COLLÉGIALES, OU GRAND CHANTRE
— On désignait par ce nom , dans les chapitres , un cnanoine revêtu d'un office ou bénéfice qui le rendait ordinairement un des premiers dignitaires du chapitre , et qui lui accordait l'intendance du chœur.
Dans les actes latins , les chantres sont nommés cantores, praecentores, choraules. Le neuvième canon d'un concile de Cologne leur donne le titre de chorévêques, comme étant les évéques ou les intendants du chœur. Le concile tenu en la même ville en 1536 leur donne encore le même titre. Dans la plupart des églises collégiales, le chantre dont il est ici question est surnommé grand chantre, pour le distinguer des simples chantres ou choristes à gages. Suivant le même concile de 1536, le chantre était obligé à la résidence, et il ne pouvait se dispenser d'assister exactement au chœur, dont la police lui était dévolue. Il en était le président, et jugeait provisoirement les contestations qui s'y élevaient.
Le grand chantre portait, dans les fêtes solennelles, la chape et le bâton cantoral. Il donnait le ton aux autres chantres en commençant les psaumes et les antiennes. Il avait dans ses armes un bâton de chœur
pour marque de sa dignité. Dans quelques chapitres dont il était le premier dignitaire, on lui donnait le nom de primicier (voyez Primicier).
Les grands chantres de plusieurs cathédrales et chapitres avaient, sous l'autorité des évêques, l'inspection des petites écoles. Dans le chapitre de l'église de Paris , cet officier, qui en était le second dignitaire, avait une juridiction content ieuse sur tous les maîtres et maîtresses d'école de la ville. Cette juridiction était exercée par un juge, un vice-régent, un promoteur, et autres officiers nécessaires.
Chantres de la chapelle du roi.
«—Non -seulement les chantres attachés à la desserte des chapelles et de l'oratoire du roi et de la reine, mais les chantres, clercs et chapelains de la Sainte-Chapelle de Paris, étaient censés commensaux de la maison du roi, et, en cette qualité, ils jouissaient de plusieurs privilèges , qui , malgré les abus auxquels ils donnaient lieu, furent confirmés par de nombreux arrêts. L'un de ces privilèges consistait dans les exemptions de décimes pour les bénéfices qu'ils possédaient. De plus, ils jouissaient des gros fruits de leurs prébendes, bien gue ne résidant pas dans leurs bénéfices, et ils étaient censés présents, pendant le temps de leur service, à la chapelle du roi , pourvu qu'ils fussent inscrits sur les états de sa maison.
Chant royal, sorte de poésie imaginée sous Charles V, et cultivée pendant les quatorzième, quinzième et ■ seizième siècles , dont le sujet devait être élevé, sublime, tiré de la fable ou de l'histoire, et qui se terminait par l'explication de l'allégorie ou par une moralité. Quant à la contexture, la pièce se composait de cinq strophes ou couplets de onze vers , sur les mêmes rimes ; elle finissait par un envoi de sept et quelquefois de cinq vers sur les mêmes rimes que les strophes , et qui commençait par ces mots : Prince, Princesse, Sire, Reine, car le chant royal devait toujours être adressé à quelque grand, pour lui donner un avertissement ou lui faire une leçon.Les
chants royaux /qui furent composés d'abord en vers de dix syllabes, et entuite en vers alexandrins , comme plus propres aux sujets majestueux et graves, étaient assujettis à des règles très-sévères. La même rime ne pouvait pas y paraître deux fois avec fa même signification du mot. Il était défendu de mettre dans un couplet le simple ou le radical ; et, dans un autre, le composé ou le dérivé. Le dernier vers de /a première strophe qui servait de refrain à toutes les autres , et l'envoi luimême, devaient arriver sans effort, d'une manière simple,aisée et naturelle.
En un mot, toute la pièce devait avoir un caractère de grandeur et de majesté en harmonie avec le titre qu'elle portait.
Il suit de ces obligations que les chants royaux réellement bons sont d'une grande rareté. Aussi a-t-on abandonné ces règles , comme ajoutant , sans un rofit bien clair, aux difficultés nomreuses dont est déjà hérissée la poésie française.
Chants populaires. — Nous ne pouvons mieux définir les chants populaires qu'en citant ce passage du ffrand poète polonais, Mickiewicz : « Chants «populaires, arche d'alliance entre « les temps anciens et les nouveaux , « c'est en vous qu'une nation dépose «les trophées de ses héros, l'espoir « de ses pensées et la fleur de ses scn- « timents. Arche sainte ! nul coup ne « te frappe , ne te brise , tant que ton « propre peuple ne t'a pas outragée.
« 0 chanson populaire ! tu es la garde « du temple des souvenirs nationaux ; « tu as les ailes et la voix d'un ar- « change ; souvent aussi tu en as les « amies. La flamme dévore les œuvres « du pinceau , les brigands pillent les « trésors , la chanson échappe et sur- « vit, elle court parmi les hommes.
« Si les âmes avilies ne la savent pas « nourrir de regrets et d'espérances , «elle fuit dans les montagnes, s'at- « tache aux ruines , et , de la, redit les « temps anciens. Ainsi le rossignol « s'envole d'une maison incendiée , et « se repose un instant sur le toit ; mais « si le toit s'affaisse, il fuit dans les «forêts, et, d'une voix sonore, il
« chante un chant de deuil aux voya- « geurs entre des ruines et des sépul- « cres. - Chaque contrée, en Franfte, a ses airs et ses chants populaires. Mais le plus ancien, sans contredit, est le chant basque, publié et traduit pour la première fois par M. G. de Humboldt, et qui fait allusion à une guerre que les Cm labres, sous le commandement d'un chef nommé Uchin, soutinrent contre l'empereur Auguste; guerre qui se termina par une naix glorieuse pour eux. Les érudits fiasques n'hésitent pas à regarder ce fragment comme aussi ancien que le fait auquel il se rapporte. En voici la traduction : le premier couplet est le refrain obligé de toutes les anciennes chansons basques :
0 Lelo, Lelo (esl) mort; Lelo I mort (est) Lelo , Lrlo! Zara fut
Le meurtrier de Lelo.
1 •- ctrcngprs de Rome Veulent forcer la Bisoaye, et La Biscaye élève alors
I <• cliaul de guerre.
Octavio
Le dominateur du monde ,
Lecohidi
Le BUcajen.
Du coté de la terre Du côté de la mer,
II met autour de nous Le siège.
l es plaines arides Etaient o eu* ;
(A nous) les bois de la montagne.
L'obscurité.
Quand, dans un lieu favorable.
Nous sommes postés, Chacun de nous « Un courage ferme.
De crainte peu A égalité d armes ; (Mats) 6 huebe an pain , tn Etais malade (mal pourvue).
Si dnrea cuirasses Ceux-ci portaient , Nos corps sans défense (Étaient) agiles.
Cinq ans durant .
De jour et de nuit.
Sans aucun repos , Le siège (dura).
Quand un des nôtres Ceux-ci tuaient.
Cinq diaainea (des leuis) Ils |H* rtl Ai €n t .
Pourtant eeux-ci beaucoup, et Nous petite troupe.
FRANCK. CMA 495
Ai!!.î,cen<"" nme* en Génération, «t les paroles, qui re-
r. 1 Hce' montent quelquefois a une haute an-
Dans notre terre * k • \ • .
*:i da„s leur pav«, ticjuite , se sont rajeunies de siècle en
(il e*t) une m.inicre. siècle. Citons , entre autres exemples , la
i»c ner ica bnicaus. chanson des bûcherons des bords de la
(ii ..-mil) plus poMiiiie. Meuse, entre Charleville et la fron-
1! !'.!""!"""!!!.'! tière de Belgique, dont le refrain,
U Tiiie du Tibre 6 Renaud, Renaud! rengaine, Renaud,
&i as«i»e campée loiu , rengaine! est sans doute emprunté à
Trîï-"/"d quelque roman du cycle carlovingien,
res-gran et remontep flu mojns au trei-
nes robus«e»'chène, zièmR «iècle. L'air lent et mélaneoli-
Im force s'use que de cette chanson semble avoir été
au gnmper P«-p*t««i composé pour être répété par les
up,c" . . échos des montagnes, et accompagné
On peut affirmer qu'il ne s'est passe, par le bruit de la rivière et le frémis-
au moyen âge , aucun fait propre à sèment de la forêt,
frapper l'imagination des masses, s u s Parmi les chansons encore aujour-
avoir donné lieu à une chanson ou une d'hui les plus populaires, nous nous
complaiute. Ainsi , la célèbre insurrec- bornerons à citer : Vive Henri IV; le
tion des paysans (1356), connue sous bon roi Dagobert; La Tour, prends
le nom de Jacquerie , produisit plu- garde; Quand Biron voulut damer.
sieurs complaintes latines et françaises, j/air du bon roi Dagobert est une
entre autres le couplet suivant sur les fanfare de chasse. Les deux dernières
Bons-hommes ; couplet dont la forme chansons sont presque uniquement
a sans doute été un peu rajeunie : chantées par les enfants , et elles font
jacqœ$ Bons-homme* i certainement allusion à quelque événe-
Cesae* , ce~e*, gros d'arme* et piéton* . ment dont je souvenjr est aujourd'hui
uc piller et uiangrr le bonhomme, • « J
Qui de longtemps Jacques Bonhomme perdu pour nous. Il faut encore parler
s« nomme. de la fameuse chanson de M. de (a Pa-
Au quinzième et au seizième siècle, liee- C'est une débauche d'esprit du
nous fûmes en possession , comme au- savant la Monnoye , qui , on ne sait
jourd'hui, de remplir les pays étran- pourquoi, s'est plu à ridiculiser Jac-
gers de nos airs populaires. On con- <l"es 11 de Chabannes, seigneur de la
naît , entre autres , la rameuse chanson Ça,ice> l'un des plus grands capitaines
de Y Homme armé, qui, à cette épo- du seizième siècle, en l'honneur du-
que , courut l'Europe entière , et dont Quel on avait composé des chansons
il ne nous reste que le couplet sui- guerrières que les soldats chantèrent
vant : pendant longtemps , et dont cette pièce
Lomé, Lomé. Lomé armé ridicule semble n'être que la parodie.
ei Robinet ta m'a* Enfin , disons aussi un mot de la
u mort doi»* chanson de M. de Marlborough.
Quant tu t en Ta. ( ). CeUe chanson % commc on |e sajt ? ^
Un fait remarquable , c'est la teinte dirigée contre le duc de Marlborough ,
mélancolique que Von remarque dans la l'un des ennemis les plus acharnés de
musique de tous les airs qui nous sont la France, et qui mourut en 1722,
restés du moyen âge. Un grand nom- privé depuis environ six ans de l'usage
bre d'entre eux, sans avoir jamais été de sa raison. Nous sommes portés à
écrits, se sont conservés de génération croire que les paroles de cette chanson si populaire existaient déjà en par-
(*) La musique de cette pièce a été irapri- tie avant le dix-huitième siècle , et que
mee pour la première fois dans l'Annuaire l'on n'a guère fait alors que substituer
historique de 1837, publié par la Société de le nom de Marlborough au nom propre
de France. qui s'y trouvait. Des circonstances rt>
latées dans les derniers couplets nous font présumer que c'est une ancienne complainte tirée de quelque roman de chevalerie. Quant à I air lui-même, il doit être extrêmement ancien, s'il faut s'en rapporter à ce qu'on lit dans le Tableau de F Egypte et de la Nubie, publie, en 1830, par un savant voyageur, M. Rifaud, «que, le jour ou saint « Louis signa la paix et la reddition de « Damiette , les Arabes composèrent « une chanson sur l'air de Marlbo- « rotigh , qu'ils chantent encore aujour- « d'hui : Manssourah el Francis ca- « seura , mi Hit on , mil/ i ion , etc., et « que chacun fait aussi longue qu'il le « désire. » C'est à nous certainement qu'est due l'importation en Égypte de cet air et du refrain ; car, outre que la musique n'a aucun rapport avec la musique orientale , le refrain milliton est complètement étranger à la langue arabe. Il serait à désirer que Ton fit pour toutes nos provinces ce qu'un jeune savant, M. Th. de la Villemar-
3ué, vient de faire pour la Bretacne, ont il a recueilli et publié les chansons populaires, parmi lesquelles il s'en trouve quelques-unes qui sont fort curieuses. (Voy. Complaintes, Maza-
B1NADES , ISOBLS.)
Chanut (Joseph), cavalier au 18* régiment , né à Tourrelle ( Puy-de- Dome), se signala dans plusieurs charges au passage du Leck le lô fructidor an iv , puis fut envoyé en avant pour découvrir un escadron de hussards ennemis; parvenu à quelque distance, il aperçut l'embuscade , avertit ses camarades, et, nouveau d'Assas, tomba aussitôt percé d'une balle.
Chanut (Pierre), né à Riom, y fut d'abord trésorier; il devint, plus tard, de 1645 à 1649, ambassadeur de France en Suède , auprès de la reine Christine, puis fut nommé ministre plénipotentiaire à Lubeck en 1650, et enfin ambassadeur en Hollande en 1653. A son retour, il lut fait conseiller du roi , et mourut a Paris en 1662. Durant son séjour en Suède, Chanut avait gagné la confiance de Christine, qui lui confia son projet d'abdiquer, et entretint toujours avec lui une correspondance.
Ce fut par ses conseils que cette princesse attira Descartes à sa cour, et ce fut lui qui , après la mort du grand philosophe , renvoya son corps en France. « Chanut , dit un de ses con- « temporains, était un des plus sa- « vants hommes de son temps; il s'ex- « primait parfaitement en la plupart « des langues, tant vivantes que nior- « tes ; il avait beaucoup voyage et pro- « fité de ses voyages ; aussi peut-on dire « que de tous les ministres qui se « trouvèrent à Lubeck, il n'y eut que « lui qui y fit figure; c'était un ambas- « sadeur de première classe. » On conserve à la bibliothèque royale un manuscrit in-fol. contenant les négociations de P. Chanut en Suède et à Lubeck, de 1645 à 1653. On en a imprimé un mauvais abrégé sous le titre de Mémoires et négociations de M.
Chanut, Paris, 1676, 3 vol. in-12.
Chanvbiebs. La communauté des chanvriers, ou marchands de chanvre, était très-ancienne; mais elle fut soumise, en 1666, à de nouveaux statuts.
Quand elle fut abolie en 1789, elle n'était composée que de femmes. Les jurées étaient au nombre de quatre, qui se renouvelaient par moitié chaque année. Les maltresses ne pouvaient avoir d'apprenties qu'autant qu'elles tenaient boutique ouverte pour leur compte , et quand elles étaient dans cette condition, il ne leur était pas permis d'en avoir plus d'une, dont l'apprentissage devait durer six ans.
Cette apprentie, pour parvenir à la maîtrise, devait faire son chef-d'œuvre.
Les filles de maîtresses étaient seules exemptes de cette épreuve. Comme les magasins et étalages des marchandes de chanvre étaient tous a la halle, et attenant les uns aux autres, il était défendu à toute apprentie ou fille de boutique qui changeait de maîtresse d'entrer dans un autre magasin, à moins qu'il ne fût séparé, par douze ou treize autres, de celui d où elle sortait. Les marchands forains ne pouvaient mener leurs chanvres qu'a la halle, excepté pendant le temps de la foire Saint-Germain , où il leur était permis de les exposer
en vente. Les jurées chanvrières vc- moines, et prenait grand plaisir à les
naient en faire la visite, mais sans voir dîner de bon appétit, ainsi qu'à
Eouyoir, non plus que les maîtresses les servir de ses mains royales. Comme
ngères, en acheter pour leur compte, l'abbaye de Rovaumont contenait alors
avant l'expiration des deux jours de cent religieux, le roi avait bien des
préférence accordés aux bourgeois voyages à faire de la table à la fenêtre
pour se fournir de cette marchandise, de la cuisine, et réciproquement, pour
Chao-de-Lamas (combat de). 1a corps d'armée du maréchal IS'ey, qui abandonnait le Portugal, se mit en marche, le 14 mars 1811, sur Miranda - de - Corvo. Une division anglaise avait manœuvré pendant la nuit de manière à tourner la gauche
placer chaque écuelle devant le convive, dont elle contenait la portion.
« Et pour ce, » dit l'auteur à qui nous empruntons ces détails , « nue les es- • cueles estoient trop chaudes, il en- « veloppoit aucune foiz ses mains de « sa chape, pour la chaleur de la viande
gué d'avance, il ordonna la retraite par échelons, mouvement qui fut exécuté par les troupes avec un sang-froid et un aplomb remarquables.
Chape. Nous avons, à l'art. Cape ,
des Français. Le chemin que sui- - et des escueles, et espandoit aucune
vaient ceux-ci présentant , pendant « fois la viande sus sa chape; et li ab-
plus de deux lieues , un défilé en- « bés li disoit que il honnissoit (souil-
tre de hautes montagnes, les Anglais « lait) sa chape, etlibenoiez roislires-
parurent vouloir en profiter. Ils atta- « pondoit : Ne me chaut, j'ai autre
cjuèrent l'arrière -garde française au « (peu m'importe, j'en ai une autre). »
moment où elle quittait Chao-de-La- Les rois de France avaient à leur
nias; mais ils furent reçus avec vi- cour des officiers appelés jx)rtccha~
gueur par le général Marchand, et pes. On voit, dans un compte du tré-
perdirent beaucoup de monde. Lors- sor commençant au lPr janvier 1312.
que le maréchal Ney jugea que les ba- que les portèchapes étaient au nom-
gages^de l'artillerie avaient assez ga- bre de cinq. Philippe le Bel , dans un
règlement qu'il dressa pour la tenue de son hôtel, les réduisit à trois. « H « i aura, est-il dit dans ce règlement, « trois porte chapes oui mangeront à « court et auront 4 deniers d'argent donné quelques détails historiques sur « par jour. » Aux portèchapes succe vêtement. C'était, au treizième siè- cédèrent dans la suite les portemancle, une des parties les plus impor- ieaux du roi. tantes de la garde-robe royale. Selon Chape de saint Mabtin. — On Guillaume de Nangis, Louis IX, se nommait ainsi, suivant le P. Daniel (*), trouvant à l'abbaye de Clervaux au une espèce de pavillon portatif, sous moment où les moines faisaient le lequel les rois de la première et de la mandé, c'est-à-dire, se lavaient les seconde race faisaient porter les rclipieds les uns aux autres, // bons roys ques des saints dans leurs expéditions eut bonne envie de quitter sa chape militaires. Parmi ces reliques, il y en pour les imiter et laver les pieds de avait de saint Martin , et comme ce quelques religieux; mais comme il saint était invoqué comme l'un des était environné de plusieurs grands patrons de la France, on avait donné qui auraient pu trouver qu'il dégradait son nom à ce pavillon, la dignité royale, il fut contraint, à La chape de saint Martin (capa) son grand regret, de se refuser cet était portée à l'armée par des clercs, acte d'humilité; mais, au dire du con- qui de là prirent le nom de chapelains fesseur de la reine Marguerite, il pre- {capeila ni). Au reste, cet usage n'était naît largement sa revanche au monas- pas particulier à la France : les emtère de Rovaumont, où il faisait de pereurs de Constantinople faisaient fréquents séjours. Quand il ne mangeait point au réfectoire avec la corn- (*) Histoire de la milice française, t. I. munauté , il assistait au repas des p. 49?.
T. iv. 32' Livraison. (Dict. bncycl., etc.)
CHA
I/UTTIVERS.
aussi porter des reliques dans leurs armées, et il est à remarquer que la châsse qui les contenait était aussi appelée xdîta; les prêtres qui portaient cette châsse marchaient (*), dans les armées grecmies, immédiatement après l'étendard impérial; il est probable que la châsse ae saint Martin occupait la même place dans les armées françaises.
Au retour des expéditions, la chape était déposée dans le palais, et les différents reliquaires qu elle contenait étaient séparés pour être exposés à !a vénération des fidèles. Ces reliquaires étaient désignés par l'expression de capellx, chapelles ou petites chapes. C'est ce que nous apprend une formule de Marculfe, d'après laquelle on voit que, faute de preuves, on déférait quelquefois le serment sur la châsse ou chapelle de saint Martin :
Super capellam domini Martini. Voy.
Du Cange, aux mots Capa et Capelfa.
Chapeau. — On a dit et répété plusieurs fois que les chapeaux prirent naissance sous Charles VI , et c'est une erreur, car il en était déjà question sous Louis IX, puisque un chapitre du Registre des métiers, rédigé en 12G0, par Etienne Boileau, prévôt de Paris , en parle comme d'une coiffure déjà en usage, dont la fabrication était soumise à des règles fixes. Si on dit que le chapeau dont parle le registre que nous citons était à peine l'essai informe de celui que nous portons aujourd'hui, il n'est guère possible de méconnaître ce dernier dans une pièce authentique dont nous reproduirons un extrait plus bas. Le chapeau, qui, dans l'origine, fut un diminutif, non pas du chaperon , comme on Ta dit atissi, mars du capuchon qui accompagnait la chape, et servait à couvrir la tête, était une simple calotte de velours, de drap ou de ieutre, retenue sous le menton par deux cordons. Cette calotte était tout unie ou ornée de fourrures , de broderies , de dorures et de pierreries, selon la for-
(*) Maurice, Strateg. , liv. 7 , et Théophjlactc Syaiocatta, 1. iv, c. 16.
tune ou la condition de celui qu\ la portait. Un compte de l'an 1351, rendu par Etienne de la Fontaine, argentier du roi Jean, en prouvant que les chapeaux étaient déjà en usage au moins dans la première partie du quatorzième siècle, nous apprend de quelles superfluités coûteuses les surchargeait alors la vanité des grands. Voici l'article de ce compte qui concerne le sujet que nous traitons : « Baillez à Kathe- «< lot la chapellière, pour un cliap- « pel de bièvre , fourré d'armines, « couvert par dessus d'un roisier dont « la tige estoit guippée d'or de Cliip- « pre, et les feuilles d'or soudé; ou- « vré par dessus d'or de Chippre , de « grosses perles de compte et de gre- « nas, et les roses faites et ouvrées de « grosses perles, toutes de compte, et « par les costez avoit deux grandes « quintefeuilles d'or soudé, semées de « grosses perles, de grenas, de pierres « esmaillées et pardessus lechappel, en « haut, avoit un dauphin fait d'or, tour- « nant à vis sur un tuyau d'argent. Le- « quel chappel garny de boutons, de ner- « les rondèteset menues, etorfroinees a de bisèted'or de plite et de grosses « perles, mons le dauphin commanda « a l'argentier, et en chargea faire tel « et <l relie devise, pour donner a « maistre Jean, le fol du rov. •» Les chapeaux, d'un usage fréquent à la campagne sous Charles VI , se portèrent à la ville sous son successeur, mais seulement les jours de pluie.
Sous le règne de Louis XI, ils devinrent plus communs. On sait que ce prince ornait le sien des images en plomb des saints auxquels H avait le plus de dévotion; après lui, Louis XII reprit le mortier des siècles antérieurs , et les bourgeois le bonnet à deux cornes de leurs aïeux. Mais ce retour à l'ancienne mode dura peu. François I" adopta le chapeau pour coiffure, et ses courtisans l'imitèrent. On a dit que le premier chapeau de castor dont il soit fait mention dans notre histoire était celui que Charles VII portait en 1449, lorsqu'il fit son entrée dans Rouen.C'estencore une erreur; on
r.HA FRA
voit dans la citation que nous avons faite plus haut, que dès le règne du roi Jean, on faisait usage de chapeaux de bièvre, c'est-à-dire , de castor de France. De plus, on voit dans la suite du même compte qu'il fut donné à Kathelot, la chapelière, cinquante ventres de menu voir qui avaient coiHé 5 livres 6 sous, pour fourrer un chapeau de bièvre destiné au roi. Henri II et ses fila se coiffèrent plus habituellement, ainsi que leurs courtisans, d'une toque ornée de diamants et surmontée d'une aigrette; de sorte que le chapeau, quoique bien connu , n'était pas encore d'un usage général à i'avénement de Henri IV. Ce prince et les nobles le préférèrent à la toque ; ils l'ornèrent de plumes, de rubans et de franges; enfin ils relevèrent et fixèrent à la forme une partie des ailes qu'on lui avait données dès le temps de François Ier, pour garantir de la pluie et du soleil. Quand le chapeau fut enfin devenu une coiffure nationale, et qu'on l'eut fait porter aux soldats, on s'aperçut que ses bords étendus étaient gênants pour le maniement des armes ; alors on imagina pour les troupes le chapeau à trois cornes, qui est la coiffure militaire, et la coiffure d'étiquette dans les hauts rangs de la société. Sous le ministère du comte de Saint-Germain, on s'avisa de coiffer les brigadiers de cavalerie de chapeaux à quatre cornes ; mais cet usage ne dura pas. Depuis un peu plus de trente ans, les troupes ont quitté le chapeau pour le bonnet à poil, le shako ou le casque, quand elles sont sous les armes. Dans le monde, la coiffure générale des citoyens est aujourd'hui le chapeau rond de couleur noire; celle des fonctionnaires, dans les cérémonies publiques, est le chapeau noir à cornes, orné de plumes. Celle des militaires en petite tenue est le même chapeau, avec ou sans plumes, suivant le grade.
Les ecclésiastiques portent aussi le chapeau à trois cornes, mais lui donnent une forme particulière. L'adoption générale du chapeau nécessita rétablissement de grandes fabriques, notamment à Lyon et à Pa-
ris, et l'on fit bientôt une telle consommation de castors , que ceux que l'on trouvait en France , et spécialement dans les îles du Rhône, étant détruits, il fallut poursuivre ces animaux industrieux et inoffensifs jusque dans les lacs glacés du Canada.
De plus, on imagina de suppléera leur fourrure par celle de quelques quadrupèdes indigènes, tels que le lièvre, le lapin , et même le chien caniche. Depuis une vingtaine d'années , on fait en peluche de soie des chapeaux légers d'un aussi bon usage et d'un prix moins élevé que les chapeaux de feutre. On fait pour l'été des chapeaux gris en feutre, des chapeaux en paille, en osier, en lacets et en étoffes Je soie ou de coton, et chaque année la forme en est modifiée par le goût et la fantaisie. On fabrique, pour les voituriers et les marins, des chapeaux de bourre ou de laine commune, aue Ton revêt de plusieurs couches uc vernis qui leur donnent de l'éclat, de la durée, et les rendent impénétrables à la pluie. Sainte-Palaye pense que l'usage de quitter son chapeau quand on entre et qu on reste dans une église ou dans une maison étrangère, vient de celui qui était adopté dans le temps de la chevalerie , de quitter le heaume en pareille circonstance.
Chapel de coton. — C'est ainsi qu'on appelait le bonnet de coton, dans le temps où l'on donnait le nom de chapel à toute espèce de coiffure.
La profession de chapelier de coton était libre et ne s'achetait point du roi. Celui qui voulait l'exercer, était cependant tenu de jurer de l'exercer avec loyauté. Le prévôt de Paris devait faire saisir et brûler les marchandises de mauvaise qualité , et cette punition était accompagnée d'une amende de cinq sous, au profit du roi. Les chapeliers de coton ayant ensuite obtenu la faculté d'ouvrer en laine , prirent le titre de chapeliers de ôonnels et de gants de coton et de laine. Ils ont pris depuis celui de bonnetiers qu'ils portent encore aujourd'hui.
Chapel de fleubs.— Une des parures les plus coquettes du moyen âge
cm
L'UNIVERS
CHA
c'était les chapels on chapelets de fleurs naturelles ou de verdure , que fabriquaient les herbiers , appelés aussi chapeliers de fleurs. Ces artisans cultivaient dans des courtils les fleurs qui , dans la belle saison , leur servaient à confectionner ces coiffures élégantes , qu'aimaient également les deux sexes , et à joncher les appartements à la place de la paille que Ton y étendait en hiver. L'industrie qui 'fabriquait les chapels de fleurs était franche, c'est-à-dire, ne faisait point partie des métiers dont on devait acheter du "roi le libre exercice. Les chapeliers de fleurs pouvaient travailler de jour et de nuit , ne payaient rien à l'entrée et à la sortie de Paris pour leurs marchandises , et n'étaient point tenus de faire le guet , parce que, dit le registre d'Étienne Boileau, « leur mestier est frans et qu'il fu « establi pour servir les gentiuz hou- « mes. » On trouve dans les romans , fabliaux et chansons, un grand nombre de passages où il est fait mention des chapels de fleurs. Non-seulement les herbiers , mais encore les personnes de noble race, les jongleurs, les pastourelles, se plaisaient à en tresser , et se faisaient honneur de réussir en cette occupation galante.
Dans une chanson du treizième siècle , un chevalier raconte qu'ayant aperçu une bergère en son chemin, il s arrêta, mit pied à terre, attacha son cheval à vn rainsel (à un arbre), s'assit sous la ramée près de la fillette, puis dit, en parlant de lui :
Chapel fis De la flor qui blancbuie.
Dans le fabliau des Deux bordeors ribaus, qui est une dispute entre deux jongleurs , l'un des concurrents , en faisant l'énumération un peu vaniteuse de ses talents, dit qu'il sait donner des conseils aux amoureux,
Et faire chapel ei de Bon.
Les chapels de fleurs figuraient dans toutes les solennités , comme parure ou récompense. C'était le prix que recevaient, des mains de la beauté , les trouvères vainqueurs dans les luttes
poétiques. Dans les banquets, chaque convive en portait un, et on en couronnait même, à la manière des anciens, les vases qui contenaient les boissons et les coupes qui servaient à boire. Le produit le plus recherché de l'industrie du chapelier de fleurs était le chapel de roses, qu'un seigneur imposait quelquefois comme redevance à son vassal , et qui faisait partie du revenu de sa terre. Une fille noble ne recevait souvent en mariage qu'un de ces chapels , et quand elle était ainsi dotée , elle perdait tout droit à la succession de son père et de sa mère. Il est question dans le Lai du Trot de quatrevingts pastourelles , parées chacune d'un chapel de roses. Les jeunes gens, à qui les chapels de fleurs convenaient si bien, les firent servir à exprimer leurs sentiments, en attachant un sens mystérieux à chacune des fleurs qui entraient dans leur composition, imitant en cela ces bouquets emblématiques appelés selam , dont les croisades avaient apporté le secret en Occident, et dans lesquels les amants rendent , en Orient, visible aux yeux de celles qu'ils aiment , ce qu'ils n'osent ou ne peuvent leur dire de vire voix. Il est a présumer que l'usage des chapels de fleurs se perdit lorsque l'opulence, dédaignant une parure que tout le monde pouvait se procurer à peu de frais , y substitua des couronnes ornées de rubans, de bandes d'or ou d'argent et de pierreries. Dès le
Juatorzicme siècle , il n'est plus parlé, ans les ordonnances, des chapeliers en fleurs; ce qui donne lieu de penser que leur métier était devenu sans importance. Il ne nous en reste plus aujourd'hui que les couronnes, dont on pare , au village , les statues de la Vierge et des saints , les jours consacrés à solenniser leur fête ; celles qu'au théâtre on jette aux comédiennes: les couronnes de feuillage qu'on distribue aux écoliers dans les collèges, en leur remettant les prix qu ils ont obtenus ; celles de bluets , que l'on tresse en été pour les enfants, enfin, les epuronnes d'immortelles ,
que la douleur et la piété déposent sur les tombes, et suspendent aux monuments funèbres.
Chapel de paon.— Ce chapel était une couronne ornée quelquefois de broderies , de dorures , et surmontée de plumes de naon. La fabrication de cette parure était libre comme celle des chapels de fleurs. Le chapelier de paon ne payait à Paris aucun droit d'entrée ni âe sortie pour ses marchandises. 11 n'était point appelé pour faire le guet , à moins qu'à sa profession il n'en joignît une autre qui l'y assujettît. Il pouvait travailler de nuit comme de jour, et devait le faire avec loyauté. « Se chappelliersde paon, dit « le Registre des métiers, met seur « chapeau de paon estainsdoré, liquex « estains n'est pas seur-argentés avant « qu'il ne soit dorés, l'uevre est fause « et doit estre arse (brûlée) et cil sur « qui cele ouevre est trouvée sera à « V s. d'amende à poiier au roy. »
Les troubadours et les trouvères, vainqueurs dans les jeux-partis, étaient couronnés ordinairement d'un chapel de fleurs , mais quelquefois aussi d'un chapel de paon , qu ils portaient tant que durait le jour de leur triomphe, et le conservaient ensuite avec soin en mémoire de leur victoire. On ignore quand a cessé d'être employée celte riche coiffure, dont il ne reste que le souvenir aujourd'hui.
Chapelain.— Selon du Cange, les premiers clercs appelés de ce nom furent ceux qui étaient chargés de garder la chape de saint Martin et de la porter aux armées. Nous avons vu (*) que cette chape n'était rien autre chose que ce que nous appelons aujourd'hui une châsse. On donnait aussi aux gardiens des châsses qui contenaient les reliques des autres saints , les noms de capellani, ou martyrarti , custodes martyrum et cubicularii. Enlin , on appelait encore chapelains, les prêtres qui assistaient les evëques dans la célébration des offices religieux.
Un capitulaire de Charlemagne, année 769, qui défend aux serviteurs de
(*) Art. Ca±r* j>e saiïît Martiw.
Dieu de porter les armes et de combattre, semble faire, en faveur des chapelains , une exception que nous n'avons vue signalée encore nulle part.
Voici le passage : Servis Dei per omnia omnibus armât uram portare, vel pugnare, aut in exercitum et in hostem per gère omnino prohibemus, tiisi illis tantummodo qui , propter divinum ministerium, missarum scllicet solemnia adimplenda , et sanctorum patrocinia portanda, ad Iwc electi sunt , idest, unum vel duos presbyteros cum capellanis presbyteris.
Cette disposition s'explique par l'usage où l'on était alors de porter, à la suite des armées , les reliques des saints, et par la nécessité dans laquelle pouvaient se trouver les chapelains de défendre le dépôt précieux qui leur était confié.
Les chapelains étaient en même temps chargés de célébrer, sur des autels portatifs, ou sur les châsses de leurs saints , la messe pour le roi, quand il était à l'armée , et qu'il ne se trouvait point dans le voisinage d'une église où il pût l'entendre. La faculté de remplir ses devoirs religieux sans se déranger, et de faire venir Dieu à soi, au lieu d aller à lui, ayant ensuite paru fort commode aux rois, ils érigèrent dans leurs palais des chapelles pour eux , leur famille , leurs grands officiers , et y attachèrent un clergé. Alors le chapelain, qui fut le cher de ce clergé , devint un personnage considérable. Il fut chargé de veiller à ce que le clerc célébrât, les jours ordinaires, l'office dans la chapelle du roi, et lui, qui était toujours un haut dignitaire de l'Église, un évéque ou un abbé , n'officiait que dans les occasions solennelles. Il ut partie de la maison du roi , eut bouche à cour y reçut des gages, et tint tous les ecclésiastiques du palais sous sa juridiction. Les grands vassaux imitèrent le roi , les vassaux de second ordre imitèrent leurs suzerains , et le nombre des chapelles et des chapelains s'accrut rapidement.
Mais ces ecclésiastiques qui, en vertu de leurs fonctions , habituent des pa*
ln i s ou des châteaux , et se trouvaient toute la journée en la compagnie des rois et des grands, excitèrent bientôt, à un haut degré, la jalousie de leurs confrères, et Wala, abbé de Corbie , leur reprocha de n'appartenir en rien à l'Église , de ne servir que pour la parade , de n'avoir en vue que le lucre et les vanités du monde, de ne vivre ni sous la règle monastique, ni sous l'autorité épiscopale. Quoi qu'il en soit, fondés ou non , ces reproches ne détournèrent personne d'une carrière qui conduisait aux dignités religieuses quand on ne les possédait pas , et au pouvoir temporel quand on n'avait plus rien à attendre de l'Eglise.
Les chapelains tinrent longtemps à honneur de faire usage du privilège qui leur avait été accordé par Charlemagne de porter les armes; et, dans les cérémonies importantes , encore
3u'ils n'eussent point de reliques à éfendre contre 1 ennemi , ils ne manquaient pas de s'en prévaloir. Voici une anecdote qui le prouvera :
Depuis un temps immémorial , il «tait d'usage à Toulouse de faire souffleter un juif par un chrétien , le dimanche de Pâques , sous le porche de la cathédrale , en punition des outrages que ses ancêtres avaient faits à Jésus-Christ. L'an 1018, le vicomte Aimery de Rochechouart étant venu Jaire ses pâques à Toulouse , le clergé toulousain délégua par civilité à Hugues, chapelain de ce seigneur, l'ofûce de souffleter le juif : Hugues s'en acquitta avec tant de dévotion et de vigueur, qu'il lit sauter, avec son gantelel de fer, les yeux et la cervelle du patient, et le renversa roide mort sur le pavé.
Les chapelains , jusqu'au milieu du quatorzième siècle, furent chargés de la garde des reliques. Mais quand on cessa de les porter à la téte des armées , leurs fonctions perdirent de leur importance. Le chapelain du roi lui-même perdit de la considération dont il avait joui jusqu'alors ; il fut remplacé par l'aumônier, et tomba dans les rangs du clergé subalterne, dont jusqu'alors il avait été le chef.
On appelle chapelains aujourd'hui , des ecclésiastiques qui desservent des chapelles publiques ou privées, dans lesquelles on ne peut célébrer ni baptêmes, ni mariages, ni enterrements, sans l'autorisation du curé de la paroisse dans la circonscription de laquelle elles se trouvent.
Chapelain (Jean), critique et poète, l'un des premiers membres de l'Académie française et de celle des inscriptions et belles-lettres , naquit à Paris, le 4 décembre 1595. Son père, qui était notaire au Châtelet, lui destinait sa charge ; mais sa mère ambitionnait pour lui les palmes de Ronsard. Au sortir du collège de Cal vi, où il avait fait ses études de latin et de grec, il parut un moment douter de sa vocation, et il se mit à étudier la médecine. Mais il quitta bientôt cette étude pour enseigner l'espagnol, et entra enfin chez le marquis de la Trousse, grand prévôt de France, en qualité d'instituteur des fils de ce seigneur. Leur éducation terminée au bout de dix-sept ans, il fut chargé de la gestion des affaires de la famille, et écrivit, au milieu de ces soins, une traduction du roman espagnol de Gusman d Alfarache. Le cavalier Marin I vint, en 1623, faire imprimer à Paris son poème de VJdone ; Chapelain fut chargé d'en composer la préface. Ce morceau , qui le fit connaître de Richelieu, est, du reste, assez faible, écrit d'un style ampoulé, et rempli d'éloges sans" restriction , que n'a point sanctionnés le jugement de la postérité, Chapelain était pourtant homme de sens , sinon homme de génie, et il contribua par ses efforts à ramener les auteurs français à une plus stricte observance des règles de la littérature dramatique. Il fut un des premiers membres de cette société d'hommes de lettres qui, plus tard, devint l'Académie française; et ce fut lui, suivant Pélisson, qui détermina ses collègues à accepter les propositions du cardinal. Dans I opinion qu'il rédigea lorsqu'il s'agit d'ériger la société en corps , il exposa ■ que « l'objet de ses travaux devait être
* de travailler à la pureté de no- malgré les six éditions qu'il eut en
« tre langue , et de la rendre capa- dix-nuit mois , causa bien des désap-
« ble delà plus grande éloquence ; que, pointements. Les épigrammes assafl-
. pour cet effet, il fallait premièrement lirent de toutes parts le poëte. Boileail
« en régler les termes et les phrases et ses amis imaginèrent de s'imposer
«par un ample dictionnaire et une la pénitence de lire quelques pages
n grammaire fort exacte. » Quelques de (a Pucelle , chaque fdis qu'il leur
traits du plan qu'il traça du premier échapperait une faute de français,
de ces deux ouvrages nous semblent Pour consoler le pauvre auteur, le
assez remarquables pour être indiqués duc de Longueville, qui avait accepté
en passant. Il proposait de grouper la dédicace de son poëme, doubla la
après chaque mot simple, c'est-à-dire pension de mille écus qu'il lui avait
radical , tous ses composés , ses déri- faite pendant toute la durée du travail,
vés ses diminutifs , etc. Une table al- Chapelain n'a fait paraître que douze
phabétique devait être placée à la fin chants , c'est-à-dire, la moitié seule-
pour la facilité des recherches. Il vou- ment de son œuvre. On peut voir à la
lait encore qu'on ôtiU de l'orthogra- bibliothèque royale le manuscrit des
phe toutes les superfluités qui pou- douze autres. Dans la préface de cette
vaient en être retranchées sans con- seconde partie, il se plaint fort aine-
séquenee, et conseillait de compléter, rement des critiques dont sa poésie
par une rhétorique et une poétique, la a été l'objet, et finit en déclinant a
série des publications de l'Acadé- peu près le jugement de ses contem-
mie. Quand celle-ci eut été déûniti- porains. Cette préface inédite est peut-
vement instituée, il prit la plus grande être ce que Chapelain a jamais écrit de
part à la rédaction de ses statuts. Plus mieux.
tard il se trouva l'un des commissai- Au milieu des sentiments fades ,
res chargés de l'examen du Cid, et ce des expressions barbares, des fatigan-
fut lui qui écrivit les sentiments de tes descriptions , qui ont fait condam-
l' Académie sur l'œuvre de Corneille, ner la Jeanne d'Arc de Chapelain, on
Tout entier aux lettres, il refusa, en est étonné de rencontrer ça et là de
1G32, le poste de secrétaire d'ambas- véritables inspirations. Il rend de la
s ide que lui proposa le comte de manière la plus heureuse 1 etfet de I e-
pioaiiles , ambassadeur à Rome. Il en loignement progressif du paysage der-
fut dédommagé par le cardinal, qui lui rière une barque qui descend la Loire:
assigna , avec le titre de conseiller du ckinon baisic. décrois,
roi en 'ses conseils, une pension de s«.ioigtic, w blanchi t.»'efrace et disparout. »
mille écus. Chapelain, de son côté, se H lui échappe même parfois de courtes
montra reconnaissant de ces faveurs ; tirades qui ne manquent ni de verve
il composa à la louange de son protec- ni de nombre. Nous citerons son inteur une ode dans laquelle Boileau vocation :
vovait , dit-on , quelques beautés , et . Arow de, prtn\mn TOrp,f ^rc% de numamb, oui ne nous paraît remarquable que par Messager» des décrets de régence infini*.
" n ». ■ „ m/iciieo <»t un fit vif» Légion qui suvvés l'éternel eslendard,
une flatterie sans mesure, et un si) le jjs j Rrand tmnét mam a grtnde ^ , alternativement bas et ampoule, vjuoi cabrés, «»cc moi, i* guerrière houlette.
nij'il en SOit il devint bientôt l'ora- faites prendre, ma yoïi l'éclat de la trompette.
cle des écrivains. Racine qui quelque- SttTJSS ?
fols le consulta, obtint par lui une ' . . ta .
Dension de six cents livres. Chapelain La mission que Chapelain reçut en mit vingt ans à travailler son grand 1662 de Colbert, de dresser la liste des iMcme de la Pucelle, ou la France savants et des littérateurs, tant etrandclwrèe. Le plan en prose en avait gers que nationaux, gui devaient avoir paru fort beaù. Prôné longtemps d'à- part aux libéralités du roi , augmenta lance comme un chef-d'œuvre, l'ou- le nombre de ses ennemis. A I appui vrage vit enfin le jour en 1656, et, de sa liste, il présenta a son Mécène
604 CHA L'UNIVERS. cha
de curieuses notices, oui nous ont été conservées dans un volume de Mélanges de littérature tirés de ses lettres manuscrites, et publié en 1726. Corneille y obtient quelques éloges entre Scudéri et Cassaigne! Quant aux faveurs dont il jouissait lui-même, elles lui avaient été accordées comme • au « plus grand poëte qui eût jamais été, « et du plus solide jugement. » Chapelain joignait, chose assez étrange, a un grand fonds d obligeance un amour excessif de l'argent. On le voyait, pour cacher le mauvais état de son habit , porter un manteau au cœur de l'été.
Il mourut en 1674, à l'âge de soixante et dix-neuf ans , d'une oppression de poitrine, suite d'un refroidissement.
On trouva entassés chez lui cinquante mille écus. Aux ouvrages que nous avons indiqués , il faut ajouter quelques odes et une paraphrase du Miserere imprimée en 1636.
Chapelet. — Suivant ['Histoire ecclésiastique de Fleury , les moines furent , au onzième siècle , les inventeurs du chapelet. Lorsqu'on attacha des frères lais ou laïques au service des maisons religieuses, on les assujettit à réciter, à chacune des heures canoniales , un certain nombre de pater. Pour qu'ils s'en souvinssent , on imagina de leur faire porter une suite de grains enlilés qui devaient leur rappeler ce devoir, et le nombre de fois qu'ils av aient à le remplir dans la journée. Cette origine du chapelet n'est pas cependant tellement admise, que d'autres écrivains ne l'attribuent au célèbre Pierre l'Hermite, prédicateur de la première croisade. Quoi qu'il en soit de ces deux versions, il est de fait que l'usage de porter et de réciter le chapelet, dont les hommes d'église furent certainement les auteurs et qu'ils empruntèrent peut-être à l'Orient, passa de ceux-ci aux gens du monde , et donna naissance à la profession des patenôtriers , qu'Étienne Boileau soumit à des règlements. Les uns et les autres portaient leurs chapelets pendus à la ceinture. Ceux des religieux étaient simples , ceux des personnes du monde étaient d'or, d'argent, do
corail, de perles, de jais, etc. , ce que le prédicateur Olivier Maillard censurait amèrement, comme chose de luxe bien plus que de dévotion. Les prostituées portaient elles-mêmes des chapelets de prix , que les agents du prévôt de Paris ne manquaient pas de leur saisir, avec les ceintures auxquelles ils étaient suspendus, quand celles-ci étaient dorées, argentées ou brodées, en infraction aux ordonnances. En 1450 , on saisit sur une femme publique d'extraction noble, avec un Agnus Dei d'argent et des heures à femmes , un Pater noster (un chapelet) en corail.
A partir de la réforme, le chapelet devint le signe de reconnaissance des catholiques. Dans le temps de la ligue, les jésuites de la rue Saint -Jacques à Paris, qui en étaient les partisans les plus zélés, avaient fait de leur maison un foyer de fanatisme et de sédition, et y attiraient les hommes crédules et ignorants, dont ils faisaient des instruments de trouble.
A cet effet, ils avaient institué une confrérie ou congrégation , dont chaque affilié était tenu de réciter journellement les prières indiquées par son chapelet , et de le porter au cou. Ce signe extérieur servait aux confrères à se reconnaître. Tous les dimanches , les seize chefs de quartier qui gouvernaient alors Paris, l'ambassadeur d'Espagne, le légat du pape, les curés et les religieux les plus exaltés, Se réunissaient, dans unechapelle haute de la maison des jésuites, aux hommes du peuple qu'ils avaient séduits; là, il se prononçait un discours dans lequel était accumulé tout ce qui pouvait avoir pour résultat de maintenir le public dans un état d'exaltation fanatique. Après ce discours, le peuple était congédié, et les chefs, parmi lesquels était le curé François Pigenat, qui , le 14 février 1589 ,* figura dans une procession tout nu , et sans autre voile qu'une guilbe (guimpe) de toile blanche , discutaient les affaires de la sainte ligue.
Le pape prodigua aux confrères du chapelet les trésors inépuisables dont
CHA
il dispose ; il les gratifia de neuf vingt mille ans et neuf vingt mille quarantaines d'indulgences , et de la rémission de tous leurs péchés au moment de la mort. Tout bon ligueur devait être de cette confrérie , et porter ostensiblement son chapelet en guise de collier, témoin ces deux vers du temps :
Qui n'a de chapelets au cou Mérite d'y avoir un licou.
Henri III et ses mignons , afin de prouver ostensiblement leur attachement à la véritable doctrine, portaient à la ceinture des chapelets ornés de petites têtes de mort sculptées en ivoire. Ia dimanche 26 septembre 1621 , des protestants qui revenaient de Charenton , où ils avaient été assister au prêche , furent assaillis, sous prétexte de religion, par une troupe de vagabonds et de voleurs armes, qui, dépouillant violemment les hommes de leurs manteaux , sous prétexte de s'assurer s'ils portaient des chapelets et étaient catholiques , leur enlevaient leurs bourses. La même minée, un nommé Fontenay, pendant une guerre contre les protestants, proposa à Louis XIII un moven infaillible, selon lui, de prendre les places de la Rochelle et Montauban , que ceux-ci possédaient. Ce moyen consistait à affilier toute l'armée royale à la confrérie du Rosaire, à obliger chaque officier et chaque soldat de porter un chapelet bénit par un religieux jacobin, et d'en réciter les prières. L'auteur de cette belle invention, dont jamais général d'armée ne s'était avisé jusque - là , voulait que les chapelets des officiers fussent plus riches que ceux des soldats ; à tout seigneur , tout honneur; « il seroit à propos, di- « sait-il, que Votre Majesté fit donner « à chaque soldat un chapelet de deux « sous, enfilé de fil ciré ou de corde à « boyau ; et aux chefs et qualifiés , • Votre Majesté en donneroit de sa « propre main qui seroient de plus « haut prix. » Jamais on ne croirait à une pareille extravagance , si elle n'avait été imprimée sous le titre de :
Advis au roi pour facilement pren-
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dre Montauban, la liochelle et autres villes, Paris, 1622, pag. 10.
L'usage de porter des chapelets se perdit insensiblement chez les laïques; mais il se maintint chez les religieux. Les sœurs de charité et les membres de quelques congrégations de femmes le portent encore aujourd'hui. Les gens de la campagne, particulièrement les femmes et les vieillards, ont aussi constamment un chapelet dans leur
fioche, afin d'en réciter les prières à 'église , quand ils ne savent pas lire, ou le long de leur chemin , lorsqu'ils font seuls, à pied, une marche de quelque durée. Ils appellent encore cette occupation pieuse, dire ses patenôtres. Lorsque le pape Pie VII vint à Paris en 1803 pour sacrer l'empereur Napoléon, un homme bien avisé acheta à bas prix tous les chapelets qui étaient alors relégués dans les greniers des marchands bimbelotiers , et les revendit ensuite aux dévots , avec uu grand bénéfice, comme ayant été bénits par le saint-père. Le chapelet entoure encore l'ecusson de plusieurs .
prélats et gens d'Kglise , comme signe de leur dignité.
Il existe encore dans quelques villages des confréries du chapelet ; mais elles n'ont plus le caractère séditieux des confréries de la ligue, car les temps ont changé et les jésuites ne les président plus.
Chapelier (voy. le Chapelier).
Chapeliers de feutre. — Quand l'Assemblée constituante abolit les jurandes et les maîtrises , la communauté des chapeliers de feutre , ou simplement des chapeliers , datait déjà de 1578. Ses statuts furent plusieurs fois modifiés ; et , au moment de la révolution , elle était gouvernée par quatre jurés. Pour être admis a la maîtrise, il fallait avoir fait cinq ans d'apprentissage , quatre ans de compagnonage , et présenter un chef-d'œuvre , formalité dont les fils de maître étaient seuls exempts. Les chapeliers se divisaient à Paris en quatre classes . ne formant toutefois qu'une seule corporation , et vivant sous le même régime. Ces quatre clas-
FRANCE
( Il A
L'UNIVERS
(HA
ses étaient celles des maîtres fabricants , des maîtres teinturiers , des maîtres marchands en neuf , et des maîtres marchands en vieux. Quand l'usage des chapeaux fut générai, la chapellerie devint une branche d'industrie et de commerce fort importante, notamment à Paris et à Lyon.
Pour en favoriser l'accroissement, et en tirer quelque revenu dont profitât le trésor royal, un arrêt du conseil, en date du 18 avril 1734, fixa un droit d'entrée sur les chapeaux venant de l'étranger, et un droit de sortie pour les chapeaux de fabrique française.
Aujourd'hui la profession de chapelier est libre comme toutes les autres, et elle se divise encore en quatre branches , qui sont à peu de chose près celles d autrefois.
Chapelle du roi. — Depuis la fin de la première race, les rois de France ont toujours eu auprès de leur personne des ecclésiastiques chargés de célébrer pour eux l'office divin. Ces ecclésiastiques portaient le titre de chapelains , et composaient ce qu'on appelait la chapelle du roi. Sous la deuxième race , leur chef prit le titre d'archichapelain ; son autorité était la même , pour le spirituel , que celle du comte du palais pour le temporel ; et l'on peut juger de l'importance de cette charge par le rang des personnages qui l'occupèrent. Rien n'est plus ordinaire que de voir dans des chartes ou des diplômes du commencement dé la troisième race , le nom de l'archichapelain du roi parmi ceux des plus grands seigneurs du royaume.
Dans un état de la maison de Philippe le Bel , de l'an 1286 , les chapelains sont compris , avec le grand maître d'hôtel , le maître de la chambre aux deniers, le confesseur et l'aumônier, au nombre des grands officiers qui avaient droit à un logement dans l'hôtel du roi.
Au temps où les rois de France se bornaient a entendre , les jours ordinaires , une messe basse dans leur oratoire , ils ne manquaient jamais d'assister, les dimanches et les fêtes , à l'office divin que l'on célébrait dans
leur chapelle. Pour donner à la eéle bration de cet office plus de pompe et de majesté, François Ier établit , en 1543, un corps de musique et un corps de plain-chant, placés chacun sous uti chef différent , appelé , le premier , maître de la chapelle-musique , et le second , maître de la chapelle-plainchant. Ce dernier ayant été supprimé en 1585 par le roi Henri III, le corps de plain-chant fut réuni au corps de musique , qui , par là , se trouva composé des chantres, des musiciens , et des ecclésiastiques destinés à célébrer l'office ou à servir à l'autel. La charge de maître de la chapelle - musique avant été pareillement supprimée par édit du mois d'août 17GI , tous les chantres et musiciens furent mis sous les ordres des premiers gentilshommes de la chambre , et assimilés ainsi aux comédiens. Quant aux ecclésiastiques destinés à célébrer l'office ou à servir à l'autel, ils passèrent sous ceux du grand aumônier, qui eut , de plus, autorité sur les chantres et musiciens, les jours que Ton appelait de grande chapelle, c'est-à-dire, les jours où l'office auquel le roi assistait était chanté en musique.
Cette institution éprouva encore dans la suite plusieurs modiGcations; enfin , en 1772, la chapelle du roi se composait du grand aumônier de France qui en était le chef, de huit aumôniers de quartier, d'un aumônier ordinaire, de huit chapelains de quar tier, d'un chapelain ordinaire, de huit clercs de chapelle par quartier, et d'un clerc de chapelle ordinaire. Louis XV i réduisit, par esprit d'économie, le nombre de ces officiers , qui furent enfin supprimés à la révolution avec le reste de la maison du roi.
Napoléon , devenu empereur , se créa aussi une chapelle ; mais les officiers qui la composaient étaient eu petit nombre : c'étaient le grand aumônier , six aumôniers ordinaires , dont un portait le titre de premier aumônier, deux chapelains et un maître de cérémonies. Ix>uis XVIII rendit à la chapelle du roi son ancienne splendeur ; il la reconstitua telle qu'eik
existait en 1772, et y ajouta un premier aumônier, un confesseur et deux sacristains. Tout ce personnel se dispersa à la révolution de juillet, et depuis il ne s'est plus réuni, Louis-Philippe n'ayant point encore formé de chapelle.
Outre la chapelle du roi , il y avait encore à la cour, avant la révolution, une autre chapelle destinée aux officiers du palais. Les prêtres qui composaient cette chapelle étaient le confesseur et le prédicateur de la maison du roi, et les chapelains de Saint - Roch au nombre de quatre, appelés aussi aumôniers du commun.
Ces divers ecclésiastiques étaient payés au moyen d'une retenue faite sur les gages des officiers du palais , et ils avaient en outre bouche à la cour. Les charges des chapelains de Saint-Roch étaient vénales ; supprimées à la révolution , elles ne furent point rétablies sous la restauration.
Chapelle la Reine (la), ancienne seigneurie du Gatinais français (aujourd'hui département de Seine-et- Marne), à 16 kil.de Fontainebleau, érigée en marquisat en 1680.
Chapellb ( Claude - Emmanuel Lhuillier) naquit au village de la Chapelle Saint-Denis, près Paris, d'où lui vint le surnom qu'il a gardé. C'était le fils naturel de François Lhuillier, maître des requêtes à Paris et conseiller au parlement de Metz, qui le fit légitimer en 1642, et l'éleva comme son héritier. Gassendi, qui fréquentait la maison du conseiller, donna au jeune homme des leçons de philosophie auxquelles prirent part Molière et Bernier. A la mort de son père, arrivée en 1652, Chapelle se trouva à la téte d'une fortune considérable, et se livra sans réserve à son penchant pour le plaisir et l'indépendance, deux passions qui formaient le fond de son caractère. Le grand monde l'accueillit bien , de grands seigneurs le recherchèrent; mais il ne put jamais sacrifier à ses engagements avec la haute société une heure du plaisir qu'il trouvait avec ses égaux ou ses inférieurs.
Vivement pressé par le duc de Brissac d'aller passer quelque temps avec lui à Brissac, sur les bords de la Loire, Chapelle y consent, et part avec lui.
En passant à Angers, il va demander à dîner à un chanoine de ses amis. Là, en feuilletant un vieux Plutaraue, il tombe sur un chapitre intitule: Qui suit les grands, serf devient. Il court aussitôt chez le duc de Brissac pour s'excuser de l'accompagner plus loin , et, mettant Plutarque en avant, il
Parvient à se dégager sans rompre, me autre fois , Te prince de Condé l'invite à dîner. En attendant l'heure du repas, Chapelle fait un tour de promenade et rencontre des joueurs de mail qui le prennent pour arbitre sur un coup douteux. Il prononce , et satisfait tellement tous les joueurs , qu'ils le retiennent et l'invitent à dîner. Cette invitation lui fait oublier celle du prince, près duquel il s'excusa ainsi : « En « vérité , monseigneur, dit-il , c'étaient « de bien bonnes gens , et bien avisés à « vivre, que ceux qui m'ont donné à sou- « per. » Chapelle fut ami de Racine, à qui il donna plusieurs fois d'excellents conseils. Il le fut aussi de Molière, son ancien condisciple , qu'il aida dans la composition de quelques-unes de ses comédies. Cette collaboration, toutefois, était assez bornée, et ne dura pas longtemps, s'il faut en croire le trait suivant. Molière, pressé pour sa pièce des Fâcheux, chargea Chapelle de lui faire la scène de Caritidès. Celle qu'il apporta était si mauvaise , que Molière le menaça de la montrer à tout le monde, s'il laissait encore croire qu'il travaillait à ses pièces. En effet, la composition d'une scène devait être au-dessus de Chapelle. Un trait joyeux, une situation bouftbnue, voilà tout ce qu'il pouvait offrir au grand écrivain. Ses qualités propres, il les a réunies dans l'œuvre qu'il a faite avec Bachaumont (voy. ce nom), fils, comme lui, d'un homme de robe; oeuvre, dit Voltaire, pleine de naturel, de facilité, d'enjouement et d'esprit,
Qui do plus charmant badinage Est la plus ebannaute leçon.
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L'UNIVERS
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Entièrement livré au plaisir, Chapelle ne pouvait traiter la littérature plus sérieusement qu'il ne Ta fait dans son f'oyaqe. Un jour Roileau, le rencontrant dans la rue, le priait de mettre au moins dans les vers où il chantait le plaisir, du respect humain.
«J'ai résolu de me corriger, dit Cha- « pelle; je sais la force de vos raisons; « pour achever de me persuader , en- « trons ici , vous me parlerez plus à « votre aise. » Il le fait en même temps entrer dans un cabaret , demande une bouteille de vin , puis une autre, et Boileau , toujours préchant , toujours buvant , finit par s enivrer lui-même.
Au reste, la grande affaire pour Chapelle fut de bien vivre; et il a donné assez bien l'idée et l'exemple de son genre de talent dans ces petits vers adressés par lui à Roileau, qui lui avait reproché sa négligence :
Tout bon fainéant du Marais Fait des vers qui ne coûtent guère.
Pour moi c'est ainsi que j'en fais ; Et si je les voulais mieui faire.
Je les ferais bien plus mauvais.
Mais pour notre ami Despréanx Il en compose des plu* beaux.
Il mourut à Paris en 1686, âgé d'environ 70 ans. Ses poésies ont été recueillies avec celles de Bachaumont.
Chapebon, vêtement et coiffure.
La partie supérieure de la chape se composait, dans l'origine, d'un capuchon qu'on rabattait pour se garantir du froid ou de l'humidité. Plus tard , on diminua de beaucoup la largeur et l'ampleur du manteau auquel était attaché le chaperon, et on en fit un vêtement distinct de la chape, destiné à couvrir la tête et les épaules. Plus tard encore, on retrancha du chaperon ce qu'on y avait laissé de la chape, et on le réduisit à ne plus être qu'une coiffure, que dans la suite on appela chapeau. Après sa première transformation, ce vêtement était de velours ou de drap , suivant les conditions. Le chaperon des personnes titrées était large , garni de fourrures et orné de broderies; celui aue portaient les gens d*i peuple était étroit, sans fourrures et «ans broderies. La couleur et les ornements servaient, eu temps de
commotions populaires , à distinguer les partis. (Voy. Capuctès et Chaperons blancs). Quelquefois cette coiffure était de couleurs variées. On lit dans Pasquier,que «Charles V, peu- « dantla prison du roi Jean, son pere, « étant régent sur la France, eut peine « à se garantir de la fureur des Pari- « siens, pour un décrit des monnaies « qu'il avait fait faire , et qu'il eust « esté en très-grand danger de sa per- « sonne, sans un chaperon mi-parti de « pers et rouge que Marcel, lors prevost « des marchands, lui mit sur la teste.» Le chaperon, défendu en 1415eten 1419 aux femmes de mauvaise vie, continua à être en usage jusqu'au temps de Charles VII. Ce prince ayant, en 1449, repris la ville de Rouen sur les Anglais, ordonna que les hommes de toutes classes portassent sur la robe on le chaperon , la croix blanche qu'il avait tait récemment broder sur ses enseignes. Les grands seigneurs et le
Cple portaient alors des chaperons à gue queue , semblables à ceux que l'on vit jusqu'à la révolution de 1789 dans les cloîtres , et tels que les autrui sses dont les ecclésiastiques se revêtent encore de nos jours dans qud-
3 ues cérémonies religieuses. Cepenant l'usage des bonnets et des chapeaux, qui devint insensiblement plus général, fit enfin disparaître le chaperon ; et l'on ne conserva de cette coiffure que la queue, qui se jetait sur les épaules, que l'on quittait et reprenait à volonté, et qui longtemps garda mal à propos son ancien nom. Du temps de Pasquier, les gens du palais et les maîtres es arts portaient, avec leurs bonnets ronds sur la tête, le nouveau chaperon sur les épaules. Ils l'ont quitté depuis, et il n'est plus question nulle part aujourd'hui de ce vêtement, qui date de si loin, et qui a eu tant de fortunes diverses.
Chapebon (Nicolas), peintre et graveur, né à Châteaudun en 1596, étudia d'abord la peinture, dans l'atelier de Vouet, puis se livra à la pratique de la gravure et se rendit à Rome, où il grava et publia, sous le titre de Bible de Raphaël, les loges du Vati-
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can. S'il ne sut -point donner à ses figures toute la beauté qu'on remarque dans les originaux, il mérita du moins l'estime des connaisseurs par un grand travail, une belle exécution et un dessin assez correct. De retour à Paris, Chaperon continua à se livrer à la pratique de son art, et il publia successivement plusieurs gravures qui sont justement appréciées des connaisseurs. Il mourut a Paris en t647.
Chaperons blancs. — Le chaperon blanc était regardé, au quatorzième siècle, ainsi que le fut, à la (in du dixhuitième, le bonnet rouge , comme un symbole d'affranchissement. Les Flamands, révoltés contre leur comte, avaient adopté cette coiffure pour .signe de ralliement. Aussi sont-ils ordinairement désignés chez les historiens du temps, -uxquels nous devons le récit de la guerre qu'ils soutinrent pour le maintien de leur indépendance, par l'expression de blancs chaperons.
Les Parisiens les imitèrent lorsqu'ils se soulevèrent, en 1382, pour résister aux exactions des oncles de Charles VI ; et l'on a aussi donné quelquefois le nom dt- chaperons blancs à ceux qui prirent part à ce soulèvement. Mais la dénomination de maillot ins est celle sous laquelle ils sont le plus généralement connus. (Voyez Maillotins.)
Enfin, on'a encore désigné quelquefois par l'expression de chaperons blancs la faction des cabvehiens ou des Bourguignons, qui fut toute-puissante à Paris pendant la démence de Charles VI. Les membres de cette faction portaient en effet, comme signe de ralliement , l'ancien symbole de la liberté, le chaperon blanc, dont ils revêtirent le roi lui-même, le 18 mai 1413, pendant une procession qu'il avait ordonnée, pour le rétablissement de sa santé, durant un de ces intervalles lucides que lui laissait quelquefois sa folie.
Les confrères de la paix, dont nous avons parlé à l'article Capuciks, et qui, vers 1182, formèrent en Auvergne une association qui avait pour but de s'opposer aux horribles brigandages
exercés par les routiers dans le Midi de la France, sont quelquefois appelés chaperons blancs, parce qu'ils portaient sur leurs vêtements un large surtout blanc , taillé à la façon des sea* pulaires des moines, et auquel ou donnait indifféremment les noms de capuce ou chaperon.
Chapitre , capilulum. — Ce nom , qui a plusieurs acceptions, ne peut être considéré ici que sous une seule, celle où il signifie 1 assemblée des différents membres d'une congrégation ou d'un ordre religieux. Ces assemblées sont ou temporaires ou permanentes ; dans la première de ces deux catégories , se placent naturellement les chapitres des différents ordres monastiques, lesquels se réunissent périodiquement et à des époques plus ou moins rapprochées, pour traiter de leurs affaires les plus importantes, et procéder à l'élection de leurs principaux dignitaires. Ces assemblées , qui étaient assez fréquentes avant la révolution, et qui , à cause du grand nombre des personnes qui y assistaient, étaient toujours un événement important, sont rares aujourd'hui , et n excitent plus l'attention publique.
Les chapitres permanents sont ceux des églises cathédrales et collégiales, et leurs membres sont connus sous le nom de chanoines. Il fallait autrefois réunir certaines- conditions pour être admis dans ces chapitres ; et l'on ne pouvait être reçu dans quelques-uns sans faire preuve d'une noblesse trèsancienne ; tels étaient ceux de Strasbourg et de Lyon.
Tous ces chapitres furent supprimés
fiar la constitution civile du clergé ; et ors de la réorganisation du culte catholique en France , on ne rétablit que les chapitres des cathédrales pour la splendeur du culte et pour le gouvernement des diocèses, pendant la vacance du siège épiscopal.
Quant aux chapitres des églises collégiales , dont Boileau disait, au siècle de Louis XIV ,
Ces pient Fainéants faisaient chanter matines , Veillaient a bien diner, et laissaient en leur lien A des chantre» gagé» le tom de prier Dieo ,
ils n'ont point été rétablis , et il n'en existe plus en France, à moins que Ton ne considère comme chapitre de collégiale le chapitre royal de Saint- Denis.
Chapon (vol du). — On appelait ainsi, dans l'ancienne jurisprudence, une certaine étendue de terre située autour d'un manoir féodal ou maison noble , et qui égalait à peu près la portée du vol d'un chapon. C était , avec le manoir, ce qui revenait de droit, dans le partage des biens , à l'aîné de la famille.
Cu appe (Claude) , né , en 1 765, dans le département de la Sarthe. La découverte de l'art télégraphique est, sans contredit, Tune des plus ingénieuses des temps modernes. La première idée du télégraphe appartient au célèbre physicien Amontous; mais cette idée était encore à l'état de théorie, et elle était loin d'être réalisée, lorsque Chappe parvint à la mettre en pratique. Plusieurs savants s'étaient vainement occupés de la solution du problème. Chappe ne se laissa pas effraver par l'inutilité de leurs efforts; et'il trouva enfin , après de longues recherches, son ingénieux système. Le premier essai qu'on en fit se trouve lié, dans l'histoire de la révolution , à un fait d'armes glorieux pour la France : la reprise de la ville de Condé sur les Autrichiens en 1793.
La Convention était en séance lorsque , quelques instants après cet heureux événement, elle en reçut la nouvelle par le moyen du télégraphe. Dans sa reconnaissance , elle, donna aussitôt à l'inventeur de ce moyen de communication si rapide le titre d'ingénieur télégraphe. Chappe eut ensuite à défendre ses droits au titre d'inventeur du télégraphe, contre les réclamations de Breguet et Béthancourt. Depuis, ses titres ont été de nouveau* constatés; et Ton ne peut plus désormais lui refuser la gloire d'avoir fait cette belle découverte. Mais la douleur qu'il éprouva en se la voyant contestée fut si vive qu'elle le conduisit au tombeau le 25 janvier 1805. La Convention l'avait chargé de construire trois lignes.
télégraphiques. Deux de ses frères qui avaient travaillé avec lui lui succédèrent; l'un avait été, en 1791, député à l'Assemblée nationale ; l'autre est aujourd'hui inspecteur général des télégraphes. (Voyez Télégraphe.)
Chappes , petit village situé sur la rive gauche de la Seine, à 8 kil. de Bar-sur-Seine ( dén. de l'Aube ), est mentionné dans l'histoire dès l'année 752; et saint Loup, abbé de Ferrières, nous apprend, dans une de ses lettres, que, vers 870, il fut obligé de fuir devant les Normands qui menaçaient de remonter la Seine jusqu'à Chappes.
Les anciens seigneurs de Chappes étaient les plus puissants de la province; membres du conseil des comtes de Champagne, ils siégeaient, ara assemblées des grands jours , à côte des sires de Joinville et de Brienne.
En 1429, le château, alors possède par Jacques d'Aumont, allié des Anglais, soutint un siège à la suite duquel il fut pris et uYtruit par le duc de Bar. Quelque temps après, Chappes fut repris par les Anglais, qui en furent délogés une seconde fois par Barberey en 1431.
Chappes (combat de). — En 1430, le brave Barbazan , nommé par Charles VII capitaine de la province de Champagne, enleva successivement aux Bourguignons , Sens , Villeneuve - le- Roi , Pont-sur - Seine , et vint mettre le siège devant la forteresse de Chappes. Le sire d'Aumont s'v maintint vaillamment pendant | > sieurs semaines; enfin il envoya demander des secours au conseil de Bourgogne ; et le maréchal de Toulon^con vint à son aide avec la fleur de la noblesse de cette province. Barbazan ayant, après de longs délais, trouvé une occasion favorable , engagea la bataille et mit les ennemis en déroute.
La garnison tenta inutilement de les secourir. Le sire d'Aumont lui-même fut pris, et le château tomba aux mains de Barbazan.
Chappbon aye (J. Chenel , sieur de la), gentilhomme breton, né vers la fin du seizième siècle, descendait du célèbre Jean de Beaumanoir. Il visita
en a
une partie de l'Europe, et, à son retour en France , il lit imprimer : les Révélations de rermite sur l'état de la France K 1617, in-8°, fig., rare. Ce livre est très-singulier: l'auteur y prétend réformer l'usaçe du duel ; et , pour parvenir à ce but, il propose l'établissement d'un ordre de chevalerie dont tous les membres, bons gentilshommes , braves et adroits aux armes , feraient vœu de ne jamais accepter de cartel , et de poursuivre les duellistes connus. Louis XIII lui permit de porter la marque distinct! ve de cet ordre, qui consistait en une croix émaillée de rouge , représentant , d'un côté , l'effigie de saint Louis, et, de l'autre, celle de sainte Madeleine. « J'offre le « combat , disait au roi le fondateur, •> contre celui qui voudra tenir le parti « du duel (seul à seul , les armes à la « main , en la place qu'il vous plaira «nous ordonner), afin de maintenir « que le duel est une action indigne « d'un homme de bien et d'honneur , « d'un fidèle François et d'un homme « de courage. » l!es statuts de cet ordre, dont la Chappronaye paraît avoir été le seul membre , ont été imprimés à Nantes en 1614.
i Ch appuis (Claude), poète du seizième siècle, valet de chambre, puis bibliothécaire de François Ier, passa sa vie à la cour de ce prince et de ses premiers successeurs. Il consacra son talent pour la poésie à faire l'éloge de ses protecteurs , auxquels il fut peutêtre redevable de la réputation dont il jouit, aussi bien que de sa fortune.
Quoi qu'il en soit, les éloges de Marot n'ont pu garantir ses ouvrages de l'oubli où ils sont maintenant plongés, et dont il faut avouer qu'ils sont dignes à tous égards.
Chaptal (Jean- Antoine-Claude) , comte de Chanteloup, né, en 1756, a Nojaret , département de la Lozère , se lit un beau nom dans la science et dans la politique. Non-seulement il fut l'un des plus grands chimistes et l'un des plus habiles administrateurs qui aient honoré la France, mais il sut encore, par la loyauté de son caractère, se concilier "l'estime de tous les
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artis; privilège bien rare, surtout à
époque où il vécut.
Après avoir achevé ses études classiques aux collèges de Mende et de Rnodez , le jeune Chaptal fut envoyé chez un de ses oncles , qui exerçait la médecine à Montpellier. Pevre enseignait alors la chimie au jardin des plantes de cette ville; ce fut à ses leçons que Chaptal puisa les premières notions de cette science qui devint dès lors un des objets favoris de ses études. Reçu docteur en 1777, il vint bientôt après à Paris, où la société de Lemière, Roucher, Cabanis, Delille, Fontanes, etc., réveilla en lui, sans diminuer sa passion pour les sciences naturelles , le gout de la littérature et de la philosophie. Il retourna, en 1781, à Montpellier, où une chaire de chimie fut fondée pour lui par les états du Languedoc. Il y développa avec un grand talent la théorie de Lavoisier, qui commençait dès lors à s'élever sur les ruines du système de Stahl ; et il s'attacha surtout à donner à son cours une utilité pratique, en indiquant une foule d'applications de la chimie aux diverses branches de l'industrie et des arts; et il acquit bientôt une telle réputation , que toutes les fois qu'il s'agissait de commerce, d'arts ou d'agriculture, les états du Languedoc le consultaient toujours comme la seule autorité compétente.
Lorsque la révolution éclata , Chaptal en adopta les principes avec enthousiasme. Toutefois, la partialité qu'il montra en faveur des girondins dans un écrit intitulé : Dialogue entre un montagnard et un girondin , le lit arrêter après le 31 mai ; mais il fut bientôt délivré par ses amis, et vint à Paris, où la Convention avait besoin de ses talents. Le comité de salut public le fit appeler, en 1793, pour le consulter sur la fabrication du salpêtre et de la poudre à canon. Nommé directeur de l'établissement de Grenelle, il y rendit d'éminents services en simplifiant les procédés de fabrication , et en imprimant à la manufacture des poudres une telle activité que l'on par*
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vint , en peu de temps, non-seulement à pourvoir à tous les besoins du moment , mais encore à approvisionner les arsenaux pour l'avenir. Chaptal figura ensuite avec les Monge , les Fourcroy, les Guy ton de Morveau , et autres savants illustres, au nombre des premiers professeurs de l'école polytechnique ; puis, il retourna à Montpellier, lorsqu'il pensa que l'on pouvait se passer de ses services à Paris. Mais il revint s'y fixer définitivement vers l'année 1797; et, l'année suivante, il devint membre de l'Institut.
La carrière politique de Chaptal ne commença sérieusement qu'après le coup d'État du 18 brumaire; mais elle fut brillante dès le début. Nommé d'abord conseiller d'État, il fut ensuite appelé au ministère de l'intérieur, que Lucien Bonaparte venait de quitter pour se rendre en Espagne en qualité d'ambassadeur. Dans ce poste élevé , qu'il ne conserva que trois ans , le nouveau ministre déploya une activité incroyable. Sous son administration, l'agriculture, le commerce et l'industrie semblèrent renaître comme par enchantement. Il serait impossible d'énumérer ici toutes les grandes entreprises auxquelles Chaptal attacha son nom ; qu'il suffise de relater ici l'embellissement et l'assainissement de Paris, l'établissementdes chambres de commerce , les encouragements donnés aux arts et à l'industrie , la multiplication des manufactures, l'extension donnée à la culture de la betterave et du pastel, la création des écoles d'arts et métiers, l'amélioration des hôpitaux , l'enseignement spécial pour les procédés nouveaux ouvert au Conservatoire des arts et métiers, établissement qui dut en outre à Chaptal de précieuses collections, le perfectionnement des voies de communication, la formation de la société de vaccine , la protection accordée à l'instruction publique, etc. Cependant , Chaptal sortit , en 1804 , du ministère de l'intérieur, o ù il fut remplacé par Champagny . Sa disgrâce, ou plutôt sa retraite, car l'empereur n'oublia jamais les gran-
des choses qu'il avait faites, fut accompagnée (les regrets de toute la France. Depuis ce temps, Chaptal occupa encore de hauts emplois et remplit des fonctions importantes; mais son rôle politique ne fut plus que secondaire.
En 1805 , il fut nommé grand officier de la Légion d'honneur , puis membre et trésorier du sénat. Quel-
3ues années après , il fut créé comte e l'empire, et sa terre de Chanteloup fut érigée en majorât. En 1813 et 1814, l'empereur l'envoya à Lvonen qualité de commissaire extraordinaire pour y organiser la résistance contre l'étranger. Pendant les cent jours, Chaptal accepta le ministère du commerce et des manufactures; à cette époque, comme en 1793, il montra ce que peut la science pour la défense du sol de la patrie. A la seconde restauration , Louis XVIII lui enleva son titre de pair de France , qui lui fut cependant rendu en 1819.
Les travaux de Chaptal , comme chimiste, lui ont mérité l'estime du monde savant autant que la reconnaissance de ses compatriotes. Avant lui, aucun chimiste n'avait fait une aussi heureuse application de la science à l'industrie. Il simplifia les procédés de la fabrication de l'acide sulfurique, et trouva le moyen de composer l'alun artificiel, si répandu aujourd'hui dans le commerce. Il apprit aux ingénieurs à remplacer les pouzzolanes d'Italie par les terres ochreuses calcinées. On lui doit encore l'art de teindre en rouiie le coton d'Andrinople, art jusque-là fort imparfait. Enfin , il a laissé un grand nombre d'ouvrages, parmi lesquels il faut distinguer surtout sa Chimie appliquée aux arts y 1806,4 vol. in-8"; un Traité sur la culture de ta vigne; l'Art de gouverner les vins ; tArt du teinturier ; l'Art du dégraisseur ; un Essai sur le blanchiment ; un Essai sur le perfectionnement des arts chimiques en France; un grand nombre d'articles dans les Annales de chimie , la Revue encyclopédique et autres journaux scientifiques; enfin,
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la Chimie appliquée à Fagriculture, son dernier ouvrage , 1823, 2 vol. in- 8*.
Nous terminerons cet article en citant un passage du discours qu'il prononça lorsque, après la bataille d'Austerlitz , tous les corps de l'État votèrent l'érection de la colonne Vendôme pour consacrer la gloire de Napoléon.
Ces quelques mots renferment toute la pensée, et on peut dire tout le système politique de Chaptal : « Quelques « générations se sont à peine écou- « îees, dit-il, et l'herbe a couvert cette « colonne d'Ivry, élevée à la mémoire « d'un monarque vainqueur des dis- « cordes civiles et des ligues étrangè- « res; sa statue ne frappe plus nos re- « gards au sein de nos cités ; tandis « que le vœu qu'il forma pour le la- « boureur restera éternellement gravé « dans le cœur reconnaissant du peum pie français. » Chaptal mourut le 30 juillet 1832.
Chapuis (Gabriel), né à Amboise, en 1546, succéda à Belleforest dans la place d'historiographe de France , et mourut à Paris vers 1611. Le nombre de ses ouvrages s'élève à près de soixante et quinze : nous citerons seulement les plus importants : Histoire de Primaiéon de Grèce, traduit de l'espagnol , Paris, 1572-83, in-8°; Amadis de Gaule , traduit aussi de l'espagnol , Lyon , 1575-81 , 21 vol.
in-16; les Mondes célestes, terrestres et infernaux, etc.,... augmentés du Monde des cornus , etc. Lyon, 1583, in-8°.
Chapuisecbs (Corporation des).— On appelait autrefois chapuis (*) la charpente en bois des bâts ou des selles qui étaient alors si lourdes et si massives. Les chapuiseurs , comme nous l'apprend le Jiegistre des métiers (titre LXXIX), façonnaient donc ou charpentaient les chapuis , que les blazenniers ou blasonniers recouvraient ensuite avec du cuir. C'est
( * Le mot capuza est encore en usage dans le patois du Midi pour signifier dégrossir un morceau de bois.
dans les statuts de cette corporation que l'on trouve la première mention du chef-d'œuvre imposé à l'apprenti pour passer à la maîtrise , bien que probablement les chapuiseurs n'aient pas été les premiers ni les seuls soumis à cette coutume , introduite plus tard dans toutes les corporations :
« Se li aprentis, dit le livre d'Étienne « Boileau , set faire un chief-d'œvre, « tout sus, ses mestres puet prendre « j autre aprentiz , pour la reson de « ce que quant j aprentis set faire son « chief-d'œvre , il est reson qu'il se « tiegne au mestier, et soit en l'ou- « vroir , et est reson que on l'oneure « et déporte plus que celui qui ne le « set faire, si que ses mestres ne l'en- « voit mie en la vile quère son pain « et son vin ausi comme j garçon, etc.»
Les chapuiseurs , comme les divers métiers qui employaient le cuir, reconnaissaient pour chef le cordouanier du roy. On voit par le rôle de la taille de Paris , sous Philippe le Bel, en 1292, qu'il y avait à cette époque à Paris douze chapuiseurs. Ce métier dut , plus tard , se fondre dans celui des selliers; mais nous ignorons à quelle époque se fit cette fusion.
CHARAS(Moïse), né à Uzès, en 1618, étudia la chimie à Orange , vint ensuite à Paris , et fut nommé bientôt après démonstrateur de chimie au Jardin du roi. Mais son attachement pour la religion réformée lui fit quitter cet emploi ; et, peu de temps avant la révocation de l'édit de Nantes, il abandonna la France pour se retirer en Angleterre , où le rot l'accueillit avec bonté. Il se rendit ensuite en Hollande , et exerça la médecine à Amsterdam avec tant de succès , que l'envoyé d'Espacne le sollicita de se rendre à Madrid pour y donner ses soins au roi Charles II , dont la santé était depuis longtemps chancelante.
Charas craignant l'inquisition , s'y refusa d'abord ; il céda ensuite. Mais ses craintes ne tardèrent pas à se réaliser : les médecins de la cour , jaloux de ses succès, le dénoncèrent à ce terrible tribunal , et l'accusèrent d'a-
T. iv. 33e Livraison. (Dict. bncyclop., etc.)
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voir fait sur les vipères un travail qui avait détruit une croyance superstitieuse des habitants de Tolède ; ces malheureux s'étaient jusqu'alors exposés volontairement à la morsure de ces reptiles , parce qu'un de leurs archevêques leur avait assuré que dans une étendue de douze lieues autour de leur ville, les vipères qui auraient une fois jeté leur venin en seraient privées
!>our toujours. Charas fut donc enèrmé, et il eût été condamné à être >rûlé vif; si, au bout de quatre mois, il n'eût abjuré le protestantisme. Il revint alors en France, et Louis XIV,
fiour lui témojgner la satisfaction que ui causait sa conversion , agréa , en 1692, sa nomination à l'Académie des sciences. Charas mourut le 17 janvier 1G98 , âgé de quatre - vingts ans. Il a laissé plusieurs ouvrages estimés.
Chabbonnël (J. C. J.), lieutenant général d'artillerie , né à Dijon , en 1776 , lit ses premières armes aux sièges de Lyon et de Toulon, et gagna, devant cette dernière place , le grade de capitaine. Cité avec éloges pour les services qu'il avait rendus à la prise de Luxembourg, il assista ensuite au siège d'Ehrenbreitstein , puis au passage du Rhin, qui s'effectua près de Éeuwied , et il fut désigné pour faire
Ïiartie de l'expédition d'Egypte. Il fut ait chef de bataillon sur le champ de bataille des Pyramides , et charge du commandement de l'artillerie du Caire. Après avoir armé le château , et mis en état de défense les bouches du Nil, Cbarbonnel fut atteint, à Rosette, d'une ophthalmie qui l'obligea de revenir en Europe. Dans la traversée, il fut pris et conduit à Janina, dont l'air salubre lui rendit bientôt l'usage de la vue. Le fameux Ali voulut le retenir à son service, et s'aida de ses lumières dans deux expéditions; mais Cbarbonnel trouva le moyen de s'évader, et aborda à Corfou. Malheureusement il ne put échapper à la surveillance du
rmverneur turc. Il fut arrêté et mené Constantinople , d'où il regagna la France,après quatre mois de détention.
11 fut nommé , presque aussitôt après
son retour, colonel du 6* régiment d'artillerie légère, et assista aux diverses affaires de la campagne de 1805- Il passa l'année suivante en Prusse , et se distingua à Iéna, au passage de l'Oder, et à ceux de la Vistiiïe , de la Narrew et du Bug. En Prusse, en Pologne, en Espagne, en Russie, partout enfin où il fut appelé , il donna des
Sreuves de courage et d'habileté, îommé général de division à la suite des sages mesures qu'il sut prendre après la désastreuse retraitede Moscou, il prit part aux batailles de Lutzen,de Bautzen, et combattit sur la Bober, à Gorlitz et à Leipzig. Il fit ensuite la campagne de France, et, à l'avènement des Bourbons , il devint inspecteur général d'artillerie. Il figure aujourd'hui parmi les membres du comité de l'artillerie.
Chabbonnebie. (Voyez Carbo-