BOM
de Berri , et sacré évêque d'Amiens le 3 octobre 1819, fonctions qu'il n'exerça que deux ans, au bout desquels il mourut. Il avait publié, en 1799, un ouvrage fort médiocre, intitulé : La France* avant et après la révolution.
Bommel (conquête de l'île de). — Après avoir pris Nimègue, en 1794, l'armée française était dans le plus absolu dénûme'nt. Pendant sept mois, les soldats, sans bas, sans chaussure, avaient continuellement marché dans la boue, dans les marécages; on les voyait avec des lambeaux de vêtements sur le sol glacé qu'ils avaient conquis, et dont ils étaient les maîtres les plus indigents. A peine ces troupes avaientelles pris une place, que les fournisseurs frappaient d'une réquisition toutes les étoffes, tous les draps, tout le linge, et enlevaient aux militaires les ressources qu'ils auraient pu y trouver pour se garantir des rigueurs de l'automne dans un climat humide et froid; quelquefois même on les voyait manquer de pain; mais l'enthousiasme de la victoire étouffait toutes les plaintes. Leurs généraux, sensibles à leurs maux, demandaient quelques instants pour les reposer de tant de fatigues ; mais les hommes qui
gouvernaient alors la France en avaient écidé autrement. Ils méditaient une expédition sur l'île de Bommel, utile sans doute, mais que le défaut de barques pour traverser le Wahal , et l'impossibilité d'y traîner de l'artillerie, rendaient impraticable. Le détachement chargé de cette attaque avait encore à craindre de se trouver séparé de l'armée par le débordement des rivières ou par les glaçons qu'elles pouvaient charrier dans* cette saison avancée. Le général Moreau prédit des malheurs, tandis que le général Daëndels, Hollandais, promettait des succès. Les commissaires du gouvernement voulurent tenter l'entreprise ; il fallut obéir. Daëndels avait rassemblé quelques barques à Nimègue et vers Crèvecœur. Le 12 décembre 1794, quatre compagnies passèrent le Wahal,, prirent un major hanovrien, en-
BON
L'UJSIVERS.
BON
clouèrent quelques canons, mais elles furent obligées de se rembarquer promptement devant des forces trop supérieures. L'attaque du fort Saint- André fut encore plus malheureuse.
La mitraille Gt périr un grand nombre de Français. Daëndels s'aperçut, mais trop tard, de son erreur; 'il avoua l'impossibilité de cette entreprise ; mais son projet avait privé l'armée de plusieurs braves. Moreau ordonna la retraite; et le débordement des eaux força l'armée à prendre quelques jours de repos; elle rentra enfin en quartier d'hiver ; son repos ne fut pas de longue durée.
Quelques jours après, un froid extraordinaire se fît sentir; la Meuse se gela, et la glace fut assez forte dans beaucoup d'endroits pour offrir un passage a l'armée. Le général Sauviac, de l'arme du génie, un thermomètre à la main , observait les progrès du froid ; il affirma que s'il augmentait, ou se soutenait au même degré, rien n'était
f>lus facile que la conquête de la Holande, au moment où elle était privée de ses barrières naturelles, les marais, les canaux, les rivières. L'occasion était trop belle. Pichegru la saisit. Les ordres furent donnés pour passer le Wahal. Les généraux Daëndels etOsten passèrent la Meuse sur la glace le 28 décembre, et marchèrent sur l'île de Bommel. Un froid extraordinaire engourdissait la nature ; les Français seuls conservaient leur vivacité. Sans canons, ils attaquèrent des batteries, et les emportèrent à la baïonnette. Les Hollandais, frappés de terreur par une attaque qu'ils étaient loin de présumer, opposèrent peu de résistance. La garnison du fort Saint-André ne se défendit pas. Ainsi la conquête de l'île de Bommel , du fort Saint-André, de seize cents prisonniers, d'une grande quantité de canons et de bouches à feu , qui eût coûté beaucoup de peines, de travaux, de temps et d'argent dans un temps ordinaire, n'employa qu'une journée. Les troupes employées a cette expédition restèrent dans le Bommel et gardèrent la ligne du Wahal.
Bon (Louis- André), l'un des plus
distingués d'entre les généraux que vit naître la révolution, naquit à Romans, en Dauphiné, le 25 octobre 1758. Il s'enrôla fort jeune dans le régiment de Bourbon-infanterie, et fit une partie de la guerre d'Amérique. II était de retour en France, lorsqu'en 1792, un bataillon de volontaires nationaux le choisit pour son chef. Bon conduisit aussitôt ce corps sur les frontières d'Espagne , à l'armée que commandait Ducommier. Il y obtint bientôt le grade de chef de brigade, et fut employé en cette qualité au blocus de Bellegarde. Il y donna des preuves d'un grand courage, et fut nommé général de brigade. L'année suivante , il passa en Italie, sous les ordres d'Augereau , et contribua à toutes les victoires qui marquèrent les débuts de Bonaparte. Apres la paix de Campo- Formio, le général Bon fut chargé du commandement de la huitième division militaire, dont Marseille était le cheflieu. II arriva dans cette contrée au moment où la réaction thermidorienne y était le plus active , et fit cesser ces désordres par sa fermeté et par les proclamations énergiques qu'il adressa aux habitants. Il parvint aussi à rétablir l'ordre à Avignon. Il fut alors nommé général de division , et accompagna en Éçypte son ancien général en chef. II sedistingua devant Alexandrie, détermina la prise du Caire par l'attaque d'un poste important, et contribua au triomphe inespéré du Mont-Thabor, en tournant l'ennemi, attaqué de front par Kléber. Il se distingua également a la prise d'El-Arich, enleva Gaza, força Jaffa , et alla périr devant les murs de Saint- Jean d'Acre. Il se trouvait, le 10 mai 1799, à la tête de ses grenadiers, au pied de la brèche, dans le dernier assaut livré au corps de la place, lorsqu'il reçut une blessure mortelle qui 1 enleva'à sa division. Le général Bon avait toutes les qualités qui font les grands généraux , et la mort seule l'a empêche d'arri ver aux plus hauts grades militaires. Quatorze ans après la prise de Saint-Jean d'Acre , l'empereur, visitant l'École militaire de Saint-Germain , demanda le nom de l'un des
BON
BON
élèves qu'il passait en revue. C'était le lau, émigra en 1791, et se rendit à
fils du général Bon. «Où est votre mère? l'armée de Condé , qu'il quitta bientôt
«dit Napoléon.— Elle est à Paris, à un après, pour se retirer avec sa famille
« guatrieme étage , où elle meurt de à Heidelberg , où il composa sa Théo- « faim , » répondit le jeune homme. Ce . rie du pouvoir politique et religieux.
long et involontaire oubli fut réparé à Cet ouvrage , publié a Constance , en
l'instant même; la veuve du général 1796, et envoyé en France, fut saisi
Bon reçut une dotation , et le fils fut créé baron de l'empire avec une autre dotation.
Bon de Sàïnt-Hiiaire (François- Xavier), premier président de la chambre des comptes de Montpellier, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres , et de la Société royale de Londres , naquit à Montpellier, en 1678, et mourut à Narbonne en 1761.
Jurisprudence , belles-lettres , beauxarts, le président Bon embrassa toutes ces branches diverses des connaissances humaines. On a de lui , dans les recueils des différentes sociétés savantes auxquelles il appartenait , des mémoires sur tous ces sujets. Mais il en est un qui fit beaucoup de bruit, et qui lui acquit une réputation plus qu'européenne ; c'est celui qui a pour titre : Dissertations sur l'araignée , et où il enseigne le moyen de filer la soie de. cet insecte. L'impératrice, femme de Charles VI, après avoir lu cet ouvrage , fît demander à l'auteur une paire de gants de soie d'araignée, que Bon se hâta de lui envoyer. Son ouvrage fut traduit dans toutes les langues de l'Europe , et même en chinois par le P. Parenniri, qui le présenta à l'empereur de la Chine. Ce prince |e lut, dit-on, avec intérêt, le lit lire à ses enfants, et y prit une très-haute idée de l'industrie des Français. Toutefois, la postérité n'a pas confirmé le jugement des contemporains sur l'utilité de la découverte du président Bon. Déjà même, en 1710, Réaumur l avait apprécié à sa juste valeur dans son mémoire sur la soie des araignées, inséré dans le recueil de l'Académie des sciences.
Boiuc, terre et seigneurie du comté de Foix , à trois lieues sud-ouest de I'amiers, érigée en marquisat en 1633.
. Bo.nald ( Louis-Gabriel-Ambroise, vicomte de), né au Monna , près Mil-
par ordre du Directoire, et peu d'exemplaires échappèrent à cette mesure.
Pour soutenir le courage de son parti, l'auteur y prophétisait, avec la clarté des oracles sibyllins, le retour des Bourbons, retour dont cependant il avait soin de ne pas spéciûer l'époque. Rentré en France au moment du couronnement de Napoléon, M. de Bonald ne retrouva qu'une modeste partie des biens qu'il avait cru devoir abandonner. Forcé , pour soutenir sa nombreuse famille, de mettre à profit ses connaissances, il devint, en 1806, un des rédacteurs du Mercure avec MM. de Chateaubriand et Fiévée. La Législation primitive, celui de ses ouvrages qui restera le plus longtemps , avait paru quelques années auparavant.
Sollicité, en 1808, par M. de Fontanes, qui était son ami, il se laissa donner une place de conseiller titulaire de cette même université contre laquelle il avait souvent dirigé les traits de son esprit; et, dans les salons de l'empereur, il attendit patiemment , avec ses douze mille francs de rente, l'accomplissement de sa prophétie sur le retour des Bourbons. 11 s'était retiré dans sa famille , lorsque Louis Bonaparte , roi de Hollande, lui proposa de vouloir bien se charger de l'éducation de son fils. Le courrier dépêché à Rhodez pour porter cette importante missive trouva M. de Bonald dans des dispositions peu favorables. La place fut refusée,etunabbédeRome,l'abbéParadisi, le remplaça auprès du jeune prince. Au mois de juin 1814, le roi le nomma membre du conseil d'instruction publique, et lui accorda, sur sa demande, la croix de Saint-Louis. En 1815, élu député par le département de l'Aveyron, il vint siéger à la chambre introuvable, où il vota constamment avec la majorité. Il exprima le désir que les biens non vendus, qui avaient été
T. m. 7e Livraison. (Dict. encycl. , etc.)
98 bon vmi
cédés à l'ancien clergé, fussent donnés au clergé* actuel. Réélu en 1816, ii s'opposa au projet de loi sur les élections , réclama l'abolition du divorce.
A la présentation du budget, il demanda la suppression de beaucoup de places, et parla contre l'aliénation des forêts. Dans la session de 1817, lorsqu'on proposa de renvoyer les Suisses, on le vit opposer la plus vive résistance à cette mesure nationale et constitutionnelle. Les Suisses étaient, selon lui , meilleurs Français que les Français eux-mêmes. Il 'demanda un jury spécial pour réprimer les abus de la presse et l'établissement de la censure pour les journaux, quoiqu'il eût déclaré, en 1816, qu'elle était incompatible avec l'esprit des gouvernements représentatifs. Compris dans la réorganisation de l'Institut, il vint remplacer, à l'Académie française, un des hommes
3u'on n'aurait pas dû en exiler. Réélu éputé, en 1820 et 1823, il fut, à la fin de cette année, nommé pair de France. Depuis l'année t822, il était ministre d'Etat. M. de Bonald , toujours opposé à la liberté de la presse, fut président de la commission de censure. Son refus de serment , en 1830, lui Ot perdre son titre de pair. Depuis , il n'a plus reparu sur la scène politique. Il se retira au Monna où il vient de mourir, le 23 novembre 1840.
Après les ouvrages de M. de Bonald que nous avons cités , on peut encore mentionner, au nombre de ceux qui ont eu le plus de succès , ses Recherches philosophiques sur les premiers objets des connaissances morales, 2 vol. in-8°, 1818 et 1826. Les œuvres de M. de Bonald ont été publiées en 12 vol.
in-8», Paris, 1817-1826.
Bonamy ( Charles -Auguste -Jean- Bajrtiste-Louis-Joseph) naquit à Fontenay-le-Comte , en 1764. Il s'enrôla, en 1791, dans le 1er bataillon des volontaires de la Vendée; fut nommé, en 1792, sous-lieutenant de cavalerie, et lit en cette qualité les campagnes de Champagne et de Belgique, sous Dumouriez. Après la défection de ce général , il passa en Vendée, d'où il retint, en 1794, avec le général Mar-
ERS. BON
ceau. Bientôt après , Kléber le fit son chef d'état-major, et il se distingua dans plusieurs occasions , notamment au siège de Mayence (octobre 1795). Accuse , en 1 796 , d'avoir favorisé les approvisionnements de la garnison autrichienne d'Ehrenbreitstein , que les Français tenaient bloquée , ii parvint à se disculper, mais il cessa d'être employé pendant deux ans. Cependant, en 1798, il suivit à Rome le général Championnet , qui le choisit pour son chef d'état-major. Nommé alors général de brigade , il se distingua dans la rapide invasion du royaume de Naples; mais accusé de nouveau d'avoir pris part aux abus qui causèrent la aisgrace du général en chef, il fut arrêté et ne dut sa liberté qu'à la, révolution qui renversa une partie des directeurs. Ce fut à cette époque qu'il publia, sous le titre de Coup d 'œil rapide sur les opérations de la campagne de Naples jusq u'à Centrée des Franco is dans cette ville, un ouvrage dont le but principal était sa justification , mais qui offre cependant quelques renseignements utiles pour l'histoire. 11 était encore en Italie en .1800, et il eut quelque part au triomphe de Marengo. Le général Bonamy fit partie de l'expédition de Russie, en 1812, et s'y distingua dans plusieurs occasions; mais ce fut surtout à la bataille de la Moskowa qu'il s'illustra par l'un des plus beaux faits d'armes de cette guerre. Ayant reçu l'ordre d'attaquer, au centre de l'armée russe, la terrible redoute où quarante pièces de canon vomissaient incessamment la mort , il se met à la tête du 30e régiment , essuie de nombreuses décharges de mitraille , perd la moitié de sa troupe, et devient avec le reste maître du redoutable retranchement ; mais attaqué aussitôt par d'innombrables masses d'infanterie , il voulut encore résister, vit tomber à ses cotés le dernier de ses soldats , fut lui-même percé de vingt coups de baïonnette, et laissé pour mort sur le champ de bataille. II tomba au pouvoir des Russes , qui le gardèrent vingt-deux mois prisonnier. 11 revint en France en 1814. Après le re-