CAT Ï'RA
breu au collège de Navarre. En 1600, il fut ordonné prêtre, et mourut en 1610, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.
La mémoire de Cayet a subi de la part des protestants les plus rudes attaques : Bayle lui-même ne le ménage pas. Mais on sait combien l'esprit de secte est porté à l'injustice, et combien les partis sont prompts à jeter à la tête de leurs adversaires les accusations de corruption, de mauvaises mœurs, d'infamie. Des innombrables ou v ragesde Cayet sur la théologie, I histoire, la chronologie, etc. , nous ne citerons que ses Mémoires et la réponse qu'il fit à un factum du ministre Dumoulin. Le titre seul de ce dernier livre prouve abondamment que Cayet n'était guère plus courtois à l'égard de ses ennemis que ceux-ci ne Tétaient envers lui ; car il est ainsi conçu : La fournaise et le four de réverbère pour évaporer les prétendues eaux de Siloë, et pour corroborer le purgatoire , contre les hérésies, calomnies, fa ussetés et cavillations ineptes du prétendu ministre Dumoulin, Paris, 1603, in-8° de 88 pages.
Cwlus, ville de l'ancien Quercy, aujourd'hui du département de Tarnet-Garonne, à quatre myriamètres huit kilomètres de Montauban. La population de cette ville est aujourd'hui de cinq mille trois cent dix* neuf habitants.
Caylus (Anne-Claude-Philippe de Tubières, de Grimoard, de Pestels, de Lévi , comte de) , né à Paris en 1 692 , suivit d'abord la carrière militaire, entra fort jeune dans les mousquetaires, fit, en 1711, la campagne de Catalogne à la tête d'un régiment de dragons, et se distingua, en 1713, au siège de Fribourg. A la paix de Rastadt, il voyagea en Italie, revint en France en 1715, quitta définitivement le service, et partit l'année suivante pour Constantinople , à la suite de l'ambassadeur de France. Il visita les ruines d'Éphèse et de Troie, l'Asie Mineure, la Syrie, la Grèce; et, sur les instances de sa mère, revint en France en 1717, au moment où il se disposait à pousser ses explorations classiques jusqu'en Egypte. Fixé dans sa patrie après avoir
fait encore quelques voyages en Allemagne, en Hollande et en Angleterre, il se livra entièrement à l'étude de l'antiquité et à la pratique des arts. Il entreprit un grand ouvrage sur les antiquités égyptiennes, grecques, étrusques, romaines et gauloises, fut reçu, en 1731, amateur honoraire à l'Académie de peinture, et, en 1742, associé libre de l'Académie des inscriptions et belles- lettres, et partagea ses travaux entre ces deux compagnies. « Si l'on peut reprocher au comte de Caylus , dit un judicieux critique, de n'avoir pas toujours rencontré la vérité, qu'il cherchait de bonne foi , de n'avoir pas toujours mis dans ses recherches toute la profondeur désirable, on ne peut lui refuser le mérite d'avoir été trèsutile aux arts, non-seulement par ses talents, mais encore par son rang et sa fortune, en multipliant, par son exemple , le nombre des amateurs de la haute société. » Ce savant archéologue, qui était aussi un littérateur agréable, a laissé un grand nombre d'ouvrages qui peuvent se diviser en trois classe» : ceux qui traitent spécialement de l'antiquité ; ceux qui sont relatifs aux arts ; enlin ceux où il s'occupe de littérature légère , tels que romans et facéties. Notre cadre ne nous permettant pas de donner la liste de toutes ses productions, nous nous bornerons à indiquer ici les plus remarquables. Recueil a" 'Antiquités égyptiennes, grecques, etc., Paris, 1752 et années suivantes, 7 volumes in-4°; Numismata aurea imperat. roman., sans date , in-4° , très-rare ; Recueil de médailles du cabinet du roi, id., in-4°, très-rare ; Recueil de peintures antiques, d'après les dessins coloriés de P. S. Bartoli, Paris, 1757, in-folio, en société avec Mariette, et tiré seulement à trente exemplaires. Parmi ses écrits sur les arts , on remarque les suivants : Tableaux tirés de i Odyssée, de l'Iliade, de L'Enéide, avec des observations générales sur le costume, Paris, 1757, in -8°; Mémoire sur la peinture à l'encaustique, en société avec Majaut, 1755, in-8°; les Fies de Mignard et de Lemoine, dans le
CAY
L'UNIVERS
CAZ
recueil des Pies des premiers peintres du roi, Paris, 1752, in-8°; la VxedE. Bouchardon, ibid., 1762, in- 12. La plupart des romans et facéties du comte de Caylus ont été réunis sous le titre â'Œuvres badines du comte de Caylus, et publiés par Garnier, Paris, 1787, 12 vol.
in-8°. Le comte de Caylus mourut à Paris en 1765, à l'âge de soixante et douze ans. Sa vie, qu'ont honorée une foule de traits touchants de générosité et de bienfaisant, avait été consacrée tout entière à l'étude et au travail. Il avait entrepris de faire graver les dessins exécutés par Mignard, sur l'ordre de Colbert, et représentant les monuments grecs et romains qui existent encore dans le midi de la France. Il a exécuté lui-même à l'eau-forte, avec beaucoup d'esprit et de goût , un grand rïombre de sujets , parmi lesquelsnous distinguerons : une suite de deux cents pièces , d'après les plus beaux dessins du cabinet du roi ; un recueil de têtes d'après Rubens et Van Dyck ; de grandes estampes représentant les Fêtes lupercaies, d'après Bouchardon , etc.
Caylus (Marthe-Marguerite de Villette, marquise de), née en 1673, mère du comte de Caylus , fut une des femmes les plus aimables de la cour pendant les dernières années du règne de Louis XIV. Nièce de madame de Maintenon, clleétait née dans la religion protestante comme tous les d'Aubigné; sa tante voulut la forcer, encore tout enfant, à embrasser le catholicisme; et , pour parvenir à cette Ûn , elle employa d'autres moyens que ceux dont on se sert d'ordmaire : « Je pleurai beaucoup d'abord , dit madame de Caylus , mais je trouvai la messe du roi si belle que je consentis à me fatre catholique , à condition que je l'entendrais tous les jours, et qu'on me garantirait du rouet. » Mariée à treize ans à M. de Caylus , menin de Monsieur, elle ne fut pas plutôt maîtresse d'elle-même que, fatiguée sans doute de la gêne qui régnait dans la société de madame de Maintenon, elle se lia avec madame la duchesse, l'une des filles naturelles du vieux roi, fameuse
comme ses sœurs par un esprit de licence , qui , s'exerçant alors a la dérobée, devai t bientôt s'asseoir suc le trône avec le régent. «Madame de Maintenon m'avertit du danger que je courais , dit-elle ; mon goût l'emporta , je me livrai tout entière à madame la duchesse , et je m'en trouvai mal. » Ce peu de mots nous indique que la marquise de Caylus eut une jeunesse orageuse. Vi lierai fut le plus connu de ses amants. C'est pour elle que Racine composa le prologue d'Esther fia Fare l'a célébrée dans de petits vers. Voltaire, qui aimait avant tout le goût français, dont il a donné de délicieux modèles , eut le premier l'idée de publier les spirituels et gracieux mémoires qu'elle a laissés sous le nom de Souvenirs, livre d'une lecture amusante , qui montre un coin alors peu connu de la cour du grand roi, devenu le vieux roi ; le coin où la jeunesse et la volupté se liguaient en cachette contre l'étiquette et la dévotion.
CAYOT (Augustin), sculpteur , naquit a Paris en 1667. Après avoir étudié la peinture à l'école deJouvenet, il se livra à la sculpture , et entra dans l'atelier de le Hongre. Il obtint, deux années de suite , le grand prix de sculpture, en 1695 et en 1696, la première année , sur le sujet des Bergers montrant Racket à Jacob ; la seconde, sur celui de Joseph expliquant les songes de Pharaon. Après avoir séjourné en Italie le temps ordinaire, Cayot (*) revint à Paris et fut forcé d'y travailler pour Van Clève :
il aida ce célèbre sculpteur pendant quatorze ans. Cependant son talent le nt recevoir à l'Académie en 1711, et, en 1720, il fut nommé adjoint à professeur. Il mourut en 1722. Cet artiste fut l'un de nos bons sculpteurs de second ordre. Les Deux anges du maitre-autel de Notre-Dame de Paris sont de lui , ainsi qu'une Nymphe de Diane, aux Tuileries, et une Didon abandonnée, qui fut son morceau de réception à l'Académie.
Cazalès ( Jacques-Antoine- Marie (•) Les' registres de l'Académie écrivent
CAZ
FRANCE
CAZ
de), né en 1752, à Grenade, département de la Haute-Garonne , entra , à l'âge de quinze ans , dans les dragons de Jarnac, et y obtint, en peu de temps , une compagnie. Nommé député de la noblesse du bailliage de Rivière- Verdun aux états généraux, il prit le parti(de la cour, mais avec une sorte de modération, et ne fut avoué, malgré ses talents , ni par les nobles ni par le peuple. Il fit partie de la commission chargée d'opérer la réunion des trois ordres, s'opposa à la fusion, et quand il la vit décidée , il quitta l'Assemblée, et partit pour le Languedoc; mais il fut arrêté à Caussade, près de Montauban. Il écrivit alors pour demander sa mise en liberté, à l'Assemblée nationale , qui fit droit à sa demande, et lui ordonna de revenir à son poste. Cazalès obéit ; mais, fidèle à ses principes, il combattit successivement le serment des prêtres et la constitution civile du clergé; attaqua le projet d'ôter au roi le droit de paix et de guerre, et de l'obligera ne pas s'éloigner du lieu des séances de l'assemblée. Il appuya la proposition de soumettre à la sanction roj'ale le décret qui adoptait les articles déjà ré-
Îjlés de la constitution, et en particuier la déclaration des droits de l'homme; enlin il demanda le renouvellement de l'Assemblée pour l'adoption de la constitution. 11 défendit successivement les parlements de Bennes et de Bordeaux accusés de résistance aux décrets de l'Assemblée; vota constamment contre l'adoption des principes et des projets démocratiques; demanda la mise en liberté des prisonniers d'Orange, et s'opposa à ce que le prince de Condé fût déclaré traître à la patrie. L'expression de ses regrets monarchiques dans le discours qu'il prononça pour la défense de Bouille, excita de vifs murmures. Il causa le même mécontentement, en demandant , à l'occasion des troubles de Nîmes, au commencement de 1791, la répression des perturbateurs des différents partis , et en menaçant l'Assemblée de l'animadversion des amis de la monarchie, si elle n'ajour-
nait pas le projet de décret sur la résidence de la famille royale. Opposé à la souveraineté du peuple , il ne put obtenir la parole lorsque, le 19 avril de la mêmeannée,il voulut blâmer l'opposition que le peuple mettait au voyage de Saint-Cloud , dont le motif avait cessé d'être un secret. Le 19 mai suivant, il vota, avec le côté gauche, pour l'éligibilité immédiate des membres de 1 Assemblée, s'opposa , le 10 juin, au licenciement de l'armée , et à la formule du serment de fidélité à ta nation , à la loi et au roi. Après le voyage de Varennes , il voulut passer à l'étranger; mais il fut de nouveau arrêté par le peuple , et ne dut qu'à l'intervention de plusieurs de ses collègues, envoyés pour le ramener, de n'être pas victi me de la fureur popu laire. Peu de temps après, il offrit de nouveau sa démission, qui fut enfin acceptée. Il partit ensuite pour Bruxelles, et se rendit de là à Coblentz, d'où il fut expulsé par ordre des princes : triste récompense de son dévouement. Il revint alors à Paris; mais il quitta de nouveau la France après le 10 août 1792, et se rendit encore à l'arméede Condé, où une nouvelle humiliation l'attendait. Les gentilshommes, pleins d'enthousiasme et d'humeur belliqueuse, ne voulurent pas associer à leurs triomphes futurs un homme qui avait combattu pas à pas , avec toute la puissance de sa logique, mais trop tièdement selon eux, les principes populaires dont ils espéraient triompher à la première campagne. Il se réfugia alors en Italie, de là en Espagne , et enfin en Angleterre , d'où il ne revint en France qu'après le 18 brumaire. Il y mourut le 24 novembre
Cazes ( Pierre- Jacques ), l'un des grands peintres du dix-huitième siècle, est né a Paris , en 1676. Il commença à étudier la peinture sous Houasse , mais il fut réellement l'élève de Bon Boullongne l'aîné. Il obtint, en 1699, le premier grand prix de peinture, et fut reçu académicien, en 1704, à son retour "d'Italie. Son tableau de réception représentait le
CAZ L'UNIVERS. CA2
Combat d'Hercule et d'JchéloUs. Cazes resta dans la grande tradition de l'école française ; son style convenait surtout à dès tableaux d'histoire religieuse; aussi consacra-t-il son talent à décorer les églises de Paris d'un assez grand nombre de tableaux. Sa composition est grande , son dessin correct, et sa couleur toujours vraie et harmonieuse ; on peut lui reprocher cependant de n'être pas assez varié, de reproduire trop souvent certains effets et certains types. Mais ces défauts sont compensés par de belles qualités, et c'est avec raison qu'on l'a mis au nombre de nos peintres les plus distingués. Il remplit, depuis 1710, les fonctions de professeur à l'Académie, dont il fut nommé recteur en 1 743, directeur en 1744, et enfin chancelier en 1746.
On voyait dans les églises de Paris un grand nombre de tableaux de cet artiste. Les principaux étaient : 1° à Notre-Dame, C Hémorrholsse ; 2° à Saint-Jacques la Boucherie, une Sainte Catherine et un Saint Jacques; 3° à la chapelle de Sainte-Marie Égyptienne , Sainte Marie dam le désert; Saint Nicolas; la P'ierge et l'enfant Jésus entourés danges ; 4° a Saint-Martin des Champs, le Centenier, l'Annonciation ; 5° à Saint-Gervais , la Multiplication des pains ; 6° au petit Saint- Antoine, C Adoration des mages; 7° à Saint-Germain des Prés , Saint Vincent et i'évéque FaUre jugés devant Dacien; Saint P incent et Galère traînés en prison; Saint Pincent préchant devant I'évéque Galère ; Saint Pincent ordonne diacre par P alère ; une Descente de Croix ; le Sacre de saint Germain ; Saint Germain présentant a Childebert le plan de l'Abbaye; Clotaire guéri par saint Germain; la Mort de saint Germain; Saint Pierre guérissant un boiteux a la porte du Temple; la Résurrection de labithe; 8° à l'hôpital de la Charité, le Martyre de saint Pierre et saint Paul;<*° à Saint-Antoine de Versailles, une Adoration des mages.
Cet artiste ne fut pas seulement apprécié en France; ses oeuvres étaient
également recherchées en Allemagne.
Voici ce qu'on lit à son sujet dans Y Examen critique des diverses écoles de peinture, par le marquis d'Argens : «Cazes avait un dessin correct et gracieux , un pinceau large , et peutêtre ne risquerait-on rien en soutenant qu'il n'y en a* jamais eu de plus beau, si l'on en excepte celui du Corrége.
Sa couleur était brillante et d'une fraîcheur admirable : c'est ce qu'on peut voir dans un grand nombre de tableaux qui sont dans les églises de Paris , surtout dans celui de l'hémorrholsse qui est à Notre-Dame, et dins deux qui sont dans la nef de l'église de Saint-Germain des Prés, dont l'un représente saint Pierre qui guérit le boiteux, à ta porte du Templet et l'autre Tabithe ressuscité? par cet apôtre.
Ce dernier tableau est si beau qu'il suffirait pour mener lui seul son auteur à l'immortalité. La composition, le dessin, la couleur, le pinceau , tout s'y trouve dans un degré supérieur.
« Cazes faisait quelquefois les doigts des mains trop longs , pour leur donner plus de grâce, et il ne les caractérisait pas assez , en sorte que , craignant de rendre les doigts trop durs, il arrivait quelquefois qu'ils étaient peints d'une manière un peu lâche; c'est ce qu'on peut voir dans trois tableaux qui sont dans les salons de Sans -Souci : le premier représente Y Enlèvement d'Europe , le second la Toilette de Vénus , le troisième Bacchus et Ariane. Il y a dans tous ces tableaux une harmonie de couleur brillante, une composition gracieuse, et des enfants qui sont peints d'une mollesse et d'une grâce digne du Corrége. Mais de tous les tableaux de Cazes le plus beau qu'ait le roi de Prusse, c'est celui de la Naissance de Pénus. Cet ouvrage se trouve dans le château de Potsdam. Il y a encore, dans le palais de Charlottenbourg , trois tableaux de Cazes : l'un représente Jésus -Christ appelant les enfants auprès de lui , l'autre une Cène, peinte dans un goût admirable, soit par la couleur, soit par la mollesse du pinceau, soit par le clair-obscur qui
)igitized by Googl
CAS
FRANCE
CAZ
règne dans ce tableau, dont tout le jour vient par une lampe qui pend au plancher de la salle ou se fait la cène. Le troisième tableau , qui est assez grand, et dont les figures sont presque de petite nature , représente le Jugement de Pâris. »
Parmi les élèves de Cazes on doit citer Chardin, Parrocel fils, et le Suédois Lundberg.
Cazillac , ancienne baronnie du Quercy, à seize kilomètres de Brives.
Cette baronnie a donné son nom à une illustre famille qui la posséda pendant cinq cents ans , et s'éteignit en 1679. Depuis, elle fut vendue au duc de Bouillon , dont les héritiers la cédèrent, en 1738 , au domaine de la couronne , d'où elle passa , dix ans après, à la famille Sahuguet-Damarzit.
Cazotte (Jacques), né à Dijon, en 1720 , entra d'abord dans l'administration de la marine et parvint , en 1747 , au grade de commissaire. II
f>assa ensuite à la Martinique en quaité de contrôleur des Iles au Vent. Il avait toujours eu du goût pour la poésie; la connaissance qu'il avait faite à Paris des littérateurs les plus remarquables de cette époque , avait encore augmenté son amour pour les lettres.
A la Martinique, il partagea son temps entre les devoirs de sa place et la société de quelques hommes instruits, entre autres du fameux jésuite Lavalette. Après quelques années de séjour dans cette colonie, il obtint un congé, et revint à Paris, où il trouva une Dijonnaise, son amie dès l'enfance, madame Poissonnier, qui était nourrice du duc de Bourgogne. Cette dame lui demanda des chansons pour endormir le royal enfant; Cazotte composa à cet effet la fameuse romance Tout au beau milieudes Ardennes, et cette autre, fommère> il faut chauffer le lit. Les éloges que lui attirèrent ces premiers essais lui firent penser qu'il pourrait réussir dans des ouvrages plus importants. Il repartit pour rAmérique, et pendant toute la traversée il ne songea qu'à s'essayer dans un genre de littérature auquel il n'avait
pas songé jusque-là. A son arrivée, il mit la main à l'œuvre , et composa Ollivier. Lorsque les Anglais attaquèrent le fort Saint-Pierre, en 1759, Cazotte contribua , par son zèle et son activité, à rendre leur attaque inutile. Mais le climat ayant affaibli sa santé, il demanda un nouveau congé et arriva en France au moment où son frère, qui l'avait nommé son héritier, venait de mourir. Cette circonstance lui fit demander «a retraite, qui lui fut accordée avec le titre de commissaire général de la marine. Il avait cédé au P. de Lavalette tout ce qu'il possédait à la Martinique, et en avait reçu en payement des lettres de change sur la compagnie des jésuites. Ceux-ci refusèrent de payer, et les traites furent protestées. Cazotte était menacé de perdre cinquante mille écus ; c'était presque toute sa fortune; il se vit contraint de plaider contre ses anciens maîtres , et ce procès fut l'origine de tous ceux qui sont venus fondre ensuite sur la société. Lorsque la révolu t ion éclata, Cazotte s en montra l'adversaire; plusieurs lettres écrites
Ï>ar lui à Ponteau, secrétaire de la iste civile, et où ses sentiments hostiles à la révolution se manifestaient clairement, furent saisies après la journée du 10 août 1792 dans les bureaux de l'intendant Laporte ; il fut arrêté à Pierry, avec sa fille Elisabeth, qui lui avait servi de secrétaire , et tous deux furent conduits à Paris et enfermés dans les prisons de l'Abbaye. Il allait être massacré dans les journées de septembre , lorsque l'héroïque Élisabeth se précipita entre lui et ceux qui allaient le frapper, et s'écria , en lui faisant un rempart de son corps : « Vous n'arriverez au « cœur de mon père qu'après avoir « percé le mien. » Ce noble dévouement désarma les exécuteurs des vengeances populaires ; Cazotte et sa fille furent portés en triomphe jusque dans leur maison. Mais ils n'y restèrent pas longtemps. Cazotte fut arrêté une seconde rois, et traduit devant le tribunal qui devait con-
T# îv. 22* livraison. (Dict. encyclop., etc.)
CEI L'UNIVERS.
CEI
naître de tout ce qui avait rapport aux crimes du 10 août. Il ne nia pas ses relations avec les contre-révolutionnaires, et condamné à mort, il fut exécuté le 25 septembre 1792. Ses ouvrages ont été réunis sous le titre d' Œuvres morales et badines, Paris, 1776, 2 vol. in-8°, et sous celui tfOEuvres badines et morales, histo' tiques et philosophiques, 4 vol. in-8°, Paris, 1816-1817.
Cécilb (A. M.) , littérateur, né en France, vers 1770, a composé Geneviève de Bradant, tragédie en trois actes, jouée avec quelque succès en 1797, et imprimée in-8°; Tableau historique , littéraire et politique de Can yi de la république française, Paris , an vu, in-8°;/e Tasse , tragédie en cinq actes et en vers. Le peu de succès de cette dernière pièce dérangea le cerveau de l'auteur , qu'on fut obligé d'enfermer à Charenton, où il mourut en 1804.
Ceilmer (dom Remi) , savant bénédictin , naquit en 1688 , à Bar-le- Duc, et mourut en 1761 , après avoir été président de la congrégation de Saint- Vannes et de Saint-Hydulphe.
On a de lui , Apologie de la morale des Pères, Paris, 1718, in-4°, et une Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, Paris, 1729-1763, 23 vol. in-4°.
Ceinture. — La ceinture, dont nos ancêtres ont emprunté l'usage aux Romains, était, avant l'établissement des Francs dans la Gaule, et dans les premiers temps de leur monarchie , une distinction que l'on accordait à la naissance et au mérite, dont on pouvait être dépouillé pour cause d'indignité, et qui investissait de certains privilèges. La ceinture militaire dont on revêtait un jeune homme d'extraction noble, était, avec le baudrier , le signe de son admissfon dans les rangs de l'armée, lui conférait le titre de soldat , et faisait partie de ce qu'alors on appelait les honneurs. On v suspendait ses armes, et même son bouclier. La ceinture étant "ensuite devenue commune à toutes les classes de la société , cessa d'être une
distinction , et ne fut plus qu'une parure, que chacun enjoliva a son gré.
Les hommes riches la surchargèrent d'ornements. Dès le septième siècle , saint Éloi, argentier du roi Dagobert , en portait une couverte d'or et de pierreries. On v pendait l'aumônière , qui contenait la menue monnaie que Ton distribuait aux mendiants , et dans laquelle , au rapport de Guillaume de Nangis , le roi saint Louis tenait enfermée dans une boursette dïivoire la chaîne de fer à cinq branches avec laquelle il se faisait fustiger par son confesseur, quand il avait terminé l'aveu de ses fautes.
C'était par la ceinture que l'on prenait les malfaiteurs pour les conduire devant le juge. Quand on conférait h un gentilhomme l'ordre de chevalerie, on lui ceignait les reins d'une ceinture blanche, en signe de la pureté de corps dans laquelle il devait toujours se maintenir. Outre cela , quand les chevaliers avaient quitté leurs armures de fer et revêtu leurs habits de ville, pour prendre part aux banquets qui suivaient toujours les tournois, ils assujettissaient autour d'eux leurs robes traînantes , au moyen d'une riche ceinture.
Charles VI , en 1420 , défendit aux femmes qui se livraient à une prostitution avérée et publique de porter des ceintures ornées d'or et de broderies. En vertu de cette prohibition , plusieurs fois renouvelée depuis , les agents de l'autorité saisissaient et vendaient au proflt du roi les ceintures de cette espèce dont ces femmes se paraient au mépris de l'ordonnance.
Elles s'obstinèrent pourtant, et les infractions devinrent si fréquentes, que l'autorité se lassa de les punir, et qu'elles restèrent en possession de leurs ceintures. Alors les femmes honnêtes abandonnèrent, en disant, pour se consoler : « Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée, » un ornement que celles qui l'avaient si vivement défendu quittèrent d'elles-mêmes, quand on cessa de le leur disputer.
Dans le temps où l'usage en était général, rabandou de la ceinture était
CEI
FRANCE
CfcL
un signe de dégradation , de détresse, cessant d'être l'attribut caractérisé ou de renonciation à certains droits, que d'une fonction et de ce que Ton Les débiteurs insolvables et les ban- appelait un honneur, pour devenir un queroutiers étaient forcés de quitter ornement commun à toutes les clas- 1 j leur ; et quand Philippe le Hardi, ses de la société , donna naissance à duc de Bourgogne, fut mort Fan 1404, la profession des ceinturiers. La rumen laissant une succession fort ohé- munauté formée à Paris par ces arrée , sa veuve déposa la sienne avec tisans était fort ancienne , et avait ses clefs sur le tombeau du défunt, déjà des statuts à l'avènement de pour indiquer par là qu'elle renonçait Louis IX. Par lettres patentes de mars a la communauté de biens. Lorsquon 1263, ce prince leur accorda une place cessa de porter des habillements longs à la Halle , pour y vendre comme les et amples, les personnes du monde autres fabricants et marchands. Charquittèrent la ceinture. Néanmoins, les le Bel confirma, en 1320, leur les magistrats et les ecclésiastiques la règlement, dont Hugues Aubriot, préconservèrent , et les religieux de cer- vôt de Paris, changea, la même année, tains ordres gardèrent jusqu'à la Gn la plusieurs articles importants. Mais en corde grossière qui leur en tenait lieu. 1475, Jacques d'Estouteville, aussi Aux seizième et dix-septième siècles, prévôt de Paris, révoqua ces changeon reprit la ceinture ; mais on la ments , et replaça les ceinturiers sous remplaça , sous Louis XIV, par l'é- leurs anciens statuts. Ces artisans les cbarpe , qui devint une décoration at- gardèrent pendant trois quarts de siètachée à de hauts grades militaires, cle, après quoi ces statuts furent mo- La ceinture prit alors le nom de cein- diOés à l'occasion que voici : les ceinturon, et l'on ne s'en servit plus que turiers d'étain, ainsi nommés des pour porter l'épée. Pendant la révo- clous d'étain dont ils ornaient les ceinlution , les représentants du peuple , tures de cuir , étant devenus assez plus tard les membres du Directoire , nombreux , et ayant demandé à faire et après eux les consuls , portèrent , une corporation à part , les faiseurs ainsi que plusieurs fonctionnaires, de demi-ceints, ou ceintures à pendants la ceinture , comme insigne de la di- que portaient alors les femmes des ar-
Snité dont ils étaient revêtus. Aujour- tisans et les paysannes , unis aux 'hui , les membres des cours et tri- courroyeurs - ceinturiers , s'opposèbunaux , les officiers généraux , les rent à cette prétention , et de lonpréfets, sous-préfets , conseillers de gues discussions s'ensuivirent. Enfin, préfecture , maires , adjoints , com- Henri II, pour les mettre d'accord , missaires de police , etc. , portent la les réunit tous sous la même banceinture quand ils figurent dans les nière , par lettres patentes du mois cérémonies publiques , ou lorsqu'ils de mars 1551 , et n'en forma qu'un sont dans l'exercice de leurs fonctions; seul corps de métier, auquel il donna mais ce n'est pour eux qu'un signe de de nouveaux statuts. La profession des reconnaissance , et cet ornement ne ceinturiers , qui serait libre aujourleur coufère aucun autre droit que d'hui , n'existe plus en tant que proceux qui résultent de leurs grades ou fession séparée, de leur position dans la hiérarchie ad- Célestins, ordre religieux fondé, ministrative. Cette ceinture n'est pas en 1254, par Pierre de Mourron , depour tous la même : celle des magis- puis pape, sous le nom de Célestin V. trats consiste en un large ruban noir, Cette communauté, qui fut confirmée, avec deux bouts tombants et garnis en 1274, au concile de Lyon, avait d'un effilé; celle des fonctionnaires de été, dix ans auparavant , incorporée à Tordre administratif est une large l'ordre de Saint-Benoît par le pape
Crihturiebs. — La ceinture , en eu 1300, par Philippe le Bel , qui leur
bande d étoffe de soie nationales.
840 CBL L'UNIVERS. CÊL
donna deux monastères . l'un dans la forêt d'Orléans , au lieu nommé Ambert ; l'autre , dans celle de Compiègne , au mont de Chartres. Ils s'établirent à Paris, en 1318, dans une maison que leur donna un bourgeois de cette ville, nommé Pierre Martel. Dans la suite, cette maison devint chef de l'Ordre en France. Les célestins possédaient dans le royaume, en 1417, vingt-trois monastères; et ils y formaient, sous le nom de Congrégation de France, une congrégation spéciale, dont les chapitres se tenaient, tous les trois ans , dans la maison de Paris.
Il s'était introduit dans l'ordre des célestins un tel relâchement , une telle corruption, que, lorsque Louis XV, par un édit de 1768, voulut rétablir la conventualité (*) dans toutes les maisons religieuses du royaume, ces moines, effrayés d'une mesure qui leur paraissait une réforme sévère, refusèrent d'obéir, et demandèrent leur sécularisation. Ils furent en effet sécularisés par un bref de Clément XIV , et par des brefs particuliers de Pie VI, de 1776 à 1778. Leurs maisons furent supprimées et leurs biens mis en séquestre.
L'église des Célestins de Paris était une des plus riches de la capitale; elle contenait un grand nombre de monuments funéraires, dont le plus remar-
Î|uable était celui que Louis XII avait ait élever à la famille d'Orléans. Leur cloître était un des plus beaux de Paris , et leur bibliothèque contenait un grand nombre de livres rares et précieux. Après la suppression de l'ordre, Jeur maison fut d abord destinée aux cordeliers; maison la consacra, en 1 785, à un autre usage : une partie reçut le nouvel institut des sourds - muets , fondé par l'abbé Sicard ; une autre partie fut convertie en caserne de cavalerie , et le reste fut vendu.
(*) Ternie de droit ecclésiastique , par lequel on désignait l'obligation à laquelle étaient soumis les religieux de vivre en commun au nombre de trois au moins, dans uu monastère et d*y observer la règle de leur ordre.
Célibat. — Si quelquefois, en France, on essaya de favoriser l'accroissement de la population, en accordant des secours à ceux qui avaient donné le jour à de nombreux enfants, en aucun temps on n'y punit le célibat. Seulement une loi du 3 nivôse an vu, 23 décembre 1 798,et qui tomba bientôt en désuétude, ordonna , à l'occasion de la contribution personnelle et mobiliaire , que la valeur des loyers d'habitation des hommes de trente ans et au-dessus, non mariés ni veufs , serait surhaussée de moitié et taxée en conséquence.
Sauf cela, les personnes du monde furent toujours libres de ne pas s'engager dans les liens du mariage.
Quant aux hommes engagés dans les ordres sacrés , la prescription du célibat est pour eux aussi ancienne que l'Église. Ce n'est pas que , dans rotvancile, il y ait aucun article qui défende d'admettre les hommes mariés au sacerdoce , ou prohibe le mariage des prêtres. Au contraire, on voit dans les premiers siècles de l'Église une foule d'hommes, chargés des liens conjugaux , être promus a l'épiscopat , à la prêtrise et au diaconat; mais il leur était enjoint de garder la continence , et de répudier leurs femmes après leur ordination , ou du moins de vivre avec elles aussi chastement que si elles eussent été leurs soeurs.
On lit, dans Grégoire de Tours , qu'un évêque, sollicité vivement par sa femme, à qui la continence pesait sans doute plus qu'à lui , ayant eu le malheur de céder à ses instances, en conçut un remords si vif, qu'il se condamna lui-même à une longue et rigoureuse pénitence. Il était en outre défendu aux évéques , prêtres et diacres de se remarier lorsqu'ils devenaient veufs. Quant à ceux qui étaient libres, ils devaient, en entrant dans le sacerdoce, prendre l'engagement de garder le célibat.
Toutefois, ce ne fut guère qu'à partir du concile de Trente que l'obligation du célibat, pour les évéques, prêtres, diacres et sous-diacres , devint une loi générale de l'Église. Depuis cette époque, on regarda les or-
céh FRj
dres comme un empêchement dirimant au mariage; on décida cjue les alliances contractées parles ecclésiastiques constitués dans les ordres seraient déclarées nulles , et que les coupables seraient condamnés à une pénitence et même à des peines corporelles, suivant les circonstances. Les clercs furent seuls exceptés de la mesure; encore Alexandre III déclara-t-il ceux d'entre eux qui seraient mariés, incapables de posséder des bénéfices, et ce décret fut confirmé par Innocent III. Malgré la loi générale du célibat , le cardinal de Châtillon, Epifane, évéque d'Orléans , et quelques ecclésiastiques du second ordre, osèrent, pendant les guerres de religion , se marier publiquement; mais ces exemples eurent peu d'imitateurs.
Du clergé séculier l'obligation du célibat s'étendit aux ordres religieux , mémemilitaires.Unchevalierde Malte, nommé la Ferté-Imbaut, ayant adopté la religion réformée et s'étant marié , son mariage fut déclaré nul sur la poursuite de son frère, et il lui fut défendu, sous peine de la vie, de cohabiter avec sa femme.
Cependant, la loi du 13 février 1790 ayant proclamé qu'elle ne reconnaissait point les vœux religieux, et celle du 20 septembre 1792 , ainsi que le code Napoléon , n'ayant point mis l'ordination au nombre des empêchements au mariage, il fut un temps où , en France , les prêtres purent se marier civilement. Mais la loi du 18 germinal an x , qui exclut de fait les prêtres mariés de toutes les fonctions ecclésiastiques, apporta ensuite un obstacle au mariage des hommes appartenant au sacerdoce; et cet obstacle • fut tout à fait invincible, quand une lettre du ministre des cultes , en date du 14 janvier 1806, eut décidé que les officiers de l'état civil ne devaient plus admettre à se marier les ecclésiastiques engagés dans les ordres sacrés. Plus tard y la jurisprudence donnant à cette décision une portée encore plus grande, et reconnaissant que l'ordination ecclésiastique imprime un caractère indélébile, il ne fut pas permis à un
NCE. CÉL 341
prêtre de se marier, même en renonçant au sacerdoce , et en rentrant dans la vie civile. Plusieurs arrêts de cours souveraines ont repoussé des demandes faites en ce sens et à cette occasion.
Célidoïne, évéque de Besançon, succéda à saint Léonce vers l'an 443.
Saint Uilaire , évéque d'Arles , l'ayant déposé par suite de diverses accusations, Célidoine en appela au pape saint Léon , qui le rétablit dans son siège. C'est le premier exemple d'un appel interjeté au pape par un évéque.
On croit que Célidoine périt en 451 , lors de la prise de Besançon par Attila.
Cellàmare (conspiration de). — A la mort de Louis XIV, la politique européenne fut entièrement changée.
On abandonna le projet d'alliance entre la France et l'Espagne; on oublia la belle parole que le grand roi avait prononcée quand il plaça son petit-fils sur le trône d'Espagne* et l'on s'aperçut qu'il y avait encore des Pyrénées. Albéroni gouvernait au nom de Philippe V; cet homme, d'un génie aventureux, fécond en projets, hardi dans leur exécution , voulait donner à son maître la régence du royaume de France , et supplanter le duc d'Orléans. C'était agir contre le traité d'Utrecht, qui avait établi que la France et l'Espagne ne pourraient être gouvernées par les mêmes mains. L'Angleterre, qui avait fait ce traité, était intéressée à le soutenir; le régent s'unit à elle et à la Hollande. Albéroni menaça l'Angleterre de l'épée de Charles XII, et suscita en France une conspiration.
Le prince de Cellamare , noble napolitain , descendant d'une famille génoise, fut envoyé en France, en 1715, comme ambassadeur extraordinaire. Il devint l'instrument des desseins d'Albéroni.
Tous les mécontents , et il y en avait un grand nombre, entrèrent dans le complot. La duchesse du Maine , courroucée contre le régent qui avait abaissé son mari , le premier des princes légitimés, s'employa avec un zèle fougueux à la réussite de l'entreprise. Le duc du Maine agit aussi, mais avec moins d'ardeur que sa femme qui le dominait , et qui espérait exercer elle-
L'UNIVERS. cel