‹ France Dictionnaire Encyclopédique (volume 3)Chapitre 59 sur 88 · ETC · texte numérisé non relu

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tribunal de cassation , où il siégea jusqu'en 1797. A cette époque, il rentra dans la vie privée , et reprit ses fonctions d'avocat consultant. Sous l'empire, il devint avocat à la cour de cassation , au conseil d'État et au conseil des prises. Peu de mois après le retour des Bourbons, il donna sa démission, et mourut en 1816.

Chabry 'Louise), ouvrière en sculpture, fut chargée, le 5 octobre 1789, de présenter au roi les réclamations des femmes venues de Paris à Versailles; elle avait «'dors dix-sept ans, et était douée d'une beauté remarquable.

En apercevant Louis XVI, la jeune fille s'évanouit : lorsqu'elle eut repris ses sens , elle demanda à parler à la reine seule; et s'acquittant de sa mission , elle lui fit , d'un ton ferme , quelques reproches sur sa conduite depuis son entrée en France , et termina en l'exhortant à changer de manière d'agir. Quelques-unes de ses compagnes ayant proféré des menaces :

« Ne craignez rien , dit-elle, c'est un « conseil d'amies que nous sommes n venues vous donner ; et pour vous « prouver que nous vous pardonnons « le passé , nous allons vous embras- « ser. » Louis XVI étant alors rentré, demanda ce dont il avait été question en son absence. « Les affaires « des femmes , lui répondit encore « Louise , ne sont pas celles des hom- « mes. Soyez toujours notre bon roi , « et ne vous laissez pas prévenir con- « tre votre peuple qui vous aime plus « que père et mere , et qui donnerait « sa vie pour votre service. » En se retirant, elle voulut baiser la raain de Louis XVI , qui l'embrassa en lui disant qu'elle en valait bien la peine. Louise Chabry retourna presque aussitôt à Paris, avec une partie des femmes qui l'avaient accompagnée. Cette jeune fille, aux paroles si simples et en même temps si énergiques, est une de celles qu'on a pris à tâche de représenter comme des femmes perdues de débauche et d'ivresse.

Chai; m (Marc) , peintre et sculp-

teur, naquit à Barbantane ou à Lyon en ir>60. La plupart de ses ouvrages ont été détruits en 1793; mais on cite, parmi les plus remarquables, la peinture et la sculpture du maître-autel de l'église Saint-Antoine à Lyon; le bns-relief de Louis XIP à cheral, audessus de l'entrée de l'hôtel de ville; les groupes des jets d'eaux de la place Beliecour, etc. Louis XIV le nomma son sculpteur à Lyon. Quelque temps après, Chabry fut appelé en Allemagne; mais il revint bientôt à Lyon, où il mourut en 1727. Son "fils, Marc Chabry, fut aussi un scuipteur distingué : il fit , pour l'église des Carmes déchaussés , les quatre évangétistes, saint Pierre et saint Paul, et quelques autres statues.

Châcenay ou Chassenay, baronnie de l'ancienne Champagne, auj. du dép. de l'Aube, à 6 kil. de Bar-sur- Seme.

Chaconne , genre de composition musicale et chorégraphique, fort en usage autrefois, et qui nous vint d'Italie, où l'on a supposé,d'anrès uneétymologie assez peu probable qui fait dériver ciaccona de cieccone, qu'il fut inventé par un aveugle. Le mot chaconne désignait à la fois un air de danse d'un caractère particulier, qui servait de final à un ballet, le pas qui se dansait sur cet air, et le ballet lui-même. L'air, dont le rhvthme était fortement marqué , et où la modulation , sans quitter le ton primitif, passait alternativement d'un mode à l'autre, s'écrivait à deux ou à trois temps , et se jouait sur un mouvement modéré. Lulli. Rameau , Gluck , ont composé la musique de plusieurs chneonnes. Le pas tenait le milieu entre la danse haute et la danse dite terre-à-terre. C'est à ce pas que le fameux Dupré dut ses plus grands succès. Le ballet à chaconne qui ait eu le plus de vogue est celui de 1 Union de r Amour et des Arts, que Floquet fit représenter en 1773.

Chailly , seigneurie de l'ancien Gâtinais français, auj. du dép. de Seineet-Marne, a 6 kil. de Melun.Le seigneur de Cbaiily avait le droit d'eutrer dans

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l'église collégiale de Melun , l'épée au coté, Faumusse sur le bras, d'occuper la première place parmi les chanoines, et d'entonner une antienne.

Chaise-Dieu (la), Casa-Dei, petite et ancienne ville de la basse Auvergne (auj. dép. de la Haute-Loire), à 24 fcil. de Brioude. La Chaise-Dieu doit son nom et son origine à une fumeuse abbare de bénédictins, fondée, vers le milieu du onzième siècle, par saint Robert l'Auvergnat, et dont rétablissement fut approuve par le roi Henri lrr et le pape Léon IX. Bientôt on y vit jusqu'à trois cents moines, et ce monastère devint le plus fameux de l'Auvergne, et l'un des plus riches de France. Au nombre de ses abbés, dont les huit premiers furent canonisés, on remarque Pierre, (ils de Boger, devenu plus tard pape, sous le nom de Clément VI, et une foule d'autres noms illustres ; des (ils naturels de rois de France; les cardinaux de Richelieu , de Mazarin , de Rohan ; des Mancini,des la Rochefoucauld, des d'Armagnac , etc.

Ce riche établissement subit , à diverses époques, de cruelles dévastations : Blacons, l'un des lieutenants du farouche baron des Adrets , s'empara de la ville, qui lut reprise peu de temps après par les catholiques. L'abbaye était alors défendue par des murs très -épais et par une vaste et forte tour carrée. L'église abbatiale , dont la construction est due à Clément VI, est un de nos plus beaux monuments d'architecture. Le chœur, au milieu duquel s'élève le tombeau de ce pontife , est entouré de peintures fort curieuses, allégorie terrible de l'égalité établie par la mort. Elles représentent cette fameuse danse macabre , si souvent reproduite par nos pères dans les cimetières , les palais , les marchés , les églises , etc. , etc. La population de la Chaise-Dieu est aujourd'hui de 1,885 hab.

Chaise d'ob , nom d'une monnaie royale de France , ainsi nommée parce que le roi y était représenté assis sur son trône. Cette monnaie s'appelait

encore cadire , mot dont la signification a de l'analogie avec celle des précédents, royal dur, et enfin matso, parce que le roi y était figuré tenant de la main droite une masse d'armes.

Le poids et le titre des chaises ont souvent varié. Les premières qui furent frappées par Philippe le Bel n'étaient qu'à vingt-deux carats de lin, et pesaient cinq deniers douze grains trébuchant. Sous Philippe de Valois , elles avaient augmenté de titre et diminué de poids, puisqu'elles étaient d'or fin et ne pesaient que trois deniers seize grains. Les premières que Charles VI fit faire étaient au même titre , et du poids de quatre deniers dix-huit grains ; mais il en frappa ensuite d'autres qui n'étaient qu'a vingtdeux carats un quart. Sous le règne de Charles VU , époque où nous retrouvons cette monnaie pour la dernière fois, elle avait une valeur moindre encore, puisque le titre n'était que de seize carats et le poids de deux deniers vingt-neuf grains et demi. Les chaises d'or de Philippe le Bel retrouvées de nos jours pèseut de cent trente à cent trente-trois grains , et celles de ses successeurs à proportion. Elles valaient à cette époque vingt sous parisis ou vingt-cinq sous tournois.

Nous l'avons dit tout a l'heure :

c'est de leur type, l'un des plus gracieux qu'aient inventés les monnayeurs français au moyen âge , que ces monnaies avaient emprunté leur nom.

Nous en avons donné une idée suffisante, en disant que le roi y était représenté assis sur un trône, et tenant en main un sceptre ou une masse ; le revers était ornéd'une croix cantonnée de couronnes royales et fleuronnée avec soin. Cette croix et le trône dont nous venons de parler étaient ciselés avec une grande richesse. Les légendes sont celles de presque toutes les monnaies d'or de la même époque : xps (Christus) vincit ; xps begnat; xps imperat du côté de la croix ; philip-

PUS OU KABOLUS DEI GRATTA FBAN-

cobum bex du côté où se trouve le trône ou la chaise. On remarque une

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grande différence de type entre les chaises de Charles VI et âe Charles VII et celles de Philippe de Valois. Si le revers y est à peu près le même , le droit est bien différent : dans les dernières, le roi tient d'une main une épée et de l'autre une masse surmontée du globe du monde ; sa chaise est un pliant terminé par deux têtes ; il a les pieds posés sur deux lions , et le tout est flanqué de deux écus de France nouveaux. Du reste , la légende est la même. Quelques seigneurs, tels que les ducs de Guyenne , imitèrent les chaises d'or ; nous parlerons ailleurs de ces imitations.

Chaises a porteurs. Un chevalier d'industrie, qui se prétendait /ils naturel du duc de BHIegarde , et prenait le titre de seigneur de Souscarrière, étant allé en Angleterre « pour se remplumer de quelque perte au jeu , » comme dit Tallemand des Réaux (*), et pour y attraper aussi les gens (car c'était un maître pipeur), en rapporta f invention des chaises, « dont il eut le don en commun avec madame de Cavoie, et cela leur valut beaucoup , » ajoute le malin auteur des Historiettes (*•). Pour leur donner la vogue , Souscarrière « n'allait plus autrement ; et durant un an on ne rencontrait plus que lui par les rues, afin qu'on vît que cette voiture était commode. » — L'exploitation de chaises fut longtemps , à ce qu'il paraît, l'objet d'un privilège fort recherché ; car nous en trouvons une concession exclusive , faite par lettres patentes , le 23 mai 1767 , à une demoiselle d'Estampes, plus tard vicomtesse de Bourdeilles. Cette concession porte défense à tous selliers et carrossiers d'en louer, et permission de faire arrêter les contrevenants les jours de dimanches et de fêtes. Les particuliers qui se faisaient porter par des bricohers non inscrits sur les registres de la noble dame, encouraient la peine de la confiscation de la voiture et une amende de cinq cents livres.

(*) Historiettes, vol. IV, p. 187.

<••) Ibid.', roi.

Les porteurs de chaises aux services desquels recouraient tous les gens du grand monde, et surtout les médecins, formaient une corporation nombreuse que la révolution a dissoute.

Chalais, ou la Hoche - Chalais , Calescum , ancienne seigneurie du Périgord , avec titre de principauté , à 48 kil. de Barbesieux. C'est auj. l'un des chefs-lieux de canton du dêp. de la Charente.

Ch al amont , l'une des douze châtellenies qui composaient l'ancienne principauté de Dombes. C'est aujourd'hui l'un des chefs-lieux de canton du dép. de l'Ain. Sa pop. est de 1,450 habitants.

Chaland. — On désignait par ce nom , au treizième siècle , les petits bâtiments qui voguaient sur la Seine et sur ia Loire. Les Parisiens appelaient aussi pain chaland celui qui leur arrivait par cette voie , et chalands ceux qui en achetaient. De là, ce mot prit insensiblement la signification plus étendue qu'il a aujourd'hui.

Chalant , ancienne seigneurie de Franche-Comté, érigée en comté vers l'an 1420.

Chalros (François) , né à Cubières (Lozère), généralde division des armées de la république, était chef de brigade lorsqu'il arriva , le 22 mars 1793, à Fontenay , où s'organisaient quelques bataillons qui composaient toute l'armée républicaine. Sincèrement dévoué à la patrie, réunissant la bravoure aux talents militaires , il remporta sur les Vendéens plusieurs avantages remarquables. Vaincu à la Châtaigneraie par des forces quatre fois supérieures en nombre (vovez Châtaigneraie [combat de]), il se retira sur Fontenay, où il répara glorieusement sa défaite (voyez Fontenay). Cependant Chalbos, rentré dans la Châtaigneraie, était continuellement harcelé par les Vendéens ; il fut forcé de se replier sur Fontenay. Mal secondé par ses troupes, qui étaient composées en grande partie de levées en masse, il fut encore battu ; mais il

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reprit bientôt plusieurs revanches à Châtillon et a Cnollet, où les rebelles, disait Kléber , combattirent comme des tigres et les républicains comme des lions. A Château -Gonthier, la division Chalbos fut mise en déroute par la faute du général en chef Léchelle, dont Pimpéritie coûta la vie à un grand nombre de guerriers , entre autres à Tintrépide Bloss. Cet officier général , blessé à la tête, ne voulant pas, disaitil , survivre à la honte d'une pareille journée , s'élança au-devant de l'ennemi , sur le pont qu'il venait de défendre comme un autre Horatius Codés. L'armée républicaine, après cette défaite , ne voulut plus obéir à Léchelle ; elle demandait à grands cris qu'on lui rendit Dubayet, ou que Kléber fût chargé du commandement ; mais celui-ci refusa. « Vous avez ici , i dit-il en parlant de Chalbos, un gé- « neral divisionnaire qui, à l'expérience « de quarante ans de service , joint le « ton du commandement et les for- - mes nécessaires pour inspirer de la • confiance. Je souffrirais chaque fois « que je serais obligé de donner des « ordres à un tel homme. » On se rendit aux misons du brave et modeste Kléber. Chalbos prit le commandement en chef par intérim , et le comité de salut public approuva ce remplacement. Ce brave général mourut commandant d'armes de la place de Mayence en 1803.

Chalgrin (Jean-François-Thérèse) naquit à Paris en 173(J, entra de bonne heure à l'école d'architecture, et y fut élève de Servandoni d'abord , puis de Itou 11 ce. Ces maîtres, qui luttaient contre le goût du temps, s'efforçaient de remettre en vigueur, dans 'toute leur antique pureté, les règles de l'architecture grecque. Le jeune Chalgrin fut un des premiers qui adoptèrent leurs idées; il remporta, en 1758, le grand prix d'architecture , et partit pour l'Italie. De retour à Paris, il obtint la protection du ministre Bertin, qui encourageait les arts et protégeait les artistes, et le duc de la Vrillière le chargea de construire son grand hôtel de la rue Saint-Florentin. Ce fut à cette

époque qu'il composa un projet d'église grecque que l'on conserve encore à l'école polytechnique. Abusé par une admiration exclusive et maladroite pour l'antiquité, il voulait simplifier le système des églises chrétiennes , et ramener leur architecture à l'unité de plan et d'ordonnance et à la forme des temples antiques. C'était d'après ces idées que Servandoni avait élevé son portail de Saint-Sulpice. Chalgrin fut chargé, en 1777, d'achever ce monument; il éleva, de 1769 à 1784, l'église de Saint-Philippe du Roule. L'Académie d'architecture l'admit , en 1770, au nombre de ses membres , et il devint bientôt après architecte de Monsieur (Louis XVIII). Enfin, il fut chargé de la restauration du Luxembourg. Mais loin de se borner à restaurer , il voulut corriger l'œuvre de Jacques de Brosse. Il supprima un avant-corps, refit les façades , et détruisit l'admirable galerie de Rubens pour y pratiquer un escalier : il est vrai que cet escalier est un chefd'œuvre.

En 1809, Chalgrin fut chargé, de concert avec Raymond , d'élever l'arc de triomphe de l'Étoile. Cette bizarre décision produisit des résultats auxquels on devait s'attendre. « Les deux artistes , dit M. Quatremèrede Quincy, ne furent ou ne parurent d'accord que tant que dura rétablissement des massifs de la fondation. Leurs démêlés virent le jour dès que l'édifice sortit de terre. Chacun des deux avait un projet différent : M. Raymond avait orné son arc de colonnes engagées; M. Chalgrin avait disposé dans le sien des colonnes isolées , c'est-à-dire , adossées.

Au lieu de décider entre les deux dispositions , on décida que l'arc serait sans colonnes. » Chalgrin, par la retraite de Raymond , resta seul chargé d'achever cé beau monument, qui, par les grandes idées qu'il rappelle, est le principal titre de gloire de l'architecte qui en dirigea l'exécution , et qui est, après tout, l'un des plus grands architectes des temps modernes.

Chalgrin avait fait partie de V Acadé-

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mie d'architecture ; il fit aussi partie de rinstitut( Académie des beaux-arts).

II forma peu d'élèves , et mourut le 20 janvier 1811.

Chalier (Joseph) naquit près de Suze en Piémont en 1747. Destiné d'abord par sa famille à l'état ecclésiastique , il étudia la philosophie chez les dominicains , et puisa , à leur école , cette exaltation et cette énergie qu'on le vit déployer plus tard. Déjà , à cette époque, il s'indignait des abus de l'état social où il vivait, de l'égoïsme du grand nombre, et souhaitait une révolution radicale qu'il priait Dieu d'accomplir. Arrivé à Lyon fort jeune encore, il s'occupa d'études littéraires, de dessin, de commerce, et devint enfin l'associé d'un sieur Muguet.

Il se mit alors a voyager pour augmenter ses connaissances, tout en servant les intérêts commerciaux de son protecteur. En 1775, il visita Constantinople et les échelles du Levant, et ces voyages eurent une grande influence sur sa destinée ; il vit de près le despotisme et ses plus terribles conséquences , et il attribua à cette cause tous les maux contre lesquels il s'élevait jadis au couvent. Dès lors il se passionna pour la liberté et l'égalité, et leur voua un culte absolu, a Partout, dit -il, c j'avais vu , observé et réfléchi sur le « despotisme, la tyrannie et les abus « de tout genre. Au Levant, en Ita- « lie, à Naples, à Rome, à Florence, « à Gênes, à Palerme, à Cadix, à « Madrid, partout je voyais le peuple « opprimé, et lorsque je me rappe- « lais par la lecture les beaux jours « d'Athènes et de Rome, la compa- « raison était effroyable. » Les événements de 1789 lui firent abandonner la carrière du commerce, dans laquelle il avait toujours montré une sévère probité. Il se rendit à Paris, se lia avec Robespierre, et de retour a Lyon, il essaya de faire partager aux habitants de cette ville le patriotisme qui l'animait. Nommé notable de la ville et membre de tous les comités, il déploya partout une grande activité. L'organisation de la garde nationale, celle de la

police, le règlement des finances de la ville, tout lui est dû.

Lorsque la Convention se partagea en deux camps, la Gironde et la Montagne, Chalier, fidèle à la cause démo* cratique, devint montagnard. Le plus grand nombre des habitants de Lyon avaient, au contraire, adopté les principes bourgeois et fédéralistes de la Gironde. «La liberté, leur disait-il, «chacun la veut; mais l'égalité qui « donne des coliques, c'est autre « chose. » Alors commença à Lyon la lutte entre les démocrates, peu nombreux, dominant a la commune seulement et dans la société des jacobins, et la bourgeoisie dominant au conseil départemental et dans la garde nationale. Le 28 janvier 1793, Chalier, avec trois cents hommes armés, vint jurer au )ied de l'arbre de la liberté d'anéantir es aristocrates , les feuillants , les modérés, les égoïstes, les agioteurs, les accapareurs et les usuriers. Cette démonstration mit les partis en présence. Tout annonçait une crise violente. Lyon était devenu l'un des principaux foyers des intrigues royalistes. Sa proximité de la frontière, ses tendances égoïstes permettaient, avec raison, aux agents de Coblentz, de croire qu'on pourrait faire soulever cette ville contre la Montagne. Chalier, les clubs et la commune avertis, firent arrêter, dans la nuit du 5 au 6 février 1793, un grand nombre de contre-révolutionnaires, et décidèrent, dit-on, qu'il fallait les faire guillotiner révolutionnai rement. Le maire, Nivière, s'opposa à ce projet, et rassembla la garde nationale. Le club lui ayant déclaré qu'il avait perdu sa confiance, Nivière donna sa démission; mais il fut aussitôt réélu par les modérés.

Chalier et les patriotes, la commune et les clubs , prévoyant bien que ce succès allait donner de nouvelles forces aux royalistes et aux girondins, envoyèrent une adresse à la Convention pour obtenir l'établissement d'un tribunal révolutionnaire, le désarmement des suspects, et une levée de huit mille quatre cents hommes pour former une armée révolutionnaire. La

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Convention refusa, et par ce refus ranima l'audace des contre-révolutionnaires et leur donna les moyens d'attaquer la municipalité, c'est-à-dire, le parti jacobin. Arriva enfin la journée du 29 mai (voir Lyon). Les jacobins furent vaincus; le champ de bataille resta aux girondins, et ceux-ci commencèrent une réaction terrible. Cbalieret ses amis furent mis en jugement, malgré Tordre de la Convention , qui reconnut enfin son erreur, et ils furent tous condamnés par un tribunal décidé d'avance à ne pas les acquitter.

Les motifs de la condamnation étaient au nombre de douze. Le plus important était le complot tendant à faire mettre à mort les suspects, complot dont on voulait voir la récidive dans le projet d'établir un tribunal révolutionnaire. Cbalier fut guillotiné le 1G juillet 1793 (*), et sa mort fut le signal du soulèvement des Lyonnais contre la Convention, soulèvement qui devait être si cruellement réprimé. (Voyez Lyon et Fouché )

Ch\ligny, Calliniacus, ancienne seigneuriede Lorraine, auj. dép. de la Meurtbe, à 13 kil.de Nancy, érigée en comté en 1562.

Chaligny (famille de). — Cette famille comprend une suite de fondeurs célèbres, dont le premier est Jean, né à Nancy en 1529, mort en 1615, qui fondit la fameuse coulevrine de vingt-deux pieds dont le P. Daniel a conservé le dessin (Mil./ranç. , 1. 1, pl. 28). Son fils David, mort en 1631 , commença le cheval de bronze qui devait porter la statue de Charles III, duc de Lorraine. Son frère Antoine acheva ce cheval, et exécuta le modèle en terre de la statue du duc. Louis XIV s'empara du cheval, et le fit transporter à Dijon, où il servit à l'une de ses statues équestres. La statue du duc est aujourd'hui au musée de Nancy.

Antoine Chaligny fut nommé commissaire général des fontes de l'artillerie de France, et mourut avant 1666. Son fils

(•) Voyez sur Cbalier une intéressante notice in.«êrée par M. César Bertholon daus la Revue du Lyonnais, août i835.

Pierre travailla avec lui à la statue de Charles III, et lui succéda dans sa charge.

Cil a un de Vinabio (Raymond}, médecin du quatorzième siècle, né à Vinac, petit village du Languedoc, étudia la médecine à Montpellier, et, après y avoir exercé quelque temps , se rendit à Avignon , ou il fut témoin de cette peste meurtrière qui se manifesta pour la première lois en 1 3-J7, puis se renouvela en 1360, en 1375 et en 1382. Chalin a donné une description exacte de ce fléau dans un ouvrage estimé, mais dont le style se ressent de l'époque a laquelle il fut écrit.

Challans (combat de). — En avril 1794, le bruit que les puissances coalisées devaient opérer un débarquement de troupes sur les côtes de la Vendée, pour faciliter la marche de leur armée sur Paris, pénétra dans les provinces de l'Ouest. Cette nouvelle augmenta l'ardeur des rovalistes et fit doubler leurs rangs. Charette et Stofflet, longtemps desunis par une rivalité funeste à leur cause, sentirent le besoin d'agir de concert. Le 30 a\ril, avec leursforcescoinbinées, ils attaquèrent Challans, petite ville du département de la Vendée, que le général Dutruv occupait avec une garnison assez considérable. Au point du jour, l'avant-garde de Charette, commandée parGuérin, culbuta les avant-postes républicains et les repoussa dans la place. Pendant ce temps-là , Stofflet attaquait sur la gauche, et Charette lui-même s'avançait par la route de Machecoul pour couper la retraite aux patriotes.

Tout à coup, un nombreux détachement de cavalerie sort de Challans, et fond sur Guérin qui s'est trop engagé.

Ce chef résiste d'abord avec succès; mais bientôt, secondés par une colonne d'infanterie, les cavaliers républicains renouvellent leur charge, et mettent le désordre dans les rangs ennemis. Le mouvement rétrograde de Guérin entraîne la colonne de Charette, qui se voit bientôt contraint de quitter le combat.

Stofflet, trop faible pour le continuer seul , prit également le parti de se retirer; mais les républicains le poursui-

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virent, et lui enlevèrent un convoi de vivres , perte d'autant plus sensible que le pays était ravagé et n'offrait aucune ressource. Il fallut que les soldats de Cbarette partageassent leur pain avec ceux de StofHet.

CHALLE(Charles-Michel-Ange), peintre d'histoire, né à Paris en 1718, obtint, en 1741 , le grand prix de peinture sur le sujet de la Guérison de Tobie ; entra à l'Académie en 1753, et fut nommé professeur de perspective en 1758. Chai le avait étudié particulièrement l'architecture et la géométrie. Son gout pour la décoration le fit charger plusieurs fois de la direction des fêtes publiques. Cet habile artiste mourut le 8 janvier 1778.

Challe (Simon), sculpteur, frère du précédent, né à Paris eu 1719, obtint le grand prix de sculpture en 1 743 , sur le sujet Je tAnge frappant de la l)este le royaume de David. Il fut reçu à l'Académie en 1 756 , pour une Nalacle qu'il avait exposée en 1755. Il s'occupa, comme son frère, d'architecture, et exposa, en 1757, plusieurs dessins représentant des projets de jardins et de places publiques. Challe mourut en 1765, Agé de quarante-six ans.

Chalmel (J. L.)i né à Tours, vers le milieu du dernier siècle , se montra partisan de la révolution et fut appelé, en 1792, aux fonctions de secrétaire général du département d'Indre-et- Loire. Venu à Paris après le 9 thermidor, il y fut nommé secrétaire général de l'administration de l'instruction publique, et porté, en 1798, au Conseil des Cinq-Cents par les électeurs de Tours. Il y dénonça l'élection du directeur Treilhnrd comme inconstitutionnelle, signala les agents de police comme provocateurs des applaudissements des tribunes, et reprocha au Directoire d'avoir établi une odieuse inquisition autour des représentants du peuple. Associé dès lors aux hommes les plus énergiques du parti républicain , il appuya fortement la motion de déclarer* la patrie en danger, et se fit remarquer parmi les plus ardents défenseurs de la cons-

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titution de l'an m , dans la fameuse séance du 18 brumaire à Saint-Cloud.

Aussi Napoléon fit-il inscrire son nom sur la liste des soixante et un députés proscrits. Cependant Chalmel unit ensuite par le fléchir; il devint souspréfet de l'arrondissement de Loches en 1815, et reparut à la même époque à la chambre des représentants. Lors de la seconde restauration, il se retira complètement des affaires publiques, et mourut à Tours en 1829.

Chalon-sub-Saône , CabiUonumy ancienne capitale du Châlonnais de Bourgogne, aujourd'hui l'un des chefslieux de sous-préfecture du département de Saône-ct-Loire.

L'origine de cette ville remonte à des temps fort reculés. César dit dans sei Commentaires qu'elle appartenait aux yEdui , et il raconte (*) qu'il y forma des magasin^ de vivres. Auguste la visita ; mais le véritable bienfaiteur de Châlon , comme de toute la Bourgogne, fut l'empereur Probus, qui naturalisa sur les coteaux voisins la culture de la vigne. Constantin le Grand s'y arrêta avec ses légions, lorsqu'en 312 il marcha contre Maxence. Cette ville a eu souvent à souffrir des ravages de la guerre. Pillée et brûlée par les Germains vers 264 , par Attila en 451, puis par le mérovingien Chramn , elle fut reconstruite par Childebert.

Gontran, roi d'Orléans et de Bourgogne , choisit Châlon pour sa capitale, et Brunehaut y résida. Les Sarrasins d'Abdérame y laissèrent, en 732, de tristes marques de leur passage. Trente ans après, Waifre , duc d'Aquitaine, la ravagea. Charlemagne la rebâtit et y tint un concile en 813. Mais après la mort de ce prince, la barbarie ayant repris son empire, Lothaire saccagea Châlon, en 834, v mit le feu, et y commit des actes de la plus révoltante cruauté. Ainsi, par ses ordres, la belle Gerberga, sœur du duc de Septimaine , y fut arrachée de son couvent , traînée par les cheveux sur Je pont , enfermée dans un

(*) Guerre des Gaules, liv. vu, ch. qo.

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tonneau et jetée dans la Saône. Les Hongrois prirent Châlon en 937. Au quinzième siècle, elle fut la proie des ecorcheurs; puis , les guerres civiles du quinzième et du seizième siècle v causèrent de nouveaux malheurs. Chalon ayant embrassé le parti de la ligue, Mayenne s'y retira en 1588, et , lors de la trêve de 1595, cette ville fut du nombre de celles qu'on lui accorda pour sûreté. Avant la révolution , Châlon faisait déjà un commerce considérable. Mais son importance s'est principalement accrue pendant les guerres de l'empire à cause de sa position sur le canal du Centre.

Lorsque l'étranger envahit notre pays en 1814, ses habitants coopérèrent activement à la défense du territoire ; ils rompirent deux arches du pont sur la Saône, et tinrent pendant deux jours en échec une division autrichienne. Pour les récompenser de cette belle conduite, l'empereur leur fit don de quatre pièces d'artillerie, qui leur furent retirées sous la restauration, puis rendues après la révolution de juillet 1830.

La cathédrale de Châlon est un édifice gothique de la fin du treizième siècle, bâti sur l'emplacement d'une autre église, fondée en 532. Châlon est une des villes de la France où il s'est tenu le plus de conciles; les évêques français s'y sont réunis huit fois, savoir , en 579 , 644 , 813, 886 , 894 , 1063, 1115 et 1129. Cette ville possède aujourd'hui des tribunaux de première instance et de commerce, une bourse de commerce, une société d'agriculture, un collège communal et une bibliothèque publique de dix mille volumes. Sa population est de 12,220 lu h. C'est la patrie de saint Cesaire , de Pontus de Thiard , du conventionnel Roberjot, du savant Denon et de l'ingénieur Gauthey, qui dirigea les travaux du canal du Centre.

Châlon ( comtes del. — Les premiers comtes de Châlon -sur -Saône furent bénéficiaires ou amovibles-, quelques-uns furent en même temps comtes de Mâcon et d'une partie du Cbarolais.

1° Adalard, comte de Châlon , fut chargé, en 763 , par Pépin le Bref, de marcher contre Chilping, comte d'Auvergne, qu'il vainquit sur les bords de la Loire. Après la mort de Carloman, il se soumit à Charlemagne.

2° Marin ou Guérin fut créé par Louis le Débonnaire, comte d'Auvergne, de Châlon et de Mâcon. Il mourut en 856.

3° Thierry , son fils , lui succéda dans le comté de Châlon. Il fut un des principaux conseillers de Charles le Chauve, et assista avec ce prince, en 870, au traité d'Aix - la - Chapelle. Louis le Bègue le nomma, en 878, son grand chambrier, et lui donna, l'année suivante, le comté d'Autun.

Thierry fut tué en 880 ou 881 , dans une bataille contre les Saxons révoltés.

4° Racutfe lui succéda, et fut remplacé, en 886, par

5° Manassès, dit le rieux, qui fut comte de Châlon , d'Auxois, de Beaune et de Dijon ; prit part , en 888 , à la bataille gagnée par Richard , duc de Bourgogne, contre les Normands, près d'Argenteuil; à la prise de Sens, sur le comte Garnier, en 896; et à la célèbre victoire que Richard et Robert, marquis de France, remportèrent près de Chartres, en 910, contre une nouvelle armée de barbares. La valeur dont il fit preuve dans ces différentes circonstances lui valut le surnom de Preux. 11 mourut vers l'an 919.

6° Giselbert, son fils, lui succéda dans les comtés de Châlon, de Beaune et d'Auxois. Il fut encore créé comte d'Autun, et devint, en 921 , duc de Bourgogne , après la mort oe son beau -père, Richard le Justicier. Il mourut en 956.

7° Robert de f emiandois , comte de Troves, son gendre, lui succéda dans le* comté de Châlon , que sa fille Adélaïde porta en dot, en 968, à

8° Lambert, fils de Robert, vicomte d'Autun, regardé par les auteurs de l'Art de vérilier les dates comme le premier comte héréditaire de Châlon.

Il mourut en 978.

9° et 10°. Sa veuve, Adélaïde, se

ciia L'UNIVERS. CHA

remaria avec Geoffroy Grisonelle, comte d'Anjou, qui devint ainsi comte de Châlon. Mais ce seigneur étant mort en 987 , Adélaïde abdiqua , et Hugues Capet força Hugues /'r, le seul fils qu'elle eût eu de son premier mari, et qui avait embrassé l'état ecclésiastique, à se charger de l'administration du Cbâlonnais. Hugues obéit , et, pendant sa longue administration, il prouva plus d'une fois qu'il savait également oien porter la cuirasse et la haire. Il mourut en 1039.

1 1° Son neveu , Thibaut , fut après lui comte de Châlon, et mourut en 1065. Il eut pour successeur

12° Hugues II, qui , en mourant, en 1075, institua pour son héritière ,

13° Jdélalde, sa sœur aînée, veuve de Guillaume, seigneur de Thiern. Elle mourut en 1083.

14° Guide Thiern, son fils, Geoffroi de Donzy, et Savaric de f'ergy, se disputèrent ensuite le comté de ChnMon , qui resta enGn , en 11 13 , au fils de Gui de Thiern,

15° Guillaume /cr, qui mourut vers 1168, avec une fort mauvaise réputation. Voici ce que rapporte de lui , d'après les auteurs contemporains, le Miroir historial : « En Bourgogne , Guillaume, le comte de Châlon-sur- Saône, à l'aide de grand planté de Brabançons vint courir sus à l'abbaye de* Cluni. Les religieux et plusieurs gens de la terre vindrent au devant tous désarmés portant les reliques qu'ils avoient avec eulx , la croix et le Corpus Domini, pour lui prier* merci , et pour l'honneur de Dieu que il ne meslit rien à l'église : mais le déloyal comte et ses gents les dépouillèrent tous nuds et robèrent l'abbaye et pillèrent tout ce qu'ils trouvèrent et en tuèrent bien cinq cents. Cest horrible faict sçut le roi ; il assembla son ost hasti veinent , et vint sur le comte qui ne l'osa attendre. Le roi print le mont Saint -Vincent de Châlon, la moitié en donna au duc de Bourgogne, et l'autre moitié au comte de JNevers, pour ce qu'ils l'avoient servi en son

ost : tous les Brabançons qu'il y trouva fit pendre. »

16° Guillaume II, fils et héritier de Guillaume Ier, alla, en 1168 , à l'abbaye de Veselay, faire sa soumission à Louis le Jeune , qui lui rendit les domaines qu'il avait enlevés à son père. Il accompagna ensuite le roi à la croisade, en 1 190;ilenrevïntet mourut en 1203, ne laissant qu'une ûlle, qui lui surcéda.

17* Béalrix mourut en 1227, laissant de son mariage avec Étienne ou Eslercnon, un fils et une fille.

18° Jean dit le Sage avait été associé, du vivant de sa mère , au gouvernement du comté de Châlon. Il lui succéda, et échangea, en 1237, ce comté, avec Hugues IV, duc de Bourgogne, contre les seigneuries de Salins, de Bracon , de Villafans et d'Oman. Mais il conserva le titre de comte de Châlon , qu'il transmit à ses descendants. (Vovez Salins [ sires de].)

Chalon-sur-Saône (monnaie de).

— On connaît une monnaie gaulois* d'argent, sur laquelle on lit caballo , et qui représente au droit un bœuf , et , au revers, une tète juvénile diadémée.

On pense qu'elle a été frappée, pendant les premiers temps de la période romaine, a Châlon sur-Saône. Quoique cette ville soit devenue plus importante dans la suite, on cessa cependant d'y battre monnaie. Mais, après la grande invasion des barbares, on y rétablit un atelier monétaire, qui fut un des plus actifs de la Gaule. Les triens qui en sont sortis sont en effet si variés et si nombreux, que nous devons renoncer à les mentionner tous. Nous citerons seulement les plus curieux; entre autres le fameux tiers de sou d'or, a tête de face, du monétaire magnoaldvs, et qu'on a cru longtemps, mais a tort , sur la simple autorité de Boutroue et de le Blanc, avoir été frappé par Brunchaut. C'est le triens à tète de face le plus anciennement connu ; depuis, on en a trouve un assez grand nombre tant de Châlon que d'autres localités. Les autres monnaies de cette ville , offrant

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