‹ France Dictionnaire Encyclopédique (volume 3)Chapitre 50 sur 88 · E. CEN · texte numérisé non relu

E. CEN

ui devaient faire partie de l'année u duc de Berri ; pas un ne se présenta. On crut tout réparer en nommant le maréchal Ney au commandement de l'armée de l'Est. On avait aussi fondé de grandes espérances sur l'ouverture du parlement, qui eut lieu le 15; Louis XVIII et le comte d'Artois prêtèrent serment de fidélité à la charte devant l'assemblée , et se donnèrent une accolade fraternelle. Cette scène concertée d'avance avait pour but de contre-balancer l'impression fâcheuse que venait de produire la déjection du maréchal Ney.

En effet, le 13 mars, le maréchal Ney, arrivé à Lons-le-Saulnier, s'était déclaré pour Napoléon dans une proclamation commençant par ces mots :

■ La cause des Bourbons est à jamais perdue ! » Le même jour , Napoléon avait quitté Lyon et était arrivé à Maçon ; le 14, il coucha à Châlons , et le 15 à A vallon. Les habitants de la Bourgogne l'accueillirent avec le même enthousiasme que ceux du Dauphiné; partout les populations accouraient en masse à sa rencontre.

Le 17, il fit son entrée à Auxerre, où le maréchal Ney vint le rejoindre le 18; l'empereur embrassa le brave des braves , qui n'avait fait que céder aux vœux de son armée et aux désirs de l'immense majorité de la nation , en mettant l'épée de ses soldats et la sienne au service du grand homme qui se présentait comme un libérateur, et qui avait pris l'engagement de doter la France des institutions qui lui manquaient. C'est à Auxerre aussi que Napoléon apprit la nouvelle de l'invasion malencontreuse de Murât en Italie. Quelques années plus tard, il dit à Sainte-Hélène, en priant de cette nouvelle folie de son beau-frère:

« Deux fois en proie aux plus étran- « ces vertiges, le roi de Naples fut deux « fois la cause de nos malheurs; en « 1814, ensedéelaranteontre la France, « et en 1815, en se déclarant contre « l'Autriche." Le 19, Napoléon partit d' Auxerre , et il arriva à Fontainebleau , à quatre heures du matin.

Pendant la nuit Louis XVIII , suivf

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de quelques-uns de ses anciens compagnons d'exil , avait quitté furtivement le château des Tuileries et s'était dirigé vers la frontière belge. Son dé-

Sart ne ressemblait guère à l'arrivée e l'empereur : l'un s'avançait d'une manière triomphale, l'autre cherchait à se dérober dans sa fuite ; le droit divin s'en allait une seconde fois , exsé par la souveraineté du peuple.

20 mars 1815 offre un des plus singuliers contrastes dont l'histoire ait donné l'exemple : à Fontainebleau, encore plein du souvenir de sa récente abdication, Napoléon, victorieux sans coup férir , et n'ayant plus qu'un pas à faire pour remonter sur le trône; à Paris, Louis XVIII, forcé, après dix mois de règne, à reprendre la route de l'exil , et à retourner sur la terre étrangère où il avait déjà passé vingtcinq ans de sa vie. Napoléon partit de Fontainebleau à deux heures, après avoir ordonné un jour de repos aux grenadiers de l'tle d'Elbe , qui , en moins de dix-sept jours , avaient parcouru avec lui une route de deux cent vingt-sept lieues, mais qui ne se soumirent à ce commandement qu'à regret. Il arriva le soir à Paris, et entra vers les neuf heures aux Tuileries par l'arcade de Flore. La foule le

Eorta dans les appartements que .ouis XVIII avait quittés la nuit précédente; on se jeta sur lui avec tant d'enthousiasme qu'il fut obligé de dire : « Messieurs, vous m'étouffez ; » la joie fut telle qu'il y eut un moment de vertige.

C'est au 20 mars que commencent véritablement les cent jours. Napoléon ayant remis lui-même la couronne sur sa tête, il ne s'agissait plus que de savoir comment l'empereur entendait gouverner à l'avenir. Sa précipitation était évidemment une faute ; mais on se montrait généralement assez disposé à la lui pardonner, pourvu qu'il consentît à ne plus militariser le pouvoir, à ne plus traiter la France entière comme une armée, et l'Europe comme un pays à conquérir. La division des partis et les dangers dont nous menaçait le congrès de Vienne

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