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monnaies de France trouvées sous les scellés , parmi des effets saisis , dans des démolitions , etc. Ce fut là l'origine du cabinet des médailles qui se trouve à l'hôte! des monnaies de Paris. Le Livre de la taille de Paris, sous Philippe le Bel, en 1292. nous apprend qu'a cette époque la capitale comptait, outre quarante-neuf lombards et lombardes , seize changeurs. On y compte aujourd'hui vingt-huit changeurs.
Chanoines. Le mot chanoine, dérivé de canonicus, est grec d'origine:
xavciv signifie règle. On désignait donc, dans l'origine, par ce mot, des ecclésiastiques soumis à une règle; et en effet, l'histoire ecclésiastique nous apprend que dans la primitive église, les chanoines, ou prêtres formantle clergé des cathédrales, vivaient en communauté comme des religieux. Avec le temps , le sens du mot se modifia, et il fut employé pour désigner des ecclésiastiques séculiers. On fait remonter à l'an 1200 l'époque de ce changement, dont le résultat fut d'affranchir les chanoines des gênes de la vie commune.
Avant la révolution , il y avait des églises, telles que celles de Lyon et de Strasbourg, dont les chanoines étaient obligés de faire preuve de noblesse.
« Les chanoines de Saint-Jean de Lyon, dit Sainte-Foix, font preuve de quatre races de noblesse paternelle et maternelle. » Aussi prétendirent-ils que de bons gentilshommes comme eux n'étaient pas obligés de se mettre à genoux à l'élévation de l'hostie. La faculté de Sorbonne condamna cette prétention, comme arrogante et scandaleuse ; mais les chanoines nobles se pourvurent au conseil, en disant que la faculté de Sorbonne n'avait point de juridiction sur leur chapitre, et le conseil, par arrêt du 25 août 1555, cassa la censure de la Sorbonne.
Les chanoines étaient et sont encore obligés de résider dans le lieu où est située leur église , et d'y chanter l'office aux heures réglées. Il n'était pas nécessaire d'être prêtre, avant 1789, pour posséder un canonicat; mais les chanoines qui n'étaient point engages
dans les ordres sacrés n'avaient pas voix au chapitre.
Chanoines héréditaires. On appelait ainsi des laïques auxquels quelques églises ou collégiales avaient, pour prix de libéralités ou de services, conféré les honneurs du canonicat, avec le pouvoir de les transmettre à leurs descendants, comme un bien patrimonial et séculier. Par le fait de son avènement à la couronne, le roi de France était premier chanoine honoraire héréditaire des églises de Saint-Hilaire de Poitiers, de Saint-Julien du Mans, de Saint-Martin de Tours, ainsi que des cathédrales d'Angers. d'Orléans, de Lyon et de Ciblons. Lorsqu'il y faisait son entrée, on lui présentait l'aumusse et le surplis. Les ducs de Berri étaient chanoines honoraires de Saint- Jean de Lyon. Les comtes de Chastelus en Bourgogne prenaient le titre de premier chanoine héréditaire de l'église cathédrale 'd'Auxerre, et voici à quelle occasion ce titre leur avait été conléré : en 1423, Claude de Beauvoir, seigneur de Chastelus, ayant chassé de Crevant des brigands nui's'en étaient emparés, et rendu au chapitre d'Auxerre cette petite ville qui lui appartenait, le chapitre lui conféra , en reconnaissance de ce service, la dignité de premier chanoine héréditaire dont le seigneur de Chastelus prit ainsi possession : après avoir prêté serment, il se présenta, pendant tierce, à la porte du chœur, en habit militaire, botté, éperonné, revêtu d'un surplis, le baudrier en sautoir, Cépée au côté, ganté des deux mains , l'auniusse sur le bras gauche, un faucon sur le poing, et à la main droite un chapeau bordé , orné d'une plume blanche. Il fut introduit et proclamé, prit place à droite dans les hautes stalles, entre le pénitencier et le souschantre, et continua jusqu'à la fin avec ses confrères l'office commencé.
La dignité de chanoine héréditaire fut abrogée, comme beaucoup d'autres, lors de la révolution.
On ne dit point d'ailleurs que nos rois aient jamais fait usage des prérogatives août elle les investissait; car, à
l'exception de Robert, on n'en cite aucun qui ait pris personnellement part aux cérémonies de l'église.
Chanoines réguliers. C'étaient des chanoines qui étaient revenus à leur ancienne institution, et qui vivaient en communauté. Ils demeuraient tous ensemble, sous la direction de leurs évêques, et habitaient un même cloître. C'est de là que les quartiers voisins des églises cathédrales ou collégiales s'appellent encore aujourd'hui des cloîtres.
Dans les derniers temps qui ont précédé la révolution , tous les religieux connus sous le nom de chanoines réguliers, les Prémontrés, les Antonins, les Genovéfains, les Victorins, possédaient des cures, des prieurés, des abbayes ; bénéfices qui étaient interdits aux autres religieux par les canons. La règle qu'ils suivaient était celle de Saint-Augustin.
Chanoinesses, filles qui exerçaient les mêmes fonctions que les chanoines; qui , comme eux, formaient un chapitre, possédaient des prébemles, et chantaient à l'église à des heures marquées, revêtues de l'aumusse; elles n'avaient d'ailleurs aucun vœu à faire. Elles avaient la libre jouissance de leurs biens, et vivaient chacune en son particulier, quoique leurs maisons fussent dans un même enclos.
Si, malgré les commodités d'un pareil genre de vie, elles venaient à s'en dégoûter, elles pouvaient le quitter et se marier. Pour être admise parmi les chanoinesses, il fallait faire preuve de la plus ancienne noblesse.
11 y avait aussi des chanoinesses régulières, qui faisaient des vœux et vivaient , comme les chanoines réguliers, en communauté, sous la règle de Saint-Augustin.
Chanson. « Voltaire a dit avec rai- « son qu'il n'y avait point de peuple « qui eût un aussi grand nombre de « chansons que le peuple français; et « cela doit être, s'il est vrai qu'il n'y « en a pas de plus gai. Cette gaieté a • été surtout satirique ou galante. »
La citation et la réflexion sont de la Harpe. Au même endroit, la Harpe
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dit encore, en parlant d'un recueil de vers fait de son temps , où l'on avait imaginé de rappeler et de caractériser les événements et les personnages du dix-septième siècle par les chansons dont ils avaient été le sujet : « Cette « idée est prise dans le caractère fran- « çais; on n'aurait pas imaginé chez « Tes Romains, ni même chez les Athé- « niens, aussi légers que les Romains « étaient sérieux, de trouver leur his- « toire dans leurs chansons. Celles « d'Horace et d'Anacréon n'ont pour « objet que leurs plaisirs et leurs « amours ; et les guerres civiles et les « proscriptions n ont point été chez « les anciens des sujets de vaudeville.» En effet , à quelques exceptions près , telles que ces couplets populaires chantés en chœur dans les fêtes publiques de la Grèce, et dont nous avons un exemple dans les vers en l'honneur d'Harmodius et d'Aristogiton conservés par Athénée, telles que ces chants fescennins, qui, répétés par les soldats romains derrière le char de triomphe, poursuivaient de leurs piquantes railleries le vainqueur au milieu de sa gloire, la chanson se bornait, en général, chez les anciens, à célébrer l'amour et à prêcher la morale du plaisir. Encore faut-il remarquer que dans ce genre , les chansons des anciens sont rarement susceptibles d'être assimilées aux nôtres , pour la forme du moins , et que d'ordinaire elles rentrent dans les différentes espèces de poésie lyrique.
La chanson, dans l'acception la plus ordinaire que notre langue donne a ce mot, genre de poésie vif, léger, rapide, populaire, consacré tantôt à l'expression du plaisir, àl'élogede l'amour, a celui de 1 ivresse, tantôt aux traits railleurs d'une gaieté satirique qui fronde les ridicules et les abus de la société; la chanson, ainsi entendue, appartient surtout à notre nation :
elle est toute française. Elle est un des traits les plus saillants de notre physionomie nationale. On la retrouve à toutes les époques de notre histoire, dans toutes les vicissitudes de la fortune française. « On chantait , dit
M. de Tony, quand les Anglais démembraient le royaume ; on chantait pendant la guerre civile des Armagnacs, pendant la ligue, pendant la fronde, sous la régence; et c'est au bruit des chansons de Rivarol et de Chancenetz que la monarchie s'est écroulée à la (in du dix-huitième siècle. » Les chansons de Rutebœuf , ce poète contemporain de saint Louis, montrent déjà sous une forme rude et sans souplesse, telle qu'était la langue il y a six siècles, le germe vivace de cette gaieté caustique et de cette philosophie sensuelle qui composent chez nous le caractère principal de la chanson.
Remarquons toutefois que ce n'est qu'au seizième siècle que la chanson en France est devenue surtout épicurienne et moqueuse. Au moyen âge, il lui arrive plus d'une fois sans doute de célébrer en riant l'amour et le vin, de raconter les folles équipées des écoliers et des ribauds, de frapper des traits du ridicule les prodigalités des
Sands et les désordres des moines, n connaît les vaux de vire d'Olivier Basseiin et les huitains de Villon. Mais le plus souvent, avant le seizième siècle, la chanson est un genre de poésie assez semblable à la ballade, et qui se prête maintes fois comme elle à l'expression de sentiments sérieux. La plainte amoureuse aux accents lan-
Suissants et souvent mélancoliques y omine surtout, comme dans nos romances actuelles. Quelquefois une sentence morale y est présentée avec une çravité naïve; ou bien une leçon de piété, d'honneur et de courage, y est donnée aux chevaliers , comme dans cette religieuse exhortation à la croisade, qu'on trouve au milieu des chansons de Thibaut de Champagne:
Signor, sariez , ki or ne s'en ira
Ku cric terre, a Diex fu mor» et rit,
Et ki la croix d'outre mer ne prendra ,
A pai nés mai* ira en paradis :
Ki a en soi pitié et ramrmbrance.
Au haut seigneur doit qnerre sa renjaocc
Et délivrer sa terre et soo pays.
Il faut remarquer aussi qu'à cette époque la forme métrique de la chanson était ordinairement plus savante
CHA
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et plus compliquée qu'elle ne le fut dans les derniers siècles. C'était une autre ressemblance avec la ballade.
L'étendue et le nombre des couplets étaient soumis dans la chanson à des règles moins sévères que dans la ballade; mais la rime y était assujettie à d'étroites entraves. Dans une foule de chansons, deux rimes seulement régnent d'un bout à l'autre. C'était à l'imitation des chansonniers proven-
Saux que les chansonniers de la langue *oil s imposaient de telles difficultés. Au seizième siècle , les chansons de Mellin de Saint-Gelais , de ISlarot, n'offrent point de rhythme fixe ni de difficultés de rime, si ce n'est celle du refrain, que même ces poètes ne s'imposent pas toujours. Plus libre dans sa forme , la chanson devient de plus en plus spirituelle, légère et épigrammatique. Avec la ligue, elle s'accoutume davantage à répandre le sel de la satire sur les événements publics, sur les intrigues des partis, sur les abus de l'État. Cependant elle est encore loin d'atteindre la puissance politique où elle est arrivée de nos jours. La fronde, cette folle guerre, fit éclore des milliers de chansons où personne n'était épargné, ni le ministre, ni les princes, ni la régente. La même société répétait les couplets joyeux et faciles que maître Adam, de Nevers, avait improvisés le rabot à la main , sous le règne de Louis XIII. Il faut dire à sa honte qu'elle apprenait aussi les refrains souvent grossiers et licencieux des Saint-Amant, des Linières et de toute cette école poétique sortie du cabaret, qui expira sous la verge de Boileau.
Sous Louis XIV, cette finesse de bon goût, cette délicatesse de langage que revêtent d'autres genres plus relevés, et dont s'empreint l'esprit public, se fait sentir dans la chanson; une aimable facilité , une gracieuse négli-
Sence, régnent dans les couplets sortis u cercle épicurien présidé par Ninon de Lenclos. En même temps il y avait un enjouement spirituel avec un tour naïf dans les chansons populaires qui couraient sur les grands, et quelque-
T. iv. 31* JJpraison. (Dict. encycl., etc.)
fois même s'adressaient plus haut.
« Quoi de plus gai, dit la Harpe , que ce couplet contre Villeroi sur le refrain si connu : Vendôme, Vendôme?
Villeroi,
Villeroi A fort bien ïenri le roi...
Guillaume, Guillaume.
Y a-t-il une rencontre plus heureuse et une chute plus inattendue et plus plaisante ! Et cet autre sur le même général, fait prisonnier dans Crémone:
Palsatnbleu, la nouvelle est bonne.
Kl notre boubeur uns égal , Mous avons recouvre Cranoue ht perdu notre général. »
Que de noms il faudrait citer si on voulait faire l'inventaire de tout ce que produisit le siècle suivant en fait de chansons! Que de chansons dans les salons, dans les boudoirs, surtout dans les soupers, au temps des Lanjon, des Panara , des Collé ! Dans ce tumulte de joyeux échos, on aurait à recueillir mille traits brillants, mille plaisanteries piquantes, mille galanteries ingénieuses. Jamais l'esprit français ne fut
Klus excité et plus éblouissant. Maleureusement il abusa de lui-même.
Il ne détendit point les ressorts du bon mot et de l'epigramme , et prodigua trop de bouquets à Églé et à Chloris. A force de rire, le dix-huitième siècle en vint à grimacer; à force de
{galanterie il devint fade. Nous ne vouons pas trop rabaisser les productions de la muse chansonnière dfe ce caveau célèbre où se réunirent , à la fin du siècle, tant de joyeux convives gens d'esprit. On professe aujourd'hui trop de dédain pour leurs couplets, toujours remarquables par une facilité de tour qui s'est perdue, et qui manque à toute notre poésie gênée dans sa forme et péniblement inégale. Mais enfin on avait tant de fois chanté les Grâces , tant de fois promulgué les préceptes du code épicurien, et célébré Baccnus, Vénus, la bouteille et les amours, que la chanson vieillissait sous le fardeau du lieu commun.
Bientôt cependant les cercles ingénieux , les sociétés chantantes , les beaux esprits, disciples de Momus, les soupers et les petits vers, disparurent
L'UNIVERS
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devant la sérieuse grandeur des événements nouveaux. Bientôt tout se tut sous la main de la terreur; c'est, comme le remarque la Harpe, la seule époque de l'histoire de France, où il n y ait point eu de chanson : car on ne peut pas appeler de ce nom ces terribles hymnes populaires qui donnaient le signal des insurrections dans la cité et des victoires à la frontière. Quand la gaieté reparut en France, elle emprunta la voix de Désaugiers, et le Caveau se ranima aux accents pleins de verve de ce gastronome enthousiaste. Mais une révolution complète allait s'opérer dans la chanson. Un homme de génie s'en emparant, allait d'abord rajeunir, par une précision et une grâce nouvelles de style, les lieux communs d'épicurisme , puis étendre le domaine du genre , soit en consacrant ses couplets à la défense ou plaisante ou sérieuse des droits de la nation et des libertés publiques , soit en substituant plus d'une fois à l'ancienne folie érotique ou bachique l'expression de sentiments philosophiques ou sérieusement tendres. L'auteur de Roger liontemps, de Mon enterrement , des Esclaves gaulois f du Dieu des bonnes gens, de la Bonne vieille, vint perfectionner l'ancieune chanson, et créer une chanson nouvelle (vov. Bébangeb).
Mais en se retirant de la scène, le poète populaire n'a pas laissé de successeur. Depuis quelque temps , le luth de la chanson reste silencieux, ou résiste à la main peu exercée de quel-
r\ imitateurs indiscrets ou timides, chanson ne peut périr chez nous cependant. Elle a d'autant plus de chances de durée que le génie vient de lui ouvrir des horizons nouveaux.
Peut-être en ce moment la gloire de Béranger décourage- t-el le ceux qui s'essayent à courir la même carrière.
Peut-être aussi l'opposition politique qui a combattu le pouvoir depuis dix années a-t-elle été trop orageuse et trop irritée pour avoir son chansonnier comme le libéralisme de la restauration. Quoi qu'il en soit, chez une nation comme la nôtre, on ne saurait s'inquiéter de l'avenir de la chanson;
elle sera éternelle en France, parce que la gaieté du peuple français est aussi impérissable que sa liberté.
Chansons de geste. Le mot chanson, au moyen âge, ne désignait pas toujours exclusivement une chansou dans le sens moderne du mot; les romanciers du moyen âge l'appliquaient souvent à des poèmes de plusieurs milliers de vers. On comptait aussi plusieurs espèces de chansons : la chanson de geste , la chanson amoureuse, le sirvente , le rolruenge , la pastourelle ou berger ette, les partures ou jeux-partis, et enfin la chanson balladée, qui u'était qu'une sorte de virelai. Comme nous nous proposons de faire l'histoire de ces différentes espèces de chansons, dans des articles spéciaux , nous ne occuperons ici que des chansons de geste.
Les chansons de geste, ou chansons militaires, remontent chez nous à une haute antiquité. Les Gaulois en avaient nécessairement, comme tous les peuples guerriers, et cette habitude ne dut pas se perdre sous la domination romaine; 1 histoire nous a conservé le refrain que chantaient les soldats de Probus après une victoire sur les Francs:
La plus ancienne chanson de geste gui nous soit parvenue est celle qui tut composée en l'honneur de Clotaire II, au retour d'une expédition contre les Saxons, où, suivant la chronique, il ne laissa vivant aucun homme de la hauteur de son épée. Ce chant nous a été conservé en partie dans la vie de saint Faron, évéque de Meaux, écrite sous le règne de Charles le Chauve par un autre évéque de la même ville. Cette pièce, en latin barbare, est rimée ; « la grossièreté même de la « poésie servit, dit le chroniqueur, à « la faire voler dans toutes les bou- « ches, et les femmes elles-mêmes ac- * compagnaientles hommes en choeur.»
Nous n avons que deux couplets de cette chansou :
; Qui ÏTit pof nare ta
<:ha
cm
Qaim graviter provenissel iniuis Saxonuin Si noo luisset inciytus Faro de gente Burgu
(Juando reniant in terrara Franenrwin, Faro ubi rrat princeps, wissi Saionnm, UsLincta Dci truMtint per arbem 1 Ne interficiautur a rrge rraocoruin.
« Chantons Clotaire , le roi des « Francs, qui alla combattre la nation « saxonne. Certes, il serait bien arrivé malheur aux envoyés saxons , sans l'illustre Faron, de race bourguignone.
« Quand les envoyés saxons vinrent « dans la terre des Francs, où Faron « était prince , par une inspiration « de Dieu, ils passent par la ville de « Meaux , de peur d'être tués par le » roi des Francs. »
Ces chants, qui durent être fort nombreux sous la première race, furent recueillis avec le plus grand soin par les ordres de Charlemagne. « Il fit « écrire, dit Kginhard, les poésies bar- « bareset très-anciennes par lesquelles « on chantait les gestes et les guerres « des rois du temps passé, et les confia « à sa mémoire. • Malheureusement ce recueil est complètement perdu.
Le règne de Charlemagne , fertile en glorieux événements, dut produire aussi un grand nombre de chansons de geste ; mais aucune ne nous est parvenue. Pour ce qui regarde celle de Roland , nous renvoyons à Roland et à Rongevaux.
La deruière, ou au moins une des dernières chansons de geste proprement dite que nous connaissions , est un chant triomphal composé en langue tudesque, en commémoration d'une victoire remportée en 881 , à Saucourt, sur les Normands par Louis III , roi de Neustrie. Nous donnons ici la traduction littérale de ce chant, qui est formé de 1 18 versets rimes, divisés par strophes , et qui devint tellement populaire, que deux siècles plus tard les populations ne l'avaient pas encore oublié. Ainsi que le prouvent assez les sentiments religieux et mystiques qui y prédominent, il dut être composé par un moine, et peu de temps après la bat <i il le; car le souhait de longue vie
?|u'on y forme pour le vainqueur ne ut pas exaucé. Le roi Louis mourut
l'annéesuivante, âgé de vingt-deux ans.
Je connais un roi , son nom est le seigneur Ludwig, qui sert Dieu volontiers, paire qu'il l'en récompense.
Il fut, par malheur pour lui , bien jeune encore, privé de ton père; mais le Seigneur prit soin de lui et devint son guide.
Il lui donna des héros, des compagnons illustres, et un trône eu France. Puisse-til en jouir longtemps !
Il partagea ensuite ces hiens avec son frère Carloman , et leurs parts furent loyales. Ces choses terminée* , Dieu voulut éprouver •'il pourrait supporter quelque temps les tribulations.
H permit l'invasion des troupes des païens ; il permit que le peuple franc fût soumis par leurs soldats.
Les uns aussitôt désertèrent, les autres furent séduits ; tous ceux qui restaient fidèles au roi furent en burte a mille outrages.
Celui qui n'avait été qu'un misérable brigand, et s'était ainsi accru en puissance, envahit les domaines du roi et devint alors un noble seigneur.
L'un était faussaire, un autre déserteur, celui-là un assassin , et chacun s'enorgueillissait de son crime.
Le roi était indigné, tout le royaume en souffrance; le Christ irrité avait permis ces misères. Mais Dieu prit en pitié toutes ces calamités ; il ordonna au seigneur Ludwig de partir sur-le-champ !
«Ludwig , mon roi , va secourir mon peuple ; les Normands l'ont durement opprimé.» — Ludwig répondit : «Seigneur, je ferai ainsi, à moins que la mort ne m'empêche d'exécuter tes ordres.»
Alors il obtint de Dieu le pardon de toutes ses fautes, déploya son étendard sur le rivage, et fit une expédition en France contre les Normands.
Rendant grâces à Dieu et attendant son secours, il dit : Seigneur, viens avec nous; nous t'attendons depuis si longtemps.
Puis ensuite l'illustre Ludwig parla à haute voix : «Ayez bon courage , mes compagnons, mes frères d'armes. — Dieu (puisset-if m'étre agréable!) m'a envoyé ici pour prendre vos avis et conduire mon armée.
« Je ne m'épargnerai pas jusqu'à ce que je vous aie délivrés. Je veux maintenant que tous les fidèles serviteurs de Dieu me
« Cette vie nous est accordée aussi longtemps qu'il plaît au Christ Celui qui conserve nos corps sait bien aussi les défendre,
484 CBA L'UNIVERS. CHA
«Quiconque fait ici de grand cœur la vo- nibles des devoirs que la société leur
lonte de Dieu sortira sain et sauf du com- impose. Le chant est donc un puis-
bat , et moi je le récompenserai. Si quel- gant moyen d'instruction et de Civili-
qn'un succombe , j'aurai soin de sa famille.- sa t ion ; et rien n'est plus propre à por-
— Après ces paroles, il saisit sa lance et ter la conviction dans les esprits et à
son bouclier , et chevaucha rapidement embraser les âmes du feu divin de l'en-
II voulait, certes, tirer vengeance de thousiasme ; aussi toutes les religions
ses ennemis; et comme la distance qui l'en s'en sont-elles servies pour rendre les
séparait n'était pas grande, il trouva les ^mes <je |curs néophvtes plus accessi-
Normands. hles aux idées qui leur étaient offertes,
« Louange à Dieu !» dit leroi, voyant enfin e% f etaDHr entre elles, en leur faite but de ses désirs. Puis il s'élança hardi- gant prouver a toutes et simultanément , entonnant une litanie. Et tous chan- ment même8 sensations, un lien
taient en chœur : Kyrie, eleison. Le can- invjsib, majs puissant. Les effets du
tique était fini , le combat engage. chgnt ^ ,esPbatai„es ne sont pas
Le sang monta aux joues des Francs im- mofng remarquables. C'était pour SC
F^èTS^^ préparer au combat et pour s'înspirer
lement de vengeance, mais aucun com ^ ^ ardeur que les Gau
Raufde et audacieux comme ses pères, lofa* les Germains entonnaient le
il frappe l'un e. perce l'autre. Ah ! il versa bardtt ; les Croises, des cantiques ; les
à ses ennemis un breuvage bien amer. Ainsi huguenots , les psaumes de Marot , et
ils périrent en cet endroit. nos soldats républicains , la Marseil-
Que la puissance de Dieu soit bénie ! laise. Le chant peut encore être con-
Ludwig a èié vainqueur. Rendons grâces à sidéré comme un des meilleurs moyens
tous les saints pour cette victorieuse ba- de récréation. Si, au lieu de s'abrutir
taille. dans les cabarets, nos ouvriers, comme
Mais certes , Ludwig a été un roi heu- en Allemagne , se réunissaient pour
reux. 11 fut grand comme le danger. Con- cnanter , leurs mœurs deviendraient
serve-le, Seigneur, dans sa puissance l pjus pureSi plus douces, plus SO-
On a encore donné, dans le moyen ci a bles ; et d'autres progrès sui-
âge, le nom de Chansons de geste à vraient bientôt celui-là. Le chant est
des poèmes ou romans destines à cé- donc, comme la lecture et l'écriture,
lébrer des exploits militaires , et dont une des bases nécessaires de l'éducation
le sujet était presque toujours emprunté du peuple. Cependant, jusqu'à nos
au cycle carlovingien. Voyez Cycle jours, une seule espèce de chant a été
cablovingien et Romans, cultivée chez nous avec le soin néces-
Chant. — Le chant est l'art de pro- saire pour produire de grands effets ; duire , à l'aide de la voix , une série de nous voulons parler de ce chant de sons réunis dans un certain but et en luxe qui n'est qu'une partie de la muvertu de certaines règles ; c'est une sique dramatique, des parties les plus importantes de la Nous diviserons cet article, où nous musique; en effet, avec une instruc- nous proposons d'esquisser une histion facile à acquérir, tous les hom- toire rapide de la musique vocale en mes , à peu d'exceptions près , peuvent France , en trois points différents. Dans apprendre cet art, et devenir, sinon de le premier nous traiterons du chant grands chanteurs , du moins de bons religieux, dans le second du chant pachoristes ; tous ils peuvent se procurer triotique, enfin dans le troisième , de une agréable récréation en exécutant la propagation du chant dans les masses les compositions des grands maîtres ; comme moyen d'éducation, se convaincre de leurs devoirs reli- 1° Chant religieux. Le chant religieux en chantant des morceaux de gieux est en France ce qu'il est dans musique religieuse , et puiser dans des toute la chrétienté : c'est le plainchants patriotiques l'enthousiasme né- chant. Ce fut sous le règne de Pépin cessaire pour accomplir les plus pé- le Bref que les rites et le chant usités
cha FRANCE
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à Rome commencèrent à s'introduire dans les Gaules. A cette époque, le pape Paul Ier envoya à 1 église de Rouen un certain Siméon , qui était le second de l'école des chantres de Rome , afin qu'il apprtt aux prêtres de cette église le chant romain ou grégorien. Charlemagne contrihua beaucoup à rendre général l'usage du plain-chant en France. Il fit venir d'Italie deux chantres , dont l'un s'établit à Metz, et l'autre à Soissons. Bientôt Lyon , Cambrai , Toul et Dijon eurent aussi leurs écoles de musique religieuse. Les chantres français ne voyaient cependant qu'avec peine la préférence donnée au chant étranger, et Charlemagne, qui avoitfort à cœur cette chanterie, dit Mézerai, eut beaucoup de peine à triompher de toutes les résistances qu'il éprouva, et à mettre d'accord les chantres français et les chantres italiens qui se haïssaient , se disputaient et se moquaient les uns des autres. Cependant les derniers triomphèrent, formèrent les Français, et leur enseignèrent en outre à jouer de l'orgue. Ainsi établi en France, le chant grégorien devint bientôt le seul chant dont on fît usage dans les églises; et sa grande beauté, sa majestueuse simplicité, son caractère aussi varié que noble, lui assurèrent une durée égale à celle de l'art chrétien. Ce fut seulement au seizième siècle que l'on commença à le trouver trop simple, trop nu , et qu'on le remplaça, dans les fêtes solennelles, par de nouvelles compositions dont il sera parlé à l'article Musique religieuse; quant au plain-chant, exécuté, surtout dans les campagnes, par des chantres qui n'en comprennent pas l'esprit, et par une population d'une ignorance profonde dans tout ce qui touche les éléments de l'art de chanter, ce type admirable du chant religieux est devenu l'objet d'un mépris presque général. Cependant, comme il n'a été remplacé, là où l'on a voulu remédier à cet inconvénient, que par des morceaux, dans lesquels la simplicité et le caractère religieux ont fait place à des combinaisons scientifiques, on
peut dire qu'en ce moment la France n'a pas, à proprement parler, dédiants religieux a l'usage du peuple.
2* Chant patriotique. Le lecteur trouvera, dans les articles Chansons de geste et Chants populaires , quelques détails sur nos premiers chants patriotiques. Ces chants sont en général fort anciens ; les derniers que nous connaissions sont contemporains des grandes luttes que la France eut à soutenir contre r Angleterre pour le maintien de sa nationalité. Les psaumes que chantaient les protestants, pendant les guerres de religion du seizième siècle , étaient aussi de véritables chants patriotiques; la France n'en eut point d'autres alors. Depuis Louis XIV jusqu'à notre grande révolution , nous avons eu des chansons populaires, mais pas de chants patriotiques. En effet, pour que le patriotisme d'un peuple se manifeste ainsi par des élans d'enthousiasme, il faut que sa nationalité soit vivement attaquée; il faut que son existence comme peuple soit mise en question. C'est ce qui eut lieu pour nous en 1789 et dans les années suivantes; et c'est alors que furent composés ces hymnes et ces chants à jamais célèbres, la Marseillaise, le Chant du départ, Veillons au salut de l'empire, le Carillon national, la Carmagnole, etc.
Le Carillon national commençait ainsi :
Ah ! ça ira. ça ira, Le* aristocrate» a la lanteroe.
Ah ! ça ira , ça ira , Les aristocrates on 1rs pendra.
La liberté triomphera ; Malpré les tyrans tout réussira.
Ah ! ça ira , etc.
Les paroles en furent composées en 1790, et adaptées sur un air favori de la reine Marie-Antoinette, pendant les travaux exécutés au Champ de Mars pour les apprêts de la fédération.
La Carmagnole date de 1792. Elle était tout entière dirigée contre la reine , et commençait ainsi :
MadsnV *«to arail promis De faire égorger tout Paria, Mais son coup a manqué.
Grâce à nos canoooiers, etc.. ..