‹ France Dictionnaire Encyclopédique (volume 3)Chapitre 31 sur 88 · CAS 35S · texte numérisé non relu

CAS 35S

rement. Jean , comte d'Armagnac , la rebâtit et la fortifia l'année suivante. C'est sous les murs de Castelnaudary qu'en 1632 le duc de Montmorency rut fait prisonnier (voyez bat illes de Castelnaudary). Les principaux monuments sont : l'église de Saint- Michel , où l'on remarque un tableau de Rival , et l'hôpital général , fondé il y a quatre siècles, et doté en 1774 de cinq cent mille fr., par AI. de Langle, évéque de Saint-Panoul. Castelnaudary est la patrie de Pierre de Castelnau , d'Antoine Tolosani , de Germain de la Faille, des généraux Dejean et Andréossy, et de M. Soumet, de l'Académie française. On y compte aujourd'hui neut mille neuf cents habitants.

Castelnaudary (batailles de). — La première bataille fut livrée et perdue en 1211 par Raymond VI, comte de Toulouse, et par le comte de Foix, contre Simon de Montfort. Ce dernier était assiégé dans Castelnaudary avec une troupe choisie, qui ne s'élevait pas à cent chevaliers. Son maréchal, Gui de Lévis, et son beau-frère, Bouchard de Marli , rassemblèrent , pour venir à son secours, une troupe assez nombreuse de chevaliers, dans les diocèses de Narbonne, de Carcassonne et de Béziers. Le vaillant comte de Foix les attendit au passage, à une lieue de Castelnaudary, les battit et les dispersa à deux reprises différentes. Malheureusement, ses troupes se débandèrent pour piller , et Simon de Montfort , sortant tout à coup de Castelnaudary à la tête de soixante chevaliers, assaillit les vainqueurs et les mit dans une déroute complète. Mais ce brillant succès n'eut

Cour le moment d'autre résultat que i délivrance de Castelnaudary. Cette bataille a été longuement racontée dans le poème provençal sur la croisade contre les Albigeois, publié en 1837 par M. Fauriel. Voici quelques fragments du récit anime qu'en a fait le poète; nous croyons qu'ils ne seront pas déplacés ici :

« Les Français de Paris et ceux devers la Champagne s'en venaient à

Castelnau , bien rangés à travers la plaine. Mais voilà le comte de Foix avec toute sa troupe et les routiers d'Kspagne, qui leur barrent le chemin , et ne les prisent pas une châtaigne pour la bravoure. * Barons, se « disent-ils entre eux , qu'il n'en reste « pas un vivant de cette race étran- « gère, et que leur sort fasse peur en « Allemagne et en France, dans l'An- « jou , en Poitou , par toute la Breta- « gne, et là haut en Provence, ius- « qu'aux ports d'Allemagne : ainsi « seront-ils corriges. » Le comte de Foix chevauche avec une partie des siens à Saint-Martin des Bordes ; car tel est le nom du lieu. Ils dressent leurs lances appuyées à l'arçon de devant, s'en vont criant : Toulouse! à travers la plaine longue et belle , et de leurs arbalètes lancent flèches et bessons... Grande , au baisser des lances, devient la bataille. Les Toulousains crient : Toulouse ! et les Gascons : Comminges ! D'autres crient :

Foix, ou Montfort, ou Soissons... Les Français éperonnent comme vrais barons, poussent en avant tant qu'ils peuvent sur le penchant d une vallée.

La plaine est longue et belle , et rase la campagne ; et (Jes deux côtés il en meurt de faibles et de forts (*). .»

— Les environs de Castelnaudary furent encore, dans le dix-septième siècle, le théâtre d'une bataille. Gaston, révolté contre son frère Louis XIII, et serré de près par les troupes royales, s'était jeté dans le Languedoc pour se réunir a la petite armée du malheureux Montmorency. Schomberg, chargé de réduire les rebelles , s'avança près de Castelnaudary avec deux mille hommes de pied et douze cents chevaux. Lorsque les deux armées furent en présence, Montmorency , courageux jusqu'à la témérité, résolut d'aller lui-même reconnaître les ennemis à la tète d'une faible troupe de cavalerie. Mais bientôt, victime de son impétuosité, il fut démonté , blessé et pris. Quant à Gas-

(*) Histoire de la croisade contre les hérétique* albi^ois. traduite et publiée par £J, Faillie! , vers 20; 3 et *uiv.

ton, à la première nouvelle de ce malheur, il se hâta de fuir , abandonnant le prisonnier au bourreau de Richelieu.

Castelisàu-Montratier , petite ville de l'ancien Quercy , aujourd'hui département du Lot , à deux mvriametres quatre kilomètres de Cahors. Appelée autrefois Castelnau de f aux, elle reçut son surnom actuel d'un seigneur nomme Hatier, qui en augmenta les fortifications. Sa position sur une colline à pente rapide, ses remparts, dont il existe encore de. beaux restes, un vaste château fort, entouré de fosses, lui donnèrent une grande importance

Sendant les guerres du moven âge.

imon de Montfort s'en empara en 1214. Les Anglais l'enlevèrent sous Charles VI , et ils en étaient maîtres en 1428. On y voit encore d'anciennes portes surmontées de tours. La population de cette ville est aujourd'hui de quatre mille cinquante-trois habitants.

Castel-Novo, près du lac de Garde (affaires de). — La droite de l'armée d'Alvinzi avait continuellement battu dans le Tyrol la division Vaubois. Davidovich , par des manœuvres habiles , avait remporté sur ce général des avantages marqués , et l'avait repoussé de positions en positions jusqu'à Castel-Novo. Mais après la victoire d'Aréole, les affaires changèrent de face. Davidovich , ignorant la position d'Alvinzi, qui fuyait vers la Brenla avec les débris de son armée, fut lui-même attaqué, le 21 novembre 1796, par Bonaparte, commandant les divisions Vaubois et Masséna, dont la jonction s'était opérée à Villa- Franca. Ces divisions marchèrent ensemble sur Castel-Novo, tandis qu'Augereau se portait sur les hauteurs de Sainte-Anne, pour couper la vallée de l'Adige à Dolce. Cette manœuvre fermait toute retraite au général autrichien. Joubcrt, commandant l'avantgarde, atteignit les Impériaux sur les hauteurs de Campana. Apres un léger combat, un corps de l'arrièregarde autrichienne fut entouré, douze Vent* Iwnuw furent prijonniçpi e|

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trois à quatre cents se noyèrent dans l'Adiré. Les Français reprirent les positions de Rivoli et de la Corona , pendant qu'Augereau , rencontrant les Autrichiens à Sainte-Anne , les dispersait , leur faisait trois cents prisonniers, prenait Dolce, et s'emparait de quatre canons et de six caissons.

— En 1801 , après la bataille de Pozzolo, les grenadiers hongrois du prince de Hohenzollern furent repoussés en désordre sur Castel-Novo par les colonnes des généraux Del mas et Moncey , qu'électrisait l'exemple du brave Oudinot. Ce fut en vain qu'ils voulurent s'y défendre ; pris et repris trois fois, ce village resta enfin au pouvoir des Français.

Castel-Nuovo (combat de). — Castel-Nuovo , ville de Dalmatie , située dans la vallée de Sutorina et sur le col de Debilibrich , n'avait jamais vu d'armées françaises avant l'arrivée de celle qu'en 1806 conduisait le général Marmont. Six mille Russes étaient réunis sur ce point à huit ou dix mille Monténégrins et menaçaient la communication de Marmont avec Raguse.

Dans la nuit du 29 au 30 septembre , six mille Français sortirent de cette dernière ville, et firent fuir sans combat les Russes et les Monténégrins.

Le lendemain , Marmont continua sa mardi» sur les hauteurs qui sont visà-vis de Castel-Nuovo, culbuta trois bataillons russes, et dispersa une nuée de Monténégrins qui les soutenaient.

Ils laissèrent dans cet endroit quatre cents des leurs sur le champ de bataille. Cette position enlevée, une colonne française , qui agissait par là vallée, débouche et arrive sur quatre mille Russes ranges en bataille. Le soixante-dix-neuvieme régiment de li-

Ke se porte en avant , formé en cornes d'attaque; après une charge vigoureuse conduite par le général Delzons , les ennemis se retirent en désordre sous le canon de la place et de la flotte russe, qui envoie des chaloupes pour protéger leur fuite. Marmont ,

Eour punir les Monténégrins de leurs ostilités , fait brûler leurs villages et le faubourg de Castel-Nuovo. Ces

T. IV. 17* Livraison. (Dict. enc

peuplades sauvages, poussées au désespoir, fondent alors comme une nuée sur les Français ; mais leurs efforts sont repoussés, le champ de bataille est couvert de leurs morts , et cette leçon terrible leur apprend à craindre la baïonnette de soldats auxquels rien n'avait résisté en Europe.

Castel-Sabbasin , petite ville de l'ancien haut Languedoc, aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement du département de Tarn-et-Garonne. Quelques auteurs , sans doute à cause de son nom , pensent qu'elle existait déjà du temps des Sarrasins. Mais on a lieu de croire qu'elle est moins ancienne, et que sa dénomination n'est qu'un dérivé corrompu de Castel-sur-Azin.

En effet , elle est bâtie sur la petite rivière d'Azin ou A zinc, près de la riva droite de la Garonne. Le parlement de Toulouse s'y réfugia dans le seizième siècle, pour échapper aux dernières fureurs de la ligue. Elle était autrefois entourée de murs et de fossés. On n'y remarque plus d'autres vestiges de constructions anciennes que des restes de remparts, le portail gothique d'une église, et deux portes toutes semblables à celles de Toulouse.

Elle a sept mille quatre-vingt-douze habitants, et possède un collège communal.

Castebas , seigneurie de Languedoc , érigée en marquisat , et donnée

Ear Louis XIII à Jacques de Minut , Is de Georges de Minut , Milanais , qui était venu en France à la suite de François 1er , et en avait obtenu la charge de premier président au parlement de Toulouse.

Castets , bourg de l'ancienne Guyenne, département de la Gironde, jadfs chef-lieu d'une vicomté. Le château de Castets, bâti comme le bourg, sur un plateau élevé qui domine le cours de la Garonne , fut fondé en 1213 sous Edouard II , roi d'Angleterre , par Robert de Got , frère de Bertrand de Got, pape sous le nom de Clément V. Sa position lui donna une

§rande importance dans les guerres es Anglais et pendant nos troubles civils. On voit dans les mémoires de

:l. , ETC.) 17

Sully et dans les historiens de la ligue, que Castets fut assiégé en 1 585 par Matignon, puis secouru par le roi de Navarre. Assiégé de nouveau en 1586 par le même Matignon et par Mayenne, elle finit par rester au pouvoir de ces généraux, qui en firent raser les principales fortifications. Ce fut le président Duhamel , dans la famille duquel le château se trouve encore aujourd'hui , qui donna en 1680 à cet édifice un style plus moderne. L'énorme épaisseur des murs , de vieux souterrains à demi comblés , attestent seuls quels furent autrefois ses moyens de défense. La population du bourg est aujourd'hui de douze cents habitants.

Castex (Bertrand-Pierre, baron), né en 1771 à Pavie, en Languedoc, servit avec honneur dans les armées des Pyrénées-Orientales , d'Italie et d'Espagne, et fut promu au grade de colonel à Iéna. Il continua de se distinguer en diverses rencontres , et fit preuve d'une intrépidité rare aux journées d'Eylau et de Friedland.

Nommé commandant de la Légion d'honneur, et bientôt après baron, Castex marcha contre l'Autriche en 1809, exécuta des charges heureuses à Wagram , et fut ensuite créé général de brigade. Appelé, en 1812, à faire partie de l'expédition de Russie, il prit pu rt aux diverses actions de la campagne, et fut atteint d'un coup de feu au passage de la Bérézina. Il assista néanmoins à la bataille de Dresde, fut blessé d'un coup de sabre dans une charge, nommé général de division , et envoyé à l'armée du Nord. Il contribua à défendre la place d'Anvers, et malgré une nouvelle blessure reçue dans un engagement très-vif contre les Russes, il continua cependant de tenir la campagne jusqu'aux événements de Fontainebleau. Castex déposa alors les armes ; mais au moment où l'Europe reprit les armes contre nous, il accourut encore à la défense de la frontière , et fut licencié après le désastre de Waterloo. Appelé cependant , quelques années plus tard , au commandement de la sixième, puis de la cinquième division militaire , il fit partie du ca-

dre d'activité jusqu'au mois d'août

Cas ri c , chef séquanais , que l'Helvétien Orgétorix avait associé à ses ambitieux projets contre la liberté de son pays et de la Gaule entière (voy.

Ohgétorix).

Castiglione (affaires de). — Tandis que Bonaparte soutenait à Lonato l'avant-garde de Masséna, Augereau attaquait conformément à ses instructions celle de Wurmser. Après avoir replié les avant-postes de l'ennemi, on rencontra la division Liptay dans une assez bonne position, à droite et à gauche de Castiglione. Après un combat très-vif, les Autrichiens furent repoussés ; mais voyant le petit nombre des troupes qui lés poursuivaient, ils se reformèrent bientôt. Une nouvelle charge les força une seconde fois a la retraite, et les jeta sous le feu de la cinquanteunième, qui acheva leur déroute. Ce furent les deux combats de Lonato et de Castiglione qui assurèrent le succès de toutes les opérations contre Wurmser. Les Autrichiens v perdirent trois mille hommes, tués", blessés ou prisonniers , indépendamment de vingt pièces de canon (3 août 1796).

Wurmser était réduit à son centre et à sa gauche; mais le sort de l'Italie n'était pas encore décidé. On se prépara de part et d'autre à un engagement général. Bonaparte se rendît lui-même à Lonato, pour voir les troupes qu'il en pouvait tirer ; mais quelle fut sa surprise, en entrant dans cette place , d'y recevoir un parlementaire, qui sommait le commandant de se rendre, parce que, disait-il, il était cerné de Mus côtés. Effectivement, on annonçait ranprocjie de

3uatre mille Impériaux ; c étaient les ébris de la division coupée , qui , après s'être réunis, cherchaient a se faire un passade. La circonstance était pressante ; Bonaparte n'avait à Lonato que douze cents hommes ; il fait venir le parlementaire, et fui parie ainsi : Allez dire à votre générai que c est lui-même et son corps qui sont prisonniers ; que si clans huit minu*

tes il n'a pas mis bas tes armes, s'il fait tirer un seul coup de fusil, il n'a plus rien à espérer. Débandez les yeux de Monsieur ; vous voyez le général Bonaparte et son état-major au milieu de sa brave armée. À liez.

Quelques instants après, les Impériaux étaient prisonniers.

Après ce périlleux incident, Bonaparte compléta ses dispositions, et le 5 août, au point du jour , on se trouva en présence de Wurmser, dont l'armée était encore forte de trente mille hommes. La colonne de Serrurier avance sur Castiglione , se dirigeant sur les derrières de la ligne ennemie. Tout est combiné pour qu'elle se trouve près de l'ennemi au moment où Bonaparte commencera l'attaque. Wurmser paraissant incertain s'il attaquera ou s'il recevra le combat , Bonaparte ordonne à son armée tout entière un mouvement rétrograde pour attirer les Impériaux. Mais dès qu'il apprend que la division Serrurier, commundee par le général Fiorella, attaque la gauche de Wurmser, il fait battre la charge et ordonne à l'adjudant général Verdière d'emporter une redoute construite par l'ennemi au milieu de la plaine. Au même instant, la gauche et le centre des Français marchent sur un déploiement de plus d'une lieue et demie; les avant-postes autrichiens sont culbutés, et Wurmser ordonne la retraite, quand il aperçoit le général Serrurier près de le prendre à revers. On- le poursuit jusqu'au Mincio ; on lui fait nuit cents prisonniers, on lui enlève vingt-cinq pièces de canon et cent vingt caissons. Dès le lendemain , l'armée française se

Séparait à livrer de nouveaux comts à Peschiera (voyez Peschiera et l'article. Adige).

Castillb ( Relations de la France avec le royaume de ). — La Castille n'ayant commencé à avoir une existence propre que vers la première moitié du onzième siècle , époque où Sancbe le Grand , roi de Navarre, en forma un royaume indépendant , les relations de la France avec ce pays, antérieurement à cette époque, seront

traitées à l'article Espàgnb. C'est en 1078 qu'il est parlé pour la première fois de la Castille dans notre histoire; cette année, une fille du duc de Bourgogne , Robert le Vieux , nommée Coustance, et veuve du comte de Chà! on s, épousa Alphonse VI, roi de Castille et de Léon. Cette alliance , malgré l'éloignement des deux pavs , eugaçea les aventuriers bourguignons à diriger leurs entreprises du coté de l'Espagne, où se rendirent , à des intervalles assez rapprochés, des bandes nombreuses de chevaliers. Le 25 mai 1085, Alphonse enleva Tolède aux musulmans, et la prise de cette ville fut due en partie à des auxiliaires français et bourguignons. Le même prince ayant été vaincu à Zelaka par le roi de Se v il le , qui était mahométan , cette nouvelle donna lieu en France à une sorte de croisade. Parmi les chevaliers qui passèrent alors en Castille, et dont la destinée devint brillante dans la suite, on remarque surtout Raymond, quatrième fils qe Guillaume Ier, comte de Bourgogne , qui épousa Urraque, fille d'Alphonse VI, et fut le père d'Alphonse VU , roi de Castille et de Léon; et Henri , neveu de Hugues et de Eudes, ducs de Bourgogne , qui fonda le royaume de Portugal.

Au siècle suivant, Alphonse le Batailleur, roi de Navarre , d'Aragon, et qui fut aussi quelque temps roi de Castille , fit tous ses efforts pour attirer auprès de lui les comtes français dont les seigneuries étaient situées au pied des Pyrénées , et qui avaient entièrement renoncé à la suzeraineté de Louis le Gros. Ce fut avec leur secours qu'il fit la plupart de ses guerres; mais il fut battu en 1134 par les musulmans, devant Fraga, et un grand nombre de seigneurs français périrent dans la mêlée; on cite entre autres Centulle, comte de Bigorre, Gaston, vicomte de Réarn, et Ai mer y, vicomte de Narbonne.

Vingt ans après, Louis le Jeune, qui venait de répudier Éléonore de Guienne, demanda en mariage Constance , fille d'Alphonse VII , roi de

Léon et de Castille ; ce dernier , qui prenait le titre d'empereur des Espagnes, étala une grande pompe, lorsque Je roi de France vint en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Mais Constance, que Louis épousa en 1154, ne lui apporta rien qui pût l'indemniser des États qu'il avait perdus en divorçant avec Éléonore : elle ne lui donna qu'une fille, et mourut en 11G0.

Quarante années plus tard, un second mariage eut lieu entre les deux familles royales de France et de Castille. Par le traité conclu en 1200, entre Philippe - Auguste et Jean sans Terre, il tut convenu que IxRiis , fils de Philippe , épouserait Blanche de Castille, fille d'Alphonse VIII et d'Éléonore, sœur du roi d'Angleterre ; et Jean, pour doter sa nièce, accorda en fief au prince français Issoudun , Graçay, et tout ce qu'il possédait dans le lîèrri, avec une somme de vinçt mille marcs d'argent, au prix de treize sous quatre deniers sterling le marc.

Pendant le cours du treizième siècle, les relations de la France avec la Castille devinrent encore plus actives.

Le célèbre légat Arnaud Amauri , qui s'était signalé par son fanatisme cruel dans les guerres contre les Albigeois, fut chargé, en 1212, par Innocent III, de prêcher en France une croisade contre les Maures d'Espagne. Il passa les Pyrénées avec l'archevêque de Bordeaux, l'évéquede Nantes , et un grand nombre de barons et de pèlerins d'Aquitaine, de France et d Italie. Mais ces bandes indisciplinées et rendues féroces par les guerres de religion ne se signalèrent que par le massacre des juifs de Tolède, et revinrent en France sans même avoir assisté à la grande bataille de Navas deTolosa qui sauva l'indépendance de l'Espagne.

Saint Louis , fidèle à la politique de ses prédécesseurs, appuya de tout son crédit l'élection à laquelle Alphonse X, roi de Castille et de Léon, dut le titre d'empereur d'Allemagne, élection qui , du reste , n'eut pas de résultats. Philippe le Hardi , dès son avènement au trône» dirigea toute

son attention vers l'Espagne, et entretint des relations avec les seigneurs influents de Castille, d'Aragon et de Navarre. En 1 1 76, sous le prétexte de faire valoir les droits des fils de Blanche sa sœur, les infants de Cerda, que les Castillans repoussaient du trône, à cause de leur !>as Age , il envoya au delà des Pyrénées , sous les ordres de Robert d'Artois, une nombreuse armée qui prit et pilla Pampelune. Il se mit lui-même à la tête d'une seconde armée; mais le manque de vivres le força bientôt de renoncer à son entreprise. Ce fut en vain que le pape, pour terminer la guerre, indiqua à Toulouse un congrès entre les ambassadeurs de France et de Castille; les premiers seuls s'y rendirent. Cependant , l'année suivante , sur les instances réitérées du pontife, eut lieu à Bordeaux une conférence qui n'amena aucun résultat ; et , malgré la puissante diversion des deux grands seigneurs castillans auxquels Philippe faisait payer annuellement vingt-deux mille livrés pour entrenir la guerre en Castille , il ne put jamais tenter rien d'important contre ce royaume. La

faix ne fut faite qu'après sa mort, ar le traité de Lyon (12 juillet 1288), Philippe le Bel renonça pour les infants de Cerda à la couronne de Castille, sous la condition que l'aîné de ces princes, oui tous deux étaient alors prisonniers au roi d'Aragon, recevrait en fief le royaume de Murcie , et que don Sanche , roi de Castille , attaquerait l' Aragon pour en faciliter la con-

3uéte à Charles de Valois, frère du roi e France. Cette alliance fut resserrée en 1290, par la renonciation de Philippe le Bel aux droits qu'il prétendait avoir sur la Castille, du fait de Blanche, son aïeule En retour, don Sanche repoussa toutes les avances que lui lit Edouard Ier , roi d'Angleterre , pour l'engager dans une guerre contre la France.

Nos relations avec la Castille languirent ensuite pendant trois quarts de siècle ; et l'on vit même la Castille s'allier intimement avec l'Angleterre.

Aussi Charles le Sage saisit-il avec

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empressement l'occasion que lui offrit la lutte de Pierre le Cruel et de Henri de Transtamare, pour s'immiscer dans leurs affaires et rendre à l'influence française toute sa prépondérance. Dès le mois de juillet 1361 , Henri de Transtamare et de nombreux Castillans qui s'étaient dévoués à sa fortune et avaient été proscrits par Pierre le Cruel, arrivèrent en Languedoc. Ils y vécurent pendant deux années aux dépens des malheureux habitants, sur lesquels ils exercèrent beaucoup de brigandages; puis ils repassèrent les Pyrénées, et, en 1365, ils furent rejoints par Jean de Bourbon, comte de la Marche , et Bertrand du Cuesclin, conduisant avec eux ces fameuses compagnies qui avaient aussi dévasté si longtemps la France. Cette expédition devant être racontée ailleurs en détail (voyez du GUESCLM et Guindés compagnies), nous nous bornerons ici a dire qu'à la suite de plusieurs échecs elle réussit complètement, et que Henri de Transtamare monta sur le trône de son frère après l'avoir tué de sa propre main.

La France ne tarda pas à retirer un grand avantage des secours qu'elle avait prêtés au nouveau roi. En effet, loin de le reconnaître , Edouard III avait fait épouser à ses propres fils, Jean de Gand et Edmond, les deux filles de Pierre, Constance et Isabelle, et il avait fait prendre à Jean , au nom de sa femme, le titre de roi de Castille. Henri se voyant alors directement menacé, embrassa avec ardeur la cause de Charles V, à la disposition duquel il mit toutes ses flottes , pour l'aider à chasser les Anglais de l'Aquitaine. Le 23 juin 1372, devant le port de la Rochelle, le grand amiral de Castille , Ambrosio Boccancgra , à la téte de quarante gros vaisseaux, détruisit complètement, après deux jours de combat, la flotte anglaise, commandée par le comte de Pembroke : pas un navire, pas un chevalier ne s'échappa. Tout fut pris, coulé à fond ou tué.

Quelques années après , le roi de Castille fit encore , en faveur de la

France, une puissante diversion dans le rovaume de ISavarre, dont le roi, Charles le Mauvais , fut obligé de se retirer en Angleterre pour implorer le secours de Richard II. Après la mort de Henri de Transtamare et de Charles le Sage, leurs successeurs, Jean de Castille et Charles VI, s'empressèrent de renouveler une alliance qui avait été si profitable aux deux pays. Lorsque Jean de Gand , duc de Lancastre, et Jean d'Avis, roi de Portugal, firent valoir, à main armée, leurs prétentions au trône de Castille , la France secourut avec vigueur le fils de Henri. Le sire de Coucy , le Barrois des Barres, Tristan de Roye , Robert de Braguemar, furent successivement envoyés en Espagne, et y précédèrent de nombreux renforts que l'amour du pillage entraînait au delà des Pyrénées.

« Quand les nouvelles , dit Froissard, en furent venues aux pauvres compagnons,chevaliers et écuyers,en Beauce, en Berri , en Auvergne, en Poitou et en Bretagne , comment leurs gens étoient enrichis en Castille, si furent plus diligens, et âpres assez de partir de leurs maisons et d'aller en Espagne, puisque renommée couroit que on pilloit aussi bien sur terre d'amis comme d'ennemis. » Enfin, en 1387, des négociations ayant été ouvertes entre les trois compétiteurs , Olivier du Guesclin, qui avait succédé à son frère Bertrand dans sa charge de connétable de Castille, renvoya en France trois ou quatre mille lances auxiliaires , et n'en garda guère que trois cents qui lui suffirent néanmoins pour reconquérir complètement la Galice, tombée au pouvoir du duc de Lancastre. Le successeur de Jean Ier, Henri III, renouvela l'alliance avec la

Pendant la longue et sanglanteguerre qui eut pour résultat d'expulser les Anglais de notre patrie , la France , uniquement occupée de sauver sa nationalité, n'eut aucun rapport avec la Castille. Mais en 1462, à propos d'un soulèvement qui eut lieu en Catalogne, une guerre ayant éclaté entre Jean , roi d'Aragon , et Henri IV,

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roi de Castille, le roi de France, Louis XI, fut choisi pour médiateur, et le 23 avril 1463 , il prononça à Hayon ne, et publia ensuite à Muret une sentence arbitrale entre les deux souverains. Presque aussitôt après il se rendit sur les bords de la Bidassoa, où il devait avoir une entrevue avec Henri IV. Ce prince y déploya une grande magnificence , et chacun de ses courtisans chercha à rivaliser de luxe avec lui , tandis qu'au contraire Louis XI affectait une simplicité exagérée. Son habit était d'un drap commun, de couleur brune, et sa tète était couverte d'un vieux chapeau, orné seulement d'une petite madone de plomb ; sa suite s'était conformée à sa simplicité. Les Espagnols, qui avaient regardé cette entrevue comme une féte, furent blessés de la conduite de Louis XI. « Les deux rois se séparèrent mécontents l'un de l'autre , dit M. de Sismondi, et les deux nations, à partir de cette époque , semblèrent avoir changé en haine leur ancienne amitié. »

Les rapports intimes qui venaient de s'établir entre la France et l'Aragon étaient la principale cause de cette brouille. Il n'y avait pas un an que Ixwis XI avait eu une entrevue avec don Juan II d'Aragon et avait fourni des secours à ce prince, qui, en retour, avait cédé au roi de France la Cerdagne et le Roussi lion pour la somme de deux cent mille écus , à laquelle était évalué l'entretien des sept cents lances mises à sa disposition pour faire rentrer dans le devoir les ÎS'avarais et les Catalans révoltés.

A la mort de Henri IV, sa sœur Isabelle ayant été élevée sur le trône au détriment de Jeanne , fille du dernier roi , Louis XI prit le parti de l'héritière légitime , et quelques hostilités eurent lieu entre les Français et les Espagnols. Alphonse V, roi de Portugal et mari de Jeanne, vint même à Paris implorer le secours du roi de France , mais déjà les dispositions de Louis XI n'étaient plus les mêmes; il ne put rien obtenir, et un traité fut signé à Saint-Jean de Luz, le 9 octobre 1478, entre l'Es-

pagne et la France. Ferdinand d'Aragon , qui avait épousé Isabelle , renonça à toute alliance avec l'empereur Maximilien d'Autriche , tandis que , de son côté, Louis XI s'engageait a ne donner aucune assistance a Jeanne et au roi de Portugal. Cette alliance fut confirmée par une ambassade que Ferdinand et Isabelle envoyèrent en France l'année suivante, et à laquelle le roi fit rendre, les plus grands honneurs.

A cette époque, la réunion de la Castille à l' Aragon » sous le sceptre d'Isabelle et de Ferdinand , éleva au delà des Pyrénées un royaume aussi puissant que la France , et dans lequel s'absorba complètement l'individualité de la Castille.

Ainsi donc, pour résumer ce qui précède, les relations de la France avec la Castille ont presque toujours été amicales. Il eu fut ainsi , parce que l'alliance des deux pays reposait sur des intérêts communs. La France eut tour à tour besoin de la Castille pour repousser les Anglais de la Guienne et les rois d'Aragon. La Cas tille n'avait pas moins besoin de la France pour résister aux attaques des Maures et à celles des Aragonais.

Pour la France, la Castille avait été une barrière naturelle qui la protégeait contre les invasions des Maures. Elle l'avait compris, et lui avait envoyé de nombreux essaims de chevaliers qui contribuèrent puissamment à ses succès contre l'islamism*. De toutes les nations chrétiennes, la France a toujours été celle qui paya le plus généreusement sa dette contre les musulmans. Dans toutes les croisades en Catalogne , en Portugal, dans la Castille,, dans l'Aragon , aussi bien qu'en Egypte , en Syrie et dans l'Afrique barbaresque, en Occident comme en Orient, partout on retrouve les chevaliers français au premier rang. Ce n'est que lorsque le mahométisme fut hors d'état de compromettre l'indépendance de l'Europe, que la France s'allia avec les Turcs, dont le concours l'aida à résister aux projets ambitieux de Charles -Quint. Sauf quelques excès inévitables, la Castille n'eut qu'à s'ap-

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plaudir de leur valeur et des auxiliaires que lui envoya la France.

La France trouvait en outre un avantage politique dans cette satisfaction de son zèle religieux. Elle enchaînait les Castillans par la reconnaissance et se ménageait eu eux des alliés contre l'Angleterre. Un rapprochement entre les Castillans et les Anglaisdu midi de la France auraiteu pour nous les conséquences les plus funestes. Il était donc indispensable de s'assurer l'amitié des premiers, ou au moins leur neutralité à défaut d'un concours actif; c'est à quoi s'appliquèrent saint Louis, Philippe le Bel et Charles le Sage, et ils y réussirent. Philippe le Bel se conduisit avec beaucoup de modération; Philippe le Hardi , son prédécesseur , avait été trop loin , il eut le courage de ne pas imiter son ambition. On a vu aussi avec quelle adresse Charles le Sage tira parti de la lutte de Pierre le Cruel et de Henri de Transtamare, et tourna les forces navales des Castillans contre l'Angleterre.

fjifin , la Castille et la France avaient un ennemi commun : cet ennemi c'était le royaume d'Aragon qui ne pouvait s'accroître du coté de la Méditerranée qu'à nos dépeus , et du coté de l'Espagne qu'aux dépens de la Castille. Aussi la politique de la Castille fut-elle toujours d'accord avec la nôtre pour tout ce qui concernait l'Aragon.

Toutefois, ce concert qui entrava l'essor des Arasonais ne fut pas assez puissant pour les empêcher de porter de terribles coups à notre marine et de nous enlever toute influence sur la Sicile et le royaume de M a pies. Il n'empêcha pas non plus la réunion de la Castille et de I Aragon sous un même sceptre. Mais Louis XI avait su prendre ses précautions; il s'était fait céder la Cerdagne et le ïloussillon; acquisition précieuse, pour la conservation de laquelle il ne recula devant aucun sacrifice, et qui diminua pour lui les dangers dont le menaçait la réunion des deux royaumes espagnols. Cette politique était d'au-

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tant plus habile qu'elle donnait à la France sa frontière naturelle du Midi, et lui permettait de disposer de toutes ses forces vers le Rhin, du côté où il restait le plus de progrès 5 faire pour achever l'unité de son territoire.

Malheureusement le successeur de Louis XI ne sut pas suivre son exemple ; après avoir consenti à l'abandon de la Cerdagne et du Roussillon, Charles VIII compromit notre frontière des Pyrénées et celle de la Flandre pour des expéditions aventureuses en Italie, et il s'écoula bien du temps avant que cette faute fut réparée. La gloire de rendre à la France sa frontière naturelle des Pyrénées n'était réservée qu'au cardinal de Richelieu, le plus prand des disciples de Louis XI , disciple au moins égal au maître.

Castille (le chevalier Edouard de), élève du prytanée français, faisait concevoir les plus belles espérances, lorsqu'il fut tue a la bataille a Essling, à l'âge de dix-neuf ans. La générosité de son âme s'était manifestée dès l'enfonce : un de ses camarades, dont le père était mort au service de la patrie, ne pouvant être admis au prytanée,

{>arce qu'il n'avait pas le moyen de burnir le trousseau, le jeune Castille écrivit, sans en parler à personne, au consul Lebrun, et lui exposa la position de son ami; il sollicita sa protection, ajoutant que s'il n'était pas assez heureux pour l'obtenir, il ferait vendre tout ce dont il pouvait disposer pour aider son camarade. Sa demande fut communiquée à Napoléon, qui l'accueillit favorablement, et récompensa le jeune solliciteur, en lè mettant au nombre de ses pages.

Castillon, petite ville de Pancienno Guyenne, aujourd'hui département de la Gironde, sur la rive droite de la Dordogne, à deux myriamètres huit kilomètres de Libourne. Cette ville, où l'on compte maintenant deux mille huit cent quatre-vingt-dix-sept habitants , a donné son nom à une bataille célèbre.

CastillonouChatillon-sub-Dordoonf (sièges et combat de). — L'ar-

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