PIERRE
Cerutti (Antoine-Joseph-Joachim), né à Turin en 1738, élève des jésuites, et jésuite lui-même, abjura plus tard les principes de son ordre, et devint membre de l'Assemblée législative.
Ayant d'abord été nommé professeur à Lyon , il y défendit la société des jésuites avec beaucoup de zele. En 1761 , il remporta un triple succès aux académies de Montauban , de Dijon et de Toulouse, sur ces trois propositions :
1° Les vrais plaisirs ne sont faits que pour la vertu, 1761 , in 4°; 2° Moyens de s'opposer au duel, la Haye, 1761 , et Pans, 1791 , in-8°; 3° Pourquoi les républiques modernes fleurissent- elles moùis que les républiques anciennes!
Ce dernier discours eut même un honneur bien rareaors, celui d'être attribué à J.-J. Rousseau. Admis dans l'intimité de Stanislas de Pologne, duc de Lorraine, il publia , sous les yeux de ce
T. iv. 25e Livraison. (Dict. kncyclop., etc.)
prince, l Apologie de f institut des jésuites, 3 vol. in- 1 2 , 1762. Mais bientôt le procureur général lui intima l'ordre de venir abjurer les principes de la société qu'il avait défendue avec tant d'énergie, et Cerutti se soumit. Après avoir signé le serment prescrit, il demanda, dit-on, froidement : « Y a-t-il encore quelque chose à signer? — Oui , répondit le magistrat, le Coran; mais je ne l'ai pas chez moi. ■> Placé par Stanislas auprès du dauphin, son petitfils, Cerutti ne fut point exempt de la contagion de la cour; il se trouva pauvre avec plus de dix mille livres de rente; et il conçut pour une grande dame une passion énergique et durable, qui, en altérant sa santé, paralysa pendant quinze années ses facultés morales. Retiré à Fleville, près de Nancy, chez la duchesse de Brancas, il reçut de cette dame les plus douces com dations.
La révolution était imminente; mais les idées de Cerutti avaient subi de granles modifications. Il publia, en 1 788, sous le voile de l'anonyme, son/Vemoire pour le peuple français , in-8°.
Nommé membre de l'administration de Paris et député à l'assemblée législative, on le vit dans la Feuille villageoise, depuis continuée par Grouvelle et ûinguené, mettre à la portée des habitants de la campagne les doctrines de la morale et de la liberté. Mirabeau avait beaucoup de considération pour lui; il l'admit du moins au nombre de ses collaborateurs, et ce fut Cerutti
Îui prononça son oraison funèbre, .'excès du travail contribua à sa mort, arrivée le 3 février 1792; et sou nom fut donné à une rue de Paris ( la rue d'Artois, aujourd'hui rue Laffitte).
Cebveba (combat et prise de). — Le maréchal Macdonald, qui devait, de concert avec le général Suchet, assiéger Tortose (septembre 1810) , n'ayant pas encore pu réunir le matériel nécessaire pour cette opération, se vit forcé, pour taire subsister ses troupes, de les porter vers la petite ville de Cervera, et de les cantonner dans les plaines fertiles qui l'environnent. Le 5, son avant-garde rencontra quelques déta-
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chements de cavalerie espagnole. Les chasseurs napolitains qui marchaient en téte de la colonne française les culbutent du premier choc; mais pendant qu'ils s'abandonnent avec une ardeur inconsidérée à leur poursuite, les dragons de San-Yago placés en embuscade fondent sur eux, les mettent en désordre et en font un grand carnage.
Le duc de Tarente ordonne aussitôt au colonel Delort de se porter en avant avec son régiment de dragons.
La cavalerie espagnole, forte de six cents hommes, venait de sortir de son embuscade ? et s'était rangée en bataille à droite et à gauche de la route. Delort dénloie son régiment sur une ligne parallèle à celle des Espagnols et donne le signal de l'attaque; les escadrons ennemis abandonnent leur position et battent en retraite. Delort se lance à leur suite, et les culbute au moment où ils faisaient volte-face pour combattre. Mis dans une complète déroute, les Espagnols essayent de se rallier près de Cervera , mais ils sont de nouveau chargés et de nouveau culbutés. Pendant que le chef d'escadron Bréjeaut les disperse, Delort pénètre dans Cervera, et poursuit un corps d'infanterie et de cavalerie, qui, abandonnant la ville, se retirait par la grande route. Ce corps fut sabré ou mis en déroute et forcé de se réfugier dans les montagnes. Le soir, Macdonald établit bon quartier général à Cervera. L'ambulance et les munitions de l'ennemi étaient tombées au pouvoir des Français. Presque tous les chasseurs napolitains qui, dans l'échauffourée du matin , avaient été pris par les dragons de San-Yago, furent arrachés de leurs mains et remis en liberté.
Cervolles (Àrnautde), surnommé V Archiprétre, fameux chef de bandes du quatorzième siècle, était né dans le Péngord, de la noble famille du cardinal de Talleyrand, et quoique séculier, il possédait l'archiprêtrise de Vernia. Cervolles apparaît pour la première fois à la bataille de Poitiers (1356). Blessé et fait prisonnier avec le roi Jean, il fut racheté par ce prince et revint en France l'année suivante,
Les provinces, à peine débarrassées par une trêve des ravages de l'Anglais, étaient alors la proie des terribles compagnies (voyez ce mot). Pendant que les Navarrais infestaient la Normandie, que le Gallois Grifjith pillait le pays entre Seine et Loire, Cervolles rassembla une troupe encore plus nombreuse, et se dirigea vers fe midi. À la téte de deux mille cavaliers, il passa le pont de Sorgue, et se rua avec fureur sur la Provence, que gouvernait,
riour la reine Jeanne de IVaples, Phiipue de Tarente. De là, il marcha sur Avignon. Innocent VI, tremblant de terreur, arma nuit et jour ses familiers, et écrivit au roi Jeaa, captif à Londres, pour le supplier de réprimer les sujets français et dauphinois qui ravageaient ses terres, et semblaient même montrer plus d'acharnement contre les personnes et les propriétés des ecclésiastiques que contre toutes les autres.
« Cependant, dit Froissard, quand cil archiprétre et ses gens eurent pillé et robé tout le pays , le pape et le collège, qui pas u'étoient assur, firent traiter devers l'archiprêtre; et vint sur bonne composition en Avignon et la plus grand' partie de ses gens; et fut aussi revéremment reçu comme s'il eût été fils au roi de France, et dina par plusieurs fois au palais de-lez le pape et les cardinaux ; et lui furent pardonnes tous ses péchés, et au partir, lui fit délivrer quarante mille écus pour départir à ses compagnons. Si s'espartirent ces genslà; mais toujours tenoient -ils la route dudit archiprétre. » Cervolles se jeta ensuite sur la Bourgogne; mais il rentra , en 1 358 , dans la Provence , déjà épuisée depuis dix-sept mois par les brigandages de la compagnie de la Rose, et s'empara de la ville d'Aîx; car « ainsi étoit le royaume de France , de tous lez pillé et dérobé, ni on ne savoit de quelle part chevauchir que on ne fût rué sus(*). » En 1359, nous retrouvons notre chef de brigands au service du dauphin régent, et décoré du titre de lieutenant général dans \m Berri et le Nivernais. Après le traité
O Froissard, U III, p. 375.
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de Bréquigny (1360), il rassembla les bandes licenciées, et forma la compagnie blanche , ainsi appelée d'une croix blanche que ces nouveaux routiers portaient sur l'épaule. Arnaut, à leur trie, joignant ses ravages à ceux de la peste, pilla les environs de Langres, Lyon, Nevers, s'empara de plusieurs places , et força le comte de Nevers à négocier. Le traité, conclu au mois de février 1361, tut ratifié par le roi.
Cette fois , l'archiprëtre parut venir à résipiscence; il resta fidèle à ses engagements; car il commandait Pavantfarde de l'armée royale, oui fut battue a Brignay, par les tar avenus, le 2 avril 1361 ; « et fut, dit Froissard, un bon chevalier, il vaillamment se combattit; mais il fut si entrepris et si mené par force d'armes, qu'il fut durement navré et blécé et retenu à prison , et plusieurs chevaliers et écuyers de sa route. » Mais il ne resta pas longtemps entre les mains des tardvenus ; car, en 1 362 , il épousa J eanne , fille et héritière de Jean III, seigneur de Château-Villain. En 1363 , on le retrouve à la tête des aventuriers bretons, oui prêtaient leur secours au comte Je Vaudemont , contre Jean , duc de Lorraine. Il ne se fit faute de saccager cette Drovince et tout le pays Messin, qu'A lâcha enfin moyennant une forte rançon, pour se rejeter sur la Bourgogne et la Champagne. Il servit ensuite dans l'armée de Philippe le Hardi, nouvellement créé duc de Bourgogne par le roi Jean , son père , puis dans celle que Charles V envoya en Normandie pour ravager les domaines du roi de Navarre. A la bataille de Cocherel , il commandait le 3e corps des troupes royales composé des Bourguignons. Arnaut se mit quelque temps après à la lÔte des seigneurs bourgui-
Snons , et les conduisit contre le comte e Montbéliard, qui avait envahi la Bourgogne. Il l'obligea à se retirer de l'autre côté du Rhin, entra dans son comté, et y mit tout à feu et à sang. Il prêta alors au duc Philippe une somme de deux mille cinq cents livres en or (car au métier qu'il faisait il ne manquait pas de richesses), et le châ-
teau de Vesones lui fut remis en gagef Gui de Pontallier, maréchal de Bourgogne, et le bailli d'Autun se portant cautions. Chambellan de Charles V en 1365, il s'offrit à conduire les compagnies à la croisade contre les Turcs, et, se dirigeant vers la Hongrie, il partit pour la Lorraine avec ses brigands. Il traversa la Champagne et le duché de Bar, pillant villes et villages, recruta en route une foule d'aventuriers , et se trouva à la tête d'une armée formidable, lorsqu'il arriva devant Metz. Les Allemands, justement épouvantés, se fortifièrent, et se mirent en devoir de l'arrêter au passage du Rhin. Alors, il ravagea l'Alsace. Mais les paysans de cette belliqueuse province prirent les armes et lui firent éprouver plusieurs échecs. Chassé, traqué de toutes parts, il ramena sa troupe en France (1365), et y fut tué peu de temps après par un de ses serviteurs (*). (Voyez Bandes militaibes, Brabançons, Brignais (bataillede), Compagnies (grandes), Cottereaux et Routiebs.)
Cervonï (Jean-Baptiste) fut l'un des étrangers qui se sont le plus distingués par leur bravoure et leurs talents dans les armées de la France. Né en 1768, à Soeria en Sardaigne, il entra très-jeune au service , se retira , et y rentra en 1792, avec le grade de souslieutenant de cavalerie. Bientôt après, il fut faitadjudant général, se distingua au siège de Toulon , reçut comme récompense le grade de général de brigade, et se rendit à l'armée d'Italie, où sa bravoure lui mérita les éloges de Dumerbion et de Masséna. Ce fut surtout à l'attaque du pont de Lodi qu'il se distingua : l'artillerie des Autrichiens faisait d'épouvantables ravages dans nos rangs; nos soldats hésitaient à franchir le pont; Cervoni, Douas, Larmes et Augereau, s'élancent a la tête des colonnes , et entraînent à leur suite les troupes électrisées par cet acte de bravoure. Cervoni continua ensuite de combattre à l'armée de
(*) "Vil» Rom. pontîf. , p. 614. Raynaldi, Ann. eccles., x365 , § 5.
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