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faisaient comprendre à tous les hommes éminents et à la majorité de la nation que Napoléon étant l'homme nécessaire, le moment eut été mal choisi pour marchander le pouvoir avec lui. Une constitution appropriée au besoin de l'époque et librement consentie de part et d'autre , voilà tout ce qu'on exigeait en retour des nouveaux sacrifices qui allaient devenir nécessaires. À ces conditions, Carnot, le représentant du parti républicain , et Benjamin Constant, l'un des chefs les plus distingués de l'opinion libérale, mettaient leurs services a la disposition de l'empereur. Cependant, la rapidité avec laquelle il était redevenu souverain, la préférence , qu'à son insu peut-être , il avait témoignée pour l'armée , son ambition bien connue et qui ne paraissait pas avoir diminué , son penchant pour la guerre, le désir qu'on lui supposait naturellement de relever l'honneur de ses armes et sa gloire de grand capitaine , étaient autant de motifs qui tenaient en éveil la défiance générale. Le parti royaliste et le parti d'Orléans se tenaient prêts à
Jirofiter de la moindre faute, et à souever contre lui la classe bourgeoise qui soupirait après le repos encore bien plus qu après la liberté. Les rois coalisés, qui s'étaient ménagé des intelligences à Paris, lors de leur première invasion, soudoyaient de nombreux agents, chargés de fomenter la discorde, et avaient des créatures jusque dans le gouvernement. De son côté, l'empereur craignait que les exigences des républicains et l'amour-propre offensé de la Fayette et de quelques autres chefs de l'école libérale ne missent des entraves sérieuses à la marche du gouvernement. Il avait évidemment l'amour du bien ; mais l'ambition était toujours là pour lui faire oublier les conseils de la prudence ; sa santé était affaiblie par I a^e et par les suites du poisonqu'il avait prisa Fontainebleau, après les désastres et les trahisons de 1814; il ne se sentait plus la même confiance en lui-même. Sollicité en sens contraire par la France qui vou-
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lait la paix et par les rois coalisés qui voulaient la guerre, son génie flottait dans l'indécision , préférant la guerre, mais pensant bien qu'on ne lui accorderait pas de bonne volonté les moyens de la conduire d'une manière digne de lui, et qu'il n'avait plus la puissance de se les procurer de vive force. Luimême a fait plus tard l'aveu des sentiments de défiance qui S'étaient emparés de son âme.
Toutefois, le nouveau règne s'ouvrit sous des auspices favorables.! Napoléon avait dit aux grands personnages de sa suite : « Ce sont les gens désin- « téressés qui m'ont ramené à Paris; « ce sont les sous-lieutenants, les sol- « dats qui ont tout fait; c'est au peu- « pie, c'est à l'armée que je dois tout.» Aussitôt après l'arrivée du bataillon de l'île d'Elbe , qui reçut le nom de bataillon sacré, il passa en revue toutes les troupes de la capitale; pendant le défilé , la musique joua l'air de la révolution : reliions au salut de l'empire ; et les acclamations du peuple se mêlèrent aux cris des soldats, lorsqu'ils jurèrent de suivre les aigles partout où les intérêts de la patrie es appelleraient. Carnot fut appelé au ministère de l'intérieur, et Benjamin Constant au conseil d'État. Enfin , le 24 mars, la censure fut abolie, ainsi que la direction de la librairie.
Mais là s'arrêta cette réminiscence des beaux jours du consulat, pans l'audience solennelle qui eut lieu le 2G, Napoléon ne répondit que vaguement aux adresses qui lui furent présentées, et dont Tune contenait ces belles paroles : « L'empereur , en remontant m sur son trône , revient en vertu du « principe de la souveraineté du peu- * pie. » Le service d'honneur de 1 empereur et de l'impératrice et tout le cérémonial de cour fut rétabli sur l'ancien pied. La conversation qu'il avait eue avec Benjamin Constant prouve que l'empereur cédait au torrent populaire, mais qu'il n'était pas convaincu. Voici quelques passages de cette conversation curieuse , telle uue la rapporte Benjamin Constant luimême. « La nation , lui dit l'empe- « reur, s'est reposée douze ans de toute
« agitation politique, et depuis une « année elle se repose de la guêrre ; ce « double repos lui a rendu un besoin « d'activité. Elle veut ou croit vouloir « une tribune et des assemblées; elle « ne les a pas toujours voulues. Elle « s'est ietée à mes pieds quand je suis « arrive au gouvernemént ; vous devez « yous en souvenir, vous qui essayâtes « de l'opposition. Le goût des constitu- « tions, des débats, des harangues, pa-
« ratt revenir Cependant, ce n^st
« que la minorité qui le veut, ne vous « v trompez pas. Le peuple, ou, si vous « l'aimez mieux, la multitude ne veut « que moi. Ne Pavez-vous pas vue cette « multitude se pressant sur mes pas, se « précipitant du haut des montagnes, « m'appelant , me cherchant , me sa- « luant? A ma rentrée de Cannes ici, je « n'ai pas conquis, j'ai administré. . . « Je ne suis pas seulement , comme on <« l'a dit, l'empereur des soldats, je suis « aussi celui des paysans, des plébéiens, a de la France. . . Aussi, malgré tout h le passé, vous voyez le peuple revenir « à moi : il y a sympathie entre nous. . . «t Je n'ai qu'à faire un signe , ou plutôt « détourner les yeux, les nobles seront « massacrés dans toutes les provinces.
« Ils ont si bien manœuvré depuis six « mois!... Mais je ne veux pas être « le roi d'une jacquerie. S'il y a des « moyens de gouverner par une cons- « titiition, à la bonne heure... J'ai « voulu l'empire du monde; et pour « me l'assurer, un pouvoir sans borne « m'était nécessaire. Pour gouverner « la France seule , il se peut qu'une « constitution vaille mieux... Voyez « donc ce qui vous semble possible. Ap- « portez- moi vos idées. Des élections « libres? des discussions publiques?
« des ministres responsables ? la liber- « té ? je veux tout cela. . . La liberté de « la presse surtout , l'étouffer est ab- « surde; je suis convaincu Sur cet ar- « ticle. . . Je suis l'homme du peuplé; « si le peuple veut réellement la liber- « té, je la lui dois; j'ai reconnu sa « souveraineté . il faut que je orétë l'o- •» reille à ses volontés, même a ses ca- « priées. Je n'ai jamais voulu l'oppri- « mer pour mon plaisir; j'avais de « grands desseins; le sort en a décidé,
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« je ne suis plus un conquérant; je ne « puis plus l'être. Je sais ce qui est pos- « sibleetcequi ne l'est pas ; je n'ai plus « qu'une mission : relever la France et « lui donner un gouvernement qui lui « convienne. . . Je ne hais point la li- « berté; je l'ai écartée lorsqu'elle obs- « truait ma route; mais je la com- « prends ; j'ai été nourri dans ses pen- « sées. .. Aussi bien, l'ouvrage des « quinze années est détruit; il ne peut « se recommencer. Il faudrait vingt ans « et deux millions d'hommes à sacri- <> fier. . .D'ailleurs, je désire la paix , « et je ne l'obtiendrai qu'à force de vic- « toires. Je ne veux pas vous donner de « fausses espérances; je laisse dire qu'il « y a des négociations, il n'y en a point. « Je prévois une lutte difficile, une lon- « gue guerre. Pour la soutenir, il faut « que la nation m'appuie ; en récom- « pense elle exigera de la liberté : elle « en aura... La situation est neuve. Je « ne demande pas mieux que d'être « éclairé. Je vieillis; l'on n'est plus à « quarante-cinq ans ce qu'on était à « trente. Le repos d'un roi consti- « tutionnel peut me convenir. . • Il « conviendra plus sûrement encore à « mon fils. »
Le 23 , Louis XVIII avait quitté Lille pour se rendre à Gand. Il ne restait plus en France que le duc et la duchesse. d'Angoulême. La duchesse essaya vainement de se maintenir dans Bordeaux; le maréchal Clausel la contraignit d'en sortir sans tirer un coup de fusil. Elle se retira à Pouillac, d'où on la laissa mettre à la voile pour l'Angleterre, le 2 avril. « C'est « le seul homme de la famille, dit Na- « poléon ; tout ce qui s'est passé à Bor- « deaux est extraordinaire ; je ne sais ce « qui doit étonner le plus de la noble « audace de madame d'Angoulême ou « de la magnanimité de mes soldats.»
C'est ainsi qu'il se vengeait de la famille qui avait mis sa téte à prix. Il ne se montra pas moins généreux envers le duc d Angouiéme , qui s'était jeté dans Toulouse, mais que les troupes impériales avaient bientôt forcé de capituler , et qui se trouvait prisonnier au Pont-Saint-Esprit. L'em-
pereur, n'écoutant pas les conseils de la prudence qui lui prescrivaient de
{;arder ce prince en otage, lui accorda a faculté de se retirer sur la terre étrangère. Le succès lui avait rendu sa grandeur d'âme ordinaire ; déjà il était revenu sur les dispositions des décrets de Lyon qui avaient prononcé le séquestre des biens anciens et nouveaux des émigrés. Un traitement annuel de trois cent mille francs avait été alloué à la duchesse douairière d'Orléans, pour l'indemniser du sé-
auestre mis sur ses biens ; la duchesse e Bourbon, sa fille, avait également reçu une indemnité de cent cinquante mille livres de rente.
La coalition n'était pas dans des dispositions aussi bienveillantes à son égard. La levée de boucliers de Murât avait empêché l'Autriche de prêter l'oreille aux propositions pacifiques du gouvernement français, et les ministres de cette puissance avaient adhéré à la clause du traité du 25 mars 1815, par laquelle la coalition se reconstituait plus compacte que jamais, et s'engageait à ne déposer les armes qu'après avoir mis Napoléon hors d'état de troubler à lavenir la paix de l'Europe. Aucun des rois coalisés ne daigna répondre à la lettre que l'empereur avait écrite le 4 avril. Ce-
Sendant il y disait à chacun d'eux, ans des termes pleins de modération en parlant de la France : « Jalouse de « son indépendance , le principe inva- « riable de sa politique sera le respect « le plus absolu pour l'indépendance « des autres nations. Si tels sont, « comme j'en ai l'heureuse confiance, « les sentiments personnels de Votre « Majesté, le calme général est assuré « pour longtemps, et la justice, assise « aux confins des États , suffit seule « pour en garder les frontières. » Ijes
fmissances étrangères rejetèrent égaement toutes les démarches que fit faire l'empereur à Vienne auprès de MM. de Talleyrand et de Metternich.
Ce dernier s'entendait déjà à Paris, avec Fouché , ministre de la police, pour substituer une régence au çouvernement de l'empereur. Convaincu