‹ France Dictionnaire Encyclopédique (volume 3)Chapitre 53 sur 88 · CE · texte numérisé non relu

CE

FRANCE

« mes dans les hautes classes de la so- « eiété qui aient déshonoré* le nom « français, l'amour de la patrie et le « sentiment de l'honneur national se « sont conservés tout entiers dans le « peuple des villes, les habitants des « campagnes et les soldats de l'armée.

« Je suis content de vous voir. J'ai « confiance en vous. Vive la nation! » C'était une manière adroite de détruire la mauvaise impression qu'avait produite l'acte additionnel. En effet, renthousiasme national reparut un instant; mais c'étaient des actes et non pas des paroles qui pouvaient entretenir cet enthousiasme renaissant. Dans la même solennité, une députation des électeurs réunis à Paris présenta à l'empereur le résultat du dépouillement des votes sur l'acte additionnel. D'après leur calcul, treize millions de citoyens avaient accepté la nouvelle charte; quatre mille l'avaient repoussée. L'empereur essaya de faire oublier à la nation la déception qu'elle venait d'éprouver en repondant de belles paroles au président de la députation : « Mes- « sieurs, dit-il, empereur, consul, sol-

* dat, je tiens tout du peuple. Dans la « prospérité, dans l'adversité, sur le « champ de bataille, au conseil, sur le «trône, dans l'exil, la France a été « l'objet unique et constant de mes

* pensées et de mes actions.

« Vous allez retourner dans vos dé- « partements. Dites aux citoyens que les «circonstances sont grandes! qu'avec « de l'union, de l'énergie et de la per- « sévérance, nous sortirons victorieux « de cette lutte d'un grand peuple « contre ses oppresseurs; que les gé- « nérations à venir scruteront sévère- « ment notre conduite; qu'une nation « a tout perdu quand elle a perdu Pin-

* dépendance. Dites-leur que les rois « étrangers que j'ai élevés sur le trône, « ou qui me doivent la conservation de « leur couronne, oui tous, au temps « de ma prospérité, ont brigué mon « alliance et la protection du peuple « français, dirigent aujourd'hui tous « leurs coups contre ma personne. Si « je ne voyais que c'est à la patrie qu'ils « en veulent, je mettrais à leur merci

« cette existence contre laquelle ils se « montrent si acharnés. Mais dites « aussi aux citoyens, que tant que les « Français me conserveront les senti- « ments d'amour dont ils me donnent «tant de preuves, cette rage de nos « ennemis sera impuissante.

« Français ! ma volonté est celle du « peuple, mes droits sont tous siens; « mon honneur, ma gloire, mon bon- « heur, ne peuvent être autres que « l'honneur, la gloire et le bonheur de « la France. »

Malgré ces deux discours, la cérémonie du champ de mai n'eut pas l'heureuse influence que l'empereur S'en était promise. La première émotion passée, les partis revinrent à leurs idées de défiance; d'ailleurs, si l'impression avait été vive, il s'en fallait de beaucoup qu'elle eût été unanime.

La bourgeoisie trouvait que l'empereur penchait trop ouvertement vers le peuple; le peuple l'accusait de compter trop exclusivement sur l'armée. Les intrigants feignaient aussi d'avoir été trompés; ils disaient ouvertement que l'empereur avait manqué à sa promesse d'abdiquer au champ de mai en faveur de son fils. C'était un bruit qu'ils s'efforçaient d'accréditer, et auquel plusieurs paroles de découragement échappées à l'empereur semblaient donner quelque consistance. Les électeurs euxmêmes, qui s'étaient attendus à toute autre chose, manifestaient leur désappointement. [Voyez Champ de mai (assemblée du) 1. *

Espérant réchauffer l'esprit public, l'empereur conçut alors l'idée d'une grande féte de famille, qui eut lieu le 4 juindans lesein même de son palais. Dix mille personnes furent réunies dans les galeries du Louvre, dont un côté était occupé par les députations de l'armée, et l'autre par les représentants et les électeurs de l'empire. En présence de cette assemblée, Napoléon remit ses aigles aux électeurs et aux régiments.

Enfin, le 7 juin, il fit lui-même l'ouverture des chambres, par un discours dans lequel il leur demanda leur concours « pour faire triompher la cause sainte du peuple. » Il croyait n'avoir

CES

L'UNIVERS

Page 1