixi rient.

Le Port-Louis.

A tira y.

Vannes.

L'île de Rhuys.

Belisle ou " Muzilbc.

Le Croizic.

Saint-Nazaire.

Monthotr.

Painbœuf. Pornic.

Bourneuf.

Bas Poitou.

Le» Sablei d'Olcmic.

JCoIrniotitier.

Beauvoir ou la de Mons.

M aram.

La Rocbelle.

Pays d'Aunis.

L'île de Ré.

Cbaslrllaillon.

Saintonge.

Charente ou Loire.

Soubiae.

Marrnnes.

l'Ile d'Oleron.

Boy an.

Mortagne.

Guyenne.

Moron.

Kn t re-deo x-Mers-tu r-Ga roo ne.

Entre-drux-Mtra-sar-Dordogue.

Bordeaux.

La Marque ou haut Medoc.

Soulae ou bas Médoc.

La Teate de Buacb.

Aigues-Morle».

Mauguio.

Cette.

Ajde.

MKDtTKKR ATtàC.

Languedoc et Boussillon.

Bexiers.

Karbonne.

Leucate.

Arles.

Les Martigues.

Marseille.

1 Ciotat.

Provence.

Ilières.

Saint-Tropea.

Fréjus.

Anlibea

Cette organisation est tout à fait changée aujourd'hui. La défense des côtes est confiée à l'armée , comme tous les autres points du royaume; seulement il y existe un corps spécial d'artilleurs , appelés canonniers gardes-cotes, pour le service des batteries et des forts situés sur les bords de la mer. (Voyez Armée et Artillerie).

Capitale, mot dérivé du latin caputy et qui sert à désigner ces grandes villes qui peuvent être considérées comme la tête de chaque corps de nation. Dans l'article Centralisation, nous essaierons de montrer combien il importe que les différentes provinces dont se compose un État convergent toutes vers un même centre, qui soit, pour ainsi dire, le cœur de l'organisme social. A cette centralisation, sans laquelle il peut bien exister une agglomération a' États confédérés, mais pas de peuple, il faut un siège quelconque; ce siège, c'est une ville plus ou moins remarquable, à laquelle une supériorité plus ou moins réelle fait donner le nom de capitale.

cap L'UNIVERS. CAP

De même quela France est le pays du monde le mieux centralisé , de même aussi Paris est la villecapitale par excellence. Paris n'est pas seulement notre plus grande cité, la plus riche et la mieux peuplée, celle enfin où réside le gouvernement national, c'est encore le lieu de rendez-vous , et , comme on l'a dit, le salon de la France; c'est la place publique, c'est le forum des quatre-vingt-six départements qui nous restent , et de ceux qui nous ont été injustement enlevés. Aussi n'existet-il pas, <*n réalité, de population parisienne : essentiellement flottante, la population de Paris se renouvelle sans cesse, soit par l'arrivée perpétuelle de nouveaux habitants, soit par le mélange de tous les provinciaux qui viennent y séjourner ou s'y établir. C'est à Paris surtout que s'opère la fusion de toutes les races françaises; on ne saurait y être Parisien, on y est Français avant tout. Les Parisiens ne sont recherchés avec tant de faveur à l'étranger que parce qu'on est sûr de trouver en eux le vrai type français.

Il n'y a pas de ville qui manque, autant que Paris, d'une physionomie locale; mais il n'en est pas non plus qui ait des mœurs plus sociales et un esprit public aussi prononcé; en ce sens, Paris n'est pas une ville, c'est quelque chose de mieux : c'est le miroir de la France.

Si maintenant on compare Paris aux autres capitales de Europe, sa supériorité n'est pas moins incontestable. Est-il une ville que les étrangers préfèrent à Paris? En est-il une qu'ils adoptent plus facilement pour leur seconde patrie? « Si je n'étais né à Londres, à Berlin, à Vienne, a Saint- Pétersbourg, disent chacun en particulier beaucoup d'Anglais , d Allemands et de Russes , je voudrais être né à Paris.» Enfin, celui qui n'a pas vu Paris n'a pas voyagé, eût-il parcouru le reste du monde. Pourquoi cet amour et cette préférence universels? Est-ce parce que Paris est la plus belle ville que l'on connaisse? Assurément non.

Pour la splendeur du paysage ou pour la salubrité du climat, il n'a rien que

doivent lui envier Naples , Home ou Constantinople. Pourquoi donc? C'est parce qu'à Paris les étrangers rencontrent la France entière, c'est-àdire , le peuple le plus social, le plus généreux , celui qui regarde tous les autres peuples comme des frères, qui les a toujours associés à ses triomphes, et qui sait leur faire avec le plus d'amabilité les honneurs de sa maison.

Londres est plus opulente, mais elle est égoïste et superbe; elle n'est que la capitale de l'industrie, tandis que Paris est le foyer des lumières, le cœur de l'Europe, en un mot, la capitale de la civilisation. On n'y vient souvent qu'attiré par l'appât des fêtes et des plaisirs ; il est rare qu'on n'en sorte pas plus éclairé et plus rempli de foi dans l'avenir politique et religieux de l'Europe et de toute l'humanité.

Il faut l'avouer cependant , depuis quelque temps surtout, la grande ville se matérialise; ses mœurs se relâchent à l'excès, et elle étale dans sa parure un luxe peu décent qui semble nous faire reculer à ces temps où l'on sacrifiait au veau d'or. Cette faiblesse pourrait lui devenir fatale. Qu'elle songe au sort de Babylone et de Rome en décadence I Lorsqu'une capitale descend au rôle de courtisane , elle a beau fortifier son enceinte d'une triple muraille, la Providence tient toujours en réserve des nuées de barbares non encore amollis, qui se chargent du soin de la punir. Heureusement ce mal n'est que passager; on doit tout au plus y voir une mode de mauvais goût qui disparaîtra comme tant d'autres aussitôt que les conséquences honteuses s'en feront sérieusement sentir. De trop grands intérêts sont attachés aux destinées de la France pour que l'heure de sa décadence soit venue; ce qu'il y a de sacré dans sa mission l'empêchera de se donner longtemps de faux airs de Bas-Empire. Son sang est toujours aussi bouillant, toujours prêt à couler pour la sainte cause à laquelle se sont dévoués nos pères. Tous les autres peuples comptent sur elle; elle ne trompera pas leur attente, et Paris, sans renoncer à l'ai-

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sance qui sied à une grande capitale, saura résister aux séductions de l'opulence et du plaisir. Si la population qui l'habite aujourd'hui se laissait déchoir, il n'en serait pas de même de cette autre population qui accourt de toutes les parties de la France pour retremper la métropole. Le vieux sang ne cessera jamais d y être rafraîchi et puritié par l'infusion d'un sang nouveau. Pour que Paris fût définitivement corrompu, il faudrait une toutes les villes, tous les hameaux de France, fussent corrompus eux-mêmes. Une démoralisation aussi complète n'est pas à redouter chez un peuple naturellement brave et généreux , porté aux grandes choses, et toujours en communication avec les autres nations du monde, qui ont une haute idée de son caractère et de son avenir. Ne nous laissons donc pas décourager par les sinistres prophéties de quelques Je rennes modernes.

Pourquoi Paris, plutôt que toute autre ville du premier ordre, est-il devenu la capitale de la France? Cette question est d'autant plus digne d'examen, que. sous le rapport géographique, aucun titre supérieur ne militait en faveur de cette cité. La France est tout a la fois le pays le mieux situé et le mieux fait de l'Europe. Elle est le pays le mieux situé, parce qu'elle touche a l'Angleterre, a l'Allemagne, à l'Italie, a l'Espagne, et qu'elle se trouve eu face de l'Amérique, en face de l'Afrique septentrionale, en face de l'Asie Mineure; elle est le pays le mieux fait, parce qu'étant encadrée par la mer du Nord, l'océan Atlantique, la Méditerranée et le Rhin, elle possède un admirable système de vallées et de fleuves qui prennent naissance vers le centre de son territoire , et vont déboucher dans les mers et dans le fleuve-roi , qui la terminent sans la restreindre. Son système hydrographique a fait l'admiration de tous les observateurs , depuis César jusqu'à Napoléon. Des plateaux qui forment le noyau de sa enarpente osseuse , on voit rayonner les plus beaux cours d'eau vers les quatre points de l'hori-

zon. La Loire , qui rejoint presque le Rhône , descend majestueusement à l'océan Atlantique, où la Garonne vient aussi verser les eaux du Midi; la Seine et la Meuse portent leur tribut à la mer du Nord ; la Moselle est un af»

fluent du Rhin, dont nous rapprochent encore les sinuosités de la Meuse et de l'Escaut; enfin le Rhône jette ses eaux impétueuses dans la Méditerranée. La place géographique de la capitale d'un pareil empire semblait déterminée par la nature vers la région centrale qui est à la fois le plus prés des princi-

Eaux fleuves , c'est-à-dire , entre la ,oire, la Seine, la Moselle et le Rhône. Pourquoi Dijon, Bourges, Nevers ou toute autre ville encore plus favorisée, n'est-elle pas devenue la capitale de la France? C'est parce qu'il ne suffit pas qu'une capitale soit placée au centre géographique du pays, mais parce qu'elle doit encore occuper une position avantageuse par rapport aux nations qui l'entourent. Comme elle est une ville politique avant tout, et qu'elle doit exercer son action à l'extérieur aussi bien quViu dedans, il faut qu'elle soit en mesure d'entretenir avec les capitales étrangères des relations non moins actives qu'avec ses propres provinces.

En ce sens , la France , au moment où elle a formé son unité politique, ne pouvait choisir une meilleure capitale que Paris. Sa nationalité , qui commença à se réveiller dans le Nord, i) ne faut pas l'oublier, sa nationalité naissante eut a lutter contre l'Angleterre et contre 1* Allemagne. Londres, située vis-à-vis de notre rivage, pesait trop fortement sur nous pour que le siège du gouvernement pût être établi ailleurs que sur les bords de la Seine, digne rivale de la Tamise. Si la France n'avait eu pour adversaire que l'Allemagne , nul doute que Reims , Laon ou Châlons ne fût devenue notre métropole; mais l'Angleterre en voulait à notre indépendance , tandis que P Allemagne se bornait à nous disputer notre frontière du Rhin. Entre un désir d'agrandissement et une question de salut, il n'y avait pas moyen

113 cap L'UNIVERS. CAP

d'hésiter : Paris eut la préférence.

D'ailleurs cette ville réunissait le double avantage d'être une excellente tête de pont contre l'Angleterre, et de pouvoir surveiller facilement l'Allema-

§ne. Elle est, à la vérité, tron distante e la Méditerranée, mais elle touche presque à l Océan ; et , à cette époque surtout, le centre du monde politique se trouvait au Nord.

Quelques publicistes , tout en convenant qu'il a dû en être ainsi pour le

Îassé , croient que la capitale de la rance tend à se déplacer et à se porter davantage vers le Midi. Leur opinion se fonde principalement sur ce

3ue le centre du monde politique se éplace lui-même et semble descendre vers le Midi. Nous sommes loin de nier ce fait ; le démembrement de la monarchie ottomane, l'ascendant toujours croissant que prennent les Russes à Constantinople et les Anglais à Alexandrie, la révolution que la vapeur est en train d'accomplir dans la marine, le travail de régénération qui se manifeste en Espagne, en Italie, en Grèce et dans l'Orient, tout annonce que la Méditerranée va devenir de nouveau le centre politique de l'Europe. Cependant il ne nous paraît pas rigoureusement logique d'en conclure que Paris cessera, pour cette raison, n'être la capitale de la France. Parce que la Méditerranée recouvre son importance politique, est-ce à dire que le Nord perde la sienne? On peut croire le contraire. Le mouvement qui s'opère en ce moment est double, et la capitale de la France devra augmenter son influence au Midi sans diminuer sa puissance d'action au Nord. Alger nous réclame d'un côté; mais Londres et Berlin , mais notre frontière du Rhin à ressaisir et à garder quand nous l'aurons ressaisie , ne nous réclament pas moins de l'autre.

Sans parler des troubles qu'entraînerait un changement de capitale, quelle ville est mieux située que Paris pour manifester notre puissance sur la nier du Nord et le Rhin , en même temps que sur la Méditerranée? Et puis, le jour où Paris sera trop loin de Toulon

et de Marseille, il lui sera facile de s'en rapprocher. La vapeur a enlevé leur principal argument aux détracteurs de Paris ; grâce aux chemins de fer, cette ville pourra bientôt ne plus être qu'à trois jours de la Méditerranée; et, de plus, le Rhin et la mer du Nord se trouveront presque à ses portes.

M. Michelet, dans son Histoire de France, justifie avec son talent ordinaire le choix qui a été fait de Paris pour capitale. Nous citerons quelques passages où se trouvent des aperçus profondément politiques, bien qu'exprimés dans un langage qui n'a pas toujours toute la gravité de l'histoire, et où domine neut-étre trop exclusivement la brillante imagination d'un poète enthousiaste.

« Pour trouver le centre de la France , le noyau autour duquel tout devait s'agréger, il ne faut point prendre le point central dans l'espace:

ce serait Bourges , vers le Bourbonnais , berceau de la dynastie ; il ne faut point chercher la principale séparation des eaux : ce seraient les plateaux de Dijon ou de Langres, entre les sources de la Saône , de la Seine et de la Meuse ; pas même le point de séparation des races : ce serait sur la Loire , entre la Bretagne , l'Auvergne et la Touraine. Non , le centre s'est trouvé marqué par des circonstances plus politiques que naturelles, plus humaines que matérielles. C'est un centre excentrique, qui dérive et appuie au Nord , principal théâtre de l'activité nationale , dans le voisinage de l'Angleterre , de la Flandre et de l'Allemagne. Protégé, et non pas isolé par les neuves qui l'entourent , il se caractérise selon la vérité par le nom d'Ile de France.

« On dirait, à voir les grands fleuves de notre pays, les grandes lignes de terrains qui les encadrent , que la France coule avec eux à l'Océan (*).

(•) N'y a-t-il pas ici un peu d'exagération? Ce n'est pas le chemin de l'Océan, c'est celui de la Méditerranée que nous ouvre la vallée du Khôue. De même l'£scautr la

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Au nord, les pentes sont peu rapides:

les fleuves sont dociles. Ils n'ont point empêché la libre action de la politique de grouper les provinces autour du centre qui les attirait. La Seine est en tout sens le premier de nos fleuves, le plus civilisante , le plus perfectible. Elle n'a ni la capricieuse et perBde mollesse de la Loire, ni la brusquerie de la Garonne , ni la terrible impétuosité du Rhône , oui tombe comme un taureau échappé des Alpes, perce un lac de dix-huit lieues, et vole

léans , à Tours. Le roi est abbé de Saint -Martin de Tours, et premier chanoine de Saint-Quentin. Orléans se trouvant placée au lieu où se rapprochent les deux grands fleuves , le sort de cette ville a été souvent celui de la France ; les noms de César, d'Attila , de Jeanne d'Arc, des Guises, rappellent tout ce qu'elle a vu de sièges et de guerres. La sérieuse Orléans est près de la Touraine, près de la molle et rieuse patrie de Rabelais , comme la colérique Picardie à côté de l'ironi-

a la mer en mordant ses rivages que Champagne. L'histoire de l'nnti-

• Paris a pour première ceinture Rouen, Amiens, Orléans , Chalons , Reims, qu'il emporte dans son mouvement. A quoi se rattache une ceinture extérieure , Nantes , Bordeaux , Clermont et Toulouse , Lyon , Besançon, Metz et Strasbourg/Paris se reproduit en Lyon pour atteindre par le Rhône l'excentrique Marseille. Le tourbillon de la vie nationale a toute u densité au nord ; au midi , les certes qu'il décrit se relâchent et s'élargissent.

•Le vrai centre s'est marqué de bonne heure ; nous le trouvons désigné au siècle de saint Louis , dans les deux ouvrages qui ont commencé notre jurisprudence : Etablissements de France et d'Orléans ; Coutumes <k France et de f 'ermandois. C'est entre l'Orléanais et le Vermandois, entre le coude de la Loire et les sources de l'Oise , entre Orléans et Saint- Quentin, que la France a trouvé enfin son centre, son assiette , et son point de repos. Elle l'avait cherché en vain, et dans les pays druidiques de Chartres et d'Autun, et dans les chefslieux des clans galliques , Bourges, Clermont (Agcndicum, urbs Arverno- Uimj. Elle l'avait cherché dans les capitales de l'Église mérovingienne et Qrlovingienne, Tours et Reims.

» La France capétienne du Roi de Saint- Denys , entre la féodale Normandie et la démocratique Champa- P*i s'étend de Saint-Quentin à Or-

^«o** , la Sambre el la Moselle nous ronduisem non pas à l'Océan , mais au Rhin.

nue France semble entassée en Picardie. La royauté, sous Frédégonde et Charles le Chauve, résidait à Soissons, à Crépy, Verbery, Attignv; vaincue par la féodalité , elle se réfugia sur la montagne de Laon. Laon , Péronne , Saint-Médard de Soissons, asiles et prisons tour à tour, reçurent Louisje Débonnaire, Louis d'Oùtremer, Louis XL La royale tour de Laon a été détruite en 1832 ; celle de Péronne dure encore. Elle dure, la monstrueuse tour féodale des Coucy :

Je ne sait roi, ne duc, prince, ne comte aussi. Je sois la sire da Coucy.

« Mais en Picardie, la noblesse entra de bonne heure dans la grande pensée de la France. L'héroïque maison de Guise, branche picarde des princes de Lorraine, défendit Metz contre les Allemands, prit Calais aux Anglais, et faillit prendre aussi la France au roi. La monarchie de Louis XIV fut dite et jugée par le Picard Saint-Simon.

« Fortement féodale, fortement communale et démocratique fut cette ardente Picardie. Les premières communes de France sont les grandes villes ecclésiastiques de Noyon, de Saint- Quentin, d'Amiens, de Laon....

« Pour le centre du centre, Paris, l'Ile de France, il n'est qu'une manière de les faire connaître, c'est de raconter l'histoire de la monarchie. On les caractériserait mal en citant quelques noms propres : ils ont reçu, ils ont donné l'esprit national: ils ne sont pas un pavs , mais le résumé du pays. La féoaafité même de l'IJe de France exprime des rapports généraux. Dire les

8' Uvraiton. T. iv. (Dict. encycl. , etc.) 8

tu

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L'UNIVERS

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Montfort, c'est dire Jérusalem, la croisade du Languedoc, les communes de France et d'Augleterre , et les guerres de Bretagne ; dire les Montmorency, c'est dire la féodalité rattachée au pouvoir royal, d'un génie médiocre, loyal et dévoué. Quant aux écrivains si nombreux qui sont nés à Paris, ils doivent beaucoup aux provinces dont leurs parents sont sortis ; ils appartiennent surtout à l'esprit universel de la France qui rayonna en eux. En Villon, en Boileau, en Molière et Régnard, en Voltaire, on sent ce gu'il y a de plus général dans le génie français ; ou , si l'on veut y chercher quelque chose de local, on y distinguera tout au plus un reste de cette vieille séve d'esprit bourgeois, esprit moyen, moins étendu que judicieux , critique et moqueur , qui se forma de bonne humeur gauloise et d'amertume parlementaire entre le parvis de Notre- Dame et les degrés de la Sainte-Chapelle.

« Mais ce caractère indigène et particulier est encore secondaire : le général domine. Qui dit Paris , dit la monarchie tout entière. Comment s'est formé en une ville ce grand et com-

Flet symbole du pays? Il faudrait toute histoire du pays pour l'expliquer : la description de Paris en serait le dernier chapitre. Le génie parisien est la forme la plus complexe à la fois et la plus haute de la France. Il semblerait qu'une chose qui résulterait de l'annihilation de tout esprit local , de toute provincialité, dut être purement négative. Il n'en est pas ainsi. De toutes ces négations d'idées matérielles, locales, particulières, résulte une généralité vivante, une chose positive, une force vive. Nous l'avons vu en juillet. »

Depuis que 'Napoléon a porté à sa perfection la nouvelle stratégie ébauchée avec tant de génie et de vigueur par la démocratie française de 1793, stratégie a laquelle on a donné avec raison le nom de grande guerre, les capitales, devenues le point de mire de l'attaque, ont beaucoup perdu de leur sécurité. Dans l'ancienne tacti-

que, les armées consumaient le temps à assiéger les places fortes des frontières ; le grand capitaine leur a appris à laisser derrière elles des obstacles purement défensifs et à marcher droit au cœur de l'ennemi. Son entrée à Vienne, à Berlin, à Madrid, à Moscou, et la prise de Rome, de Naples et de Lisbonne, ont prouvé qu'il avait deviné juste. Instruite par ses défaites, l'Europe coalisée est venue, à son tour, nous apporter à Paris une triste confirmation de la supériorité de ce système inventé par la France. Toutes les capitales de l'Europe ont été envahies; Londres seule, protégée par l'Océan, est restée intacte; mais elle commence à être moins rassurée depuis que la vapeur a mis sa citadelle insulaire à la portée du continent. Il résulte de là que le besoin de fortifier les capitales se fait aujourd'hui généralement sentir en Europe. Paris, surtout depuis que les coalitious de 1814 et de 1815, ne se bornant pas à nous enlever notre limite du Rhin, a détruit nos places fortes avec défense de les relever, dans le but de nous tenir sans cesse sous la menace d'une nouvelle invasion; Paris, ouvert de tous cotés, doit élre mis, au moins, à l'abri d'une surprise. Cette opinion a été défendue avec trop d'insistance par Napoléon pour que nous puissions passer son plaidoyer sous silence.

« Une grande capitale, dit-il dans ses Mémoires, est la patrie de l'élite de la nation;' tous les grands y ont leur domicile, leur famille; c'est le centre de l'opinion, le dépôt de tout.

C'est la plus grande des contradictions et des inconséquences que de laisser un point aussi important sans défense immédiate...

• Si, en 1805, Vienne eût été fortifiée, la bataille d'Ulm n'eût pas décidé de l'issue de la guerre; le corps d'armée que commandait le général Kutusoft y aurait attendu les autres corps de l'armée russe, déjà arrivés à Olmutz, et l'armée du prince Charles arrivant d'Italie... En 180U, le prince Charles, qui avait été battu à Eckmuhl, et oblige de faire sa retraite par la rive

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gauche du Danube, aurait eu le temps d'arriver à Vienne, et de s'y réunir avec le corps du général Hiller et l'armée de l'archiduc Jean.

• Si Berlin avait été fortifié en t806, l'armée battue à Iéna s'y fût ralliée, et l'armée russe l'y eût rejointe.

« Si, en 1808, Madrid avait été une place forte, l'armée française, après les victoires d'Espinosa, de Tudella, de Burgos et de Sommosierra, n'eût pas marché sur cette capitale, en laissant derrière Salamanque et Valladolid, l'armée anglaise du général Moore et l'armée espagnole de la Romana ; m deux armées anglo-espagnoles se fussent réunies sous les fortifications de Madrid à l'armée d'Aragon et de Valence.

• En 1812, l'empereur Napoléon entra dans Moscou. Si les Russes n'avaient pas pris le parti de brûler cette grande ville, parti inouï dans l'histoire et qu'eux seuls pouvaient exécuter, la prise de Moscou eût entraîné la soumission de la Russie; car le vainqueur eût trouvé dans cette grande ville : 1° tout ce qui est nécessaire pour rétablir l'habillement et le matériel d'une armée ; 2° les farines , les lésumes, les vins, les eaux-de-vie, et tout ce qu'il faut pour la subsistance d'une grande armée; 3° des chevaux pour remonter la cavalerie, et, enfin, I appui de trente mille affranchis , fils d'affranchis ou esclaves jouissant d'une grande fortune , fort impatients du joug de la noblesse, lesquels eussent communiqué des idées de liberté et d'indépendance aux esclaves ; perspective effrayante qui eût conseillé au czar de faire la paix, d'autant plus que le vainqueur avait des intentions modérées. L'incendie détruisit tous les magasins, dispersa la population; les marchands et le tiers état furent ruinés, et cette grande ville ne fut plus qu'un cloaque de désordre , d'anarchie et de crimes. Si elle eût été fortifiée , Kutusoff eût campé sur ses remparts, rt l'investissement en eût été impossible.

•Constantinople, ville beaucoup plus grande qu'aucune de nos capi-

tales modernes, n'a dû son salut qu'à ses fortifications ; sans elles, l'empire de Constantin eût été terminé en 700, et n'eût duré que trois cents ans. Les heureux Mussen y auraient dès lors planté l'étendard du prophète; ils le firent en 1453 , environ huit cents ans après. Cette capitaledutà ses murailles huit cents ans d'existence. Dans cet intervalle, assiégée cinquante- trois fois , elle le fut cinquante-deux fois inutilement. Les Français et les Vénitiens la prirent , mais après une attaque très-vive.

« Paris a dû dix ou douze fois son salut à ses murailles. En 885, il eût été la proie des Normands ; ces barbares l'assiégèrent inutilement deux ans. En 1358, il fut assiégé inutilement parle dauphin, et si quelques années après les habitants lui en ouvrirent les portes, ce fut de plein gré. En 1359, Edouard, roi d'Angleterre, campa à Montrouge , porta le ravage jusqu'au pied de ses murailles, mais recula devant ses fortifications et se retira à Chartres. Eu 1429 , le roi Henri V repoussa l'attaque de Charles VU. En 1464, le comte de Charolais cerna cette grande capitale; il échoua dans toutes ses attaques. En 1472 , elle eût été prise par le duc de Bourgogne, qui fut obligé de se contenter de ravager sa banlieue. En 1536, Charles-Quint, maître de la Champagne, porta son quartier général à Meaux ; ses coureurs vinrent sous les remparts de la capitale, qui ne dut son salut qu'à ses murailles. En 1588 et 1589, Henri ll\ et Henri IV échouèrent devant les fortifications de Paris; et si plus tard les habitants ouvrirent les portes, ils les ouvrirent de plein gré, et en conséquence de l'abjuration de Saint-Denis. Enfin, en 1636, les fortifications de Paris en sauvèrent , pendant plusieurs années, les habitants.

« Si Paris eût été encore une place forte en 1814 et en 1815, capable de résister seulement huit iours, quelle inlluence cela n'aurait-il pas eue sur les événements du monde: î!

« Comment, dira-t-on, vous prétendez fortifier des villes qui ont uouze à

ne

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?|uinze mille toises de pourtour? Il vous audra quatre-vingts ou cent fronts, cinquante à soixante mille soldats de garnison, huit cents ou mille pièces d'artillerie en batterie. Mais soixante mille scldats sont une armée; ne vautil pas mieux l'employer en ligne?... »

Cette objection est faite en général contre les grandes places fortes; mais elle est fausse en ce qu'elle confond un soldat avec un homme. Sans doute il faut, pour défendre une grande capitale, cinquante à soixante mille hommes, mais non cinquante à soixante mille soldats. Aux époques de malheur et de grandes calamités , les États peuvent manquer de soldats, mais ils ne manquent jamais d'hommes pour leur défense intérieure. Cinquante mille hommes, dont deux à trois mille canonniers, défendront une capitale, en interdiront l'entrée à une armée de trois à quatre cent mille hommes, tandis que ces cinquante mille hommes, en rase campagne, s'ils ne sont pas des soldats faits et commandés par des officiers expérimentés , seront mis en désordre par une charge de trois mille hommes de cavalerie. D'ailleurs, toutes les grandes capitales sont susceptibles de couvrir une partie de leur enceinte par des inondations, parce qu'elles sont toutes situées sur de grands fleuves, que les fossés peuvent être remplis d'eau, soit par des moyens naturels, soit par des pompes à feu. Des places si considérables, qui contiennent des garnisons si nombreuses, ont un certain nombre de positions dominantes sans la possession desquelles il est impossible de se hasarder à entrer dans la ville. »

Après ce jugement, qui fut aussi celui de Vauban et de Louis XIV, il est difficile de ne pas admettre que la capitale de la France doive être fortifiée. Mais il est une restriction qui devait naturellement peu occuper deux monarques tels que Louis XIV et Napoléon ; cette restriction, c'est que la capitale d'un grand empire a besoin d'être libre autant que forte. En effet, il ne suffit pas que ses murailles la mettent à l'abri d un coup de main au-

dacieux, il faut encore qu'elle jouisse d'une large indépendance, pour représenter dignement le peuple qui lui a remis le soin de sa destinée. Le moyen le plus sûr de perdre une capitale, ce serait de la réduire au rôle d'une place forte. Le problème n'est donc pas facile à résoudre: il s'agit de la fortifier sans en faire une place de guerre. Un fossé continu et des forts détachés , assez éloignés pour ne pouvoir atteindre la ville, assez rapprochés pour dominer ses avenues et la protéger, telle est la solution aujourd'hui en faveur, et qui paraît devoir triompher.

Tout ce qui précède peut se résumer en peu de mots. Loin que ce soit

fiar usurpation, c'est en vertu des titres es plus légitimes que Paris est devenu la capitale de la France. Aucune autre ville ne peut lui disputer ce rang, parce qu'aucune autre ville n'a un caractère aussi exclusivement social et français. Ses armes sont bien moins le vaisseau de l'ancienne cité que le drapeau national. C'est un centre plutôt qu'une ville, c'est la tête, c'est le coeur de la France. C'est aussi la tête et le cœur de l'Europe, autant que l'organisation actuelle de l'Europe lui permet d'avoir un cœur et une tête. Londres est la capitale de l'industrie, Rome la capitale du catholicisme, Saint-Pétersbourg la capitale de l'Église grecque , Berlin le siège principal du protestantisme; mais Paris, plus que toute autre ville, est la capitale de la civilisation.

Capitatïoiï. — La capitation, appelée census capitalis , impôt par tête , consistait , dans le temps de la domination romaine , en une taxe mise sur chaque citoyen , à raison de sa personne, à raison de ce qu'il était, comme sujet , tenu de contribuer aux besoins de l'État, et quelquefois aussi à raison de sa profession , mais sans égard à ses biens qui étaient taxés d une autre manière. Ainsi , tous les citoyens étaient portés au rôle de la capitation , tandis que ceux qui n'avaient pas de biens-fonds n étaient point compris dans le rôle des possesseurs, m dans le canon proprement

dit (voy. Canon), et ne payaient point avaient imaginé d'associer plusieurs

l'impôt foncier. A cette occasion, Sal- personnes pour payer une seule tite,

vien dit, en parlant de la malheureuse ou quote-part de cotisation , et, en

position où était le peuple de la Gaule même temps , aGn que les riches

dans le temps où il écrivait, c'est-à- payassent dans la proportion de ce

dire, vers le milieu du cinquième siè- qu'ils possédaient , de les compter

de : « Quand un pauvre citoyen a pour plusieurs têtes. Il eût été plus

« perdu tous ses biens-fonds , il n'est simple, dira-t-on , de faire partout ce

dans la Gaule , de ré- [uote-part aux deux tiers ! ; mais en procédant de

« terres en propre. » Les citoyens qui cette manière le riche n'eût pas moins ne se trouvaient inscrits au rôle que profité de la diminution que le pauvre, pour leur téte, étaient appelés capite et c'était particulièrement ce dernier taui. Toutes les quotes-parts de la que l'on voulait soulager. Les empecapitition devaient être égales. Pour reurs Valens et Valentinien ayant 1 inétablir le canon , on se servait du tention de diminuer la capitation, prirecensement général des citoyens , rent la décision suivante : « Au lieu de qui , sous le nom de census , existait « la coutume observée jusqu'ici, qu'un à Rome et dans les provinces, en re- « homme paye lui seul une part entranchant chaque année ceux qui « tière de la capitation , et que deux avaient atteint l'âge où l'on ne payait « femmes se réunissent pour en payer plus cet impôt ; car on en était af- « une, nous voulons bien que desor- Iranchi à un certain âge. On divisait en- « mais on associe deux hommes et suite la somme totale en autant de frac- « mêmes trois, pour payer une seule t ons qu'il restait de contribuables. « de ces quotes-parts, et que de même Toutes les provinces de l'empire n'é- « on associe jusqu'à quatre femmes tant pas également riches en produits « pour en acquitter une. » Quand une dusol et en espèces monnayées, il est quote-part de capitation était ainsi 3 présumer que la capitation n'était partagée entre deux ou trois personpas partout la même , et que nonobs- nés , les portions afférentes à chaque tait l'obligation où l'on était de la contribuable s'appelaient tiers etmoipayer en argent , les receveurs des tiés, et ce sont ces fractions d'impôt contributions publiques avaient quel- que Théodoric, roi des Ostrogoths et quefois l'autorisation de la recevoir maître de l'Italie, donnait ordre à ses «denrées. Ce que nous savons cer- officiers ordinaires de recouvrer, dans finement, c'est qu'à l'époque où Ju- un passage de l'une de ses lettres que tan vint commander les armées dans nous allons citer : • Durant le cours la Gaule, qui passait pour une des « de la présente indiction , vous conphs riches provinces de l'empire, la « traindrez incessamment, par le mijote-part de chaque téte était de « nistère de vos subalternes , les ha- T:njtt sous d'or. Julien ayant diminué « bitants de votredistrict au payement ta dépenses, et par là ayant fourni le « de ce qui sera échu des tiers et c<o} en de demander moins, la capita- » moitiés, imposition à laquelle ils tionse trouvait réduite à sept sous par «sont assujettis dès le temps des j&dividu lorsque cet empereur quitta « empereurs , et vous en porterez les ■ Gaule. « deniers dans la caisse du premier Comme un impôt également ré- « officier des finances. » Quelquefois Rrti, sans égard aux ressources de le recouvrement des tiers et moitiés **ao, était acquitté facilement par était opéré par des officiers extraorta riches, mais était très-onéreux dinaires envoyés exprès, et auxquels parles fortunes médiocres et pour les les officiers ordinaires devaient prépares, les" Romains, afin de le ren- ter leur concours ; on trouve, dans ire plus supportable à ces derniers , Cassiodorc, la formule de l'ordre qui

118 CAP

était, dans ce cas , expédié à ces derniers. La réunion de plusieurs têtes pour en former une seule était une source d'arbitraire qui occasionnait des plaintes et donnait lieu à des réclamations. Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont, qui avait été taxé à trois quotes-parts et compté pour trois têtes , adressa une requête en vers à l'empereur Majorien, pour le supplier de lui retrancher, s'il voulait qu'il vécût, ces trois têtes qui le faisaient ressembler à Gén on.

Nous avons dft que Dassé certain âge on était affranchi de la capitation; il y avait certaines dignités et certaines professions qui en procuraient l'exemption. Des privilèges particuliers dispensaient quelques cités de la

Eayer, mais ces cas étaient peu nomreux.

Les Francs, maîtres de la Gaule, perçurent la capitation , comme les autres contributions qu'ils y trouvèrent établies, et vers le milieu ôe la seconde race , quand on cessa de faire le recensement des citoyens , il fut déclaré que ceux qui jusque-là avaient payé la capitation seraient tenus de continuer de le faire. Mais, insensiblement, tout le monde ayant trouvé le moyen de s'en faire exempter, cet impôt 'fut supprimé par le fait, et il n'en tut plus question jusqu'à la fin du dix-septième siècle , à moins qu'on ne veuille le considérer comme ayant été remplacé par la taille qui ne "pesait que sur les roturiers, opinion que nous ne serions pas éloignés de partager (voyez Impôts et Paille). Quoi qu'il en soit, le 18 janvier 1G95, Louis XIV, pressé par les besoins de la guerre, établit, avec promesse formelle de la supprimer, une imposition personnelle, ap-

Îtelée capitation. Personne , quels que ussent son rang , son caractère , ses fonctions, son métier, n'en fut exempt.

Les princes, les seigneurs, les magistrats , les officiers de terre et de nier, les membres du clergé, y furent soumis comme les bourgeois, les artisans et les domestiques. Les contribuables furent répartis en vingt deux classes, dont la première , à la téte de laquelle

CAP

était le dauphin , devait payer deux mille livres, et la dernière une livre. Ne furent point compris dans les classes les taillables dont la cote ne dépassait pas quarante sous ; plus tard on n'accorda cette exemption qu'aux cotes au-dessous de vingt sous. La paix ayant été signée à Ryswick les 20-21 septembre et 30 octobre 1697, la capitation fut, même avant l'échange des ratitications, déclarée supprimée, et il fut dit en même temps qu'on ne la percevrait que pour les trois premiers mois de l'année 1698.

La guerre s'étant rallumée en 1701, la capitation fut rétablie le 12 mars sur les mêmes bases, avec des exemptions un peu plus nombreuses ; mais la paix signée à Rastadt le 6 mars 1714 n'en amena point la suppression comme la première fois. Elle fut maintenue , et à différentes époques on publia plusieurs ordonnances ou arrêts du conseil pour en régulariser la perception et la comptabilité, ou y faire rentrer des catégories de personnes qui avaient été oubliées ou exemptées. Le 14 mars 1779, on la répartit sur les marchands et artisans de Paris et des faubourgs, et les contribuables furent divisés en vingtquatre classes, la première payant trois cents livres et la dernière * une livre dix sous. Les gardes, prévôts, syndics généraux , syndics et adjoints des communautés furent , sous leur responsabilité solidaire, chargés du recouvrement , chacun d'eux en ce qui le concernait , et exposés à des poursuites , en cas de retard dans leurs versements. La révolution de 1789 trouva la capitation encore existante et elle l'abolit. Plus tard elle fut remplacée par l'imposition personnelle et mobilière. (Voyez Impositions.)

Capitouls. — Le mot capitoul vient de capi/ulum, nom que portait autrefois le conseil des comtes de Toulouse; ainsi, les capitouls avaient été les conseillers des anciens comtes de Toulouse. Leur puissance fut réduite après l'extinction de la famille des Raymonds, lorsque le Languedoc fut réuni au royaume de France. Le parlement

L'UNIVERS

CAP YKA

s'appliqua dès son origine, au commencement du quatorzième siècle , à réduire leur autorité. Il les priva d'abord de la faculté qu'ils avaient eue jusqu'alors déjuger les affaires civiles et criminelles; en 1517, il essaya de nommer lui-même ces ofGciers municipaux, qui, dans le principe, avaient été élus, car autrefois les capitouls avaient transmis eux-mêmes leur charge, qui était annuelle, à des successeurs qu'ils avaient le droit de choisir. A partir du règne de Charles IX, les rois de France s'arrogèrent ce même droit, malgré les plus vives réclamations. Enfin , sous le règne de Louis XIV, un arrêt du 10 novembre 1687 mit définitivement la nomination des capitouls à la disposition du pouvoir royal.

Dans les temps modernes, les capitouls n'exerçaient plus (ju'un pouvoir nominal, et* leurs fonctions n'avaient d'autre but que l'administration de la cité. Cependant les premières familles de Toulouse continuaient a rechercher avec empressement les honneurs du capitoulat, à cause des nombreux privi/éiîes qui y étaient attachés. Les capitouls se qualifiaient de chefs des nobles et gouverneurs de la ville de Toulouse. A l'exemple des patriciens de Rome, ils avaient le droit d'image ( fus imaginum ) ; leurs portraits étaient gravés dans les registres de leurs délibérations qu'on conservait au Capitole. Ils avaient le droit de porter le chaperon rouge, insigne de leur puissance; et, après leur nomination, on les promenait à cheval par la ville, entoures de soldats et au bruit des trompettes. Enfin les capitouls devenaient nobles de droit, et la noblesse restait désormais acquise à leurs familles. Un arrêté du conseil d'Etat, en date du 25 mars 1727, déclare que, ■ même dès le temps que cette ville ( Toulouse ) était alliée au peuple romain, elle jouissait déjà de la noblesse qu elle communiquait à ses magistrats par l'exercice du capitoulat. » C'est là ce qui explique le prodigieux nombre de nobles qui se trouvent aujourd'hui encore à Toulouse.

Capitulatres. — Ce mot, dérivé du latin capitulum , capitule, petit chapitre, désigne les dispositions lé-

{;islatives prises par les rois francs de a première et de la seconde race. Ces règlements ont sans doute été ainsi nommés parce qu'ils sont divisés en petits chapitres ou articles, qui n'ont pas toujours entre eux une corrélation bien immédiate, et que l'ensemble de ces différents règlements n'était pas destiné à former un corps de lois.

Les cauitulaires embrassent trois époques distinctes de notre législation nationale : 1° celle qui a précédé Charlemagne ; 2° celle de Charlemagne ; 3° celle qui suit Charlemagne jusqu'en 929, époque où l'on a cessé de donner aux actes de l'autorité royale le nom de capitulaires. ( Voyez Ordonnances.)

fEEMIERE ÉPOQUE.

Le premier acte connu sous le nom de capitulaire est le Capitulare triplex de Dagobert, sans date certaine, mais que Ton rapporte généralement à l'an 620. C'est une promulgation nouvelle des lois desAlemans, des Ripuaires et des Bavarois. Tous les actes antérieurs sont appelés à tort capitulaires. Les véritables titres qu'ils portent dans les recueils primitifs sont ceux de constitutions , décrets , pactes , conventions. ( Voyez ces mots et l'article Législation. )

Le capitulaire donné par Carloman en 742 est exclusivement relatif aux affaires de l'Église. Il défend aux clercs de prendre les armes soit pour aller à la guerre, soit pour se livrer au plaisir de la chasse. Tout clerc convaincu de luxure sera battu de verges, mis en prison au pain et a l'eau, pour faire pénitence. Il est interdit aux prêtres et aux diacres d'avoir des femmes logées chez eux. Ou reste, ce qui prouve bien quelle était alors l'autorité des princes sur l'Église, c'est un capitulaire de l'année 743, dans lequel Carloman ordonne, qu'attendu les besoins de la guerre, l'argent de l'Église viendra en aide à son armée; le roi, il est vrai, a le soin d'avertir qu'il a prit

conseil des serviteurs de Dieu et du peuple chrétien.

La disposition finale d'un capitulaire de Pépin, en date de 744, est fort remarquable. Le prince y recommande ]a stricte observation àe ce oui avait été décrété par vingt-trois évéques, assistés de plusieurs autres serviteurs de Dieu , du consentement du roi et de l'avis des premiers des Francs. Mais de tous les actes législatifs de ce prince, celui qui est incontestablement le plus curieux est un capitulaire synodal , ainsi nommé parce au'il avait été rendu en plein synode. L'article 3 de ce capitulaire rappelle que les prêtres pouvaient se marier, et les articles suivants déterminent plusieurs causes de divorce assez singulières. Le mari forcé de fuir dans une autre province, peut, si sa femme refuse de le suivre, prendre une épouse nouvelle , sauf à faire la pénitence ecclésiastique; la femme, au contraire, ne peut pas se remarier. L'impuissance du mari est une cause de divorce , et l'épreuve de cette impuissance doit se faire au pied de la croix. Un capitulaire de 757 permet au mari de renvoyer sa femme s'il découvre qu'elle a perdu sa pureté: Si quis iixorem invenit contaminatam dimittat.

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