‹ France Dictionnaire Encyclopédique (volume 3)Chapitre 52 sur 88 · FRANCE. CEN · texte numérisé non relu

FRANCE. CEN

de la trahison de Fouehé par des preuves authentiques , Napoléon voulut d'abord le faire fusiller; mais on l'en dissuada, et il se borna à le surveiller de plus près. Faute d'avoir embrassé une politique vraiment nationale, il était réduit à user de ménagements envers un pareil homme. Les rois coalisés auraient été moins dédaigneux envers lui , ils se seraient hâtés de répondre à sa lettre, s'il avait franchement accepté le concours du peuple qui s'offrait bénévolement à fui. Mais , fidèle à son ancien système, il espérait triompher de tous les obstacles avec le seul secours de l'armée.

C'était bien mal comprendre la situation de la France ! Pour faire de

grandes choses avec l'armée, il fallait e nouveau revenir au régime du despotisme , ce qui était complètement impossible; tandis qu'en s appuyant sur la démocratie , qui était décidée aux plus grands efforts , on pouvait du même coup régénérer la France au dedans et la relever au dehors.

L'exemple de la Convention était là pour lui rappeler ce que la démocratie avait pu faire alors même qu'il n'existait pas d'unité dans le pouvoir.

En rendant à l'armée son ancienne prépondérance , il fournissait un prétexte aux rois coalisés pour révoquer en doute ses intentions pacifiques , et il s'aliénait à la fois la bourgeoisie, passionnée pour les idées libérales, et le peuple, toujours imbu de principes démocratiques et de sentiments d'égalité.

Du reste, l'empereur, qui ne s'était jamais fait illusion sur le résultat des négociations entamées , se préparait activement à la guerre. La France entière présentait une activité extraordinaire. Sept armées se formaient sous les anciens noms d'armées du Nord , de la Moselle, du Rhin, du Jura, des Alpes, des Pyrénées. Une armée de réserve se réunissait à Paris et à Laon; cent cinquante batteries étaient dressées ; quatre cents bouches à feu allaient être placées sur les hauteurs de Paris; dix mille soldats d'élite entrèrent dans les vieux cadres de la garde impériale; les braves marins, immortalisés à Lut-

zen et à Bautzen , formèrent un corps de dix-huit mille hommes; trente mille officiers, sous-ofiieiers et soldats en retraite ou en réforme s'offrirent pour les garnisons des places fortes; les corps francs et les partisans s'enrégi- , mentaient; enfin la garde nationale organisée présentait une massede deux millions deux cent cinquante mille hommes; et quinze cents compagnies de grenadiers et de chasseurs de cette garde, formant cent quatre-vingt mille nommes, furent mis à la disposition du ministre de la guerre. Paris seul fabriqua par jour jusqu'à trois mille fusils. On fortifiait toutes les villes, toutes les positions impur tantes jusque dans le centre du pays. L'armée, qui n'était d'abord que de quatre-vingt mille hommes, en compta bientôt deux cent mille.

Les sept départements frontières du nord et de l'est avaient commencé à se lever en masse; toute la nation voulait les imiter. Mais l'empereur s'effraya de cet élan général, et, au lieu de le diriger, il s'attacha à le comprimer.

Les faubourgs de Paris, qui s'étaient organisés en fédérations, virent leurs services refusés. Il en fut de même des fédérations de la Bretagne , de la Bourgogne, du Lyonnais, de l'Anjou, formées au bruit des chants populaires et cimentées par les serments les plus solennels. Tout ce qui u'était que militaire convenait à l'empereur; il ne négligeait aucune ressource matérielle ; mais les forces vives de la nation lui faisaient peur; il craignait ces fédérés qui seuls auraient pu te mettre à l'abri des intrigues devant lesquelles il allait succomber.

Mais la faute la plus grande qu'il commit, celle qui fut la véritable cause de sa perte, ce fut la promulgation de l'acte additionnel aux constitutions de l'empire, qui parut le 22 avril. Au lieu de faire nommer une nouvelle assemblée constituante par la réunion générale des électeurs du champ de mai , ainsi que l'avait promis ou laissé croire son décret du 13 mars, il se chargea lui-même de tout le travail. Il eut l'imprudence d'imiter Louis XVIII, en

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donnant à la France une espèce de charte octroyée, au heu de satisfaire aux vœux de la nation, qui voulait une constitution sérieuse, librement consentie. Si encore il avait ainsi usurpé le rôle de législateur suprême pour produire une œuvre parfaite, digne de son génie; mais loin d'avoir inventé une constitution modèle, il se montra inférieur à lui-même; lui qui s'était toujours prétendu le défenseur de l'égalité, il ne sut qu'imiter la restauration, et instituer comme elle une chambre héréditaire, pour conlre-balancer l'influence de la chambre élective. Aussi, bien que Pacte additionnel renfermât plusieurs dispositions conformes aux besoins de fépoque, l'esprit public en reçut une impression désagréable. Lès libéraux ne trouvèrent aucune garantie dans cet acte additionnel, qu'un nouvel acte "additionnel pouvait remplacer d'un jour à l'autre. La bourgeoisie, déçue dans son attente, craignit le retour de l'ancien despotisme. Les républicains et le peuple ne furent pas plus satisfaits. « Quoi, disaient-ils, loin de s'a- « percevoir que c'est le rétablissement « de la noblesse héréditaire qui a préci- « pitéla tin de son premier règne, il ne « voit rien de mieux à faire, pour signa- « 1er son retour, que de constituer sur a des bases solides cette nouvelle aristo- « cratie de naissance : les Bourbons ne « demandaient pas autre chose. » Tout le monde fut mécontent, peuple et bourgeoisie. L'empereur avait été d'autant plus coupable, que les avis ne lui avaient pas manque. Un grand nombre de ses conseillers l'avaient supplié de ne pas tromper ainsi l'espoir de la France. Carnot s'était opposé de toutes ses forces à la publication d'un acte qui sanctionnait l'institution de la pairie héréditaire. Dans l'espoir de le détourner de son funeste dessein, il s'était servi des expressions même qui avaient été employées sous le consulat pour justifier l'institution de la Légion d'honneur. îl avait conjuré l'empereur de ne pas confondre « la gloire acquise avec la gloire héritée, » de distinguer « les grands hommes des descendants

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des grands hommes. » Rien &'avait pu l'ébranler. On trouvera à l'article Actk additionnel le texte fie ce document curieux et une analyse raisonnée de ses principales dispositions; ici, nous avons dû nous borner à dire en peu de mots ce qu'il avait de choquant pour la nation. Dès lors , Napoléon ne dut plus compter que sur l'armée. C'était en effet son point d'appui de prédilection. « Le cabinet d'un roi doit être une tente et non un oratoire, •» avait-il dit en faisant enlever les livres qui couvraient la table où travaillait Louis XVIJL II y a dans ce peu de mots une condamnation de l'empire et de la restauration; les soldats dominaient à la cour impériale, comme les prêtres à la cour des Bourbons. Or, la France ne veut être dominée ni par les prêtres nj par les soldats.

La fameuse assemblée du champ de mai, promise avec tant de pompe par le décret du 13 mars, avait perdu aux yeux de la nation une çrande partie de son importance, depuis la promulgation de l'acte additionnel. Cependant une grande fédération eut lieu, non pas le 26 mai, comme il avait d'abord été dit, mais le 1er juin , dans le Champ de Mars. L'empereur Dt tous ses efforts pour lui donner un caractère national.

A la veille de partir pour la frontière, il voulut montrer à l'Europe coalisée quelles forces redoutables il laissait derrière lui. C'est dans ce sens qu'il faut interpréter les paroles qu'il adressa aux fédérés des faubourgs Saint- Antoine et Saint-Marceau dans la plaine du Champ de Mars.

« Soldats fédérés des faubourgs Sai nt- « Antoine et Saint-Marceau, je suis « venu seul, parce que je comptais sur « le peuple des villes, les habitants des « campagnes et les soldats de l'armée, « dont je connaissais l'attachement à « l'honneur national. Vous avez tous «justifié ma confiance. J'accepte votre «offre. Je vous donnerai des armes; «je vous donnerai pour vous guider « des officiers couverts d'honorables « blessures et accoutumés à voir fuir « l'ennemi devant eux.

« Soldats fédérés, s'il est des hom-

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