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le nom du roi en trois lignes : olvs ,
FBA
et en légende : fbancobvm bf.x ; au revers une croix latine, et au pourtour la légende sit nomen , etc. Les deniers parisis avaient conservé leur ancien type ; on y lisait toujours,
FBA
comme du temps de Louis VII : NC0,
au pourtour le nom du roi : karolvs bex, et au revers : pabisivs civis.
Ces pièces étaient à la taille de vingthuit au marc, et à quatre deniers douze grains de fin. On ne sait pas au juste quelle était la taille et le degré de fin des tournois ; mais la valeur de ces nièces devait être proportionnelle à celle des parisis. Sur les doubles, on voyait au droit un K accosté de deux aniielets , et couronné d'un large diadème fleurdelisé , avec la légende :
fbancorvm bex ; et au revers , une croix, fleurdelisée aussi, et coupant les mots : boncta nova. Les tournois simples présentent, comme ceux de Philippe le Bel, au droit un débris de chdtel, avec le mot : tvbonvs civis; et au revers la légende : kabolvs f bex, avec une croix dans le champ.
L'obole est semblable, si ce n'est qu'on y lit : obolvs civis au lieu de tvbonvs civis.
Charles le Bel rendit sur les monnaies plusieurs ordonnances dont les dispositions sont pleines de sagesse.
Mais la guerre ayant de nouveau éclaté avec l'Angleterre , il se trouva bientôt obligé, pour remplir son trésor épuisé, de continuer le déplorable système suivi par son père et par ses deux frères. L'n seul fait suffit pour montrer jusqu'à quel point fut porté sous son règne l'abus de l'altération des monnaies :
le gros tournois , qui , à l'époque de son avènement, valait douze deniers parisis, en valait vingt en 1328.
Chables V, dit le Sage, fils du roi Jean et de Bonne de Luxembourg, naquit à Vincennesle 51 janvier 1337.
Lorsque les Anglais eurent emmené à Londres le roi Jean, qu'ils avaient fait captif, à la bataille de Poitiers , Charles s'empressa de saisir en France le pouvoir (1356), et de convoquer les états de la langue d'Oc et de la langue d'Oil, pour leur demander des levées et des subsides. Cette assemblée lui accorda les sommes qu'il lui avait demandées; mais il les dépensa en fêtes et en folles prodigalités, et se vit obligé, dès Tannée suivante, de convoquer une nouvelle assemblée. Cette fois les états de la langue d'Oil, dirigés par Robert le Coq, evéque de Laon , et par Je fameux Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris , exigèrent des garanties. Us obtinrent le droit de s'assembler deux fois par an, même sans avoir été convoqués, et celui de désigner trentesix commissaires choisis à nombre égal dans la noblesse , le tiers état et le clergé, pour assister le régent dans le gouvernement du royaume. Mais ces commissaires n'eurent pas plutôt commencé leurs fonctions, que. les maréchaux de Champagne et de Normandie excitèrent le jeune prince 5 les renvoyer. Étienne Marcel fit massacrer ces deux officiers en présence du dauphin, sur lequel leur sang rejaillit, et qui, pour écuapper à la fureur du peuple , fut forcé de se couvrir la téte d'un chaperon aux couleurs parisiennes (rouge et bleu) que lui présenta le prévôt des marchands. Charles sortit alors de Paris , et il eut l'adresse de semer la désunion entre Étienne Marcel et le roi de Navarre , Charles le
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la u vais, qui jusqu'alors avait souenu le parti des bourgeois. Au sein nême de Paris , le parti royaliste reeva bientôt la tête; Etienne Marcel >érit assassiné ( 1 357), et Charles renra dans la capitale, appuyé sur le bras lu meurtrier de ce magistrat. Ce ut alors qu'il signa ce funeste traité le Brétigny, par lequel la France célait aux Anglais les provinces de jiiienne, Querci,Rouergue, Périgord, \ génois, Angoumois, Poitou, Sainonge, pour les posséder, non plus i titre de fief, mais à titre de souve- ■ i m été libre et indépendante. Elle devait en outre payer trois millions d'é- *us d'or pour la rançon du roi Jean.
Je malheureux prince mourut quatre ms après , en 1364, et Charles V lui succéda.
La France était alors ravagée par les compagnies. C'étaient les soldats d' Edouard III, licenciés après le traité deBrétigny, et forcés, pour vivre, de chercher dans les brigandages des ressources que la guerre ne leur offrait plus. Charles V les prit à sa solde pour en délivrer le pays , et les envoya , sous la conduite de du Guesclin , détrôner le roi de Castille, Pierre le Cruel, coupable du meurtre de Blanche de Bourbon. Pierre le Cruel fut vaincu sans combat; mais il fut bientôt ramené par les Anglais, qui, sous la conduite du prince de (j ailes, remportèrent la victoire de iVajara, et firent prisonnier du Guesclin. Cependant, les Gascons, mécontents de la domination des Anglais, qui établissaient sans cesse de nouveaux impôts, s'adressèrent à Charles V, comme à leur ancien suzerain, pour obtenir justice , ajoutant , avec leur vivacité méridionale, que, s'ils ne l'obtenaient pas de leur seigneur naturel, ils s'adresseraient à un autre. Charles V hésita longtemps; mais enlin , il apprit que le prince de Galles était retenu malade dans son lit, que les médecins anglais lui recommandaient d'aller respirer les brouillards de son pays natal , et que, d'un autre côté, Pierre le Cruel, vaincu à Montiel, avait été poignardé par son
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frère, Henri de Transtamarre; alors il accueillit ouvertement les réclamations des Gascons ; c'était contrevenir au traité de Brétigny, et déclarer la guerre aux Anglais.
Cette fois on ne leur livra pas de bataille rangée. La guerre fut purement défensive de la part de la France. Charles V défendit expressément à ses généraux d'attendre ['ennemi en rase campagne. Il leur commanda de s'enfermer dans les places fortes et d'abandonner les [liâmes aux ennemis.
Ceux - ci dévastèrent en effet tout le plat pays. Bientôt il ne resta plus une maison debout depuis Laon jusqu'à la frontière d'Allemagne. Mais ils ne tardèrent pas à éprouver eux-mêmes les conséquences de leurs dévastations ; le pays qu'ils avaient changé en désert ne leur fournit plus de subsistances, et bientôt les populations entières se levèrent en masse contre ces incendiaires, qui se disaient les soldats du roi légitime. Charles V profita de leur détresse, et, poussant devant lui les débris de leurs armées, il reprit le Poitou , la Saintonge , la Guienne, et ne leur laissa que Calais, Bordeaux et Bayonne.
Charles V n'était ni aimé ni estimé du peuple lorsqu'il monta sur le trône. Les soldats et la noblesse lui reprochaient d'avoir montré, à Poitiers, une lâcheté qui avait causé la perte de la bataille, la captivité de son père, et ledanger, presque la ruine du royaume.
Les bourgeois avaient été trompés et sacrifiés par lui; enfin, les paysans avaient éprouvé par sa faute toutes les calamités de la guerre, et ils avaient pu croire, lors de la Jacquerie (voyez ce mot), qu'il désirait leur extermination. Cependant Charles V est connu de la postérité sous le nom de Cliarles le Sage, et son règne, placé entre deux des époques les plus malheureuses de l'histoire de France, présente , si ce n'est une période de prospérité , du moins un retour assez marqué, au dedans, vers l'affermissement de l'ordre ; au dehors, vers le rétablissement de la puissance. Les désastres que son père et son aïeul
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avaient attirés sur la France furent à peu près réparés pendant son règne de seize ans ; et on lui a tenu compte non-seulement de tout le bien qu'il avait fait , et de tout celui qui , de son temps , s'était fait de soi-même , mais encore de tout le mal que s'étaient fait ses adversaires.
Charles V fut surnommé par ses contemporains plutôt le savant, sapiens, que le sage, parce, qu'il avait reçu une éducation plus littéraire que les princes auxquels on le comparait.
Une pédante, fille de son astrologue, Christine de Pisan , nous a laissé son panégyrique : c'est un écrit où il est aussi difficile de trouver un trait caractéristique du prince qui en est l'objet , qu'un sentiment vrai , une pensée digne d'éloges dans l'auteur. Christine de Pisan mérite cependant d'être crue quand elle parle de l'érudition du roi qu'elle célèbre. « La sage administra- « tration de son père le fit , dit-elle , « introduire en lettres , moult sut'fi- « samment, et tant que complètement « entendoit son latin , et suffisam- « ment savoit les règles de grammaire; « laquelle chose plût à Dieu que ainsi « fût accoutumée entre les princes. »
En effet , Charles V fut le premier de nos rois qui comprit l'influence lente, mais certaine, des livres sur l'esprit public. Il en amassa une collection fort considérable pour son temps (voyez l'article Bibliothèques) , fit traduire la Bible en langue vulgaire, et augmenta la juridiction et les privilèges de l'Université. Dès qu'il eut commencé de régner, « il fit en tous pays, ajoute « Christine de Pisan, guerre et cher- « cher et appeler à soi , clercs solem- « nels , philosophes fondés en sciences « mathématiques et spéculatives. »
Toutefois, ce n'est pas à cause de la confiance qu'il accorda aux astrologues, ou des progrès qu'il fit lui-même en astrologie , que la postérité lui a confirmé le nom de sage. Elle a été frappée du contraste que présentent son immobilité et ses conquêtes. Il était faible, maladif, d'un caractère peureux ; il ne parut plus dans les armées après la bataille de Poitiers ;
dans son palais même , il vécut caché en quelque sorte ; il n'attira l'attention par aucune action brillante ; il ne laissa ni dans les lois , ni dans les actes diplomatiques, aucune trace signalée:
et cependant il regagna presque toutes les provinces que les Anglais avaient enlevées à son père.
Au reste, le sentiment qu'inspire Charles V par les succès constants de son règne est mêlé d'étonnement et presque de terreur, jamais de sympathie. Il se dérobe si soigneusement a tous les regards, qu'on oublie presque ses qualités personnelles, et qu'on ne remarque qu'une puissance occulte qui frappe l'un après l'autre ses ennemis.
Implacable dans sa haine, il attend cependant des années avant d'exercer ses vengeances; mais aucun pardon, aucune réconciliation, aucunes promesses ne peuvent sauver ceux qui en sont les objets. Il relève la puissance de la France , sans pardonner jamais au peuple qui l'a humilié et fait trembler comme dauphin; lorsque ce peuple souffre, il ne ressent pour lui aucune pitié; dans l'incendie des maisons du pauvre, il ne voit que des fumées qui ne le chasseront pas de son héritage.
« Laissez-les aller » , répond-il à ses généraux, lorsqu'ils veulent mettre un terme aux dévastations des Anglais; « par fumières , ne peuvent venir a « notre héritage. Il leur ennuiera , et « iront tous à néant. Quoique un orage « et une tempête se appert à la fois en « un pays , si se départ depuis et se « dégaste de soi-même , ainsi advien- « dra-t-il de ces gens anglais (*). »
Charles V (monnaies de). — On connaît quatre monnaies d'or frappées sous le règne de Charles V : ce sont des francs à cheval , des francs a piea, ou fleurs de lis , des florins et des royaux. Le franc à pied était d'or fin , à la taille de soixante-quatre pièces au marc, et valait 20 sous; il était ainsi appelé , parce que le roi y
(*) Voyez M. de Sismondi , Histoire des Français, t. XI. Nous avons beaucoup emprunté à son livre pour la rédaction de cet article.
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était représenté debout, dans un champ semé de. fleurs de lis , sous une arcade gothique, tenant une main de justice et un sceptre; le revers et les légendes étaient à peu près les mêmes que sur les monnaies de Charles IV. he/ranc à cheval ne différait du franc à pied que parce que le roi y était représenté sur un cheval au galop, Tépée à la main, le casque et la couronne en téte. Il avait d'ailleurs le même poids , le même titre et la même valeur. Les royaux n'étaient que de G3 au marc ; on n'en frappa que pendant la première année du règne de Charles V; plus tard , cette monnaie fut remplacée parcelle des francs à pied. Le /form, fabriqué sur le modèle des florins de Florence, présentait au droit l'image de saint Jean-Baptiste, avec la légende : s. iohànnesb , et au revers une fleur de lis épanouie, avec le mot faantia. On cessa bientôt d'ailleurs d'en fabriquer.
Outre ces pièces d'or, Charles V ût aussi fabriquer des gros tournois, des blancs en argent et de menues espèces de billon. Il conserva au gros tournois sa valeur ordinaire et son empreinte accoutumée; mais il Ht fabriquer aussi des espèces qui portaient le même nom , et dont l'empreinte était différente. Ainsi nous avons de lui un gros d'argentt marqué d'un K couronné , accosté de deux fleurs de lis, avec la légende : dei gracia, et un semis de fleurs de lis au pourtour; le revers en est d'ailleurs semblable à celui des gros tournois ordinaires.
Il faut aussi attribuer à Charles V, et non a Charles VI , à qui le Blanc l'a donné à tort , un tournois marqué de trois fleurs de lis couronnées d'un semis de fleurs de lis au pourtour, et de la légende : gbossvs tvbonvs.
Quant aux petits tournois de Charles V, ils présentent le type ordinaire des tournois , mais dènguré et altéré.
Avant son avènement au trône, Charles avait fait frapper en Dauphiné, en qualité de dauphin, des espèces telles que des florins qui n'étaient que des imitations des espèces fabriquées par les
anciens dauphins. Devenu roi, il ne Gt pas cesser ce monnayage, et nous avons de lui des francs à cheval, des florins, des gros tournois et des doubles tournois marqués de ses deux titres de roi et de dauphin. L'empreinte de ces monnaies est ordinairement la même que celle des monnaies ordinaires de France; cependant il en est quelquesunes qui ont une empreinte différente : ainsi nous trouvons un gros qui n'est autre qu'une imitation des gros frappés par les anciens souverains du Dauphiné, et qui représente le roi assis entre deux dauphins; sur un autre, le châtel tournois est remplacé par un dauphin qui occupe tout le champ; enfin, un double tournois présente une losange écartelée où figurent au premier et au quatrième carrés un dauphin, au deuxième et au troisième , une fleur de lis.
Instruit par les malheurs du règne de son père, Charles s'appliqua surtout à bien régler les monnaies; sous son règne elles furent toujours à un haut titre ; à mesure qu'il s'emparait des villes occupées par les Anglais, il y établissait des ateliers monétaires, et Von y devait frapper des espèces semblables à celles qui se fabriquaient à Paris. Il prit aussi tous les moyens possibles pour réprimer le brigandage des petits souverains voisins de la France, qui s'arrogeaient le droit de contrefaire la monnaie du royaume.
Il fit lancer contre eu* les foudres de l'Église, et les réprima quelquefois par des moyens plus efficaces : c'est ainsi qu'il ordonna à son bailli de Mâcon de saisir pour ce délit les biens de l'abbé de Saint-Oyain de Jou. Il eut des démêlés sérieux avec les évêques de Genève, les princes d'Orange et le comte de Lyon, qui s'étaient rendus coupables des mêmes crimes.
Chables VI. — Charles VI , fils de Charles V , monta sur le trône à l'âge de onze ans ( 1380 ). Ses trois oncles, les ducs d'Anjou, de Berri et de Bourgogne, s'emparèrent du pouvoir et gouvernèrent pendant sa minorité. Le duc d'Anjou pilla la
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France pour conquérir l'Italie , où il trouva la mort. Le duc de Berri fit de grands préparatifs contre les Anglais, sans réussir seulement à les inquiéter.
Enfin le duc de Bourgogne conduisit le roi en Flandre , pour y rétablir le comte son beau-pere , que ses sujets avaient chassé. Les Flamands furent vaincus à la sanglante journée de Rosebecque ( 1882); d'horribles massacres suivirent cette victoire. Enfin le jeune roi ? après avoir assisté à toutes ces scènes de carnage, retourna à Paris , et punit, par la perte de presque tous leurs privilèges, les habitants de cette ville, qui avaient fait des vœux pour les Flamands.
Au bout de huit ans, Charles reprit les anciens conseillers de son père, presque tous de la petite noblesse, ou même roturiers. Ses oncles les désignèrent par le sobriquet de marmousets. Ils en voulaient surtout à l'un d'eux, Glisson, qui exerçait un grand ascendant sur l'esprit du jeune roi, et ils résolurent de le faire assassiner. La tentative échoua. L'assassin, Pierre de Craon , se réfugia en Bretagne , et Charles VI se mit à la tête d'une armée pour le poursuivre. Sa folie n'était déjà plus un secret pour ceux qui l'approchaient. Ce furent sans doute ses oncles qui lui ménagèrent cette apparition d un fantôme dans la forêt du Mans , afin que sa folie éclatât au grand jour , et qu'elle leur fournît un prétexte pour ressaisir le pouvoir. Ils ne réussirent que trop, et depuis ce moment, Charles VI ne fut plus qu'un jouet entre les mains des ambitieux qui se disputaient le pouvoir. La lutte fut d'abord entre le duc d'Orléans , frère du roi , et le duc de Bourgogne , Philippe le Hardi. Mais les deux partis ne se dessinèrent bien nettement qu'après la mort de Philippe de Bourgogne. Son successeur, Jean sans Peur, fit assassiner (1417) le duc d'Orléans, dont le fils alla chercher un asile dans le midi de la France, où il épousa une fille du comte d'Armagnac. Alors éclata la guerre civile entre la faction des Bourguignons et celle des Armagnacs. Elle fut marquée de part et
d'autre par des actes d'atrocité dignes des temps de barbarie d'où la France semblait sortie depuis plusieurs siècles. Les Anglais profitèrent de ces dissensions funestes : Henri V débarqua en Normandie , remporta la victoired'Azincourt (1416), et prit Rouen.
Le duc de Bourgogne résolut alors de se réconcilier à tout prix avec les Armagnacs pour sauver la patrie ; il leur demanda une entrevue, et périt assassiné sur le pont de Montereau -sur- Yonne ( 1419). Son fils , Philippe le Bon , se trouva dès lors dans une position très* nette; il n'avait plus de ménagement à garder envers le dauphin, qui avait assisté au meurtre de son père. Il traita avec les Anglais et leur livra Paris (1 420) (voy .Traité deTbotes).
Henri V épousa la fille de Charles VI, et régna en son nom. Mais il mourut deux ans après , et son beau-père, l'infortuné Charles VI , le suivit de près au tombeau. 11 avait vécu pendant ses dernières années dans un état si complet de démence , que sa mort fut à peine remarquée , et qu'elle passa comme un événement inaperçu (1422).
Chables VI ( monnaies de ). — On continua à frapper sous Charles VI les monnaies d'or qui avaient eu cours sous le règne précédent , telles que les royaux ou deniers d'or aux fleurs de lis, les moutons, les chaises ou doubles d'or et les francs à cheval. Voyez Chaises d'or et Charles V (monnaies de). Mais on en créa aussi de nouvelles, telles que les écus à la couronne , les écus heaumes et les saluls.
L'émission des écus à la couronne, nommés par Froissard couronnes et couronnes de France , fut ordon née par lettres patentes du 1 1 mars 1384. Ces pièces étaient d'or fin, et avaient cours pour vingt-deux sous six deniers tournois. On en taillait soixante au marc.
Le nom d'écu leur avait été donné, parce qu'elles représentaient Péca de France , surmonté d'une grande couronne , et accosté de deux petites couronnes. Nous consacrerons à cette monnaie un article spécial (voyez Êco d'or).
Les écus heaumés étaient ainsi non>
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més , parce que la couronne qui surmontait l'écu y était remplacée par un heaume avec ses lambrequins. Ces pièces étaient plus fortes que les écus à la couronne ; elles étaient à la taille de quarante-huit an marc, au titre de vingt-deux carats, et valaient quarante sous. On n'en frappa que sous le règne de Charles VI.
On commença seulement à frapper des saints en 1421 , vers la (in du règne de ce prince. Ces pièces étaient d'or fin, à la taille de soixante-trois au marc , et elles valaient vingt-cinq sous. On les nommait saluts, parce que Técu de France y était accom-
fiagné d'une représentation de la sautation angélique , ainsi figurée : au haut se trouvait une gloire, en dessous une bandelette portant le mot ave ; puis, d'un côté de Técu , un ange, et de l'autre, la Vierge agenouillée. Le revers représentait une croix latine , accostée de deux fleurs de lis , et audessous un K. Quant aux légendes , elles étaient les mêmes que celles des écus d'or , des écus heaumes , et de toutes les monnaies d'or alors en usage.
Les monnaies d'argent frappées sous le règne de Charles VI sont des gros, des demi-gros et des quarts de gros :
le gros valait quarante deniers tournois, le demi-gros vingt deniers, le quart de
Sros dix deniers ; des blancs de dix enîers, des demi-blancs de cinq deniers, des liards de quatre deniers; des doubles tournois, des doubles parisis, des deniers et des mailles. Le poids et la loi de ces différentes espèces varièrent souvent ; car les malheurs des temps et la pénurie du trésor forcèrent plus d'une fois le gouvernement à altérer les monnaies ; fâcheux expédient qui fut toujours funeste aux fortunes des particuliers, sans jamais relever les finances de l'État.
A partir du règne de Charles VI, le châtel tournois , qui avait constamment servi de type a la monnaie royale d'argent , disparut pour toujours , et fut remplacé par des fleurs de lis. Les gros , nommés aussi florettes , ainsi que nous l'apprend Monstrelet, pré-
sentaient d'un côté trois fleurs de lis, simples ou couronnées , avec la lé* gende : karolvs francorvm bex ; au revers une croix fleurdelisée , quelquefois cantonnée de fleurs de lis ou de couronnes, avec ces mots : sit pîomen dni benedictvm. Leblanc avoue qu'il ignore pourquoi ces monnaies prenaient le nom de florettes. et personne après lui n'a cherche à deviner le motif de cette dénomination. Ce motif était cependant facile à trouver; et il faut sans doute le voir dans les fleurs de lis dont ces monnaies étaient marquées. L'empreinte des demi-gros était la même que celle des gros , dont ils ne différaient que par leur légende, où on lisait au droit : kl fbancobvm bex,
et au revers le mot
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partagé par une grande croix. Les blancs portaient l'écu de France au droit , la croix cantonnée de couronnes ou de fleurs de lis au revers, avec la même légende que les gros. Le type des doubles tournois, au droit et au revers, était analogue aux précédents ; la légende du droit était la même, mais au revers on lisait : mo-
NETA DVPLEX OU DVPLEX TVRONVS
prancie. Les deniers parisis ne portaient que la légende : sit nomen ; leur type était d'ailleurs semblable aux précédents.
Nous parlerons ailleurs des liards, qui n'ont été fabriqués que dans le Dauphiné (voyez Liards et Daupiiine [monnaies de] ). Nous ne nous étendrons pas non plus sur les deniers tournois et parisis , les oboles et les mailles, qui ne diffèrent guère des espèces précédentes que par les légendes et par quelques signes peu importants.
Enfin , nous dirons en terminant, qu'à la fin du règne de Charles VI , lorsqu'on augmenta la valeur des monnaies, on frappa des doubles tournois, qui prirent le nom de niquets, et eurent cours seulement pendant trois ans. C'est encore Monstrelet qui nous apprend cette particularité.
Charles VII, fils de Charles VI, né le 22 février 1403, fut proclamé
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roi à Melun-sur-Yèvre, suivant les uns; suivant d'autres, à Espally près du Pu v. Les Anglais , maîtres de la moitié de la France, et alliés avec le duc de Bourgogne, l'appelèrent par dérision le roi de Bourges. Charles VU faisait sa résidence dans cette ville , oubliant au milieu des plaisirs et des fêtes la perte de son royaume. « On ne saurait perdre plus paiement un royaume, » lui dit un jour un de ses capitaines. Charles VII dansait, et sa maîtresse, Agnès Sorel, lui faisait oublier ses devoirs. Les Anglais cependant continuaient à faire des progrès. Vainqueurs à Crevant et à Verneuil , ils s avancèrent bientôt jusqu'aux bords de la I .cire ; six mille Français furent défaits par quinze cents Anglais à l'ignoble journée des Harengs; et il ne restait aux ennemis qu'à s'emparer d'Orléans, pour dominer le cours de la Loire et conquérir le midi de la France.
Charles VII semblait perdu. Les habitants, réduits aux dernières extrémités , songeaient à se rendre. C'est alors qu'un miracle sauva la France.
Jeanne d'Arc sut communiquer aux Français un courage nouveau et un élan qui les rendit invincibles. La délivrance d'Orléans , la victoire de Patay , le sacre du roi à Reims , tels furent les principaux effets du courage de la jeune héroïne. Peu après, elle périt à Rouen ; mais l'élan qu'elle avait imprimé à la nation lui survécut , et toute l'indolence de Charles VII , qui s'était retiré de nouveau à Chinon avec ses favoris , ne parvint pas à le ralentir. De vaillants chefs de partisans , les Dunois , les la Hire , les Xaintrailles , les Barbazan , remportaient chaque jour de nouvelles victoires , et reprenaient aux Anglais consternés les provinces qu'ils avaient conquises. Plusieurs de ces capitaines servaient le roi malgré lui, par patriotisme et par haine pour les envahisseurs. De ce nombre fut Richemont , qui rendit à la France le plus grand des services , en réconciliant le duc de Bourgogne avec son roi. Dès lors, les affaires des Anglais empirèrent tous
les jours. En 1436 , Paris se rendit à son roi légitime , et Charles VII y fut reçu avec des acclamations unanimes.
Un changement remarquable s'opéra dès lors dans son caractère , et il commença à montrer une énergie, une activité , un esprit de suite, qu'on ne lui avait pas encore connus , et qui contribuèrent puissamment à ses nouveaux succès. La défaite de Formigny acheva de détruire le prestige qui était resté attaché jusque-là aux armes des Anglais ; ils perdirent en 1450 Rouen et la Normandie ; trois ans après , Bordeaux et toute la Guienne se soumirent , après que le vieux Talbot eut trouvé sur le champ de bataille de Castillon une mort glorieuse, mais inutile à sa patrie. Les Anglais ne conservèrent plus alors en France que la ville de Calais, qui leur fut enlevée un siècle plus tard par le duc François de Guise.
Tels furent les grands événements du règne de Charles VII , qu'on a surnommé le Victorieux. De grandes réformes furent opérées en outre par ce prince. Il est le premier roi qui ait organisé une armée permanente (voyez Francs abchebs et Compagnies d'obdonnance), et qui ait établi des impôts sans le concours des états ; mesure que l'on peut excuser, peut-être, après les longs déchirements intérieurs de la fin du quatorzième siècle. Il rendit viagères les charges de judicature, fit rédiger les anciennes coutumes ; et, par la pragmatique sanction de Bourges (1433) , il assura de nouvelles libertés à l'Église gallicane.
Les dernières années de son règne furent troublées par les intrigues du dauphin , qui prétait sans le savoir l'appui de son nom aux mécontents.
On dit même que Charles VII se laissa mourir de faim , de crainte d'être empoisonné par son fils. Il mourut après un règne de trente-neuf ans, à Melunsur-Yèvre, dans le Berri, en 1461.
* Quoique Charles VII ne manquât pas de courage, dit M. de Sismondi, il n'avait aucun godt pour la guerre, parce qu'elle obligeait à trop de fatigue et de corps et d'esprit Ses dispo-
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sitions étaient bienveillantes, et il eut plus d'une fois l'occasion de montrer que ses affections et ses compassions pouvaient s'étendre des individus aux masses, en sorte qu'il répandit ses bienfaits sur les peuples, comme il les avait répandus d'abord sur les courtisans ; mais pendant longtemps sa douceur ne parut procéder que de faiblesse et de nonchalance. Cédant moins à l'amitié qu'à l'habitude, il s'abandonnait à un favori par qui il se laissait gouverner, à qui il ne savait rien refuser, et qu'il ne paraissait cependant pas regretter un seul jour quand il le perdait. Longtemps exilé de sa capitale, il ne chercha point à la remplacer par quelqu'une des autres grandes villes de ses Etats. Il évitait toutes les villes, il fixait son séjour dans quelque château, dans quelque site champêtre ; il s'y dérobait autant qu'il le pouvait avec ses maîtresses , aux yeux de sa noblesse, à ceux des bourgeois, à ceux des soldats , et il y oubliait les affaires publiques et les troubles de son royaume (*). » Cette indolence deCharles VII fut longtemps le plus grand obstacle aux succès de ses armes , et ses mauvaises mœurs choquèrent toujours l'opinion publique. On peut en juger par le passage suivant d'un auteur contemporain : « Charles , ains « qu'il eut paix au duc de Bourgogne, « menoit moult sainte vie , et disoit « ses heures canoniaux. Mais depuis « la paix faite audit duc, jà soit ce qu'il « continuas t au service de Dieu, il s'ac- « quainta d'une jeune femme venue de » petit lieu nommé Agnès , laquelle , « depuis, fut appelée la belle Agnès, « laquelle menoit un plus grand état « que la reine de France ; et se tenoit « peu ou néant ladite reine Marie « avec le roi Charles, combien qu'elle «* fut moult bonne et très-humble « dame , et , comme on disoit , moult
« sainte femme Après laquelle
« belle Agnès morte, le roi Charles « acquainta en son lieu la nièce de la- « dite belle Agnès, laquelle étoit femme « mariée au seigneur de Villequier, et
(*) Histoire des Français, t. XIII, p. xo.
« se tenoit son mari avec elle ; et elle « étoit bien aussi belle que sa tante ; « a voit aussi cina ou six demoiselles « des plus belles du royaume, de petit « lieu, lesquelles suivoient ledit roi « Charles partout où il alloit, et étoient « vêtues comme reines (*). *>
Charles VII (monnaies de).— -Les monnaies de Charles VII sont toutes semblables à celles de Charles VI; ce sont des écus d'or, des jrancs à cheval, des royaux, des moutons, des chaires, des gros, des blancs, des tournois, des poieux, des liards, etc., ce qui fait qu'il est fort difficile de savoir auquel de ces deux princes il faut attribuer les espèces du quinzième siècle, marquées du nom de Charles.
Nous ne reviendrons pas ici sur les espèces d'or du règne de Charles VII; nous en avons parlé avec assez de détail dans l'article que nous avons consacré aux monnaies de Charles VI.
Nous nous contenterons de dire ici quelques mots des espèces d'argent et de billon.
Outre les blancs marqués de trois fleurs de lis et de l'écu de France , couronnés ou non, on attribue encore à Charles VII des pièces marquées d'un K , accosté de fleurs de lis et surmonté d'un diadème, d'un écussou de France placé entre trois demicompas, et accosté de trois couronnes ou d une couronne et de deux briquets. Sur d'autres est figurée une grande croix, dont l'intérieur est orné d'une fleur de lis, et qui est contournée des lettres fbàc. Ces dernières pièces furent fabriquées à Tourna y au commencement au règne de Charles VII , à l'imitation des plaques de Philippe le Bon, qui avaient cours en Flandre. Les petits tournois présentent tantôt des fleurs de lis et un K , tantôt trois fleurs de lis et une couronne, et d'autres combinaisons du même genre.
Charles VII, n'étant encore que dauphin, fit frapper des monnaies au nom de son père, et afin de les distinguer, il faisait mettre à la fin de la
(*) Jaccj. du Clerq, t. XIV, c 39, p. i3i.
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légende la première lettre du nom de la ville où la pièce avait été monnayée : ainsi les monnaies d'Orléans portaient un O, celles de Chinon unC, celles de Loches un L, celles de Bourses un B.
Les pièces sorties de ce dernier atelier sont surtout remarquables, en ce que l'une d'elles porte Bitvb en toutes lettres. C'était le fameux Jacques Cœur
3ui dirigeait alors l'atelier monétaire e Bourges, et l'on appela de son nom, gros de Jacques Cœur, les pièces ainsi marquées. Puisque nous avons parlé des lettres que Charles VII introduisit dans la légende pour distinguer les ateliers monétaires, nous dirons aussi en passant que c'est sous le règne de ce prince , ou sous celui de son père, que s'introduisit la coutume de placer sous les lettres de la légende des points nommés points secrets, servant à faire reconnaître de quel hôtel des monnaies sortait telle ou telle pièce. (Voyez, au surplus, l'art.
Marques monétaires.) Les malheurs qui affligèrent le royaume pendant la régence de Charles VII le forcèrent plus d'une fois à altérer les monnaies; ce furent ces circonstances qui, nous l'avons dit, déterminèrent aussi Charles VI et le roi d'Angleterre, Henri VIII, à faire frapper des saints d'or; mais dès 1422, lorsque Charles VII monta sur le trône, il revint à la forte monnaie, et depuis cette époque il n'altéra plus les espèces.
Charles VIII, fils de Louis XI et de Charlotte de Savoie, né à Amboise le 30 juin 1470, succéda à son père le 30 août 1483. Sa sœur, Anne de Beaujeu, gouverna le royaume pendant sa minorité, et elle prouva, par sa fermeté et son énergie, qu'elle était digne d'être la lille de Louis XL Le jeune roi commença seulement à l'âge de vingt ans à régner par lui-même.
Nourri de la lecture des romans de chevalerie , Charles VIII n'aspirait qu'à imiter les prouesses de Roland , de l'Amadis des Gaules et des paladins de Charlemagne. Une occasion se présenta. Louis le Maure, menacé par le roi de Naples, appelait les Français en Italie. Charles VIII résolut de profiter
de celte circonstance pour faire revivre les droits de la maison d'Anjou sur le royaume de Naples, dont il se prétendait l'héritier légitime. Déjà même il rêvait la conquête de Constantinople, l'expulsion des Turcs et le rétablissement de l'empire romain d'Orient.
Avant de quitter la France, il se hâta de signer avec ses voisins des traités funestes, pour acheter leur neutralité. Qu'importait au futur conquérant de Naples et de Constantinople la possession de quelques provinces telles que le Roussilion ou la Franche-Comté? Une fois assuré de n'être pas inquiété pendant son absence, il passe les Alpes à la tête d'une armée peu nombreuse, mais bien disciplinée, et dont l'artillerie était la meilleure qu'il y eût en Europe. Il marche à l'aventure, sans argent, sans vivres, sans réserve. Le froid Comines ne peut s'empêcher de faire la remar-
3ue que cette guerre fut toute provientielle. Dès son arrivée à Asti , il manque d'argent pour solder ses troupes | et oblige la duchesse de Savoie d'engager ses diamants pour lui fournir les sommes dont il a besoin. Cependant tout lui réussit. Le duc de Milan l'accueille comme un allié; Pise se soulève à son approche et se donne à la France; à Florence, le gouvernement des Médicis s'écroule, et Charles VIII entre dans cette ville en triomphateur; à Rome, aucune résistance n'est organisée; le pape Alexandre VI se réfugie dans le château Saint-Ange, et livre aux Français le frère du sultan Bajazet, Oem , mais il le livre empoisonné; puis Naples se soulève contre ses rois, et Charles VIII y entre sans coup férir, le diadème au front et revêtu du manteau impérial. Déjà les Grecs se soulevaient de l'autre côté de l'Adriatique, à la nouvelle de l'approche des Français, lorsqu'une ligue Générale contraignit Charles VIII à renoncer à ses projets de conquête et à quitter l'Italie. Le roi d'Espagne, Ferdinand le Catholique, l'empereur Maximilien, le pape, Venise, Milan même, s'étaient réunis contre lui. Ils s'oppo-
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sèrent à son retour; mais une brillante charge de la gendarmerie française mit en fuite les troupes mal disciplinées des Italiens. 8,000 Français triomphèrent, à Fornovo, de 40,000 Italiens , et Charles VIII revint en France, après avoir justifié toutes ses imprudences par une victoire. Il mourut au moment où il faisait des préparatifs pour une seconde expédition en Italie (1498). Ses débauches avaient hâté sa mort.
« Charles VIII, loin d'être un grand roi, était, dit M. de Sismondi (*), dépourvu de toute capacité pour le gouvernement ; aussi ses succès avaientils été regardés par ses contemporains comme uue sorte de miracle. On voyait bien , disaient-ils , que c'était Dieu seul qui avait conduit son entreprise; car lui-même n'aurait pu le faire.
Toutefois, Charles avait une vertu rare chez les rois, et plus remarquable en lui , quand on songe aux exemples u'il avait reçus et au père qui l'avait levé : c'était* la bonté. « La plus hu- « maine et douce parole d'homme qui « jamais fut, étoit la sienne, dit Co- « mine; car je crois que jamais à « homme ne oit chose qui put lui dé-
« plaire et je crois que j'ai été
« l'homme du monde à qui il a fait le « plus de rudesse; mais connaissant « que ce fut en sa jeunesse, et qu'il ne « venoit point de lui, ne lui en sus ja- « mais mauvais gré. » Cette douceur, cette bonté, avaient été appréciées, et quoique Charles VIII ertt fait peu de bien au peuple, on lui sut gré de celui qu'il avait voulu faire, et il ne fut pas moins pleuré par la masse des Français que par la noblesse et les courtisans. » Deux de ses domestiques moururent , dit-on , de douleur en apprenant la nouvelle de sa mort.
Charles VIII (monnaies de).— Les monnaies d'or frappées en France sous le règne de Charles VIII sont des éciis au soleil et à la couronne; leur type est a peu près le même que celui des pièces dont nous avons parlé à l'article monnaies de Charles VII ; seulement
f) Histoire des Français, t. XV, p. 159.
Vécu sol ou au soleil diffère des écut d'or de Charles VII, en ce que la couronne y est remplacée par un netit soleil. Au commencement du règne de Charles VIII , l'écu à la couronne était estimé 30 sous , et l'écu au soleil 31 ; mais la valeur intrinsèque de ces monnaies dépassant leur valeur nominale , on s'aperçut bientôt qu'on en exportait une quantité considérable. Une ordonnance du 31 juillet 1487 fixa alors la valeur de l'écu à la couronne à 35 sous , et celle de l'écu au soleil à 36 sous 3 deniers.
Les monnaies d'argent et de billon frappées sous Charles VIII sont asseK nombreuses; parmi elles on distingue des gros, des demi-gros, des blancs au soleil et à la couronne, des carolus, des liards, des tournois, doubles tournois, etc. Les gros valaient 2 sous 10 deniers; ils étaient à 4 deniers 12 gr. de fin, et à la taille de 70 au marc. Les blancs étaient au même titre, et à la taille de 8G au marc; ils valaient 12 grains. Ces pièces ne diffèrent des blancs de Charles VII que par un petit soleil introduit par Louis XI, au-dessus de l'écusson, ou par l'hermine de Bretagne. Quant aux carolus marqués d'un K, initiale du nom de Charles VIII, ils ont été inventés sous le règne de ce prince. (Voy. Carolus.) Les autres monnaies de Charles VIII étant entièrement semblables à celles de Charles VII, nous ne les décrirons pas. Le roi prenait, sur celles de Provence, le titre de comte. On possède de magnifiques grands blancs frappés dans cette province, et présentant d'un côté les armes de France, penchées et surmontées d'Un heaume orné de lambrequins, avec la légende : Karolvs dei gracia francorvm rex ; le revers présente une croix fleurdelisée cantonnée d'A, initiale d'Anne de Bretagne, et de couronnes; ou un K couronné accosté de deux A. La légende qui fait suite à celle du droit se compose des mots suivants : Et Forqval-
QVERII COMES PR0V1NCIE.
Les monnaies frappées en Italie par l'ordre de Charles VIII sont fort remarquables : l'une d'elles, un grosdePise,
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L'UNIVERS
présente, comme les monnaies de cette ville, la Vierge tenant l'enfant Jésus, avec la légende : Pbotege Viboo Pisas; mais au revers on voit l'écu de France, couronné, flanqué d'un K et d'un L,avec la légende : Kabolvs bex pisa nobv. lib [erator], A Naples, Charles VIII avait fait frapper des écus (C or, des ducats, Jes grands blancs et d'autres espèces où l'on remarque d'un côté les armes de France, de l'autre celles de Sicile, avec les croisettes de Jérusalem. La ville d'Aquila , dans l'Abruzze, fut la première du royaume de Naples qui se déclara pour les Français. Cette circonstance lui valut de nombreux privilèges, et entre autres celui de battre monnaie. Quelquesunes des pièees frappées alors dans cette ville présentent cette particularité remarquable , que leur légende est en français , tandis que celle de toutes les monnaies frappées en France à la même époque étaient encore en latin.
On y voit, au droit, l'écu de France couronné avec la légende : Chaules, boi de Fbe, et au revers un aigle les ailes déployées , avec ces mots : Cité de Leigle. On connaît d'ailleurs d'autres pièces frappées à Aquila pendant l'occupation française, et dont la légende est en latin.
Chables IX, fils de Henri II et de Catherine de Médicis, né à Saint-Germain en Laye, le 27 juin 1550, monta sur le trône le 15 décembre 1560, après la mort de François II, son frère, et fut sacré à Reims, le 15 mars 1561. C'était un prince d'un esprit vif et pénétrant et d'un courage remarquable; il avait de l'éloquence et du talent pour la poésie. On sait qu'il admirait Ronsard, et qu'il lui adressa ces beaux vers :
Tous deux cg «Iraient nous portons des couronnes , Mais, roi, je les rerois, poêle, tu les donnes.
Malheureusement , son heureux naturel fut perverti par les soins de sa mère, Catherine de Médicis, qui voulait se maintenir au pouvoir en rendant son fils incapable de gouverner.
La tenue des états d'Orléans , la mise en liberté des Bourbons , les édits de janvier et de juillet, le colloque de
Poissy, le massacre de Vassy et la première çuerre civile qui en fut la suite, appartiennent à l'histoire de cette reine plutôt qu'à celle de son Gis encore enfant. Charles IX n'atteignit sa quinzième année qu'en 1563. Habitué par sa mère à dissimuler et à faire plier son humeur emportée devant les exigences d'une position qui se compliquait tous les jours, le jeune prince n'avait pas encore opté d'une manière décisive entre les deux partis religieux et politiques qui divisaient la France.
Sa fameuse entrevue avec le duc d'Albe à Bayonne le rattacha au parti catholique. Il avait vu de près , pendant son voyage dans le midi de la France , ces gentilshommes protestants qui préparaient une nouvelle guerre civile, et un jour on l'entendit dire : « Le duc d'Albe a raison ; des « têtes si hautes sont dangereuses dans « un État; l'adresse n'y sert plus de « rien, il faut en venir à la force. • La tentative du prince deCondé pour l'enlever pendant un voyage qu'il fit à Meaux acheva de l'aigrir contre les protestants, et la guerre recommença. Elle fut heureuse pour les catholiques, qui remportèrent la victoire a Jamac et à Moncontour, sous la conduite du duc d'Anjou, frère de Charles IX ; et cependant la paix de Saint-Germain (1570) fut toute favorable aux protestants vaincus. Jaloux du pouvoir de sa mère et impatient de secouer son joug , se défiant d'ailleurs des Guises qui aspiraient secrètement au trône, Charles IX appela à sa cour les chefs des protestants. Il accueillit Coligny comme un père et lui dit en l'embrassant : ■ Nous « vous tenons maintenant , vous ne « nous échapperez plus. » 11 donna sa sœur Marguerite en mariage au jeune Henri de Bourbon. Lui-même épousa une fille de l'empereur Maxîmilien, contrairement au vœu de l'Espagne, et on ne parlait que d'aller secourir les protestants des Pays-Bas en révolte contre Philippe II. Au milieu des fêtes qui accompagnèrent cette réconciliation, le peuple de Paris avait de la peine à contenir sa rage contre
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es seigneurs protestants , qui l'offenaient autant par leur morgue arisocratique que par leur mépris afecté pour toutes les cérémonies du ulte catholique. Lorsque Charles IX ipprit qu'un coup d'arquebuse avait ;te tiré surColigny, il s'écria avec fueur : « Mort de Dieu ! je ne serai i donc jamais tranquille! » Puis il alla 'isiter Coligny blessé, le combla des narques les plus affectueuses de son it lâchement, et jura de le venger.
Quelques jours après, sa mère le faisait consentir à ce massacre qui a flé- :ri sa mémoire. « Qu'on tue donc l'a- » mirai, s'écria-t-il , dans un accès de t rage frénétique, et avec lui tous les i huguenots, afin qu'il n'en reste pas « un seul qui me le puisse reproener « un jour! » On dit qu'il prit luinéuw une part active au massacre de a Saint-Barthélemy. Mais, depuis cette mit fatale, Charles IX ne fit plus que anguir, et il mourut le 30 mai 1574, în proie à d'affreux remords, sans ivoir retiré de son crime les fruits jif il en avaitattendus. «L'ardeur qu'il
* avoit, dit de Thon , pour les exerci-
* ces violents, la chasse, le ballon, les
* danses outrées , la fabrication des « armes, l'avoit rendu presque insenk sible aux plaisirs de l'amour , et on » ne lui a point su de maîtresses « qu'une jeune fille d'Orléans , dont il « eut un fils nommé Charles , comte « d'Auvergne et d'Angouléme. Il man- « geoitpeu etdormoit peu; et, depuis « la Saint~Barthélemy , son sommeil « étoit souvent interrompu par un « frisson d'horreur qui le saisissoit « tout à coup. Pour le rendormir, on « faisoit chanter ses pages. » Voy.
les Annales, t. Ier, p. 345 et suiv., et au Dictionnaire les art. Barthélémy (massacres de la Saint-),CALViNisTES et Catherine de Médicis.
Charles IX (monn. de). — L'histoire monétaire du règne de Charles IX s'ouvre par une particularité assez remarquable. Il paraît que depuis la mort de Henri II , on n'avait pas encore eu le temps de faire de nouveaux coins; pendant tout le règne de François II, on s'était servi des
coins employés sous le règne précédent ; on continua à s'en servir au commencement du règne de Charles IX, de sorte que bien que Henri II fût mort en 1558, on trouve encore des pièces marquées à son nom et à son effigie, avec le millésime de 1561. Un peu plus tard, cependant, on fit, au nom et à l'effigie de Charles IX , des écus d'or , des testons , des sols tournois, des liards , des doubles et des deniers. Les écus d'or valaient 50 sous en 1561, quand on commença à en frapper ; mais le peuple donnant bientôt à ces pièces une valeur supérieure , on fut obligé , en 1570 , d'en fixer le cours à 54 sous. Le titre était de 23 carats, et l'on taillait 72 pièces et demie au marc. Le type représentait au droit l'écu de France , surmonté d'une couronne fermée , avec la légende carolvs viiii dg franco rex et le millésime en chiffres romains; et, au revers, une croix fleurdelisée avec la légende christvs régnât VINCIT ET IMPERAT. Sur les
testons, on voyait l'effiçie du roi, avec une légende qui différait seulement de celle des écus d'or, en ce que le millésime était en chiffres arabes; la croix du revers était flanquée de deux c couronnés , avec la légende benb-
DTCTVM S1T NOMEN DOHINI. CeS
pièces ne valaient, en 1561, que 9 sous 4 deniers , mais elles furent portées à 13 sous en 1573; elles étaient d'ailleurs de 10 deniers 18 grains trois quarts de fin, et l'on en taillait 25 ' au marc. Les monnaies les plus remarquables du règne de Charles IX sont les écus d'or et les festons ; les autres sont moins importantes; nous nous y arrêterons à peine, hesolparisis présentait au droit les armes de France couronnées , et au revers une croix formée de quatre c et de quatre fleur de lis ; le double sol parisis, au droit 3 fleurs de lis couronnées, et au revers une croix fleurdelisée; le douzain, au droit les armes de France, couronnées et accostées cledeux c,etau revers une croix échancrée, contournée de deux couronneset de deux fleurs de lis ; le liard, au droit un c couronné,
en a
L'ÏTMVERS.
eux
et au revers une croix fleurdelisée, ou bien un l accosté de deux fleurs de lis et une croix ; le double tournois , les armes de France couronnées dans un trèfle; au droit et au revers, une croix fleuronnée, dont le centre était occupé par deux c entrelacés ; le denier tournois , deux fleurs de lis couronnées, et une croix à branches égales.
Charles X (monnaies de). — Le cardinal de Bourbon (voyez Vendôme maison de]), après avoir accepté, à a mort de Henri III , le titre de roi de France , et pris le nom de Charles X , décida , par un édit du 15 décembre 1589, que l'on cesserait, à partir 'du fr janvier suivant, de frapper des francs et des demi-francs au nom de Henri III , et que Ton commencerait à fabriquer à son nom des écus et des demi-écus au soleil, des quarts d'écu, des demi-quarts d'écu tfargent, et des douzains, aux mêmes conditions que sous le règne précédent. L'écu d'or devait être à peu près du même poids que sous le règne de Charles IX , mais d'un cours un peu plus élevé.
Ainsi , il devait valoir 55 sous au lieu de 54. Le franc devait être au titre de 10 deniers 10 grains ~ de fin, et à la taille de 17 ; au marc; le quart d'écu était à 1 1 deniers de fin , et à la taille de 25 £ à la livre.
Vécu dor au soleil avait le même type à peu près que celui de Charles IX , et il en était de même du douzain.
Quant au double tournois et au franc, ils portaient l'effigie du prince. Les quarts d'écu présentent, d'un côté, les armes de France, accostées du chiffre n ii ; et , de l'autre , une croix fleurdelisée. Ils doivent être rangés, avec les francs de Charles X , parmi les plus belles monnaies de France, et ils sont, en effet, fort recherchés des amateurs.
Les poinçons à l'effigie de Charles X furent déposés sur le bureau de la cour des monnaies le 21 janvier 1590; quatre mois après , Henri IV décria ces monnaies par des lettres datées du camp de Chelles, le 21 mai 1590, et adressées à la chambre des comptes séant a Tours. Le cardinal de Bourbon mourut eu 1594; mais il paraît qu'on ne
cessa pas pour cela de battre monnaie à son effigie; car on a de lui des quarts d'écu oui portent la date de 1597.
Lorsqu il n était encore que cardinal légat, il avait fait frapper, en cette qualité, des monnaies à son effigie dans la ville d'Avignon. Nous en parlerons à l'article Comtat Venaissin (monnaies du).
Cha.bl.es X (Charles-Philippe) , le second des frères de Louis XVI , naquit à Versailles le 9 octobre 1757, et porta, jusqu'à son avènement au trône, le titre de comte d'Artois. Il épousa, le 16 novembre 1773, Marie-Tnérèse de Savoie, sœur de Marie- Joséphine- Louise de Savoie, mariée en 1771 au comte de Provence , depuis Louis XVIII. Marie-Thérèse mourut en Angleterre pendant l'émigration, le 2 juin 1805, après avoir donné au comte d'Artois trois enfants: une fille, la princesse Sophie, décédée en bas âge, et deux fils, le duc d'Angoulême et le duc de Berri.
Désespérant de jamais parvenir à la couronne, d'où le séparait effectivement une grande distance, le comte d'Artois chercha de bonne heure des distractions dans le plaisir. Les avantages personnels dont l'avait doué la nature, et la légèreté de son esprit, le livraient sans défense aux séductions d'une cour encore pleine des souvenirs de la régence et du règne de Louis XV. Aussi, pendant que Louis XVI, prince range et modeste, s'essayait à Part difficile du gouvernement, et cherchait à réparer les fautes de ses prédécesseurs; pendant que le comte de Provence , naturellement studieux et raisonneur, suivait la marche de l'esprit philosophique, le comte d'Artois, peu soucieux d'imiter ses aînés , ne songeait qu'à déployer les grâces de sa taille, et à faire dire qu'il était le chevalier de France le plus renommé pour ses belles manières et sa tournure à la promenade , à la chasse ou au bal. C'était dans les boudoirs de toutes les femmes galantes de l'époque qu'il allait prendre des leçons de politique et de philosophie. A la veille d'une révoiutioa
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comme celle qui allait éclater, ces faiblesses ne devaient pas lui concilier l'estime de la France; il ne tarda pas à être aussi mal vu de la nation qu'il était à la mode dans la société aristocratique; et, comme d'ailleurs il ne passait pas pour avoir un grand courage, cette première qualité des anciens chevaliers , il fut bientôt aussi tourné en ridicule pr ceux-là même dont il ambitionnait le plus les suffrages.
Il a été écrit des volumes sur les aventures du comte d'Artois; mais nous nous estimons heureux que notre cadre ne nous permette pas d'entrer dansces tristes détails. Avec ses moeurs faciles, ce prince compromit jusqu'à la reine, qui était cependant la femme de son frère. A coté de ces intrigues de haute volée , on cite de lui des orgies de bas étage, où il oublia toute dignité personnelle. Cependant, avant de parler de sa carrière politique, nous devons dire un mot du démêlé qu'il eut en 1778 avec le duc de Bourbon, démêlé qui se termina par un duel sans résultat, après avoir égayé longtemps le public. Dans un bal de l'Opéra, le comte d'Artois avait témoigné pour madame de Canillac un empressement qui choqua vivement la duchesse de Bourbon. Celle-ci alla s'asseoir auprès du prince au moment où il venait de quitter sa rivale , et après avoir fait de vains efforts pour lui prouver qu'elle l avait reconnu , leva si vivement le masque du coupable, que les cordons s'en détachèrent.
De son côté, le prince arracha le masque de la duchesse , et s'en alla sans lui faire aucune excuse. Le duc de Bourbon se crut obligé de demander raison de cette insulte , qui avait fait connaître à tout le monde les transports jaloux de sa femme pour un autre que lui. La cour se divisa en deux partis, l'un qui voulait le duel, l'autre qui ne le voulait pas. Le comte d'Artois penchait pour le dernier parti ; mais la reine repoussait toute espèce de transaction; et le duel eut lieu. Les deux nobles adversaires se battirent à l'épee, et se défendirent l'un et l'autre
avec tant d'adresse , que personne ne fut blessé.
La première mission politique dont ce prince fut chargé remonte à 1777; il dut alors visiter les ports du royaume , pour y activer le développement de notre marine. Il alla ensuite , en 1782, en Espagne, pour prendre du service comme volontaire dans la campagne contre Gibraltar; mais ses exploits se bornèrent à une tournée à la cour de Madrid et à un séjour d'environ une semaine au camp de Saint- Roch. Cette expédition n'était pas faite pour diminuer son impopularité, à laquelle les premiers événements de la révolution allaient bientôt mettre le comble. On ne saurait croire iusqu'où allait sa prodigalité : à l'âge de vingtsix ans, il avait déjà près de huit millions de dettes; quatre ans plus tard, il devait plus de quatorze millions , dont treize étaient exigibles; et cela, bien que, d'après le livre rouge, quatre millions et demi lui fussent alloués pour les dépenses de sa maison. Il est vrai que les ministres du roi son frère étaient là pour faire honneur à ses engagements. Lorsque de Calonne , pour dissimuler la détresse des finances et inspirer de la confiance aux capitalistes, multiplia comme à plaisir le nombre des pensions, le comte d'Artois profita des bonnes dispositions du ministre. « Quand je vis « tout le monde tendre la main, « a-t-il dit lui-même, je tendis mon « chapeau : ce ne fut pas en vain. » On conçoit après cela pourquoi, des le début de la révolution, il se prononça avec tant d'énergie contre toutes lès tentatives de réforme. Lors de la convocation de l'assemblée des notables, Louis XVI ayant nommé chacun de ses frères président d'un bureau, le comte d'Artois entraîna le sien dans une opposition systématique à toute idée d'amélioration; et ta minorité dont il était le chef osa prendre le nom de comité des francs. Aussi, lorsque lui et le comte de Provence furent envoyés à la cour des comptes et a la cour des aides pour y faire enregistrer
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les deux édits sur le timbre et sur l'impôt, le gouvernement fut obligé de disposer une baie de troupes depuis la barrière jusqu'au palais de justice et jusqu'au Luxembourg; et ce déploiement de forces n'empêcha pas le peuple de manifester les sentiments bien différents qui l'animaient alors à l'égard des deux frères. La route fut jonchée de fleurs sur le passage du comte de Provence, tandis que le comte d'Artois fut accueilli par des murmures et des menaces. « Vive la « nation! en dépit de vous, monsei- «gneur!» Tels furent les cris qui retentirent de toute part à ses oreilles. Quelques jours après on ne voulut plus voir paraître sa livrée dans Paris.
Le 14 juillet, Louis XVI, avant résolu de se rendre à l'Assemblée constituante, sans suite et sans garde, le comte d'Artois l'y accompagna ; mais les dispositions du public et l'attitude des représentants produisirent sur lut une telle émotion de frayeur, que le soir même il mit à exécution ses projets d'émigration. Il se rendit d'abord à Turin , où il séjourna quelques mois; puis il alla à Mantoue, où il eut une conférence avec l'empereur Léopold pour concerter un plan d'invasion. Il parutensuite successivement à Worms, au château de Bruck , près de Bonn , à Bruxelles et à Vienne. A Worms, il s'entendit avec le prince de Condé et le maréchal de Broglie pour provoquer la désertion des officiers français.
Enlin , il assista à la fameuse conférence de Pilnitz, où l'Empereur et le roi de Prusse arrêtèrent avec lui les bases de la première coalition. Toutefois , le plan des coalisés ayant été ébruité par les indiscrétions des conûdents du comte d'Artois, l'Empereur refusa aux princes émigrés un lieu de recrutement dans les Pays-Bas. Sur ces entrefaites, Louis XVI accepta la constitution , et rappela auprès de lui ses frères , en leur transmettant le décret de l'Assemblée nationale , qui déclarait ennemis de CÊtat tous les Français qui ne rentreraient pas avant le I" janvier 1792. Le comte d'Artois
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se trouvait à Coblentz lorsqu'il reçut ce message; il répondit que l'état de captivité morale et physique du roi ne lui permettait pas d'obéir à des ordres arrachés par la violence.
Le 2 janvier 1792, l'Assemblée le décréta d'accusation. Le 19 mai , un second décret supprima le traitement qui lui était alloué par la constitution, et déclara ses rentes apanagères saisissables par ses créanciers. Dans la campagne de 1 792 , un corps de gentilsbom* mes français , sous les ordre du prince, servait d'avant- garde aux Prussiens; et lui-même , dit-on , fut vu en personne dans les rangs des ennemis de la France.
Après la mort de Louis XVI, le comte de Provence prit le titre de régent pendant la minoritéde Louis XVII, et nomma le comte d'Artois lieutenant général du royaume. Ce prince partit alors pour Saint-Pétersbourg, où l'impératrice Catherine II lui remit une magnifique épée, en lui disant qu'elle espérait qu'il s'en servirait pour le rétablissement et la gloire de sa maison.
En même temps , elle mit à sa disposition vingt mille hommes que l'Angleterre s'était engagée à solder et à transporter sur les côtes de France.
Mais ni l'épée ni les vingt mille soldats de Catherine ne firent couler une goutte de sang français ; le comte d'Artois vendit l'épée pour satisfaire ses créanciers , et l'Angleterre trouva trop coûteux de solder et de transporter les vingt mille hommes. Toutefois, cette machination diplomatique eut l'effet que cette puissance s'en était promis; les rebelles de la Vendée, encouragés par l'espoir d'un prompt secours, redoublèrent d'audace, et la guerre civile continua d'ensanglanter la France.
Ce fut seulement le 29 septembre 1795 que le comte d'Artois , amené sur les côtes de l'Ouest par une escadre anglaise , se montra aux Vendéens. Encore ne fit-il que se montrer de loin, et disparaître après l'affreux désastre deQuiberon; il resta ensuite vingt jours à ITIe-Dieu, sans oser rien entreprendre. Aussi Charette , qui , après avoir
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déposé les armes , ne les avaii reprises que sur l'assurance qu'il serait secondé par le comte d'Artois, écrivit- il à Louis XVIII, avant de mourir, une lettre où on lisait ces mots : « Sire, la « lâcheté de votre frère a tout perdu. » A la suite de cette expédition , le comte d'Artois regagna Portsmouth, puis alla vivre en Écosse , au château d'Holy-Rood , d'une pension de quinze mille livres sterling que lui faisait le gouvernement anglais. Il quitta un moment cette résidence, en 1799, pour se rendre au quartier général de l'armée autrichienne. Mais lorsqu'il arriva, cette armée, et les Russes ses auxiliaires, étaient en pleine déroute. Il revint à Londres, et y resta quelque temps; mais, après la paix d'Amiens, il fut obligé de retourner à Holv-Rood.Enfin, en 1809, Louis XVIII fit l'acquisition du château d'Hartwell,dans le Buckinghamshire; le comte d'Artois alla l'y rejoindre; et c'est là qu'il attendit, avec le reste de sa famille , que la fortune se lassât de favoriser la France et l'empereur.
En 1813, le comte d'Artois se rendit à Bâle, puis entra en France, où il pénétra jusqu'à Vesoul; mais un ordre des souverains coalisés l'obligea de rétrograder. Il ne devait rentrer dans sa patrie qu'à la suite de leurs bagages. En effet, le 31 mars 1814, il pénétra dans la Franche-Comté, et prit le titre de lieutenant général du royaume, au nom de son frère encore retenu en Angleterre. Le 12 avril 1814, il fit son entrée à Paris (*); puis, suivi d'un brillant cortège, il alla rendre grâces à Dieu dans l'église de Notre-Dame ; et aussitôt il envoya dans les départements, sous le nom de commissaires royaux , des agents de réaction , qui ne tardèrent pas à y exercer d'horribles représailles (voyez Cours pbévôtales). En même temps, il signait, avec une précipitation qui lui fut re-
(•) On sait que le mot qu'on lui a fait dire dans cette rirconstance , Rien n'est changé, il n'y a qu'un Français de plus, a élé fabrique par les personnes qui l'entouraient et qui avaient intérêt à le rendre populaire.
prochée par Louis XVIII lui - même , le traité qui abandonnait toutes les places fortes conquises par nos armées depuis 1792, et qui réduisait notre marine au nombre de treize vaisseaux de ligne, vingt et une frégates, vingt -sept corvettes et bricks, quinze avisos , treize flûtes et gabarres , et soixante transports ; cinquante-trois
{►laces fortes, douze mille bouches à eu , trente et un vaisseaux et douze frégates avaient été ainsi sacrifiés.
Louis XVIII, quelques jours après son entrée dans Paris , nomma le comte d'Artois colonel des gardes nationales de tout le royaume, et joignit à ce titre celui de colonel général des Suisses. Ainsi, on rétablissait les anciennes capitulations, et à cette mesure, qui pouvait être considérée comme un aveu du peu de confiance que Ton avait dans l'amour du peuple, se trouvait rattaché le nom du plus impopulaire des membres de la dynastie. Toutefois, quelques mesures' moins impoJitiques avaient été prises; on avait suspendu l'action des cours prévôt aies, et aboli les tribunaux des douanes. Dans une réponse au consistoire des réformés, le comte d'Artois avait déclaré que le roi embrassait également dans ses affections les Français de tous les cuites.
Mais, un voyage qu'il fit ensuite dans le Midi, fit bientôt oublier ce retour à des sentiments plus français , et mit le comble à son impopularité. Ne s'occupant que des hommes qui avaient été connus de lui, soit jadis à Versailles , soit par leurs intrigues pendant les vingt dernières années; ne faisant aucun cas du reste de la nation , il n'obtint d'autre résultat que de réveiller les craintes, ou de ranimer les haines. A Marseille particulièrement, l'exaltation que sa présence occasionna devint fatale pour des hommes accusés de n'avoir pas , au mois de mars, salué avec enthousiasme le drapeau blanc, au moment de l'abdication de Napoléon.
Le 5 mars 1815, on apprit aux Tuileries l'apparition de Napoléon sur les côtes du Var. Dès la nuit sut-
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vante, le comte d'Artois partit pour Lyon, où il arriva le 8 à dix heures du matin : mais bientôt Napoléon y fut reçu avec enthousiasme , et , au moment où le prince reprit en hâte la route de la capitale, il ne fut accompagné que d'un seul garde national, dont Napoléon honora la Gdelité en lui accordant la croix d'honneur. Tandis que l'assentiment général accompagnait l'empereur vers la capitale , le comte d'Artois suivait le roi au corps législatif, et , dans la tardive séance du 16 mars, il jurait, au nom de l'honneur, fidélité à cette charte dont il avait plus d'une fois parlé comme d'un engagement dérisoire. Dans la nuit du 19 au 20, le roi quitta les Tuileries, et, quelques heures après, son frère courut aussi vers la frontière avec le duc de Berri. Ils s'arrêtèrent à Ypres, puis ils se rendirent à Gand auprès du chef de la famille.
Cependant, bientôt après, la journée de Waterloo vint leur ménager un triomphe moins national encore que celui ae 1814; revenu en France avec l'appui des baïonnettes étrangères, le comte d'Artois présida , le 26 juillet , le collège électoral de la Seine. Le 12 octobre , après que lé prince de Polignac et le comte de la Bourdon naye eurent prêté serment dans la chambre des pairs , avec des réserves inconstitutionnelles , il allégua lui-même de pieux motifs pour autoriser ces restrictions. Sa sincérité avait été déjà fortement contestée ; on se rappelait qu'il avait dit à ses courtisans : « Résignez-vous pour le pré- « sent , je vous réponds de l'avenir. » A la vérité , il s'opposa à ce que la chambre des pairs votât des remercîments au duc d'Angoulême, à l'occasion de l'essai de pierre civile que ce prince avait tenté aopérer dans le Midi. « C'était, avait-il dit, contre des Fran- « cais qu'il s'était vu contraint de « combattre. » Mais de telles démonstrations n'offraient aucune garantie, et l'on ne tarda pas à exiler ou à mettre à mort plusieurs de ces Français égarés. Le 13 février 1820, le duc de Berri fut assassiné ; cet événement,
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sitôt à profit par la faction dont son père était chef, termina la carrière politique du ministre Decazes.
Toutefois, ce fut seulement au mois de septembre 1821 que le comte d'Artois présenta au roi des ministres de son choix. MM. de Villèle et Corbière reçurent alors des portefeuilles, et l'on regarda la composition de ce ministère comme le prélude du règne si impatiemment attendu par la faction ultramonarchique. Les chefs de cette faction avaient osé dire qu'une attaque d'apoplexie pouvait seule sauver l'État. Ils virent enfin succomber Louis XVIII, le 16 septembre 1824. Le même jour, à midi, les ministres se réuni rentà Saint-Cloud, et le nouveau roi fut proclamé sous le nom de Charles X.
N'ayant rien d'essentiel à changer au système d'une administration dont Louis XVIII , trop affaibli , n'avait pas été le maître , on se mit immédiatement à préparer les opérations concertées a'avance , et particulièrement l'indemnité destinée à payer aux émigrés les vingt années que beaucoup d'entre eux avaient passées dans les rangs des ennemis de leur patrie. Cependant, à l'ouverture de la session, le 22 septembre, Charles X assura que la confiance de la nation ne serait pas trompée.» Vous assisterez, Messieurs, « ajouta-t-il , à la cérémonie de mon « sacre. Là, prosterné au pied du même « autel où Cl o vis reçut l'onction sainte, « en présence de celui qui juge les « peuples et les rois , je renouvellerai « le serment de maintenir et de faire « observer les lois de l'État , et les « institutions octroyées par le roi mon « frère. »
Le sacre eut lieu, en effet, le 29 mai 1825 avec un grand éclat. Un procèsverbal certifia que l'huile miraculeuse, employée jadis pour le baptême de devis, avait été conservée en partie,
Quoique la fiole qui la contenait eut té brisée publiquement en 1793. L'archevêque de Reims employa ces précieux restes, et Charles X fut oint avec une huile de treize siècles, au dire du procès-verbal.
Il visita en 1827 le camp de
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Orner, où l'on venait de réunir dixsept mille hommes. La faction espérait que là seraient signées les ordonnances qu'elle invoquait chaque jour; mais son attente fut déçue, le moment n'était pas arrivé. Le roi traversa les départements de l'Oise, de l'Aisne, de In Somme , et visita surtout celui du Word ; il parut également satisfait et de l'accueil qu'il reçut et de l'état de l'industrie dont il remarqua lui-même les progrès.Les canaux, les fortifications, les routes, ainsi que les lieux connus par des souvenirs historiques , parurent fixer aussi son attention , et tout se passa paisiblement. Mais ceux qui voulaient des troubles, ceux qui mettaient leur espoir dans ce qu'ils appelaient une journée , s'alarmèrent du faible accord qu'ils avaient cru remarquer entre le monarque et le peuple. Les ministres se ménagèrent des prétextes pour déterminer le licenciement de la garde nationale de Paris, et pour faire exécuter des charges de cavalerie dans quelques-unes des rues les plus populeuses. C'était à l'approche du renouvellement de la chambre, et le but de ces machinations était visible : mais elles excitèrent moins de terreur que d'ind^nation. L'esprit public , manifesté dans les collèges électoraux , lit disparaître cette administration coupable.
La cour parut céder jusqu'à un certain point ; elle forma , le 4 janvier 1828, un cabinet dont on pouvait d'abord attendre quelque bien. (Voyez Martignac.)
Mais bientôt, après de vains tâtonnements, au milieu desquels le roi fit un voyage à Metz , Lunéville, Strasbourg et Mulhausen, les conseillers qui flattaient ses préventions, portèrent brusquement au pouvoir des hommes dont la seule présence semblait une déclaration de guerre contre la nation. Ce ministère, du 8 août 1829, fut accueilli comme on devait s'y attendre , et comme les hommes incorrigibles l'avaient désiré eux-mêmes pour en finir, disaient-ils. Line expédition avait été résolue contre Alger ; on voulait un triomphe au proflt de la faction, et, s'il eut lieu trop
tard pour elle , du moins elle put décerner le commandement général à l'homme dont la nomination pouvait le plus offenser l'armée. (Voy. Bouhmont.)
Pendant que ces préparatifs se faisaient à grands frais, les chambres furent convoquées. Dans la séance royale du 2 mars 1830 , le roi , après s'être félicité de la part que la France avait eue sous son règne à la régénération de la Grèce, et présenté le châtiment qu'il espérait infliger au dey d'Alger , comme devant « tourner au « profit de toute la chrétienté , » insista sur les droits sacrés de la couronne, et insinua qu'il fallait repousser avec mépris les plaintes de l'opposition. Alors fut rédigée la fameuse adressedes deux cent vingt et un.(Voy.
Adresse.) On sait comment la chambre fut ensuite prorogée, puis dissoute. Il fut alors aisé de prévoir que de nouvelles élections ramèneraient les mêmes députés. En avril, et durant les mois suivants , de nombreux incendies, effets d'un complot politique, affligèrent la Normandie. La police n'en découvrit pas les auteurs , et les journaux dont le ministère disposait en conclurent qu'il fallait rétablir les cours prévôtales.
Le 23 juillet, le résultat des élections était connu, à l'exception de celles du département de la Corse : les deux cent vingt et un avaient tous été réélus.Charles X se trou vait placé dans une position très-difficile; il avait compromis la dignité royale en publiant , en son propre nom , une sorte de manifeste auquel on n'avait fait aucune attention. Enfin, le 25 juillet, parurent dans le Moniteur les six ordonnances destinées à modifier, ou plutôt à annuler la charte. Cette publication fut immédiatement suivie par des protestations des députés présents dans la capitale , et des rédacteurs des principaux journaux. Aussitôt, Paris fut déclaré en état de siège ; le commandement en fut remis par une ordonnance au duc de Raguse ; un conseil de guerre fut institué ; des cours prévôtales furent établies , et on lança quarante-cinq nian-
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dats d'amener. Enfin , on distribua, comme encouragement, près d'un million aux troupes qui devaient occuper la capitale: Cnarles X avait donné de sa liste civile la moitié de cette somme: le reste avait été fourni par le trésor.
On sait que toutes ces mesures furent inutiles; le peuple triompha de tous les obstacles qui lui furent opposés. Cependant Charles X était à Saint- Cloud; le bruit du canon tiré à mitraille dans les places et dans les rues de Paris ne l'empêcha pas de faire sa partie de cartes comme à l'ordinaire.
Mais, le 29, le duc de Raguse fut forcé de se replier avec ses troupes vers le château royal. La victoire du peuple étaitcomplète;la garde parisienne était organisée, et déjà le duc d'Orléans avait pris le titre de lieutenant général du royaume. Charles X, suivi de toute sa famille, s'éloigna alors de Saint-Cloud,et, dès son arrivée à Rambouillet, il expédia trois ordonnances, dont la première révoquait celles du 26 juillet, la deuxième nommait un nouveau ministère, et la troisième convoquait les chambres pour le 2 août. Ces ordonnances ne furent point mises au Moniteur, parce
Sue Charles X était détrôné lorsqu'il ïs rendit. Le 2 août, ce prince et son fils abdiquèrent en faveur du duc de Bordeaux. (Voy. Abdication.)
Charles X se dirigea ensuite sur Cherbourg, escorté par ses gardes du corps et accompagné de quatre commissaires , qui ne devaient le quitter que lorsqu'il serait sorti du territoire du royaume. Il passa le 11 à Vire , pour se rendre au port où l'attendaient deux bâtiments américains et une frégate française chargée de les observer. Parti de Vaiogne le 16, à neuf heures du matin, il arriva en quatre heures à Cherbourg, et se dirigea vers la rade, sans s'arrêter dans la ville. Le 17, il écrivit de la rade de Spithead , en vue de Portsmouth, au roi d'Angleterre, qui ne put lui offrir que l'accueil qu'on donne à un simple étranger. Quand Charles X voulut ensuite prendre terre à Portsmou th, on l'avertit des dispositions de la plupart des habitants, qui prenaient,
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pour le recevoir, les couleurs nationales de France. Il avait formé , diton, le projet de s'arrêter à l'île de Wight ; mais chaque jour augmentant son incertitude sur ce que les cabinets étrangers croiraient pouvoir entreprendre , même en faveur du duc de Bordeaux, il choisit pour résidence If château d'Holy-Rood , à Edimbourg , dont il s'éloigna dans la suite pour échapper aux désagréments d'un procès que lui intentèrent ses anciens créanciers. Il quitta alors l'Angleterre pour la Bohême, et alla habiter, avec sa famille , l'ancien palais de Burg, au Hradchin de Prague , que l'empereur d'Autriche mit à sa disposition. Il est mort à Goritz, le 6 novembre 1836, à l'âge de soixante et dix-neuf ans et vingt-huit jours. Son règne avait dure six ans, et il en avait passé trente-deux dans l'exil.
Charles Ier d'Anjou , fils de Louis VIII , roi de France, et de Blanche de Castille, naquit en 1220. Il épousa Béatrix , la dernière des quatre filles de Raymond Bérenger, comte de Provence, et, par cette alliance, fit entrer ce comté dans la maison de France, qui déjà dominait dans tout le Midi du royaume. Les trois sœurs de Béatrix avaient épousé des rois; elle voulait un trône aussi , et irritait , par ses désirs, l'ambition de Charles d'Anjou. La F'rance avait alors une grande influence au dehors : l'Angleterre, l'Espagne s'abaissaient devant elle; Charles, maître de la Provence, lui asservit bientôt l'Italie. Il y fut appelé par le parti guelfe et national , qui se débattait depuis si longtemps contre la maison de Hohenstaufen. Il porta les derniers coups à cette dynastie autrefois si puissante, et recueillit une
Eartie de son héritage. Le pape l rain IV, puis Clémeut IV, sou successeur, prêchèrent une croisade contre Manfred, roi de JNaples , et en donnèrent le commandement à Charles d'Anjou. Celui-ci vint à Rome en 126S, et y fut couronné roi le 24 mai , pendant que Béatrix traversait la LomWdie avec une armée. Dans l'hiver de 1266, il pénétra dans le royaume de
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Jïaples par la route de Ferentino, et remporta sur Manfred une victoire complète près de Bénévent. Manfred , voyant la déroute des siens , se jeta au milieu des Français , et se fit tuer.
Charles défendit de l'ensevelir ; mais ses soldats, indignés de cet ordre, dressèrent un tombeau à ce malheureux prince. Le conquérant usa de sa victoire avec une avidité farouche. Il se hâta de jouir, comme s'il eût craint de ne pouvoir conserver ses conquêtes. L'Italie épuisée se repentit bientôt de s'être livrée elle-même; et quand le jeune Conradin parut avec trois mille hommes pour reprendre le royaume qui avait appartenu à sa famille , les Italiens, accourant en foule, lui firent bientôt une armée. Il livra bataille à Charles, fut vaincu à Tagliacozzo le 23 août 1268, et le vainqueur, toujours impitoyable , fit tomber sur i'échafaud la tête du dernier des Hohenstaufen. En mourant , Conradin avait jeté son gant dans la foule; ce gant fut ramassé, dit-on , par Jean de Procida , qui prépara la vengeance avec une obstination infatigable et une froide fureur. Cependant Charles paraissait s'affermir en Italie , et il travaillait à asservir le nord de cette contrée , dont il possédait déjà tout le midi. Les Guelfes de la Lombardie, de Piémont, de Toscane, le reconnaissaient pour leur chef; mais les papes, effrayés de ses progrès , contrarièrent ses desseins.
Grégoire X, et surtout Nicolas III, rompirent avec lui. Nicolas le força à résigner le vicariat de l'empire en Toscane, et il encouragea les projets de Jean de Procida. Mais, après fa mort de ce pontife, Charles parvint à lui faire nommer pour successeur , Martin IV, sa créature ; il sembla alors de nouveau inattaquable , et déjà il rêvait la conquête de l'empire d'Orient, lorsque le massacre des V êpres siciliennes lui enleva la Sicile (1282). Tous ses efforts pour la reprendre furent inutiles : sa flotte fut brûlée par Roger de Loria , habile marin qui combattait pour Pierre d'Aragon , défenseur des Siciliens. Dès lors aucune de ses entreprises ne réussit , et il n'éprouva
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plus que des revers. Il mourut le 7 janvier 1285, au moment où il préparait une nouvelle descente en Sicile.
Charles d'Anjou avait de grands talents, ma is point de vertus. Il était terrible pour tout le monde. Ceux qui ne le haïssaient pas le craignaient. Jean Villani , son historien et son admirateur, ne semble parler de lui qu'en tremblant.II y a une émotion de crainte dans le portrait suivant qu'il nous en a laissé: « Ce Charles, dit-il, fut sage et prudent dans les conseils ; preux dans les armes , sévère et fort redouté de tous les rois du monde; magnanime et de hautes pensées qui l'égalaient aux plus
f;randes entreprises; inébranlable clans 'adversité, ferme et fidèle dans toutes ses promesses ; parlant peu et agissant beaucoup; ne riant presque jamais; décent comme un religieux , zélé catholique, âpre à rendre justice , féroce dans ses regards. Sa taille était grande et nerveuse, sa couleur olivâtre, son nez fort grand. Il paraissait plus fait qu'aucun autre seigneur pour la majesté royale. Il ne dormait presque point. Il fut prodigue d'armes envers ses chevaliers, mais avide d'acquérir, de quelque part que ce fût, des terres , des seigneuries et de l'argent pour fournir à ses entreprises. Jamais il ne prit de plaisir aux troubadours, aux mimes et aux gens de cour (*). »
Chables d'Anjou. Voyez Maine (comtes du).
Chables de Blois ou de Chatillon , frère puîné de Louis , comte de Blois , et fils de Marguerite , sœur de Philippe de Valois , épousa , en 1337, Jeanne de Penthièvre, fille de Gui de Bretagne. Les conditions du mariage furent que Charles prendrait le nom, le cri et les armes de Bretagne, et qu'il succéderait au duc Jean III , qui n'avait pas d'enfants. En conséquence, la plupart des seigneurs et des barons lui prêtèrent foi et hommage, comme à l'héritier présomptif du prince régnant.
Mais Jean de Montfort, frère du
(*) Villani, liv. vir;Sismondi ,Rép. ital., tom. III.