‹ France Dictionnaire Encyclopédique (volume 3)Chapitre 54 sur 88 · EN · texte numérisé non relu

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rien à redouter de la chambre des pairs qui était son ouvrage; mais celle des représentants, où figuraient la Fayette et Lanjuinais, et qui avait choisi ce dernier pour président, ne lui inspirait pas la même confiance. Aussi lorsque,

Quelques jours après, Lanjuinais vint, la téte aune députation , déposer aux pieds du trône une adresse qui renfermait les vœux de rassemblée, l'empereur répondit en ces termes : « La « constitution est notre point de ral- « liement; elle doit être notre étoile « polaire dans ces moments d'orage.

« Toute discussion publique qui ten- « drait à diminuer directement ou in- « directement la confiance qu'on doit « avoir dans ses dispositions serait un « malheur pour l'État; nous nous trou- « verions au milieu des écueils, sans « boussole et sans direction. N'imitons «pas le Bas-Empire, qui, pressé de « tout côté par les barbares, se rendit « la risée de la postérité, en s'occupant « de discussions abstraites , au moment « où le bélier brisait les portes de la « ville. » Ainsi, même avec la toutepuissance qu'il s'était arrogée, il n'avait pas pu se procurer une majorité dans la représentation nationale. 'Un autre passage de sa réponse montre que l'acte additionnel ne lui paraissait pas à lui-même une constitution définitive. « Premier représentant du peu- « pie, j'ai contracte l'obligation, que «je renouvelle, d'employer, dans des «temps plus tranquilles, toutes les « prérogatives de la couronne, et le « peu d'expérience que j'ai acquise, à « vous seconder dans l'amélioration de « 7ios constitutions. »

Le 12 juin, il quitta la capitale pour marcher à la rencontre de l'ennemi.

En moins de trois mois, il avait levé une armée de quatre cent mille hommes , et s'était mis en état de faire téte à l'Europe conjurée. Cela tenait du prodige. Mais il laissait derrière lui une nation divisée, sans foi dans un vain simulacre de constitution, et à moitié convaincue que l'empereur redeviendrait aussi despote qu'autrefois , dès que la victoire aurait rendu à ses armes leur ancien prestige. D'un autre

côté, il était évident que le moindre échec ne manquerait pas de redoubler l'audace des agents de la coalition, et de cette tourbe de traîtres qui s'acharnaient à la perte du grand homme.

On peut voir aux articles Fleubus, Ligny et Watebloo, les prodiges de courage dont les soldats français donnèrent une seconde fois le spectacle au monde. Malheureusement, la trahison l'emporta sur la valeur de l'armée aussi bien que sur le génie de son chef, et l'empereur revint à Paris après une horrible défaite. Dans ces graves circonstances, son énergie sembla l'abandonner. Il pouvait encore se relever par un appel au peuple, qui ne se montra jamais plus décidé a verser son sang pour la patrie.

Il n'en fit rien. Le 20 juin, a neuf heures du soir, il rentra dans Paris, qu'il trouva consterné et en proie aux plus vives agitations. Oubliant que ce n'est pas lorsque la patrie est en danger qu'il convient de lier les mains au chef de l'État, la chambre des représentants, sur la motion de la Fayette, se constitua en permanence, et déclara traître à la patrie quiconque tenterait de la dissoudre. La chambre des pairs imita celle des représentants. Dès lors , l'empereur se trouva dans la nécessité de faire un coup d'État ou de consentir à cette abdication en faveur de son fils, dont l'intrigue avait toujours fait le but de ses efforts.

Un seul homme dans le conseil s'opposa à l'abdication, c'était Carnot, celui qui seul avait combattu aussi l'établissement de l'empire. Voyant son opinion méconnue, il ne put retenir ses larmes. L'empereur lui dit alors : <• Je vous ai connu trop tard. » Ce n'était pas lui seulement que l'empereur avait ainsi méconnu, c'était toute cette France démocratique qu'il représentait, et qui sentait son attachement pour Napoléon redoubler, à mesure que la haiue des rois le poursuivait avec plus d'acharnement. Lorsqu'il eut abdiqué, à la condition que la couronne passerait à son fils, les représentants, ou plutôt les intrigants qui les menaient, refusèrent de recon-

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naître Napoléon II. Il comprit alors dans les Anglais que dans les ennemis

qu'on avait retourné sa modération qui le poursuivent avec tant d'achar-

eontre lui-même; mais il était trop nement en France, il écrit au prince

tard, les chambres avaient nommé un régent d'Angleterre une lettre qui au-

gouvernement provisoire composé de rait enchaîne tout autre gouvernement

cinq membres, parmi lesquels figu- que le gouvernement anglais. Vain

rait l'infâme Fouché, qui l'avait trahi espoir! jamais l'Angleterre n'a reculé

dès le commencement, et qu'il avait devant un crime, lorsque ce crime

eu l'imprudence de laisser à la police, était utile à ses desseins. Le 26 juillet,

après avoir eu l'intention de le faire le Bellérophon arriva dans la rade de

fusiller. Vainement il offrit ses servi- Plymouth, où le peuple anglais fit à

ces, non plus comme empereur, mais Napoléon un accueil digne de son in-

comme général , on le refusa. Relégué d'abord a l'Élysée, où il entendait les acclamations du peuple qui demandait à courir sous ses ordres au-devant des.étrangers , il dut, le 25 juin, se retirer à la Malmaison. Deux jours après, sur une marche imprudente de l'ennemi, qu'il pouvait prendre en défaut, il oftrede nouveau de servir la patrie en qualité de soldat; nouveau refus. Fouché le fait garder à vue par le général Becker. Cependant les sympathies de l'armée et des masses étaient encore si prononcées pour lui, qu'il songea un moment à faire un nouveau 18 brumaire. La crainte seule d'allumer la guerre civile l'en empêcha. A partir de ce moment, il est complètement vaincu; repoussé comme souverain, repoussé comme général, le voilàcondamné à sortirdecette France, où il venait de rentrer en triomphateur.

En effet, le 29 juin, il quitte la Malmaison et part pour Rochefort, dans l'intention de passer aux États- Unis. Mais pour son départ comme pour son abdication, il était destiné à être victime de la plus noire perfidie. Arrivé le 3 juillet à Rochefort, il s'embarque le 8, dans l'intention de se rendre aux Etats-Unis; niais les saufsconduits qu'on lui avait promis pour le décider au départ n'arrivent pas.

Le 14, il était encore à l'île d'Aix, toujours dans l'attente, ne pouvant sans un sauf-conduit échapper à la croisière anglaise qui le cerne de toutes parts. Abandonne, trahi, il accepte l'offre du capitaine Maitland, qui se charge de le conduire en Angleterre.

Espérant trouver plus de générosité

fortune, mais ne put empêcher le cabinet de Saint-James de l'envoyer mourir en exil à Sainte-Hélène. L'empereur répondit à la perfidie du gouvernement anglais par une admirable protestation, qui restera comme un monument impérissable pour éterniser la honte de I Angleterre. Le 7 aodt, Napoléon passa à bord du Northumberland, qui sortit le 11 du canal de la Manche, et mouilla le 15 octobre dans la rade de Sainte-Hélène. En passant à la hauteur du cap Hogue, Napoléon put jeter une dernière fois les yeux sur la terre de France. « Adieu , « terre de braves! dit-il avec effusion, « adieu, chère France! quelques traî- « très de moins, et tu serais encore la « maîtresse du monde! »

Quelque blâmable que nous ait paru à nous-même la politique suivie par Napoléon pendant les cent jours, nous ne pouvons approuver la conduite tenue par la représentation française à cette époque orageuse. Sans doute, la génération d'alors avait raison de vouloir la liberté; mais elle a été cruellement punie de son zèle intempestif, et nous savons maintenant ce qu'il en coûte de recevoir un maître d une main ennemie. La plus grande honte que puisse subir une nation n'est pas d'avoir été conquise, d'avoir vu sa capitale presque mise au pillage, ses provinces dévastées et toutes ses gloires insultées, c'est d'être forcée d'obéir à ceux qu'elle avait durant vingt ans chassés devant ses armées victorieuses. Avec Napoléon, le despotisme était glorieux au moins et passager surtout; avec les Bourbons, il était honteux, et aurait été durable,

T. iv. 24« Livraison. (Dict. encycl., etc.)

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s'il pouvait l'être encore en France.

Sans doute , nous devons faire la part des libéraux de 1815; mais ils n ont semé pour nous, en voulant des droits pour eux-mêmes , qu'un déshonneur de quinze années. Ils ont ouvert nos villes à l'étranger, ils ont livré nos flottes, nos arsenaux , nos places fortes , et ont signé ces désastreux traités de 1815, qui pèsent encore de tout leur poids sur l'Europe démocratique. Croit-on, par exemple, qu'en présence de Bonaparte, réduit après la paix au rôle de roi constitutionnel, mais restant toujours le représentant des principes révolutionnaires déposés dans son code,

3u'en présence de la France forte, reoutée et toujours l'espoir des peuples, les rois de la sainte alliance auraient pu mentir comme ils l'ont fait à leurs promesses, appesantir un joug odieux sur leurs sujets, et réprimer partout, a Naples, dans le Piémont, en Espagne, dans l'Allemagne, les tentatives d'émancipation populaire? C'est parce que la France, devenue royaume de droit divin, a abandonné la cause des peuples, que la Pologne a été effacée du rang des nations et depuis a péri peut-être sans retour, que l'Italie gémit démembrée et asservie, qu'à l'Orient enfin grandit le colosse moscovite, qui ne trouve plus d'adversaires ni de rivaux, si ce n'est dans les marchands de Londres. La France de François Ier, de Richelieu, de Louis \l \ . de la Convention et de Bonaparte, est descendue au second rang des nations.

Quand donc remontera-t-elle au premier pour y défendre encore, comme autrefois, contre la maison d'Autriche, les libertés de l'Allemagne et de l'Italie, et l'industrie, le commerce, c'est-à-dire la richesse et le bien-être de tous les peuples du continent , contre l'avidité mercantile et l'égoïsme politique de la Grande-Bretagne !

Centbàlisàtion. A un point de vue élevé, une nation doit être considérée comme un individu, dont la vie est soumise aux mêmes lois que le corps humain. Chez l'homme, le cœur est le centre de la circulation; dans l'être multiple qu'on appelle peuple , la ca-

pitale est aussi le foyer de la vie, elle est le cœur d'où partent et où viennent aboutir toutes les forces vitales. Sans unité, pas de peuple ; sans la centralisation, pas d'unité. Aussi un Etat est-il d'autant plus puissant qu'il est mieux centralisé.

Il faut se garder toutefois de confondre la centralisation avec la concentration y qui n'en est que l'abus. La concentration de toutes les forces d'une nation dans une seule ville ou dans une seule main serait une monstruosité , dont les conséquences ne tarderaient pas àétre funestes a la ville qui chercherait à tout absorber, aussi bien qu'aux provinces qu'elle aurait dépouillées. Ce serait comme si le cœur voulait garder tout le sang que lui apportent les veines. L'antiquité nous en offre un exemple bien frappant : Rome a été victime de cette politique absorbante qui la portait à entasser dans son sein toutes les richesses de l'ancien monde. Après s'être avilie dans le luxe et dans la débauche, elle s'est trouvée hors d'état de résister aux barbares, pour qui ses trésors étaient une tentation irrésistible. Autant la centralisation est utile, autant la concentration est dangereuse. Napoléon , qui avait trouvé en France la centralisation toute faite, en a outré les conséquences ; et c'est en grande partie à son système qu'il faut attribuer les abus qui ont soulevé tant de plaintes. Placé au milieu de circonstances exceptionnelles, condamné, par sa politique, envahissante, à être toujours en guerre, il lui fallait sans cesse des ressources nouvelles. Ces ressources, la centralisation administrative les plaçait sous sa main ; mais, comme il attirait tout à lui, hommes et argent, sans presque rien rendre aux provinces, il a fini par épuiser la France , et par être victime de l'épuisement universel. Les intérêts généraux, voilà ce qui est du domaine de la centralisation. Jamais de pareils intérêts ne

S eu vent être représentés avec trop 'unité, et tout intérêt local qui se met en oppositiou avec l'intérêt commua ne saurait être traité avec trop de se-

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eu

vérité. Mais lorsque les intérêts locaux ne cherchent pas à se satisfaire aux dépens de la prospérité publique, pourquoi les gëuer dans leur libre développement? Les entraves qu'on leur oppose sont nuisibles à l'intérêt général et a l'accroissement même de Ta centralisation, qui est d'autant plus forte qu'elle représente et qu'elle dirige un plus grand nombre de provinces florissantes.

De tous les États existants , la France est évidemment le mieux centralisé ; et c'est au bienfait de sa forte unité qu'elle doit d'avoir résisté à des secousses qui auraient anéanti toute autre nation. L'Europe entière conjurée contre elle n'a pu étouffer sa grande révolution ; et après les désastres de 1814 et de 1815, on l'a vue, malgré les sacrifices énormes que lui avait imposés la coalition, réparer avec une facilité qui tient du prodige , toutes les pertes qu'elle avait éprouvées. Mais cette centralisation ne s'est pas formée sans peine; et l'on pourra se faire une idée de ce qu'elle a coûté, si Ton se rappelle que Panarchie féodale a été le point de départ des efforts que l'on a dû faire pour y arriver. La France en est en grande partie redevable aux rois de la troisième race. En agrandissant leurs domaines, d'abord si petits , du duché de France , en soumettant les uns après les autres tous les seigneurs féodaux qui aspiraient à l'indépendance, ils ont formé l'unité française. Il faut citer parmi ceux qui ont le plus puissamment travaillé à cette œuvre, Louis Je Gros, Philippe-Auguste, saint Louis, Philippe le Bel, Louis XI et Louis XIV.

l/abbé Suger et le cardinal de Richelieu méritent aussi une mention particulière; après Louis XI, Riehelieu fut le plus cruel adversaire des prétentions féodales de la noblesse; aussi le grand roi n'eut - il ensuite que peu de chose à faire , et se trouva-t-il bientôt assez fort pour abuser du pouvoir monarchique. « La France, dit M. de Gérando, ramenée momentanément à l'unité sous Cbarlemagne (c'était l'unité germanique,

et pas encore l'unité française), livrée, sous ses faibles successeurs, à un com-

filet démembrement , fractionnée, par a féodalité, en éléments indépendants, ne possédait plus ( à l'avènement des Capétiens) qu'un faible lien d'unité dans la. suzeraineté de ses rois. Tous les efforts des princes de la troisième race , depuis Philippe - Auguste et saint Louis jusqu'à Richelieu et Louis XIV, tendirent à substituer l'unité de l'État à l'agglomération, tendirent à la centralisation politique. Mais la centralisation opérée par Richelieu et Louis XIV était, pour ainsi dire, mécanique et violente; elle n'était obtenue que par le développement d'une autorité absolue. Le succès fut incomplet et peu durable. »

Les rois avaient vaincu les seigneurs féodaux; mais à leur tour, en leur qualité de nobles, ils mirent des obstacles au développement de l'unité française. Faisant alliance avec les débris de la noblesse qu'ils ne craignaient plus, ils prétendirent éterniser la distinction des castes, et voulurent maintenir deux peuples dans l'État : l'un noble de race, et fait pour commander, l'autre roturier de naissance , et fait pour obéir. Mais le principe de l'unité morale trouva dans le tiers état un instrument énergique qui brisa la»

coalition de la royauté et de la noblesse, et soutenue , excitée par la nation entière, l'Assemblée constituante acheva ce que la royauté avait laissé incomplet. A l'unité du territoire et à la centralisation du pouvoir , double objet de la politique des rois de la troisième race , elle ajouta , en principe du moins , l'unité de la nation ; tous les Français furent reconnus égaux devant la loi. Il n'y eut plus de noblesse, il n'y eut plus de franchises provinciales; une seule et même organisation et des règles uniformes introduisirent partout l'homogénéité.

Cependant la Constituante jugea prudent, par une dérogation aux principes d'égalité qu'elle avait proclamés ellemême, de n'accorder la jouissance des droits politiques qu'à une partie de la nation. Il fallut , pour être électeur,

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payer au moins cinquante francs d'imposition. Le peuple, qui avait aidé la bourgeoisie à renverser la caste nobiliaire, se trouva blessé d'une exclusion qui le privait des droits civiques; il protesta, et, après une lutte de courte durée , il resta maître du champ de bataille. Alors là Convention publia la constitution de 1793, qui reconnaissait à tous les Français la qualité et les droits de citoyens, mais qui fut suspendue aussitôt que promulguée, à cause des nécessités de la crise révolutionnaire. Nous n'avons pas à examiner ici la valeur des moyens d'application adoptés par la Convention, qui, un peu plus tard , remplaça la constitution de 1793 par celle de l'an III ; ce qu'il importe de constater ici, c'est qu'avec les principes de la Convention , l'unité morale et politique était complète. La Convention voulut peut-être arriver au but avant le temps ; mais enfin elle sut élargir les termes du problème.

Jusqu'alors, l'unité politique, qui est une des faces les plus importantes de la centralisation, avait été en progrès; mais elle ne tarda pas à déchoir. Napoléon suspendit tous les pouvoirs politiques de la nation pour les concentrer en lui-même ; il alla plus loin, il ressuscita, autant que cela était possible, l'ancienne distinction des castes , et fit de nouveau deux peuples dans l'État , en créant une j iouvelle noblesse héréditaire ; enfin , il développa d'une manière monstrueuse la centralisation administrative, qui lui permettait d'attirer à lui seul toutes les forces de la France pour les lancer sur le reste de l'Europe. La restauration adopta les principes administratifs qu'elle avait trouvés établis ; cependant l'excès du mal devint bientôt tel, que le gouvernement fut contraint, sous le ministère Martignac , à faire quelques sacrifices. Depuis la révolution de juillet, la loi départementale et la loi municipale ont rendu aux provinces et aux communes, traitées comme des mineures par Napoléon , guelques-uns de ces droits qui sont imprescriptibles, parce qu'en assurant

aux villes et aux communes une certaine part d'indépendance, ils leur permettent de travailler à augmenter leur prospérité, et que, plus elles sont prospères, plus l'État est puissant.

Centres. Ce mot est devenu , depuis l'introduction du régime parlementaire en France, d'un usage journalier, et il a pris, pour ainsi dire, une acception nouvelle. Il désigne cette portion des assemblées législatives qui siège sur les bancs places au milieu de l'enceinte, entre la droite et la gauche. A un point de vue purement matériel, les membres du centre représentent le parti de la modération par rapport aux deux autres côtés , qui , toujours au même point de vue, figurent les extrêmes ; mais, dans l'ordre politique, les modérés du centre se montrent souvent peu dignes de ce nom; quelquefois même, ils deviennent furieux de modération , comme le leur disait un jour le général la Fayette.

Cette habitude constante de prendre le milieu entre deux distances opposées n'est pas toujours le meilleur moyen de faire triompher la cause des principes, et souvent elle est beaucoup plus favorable aux intérêts des ind i vidus qu'à ceux de la nation. C'est avec l'appoint des centres que presque tous les ministères, quel que soit l'esprit de leur politique, se forment une majorité dans les chambres; et un trop grand nombre de députés font un objet de spéculation de cette modération apparente. L'opinion publique les en punit ordinairement par des surnoms peu flatteurs. Au début de la révolution, on les appelait ta plaine, sous la Convention , on les nomma les crapauds du marais, en réponse aux plaisanteries qu'ils avaient osé faire sur la montagne. A l'époque de la restauration, ils méritèrent l'épi thetc de ventrus ? pour la docilité avec laquelle ils échangeaient leur vote contre des truffes , docilité que Béranger a si gaiement tournée en ridicule dans la chanson qui a pour refrain :

Queli dîners, quels dîners, Les ministre* m'ont donnés I

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Depuis la révolution de juillet, ils s'appellent juste milieu, a cause de ce système peu élevé qui a pris pour devise : Chacun chez soi , chacun pour soi.

Centrones, peuples gaulois habitant toute la partie de la chaîne des Alpes à laquelle on donnait le nom d'Alpes grecques , et dont le principal sommet est le petit Saint-Bernard.

Ils occupaient la Ta ren taise. Les deux villes : Forum Claudii et Axima, que mentionne Ptolémée , se retrouvent aujourd'hui dans le petit village d'Aisme et dans le petit endroit nommé Centron , situés tous deux dans la même vallée. Ces deux villes perdirent plus tard leur supériorité sur les autres lieux de ce district , puisque, dans la notice de l'empire , c'est Darantasia, ou Moustier en Tarentaise, qui en est désignée comme la capitale.

Du côté du nord , ces peuples paraissent avoir étendu leurs limites jusqu'à Cluse, où ils confinaient aux Nantuates. Strabon , Pline et Ptolémée les placent en Italie.

Cbnt-Suisses (compagnie des). — Quelques écrivains font remonter

I institution de cette compagnie à Tannée 1443 ou 1444, époque à laquelle les cantons helvétiques contractèrent, pour la première fois, l'obligation de fournir à la France un nombre d'hommes déterminé , pour servir comme auxiliaires dans ses armées ; d'autres ne lui font prendre rang qu'à partir de 1469 ou de 1478 , sous le titre de cent gardes suisses , et le plus grand nombre datent son institution de l'année 1496.

II paraît , en effet, que c'est dans cette dernière année que Charles VIII la réorganisa et l'admit définitivement au nombre de ses gardes ordinaires , sous la dénomination de cent hommes de guerre suisses de la garde.

La force de ce corps, ainsi que son titre l'indique , était de cent hommes; son état-major comprenait un capitaine-colonel, quatre lieutenants, dont deux français ; deux enseignes , deux lieutenants aides-majors, huit exempts (depuis 1615 seulement), quatre four-

riers et six caporaux , ce qui portait son effectif à cent vingt- sept hommes.

Les cent gardes suisses, choisis parmi les hommes de cette nation de la plus haute taille , étaient armés de hallebardes pour le service intérieur de la cour, et habillés à la Henri IV. En campagne, ils étaient armés du mousqueton et marchaient à la tête du régiment des gardes suisses. Ils portaient , dans le premier cas , l'habit a livrée , bleu , à parements de velours rouge; dans le second, l'habit uniforme, à peu près semblable à celui du régiment des gardes. Leur baudrier était garni de franges rouges et blanches.

Le fond de leur dra peau était à quatre carrés bleus : l'ornement du premier et du quatrième carré consistait en une L couronnée d'or, le sceptre et la main de justice passés en sautoir, noués d'un ruban rouge ; le second et le troisième portaient une mer d'argent, ombrée de vert , flottant contre un rocher d'or, battu par quatre vents ; une croix blanche séparait les quatre quartiers , avec cette devise : Ea est fiducia gentis. L'écharpe était blanche : la hampe se terminait par une fleur de lis d'or.

Dans les grandes cérémonies, les cent-suisses marchaient , tambour battant, sur deux files placées à droite et à gauche de la voiture du roi, et à partir des petites roues , où se trouvait la tête de la compagnie. Ils faisaient le service journalier dans l'intérieur : un garde était toujours placé à la porte de la chambre du roi.

Licenciée en 1792, la compagnie des cent Suisses fut rétablie en 1814 , sous le titre de Compagnie des cent gardes suisses ordinaires du corps du roi. Sa force fut alors fixée à cent trente-huit hommes. Réorganisée en 1815, elle fut portée à trois cent dix gardes , dont quarante-deux officiers ou ayant ran* d'officier. Elle prit en 1817, la dénomination de Compagnie des gardes à pied ordinaires du corps du roi, et l'effectif en fut réduit.

Ce corps fut compris dans Tordon-

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nanee du 11 août 1830 et licencié avec ' la garde royale ; depuis , il n'a point été rétabli.

Dans les derniers temps , les gardes suisses , formés indifféremment de Français et d'Helvétiens, avaient l'habit bleu de roi, collet et passe-poil écarlate , boutons jaunes , pantalon blanc en grande tenue, bleu de roi en tenue ordinaire , bonnet d'oursin avec plaque aux armes de France. On leur avait donné le fusil de dragon et le sabre-briquet.

Gbbacchi ( Joseph ) , né à Rome , étudia la sculpture sous Canova, et fît de bonne heure espérer qu'il deviendrait un des plus grands sculpteurs de l'Europe. Les idées républicaines avaient été apportées en Italie, et mises en pratique par l'armée française; Ceracchi les adopta avec enthousiasme, et contribua puissamment à l'organisation de la république romaine. Lorsque le gouvernement pontifical fut rétabli , il vint à Paris et rejeta avec mépris la proposition qui lui fut faite de modeler le buste de Napoléon , qu'il regardait comme un usurpateur. Il eut ensuite le malheur de s'associer à la conspiration d'Aréna et Topino-Lebrun, fut arrêté à l'Opéra, le 10 octobre 1800 , et jeté en prison. Napoléon vint , dit-on , le voir dans son cachot pour lui offrir la vie s'il consentait à reconnaître son pouvoir.

Ceracchi répondit à cette offre par des imprécations , et il fut mis à mort le 31 janvier 1801.

Céramique. — La céramique, ou, si l'on veut, l'art de fabriquer des poteries, et en général toute sorte d'objets en terre cuite , remonte à une assez haute antiquité ; mais elle n'a rien produit de bien remarquable en France avant le seizième siècle.

La poterie gauloise proprement dite était grossière; ses produits étaient dépourvus d'élégance ; les sculptures en creux dont ils étaient ornés étaient d'un style barbare; enfin, sous le rapport de l'art, ils méritent à peine de fixer l'attention de l'historien. La statuette en terre cuite, d'origine gauloise, que possède le musée céramique

de la manufacture de Sèvres , n'a pas plus de valeur.

Avec la domination romaine , l'art des potiers romains s'introduisit dans les Gaules. Une fabrication meilleure, des formes plus belles , sont en général les caractères des poteries galloromaines. Mais arrivèrent les grandes invasions de barbares, et la céramique, aussi bien que tous les autres arts , tomba dans une décadence complète ; c'est à peine si le moyen âge parvint à conserver quelques traditions. Cependant, au seizième siècle, Dourdan possédait des fabriques renommées. Reauvais produisait des poteries vernissées en bleu dont Rabelais parle dans son Pantagruel; et il paraît qu'à cette époque on avait l'usage de décorer la façade des maisons de cette ville de' carreaux de faïence, dont l'ensemble offrait des dessins d'entrelacs. M. Monteil mentionne, à l'année 1525, des painctres et potiers de terre; mais avant Bernard de Palissy , nos poteries étaient peu remarquables. En effet, longtemps on se contenta de faire cuire l'argile , sans la recouvrir d'un vernis ; longtemps on se contenta aussi de l'argile plastique pour composer la pâte des poteries, et il a fallu des siècles pour que la science, se mettant au service de l'industrie, lui fit connaître toutes les ressources que le potier pouvait trouver dans la nature. Mais au quinzième siècle, la céramique française fit de grands progrès.

Avant de continuer l'histoire de cet art nous croyons devoir indiquer en combien de branches il se divise.

Ces branches sont au nombre de sept, et se classent ainsi , suivant la nature et le degré de finesse de leurs produits: 1° terres cuites (briques, tuiles, plastique); T poterie commune ; 3° faïence commune ou italienne ; A* faïence fine ou anglaise (terre de pipe,appelée improprement porcelaine opaque; 6° gréscérame (grès ou poterie de grès) ; 6° porcelaine dure ou chinoise ; 7° porcelaine tendre ou française (porcelaine vitreuse, frittée).

1° Terres cuites. Nous avons déjà dit

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tout ce que nous avions pu recueillir sur la fabrication des terres cuites dans l'ancienne Gaule : une statuette au inusée de Sèvres , divers débris de carreaux , de briques , de tuyaux , conservés dans quelques collections, sont tout ce qui nous reste des produits de la poterie gauloise. Les terres cuites gallo-romaines sont plus nombreuses; ce sont des vases , des briques , des tuyaux , et divers objets plastiques , comme des fragments de statues , où le bon goût s'unit à l'élégance; mais on ne peut en dire autant de la céramique au moyen âge : cette époque ne nous a laissé que des produits assez grossiers.

Les fabriques de terres cuites produisaient en France, en 1825, pour dix-sept millions cinq cent mille fr. de briques , tuiles , carreaux , tuyaux et pots à fleurs.

La plastique en terre cuite , si perfectionnée chez les anciens, oubliée au moyen âge , et si grossièrement exécutée dans les derniers siècles, a subi depuis quelques années, comme toutes les autres industries , l'influence du goût et des arts ; on a vu aux expositions de 1834 et de 1839 des morceaux en terre cuite d'une exécution assez remarquable. Nous citerons' entre autres les pièces plïnthotomiques de MM. Virebent de Toulouse ; ce sont des ornements en terre cuite , destinés à la construction et surtout à la décoration des bâtiments. Pour rendre ces monuments plus solides et susceptibles d'une plus grande perfection, ces habiles fabricants ont imaginé de les composer de deux pâtes différentes superposées , dont l'une, plus grossière, sert comme de doublure à la pâte extérieure. On conçoit l'importance de ce procédé qui rend facile et peu coûteuse la décoration des habitations. Comme exemple, ces messieurs avaient exposé en 1839 un tombeau , de grande dimension , et remarquable à beaucoup d'égards.

On a aussi essayé de donner aux planchers formés de carreaux en terre cuite un caractère artistique, c'est-àdire , de former avec des carreaux de couleur et de formes diverses des es-

pèces de mosaïques. Il serait à désirer que ce genre de perfectionnement se répandtt et fit renaître un art qui avait pris un si grand développement aux treizième et quatorzième siècles.

29 Poterie commune. — Ces poteries , composées d'argile ordinaire, de marne argileuse et de sable , et enduites d'un vernis coloré par le cuivre et le manganèse , sont les plus répandues à cause de leur peu de cherté. On conçoit tout l'intérêt oui s'attache à une fabrication qui intéresse la masse générale des citoyens. Nos poteries , toutefois , sont en général peu soignées, les formes en sont grossières , et cependant ce serait un moyen excellent de répandre le goût du beau dans les masses. Les Espagnols n'ont point comme nous négligé le dessin et l'élégance dans les formes de leurs vases ; leurs alcarazas de Valence sont au contraire d'une perfection de stvle que nous devrions nous efforcer d'imiter.

Parmi les applications de la poterie à la décoration, nous citerons l'emploi des carreaux d'argile vernis pour le pavage des chambres. Ce genre de décoration , imité des azulejos des Arabes , paraît avoir été assez commun au moyen âge. On formait ainsi des planchers représentant des échiquiers pour l'amusement des soldats de garde dans les châteaux, ou bien des rosaces , des entrelacs , des animaux, des figures de blason, des chasses , etc. Les couleurs étaient vives , et obtenues par les oxvdes métalliques dont le vernis était formé; le dessin de ces compositions était facile et assez agréable. Le musée céramique de Sèvres contient plusieurs carreaux de ce genre, et on peut lire des descriptions intéressantes de parquets semblables dans les Archives ae la Normandie par Dubois, t. Ier, p. 109, et dans les Antiquités angto- normandes de Ducarel. Cet usage subsista jusque vers le dix-septième siècle. Les principales fabriques de poteries sont maintenant à Paris, à Épernay et à Magnac- Laval ; elles produisaient en 1825 pour quinze millions de marchandises.

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3° Faïence commune. La pâte de cette espèce de faïence est composée d'argile , de marne argileuse et de sable ; mais l'argile a été lavée; l'enduit qui la recouvré est un émail opaque ordinairement stannifèrc.

On n'est pas d'accord sur l'origine de cette faïence. Suivant les uns, elle aurait été découverte en Provence1, dans le bourg de Fayence , d'où elle aurait tiré son nom ; d'autres la font venir de Faënza, ville de la Romagne; d'autres de Majorque; d'autres enfin en attribuent l'invention aux peuples de TOrient , et plus spécialement aux Arabes, qui l'auraient importée en Espagne, d'où elle se serait ensuite répandue dans toute l'Europe. Cette dernière opinion nous paraît la plus probable. On faisait en effet en Orient, a une époque très-reculée , des poteries assez semblables à nos faïences ; et les premières faïences connues en Europe sont évidemment d'origine orientale : ce sont les azulejos. ou carreaux de faïence émaillée de diverses couleurs (*) exécutés d'abord par les Arabes, qui donnèrent ainsi naissance aux faïenceries de Valence, puis à celles de Majorque , et enfin à celles de Faënza. Les faïences italiennes que Lucas délia Robbia sut décorer de si admirables peintures, et avec lesquelles il fit de si belles sculptures, furent d'abord appelées màiolica ou majolica, du nom de File de Majorque.

Ce fut pendant le règne de Henri II ,

Î|ue l'illustre Bernard de Palissv trouva es procédés des faïenciers italiens , et produisit ses rustiques figulines (**).

Cependant la France n'eut pas de faïenceries avant 1603. Le premier établissement de ce genre fut formé vers cette époque «à Nevers : mais en général, cette industrie a faitebez nous peu de progrès. Les principales fabriques de faïence sont maintenant à Paris, Sceaux , Rouen , Nevers , Lunéville, Saintes, Forges- les-Eaux, Tours ,

(') Voyez sur ce sujet dans l'Encyclopédie nouvelle , l'art. Émail y par M. L. Du&sieux, cl le Magnsin pittoresque, ann. 18.I9, art. Histoire Je la manufacture de Sèvres.

(") Voy. Piussi (Bernard de).

IJron, Longwy, Nîmes. Parmi les perfectionnements apportés dans ces derniers temps à la fabrication de la faïence , nous devons signaler l'emploi de l'acide borique pour durcir l'émail.

4° Faïence fine. On distingue deux espèces de faïence fine , ou anglaise : h faïence fine tendre ou terre de pipe, et la faïence fine dure ; la pâte est formée d'argile plastique lavée et de silex broyé fin ; l'enduit est vitreux , siliceux et plombifère. Pour obtenir la terre de pipe , on ajoute à cette pâte une certaine quantité de craie. La poterie en terre de ,pipe est presque abandonnée ; la faïence fine dure , ou porcelaine opaque (iron stone, poterie de fer des Anglais) , a remplacé cette fabrication , dont les produits sont fort mauvais à tous égards. Les premiers essais bien constatés de la fabrication en France des faïences fines anglaises , à pâte sonore et dense et à couverte dure , sont dus à M. Saint- Amans, et remontent à 1824. Aujourd'hui , les manufactures de Creil , Montereau , Choisy , Toulouse, Arboras, Bordeaux, Sarreguemines, Paris, Saint-Gaudens , donnent des produits

3ui ne sont en rien inférieurs à ceux es fabriques anglaises. Les perfectionnements obtenus sont dus à l'introduction de l'acide borique dans la composition du vernis , qui se trouve durci , et du kaolin dans la masse de la pâte. On doit aussi signaler une amélioration notable dans la forme des vases, dans le choix des ornements, et divers essais pour imprimer sur ces vases au moyen de la lithographie.

6° Poterie de grès. La pâte de cette poterie est composée d'argile plastique dégraissée par du sable , du silex ou du ciment de grès. L'enduit en est vitreux, salin ou plombifère. La cuisson demande une haute température.

On distingue aussi deux espèces de poteries de grès : les grès communs et les grès fins. La fabrication de ces derniers , qui est pratiquée depuis un temps immémorial par les Chinois et les Japonais, n'est connue en Europe que depuis le dix-huitième siècle, époque où l'Allemand Bœttcher en obtint en cherchant à fabriquer de la porce-

CÉR

FRANCE

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laine. Wedgwood naturalisa ensuite cette industrie en Angleterre; quant à la France , elle ne la possède que depuis la restauration, époque ou nous avons vu qu'elle s'appropria aussi l'industrie des faïences fines dures. Ces deux fabrications ont en effet assez de rapports entre elles , et se font ordinairement dans le même établissement.

Les poteries de grès communes sont plus anciennement connues en Europe.

L'Allemagne et l'Italie en produisaient dès le commencement du seizième siècle, dont la forme, les ornements en relief et les peintures étaient souvent d'assez bon goût. Les grès de Nuremberg jouissaient même alors d'unesorte de célébrité. La France possédait aussi à la même époque,des fabriques semblables,entre autres celles de Baveux (*).

Les principales fabriques de poteries de grès existant aujourd'hui en France , sont , pour les grès communs , celles deSaveignies, Saint-Amand, le Montet, Martin-Camp, Sartpoterie, le Montet; pour les grès fins, celle de Sarreguemines, où M. Utzschneider a porté la fabrication à un degré supérieur, pour la qualité et le bon goût, enfin celle de Paris et celles de plusieurs villes déjà indiquées.

6* et 7». Porcelaine dure et tendre. Ta porcelaine n'est connue en Europe que depuis la découverte de la route des

I rides par le cap de Bonne-Espérance.

C'est aux Portugais que nous sommes redevables de cette précieuse poterie , dont le nom vient d'un mot de leur langue , porcolana, vaisselle de terre.

Quoi qu il en soit, la porcelaine fut bientôt universellement recherchée , surtout à cause de la propriété qu'elle a de supporter sans se casser une trèshaute température. Pendant longtemps , on se contenta d'aller la chercher à la Chine. Cependant, dès 1695,

II y avait à Saint-Cloud , Chantilly , Orléans, Yilleroy, des manufactures où Ton fabriquait une imitation de la porcelaine chinoise, et qui, de fait, ne produisaient qu'un verre dur et trans-

C) Voyez Pluquet , Essai historique sur 0 ex je ivc, ch. 29.

lucide, composé de nitre , sel , alun , soude , gypse et sable , et fondant au teu. Cette imitation est connue sous le nom de porcelaine tendre, frittée ou vitreuse. On en établit bientôt de nouvelles fabriques à Arras , ïournay , St-Amand-les-Eaux , etc.

Piganiol citait , en 1718 , les produits de ces manufactures comme fort remarquables. Suivant Félibien (*), les porcelaines de Saint-Cloud égalaient presque, en 1737, celles qui venaient de la Chine.

Un chimiste saxon, Bœtteher, essaya en 1702 de doter sa patrie de la fabrication de la porcelaine. Nous avons dit qu'au lieu de faire de la porcelaine, il fit des grès fins ; niais ses poteries imitaient la porcelaine chinoise. Toutefois, elles en différaient entièrement par leur pâte. Cependant Auguste II, électeur de Saxe, en établit une manufacture à Meissen et anoblit Bœtteher.

Mais un autre chimiste allemand , Tschirnhausen , découvrit en 1710 1a composition de la véritable porcelaine, dont la pâte est, comme l'on sait, composée de kaolin. L'Allemagne étant riche en gisements de cette substance , plusieurs manufactures de porcelaine s'élevèrent rapidement.

En France , on continuait toujours à fabriquer de la porcelaine tendre ; l'on en créa, en 1738, au château de Vincennes une fabrique, à l'établissement de laquelle le marquis de Fulvy consacra toute sa fortune. Nous ne voulons pas empiéter sur l'histoire de la manufacture de Sèvres, l'une de nos gloires nationales ; cependant , nous devons dire ici que la fabrique de Vincennes fut en 1750 transportée à Sèvres, et qu'alors on y faisait encore de la porcelaine tendre. Mais bientôt le secret de la porcelaine dure fut apporté en France par un Strasbourgeois.

On fit alors venir du Palatinat le kaolin nécessaire, et l'on put faire à Sèvres de la porcelaine véritable. Enfin , en 1768, on trouva à Saint- Yrieix, près Limoges, une argile qu'un habile chimiste , Macquer (voyez ce nom) , re-

O Histoire du diocèse de Paris, t. VII, p. 57.

CER

connut être du kaolin. Dès lors la manufacture de Sèvres prit une activité nouvelle; et, depuis, les admirables

Sroduits de cette manufacture ont onné a la porcelaine française une incontestable supériorité sur celles de toutes les autres nations (voyez Sbvbes).

Nous ne traiterons pas ici de l'histoire de la peinture sur porcelaine, considérée soit comme produisant des objets de luxe, soit comme moyen de conserver l'image des chefs-d'œuvre de la peinture à l'huile ; ces détails trouveront mieux leur place dans l'article que nous consacrerons à la manufacture de Sèvres. Cependant nous devons dire qu'il y a tout lieu de se féliciter du bon goût que l'on remarque aujourd'hui dans la décoration et dans les formes des vases en porcelaine. Les formes de mauvais goût passent de mode, et l'on revient à une imitation mieux comprise des vases antiques et des vases de la renaissance; et même dans les objets les plus simples on recherche un dessin pur et une certaine élégance. La fabrication et l'application des couleurs vitrifiables ont fait aussi d'immenses progrès , que l'on doit attribuer aux progrès de la science en général , et surtout à l'intelligente impulsion donnée par la manufacture de Sèvres , dont le savant directeur , M. Brongniart, a compris qu'une manufacture royale , pour être à la tête de l'industrie, devait faire tous les essais, toutes les expériences qui peuvent en agrandir le domaine et répandre les découvertes utiles , tout en conservant les bonnes méthodes et les saines traditions.

Les principales manufactures de porcelaine sont celles de Sèvres , Paris, Limoges, Villedieu (Indre), Conflans, Bayeux, Orchamps (Jura), Fontainebleau, etc.(*).

Nous terminerons cet exposé rapide de l'histoire de l'art céramique, et de son état actuel en France, par quelques mots sur un établissement unique au

(*) Voyez le rapport sur l'exposition des produits de l'industrie en 1839.

monde, nous voulons parler du musée céramique de Sèvres.

L'ancienne manufacture de Sèvres possédait une belle collection de vases étrusques qui fut dispersée en 1793.

En 1806 , M. Brongniart s'occupa , moins de la refaire, que de rassembler des échantillons de tous les produits de l'art céramique dans l'antiquité et dans les temps modernes. Dès 1824, il avait atteint son but. La collection

3u'il a formée comprend la réunion e tout ce qui constitue l'art des poteries de toutes sortes , de tous les pays et de tous les temps. Ce musée est divisé en sept parties , dont chacune est consacrée à une section de l'art céramique. Un appendice est destiné à l'application des couleurs vitrifiables pour la porcelaine. Les galeries de ce musée contiennent des poteries égyptiennes , phéniciennes , chinoises , japonaises , grecques , romaines , étrusques, mexicaines, anciennes et modernes ; enfin des produits delà céramique de tous les peuples y sont offerts à l'étude du savant comme de l'industriel.

Cebcet, seigneurie de l'ancien Auxois, auiourcrhui du département de la Côte-d'Or, érigée en baronnie en

Cebdagne (comté de) dans les Pyrénées, appartenant en partie à la France, et en partie à l'Espagne. On pense que son nom est dérivé de celu i des Ceretoniy anciens habitants du nord de l'Espagne. Mont-Louis est la capitale de la Cerdagne française, qui occupe environ soixante kilomètres carrés. En 1462, Juan II, roi d'Aragon, ayant besoin de secours contre les Catalans et les Navarrais révoltés, engagea à Louis XI pour deux cent mille ecus les comtés de Cerdagne et de Roussillon. Lorsqu'il les réclama plus tard , on refusa de faire droit à ses réclamations. Cependant Charles VIII restitua , lors de son expédition d'Italie , ces deux comtés à l'Aragon ; mais ils furent rendus à la France en 1659, par le traité des Pyrénées. (Voyez Catalogne.)

Cebdagne (comtes de). — Le premier comte de Cerdagne dont l'histoire

cer FRANCE.

CÉR 379

fasse mention est Salomon , qui vivait vers 863 ; mais on ne peut donner une liste non interrompue de ses successeurs avant l'année 988. A partir de cette époque , les comtes de Cerdagne furent :

988, Gtdfred ou fVifred.

1025 , Raymond, qui assista , en 1041, au concile de Tuluie, où Ton établit la paix et la trêve de Dieu.

1068, Guillaume- Raymond.

1095, Guillaume-Jourdain et ÏÏernard-GuUlaume. Le premier alla , en 1 102, à la terre sainte avec Raymond, auquel il succéda, en 1105, dans toutes ses terres d'Orient. Mais il ne conserva queTortose et la forteresse d'Archon; il mourut en 1109. Bernard son frère , qui était resté seul maître de la Cerdagne , étant mort en 1111, Raymond- Bérenger III , comte de Barcelone , lui succéda à titre de plus proche parent , et réunit la Cerdagne à ses États. '

Cerb (Jean - Nicolas) , directeur du jardin botanique de l'Ile de France , naquit dans cette tle en 1737. Il fut envoyé en France pour y faire ses études ; arriva à Brest comme un enfant trouvé , et demeura plusieurs années chez une femme du peuple. Enfin, à force de recherches , ses parents parvinrent à le découvrir, et le placèrent au collège de Vannes , qu'il quitta ensuite pour aller perfectionner ses études à Paris. Il s'était d'abord destiné au

Pénie; mais la guerre ayant éclaté dans Inde en 1757, il fut nommé officier de marine, fit deux campagnes sur l'escadre du comte d'Aché , et se fixa , en 1759, à l'Ile de France, où son père , mort depuis sept ans , lui avait laissé des biens considérables. Lorsqu'en 1766, Poivre fut nommé intendant de l'Ile de France, il trouva dans Ceré un habile collaborateur. Le successeur de Poivre ayant négligé ou détruit plusieurs plantations d'arbres a épiceries , tout aurait péri , si Ceré , nommé, en 1775, directeur du jardin royal de l'Ile de France, ne lui eût opposé une vigoureuse résistance.

11 fit à ses propres frais de nombreuses pépinières de raarcandiers,

de poivriers, de gérofliers, de cannelliers; et, après les avoir multi-

Sliés dans les îles de France et de ourbon , il en envoya des plants aux Antilles, à la Guyane et à Cayenne, avec des instructions sur la manière de les cultiver; ce fut ainsi que Ceré affranchit sa patrie du tribut qu'elle payait aux Hollandais pour les productions des Moluques et de Ceyian.

Il ne négligeait pas non plus d'acclimater à l'Ile de France et d'y multi-

rilier les plantes et les arbres de 'Amérique, de l'Inde et de la Chine, les fruits et les légumes de l'Europe.

Le jardin botanique, dont la direction lui était confiée , passait pour une des merveilles du monde; on y cultivait plus de six cents arbres ou arbustes de diverses contrées. Aussi Ceré pourvoyait-il les jardins d'Europe de toutes les productions des tropiques; la collection de plantes qu'il envoya, en 1782 , à l'empereur d'Allemagne , était la plus riche qui fût venue jusqu'alors des pays chauds. Ceré accueillait avec bienveillance les voyageurs, les naturalistes; facilitait leurs recherches, et les aidait de tous ses moyens ; il était en correspondance suivie avec plusieurs savants; il envoya à Buffon, à Daubenton , à Thouin , et à la Société d'agriculture de Paris, un grand nombre de mémoires. Cette société lui décerna, en 1788, une médaille d'or; elle fit imprimer , dans son recueil de 1789, un mémoire de lui, sur la culture de diverses espèces de riz à l'Ile de France. Napoléon, par un décret daté d'Austerlitz , lui confirma le titre de directeur du iardin botanique de l'Ile de France , et lui accorda une pension de six cents francs. Ce savant modeste et bienfaisant est mort le 2 mai 1810, à soixante et douze ans.

CÉRÉ4 (combat de). Voyez Adige (campagne del'), 1. 1, p. 108.

Cérémonial. — Aucun document ne nous apprend qu'il y ait eu rien de semblable en France sous la première race , à moins qu'il ne faille considérer comme un cérémonial les présents que les grands étaient tenus d'offrir au roi

380 CÉR

L'UNIVERS

lorsqu'il présidait les assemblées nationales , appelées champs de mars et champs de mai. Mais les Carlovingiens, devenus plus puissants que ne l'avaient été leurs prédécesseurs, et adoptant d'une manière plus large les usages des Romains, rétablirent , dans le but de rehausser leur dignité et de l'environner de quelque prestige, les règles instituées par les empereurs; et ils Axèrent la manière dont on devait se présenter devant eux ; l'attitude que l'on devait garder quand on leur adressait la parole; la place gui devait leur être réservée dans les cérémonies publiques; les honneurs auxquels ils avaient droit quand ils apparaissaient au dehors, ou parcouraient leurs Etats; les titres qu'on devait leur donner, etc. Ce fut principalement depuis Charlemagne que ce qu'on appela le cérémonial se constitua et devint, avec le temps , une espèce de science qu'il ne fut plus permis d'ignorer.

Quand les fiefs , ainsi que les bénéfices, eurent été rendus héréditaires, et que chaque seigneur fut devenu maître chez lui , il s'établit une multitude de petites cours qui eurent aussi leur cérémonial, et dans lesquelles on imita autant qu'on le put ce qui se faisait à la cour du roi. De ces cours , le cérémonial descendit dans les châteaux; de la, dans la classe bourgeoise; et il forma graduellement cet ensemble de règles auxquelles, pour l'extérieur, le maintien , le discours, l'habillement , on est tenu de se conformer, quand on appartient ou qu'on veut appartenir à la bonne compagnie. A la cour, et relativement aux personnes royales, ce code s'appelle l'étiquette.

Le cérémonial était déjà fort compliqué au quinzième siècle. On trouve, a la suite aes Mémoires de Sainte- Palaye sur la chevalerie, un travail trèscurieux de la vicomtesse de Furnes , intitulé: les Honneurs de la cour, dans lequel sont expliqués la manière dont les personnes qualifiées devaient se conduire en de nombreuses circonstances; les privilégesqui leur étaient réservés ; les honneurs qu'on devait leur

rendre, et une foule d'autres détails qui annoncent que, dans ce tempsla, l'étiquette était fort pointilleuse.

Henri III, dont on a dit que son suprême bonheur était de faire le roi , et qui s'y entendait fort bien , ajouta beaucoup au cérémonial, dont il possédait si bien la science , que c'était toujours lui que l'on consultait dans les cas épineux , et que ses décisions , toujours justes, devinrent plus tard articles de lois dans le cérémonial français. Il dressa un règlement pour ceux auxquels il accordait l'entrée de sa chambre et de son cabinet, et fixa les heures où il leur était permis de jouir de cette faveur. Il prescrivit un ordre pour le service de sa bouche , pour la provision et l'emploi de ses officiers ; il fixa les termes que l'on devait employer en lui adressant la parole; enfin, le 2 janvier 1585, il créa un officier qui fut chargé de veiller au maintien de ces règlements, et reçut le titre de grand maître des cérémonies.

Louis XIV ajouta" beaucoup au cérémonial, et il l'etendit à tantd'actions, qu'à la cour il n'était pas une chose qui ne se fît ou ne se dit d'une manière particulière, à laquelle on ne pouvait manquer sous peine de disgrâce. Les parlements , comme autrefois les députés des communes aux états généraux , ne pouvaient présenter au roi leurs doléances qu'à genoux ; de remontrances, il n'en fut jamais question sous son règne. Quand il s'habillait, sa chemise devait passer par plusieurs mains avant de lui arriver; un grand seigneur lui passait la manche droite de son habit ; un autre, la manche gauche; un troisième lui présentait son chapeau ; un quatrième, sa canne. Quand il entrait dans sa chambre à coucher pour se mettre au lit, il était d'étiquette qu'un grand du royaume portât devant lui un bougeoir pour l'éclairer. Enfin , le cérémonial , qui le saisissait le matin pour ne le lâcher nue le soir, était un tyran dont il était la première victime, mais dont son orgueil lui faisait supporter sans murmure les perpétuelles exigences.

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FRANCE

CÉR

Le cérémonial réglait aussi le rang que les ambassadeurs français devaient tenir à l'égard des autres ambassadeurs dans les cours étrangères , et aussi les égards qu'on devait leur accorder. Sur ce double point , Louis XIV se montra intraitable. On sait comment, en 1661, à l'occasion d'une question de préséance soulevée à Londres, entre le comte d'Estrades , son ambassadeur, et le baron de Batteville , ambassadeur d'Espagne, il obtint de la cour de Madrid d'humbles excuses, et la déclaration solennellement faite parle marquis de la Fuentes , en présence de tout le corps diplomatique, que, partout, les représentants du roi de France devaient avoir le pas sur ceux de Philippe III. On connaît également la vengeance qu'il tira d'une insulte faite, Tannée suivante, au duc de Créqui , son ambassadeur à Rome, par quel-

3 lies soldats corses, et la pyramide qui, urant cinq ans, attesta l'outrage et la réparation.

Pendant la régence, la familiarité, née d une communauté de corruption et de mauvaises mœurs, confondit presque tous les rangs , et porta de graves atteintes au cérémonial. Louis XV, après sa majorité , le raviva dans les grandes occasions , mais l'oublia presque toujours dans ses petits appartements. A l'avènement de Louis XVI, la jeune reine, accoutumée à la vie presque bourgeoise de la maison d'Autriche, et trouvant le cérémonial insupportable , le frappa presque de ridicule, au grand scandale et désespoir de madame de Noailles, qu'elle appelait madame Étiquette. Néanmoins, le cérémonial fut maintenu d'une manière humiliante pour la nation, en une grave et solennelle circonstance. Lors de la première séance des derniers états généraux, le 5 mai 1789, tandis que les députés du clergé et de la noblesse avaient , pour se rendre au lieu de l'assemblée, de larges portes, et étaient à couvert, ceux du tiers état, les véritables représentants du peuple, n'avaient qu'un couloir étroit , ouvert à la pluie qui tombait, ce jour-là, avec abondance; tandis que les premiers

étalaient des costumes couverts d'or, et des chapeaux chargés de plumes, on avait prescrit aux derniers de se revêtir de l'habit noir et du manteau de même couleur, que portent , dans les anciens opéras-comiques, les baillis de village.

Tant que dura la tourmente révolutionnaire, Fa Convention nationale eut autre chose à faire que de s'occuper d'étimiette. Quand on avait à célébrer une fête publique , on arrêtait un cérémonial pour lui donner de la splendeur et y maintenir le bon ordre. C'était, à proprement parler, une mesure de police aont il n'était plus question le lendemain. Mais le Directoire et , après lui , le Consulat , établirent une étiquette qui , à la vérité, fut d'abord

Eeu gênante , parce qu'il ne fallait pas eurter les idées d'égalité qui étaient encore pleines de vie. Ces idées-là firent aussi d'abord reculer un moment Napoléon lui-même, qui disait, cependant, gu'il ne voulait pas qu'on vînt lui frapper sur l'épaule et lui manger dans la main. Mais , après son couronnement , il ressuscita les vieux usages de la monarchie; et, une fois à l'ouvrage, il n'oublia rien ; son code, placé sous l'autorité d'un grand maître des cérémonies, d'un introducteur des ambassadeurs , et de plusieurs officiers à leurs ordres , fut aussi complet qu'il pouvait l'être.

Comme on le pense bien , la restauration maintint tout ce qu'elle trouva établi sur ce point; elle y ajouta même, et comme s'il eût fallu absolument que le cérémonial monarchique fdt, dans tous les temps, une insulte faite au peuple, à l'ouverture de chaque session législative, le roi invitait les pairs à s'asseoir, et permettait , par l'organe de son chancelier, aux députés des départements d'en faire autant.

Depuis la révolution de juillet, le cérémonial a subi beaucoup de modifications , et on l'a dépouille de tout ce qu'il avait d'humiliant et de servile. Il serait trop long d'exposer ici en quoi il consiste encore ; nous nous bornerons à dire qu'il se réduit à des mar-

382 CÉE L'UNIVERS.

CER

ques de déférence et à des politesses nécessaires pour concilier à l'autorité la considération dont elle a besoin.

Les harangues ont toujours fait et elles font encore la partie principale du cérémonial. A la moindre circonstance, les rois sont condamnés à subir les discours de tous les grands corps de l'État , et , quand ils voyagent , la prose ou la poésie du maire et des principaux magistrats de toutes les villes qu'ils traversent. C'était, de toutes les obligations du métier de roi, la plus pénible pour Henri IV, qui attribuait, en riant , la blancheur précoce de sa barbe aux nombreuses harangues dont il avait été assailli dans le cours de sa vie.

CÉRÉMONIES PUBLIQUES. — L'his-

toire des cérémonies publiques est une partie importante de I histoire générale d'un peuple. C'est en effet dans les grandes solennités que se manifestent les sentiments populaires, que se prennent les grandes résolutions et que s'accomplissent les principaux actes de la vie d'une nation. A ce titre, les cérémonies publiques, religieuses ou politi-

?ues, méritent toute l'attention de historien ; mais les détails sont tout, dans un pareil sujet; une histoire générale des cérémonies publiques serait immense si elle était traitée avec les dév eloppements nécessaires ; réduite à de petites dimensions, elle offrirait peu d'intérêt. Il nous a paru plus convenable de traiter de chaque espèce de cérémonie publique dans un article spécial. Nous renvoyons donc nos lecteurs aux articles Couronnement, Champ de mars et de mai, Ouverture DES ÉTATS GÉNÉRAUX ET DES CHAMBRES, FÉDÉRATION , FUnérailles des rois et des grands citoyens, Messes du Saint-Esprit , Panthéon , Revues , Sacres , Triomphes, et surtout à l'article Fêtes nationales et publiques.

Céret, Ceretiim, Cerisidum, petite et très-ancienne ville du Roussillon , aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement du département des Pyrénées-Orientales, a 31 kil. de Perpignan. Située au pied des Pyrénées, à peu de distance

des frontières d'Espagne, Céret est principalement connue dans l'histoire pour avoir servi de rendez-vous aux commissaires qui, en 16G0, fixèrent les limites des deux royaumes. Sa population est aujourd'hui de 3,251 hab.

Elle possède un tribunal de première instance et un collège communal.

Cébet (affaire du pont de). Le général Dugommier, en réorganisant, avec une admirable activité, l'armée des Pyrénées, qui était tombée dans le plus grand délabrement , ramenait la victoire sous nos drapeaux. Le 1er mai 1794, les ouvrages du pont de Céret furent emportés. Le camp de Boulou, où les Espagnols s'étaient retranchés d'une manière formidable, fut enlevé , et l'ennemi, en pleine déroute, laissant quinze cents prisonniers, cent quarante canons et d'immenses bagages , se hâta de battre en retraite pour secourir ses frontières menacées. [Voy.

t. m , p. 506 et suiv., l'art. Boulou (combat du camp de)].

Cébétbius , ou plutôt Kerthwyz (*), chef Gaulois, commandant l'aile gauche de l'armée qui envahit la Macédoine, Tan 281 avant J. C. , fut chargé par le Brenn d'entrer dans la Thrace et de la saccager, pour passer ensuite dans le nord du royaume de Ptolémée. Cette division y resta occupée à combattre ou à piller, et s'y réunit , l'année suivante , aux bandes de Leonar et de Luthar.

Cerfroid, Cervus frigidus, ancien prieuré de l'ordre des Mathurins , à 5 kil. de la Ferté-Milon, dans l'ancien Valois, aujourd'hui département de l'Aisne. C'était la maisortrchef -(Tordre et la résidence du général.

Cérignoles (bataille de). Ferdinand le Catholique et Louis XII avaient entrepris la conquête du royaume de Naples. Mais après la victoire, ils s'étaient brouillés au suiet du partage.

La querelle fut vidée a Cérignoles (28 avril 1503). Gonzalve de Cordoue avait sous ses ordres une armée d' Espagnols qui venait d'être renforcée

(•) Certh célèbre ; ccrthwiz gloire. Owen'i Welsh dictionn.

cer FRANCE. CÉR 883

par deux mille Allemands. Le duc de Nemours commandait l'armée française, composée de cinq cents lances, quinze cents chevau-légers et quatre mille fantassins. La chaleur était déjà excessive dans les plaines de la Pouille, et les vents soulevaient à chaque instant d'épais nuages de poussière. Les Espagnols, arrives les premiers, se retranchèrent derrière un large fossé; sur le bord de ce fossé, ils avaient construit un rempart , et ils avaient placé des canons en batterie. Le duc de Nemours, qui commandait l'attaque, fut tout à coup arrêté par ce fossé, dont il n'avait pas soupçonné l'existence; et comme il le longeait pour chercher un passage , il fut atteint d'une balle qui le tua. Plusieurs généraux qui lui succédèrent dans le commandement eurent le même sort. En moins d'une demi-heure, l'armée française perdit près de trois mille hommes. Ses bagages tombèrent entre les mains du vainqueur, et Gonzalve de Cordoue demeura seul maître du royaume de Naples , qui continua à faire partie de la monarchie espagnole pendant tout le seizième et tout le dix -septième siècle.

Cbhisantes (Marc Duncan de), naquit à Saumur vers l'an 1600, d'un gentilhomme écossais qui s'y était établi. Après avoir été précepteur du marquis de Fors , et l'avoir accompagné a la bataille de Thionville en 1039, et au siège d'Arras, où son élève fut tué, il alla chercher fortune auprès de la reine Christine, et fut député en France, comme ambassadeur de Suède, auprès du cardinal Mazarin. Mais sa conduite légère et imprudente le lit bientôt rappeler. Il erra ensuite de contrées en contrées, se rendit à Constantinople, et alla enfin joindre le duc de Guise, qui s'était mis à la tête de l'insurrection de Naples. Il déploya dans cette guerre la plus grande bravoure , et à une attaque générale de tous les postes espagnols , il reçut au talon une blessure dont il mourut quelques jours après, en 1648.

Crbise (affaire de). Le lr> août 1795, une colonne de quinze cents Piémou-

tais résolut d'attaquer sur plusieurs points la licne occupée par la division de gauche de l'armée d'Italie , aux ordres du général Serrurier. Favorisés par la nuit , la neige , et surtout un épais brouillard , ils passèrent par le col de la Pierre-Étroite, s'approchèrent du poste de Cerise, défendu par quelques hommes, l'emportèrent, et poursuivirent leur marche vers les postes de San-Martino et de Lantosca, qu'ils atteignirent vers minuit. Aussitôt Serrurier fit battre la générale, et en cinq minutes les trois cents hommes qui composaient ce cantonnement furent réunis. Quoique accablés par le nombre, quoique pressés de toutes parts au point d'avoir à peine l'espace nécessaire pour charger leurs armes et les tirer, les républicains, par leur contenance inébranlable , finirent par lasser l'ennemi et par le contraindre à opérer sa retraite. Ralliés sur les hauteurs voisines, les Piémontais songeaient à revenir à la charge, lorsque, vers six heures du matin, les Français les aperçurent. Ils demandent à grands cris qu'on les mène contre eux; Serrurier y consent ; ils gravissent alors la montagne au pas décharge, culbutent l'ennemi, et le repoussent jusqu'à Cerise. Vainement voulut-il s'arrêter dans ce poste et y faire quelque résistance, il fut culbuté de nouveau et complètement mis en déroute , après avoir perdu un assez grand nombre de morts et de blessés , plusieurs centaines de prisonniers, et beaucoup de fusils.

Cebisiebs (le P.), jésuite, né à Nantes en 1603 , fut conseiller et aumônier de Louis XIV. Il a laissé un grand nombre d'ouvrages historiques et ascétiques; mais on en fait , en général peu de cas. L'Innocence reconnue , ou Fie de sainte Geneviève de Brabant, Paris, 1647, in-8°, est la seule production de Cerisiers qu'on lise encore aujourd'hui.

Cébisoles (bataille de). La bataille de Cérisoles fut livrée le 14 avril 1544, entre le duc d'Enghien et le marquis delGuasto, général de Charles-Quint.

On comptait dans l'armée française un

L'UNIVERS

CÉR

§rand nombre déjeunes seigneurs avies de signaler leur valeur: Saint-André, Dampierre, Gaspard de Coligny, les trois frères Bonnivel , d'Escars , Rochefort. Le marquis del Guasto avait occupé les hauteurs qui dominaient le champ de bataille. Aussi le combat avait-il commencé par des escarmouches entre les arquebusiers des deux armées, lorsque tout à coup les lansquenets impériaux, au nombre de neuf mille, descendirent de la colline pour attaquer les Suisses qui leur étaient opposés. Les Suisses soutinrent ce redoutable choc ; ils étaient secondés par un corps de Gascons , et soutenus en outre par les jeunes seigneurs , oui cherchaient à se surpasser les uns les autres. En même temps le sire de Boutières, à la tête de la gendarmerie française, culbutait la cavalerie impériale, et la repoussait sur la colonne allemande. Les lansquenets, entamés de toutes parts , se débandèrent , et le marquis del Guasto fut entraîné dans leur déroute. Cependant , à son aile gauche, ses vieilles bandes espagnoles n'avaient point perdu l'avantage; l'infanterie italienne et provençale de l'armée française avait fui devant elles, et tout l'effort du comte d'Enghien s'était porté dès lors de ce côté. Deux fois emporté par son impétueuse valeur, il avait traversé de part en part ces épais bataillons; mais dans ces deux charges, l'élite de sa cavalerie était tombée a ses côtés; les plis du terrain lui dérobant le reste de son armée, il la croyait tout entière en fuite, et ne songeait plus , avec la poignée de braves qui l'entouraient , qu'à vendre chèrement sa vie , lorsque parut le corps de bataille, victorieux des lansquenets.

L'infanterie espagnole recula à ce coup, et le comte d'Enghien se lança à sa poursuite. Le carnage fut épouvantable : les Suisses, qui avaient à exercer contre les Espagnols de sanglantes représailles, ne tirent aucun quartier.

Du Bellay porte à douze mille nommes le nombre des morts de l'armée ennemie. La victoire de Cerisoles facilita ,

Quelques mois plus tard, la conclusion e la paix de Crépy.

Cernay en Dobmois, baronnie de l'ancien Dormois (aujourd'hui du département de la Marne), à 13 kil. de Sainte-Menehould , érigée successivement en comté et en marquisat.

Cebnunnos, divinité gauloise, invoquée par les chasseurs , était représentée ayant de longues oreilles et deux cornes, 'dans chacune desquelles était passé un anneau. On a trouvé en 1701, dans l'église de Notre-Dame de Paris, un bas-relief qu'on suppose être l'image de cette idole.

Céroplastique. L'origine de la céroplastique ou de l'art de modeler en cire se perd dans la nuit des temps. Les Grecs et surtout les Romains la pratiquaient avec un grand succès; mais l'histoire de l'usage qu'ils en Crent n'appartient pas à notre sujet; nous nous contenterons de renvoyer nos lecteurs à l'ouvrage de TVichelhausen , intitulé tes sippUcations de la céroplastique(en allemand); ilsy trouveront tous les détails qu'ils pourront désirer sur cette partie de l'histoire de cet art.

Dans le moyen âge, la céroplastique eut le sort de tous les autres arts; elle fut négligée, et à peine conservée pour être appliquée aux cérémonies religieuses. On sait que les figures des saints étaient en cire. La céroplastique servait aussi aux opérations de la magie. On faisait de petites images de cire ressemblant, autant que possible, aux personnes que Ton naissait. On torturait ces images, on les perçm't avec des aiguilles, on les faisait fondre au feu , et l'on se persuadait que l'original devait succomber aux mêmes tourments. Cette espèce de maléfice s'appelait envoûter. On le pratiqua jusqu'au dix-septième siècle, et l'on trouve dans l'histoire du seizième plusieurs faits qui prouvent combien l'usage en était alors fréquent.

Si la céroplastique n'avait eu quecette application, elle mériterait peu d'attirer notre attention ; mais après avoir été au service des sorciers, elle passa à celui de la science, et lui fut d'un grand secours. Julio Zambo de Syracuse, habile anatomiste de la fin du dix-septième siècle, est le premier ar-

FRANCE

tiste qui fit des préparations anatomiques en cire. Ces préparations sont de véritables chefs-d'œuvre. Dans le dixhuitième siècle, plusieurs Français rivalisèrent avec les céroplastistes italiens. Ainsi mademoiselle Biheron, morte en 1795, avait composé un cabinet extrêmement précieux , sur lequel Vicq-d'Azyr fit, en 1777, un rapport très-avantageux. Ce cabinet tut acheté en grande partie par l'impératrice de Russie. Les préparations de Pinson sont encore conservées au musée d'histoire naturelle. Bertrand s'occupa surtout de reproduire, sous la direction de Dessault, les faits pathologiques les plus remarquables; enfin Laumonier de Rouen et Sulzer de Strasbourg donnèrent, sous l'empire, à la céroplastique appliquée à l'anatomie une perfection qui depuis n'a pu être dépassée. Les collections les plus importantes de préparations en cire "sont aujourd'hui le musée Dupuytren et le cabinet de l'école de médecine à Paris. La céroplastique a trouvé dans ces dernières années un concurrent redoutable dans l'art de la sculpture en carton-pierre, qui se prête mieux que la cire aux préparations qui exigent de la solidité.

(Voyez A .nato u i e , Auzou, Cahton-

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