‹ France Dictionnaire Encyclopédique (volume 3)Chapitre 68 sur 88 · MA · texte numérisé non relu

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Chaque couplet se terminait par ce refrain :

Oansout la carmagnole ,

Vive le son Du canon !

Ces paroles servaient quelquefois d'accompagnement à une danse qui portait aussi le nom de Carmagnole.

On donnait encore ce nom à un costume qui consistait en un large pantalon garni en cuir, un gilet-veste , un bonnet de police ou un bonnet rouge , costume qu'affectaient de porter les ultra-révolutionnaires. Mais quel lien pouvait exister entre ce chant, cette danse, ce costume et la ville italienne de Carmagnola , d'où le nom de Carmagnole paraît être venu? On l'ignore complètement; et il en est de la plupart de ces chants populaires et patriotiques comme de toutes les grandes épopées, dont ceux-là même qui les ont vues naître ne connaissent pa3 l'histoire.

La Marseillaise , composée à Strasbourg, à la même époque, par Rouget de l'isle (vovez ce nom), et d'abord connue sous le titre de Chant de guerre de l'armée du Rhin, fut apportée peu de temps après à Paris , par un bataillon de volontaires marseillais, qui lui donna son nom. L'hymne f'eiltuns au salut de l'empire et le Chant du départ sont dus, comme on sait, à Marie-Joseph Chénier. La musique du dernier est de Méhul. Tous ces chants , joués par les musiques militaires et par les orchestres des théâtres pendant les entr' actes, se maintinrent en faveur jusqu'au 18 brumaire 1799, si l'on excepte l'époque réactionnaire , pendant laquelle on chanta le Réveil du peuple , c est-à-dire, du 9 thermidor 1794 au 13 vendémiaire 1795. Napoléon, qui, en Italie et en Egypte, avait conduit nos soldats à la victoire avec les airs du Carillon national, de la Carmagnole et de la Marseillaise , ne voulut plus entendre ces hymnes révolutionnaires lorsqu'il fut consul. Le Chant du départ rut seul conservé jusqu'à la fin du consulat.

Mais , à partir de cette époque , tous ces chants patriotiques furent sévèrement défendus. C'est que l'empereur

connaissait leur puissance ; aussi plus d'une fois, dans les moments les plus terribles de la désastreuse retraite de Russie , il parvint à relever le moral de ses soldats accablés , et à leur faire encore accomplir de grandes choses , en donnant l'ordre aux musiciens des régiments d'exécuter l'hymne V eillons au salut de l'empire.

Proscrite comme une chanson séditieuse pendant les quinze années de la restauration , la Marseillaise retentit dans toute l'étendue du territoire en juillet f 830; et cependant une nouvelle génération s'était élevée depuis l'époque où cet hymne national s'était fait entendre pour la dernière fois.Qui lui avait enseigné ces accents patriotiques ?

Peut-être les ennemis les plus acharnés des principes dont ils étaient l'expression. On sait en effet que, pendant la restauration, les jésuites, dont l'influence se faisait partout sentir, s'étaient emparés de tous nos airs nationaux, pour

}f adapter les paroles des cantiques que 'on chantait dans les missions et dans toutes les cérémonies religieuses. Aujourd'hui l'hymne de Rouget de l'isle est connue de tout le monde ; et les efforts du pouvoir le plus ombrageux ne parviendraient plus à la faire oublier. Nous n'en voulons pas d'autre preuve que l'explosion qui suivit le traité du 15 juillet.

3° Propagation du chant dans les masses comme moyen d'éducation.

Au moyen âge, la musique faisait partie de renseignement des universités , et était comprise dans le nombre des sept arts libéraux; mais, comme renseignement des universités ne s'adressait qu'à un petit nombre d'hommes, le peuple restait entièrement étranger à l'étude du chant; il est vrai cependant que, dans les églises, la musique religieuse , chantée à l'unisson par l'assemblée des fidèles , était en quelque sorte une compensation. Plus tard quand l'art de la musique se fut perfectionné et eut pris un caractère plus scientifique, le peuple fut regardé comme trop grossier pour exécuter des morceaux d'ensemble; et, en conséquence , on ne songea pas à s'occuper de son éducation musicale. Il faut

arriver à la restauration pour trouver les premiers essais en ce genre ; à cette époque, Choron et Wllhem créèrent des écoles dont les brillants succès donnèrent un solennel démenti aux préjugés des gens bien nés. La loi du 28 juin 1833 , en admettant le chant parmi les matières de renseignement primaire, répara une longue injustice; enfin, la décision du conseil royal de l'instruction publique, en date du 5 octobre 1838, par laquelle l'étude du chant fut prescrite dans les collèges royaux, depuis la première classe jusqu'à la quatrième, compléta la loi de

On ne peut encore apprécier les résultats de ces dispositions; elles sont trop récentes, et il faut plus d'une génération pour faire sortir un peuple de l'ornière de la routine. Cependant, on doit rendre hommage à MM. Wilhem et Mainzer qui ont commencé cette réforme , et savoir gré à l'administration de la ville de Paris d'avoir si bien secondé leurs efforts. On ne saurait trop encourager le gouvernement à persévérer dans les tentatives qu'il fait pour créer un art national, et pour propager dans les masses l'instruction et le goflt pour les arts. (Voyez Musique , Opéra , Orphéon.)

Chantai. (Jeanne -Françoise Fremiot de) naquit à Dijon, *en 1572, de Bénigne Fremiot, président à mortier au parlement de cette ville. La jeune Fremiot annonça dès son enfance une grande piété , et on raconte que, toute petite, elle interpella de la manière la plus vive un gentilhomme protestant qui se trouvait chez son père , et jeta au feu des bonbons qu'il lui donnait , en lui disant avec vivacité : « Monsieur, voilà comme, les hérétiques brdleront dans l'enfer. » De ce zèle précoce au fanatisme il n'y a qu'un pas; madame de Chantai ne le franchit pas , nous disent ses biographes , qui assurent que sa dévotion fut toujours contenue dans les plus sages limites. A l'âge de vingt ans, la jeune Françoise Fremiot épousa Christophe de Rabutin, baron de Chantai,

qui mourut au bout de huit années de mariage. Le caractère de madame de Chantai, sa piété exaltée, la portaient vers la retraite et la vie contempla* tive; c'était avec peine, et seulement pour plaire à son mari, qu'elle s'était mêlée au monde , dont les futiles obligations lui paraissaient, avec raison, d'une importance bien inférieure à celles de la maternité. Devenue libre , elle renonça tout à fait au monde, et se consacra complètement à l'éducation de ses enfants et au soulagement des malheureux. Nourrissant avec constance l'idée de se renfermer dans un cloître , madame de Chantai avait pourtant résolu de ne le faire qu'au jour où l'établissement de ses enfants rendrait inutile sa présence auprès d'eux. Saint François de Sales lui avait souvent parlé du projet d'établir de nouveaux couvents de filles, selon la règle île Saint-Augustin , et elle s'était bien promis d'en être la fondatrice.

Vovant, en 1610, le sort de ses enfants fixé selon ses désirs , elle se retira, avec deux pieuses filles, à Annecy, où elle fonaa le premier monastère de l'ordre de la Visitation. Elle prit alors le nom de mère de Chantai, et la renommée de sa piété s'étendît du peuple à la cour, de telle sorte qu'Anne d'Autriche, en 1641, désira vivement la voir ; ce qui l'obligea à se rendre de Moulins, où elle vivait alors, à Saint -Germain en Lave, où se trouvait la cour. Madame "de Chantai mourut à Moulins le 13 décembre de la même année ; ses religieuses et le peuple la considérèrent dès lors comme une sainte. Béatifiée en 1751, elle fut canonisée en 1767 ; et , depuis ce temps, l'tfglise catholique l'honoresous le nom de sainte Chantai. On a publié, en 1660, un recueil de ses lettres, qui n'a guère d'intérêt que pour les personnes dévotes.

Son fils , le baron de Chantai , tué en 1627, en défendant l'île de Ré contre les Anglais, fut le père de la célèbre madame de Sévigné.

Chantelauze (Jean - Claude-Balthazar-Victor de) , né à Montbrison, en 1787, signa, en qualité de ministre

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de la justice , les fameuses ordonnances qui amenèrent la révolution de juillet. Ce fut lui qui composa le rapport qui précédait ces ordonnances.

Sa signature, son rapport, son arrestation , le procès et la condamnation qui en furent la suite , voilà à peu près tout ce qui a fait de M. de Chantelauze un personnage historique. Jusque-là sa destinée n'avait rien présenté de remarquable; il avait acquis une réputation honorable dans la magistrature du parquet, mais près-

3ue aucune renommée dans la science u gouvernement.

Avant de se faire l'instrument aveu-

ge de l'absolutisme, M. de Chanteuze avait manifesté des opinions extrêmement libérales. En 1814, il publia sur le projet de constitution présenté à Louis \ Y 1 1 1 au nom du sénat conservateur , une brochure inspirée par les plus vifs sentiments d'indépendance. Il voulait que l'initiative fût accordée aux chambres , et que , même sans l'assentiment du roi, elles eussent le droit de faire toutes les propositions qui leur paraîtraient conformes à l'intérêt du pays. « La matière des im- « pots, écrivait-il, doit être le dernier « objet des délibérations des législa- « teurs. Avant d'accéder aux deman- « des du ministère , ils doivent faire « entendre leurs plaintes.... Subsides « et plaintes, disait un auteur anglais, « se sont toujours tenus par ta main. » Mais ce qui est encore plus remarquable , et ce qui a reçu des événements une consécration à laquelle l'auteur ne s'attendait certes pas alors, ce sont les

Ï principes suivants qui se trouvent proessés dans la même brochure : « Il « faut au peuple une garantie de la « conduite des ministres : cette garan- « tie n'est autreque leur responsabilité « personnelle. La personne sacrée du roi « est inviolable ; les agents qu'il era- « ploie doivent être soumis a la cen- « sure publique. Il eût été insuffisant « de confier l'exercice de la censure « aux tribunaux : les deux chambres « sont l'autorité sous laquelle les « agents doivent fléchir. » Tel fut le début politique de M. de Chantelauze;

et , comme on voit , il n'était pas de nature à faire pressentir sa fin.

Grâce à une assez grande facilité d'élocution , et au patronage de quelques amis haut places, son avancement fut rapide. Substitut du procureur du roi au tribunal deMontbrisonen 1814, il était déjà avocat général à la cour royale de Lyon en 1815. Le 21 juillet 1826, il fut nommé procureur général à la cour royale de Douai , et , trois mois après, transféré à celle de Riom pour y remplir les mêmes fonctions.

Des 1821, il avait obtenu la décoration de la Légion d'honneur.

Ce fut seulement en 1828 que commença d'une manière active sa carrière politique, qui devait être si courte et se terminer si tristement. Aux élections de novembre 1827, le grand collège de Montbrison lui ouvrit les portes de la chambre des députés. Le ministère déplorable venait d'être remplacé par le ministère Martignac. M. de Chantelauze manifesta d'abord des sentiments de libéralisme ; puis, peu à peu, à mesure que la chute du nouveau cabinet semblait devenir plus probable , il modifia adroitement ses opinions , de sorte que , vers la fin de la session, il put se prononcer hautement pour le château. Lors de la discussion sur le projet relatif à l'organisation municipale et départementale, il taxa de tentative périlleuse la loi présentée par le ministère, et prononça des paroles qui laissaient voir combien il désirait son renversement. « Je ne « viens, dit-il , ni évoquer de lugubres « souvenirs, ni vous montrer le fantôme « sanglant de la souveraineté du peu- « pie, ni poursuivre d'impuissantes « clameurs le comité directeur dont « on fait tant de bruit. Mais le temps « où nous sommes n'est pas celui où « l'on peut fonder des institutions du- « rables. On ne veut pas générale- « ment de révolution, mais on adopte a à son insu les idées qui y condui- « sent. On ne veut pas compromet- « tre le repos public , mais on ne fait « rien pour le conserver. . . . Dans ce « temps de difficile passage, rien n'é- « tait plus nécessaire que de chercher

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« à se rasseoir en ne s'occupant que « d'intérêts matériels. C'est là ce que « dictait la sagesse, ce que comman- « dait la sécurité du pays. Le minis- « tère a mal étudié cette position, mal « connu les circonstances actuelles, en « proposant une loi tellement impor- « tante , qu'elle a reçu le nom de « charte, en soulevant un fardeau que « ses forces épuisées ne pouvaient « plus soutenir. » Depuis ce temps , M. de Chantelauze ne cessa de détendre , avec un zèle qui manquait souvent de dignité, les prérogatives financières de Ta couronne. Une fois entre autres , il s'éleva contre le général Lamarque , qui avait osé disputer au roi le pouvoir qu'il avait eu de disposer de la dotation du sénat»

Dès que M. de Polignac fut arrivé au ministère, M. de Chantelauze reçut une première récompense de sa conversion aux doctrines purement monarchiques. Le 26 août 1829, il fut nomme président de la cour royale de Riom. A l'ouverture de la session de 1830, les députés ministériels essayèrent vainement de le porter à la présidence de la chambre ; il n'obtint que cent seize voix. Dans le comité secret du 15 mars, il s'opposa énergiquement au projet d'adresse ; et , malgré le désaveu qu'il en fit le lendemain dans les journaux , il menaça les députés constitutionnels d'un 5 septembre monarchique. Aussi, M. de Polignac, qui avait beaucoup de mal à trouver aes collègues , parce qu'être collègue d'un tel ministre c'était devenir son complice, M. de Polignac voulut à tout prix recruter M. de Chantelauze. Il faut dire toutefois , à la louange de celui-ci , qu'il ne céda qu'à regret aux instances du président du conseil ; son instinct lui révélait ce qu'il y avait de périlleux dans les tendances révolutionnaires de la cour, et la manière dont ses propres menaces avaient été accueillies à la chambre était bien faite pour le confirmer dans cette croyance. D'ailleurs le système vers lequel il penchait, il l'avait déjà fait connaître dans son discours contre la loi communale et départementale : c'é-

tait de ne syoccuper que des intérêts matériels. Mais depuis ce discours, la situation politique avait beaucoup changé , et , entraîné lui-même par le torrent monarchique, M. de Chantelauze avait laissé échapper de sinistres paroles. Dix mois après la formation du ministère Polignac , lors de la démission de M. de Courvoisier, le roi lui fît proposer les sceaux. Il résista longtemps, quoique le dauphin joignît ses instances à celles de M. de Polignac. Il écrivit à ce dernier qu'il croyait peu convenable, à la veille de la convocation des collèges , de modifier le ministère, et que, dans tous les cas, il regardait comme une nécessité de rappeler M. de Peyronnet au pouvoir.

« Sa présence nul conseil , ajoutait-il , « lèverait quelques objections qui me « sont personnelles ; car un engage- « ment que je ne puis rompre me lie « à ses destinées politiques. Il m'en « coûte d'avouer que, même en ce cas, « j'aurais une peine très-grande à me « déterminer au sacrifice qu'on me « demande. Au reste , je suis prêt à « partir pour Paris, lorsque l'ordre « m'en sera donné. Ce n'est que la que « je pourrai juger si mes avis et mon « concours seraient utiles au service « du roi. » M. de Polignac étant absent , cette lettre fut remise à Charles X. Voici comment ce prince s'en expliqua par écrit avec son premier ministre : « Je vous renvoie , mon « cher Jules, la longue lettre de M. de « Chantelauze ; elle dit tout , excepté « le fin mot de la chose : c'est qu'il a « peur de perdre une place agréable « et inamovible, pour en prendre une « malheureusement trop amovible. Au « surplus, ie ne change rien à nos projets, et s il nous convient toujours, « comme je le crois , nous le ferons « prêcher par Peyronnet. » Il en arriva ainsi que l'avait prévu Charles X :

M. de Chantelauze vint à Paris , et fut vaincu par l'éloquence des prêcheurs de la cour.

Il ne paraît pas qu'il ait été l'un des provocateurs des ordonnances ; lorsqu'elles furent discutées dans le conseil, il ne se prononça ni pour ni

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contre , mais il les signa sans résister. Comme nous l'avons déjà dit , il rédigea le rapport qui motivait ces ordonnances. Ce fut également lui qui dressa celle qui suspendait la liberté de la presse.

Ce même homme , qui sanctionnait par sa signature la violation de la charte, avait dit, environ une année auparavant , sous l'administration de M. de Martignac, et en présence de la chambre des députés : « Comme le « ministère , je suis attaché au gou- « vernement représentatif ; comme le « ministère, je veux le maintien delà « charte et le développement monar- « chique de nos institutions. Voilà la « profession de foi publique que je « fais à cette tribune , et^dontje ne « dévierai jamais. » Apres cela , on concevra facilement l'émotion à laquelle il était eu proie, lorsque, le 25 juillet, à 11 heures du soir, il remit les ordonnances à M. Sauvo, rédacteur du Moniteur. Le mardi 27, il assista au conseil où il fut décidé que Paris serait mis en état de siège. Le 28 , il notifia cette décision au procureur général près la cour royale de Paris, avec ordre de se conformer aux conséquences légales de C état de siège. Le même jour , il fît enjoindre à la cour royale de se rendre aux Tuileries. Dans quelle intention? C'est ce qu'on ignore ; mais son ancienne menace d'un 5 septembre monarchique permet de supposer qu'il songeait à des mesures de rigueur.

La manière dont la capitale répondit au parjure de Charles X força bientôt M. de Chantelauze à se rendre à Saint-Cloud , et de là à Rambouillet , où il suivit la cour. Après l'abdication de Charles X , il prit la fuite avec MM. Guernon-Ranville et Peyronnet. Tous les trois se dirigèrent séparément dans la direction de Tours. Aux portes de cette ville , M. de Chantelauze voyant flotter le drapeau tricolore, revint sur ses pas, et prit le chemin d'une petite commune qui en était éloignée d'environ une lieue et demie. Il portait un mauvais habit noir, des bottes percées, et

avait eu la précaution de ne prendre que trois francs sur lui ; mais le délabrement de son costume fut précise- 1 ment ce qui attira l'attention sor sa personne. Il fut arrêté et conduit i Tours. Après avoir longtemps reruse de se faire connaître , il se nomma enfin, et réclama l'inviolabilité attachée à sa qualité de député. On lui répondit : « En qualité ae député, vous a êtes inviolable , mais en qualité de « garde des sceaux, vous êtes déclaré « traître à la nation.» En conséquence, il fut écroué dans une prison ou se trouvait déjà M. de Peyronnet, et où fut amené , peu de jours après, M. Guernon-Ranville.

Le 27 août , à deux heures après minuit , une voiture dans laquelle étaient les trois prisonniers, traversa Paris et se rendit à Vincennes. Ils y restèrent jusqu'au 10 décembre, epo-

Sue où ils furent transférés au Luiemourg. M. de Chantelauze, qui était tombé dangereusement malade à Vincennes , n'arriva à Paris que quelques heures après les autres. Le 15 décembre , les débats s'ouvrirent devant la chambre des pairs : M. de Chantelauze y montra beaucoup de calme , et ne désavoua aucun des faits qui lui étaient imputés. Il avait pour défenseur M. Sauzet, qui fit son éloge comme magistrat et comme homme privé, et dit à Ja cour : « Renvoyez l'accuse, « non pas sans censure , mais BWi « anatheme. » Le 22 décembre, le jugement fut prononcé ; il condamna M. de Chantelauze à la prison perpétuelle, à l'interdiction légale et aut frais du procès. La même peine fut portée contre MM. de Peyronnet et Guernon-Ranville. Lorsque le gretlkr vint leur lire l'arrêt de la cour des pairs à Vincennes , où ils avaient ete ramenés , M. de Chantelauze dit a M. Guernon-Ranville : « Eh bien!

« mon cher, nous aurons le temps de « jouer aux échecs. » L'amnistie prononcée sous le ministère Molé fit cesser la captivité de M. de Chantelauie- Dans M. de Chantelauze, ïhomm privé inspire évidemment de l'intérêt.

Il avait du talent, de Ja probité, bans

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les sollicitations pressantes de M. de Polignac , du dauphin et du roi luimême, il n'aurait pas trempé dans une conspiration criminelle , et n'aurait jamais subi de flétrissure judiciaire. Mais si l'on considère l'homme politique, il n'en est plus de même.

D'abord partisan de la liberté, il Gnit par devenir absolutiste; un an après avoir protesté librement de son attachement à la charte, il viole cette profession de foi , et tous les serments qu'il avait prêtés comme député et comme ministre. Ses opinions vont toujours se modifiant dans le sens oui est le plus favorable, non pas à 1 intérêt général, mais à son avantage particulier. Professant nne doctrine politique sans élévation , il s'engage froidement dans une entreprise audacieuse que son bon sens désapprouve.

En admettant même qu'il ait été entraîné par un attachement personnel à la famille royale , il ne faut pas oublier quelle brillante récompense , quelle fortune l'attendait , si le coup d'État avait réussi. Et puis , quel citoyen peut avoir le droit de préférer le prince a la patrie ? Quand on s'oublie jusqu'à ce point, on peut se croire un excellent serviteur, mais on n'est point un homme d'Etat estimable.

Encore n'est-on en réalité qu'un serviteur aveugle; car on perd ceux que Ton voulait sauver.

Chantelle-le-Ch\teau, nommé Cantilia dans la carte de Peutinger , et Cantilia dans Sidoine Apollinaire, petite ville très-ancienne du Bourbonnais (auj. dép. de l'Allier), à 16 kil. de Gannat. Popul. : 1650 habit. On y voyait un antique château dont Pépin s'empara en 762 , pendant ses expéditions dévastatrices contre Waifre , duc d'Aquitaine, et ses alliés.

Cette forteresse , construite sur le sommet d'une colline , était défendue par des remparts formidables et par un précipice bordé de rochers. Elle devint plus tard la principale place d'armes des ducs de Bourbon. François I" la fit raser lorsque le célèbre connétable passa au service de Charles- Quint , mais il en reste encore des rui-

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nés imposantes , où les gens du pays qui veulent bâtir vont chercher de la pierre comme dans une vaste carrière.

Chantilly , jolie petite ville du dép. de l'Oise, à 8 kil. de Senlis, et dont la pop. est d'environ 2500 hab.

La terre et seigneurie de Chantilly appartenait , sous le règne de Charles VI , à Pierre d'Orgemont , chancelier de France. Pierre d'Orgemont, son petit-fils , la donna, en 1484, à Guillaume, fils de Marguerite d'Orgemont sa sœur, et de Jean de Montmorency, onzième du nom. Louis XIII donna, en 1633 , le duché de Montmorency, dont Chantilly faisait partie , à la princesse de Conti, sœur de Henri de Montmorency, qui avait été le dernier de cette branche, mais il se réserva le château et la seigneurie de Chantilly. Anne d'Autriche accorda pour quelque temps , au prince de Condé, la jouissance de ces biens, dont Louis XIV rentra un peu plus tard en possession. En6n, en 1661, le roi donna Chantilly en toute propriété au même prince de Condé. Cette terre , qui ne valait guère par elle - même qu'une vingtaine de mille livres de rente, était fort considérable par ses mouvances.

C'est surtout au grand Condé que Chantilly doit ses embellissements et la réputation européenne dont il jouit encore aujourd'hui. En 1671 , Louis XIV , avant de se rendre en Flandre, voulut, au mois de mai , exécuter la promesse qu'il avait faite à ce prince d'aller le visiter dans sa terre. Jamais les affaires de Condé n'avaient été dans un état pluspitovable. En vain il avait envoyé son confident Gourville à Madrid, pour obtenir de la cour d'Espagne qu'elle lui payât une partie de ce "qu'elle avait reconnu lui devoir; il n'avait pu rien obtenir que quelques forêts et quelques fiefs dans les Pays- Bas. Jamais néanmoins fête plus magnifique ne fut donnée à un roi. On sait qu'elle se termina par la mort du malheureux Vatel (vovez ce nom). Les embellissements du château étant terminés, le prince de Condé publia qu'il donnerait mille écus au poète qui corn*

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poserait la meilleure inscription propre à être placée au-dessus de la porte d'entrée. Un Gascon fit ce quatrain :

Pour ct'trhriT tant de vertus , Tant de hauts faits et tant de gloire. Mille «us, inorbleu , mille écus, Ce n'est pas un sou par victoire.

Le prince de Condé, dont la modestie n'était pourtant pas le trait distinctif, donna le prix au poète, mais n'osa pas faire usage du quatrain. En 1718 , le duc de Bourbon fit démolir l'ancien château et en rebâtit un nouveau, dont une partie fut détruite par un incendie, quelque temps avant la révolution. Ce domaine eut beaucoup à souffrir pendant cette période; et, sous le gouvernement impérial , la forêt de Chantilly fut donnée à la reine Hortense à titre de dotation. Mais en 1814, le prince de Condé et le duc de Bourbon furent remis en possession du magnifique château de leurs ancêtres. Toutes les ruines eurent bientôt disparu, et un jardin anglais remplaça les anciens parterres de le Nôtre. Aujourd'hui cette propriété, digne encore de son ancien renom , appartient au duc d'Aumale.

On sait que tous les ans ont lieu à Chantilly des courses de chevaux qui y attirent de nombreux spectateurs.

Chantome, ancienne seigneurie de la Marche, auj. dép. de l'Indre, érigée en marquisat en 1696.

Chantonay (Th.-Perrenotde), habile négociateur, né en 1514 à Besançon , était l'aîné des enfants du chancelier de Granvelle. La haute faveur dont jouissait son père le poussa rapidement dans la carrière des honneurs.

En 1560, Philippe II, qui prétendait être le protecteurdes catholiques de France, envoya Chantonay pour surveiller Catherine de Médicis. L'ambassadeur, appuyé par les Guises, entra parfaitement dans l'esprit de ses fonctions , et joua à la cour le rôle d'un ministre d'Etat, donnant des avis, louant, improuvant , corrigeant les projets , et n'épargnant pas les importunes remontrances.

Lorsque, en 1562, l'Espagne eut décidé qu'il fallait que les chefs du

parti protestant fussent éloignés de la cour , ce fut Chantonay qui fit part à la reine de cette insolente exigence.Quoique Catherine sollicitât son rappel, et lui prodiguât les affronts, il fut maintenu encore deux ans dans son ambassade, fut employé en 1565 auprès de l'empereur Maximilien II , et obtint ensuite de se retirer à Anvers .

où il mourut en 1575. Le recueil intitulé Mémoires de Condé renferme (II, 1-210) un assez grand nombre de lettres écrites par Chantonay pendant sa mission en France. Lenglet-Dufrénoy les a tirées d'un manuscrit in-fol. appartenant à l'abbé de Rothelin , et déposé aujourd'hui à la bibliothèque royale. La bibliothèque de Besançon conserve les Mémoires et lettres de son ambassade en Allemagne, 1565- 71 , 9 vol. in-fol. (voy. Granvelle).

Chantonnay (combat de). — Pour réparer l'échec éprouvé à Luçon par l'armée vendéenne, au mois' d'août 1793, le comte d'Elbée et Royrand, avec quinze mille hommes, marchèrent sur Chantonnay. Lecomte, chef du bataillon le i engeur , récemment nommé général de brigade, commandait dans ce camp en l'absence de Tuncq, qui venait a être brusquement destitué , et s'était retiré sans avoir fait de dispositions pour assurer les derrières ue sa troupe. Ses forces ne s'élevaient pas à plus de six mille hommes. A quatre heures du soir, les Vendéens commencent leur feu ; l'infanterie républicaine riposte. Une vive fusillade succède aux coups de canon, et se prolonge fort avant dans la nuit. Mais la cavalerie refuse de donner , et le général Lecomte est blessé mortellement. Dès lors , le désordre se mit dans les rangs des patriotes. Enveloppés, accablés par le nombre, ils se débandent, et prennent la fuite. Les royalistes les poursuivent , et en font un affreux carnage. Enfin il ne resta que quinze cents hommes de la brave armée de Luçon.

Chantre,* nom que Ton donne aux ecclésiastiques ou aux séculiers appointés par les ehapitres pour chanter dans les offices» les récits ou

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les chœurs de musique. Pendant le séjour^ de l'empereur Charlemagne à Rome, en 789 , les chantres de la chapelle royale qui l'avaient accompagné, ayant entendu les chantres romains , trouvèrent fort risible leur façon de chanter, et s'en moquèrent hautement.

Mais lorsqu'ils eurent chanté à leur tour, les chantres romains leur rendirent les railleries avec usure ; et Charlemagne , appelé à prononcer sur leur dispute, décida la querelle en faveur des Romains. Les chantres ordinaires des églises ont été institués par saint Grégoire, qui en fit un corps

Îu'on appela Y école des chantres.

>ans le concile de Rome de l'an 595 , il fut ordonné qu'on les prendrait seulement parmi les sous-diacres ; mais ce décret ne (ut pas observé.

Chantre des cathédrales et

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