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fantassins et huit cents chevaux. Malheureusement , après s'être avancé jusqu'à Tarragone, Espenan fut obligé de capituler et de retourner en Languedoc, et le général espagnol Los Vêlez se hâta d'aller mettre le siège devant Barcelone ; mais il était entré dans cette ville quelques troupes nouvelles arrivées de France sous les ordres de Serignan et de Duplessis-Besauçon. Les ingénieurs français relevèrent à la hâte les fortifications , et les Espagnols furent repousses avec perte. En proie à une terreur panique, ils prirent la fuite et laissèrent derrière eux deux mille morts ou blessés.
Lorsque le siège eut été levé , les Catalans , travaillés en secret par Richelieu , renoncèrent à leur projet de république , et se donnèrent à la France par un acte que les états de la Provence signèrent, le 23 janvier 1 64 1 , et que le roi accepta à Péronne . le 18 septembre suivant. Ce traité portait en substance, que Louis XIII acceptait la principauté de Catalogne, avec les deux comtés de Cerdagne et de Roussillon , comme partie indivisible de la monarchie. En même temps , le roi jurait de respecter les libertés dont jouissaient les habitants de ces pays , d'observer leurs lois et coutumes , et de maintenir toutes leurs magistratures, soit nationales, soit communales. Il abandonnait aux états le droit exclusif de lever des contributions ; il ne s'en réservait pas même le cinquième, comme faisait probablement le roi d'Espagne. Il promettait de n'accorder qu a des Catalans les bénéfices ecclésiastiques et les emplois civils de la province; il y maintenait l'inquisition et l'obsertion des canons du concile de Trente ; il supprimait la convocation du ban de la province, qui était remplacé par un corps de cinq mille fantassins et cinq cents cavaliers, que les états s'engageaient à entretenir pour la défense exclusive de la principauté. Enfin , le privilège de rester couverts devant le roi était accordé aux premiers magistrats catalans.
La guerre civile , qui ne tarda pas à éclater en France , nous fug^re
cette nouvelle acquisition. Le prince de Condé s'étant brouillé une seconde fois avec la cour, un de ses partisans, le comte de Marsin , abandonna la Catalogne, où il avait un commandement , emmenant avec lui trois mille hommes de bonnes troupes qu'il débaucha à l'armée française , et qu'il conduisit par les frontières d'Espagne jusqu'en Guyenne. Par suite de cette désertion , là Catalogne se trouva dégarnie de troupes , lorsque don Juan d'Autriche, fils naturel de Philippe IV, appelé par la plus grande partie de la noblesse et du cierge du pays, parut devant Barcelone , vers le milieu d'avril 1651 , avec une flotte nombreuse, qui intercepta toute communication du côté de la mer. Ce fut en vain qu'au printemps de l'année suivante le maréchal de la Mothe vint se jeter dans la ville, et dirigea avec habileté la défense des assiégés; il fut obligé de capituler, le 13 octobre, et, heureusement pour sauver l'honneur français, l'Espagne accorda aux Catalans une amnistie entière , avec la conservation de leurs privilèges. Dès lors , la Catalogne rentra définitivement sous la domination espagnole , et les Catalans restèrent en repos malgré les armées que la France envoya dans leur pays, et oui ne firent guère que reprenîlrc
auelques places. Ces places , de peu 'importance, nous furent enlevées en 1659 par le traité des Pyrénées, qui nous céda, en compensation, le Roussillon et la Cerdagne , possessions indispensables pour assurer l'indépendance de notre territoire.
Ainsi donc, après avoir fait partie de la France , ou reconnu la suzeraineté de nos rois pendant près de six cents ans , la Catalogne fut déclarée indépendante vers la fin du douzième siècle, à la demande du comte de Barcelone et du roi d'Aragon. Englobée dans la monarchie aragonaise, à la (in du treizième siècle, la Catalogne s'en sépara au dix-septième siècle , et consentit à être incorporée à la France.
Les intrigues de Richelieu influèrent sans doute sur cette détermination ; mais ces intrigues n'ont eu du succès
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cjue parce que les Catalans ont toujours conservé un souvenir de leur origine à moitié française, et de la longue période de temps pendant laquelle leur pays fut réuni à la France. Aujourd'hui encore , on retrouve en Catalogne des traces évidentes de cet ancien mélange des deux peuples. On l'appelle souvent l'Espagne française, comme le Piémont reçoit le nom d'Italie française.
Mais la possession de la Catalogne importait trop à la sûreté du territoire espagnol, pour que la France put la garder sans s'exposera une série de guerres qui auraient désavantageusemeut compensé le profit de sa possession. Richelieu du moins le comprit ainsi , et l'habileté quelque peu machiavélique de sa diplomatie à l'égard des Catalans révèle qu'il considérait leur pays moins comme un appât que comme un gage qui devait valoir à la France l'acquisition de la Cerdagne et du Roussillon. Ces deux provinces, déjà moitié achetées , moitié conquises par Louis XI , avaient été légèrement abandonnées par Charles VIII (voyez Castïlle). Elles ne sont pas moins précieuses pour l'indépendance de la France que ne l'est la Catalogne pour l'indépendance de l'Espagne. Elles sont en outre un excellent point d'attaque pour rappeler au besoin le cabinet de Madrid à des sentiments de modération. La position de François Ipr vis-à-vis de son rival aurait été bien plus soutenable , si la Cerdagne et le Roussillon avaient été dans ses mains, et lui avaient ouvert le chemin de l'Espagne. Charles-Quint, menacé chez lui , aurait eu moins d'audace ; et il est probable que la Catalogne n'aurait pas opposé aux armées françaises la résistance opiniâtre que la Provence opposa aux troupes espagnoles.
Catalogne (Campagnes de). Campagne de 1 794 a 1 795. — En avril 1 794, les Espagnols , au nombre de plus de trente mille, occupaient encore toute la partie des Pyrénées qu'arrose le Tech, et, s'etendant par une longue chaîne de postes successifs sur la rive gauche de
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cette rivière, ils couvraient ainsi les places dont ils demeuraient maîtres :
Céret, le Boulou et Bellegarde, d'une part, Collioure etPort-Vendre de l'autre. Au mois de mai , Dugommier fut envoyé contre eux , et , déployant plus d'activité que ses deux prédécesseurs Dagobert et Turreau, non-seulement il expulsa l'ennemi du territoire de la république, mais transporta le théâtre de la guerre en Catalogne. En vain les Espagnols, avant de repasser la frontière, avaient-ils entrepris de dégager Bellegarde, seule place française qui leur restât, et que le général républicain pressait vivement; ils avaient été défaits, avaient laissé deux mille cinq cents hommes sur le champ de bataille, et la place s'était rendue a discrétion. Ils avaient alors battu en retraite, et étaient allés prendre position en deçà de Figuieres; mais Dugommier les avait suivis. Leur ligne de défense, depuis longtemps préparée, couvrait à la fois Roses, Figuières et la Cerdagne; elle s'étendait depuis Saint- Laurent de la Mouga jusqu'à la mer. Ce développement de cinq lieues présentait une suite de fortifications dignes de la patience espagnole; on y comptait plus de quatre-vingt-dix redoutes construites avec soin , derrière lesquelles étaient rangés cinquante mille hommes. Après avoir reconnu ces redoutables positions, Dugommier résolut de les attaquer en personne par la gauche, et chargea Augereau de faire une démonstration contre le centre.
Soutenu par cette diversion, qu'Augereau exécuta avec son audace accoutumée, il réussit, dans la soirée du 19 novembre, à couronner les hauteurs d'Ilanca, qui formaient l'extrême gauche du camp espagnol. Le lendemain, au point du jour, Augereau renouvela l'action avec le même succès, et la bataille commençait à devenir générale, lorsque Dugommier fut atteint d'un éclat d'obus qui le tua presque sur le coup. Le commandement passa au général Pérignon, qui s'en montra digne La gauche de l'ennemi, complètement battue, abandonna ses redoutes, et rétrograda jusqu'à Figuières. Après un
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jour de repos donné aux troupes , la bataille s'engagea de nouveau; mais la trouée était faite, Augereau s'y élança, et peu d'heures suffirent pour emporter toutes les positions. Le général en chef espngnol périt dans cette dernière journée; les ennemis perdirent dix mille hommes, et ne purent se rallier sous le canon de Figuières.
Pérignon assiégea sur-le-champ cette place, qui capitula le 27. Les Français et les Espagnols entrèrent alors en quartiers d'hiver.
A la réouverture de la campagne, Pérignon investit Roses, l'assiégea, et réussit à l'enlever le 3 février 1795. Les Espagnols , rétrogradant de nouveau, allèrent pren dre position derrière la Plu via î Scherer, qui avait remplacé Pérignon et Augereau, entre lesquels le comité de salut public craignait une rivalité. Scherer les hattiten juillet, et les eût poursuivis fort loin s'il n'eût reçu l'ordre de s'arrêter, par suite des ouvertures que le cabinet de l'Escuiial faisait à la république. La paix fut effectivement signée à Bdle par le citoyen Barthélémy et le chevalier Iriarte.
Campagne de 1808 a 1813. — Le 2 février 1808, un corps de douze mille hommes , commande par le général Duhesme, pénétra en Catalogne par la Junquera. Duhesme, comme le général Dupont et le maréchal Moncey, sous les ordres de qui deux autres armées avaient déjà pénétré en Espagne, devait s'avancer le plus possible dans le pays, et, sous l'apparence d'un sincère dévouement à la cause de Charles IV, s'établir si bien dans les places et forteresses, que les protecteurs pussent facilement se changer en maîtres le jour où il plairait à Napoléon de ne plus dissimuler. Dès le 29, Duhesme s'était frauduleusement introduit dans la ville et même dans la citadelle de Barcelone. Mais les Espagnols ne tardèrent pas à découvrir les véritables intentions des Français, et la révolte de Madrid, le 2 mai, fut un signal d'insurrection pour toutes les provinces. Duhesme, aussitôt qu'il apprit que le mouvement insurrectionnel atteignait la Catalogne,
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fit marcher des troupes sur les villes de Tarragone et de Mansera, où les svmptômesdetroubles se manifestaient. Tarragone rentra dans le devoir; mais la colonne envoyée contre Mansera futarrétéeen route parun rassemblement, et contrainte de se replier sur Barcelone.
Alors Duhesme marcha en personne contre la masse principale des insurgés réunis sur les bords du Lobregat.
Ils furent défaits, mais se rallièrent bientôt, et il fallut les combattre successivement au village d'Arbos , à l'ermitage de Moncada, sur le Besoz, autre rivière à l'est de Barcelone , au château de Mongat, à Mataro, et dans les défilés de Santo-Polo de-Mar. On voit que toute la Catalogne était soulevée; toutes les places où il n'y avait
{>as garnison française avaient fermé eurs portes. Gérone était du nombre.
Duhesme tenta, le 20 juin, de l'enlever d'un coup de main; mais il échoua, et comme il n'avait ni le temps ni les moyens d'en faire le siège, il revint vers le Lobregat, où de nouveaux rassemblements réclam. lient sa présence.
Le 30, il les dispersa encore, et les lit poursuivre jusqu'à Matorell.
Sur ces entrefaites, la junte centrale,
fionr soutenir le dévouement des Cataans , leur envoya des munitions, des ofliciers et des renforts de troupes régulières. Roses? Gérone, Hostalrich, Tarragone, Lérida, Cardone, Tortose, Balaguer, furent mis en état de défense. Bientôt le général Duhesme , affaibli par des combats nombreux, se trouva comme bloqué dans Barcelone.
Mais un nouveau corps, destiné à la soumission des Catalans, se réunissait sur la frontière des Pyrénées- Orientales. Le 6 octobre, ce corps, sous les ordres du général Gouvion Saint-Cyr, investit la place de Roses,
3ui ne capitula qu'après trente jours e siège. Le 5 décembre, immédiatement après la reddition de la place , Gouvion Saint-Cyr marcha vers Barcelone, qu'il était urgent de secourir, et y entra le 17, après avoir battu l'ennemi en plusieurs rencontres, notamment à Carcaden. Il donna deux jours de repos à ses troupes, et se porta
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)e 20 sur les bords du Lobregat, où les Espagnols s'étaient retranchés pour la troisième fois. Le 21 , il les battit, et les força de se réfugier dans les montagnes. Il les poursuivit le lendemain, et les atteignit au col d'Ordal d'abord , puis au village de Vendrell , où il acheva de les détruire. Il s'avança ensuite jusque sous les murs de Tarragone, qu'il espéra t surprendre ; mois, le premier moment de stupeur passé, les habitants s'étaient mis sur leurs gardes. Tenter le siège lui était impossible; il replia donc ses troupes entre Tarragone et Barcelone, et resta quelque temps sur la défensive. Les ressources en vivres qu'offrait le pays furent bientôt épuisées. Dès la fin de janvier 1809, il fallait, pour s'en procurer, que les Français se répandissent dans les contrées montagneuses du littoral, où ils étaient continuellement aux prises avec des bandes de partisans. Vers le 15 février, le général Saint Cyr, que la disette réduisait aux plus durs expédients, vint occuper le pays entre les rhières de Fraucoli et de Gaya. Dans la nuit du 24, les insurgés débouchèrent par les défilés de Montblanch. Au jour, ils étaient rangés sur la rive droite du Francoli. Les Français les mirent encore en déroute, et les poursuivirent jusque sous le canon de Tarragone, ou ils entrèrent à la débandade. Gouvion Saint-Cyr alla ensuite occuper la ville de Reuss, la seconde de la Catalogne ; mais il n'y séjourna qu'un mois , faute de pouvoir communiquer avec Barcelone. Quant aux communications avec la France, nous dirons, pour donner une idée de la nature de cette guerre, que depuis novembre 1808 le général en chef n'avait ni reçu ni expédié de courrier, et que, s'il avait une seule fois donné de ses nouvelles, c'était en risquant une barque à travers les croisières anglaises et espagnoles.
Au commencement d'avril, l'armée française quitta ses cantonnements près de Barcelone pour marcher sur la ville de Vigne, où elle entra sans peine, car tous les habitants, hommes,
femmes, vieillards, enfants, s'étaient enfuis. Après deux mois de séjour, lorsque toutes les ressources de la vallée environnante furent consommées, Gouvion Saint-Cyr se dirigea vers Gérone pour en faire le siège. Investie dès les premiers jours de juin, cette
Elace tenait encore à la fin de septemre, lorsque le maréchal Augereau vint prendre le commandement de l'armée de Catalogne. Étroitement bloquée, elle capitula enfin le 10 décembre; ce long siège n'avait pas coûté aux Français moins da vingt mille hommes, tues devant la place ou morts dans les hôpitaux. Gérone prise, Augereau gagna Barcelone , et s'installa dans le magnifique palais du gouvernement , où trente ans auparavant il avait monté la garde, alors simple soldat au service de Naples.
Dès janvier 1810, l'insurrection relevait la téte ; et d'ailleurs, l'armée française, stationnée autour de Barcelone , consom ma i t les ressou rces de cette ville, ressources d'autant plus précieuses ,
Sju'il les fallait tirerde France. Augereau orma trois divisions: avec l'une, il se porta sur Gérone, et, tandis qu'il envoyait la seconde bloquer le fort d'Hostalrich, la troisième alla occuper de nom eau la vallée de Vigne. Dans ces trois directions, les Français battirent plusieurs fois les troupes espagnoles régulières et irrégulières. Tranquille des lors sur la haute Catalogne, Augereau crut l'instant favorable pour diriger le gros de ses forces au delà de Barcelone. Des ordres supérieurs lui enjoignaient d'ailleurs ce mouvement pour appuyer le Corps de Suchet, qui se préparait à venir d Aragon faire le siège de Lérida. Augereau se mit en route au commencement de mars, après avoir laissé trois mille hommes devant Hostalrich pour en continuer le blocus. Ses troupes ne rencontrèrent d'obstacles nulle part; mais il commit la faute grave de laisser, chemin faisant, à Manresa et à Villafranca, dans un pays infesté de miquelets, des garnisons trop faibles pour assurer les communications entre deux divisions , qui allèrent cantonner à
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Reuss et à Barcelone, où il revint ensuite lui-même. Ces garnisons ne tardèrent pas à être taillées en pièces, et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine, une fois les communications coupées, que les deux divisions, au lieu de continuer à se porter en avant , purent rétrograder vers Gérone. Le 12 mai , le fort d'Hostairich se rendit, et vers la même époque, les Français s'emparèrent des petites îles de las Medas, qui , situées à l'une des pointes du golfe de Roses, offraient un important mouillage aux Anglais.
Dans les derniers jours du mois, Augereau , à qui l'empereur ne pardonna point la retraite de Reuss , fut remplacé. Le premier soin du maréchal Macdonald , son successeur, fut d'approvisionner Barcelone pour six mois ; après quoi , franchissant les cols d Onlal et de San Christina, il alla se réunir dans Lérida au général Suchet, qui avait tout récemment réduit cette place , et qui se préparait au siège de Tortose, investie déjà par deux de ses divisions.
Comme la Laisse des eaux de l'Elbe retardait les approvisionnements nécessaires, Macdonald se décida, pour nourrir ses troupes , à les cantonner dans les plaines fertiles qui entourent la petite ville de Cervera, située à huit lieues au nord de Tarragone. En vain les Catalans essayèrent-ifs d'arrêter sa marche, il remporta sur eux une éclatante victoire le 5 septembre, et resta maître du pays. Mais il n'y put séjourner longtemps : l'occupation de Palamos par les Anglais, et la sanglante défaite essuyée à la Bisbal par une de ses divisions, l'obligèrent à retourner, en novembre, dans la haute Catalogne. Après avoir battu l'ennemi en plusieurs rencontres, et ravitaillé Barcelone , il revint coopérer au siège de Tortose. Cette place, vivement pressée, tomba au pouvoir des Français le 2 janvier 1811. Sa prise porta un coup terrible aux provinces de l'est, car elle était leur principal point de communication, et le grand dépôt de leurs ressources militaires. La Catalogne se trouva dès lors pri-
vée de tout secours de l'intérieur, et ce fut pour empêcher qu'elle n'en reçût de la côte que Suchet se prépara à faire le siège de Tarragone , dont toutefois l'investissement ne commença que le 4 mai. Dans l'intervalle , Macdonald se retira sur Lérida, et, pour y parvenir, toujours harcelé par l'ennemi, il eut de nombreux combats à livrer, notamment à Vais. Vers la fin de mars, le fort de Mont-Jouy, qui domine la ville et le port de Barcelone, faillit tomber par trahison au pouvoir des Espagnols; Macdonald dut se porter encore de ce côté; mais l'armée ennemie, manœuvrant sur Tarragone et Mont serrat, lui barrait la route: il lui fallut faire un détour, et remonter le Lobregat. Arrêté à Maures j , il fut assailli par une vive fusillade :
c'était une division d'insurgés qui , après l'avoir suivi le long des hauteurs , engageait le combat. Macdonald parvint à les mettre en fuite, et entra dans la ville; mais la nuit, soit hasard, soit vengeance des Français, elle fut incendiée. Les troupes espagnoles , postées sur le Montserrat, purent voir l'incendie cousumer la ville, une des principales de la Catalogne. Cette vue les remplit de raçe; tous les paysans des environs se joignirent à eux, et la colonne fran-
Soise ne cessa d'être assaillie le reste e la route.
Macdonald n'arriva à Barcelone que pour y apprendre une triste nouvelle. La forteresse de Figuières, si importante pour assurer les communications avec la France, venait d'être prise, et toute la Catalogne en poussait des cris de triomphe. Deja dix mille Espagnols étaient sortis de Tarragone, et venaient augmenter la garnison de Figuières. Mais Macdonald arriva sous les murs avant eux, les délit le 8 mai , et bloqua la forteresse. Suchet , vers la même époque , commençait le siège de Tarragone, qui, après une héroïque résistance, lui céda le 28 juin. Tous les Catalans demeurèrent frappés de stupeur; et quand , au bout de quelques jours, Suchet marcha vers Barcelone, plusieurs bau-
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des d'insurgés se dissipèrent devant lui sans qu'une seule amorce fût brûlée. Le 21 juillet, il se rendit maître de Mont-Serrat , dernier dépôt d'armes et de munitions qui restât à l'ennemi , après quoi il se vit obligé de retourner en Aragon ; mais Figuières venait de se rendre, et la tranquillité de la Catalogne semblait assurée. Vers cette époque, Macdouald fut remplacé par le général Decaen, qui, maigre son zèle et son habileté , ne réussit pas mieux que ses prédécesseurs. En vain remporta-t-il de nombreux succès sur les Catalans; les victoires mêmes coûtaient trop cher.
A u mois de janvier 1812, douze mille Espagnols, troupes régulières et guérillas, se réunirent sous les murs de Tarragone , et la bloquèrent , tandis que deux vaisseaux anglais y lançaient des bombes. Pour aller au secours de cette ville , Decaen quitta Barcelone, vint camper le 22 à Villafranca, et le lendemain défit, sur les hauteurs d'Altafulla, le général espagnol, qu'il y avait attiré en lui dissimulant , par des marches de nuit, la véritable force numérique de son armée. Tarragone fut ainsi sauvée. Dans son retour vers Barcelone, Decaen battit encore les Catalans au Grao d'Olot et a Centelles, puis , traquant l'ennemi dans les hautes vallées qui avoisinent Puycerda, il le dispersa partout, lui enleva tous ses magasins, et détruisit une immense quantité d'armes. En novembre, les Catalans étaient parvenus de nouveau à réunir une assez nombreuse armée autour de la ville de Vigne. Decaen les lit attaquer sur plusieurs points, les mit en fuite, et occupa Vigne le 4 décembre.
L'ennemi se concentra alors vers le Mont-Serrat; le 18, il fut expulse de ces nouvelles positions. Il se porta ensuite vers le Lampordan : on le dispersa encore. Mais il était infatigable. Du mois de janvier au mois d'août 1813, un grand nombre de combats et d'engagements partiels eurent encore lieu sur divers points : partout l'habileté des généraux français et le courage de leurs soldats triomphèrent de la ruse et de l'audace des Espagnols. A la fin de mai,
lord Murray, à qui Suchet avait victorieusement tenu tête en Aragon, rembarqua ses troupes à Alicante , et aborda sur les côtes de Catalogne, où, dès le 2 juin , il insultait la place de Tarragone. Suchet vint le repousser, et les Anglais se rembarquèrent le 22.
En août, ils renouvelèrent leur tentative. Suchet la fit échouer de nouveau.
Après avoir fait sauter les ouvrages de la place , et s'être renforcé de la garnison, Suchet alla établir son quartier général à Villafranca, et répartit ses troupes dans les environs. Forcé par la disette, il étendit ses cantonnements jusqu'à San-Saturni ; mais à peine un bataillon était-il établi dans ce village, que des bandes de miquelets, rassemblés à Esparquera , exécutant une marche de huit lieues, l'attaquèrent au point du jour, et le détruisirent. Suchet se replia alors derrière le Lobreuat, près du pont de Moulinsdel-Rey. Un second échec vint lui apprendre qu'avec les Catalans il fallait toujours se tenir sur ses gardes : tout un bataillon fut encore taillé en
Sièces dans la nuit du 1 1 septembre, fais le 14 il prit une éclatante revanche au col d'Ordal sur les armées anglaise et espagnole qui se dirigeaient sur Barcelone. Ce combat fut le dernier événement remarquable dans l'est de la Péninsule, à la (m de 1813. Les revers éprouvés par les Français, soit au nord de l'Espagne, soit en Allemagne, obligèrent bientôt Suchet à ramener l'armée d'Aragon et le corps de Catalogne vers la frontière de France.
Catamaxtalède , roi séquanais , père de Castic , mentionné par César dans sa Guerre des Gaules, livre I , chap. 3.
Catapulte. C'était une machine de guerre à peu près semblable à la baliste. On n'a cessé de s'en servir que depuis l'invention de la poudre. Elle puisait sa force dans la tension de nerfs ou de cordes à boyau , qui , en se débandant, lançaient au loin des projectiles de toutes sortes, comme des pierres, des poutres (voyez Balistique).
Le chevalier de Folard, voulant savoir
à quoi s'en tenir sur les effets de la catapulte , en fît faire une petite de dix pouces de long sur treize de large, avec laquelle il lançait une balle d'une livre de plomb a deux cent trente toises; le bandage était tendu sous l'angle de trente-six degrés.
Catbau-Cambhesis (le), jolie ville de l'ancien Cambresis, dont elle prétendait être la véritable capitale, est aujourd'hui le chef-lieu d'un des cantons du département du Nord, à vingt-cinq kilomet. de Cambrai. Le Cateau s'est formé de la réunion des deux villages de Péronne et de Vendelgies , où I evéque Halluis fit bâtir un château pour protéger les habitants. L'évêque Gérard l'r y fonda une abbaye en 1020.
Prise et brûlée, en 1 1 33 , par un seigneur nommé Maufilàtre, elle fut encore six fois prise et reprise dans le cours du quinzième siècle. Les Français la brûlèrent en 1654 , après la levée du siège de Cambrai ; elle fut cédée à la France par le traité de ISimègue, et eu 1793, les Autrichiens l'occupèrent pendant quelque temps. La popu- ■ lation actuelle du Cateau est ae six mille habitants. C'est la patrie du maréchal Mortier, duc de Trévise.
Cateau-Cambresis (combat du), appelé aussi combat de Catillon ou des Tbois villes. Les coalisés, persuadés que la campagne de 1794 serait le dernier coup à porter à la France, avaient réuni cent mille hommes autour de Landrecies. Toutes les attions de détail , dans les environs de cette ville, avaient été contraires aux Fran-
Saîs. Le comité de salut public oronna une attaque pour la délivrer.
Le général Chapuis lut charge de rassembler les troupes du camp de César et des postes voisins. Ces troupes, divisées en trois colonnes, se portèrent, le 7 avril 1794, sur les hauteurs du Cateau , où s'était retranché le duc d'York. Deux de ces colonnes atta-
Îjuèrent avec vigueur une redoute dépendue par les Anglais. Mais la résistance prolongeant le combat , elles furent tournées à leur gauche par un corps nombreux de troupes autrichiennes, et se virent forcées de se
retirer avec des pertes assez considérables. Landrecies, perdant alors tout espoir d'être secouru, capitula.
Cateau-Cambbesis (monnaie du).
Outre leur hôtel des monnaies de Cambrai, les évêques de cette ville en possédaient deux autres a Lambres et à Cateau-Cambresis. On connaît un denier et un gros au cavalier sortis des ateliers de cette dernière ville, appelée en latin Castrum San et se- Marias. Le denier date de la première moitié du onzième ou de la fin du dixième siècle; il porte d'un côté la légende castbvm autour d'une croix, aux branches de laquelle sont suspendus l'a et l'c*, et de I autre côté la légende se em a rie, en deux lignes, dans le champ. Le gros représente le type flamand d'un homme portant un pennon sur un cheval au galop; il a pour- légende : petrvs comes caméra ; au revers , une croix a branches égales; sigmvm cvbis en première légende dans le champ, puis au pourtour : moneta nova castelli m v , sans doute pour Costelli Marias. Si l'on ne connaissait pas l'habitude qu'avaient les seigneurs du moyen âge de copier les espèces de leurs voisins, et si les évêques de Cambrai n'avaient offert plus d une fois l'exemple d'une semblable fraude, on s'étonnerait du singulier tvpe adopté par Pierre III (1309- 1 323) où Pierre IV (1349-1368) , à qui appartient cette monnaie. Pourtant on dirait que le bon évéque a éprouvé une sorte de pudeur, car il a oublié son principal titre, celui d'episcopus, et n'a inscrit que sa dignité laïque de cornes.
Cateau-Cambresis (traités du).
Après la bataille de lira vélines, gagnée par le coin ! e d'Egmont sur le maréchal de Thermes, le 13 juillet 1558, le duc de Guise, qui venait de prendre Thionville, dans le Luxembourg, fut obligé de se retirer pour venir défendre la frontière de Picardie. Philippe II et Henri II vinrent se mettre a la téte de leurs armées , et l'on s'attendait à une bataille décisive. Mais les peuples étaient épuises, et désiraient vivement le repos. Des négociations furent ouvertes , et enfin , après six mois de
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pourparlers, deux traités furent signés a Cateau-Cambresis ; le premier fut conclu le 2 avril 1559, entre la reine d'Angleterre, d'une part, et le roi de, France, la reine d'Ecosse et le roi dauphin de l'autre. La clause capitale consistait dans la promesse de rendre Calais aux Anglais au bout de huit années, sinon le roi de France s'engageait à payer la somme de cinq cent mille écus; la reine d'Angleterre prétendait même, après le paiement de cette somme, conserver ses droits sur Calais, à moins qu'elle ne vînt ellemême à violer quelque article du traité; mais il était facile de comprendre que Ton n'avait aucune intention de remplir ce vague engagement, qui n'avait d'autre but que d'apaiser un peu le violent mécontentement que la prise de cette ville avait excite en Angleterre.
Le lendemain , 3 avril , un second traité fut signé entre les plénipotentiaires d'Espagne et de France. Les conditions furent humiliantes pour cette dernière puissance. Henri et Philippe convinrent de se rendre réciproquement toutes les places qu'ils avaient conquises l'un sur l'autredans les Pays-Bas et la Picardie. De plus, les Siennois, alliés fidèles et utiles de la France, furent livrés sans défense au duc de Florence, leur ennemi acharné. Les Corses, qu'on avait poussés à la révolte contre les Génois, furent trahis et abandonnés à leurs anciens maîtres. Henri devait en outre restituer toutes les places qu'il occupait en Toscane. Il rendait le Montferrat au duc de Mantoue, et au duc de Savoie tous ses États, excepté Turin, Quiers, Pignerol, Chivas et Villa-Nova, qui devaient rester entre les mains du roi jusqu'à ce qu'on eût réglé deliniti veinent ses droits à la succession de son aïeule, Louise de Savoie. « Il semble, dit M. de Sismondi, que les négociateurs français ne sentirent pas immédiatement toute l'étendue des concessions qu'ils avaient faites. Ils rendaient quatre places du Luxembourg au roi d'Espagne; ils en recevaient en retour trois de lui en Picardie. Us conser-
vaient les conquêtes importantes des trois é»êchés et de Calais, et ils renonçaient à l'Italie, qu'on avait souvent nommée le tombeau des Français. Ce fut seulement lorsqu'on vit revenir les garnisons du Piémont et de la Toscane qu'on fit le compte effrayant de rent quatre-vingt-neuf villes fortifiées que la France s'était obligée de rendre par cette paix, et qu'un déchaînement universel contre les négociateurs , contre Montmorenci et Saint- André en particulier, qui, tous deux prisonniers, avaient fait payer plus cher leur rançon à la France que celle de François 1er, fit taire l'expression de la joie que la paix devait inspirer après une guerre si longue et si calamiteuse (*). »
Deux mariages se célébrèrent peu de temps après ce traité : la fille de Henri II, Elisabeth, qui avait été fiancée à don Carlos, fils de Philippe II, épousa Philippe lui-même; et la sœur de Henri II, Marguerite, devint la femme du duc de Savoie. Le roi s'engagea à donner quatre cent mille écus de dot à sa fille, et trois cent mille à sa sœur.
Cateie ou Cateye, sorte d'arme de jet eu usage chez les Gaulois et les Teutons. Cette arme se lançait de près.
Catel (Charles-Simon), l'un des grands compositeurs de musique que la France a produits, naquit à l'Aigle en 1773. Entraîné par sa passion pour la musique, il vint à Pans, bien que fort jeune , et étudia sous la direction de Sacchini et deGossec. C'est a l'école de ce dernier qu'il apprit l'harmonie et la composition. En peu de temps, il parvint a pénétrer tous les secrets de la science , et put remplir diverses fonctions importantes. Il fut admis, en 1793, en qualité de chef de musique adjoint, dans le corps de musique de la garde nationale (depuis le Conservatoire), et consacra tout son talent a célébrer les actions héroïques de notre grande révolution. Il composa un grand nombre de morceaux
f) Do Sismondi , Histoire des Français, l. XVIII, p. 90.
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de musique pour nos régiments et les fêtes nationales. Jusqu'alors la musi-
Î|ue n'avait pas été employée dans les êtes publiques à exciter l'enthousiasme des citoyens; on ne savait comment exécuter, en plein air et pour un auditoire de trois ou quatre cent mille spectateurs, les morceaux composés pour les fêtes. Catel chercha et trouva le procédé qui consistait à bannir de l'orchestre les instruments à cordes, et à n'employer que des instruments à vent ou à percussion, et des chœurs. Il n'existait point de musique composée dans un pareil système ; Catel en composa. Le premier essai en fut fait le 1 1 messidor an u , et le succès fut immense.
Devenu, en l'an ni, profpsseur d'harmonieau Conservatoire demusique, Catel composa le Traité d'harmonie qui devait servir, dans cet établissement , à l'enseignement de cette science. Son système fut adopté par les professeurs, et l'ouvrage parut en 1802. « Ce livre a été pendant plus de vingt ans, dit M. Fétis , le seul guide des professeurs d'harmonie en France. » « L'ouvrage uia le plus contribué à la réputation e Catel , ajoute le même critique , est incontestablement son Traité d'harmonie. A l'époque où il l'écrivit, le système de Rameau était le seul qu'on connrtt en France; la plupart des professeurs du Conservatoire n'enseignaient même pas autre chose pendant les premières années de l'existence de cette école. Catel était trop habile dans la pratique de l'art d'écrire l'harmonie pour ne pas apercevoir les vices de ce système, » et bien que celui qu'il y a substitué ne soit pas à l'abri de toute critique, on doit aire qu'il fit faire un pas immense à la science de l'harmonie et contribua puissamment aux progrès de l'école française.
Comme compositeur de musique dramatique, Catel doit être aussi placé au premier rang parmi les Menu! , les Lesueur et les Berton. Il a donné à l Opera , Sémiramis , en trois actes, 1802; les Bayadères, en trois actes, TH10; ZirphUe et Fleur de Myrte, en deux actes, 1818; Alexandre chez
Apelle, ballet en deux actes, 1808.
L'Opéra-Comique lui doit : les Artistes par occasion, en un acte , 1807 ; F Auberge de Hagnères, en troisactes, 1807; les Aubergistes de qualité, en trois actes ; le Premier en date, en un acte ; JVallace, en trois actes, 1817; V Officier enlevé, en un acte, 1819. Lorsque l'opéra de Sémiramis fut joué , le- Conservatoire était, en raison de son caractère novateur et de son opposition aux vieilles routines, exposé à mille attaques. Catel surtout était l'objet de ces haines et de ces jalousies.
Sémiramis tomba, malgré la noblesse du chant et la pureté de l'harmonie.
V Auberge de Bagnért* était une composition trop forte, le style en était trop grand pour l'opéra-comique de cette époque; cette partition n'eut que peu de succès , et ce ne fut que plus tard , à la reprise, que l'on comprit et que l'on appréciacechef-d'œuvre.Letriodes.-/r/i5tes par occasion est resté un morceau classique ; et il excite toujours de sincères applaudissements aux concerts du Conservatoire. L'opéra de IVallace est, dit-on, le chef-d'œuvre de Catel : aussi est-il le moins connu de tous.
A ce sujet, nous ne saurions trop blâmer l'insouciance du public français ; l'ingratitude, l'indifférence qu'il témoigne à tous nos artistes; et cela, en même temps qu'il admire, sur parole, le M oindre artiste étranger.
Certes, le nom de Catel est trop célèbre pour tomber jamais dans l'oubli ; mais il devrait être populaire, tandis qu'il est encore peu connu en France.
En revanche, beaucoup le copient et le pillent hors de ce pays.
Catelet ( le ) , Casfellehtm, petite ville de l'ancien Cambresis , à deux my« riamètres de Saint - Quentin , aujourd'hui comprise dans le département de l'Aisne. Le Catelet doit son nom à une forteresse bâtie, en 1520, par François Ier. Les Espagnols s'en emparèrent en 1557, et l'occupèrent jusqu'au traité de Cateau-Cambrésis , en 1559. Ils y entrèrent par capitulation en 1595, après un siège d'une semaine, et un assaut, et le rendirent en 1598, par le traite de Vervins. En 1636 $an«
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FRANCE
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née de Corbie)* cette place revit encore les Espagnols joints aux Impériaux , et se rendit précipitamment. Le gouverneur Saint- Léger fut condamne par contumace à être écartelé. Reprise d'assaut en septembre 1638, la ville du Catelet retomba, le 14 mai IG50, au pouvoir de ses éternels agresseurs.
Cinq ans après , les Français y entrèrent à la suite d'un assaut, et passèrent la garnison au fil de l'épée. Les fortifications du Catelet furent enfin rasées en 1674. La population de cette ville est aujourd'hui de six cent dix habitants.
Catellan, nom d'une famille originaire d'Italie, mais qui , dès le dixseptième siècle, était déjà depuis longtemps en France. Cette famille a fourni plusieurs présidents, douze conseillers au parlement de Toulouse, et plusieurs éveques. Parmi les membres les plus distingués , nous devons citer Jean de Catellan , conseiller au parlement de Toulouse, mort en 17O0, auteur d'un Recueil des arrêts du parlement de Toulouse, publié dans cette ville en 1703, et souvent réimprimé depuis; et Jean de Catellan , évéque de Valence , mort en 1725, auteur d'un livre fort estimé , intitulé : Antiquités de l'église de faïence f 1724, in -4°.
Cathédrale , du grec xaftâpa, chaire, parce qu'une cathédrale est un temple où se trouve la chaire de l'évêque. C'est donc l'église principale d'un diocèse ; et il semble que l'histoire d'une chose dont le nom a une signification aussi claire et aussi précise ne devrait offrir aucun embarras. Il n'en est pas ainsi pourtant ; on croitque c'est au dixième siècle que le nom de cathédrale a remplacé celui de basilique; mais l'on ne sait pas au juste ce
2ui sépare ces deux espèces d'édifices, ependant, on se sert plus fréquemment du mot basilique pour les temples de style roman , tandis que l'on entend ordinairement par cathédrale un temple de style gothique. Nous avons donné, aux articles Basiliques et Beaux-Abts, tous les détails relatifs a l'histoire artistique des ca-
thédrales. Nous y renvoyons le lecteur.
Cathelineau ( Jacques ), généralissime des armées vendéennes , né en 1759, au bourg de Pin-en-Mauge ( Maine-et-Loire ) , était un pauvre marchand de laines, selon d'autres un tisserand, et vivait tranquillement au sein de sa famille , où il se faisait remarquer par sa dévotion , lorsqu'un événement imprévu vint le tirer de l'obscurité. Les jeunes gens du district de Saint-Florent, ayant été rassemblés au mois de mars 1793 , pour tirer au sort , par suite du décret de la Convention, qui ordonnait la levée de trois cent mille hommes, se soulevèrent contre les autorités, battirent et dispersèrent la force armée , puis retournèrent tranquillement chez eux.
Cathelineau ayant appris le lendemain les événements , abandonne sa chaumière, malgré les supplications de sa femme, rassemble , harangue ses voisins et leur persuade que le seul moyen de se soustraire au châtiment qui' les attend est de prendre ouvertement les armes et de chasser les républicains.
Vingt-sept jeunes gens le suivent , s'arment à la hâte de tous les instruments qui leur tombent sous la main et marchent sur Jallais, en sonnant le tocsin , et en recrutant une foule de paysans qu'entraîne ta voix de Cathelineau ; arrivé devant Jallais, qui était défendu par quatre • vingts républicains et une pièce de canon , il s'empare du poste et enlevé la pièce. Bientôt Chemillé est aussi emporté après une assez vive résistance- Cet exploit exalte toutes les têtes , de nombreux renforts viennent encore accroître la troupe de Cathelineau ; dès le 14 mars, il compte déjà trois mille hommes sous ses ordres, et le 15, il se présente devant Chollet , où il est encore vainqueur. C'est alors que l'importance toujours croissante de la révolte décida les Vendéens à choisir pour chefs Bonchamp et d'KIbée. Cathelineau ne sert plus alors que sous les ordres de ces nobles seigneurs, mais il conserve encore un rang important et une immense influence sur
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les paysans qui le chérissent et le surnomment le saint d'Anjou, et il combat avec sa bravoure ordinaire à Vihiers, Chemillé, Vezins, Beaupréau, Tbouars, Parthenay, la Chateigneraie, Vouvant, Fontenay, Concourson, Montreuil et Saumur (voyez tous ces articles). Après la prise'de cette dernière ville, l'insurrection,d'abord moinsheureuse sous les ordres de la noblesse que sous ses anciens chefs , avait pris un tel degré d'importance , que les chefs royalistes , a la téte desquels était Lescure , crurent devoir , pour assurer l'accord dans leurs opérations, confier le commandement à un seul.
Ils choisirent Cathelineau , dont ils redoutaient peu l'influence , et dont l'élévation devait d'ailleurs flatter les paysans. Le pauvre tisserand, simple et "modeste , dut se rendre au vœu général. Le 27 juin 1793 , il se présenta devant la ville de Nantes , à la téte de quatre-vingt mille hommes, tandis que Charette devait le seconder avec trente mille insurgés du bas Poitou. Mais cette formidable expédition était mal combinée; elle vint échouer contre les courageux efforts des habitants et d'une faible garnison de trois mille hommes. Apres avoir tenté plusieurs attaques et combattu avec acharnement pendant toute la journée du 29 , Cathelineau fut renverse de cheval par une balle. Cet événement ralentit tout à coup l'ardeur des rebelles, qui bientôt plièrent devant les républicains, se dispersèrent et franchirent la Loire. Cathelineau fut emporté à Saint-Florent et ne survécut que douze jours à sa blessure.
Catherine de Bourbon , princesse de Navarre , sœur de Henri IV, naquit à Paris en 1558. Son amour pour le comte de Soissons, dont elle était la cousine germaine , et son mariage avec le<luc de Bar, Henri de Lorraine, firent le malheur de sa vie.
Des motifs politiques avaient déterminé Henri IV à la donner au duc de Bar qui l'épousa en 1599; mais eile ne céda qu'à regret, et elle ne craignit 'pas de répondre à un courtisan qui la complimentait sur sou union : « Peut-
« être y a-t-il de grands avantages; mais « je n'y trouve pas mon compte. » Aussitôt après son départ , le chagrin s'empara d'elle, et, après bien des ennuis domestiques auxquels ses amours ne furent pas étrangers , elle mourut sans postérité , à Nancy, le 13 février 1604. Sa conduite ne" fut peut-être pas toujours à l'abri du reproche ; mais , quoique un peu romanesque, son cœur était bon, et sa douceur lui valut des regrets unanimes.
Elle aimait beaucoup la poésie , et y réussissait quelquefois. Lne Histoire secrète de Catherine de Bourbon, duchesse du Bar, et du comte de Solssotu a été publiée par mademoiselle Caumont de la Force.
Catherine de France, fille de Charles VI et d'Isabeau de Bavière, née en 1401, épousa en 1420 Henri V, roi d'Angleterre. En conséquence de ce mariage, et conformément aux stipulations de l'infâme traite de Troyes (voyez ce mot), ce prince fut proclamé récent du royaume pendant la vie de Charles VI , "et son successeur après sa mort. Mais il mourut avant son beau-père (1422). Sa veuve épousa un simple gentilhomme du pays de Galles, nommé sir Owen Tudor, que le duc de Glocester (it mourir pour avoir osé épouser une reine douairière d'Angleterre. Cependant trois lils étaient nés de ce mariage, et après les guerres civiles des deux Roses, la maison des Tudors parvint à conquérir le trône d'Angleterre qu'elle occupa pendant plus d'un siècle. Catherine mourut en
Catherine de Médicis naquit à Florence le 15 avril 1519, de Laurent de Médicis, duc d'Urbin, et de Madeleine de la Tour d'Auvergne , comtesse de Boulogne. Elle était, par conséquent, moitié Italienne, moitié Française ; mais elle était Italienne avant tout par le cœur et par la pensée. Elle vint en France, ayant à peine accompli sa quatorzième année , et y mourut le 5 janvier 1589 , à l'Age de soixante et dix ans. Mariée le 28 octobre 1534 à Henri , duc d'Orléans, second fils de François 1er, et n'ayant
cessé de vivre que peu de temps avant Henri III, elle fut mêlée directement ou indirectement aux affaires de notre pays pendant plus d'un demi - siècle. Successivement princesse royale, épouse du roi régnant , régente et reine mère , elle fut témoin des funérailles de François Ier, son beaupère , de Henri II , son époux , de François II et de Charles IX ses fils, et il s'en fallut de quelques mois seulement qu'elle ne vît mourir aussi Henri III, le dernier de ses enfants mâles. Étrange destinée que celle de cette princesse qui traversa près de cinq règnes, et qui, après être restée dix ans sans avoir eu d'enfants, survécut à deux rois ses fils , et suivit l'autre jusqu'à la porte du tombeau !
Que de grandes choses n'aurait pas pu accomplir une femme de cœur et de génie dans le cours d'une si longue existence ! Mais malheureusement Catherine de Médicis vécut à une époque de crise révolutionnaire où le salut même de la France était en question ; et loin d'avoir les qualités éminentes des grands caractères qui dominent les situations difficiles , elle s'étudia à profiter des événements et non à les diriger. Elle eut surtout le malheur de vivre dans un moment où le livre du Prince de Machiavel exerçait sur les esprits un pernicieux empiré. La doctrine contenue dans cet ouvrage était loin d'étrenouvelle ; mais les ruses du despotisme, pour la première fois professées en public, y étaient mises a la portée et à la disposition de tous les ambitieux qui sauraient s'en servir. L'intention de Machiavel, en prenant la plume, était au moins autant de faire la satire des rois que d'apprendre à quelque prince l'art de créer en Italie une dictature qui aurait permis à ce pays de constituer son unité a l'exemple de la France, et de se débarrasser enfin du joug si pesant de l'Allemagne. Mais il manqua son but; son livre, loin de sauver l'Italie , rendit plus habiles les tyrans qui l'opprimaient, et il enseigna aux souverains des autres nations une politique vers laquelle ne les portaient que trop les progrès incessants du
matérialisme. Enfin, comme, pour atteindre un but louable en lui-même, il n'avait montré quede mauvais moyens, la postérité le châtia en infligeant le nom de machiavélisme à une doctrine dont il n'avait point été l'auteur, qu'il ne fit qu ériger en système, sans doute pour la rendre plus odieuse, mais qui du reste n'avait pas le mérite de la nouveauté, car les potentats de l'Asie, et particulièrement les sultans de Constantinople, en savaient sur ce point autant que lui et que tous les profonds politiques de l'école italienne.
Soit qu'il eût voulu désigner à l'indignation publique la famille qui régnait à Florence, soit qu'il eût sérieusement espéré de trouver dans son sein ce prince nui devait réunir toutes les principautés et toutes les républiques de l'Italie en un seul corps de nation et purger ce pays de l'invasion étrangère, c'était aux Médicis qu'il avait dédié son livre. Catherine se trouvait donc exposée plus que tout autre à la séduction. Digne héritière de sa famille, elle adopta comme une tradition paternelle plutôt que comme une nouveauté les conseils de Machiavel , dont elle fit l'application , à son regret peut-être, non pas en Italie, mais en France. Elle prit au mot le livre du Prince, qui devint son Évangile. Dès lors, elle se crut autorisée à activer la guerre civile en France, au lieu de regarder comme un devoir de l'étouffer. Jamais la devise du maître : Diriser pour régner, ne fut mise en pratique sur uu aussi grand théâtre et peut-être par un disciple aussi habile. Étrangère dans un pays où la loi exclut les femmes de la succession à la couronne , elle ne désespéra pas de profiter de l'anomalie qui les admet à la régence pour s'emparer du pouvoir suprême, seul objet de son ambition. Pour régner , elle usa toutes les ressources de la dissimulation , <ie l'intrigue et même du crime. Pour régner , elle commença par diviser les protestants et les catholiques, le parlement et la cour, les bourgeois et les nobles , puis elle finit
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par donner le signal de la Saint-Bar- cibles, elle jeta dans l'ombre '.es bases
thélemy. Pour régner, non contente de sa grandeur future. Elle avait un
de diviser, de corrompre et d'exter- peu plus de quatorze ans , lorsqu'une
miner tour à tour les différents par- combinaison politique décida Kran-
tis qu'elle avait encouragés, elle di- cois 1er à la donner pour épouse a son
visa, elle fit plus, elle corrompit second fils, qui ne comptait que quel-
ses propres enfants ; peut-être même ques mois de plus. Son jeune âge la
elle attenta indirectement aux jours mettait donc hors d'état de tirer d'a-
de quelques-uns d'entre eux. Mais bord un parti avantageux de son ma-
grâce à Dieu , les résultats aux- riage , et d'ailleurs , la mort du pape
quel» aboutit l'ambition effrénée de Clément VII , son oncle, qui descendit
cette femme qui étouffa dans son sein dans la tombe environ un an après
jusqu'aux sentiments de la nature, l'avoir mariée, ia laissa bientôt sans
ont donné à la doctrine impie qu'elle protection à la cour,
suivait à la lettre le démenti le plus Elle avait apporté pour toute dot
manifeste. Après avoir mis tant de per- cent mille écus en argent comptant ,
sévérance dans le mal , Catherine de et les biens situés en France de Ma-
Medicis mourut, méprisée par le fils qui deleine de la Tour-d'Auvergne, sa
luirestait,exécreeparlepeuplcfrancais, mère, lesquels ne valaient pas davan-
privée d'influence politique et presque tage. Il est vrai que l'ambassadeur de
dans la disgrâce. Si elle eut vécu quel- la cour de Rome avait dit aux courti-
qties années de plus , elle eût ajouté sans , qui s'étonnaient qu'elle ne fût
encore une mauvaise action à sa vie, pas plus richement dotée : « Vous ne
déjà remplie de tant de scandales; voyez donc pas qu'elle apporte encore
et de s'y cramponner jusqu'à sa der- appât que Clément VII avait présenté
nière heure. Mais là encore, malgré son à François Tr, pour le détacher de
machiavélisme, elle était le jouet de ses l'alliance de Henri VIII, et l'empê-
propres illusions : un terrible chati- cher d'entrer dans le mouvement de
ment l'attendait ; elle eût infaillible- la réforme , vers laquelle il penchait,
ment succombé soit sous les coups de Mais la mort empêcha Clément VU
la ligue , soit sous ceux de Henri IV, de nous aider à conquérir les trois
qui, aussi bien que les ligueurs, avait joyaux en question , conquête qu'il
le bras levé sur sa tête. n'aurait sans doute pas vue avec niai-
Ce ne fut guère qu'à la mort de son sir , et la dot de Catherine de Medicis
fils François II que Catherine de Mé- se trouva réduite à un apport d'environ
dicis parvint à prendre la haute main deux cent mille écus. Toutefois , son
dans le maniement des affaires, en de- mariage eut cela de particulier, qu'il
venant régente pendant la minorité marqua l'époque où François Ier cessa
de son second fils, Charles IX. Jusque- de flotter entre la réforme et le catholi-
là , elfe n'avait joué qu'un rôle subal- cisme. Depuis, ce prince s'allia encore
terne. Perdue parmi les autres dames avec les protestants et avec les Turcs,
de la cour, sous le règnede François Ier, pour se défendre contre Charles-Quint;
longtemps effacée par Diane de Poi- mais, à l'intérieur, il se montra de
tiers , sous le règne de Henri II , elle plus en plus attaché à la religion ca-
avait dû céder le pas à Marie Stuart tholique et ennemi de la réforme. S'il
et aux Guises , sous le règne si court s'était prononcé pour les calvinistes ,
de François II. Cependant , si l'on c'en était fait de la France. Les atta-
veut étudier son caractère, cette pé- ques de Charles-Quint et les empié-
riode de temps , en apparence perdue tements inévitables de la noblesse
pour l'ambition , n'est pas la moins auraient amené le démembrement de
importante ; c'est celle où , environ- la monarchie, que la conservation des
née d'obstacles qui semblaient invin- principes d'unité royale et d'unité ré-
elle eût ou détrôné ou avili son fils pour le seul plaisir de rentrer au pouvoir
ligieuse préserva seule de ce malheur.
Aussi Catherine de Médicis, qui avait été le gage de ce retour vers la papauté, manifesta t-elle dans le principe autant de ferveur pour les devoirs du catholicisme que pour les plaisirs de la chasse , amusement favori de François Içr.
Cependant sa position à la cour était d'autant plus précaire que son époux infidèle ne tarda pas à lui donner une rivale , et qu'elle-même resta stérile pendant dix ans. Que de ménage* menU, que de ruses ne lui fallut-il pas pour éviter le divorce, surtout après que la mort du dauphin, empoisonné par elle, dit-on , eut placé Henri sur le premier degré du trône! Flatter François Ier, s'associer à tous ses plaisirs , l'entretenir dans l'amour des lettres et des beaux-arts, pour lesquels il avait eu un penchant si vif, le charmer par les agréments d'une conversation non moins profonde que brillante , témoigner la plus vive affection à la duchesse d'Étampes , sa maîtresse ; tel fut le système qu'elle adopta pour désarmer lé père. Elle ne fut pas moins adroite avec le fils. Fermant les yeux sur toutes ses galanteries , elle redoubla pour lui de prévenances et de marques d'amour ; elle vécut en bonne intelligence avec Diane de Poitiers ; elle feignit d'aimer la maîtresse de son mari. Sans doute, elle n'oublia pas non plus de rappeler au roi et à celui qui devait lui succéder, que, dans la famille des Médicis, les femmes tardaient ordinairement à être mères , mais qu'elles finissaient par avoir une nombreuse postérité, et qu'ainsi sa stérilité n'était qu'apparente, comme celle des autres femmes de sa famille.
Dans tous les cas, elle fit si bien qu'elle évita le divorce , dont elle fut longtemps menacée.
Lorsque, trois ans après l'avénemeut de Henri II à la couronne, elle eut mis un fils au monde , elle s'occupa du soin de son éducation, de manière ti ne jamais lui permettre de s'affranchir de la tutelle maternelle.
Elle se conduisit de même à l'égard des deux autres fils et des deux filles
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qu'elle eut plus tard. On ne saurait croire jusqu'où , dans l'intérêt de son ambition , cette femme poussait la rigidité envers ses enfants, et quel empire elle avait pris sur eux. Le passage qui suit, extrait des mémoires de la reine Marguerite , femme de Henri IV , en fera juger. Voici comment son frère , le due d'Anjou , peu avant la bataille de Moncontour, la pria de le maintenir, pendant son absence, en faveur auprès de la reine mère. « Ma sœur, dit le duc d'Anjou , « je vous connais assez, d'esprit et de « jugement pour me pouvoir servir « auprès de la revue ma mère, et pour « me maintenir en la faveur où je « suis. Or, mon principal appuv est « d'estre conservé en sa bonne grâce.
« Je crains que l'absence n'y nuise ; « et, toutes fois, la guerre et la charge « quej'av me contraignent d'être pres- « que toujours esloigné. Cependant « le roy mon frère est toujours au- « près d'elle, la flatte, et lui complaist « sans cesse. Je crains qu'à la longue « cela ne me porte préjudice. En cette « appréhension , songeant les moyens « pour y remédier, je trouve qu'il est « nécessaire d'avoir quelques person- « nés très-fideles , qui tiennent mon « party près de la reyne ma mère. Je « n'en connois point de si propre « comme vous , que je tiens comme « un second moy-même. Pourveu que «• vous me vouliez tant obliger que « d'y apporter de la subjection (vous « priant d'être toujours à son lever , « a son cabinet et à son coucher, bref « tout le jour) ; cela l'obligera de com- « muniquer à vous. Parlez-Iuy avec « assurance , comme vous faites à « moy , et croyez qu'elle vous aura « agréable ; ce vous sera un grand- <* heur et bonheur d'estre aimée d'elle. « Vous ferez beaucoup pour vous et « pour moy: et moy je vous tiendrai, « après Dieu , pour la conservation de « ma bonne fortune. » — Ce langage « me fust fort nouveau , pour avoir « jusques alors vécu sans dessein , et « avoir été nourrie avec telle con- « trainle auprès de la reine ma mère , « que non-seulement je ne lui osois
• parler ; mais quand elle me regar- « doit, je transissois de peur d'avoir « fait quelque chose qui lui dépleust.
« Peu s'en fallut que je ne luy répon- « dise comme Moïse a Dieu, en la vi- « sion du buisson : Que suis-je, moy ? m envoyé celuy que tu dois envoyer.
« Toutes fois, trouvant en moy ce que « je ne prnsois pas qui y fust . ces pa- « rôles me pleurent , et me sembla à « l'instant que i'estois transformée, « et que j'estois devenue quelque chose «» de plus que je n'avois este jusques « alors. Tellement que je commençay « a prendre conliance en moy-même , « et luy dis : « Mon frère, si Dieu me « donne la capacité et la hardiesse de a parler à la reyne ma mere, comme ■ j]ay la volonté de vous servir en ce « q*ue vous désirez de moy, ne doutez « point que vous n'en retiriez l'utilité « et le contentement que vous vous en « estes proposé. »
Ce duc d Anjou , qui parlait si timidement de sa mère, devint roi plus tard, sous le nom de Henri 111, et osa se soustraire à son joug. Comme il l'avait prévu, Catherine de Medicis, trop heureuse de pouvoir se servir des confidences de ses enfants, pour les tenir toujours désunis , autorisa Marguerite à rester près d'elle et à lui parler librement. «« Ces paroles , » ajoute Marguerite dans ses Mémoires, «firent ressentir à mon âme ce « qu'elle n'avoit jamais ressenti , un « contentement si démesuré, qu'il me « sembloit que tous les contentements « que j'avois eus jusqu'alors n'estoient « que l'ombre de ce bien. J'obéis à cet « agréable commandement , ne inan- « qu;mt un seul jour d estre des pre- « mières à son lever et des dernières « à son coucher. Elle me faisoit cet « honneur de me parler quelquefois « deux ou trois heures , et Dieu me « faisoit cette grâce, qu'elle restoitsi « satisfaite de moy , qu'elle ne s'en « pouvoit assez louer à ses femmes. »
L'ascendant maternel s'exerça-t-il jamais avec plus de tyrannie ? Lorsque le duc d'Anjou, devenu roi , refusa d'imiter la condescendance de Charles IX , Catherine de Médicis le
fit trembler sur le trône, en lui opposant la princesse Claude , son autre sœur, mariée au duc de Lorraine, et en le menaçant de la faire couronner à sa place ,* s'il persévérait dans ses sentiments d'indépendance.
On devine ce que devait être à l'égard des personnages politiques qui lui portaient ombrage , la conduite d'une femme qui comprenait ainsi les devoirs de la maternité. Entourée d'une troupe d'empoisonneurs et de sicairesqu'elleavait fait venir d'Italie, et d'un essaim de jolies femmes qui composaient son entourage, Catherine de Médicis se défaisait de ceux que la séduction ne pouvait atteindre. Elle flattait, promettait, menaçait, suivant le besoin des circonstances, et savait même se prêter à des amours qu'elle croyait nécessaires.
Sous le règne de Henri II, elle eut des rapports d'intimité avec le cardinal de Lorraine , dont la protection lui fut extrêmement utile. Elle était fort belle , galante comme toutes les grandes dames de ce temps , mais audessus de ses passions, elle s'en servait plutôt qu'elle ne leur obéissait. Le portrait qu'en a tracé Varillas est trop ressemblant pour que nous le passions sous silence. « Catherine, dit-il , avait la taille admirable; la majesté de son visage n'en diminuait pas la douceur ; elle surpassait les autres dames de son siècle par la blancheur du teint , par la vivacité des yeux ; quoiqu'elle changeât souvent d'habits, toutes sortes de parures lui seyaient si bien , qu'on ne pouvait discerner celle qui lui était la plus avantageuse. Le beau tour de ses jambes lui faisait prendre plaisir à porter des bas de soie bien tirés ; et ce fut pour les montrer , qu'elle inventa la mo le de monter nu-jambes sur le pommeau de la selle, en allant sur les haquenées , au lieu d'aller, comme on disait, à la planchette (*). Elle inventait de temps en
(*) La planchelle était un large éirier d'oi ou d'argent sur lequel les dames posaient les deu\ pieds; elles se trouvaient ainsi assises de côte sur le cheval. Aujourd'hui encore cet
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temps des modes également galantes et superbes ; et comme on ne vit jamais un si grand nombre de belles dames qu'elle en eut à sa suite, on ne la vît jamais plus brillante. Il semblait que la nature lui eût donné toutes les vertus et tous les vices de ses ancêtres. Elle avait rattachement de Corne le Vieux pour l'argent; mais elle ne le ménageait pas mieux que Pierre l«r, fils de Corne, son trisaïeul. Elle était magnifique au delà de ce qu'on avait vu dans les siècles précédents, comme Laurent, son bisaïeul, et n'était pas inoins raffinée en politique ; mais elle n'avait ni la droiture de ses sentiments, ni sa libéralité p -ur les beaux esprits. Son ambition ne cédait point à celle de Pierre II , son aïeul ; et , pour régner , elle ne mettait pas plus de différence que lui entre les moyens légitimes et ceux qui sont défendus.
Les divertissements avaient des charmes pour elle ; mais elle ne les aimait , a l'exemple de Laurent , sou
S ère , qu'à proportion de la dépense ont ils étaient accompagnés.
Elle était quelquefois fort leste dans ses façons et dans ses propos, s'il faut s'en rapporter au passage suivant de Brantôme : « Elle prenoit grand goût aux paulahns , et y rioit son saodl ; car elle rioit volontiers , et de son naturel, elle étoit joviale et aimoit a dire le mot. »
Henri II, dominé par Diane de Poitiers, tint d'abord Catherine de Médicis éloignée du pouvoir; cependant il
8araît qu'elle finit par gagner sa conance , car il lui remit l'administration du royaume en 1552, lorsqu'il partit pour l'expédition de Lorraine.
A la vérité, il lui adjoignit un conseil de régence ; mais elle n'en ramena pas moins à elle tonte l'autorité.
Dans ce premier passage aux affaires, elle ébaucha le système qu'elle devait développer plus tard avec tant d'impunité. En trompant tous les
usage s'est conservé dans quelques province, notamment en Picardie, où les jw) saunes posent le* pied* sur une véiilable planchette.
princes qui s'étaient ligués contre elle, elle eut l'adresse de les diviser. Henri II étant mort peu de temps après son retour , Catherine s'efforça de garder les rênes du gouvernement, ue ne pouvait tenir la main débile e son fils François II. Le succès trompa son attente. Elle n'eut la main heureuse que contre le faible Antoine de Bourbon , roi de Navarre , qui , en sa qualité de chef des huguenots, voulait s'emparer de la direction des affaires. Connaissant l'ascendant des femmes sur ce prince et sur son frère le prince de Coudé, elle confia le soin de les séduire à deux de ses confidentes , mesdemoiselles de Llmeuil "t de Rouet, dont la beauté en effet triompha de tous les obstacles.
Mais elle-même fut bientôt le jouet des Guises, qui, après avoir fait cause commune avec elle contre les huguenots, dev inrent assez redoutables pour entreprendre de porter la main sur la couronne. Alors elle passa du côté des
firotestants et s'allia avec les Châtiions, qui reconnaissaient pour chefs le roi de ISavarre et le prince de Conde, l'un et l'autre vaincus par les Guises et emprisonnés. Sur ces entrefaites, François II , bien qu'il eût subi l'aseendant de Mûrie Stuart, sa jeune et belle épouse , qui elle-même subissait l'ascendant des Guises , mourut empoisonné par un valet qui avait été au service de cette famille , plus ambitieuse encore que catholique. Cette mort soudaine rendit la liberté au roi de Navarre et au prince de Conde dont la vie était menacée , et la lutte pour la possession du pouvoir recommença de plus belle.
Cette fois encore, Catherine de Médicis se débarrassa facilement des prétentions du roi de Navarre, qui se désista de son droit à la régence pour la charge de lieutenant général du royaume. Elle eut plus de peine à gagner les états généraux qui avaient été convoqués a Orléans. Eux seuls avaient le droit de conférer la régence, et ils étaient peu disposés à remettre l'exercice du pouvoir à une étrangère. Lorsque Catherine eut ob-
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L'UNIVERS
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tenu le désistement du roi de Navarre, pour lequel penchaient les états généraux, elle mit en usage toutes les ressources de l'intrigue; puis, profitant de la considération qu'avait l'assemblée pour le chancelier de l'Hôpital , elle se présenta aux députés et se fit investir du droit d'exercer la régence pour son fils, le jeune Charles IX, qui n'avait pas encore atteint sa dixième année.
A peine reconnue comme régente, elleentreprit de ruiner la prépondérance que la conjuration d'Amboise avait donnée au parti des Guises. Contre-balancer les catholiques et les protestants
f>our avoir raison de leurs chefs qui , es uns et les autres, nourrissaient une arrière-pensée d'usurpation, tel fut son système politique. C était le plus conforme à son caractère et aux principes qu'elle avait puisés dans la lecture de Machiavel; mais c'était aussi le plus mauvais. La situation était d'ailleurs devenue extrêmement difficile. Que ce fussent les princes protestants ou les Guises qui prissent le dessus, c'en était fait du pouvoirde Catherine deMédicis, de l'ancienne dynastie, représentée par un roi mineur : la conjuration d'Amboise et la mort de François II ne laissent pas dedouteàeet égard. Mais si les chefs du parti novateur et ceux du parti catholique avaient acquis autant d'importance , c'était parce que la nation elle-même se trouvait divisée en deux partis, que les ambitieux exploitaient sans les avoir fait naître. Il ne s'agissait de rien moins que de savoir si l'ancienne religion de l'État serait remplacée par une autre , comme en Angleterre et dans certains pays de l'Allemagne. Les calvinistes avaient beau ne demander pour leur culte que le bienfait de la tolérance, le bon sens de la nation comprenait parfaitement que ce premier pas ne pourrait manquer d'en amener un autre.
Et puis, en supposant même que les calvinistes , une fois reconnus, n'eussent pas voulu étendre plus loin leur triomphe, que serait devenue l'unité nationale? On aurait vu une France catholique et une France protestante;
il n'y aurait plus eu de nation française. Le parti vraiment national, qui ne parut sur la scène que deux siècles après, n'était encore représenté que par quelques hommes, vertueux, il est vrai, comme le chancelier de l'Hôpital , mais en si petit nombre qu'ils ne pouvaient rien par eux-mêmes. L'immense majorité du peuple était catholique; le calvinisme ne recrutait guère ses adeptes que dans les rangs de la noblesse, et les progrès de cette doctrine étaient le résultat d'intrigues politiques beaucoup plutôt que d'un mouvement religieux. Le pouvoir monarchique , autant par système que par conviction, devait donc rester fidèle au catholicisme , qui lui avait prêté une si grande force pour commencer l'unité politique de la France, et sans lequel cette unité ne pouvait désormais subsister. C'est ainsi que l'avaient entendu François 1er et son successeur Henri II. Le problème était déjà résolu, et, seule, Catherine de Médicis, sans comprendre la portéede ses actes, avait tout remis en question. Pour l'excuser, on ne peut même pas prétendre qu'elle subissait l'ascendant du parti des tolérants, dont le vénérable l'Hôpital était le chef, et qui reçut plus tard le nom de parti (les
f)olitiques. Catherine utilisa, il est vrai, es talents et les vertus du chancelier, tant qu'elle crut en avoir besoin; mais bien loin de nourrir les mêmes illusions que lui, elle l'abandonna du moment qu'elle se sentit capable de se passer de son assistance, et dès lors, elle ne fit plus aucune attention à lui. H faut avouer aussi que les projets du chancelier, quelque généreux qu'ils fussent, étaient bien prématurés. Ce qui le prouve , même sans parler de l'abjuration de Henri IV , c'est que , longtemps après, ce parti des politiques dont l'Hôpital fut le précurseur, mais dont Richelieu devait être le chef, jugea encore nécessaire de s'aider du catholicisme pour consolider l'unité nationale de la France. Ainsi Catherine de Médicis n'avaitaucun motif pour abandonner la politique de François Tr etde Hem i II. Si elle s'en sépara, c'est parce que
ne comprenant rien aux idées qui agi- et néanmoins, sans le poignard de .fartaient et entraînaient la masse de la ques Clément, on ne peut pas trop nation, elle ne vit que les intrigues prévoir ce qui serait arrivé, des Guises et des princes protes- Mais Catherine de Médicis se protants pour arriver au trône; elle ne posait de régner bien plus que de suivit, en un mot, que la superficie vre les errements de l'ancienne modes choses. Les Guises, dira-t-on narchie. Que lui importait l'avenir de peut-être , l'avaient devancée , ils s'é- la France? Que lui importait Teffutaient mis à la tête du parti catholi* sion du sang français ? Elle-même a que. Cela est vrai ; mais ce qui l'est pris soin de résumer son caractère en aussi , c'est que les Guises n'avaient un mot : Soit , pourvu que je règne. pu se parer au titre de protecteurs On connaît le scepticisme religieux de de la religion de l'État que parce que la femme qui a ordonné le massacre Catherine de Médicis, malgré l'exem- de la Saint-Barthélémy. A la bataille pie de François Ier et de Henri II, s'é- de Dreux, la victoire qui avait d'atait rangée du côté des protestants, bord penché du côté des protestants, ou plutôt avait adopté un système fut ramenée, après un nouvel engagede bascule qui leur était favorable, ment, sous les drapeaux des catholi- Cest lors de sa première régence, en ques par l'audace du duc de Guise. Un 1552, qu'elle était ouvertement en- courrier étant venu annoncer à la trée dans cette voie funeste. Les Gui- cour la nouvelle de l'avantage remses avaient habilement profité de la porté par les protestants , Catherine faute qu'elle avait commise ; c'est ef- de Médicis s'écria : « Eh bien ! nous fectivement à partir de cette époque entendrons la messe en français. » qu'ils commencèrent à acquérir une Lorsqu'un, second courrier vint appopularité toujours croissante, et que prendre la brillante manière dont le n'expliqueraient pas suffisamment les duc de Guise avait relevé l'honneur succès du duc de Guise , dans l'expé- des catholiques, elle changea brusquedition de Lorraine sous Henri II. Au ment de langage, et manifesta la plus commencement du règne de Char- grande joie de ce bonheur inespéré, les IX, Catherine de Médicis aurait Ce trait peint Catherine de Médicis encore pu réparer le mal que ses aber- entière.
rations avaient causé. Si elle s'était, Quand les calvinistes , grâce au alors, franchement déclarée pour le concours qu'elle leur avait prêté, euparti catholique, qui était aussi le parti rent grandi en nombre et en puisnational, le peuple, oubliantqu'elleétait sance, elle fut la première à conseiller étrangère, se serait bien viteralliésous à Charles IX de donner son approbale drapeau de la mère du monarque tion à l'horrible guet - apens qu'elle légitime. La révélation des intelligences avait médité contre eux. En agissant secrètes entretenues par lesGuises avec ainsi, elle cédait probablemement aux la cour de Rome et avec l'Espagne injonctions de l'Espagne , de la cour aurait fait tomber le masque dont se de Rome et de la faction des Guises , couvraient ces ambitieux ; quant aux que toutes ses intrigues n'avaient pu
Srinces protestants, le peu de faveur empêcher de se fortifier. Effrayés des
ont ils jouissaient auprès des masses progrès accomplis par la secte nou-
ne leur aurait pas permis de travailler velle , exaspérés par les cruautés
longtemps avec impunité au démem- qu'elle avait commises dans plusieurs
brement de la France , ou , pour le occasions et par la morgue anstocrati-
moins, au retour de la monarchie que de ses chefs, les catholiques étaient
féodale. Lorsque Henri III revint à décidés plus que jamais à poursuivre
ce système, et voulut supplanter les cette lutte avec opiniâtreté. Comme
Guises en se proclamant lui-même le ils étaient les plus nombreux et les plus
chef de la ligue, il était déjà bien tard ; forts , Catherine revint à eux , dès
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