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• ger qu'avec scrupule une bouillie au i miel et à l'huile qu'on lui avait servie « pour restaurer son estomac délabré.»
Le goût que les Normands avaient pour la bouillie leur .valut autrefois le sobriquet de boulieux. La Bruyère Champier, médecin attaché à François Itf, qui a publié en 1560 un traité ta Re clbaria* nous apprend que de son temps la bouillie avait pris à la cour une grande faveur auprès des dames et auprès des hommes mêmes , lesquels, selon l'expression de l'auteur, redevenaient enfants par gourmandise. La bouillie était encore servie au dix-septième siècle sur les tables royales. Mademoiselle de Montpensier en fournit dans ses Mémoires une preuve
fii contient sur l'enfance de Louis IV une anecdote assez singulière:
» Monsieur, dit-elle, vint un jour dans la chambre de la reine, comme elle allait dîner avec le roi. Il trouva un poêlon de bouillie ; il en prit sur une assiette et f alla montrer au roi , qui lui dit de n'en pomt manger.
Monsieur dit qu'il en mangerait; le roi répondit : « Gage que non.» La dispute s'émut ; le roi voulut lui arracher l'assiette, la poussa, et jeta quelques gouttes de bouillie sur Monsieur, qui a la tête fort belle et aime extrêmement sa chevelure. Cela le dépita; il ne fut pas maître du premier mouvement, et jeta l'assiette au nez du roi. »
Quoique la bouillie ait été de tout temps un mets recherché, il paraît que ce fut seulement vers le milieu du quinzième siècle que l'on commença à l'employer comme aliment pour les enfants en bas âge. Un certain Jacobus départons, qui vivait en 1464, écrivant contre les abus que les mères avaient introduits dans l'éducation de leurs enfants , signale comme tel cet usage de la bouillie , qu'il dit être tout nouveau , et particulièrement inconnu à toute l'antiquité. Gui Patin, qui avait aussi de la prévention contre cet aliment, le dénonce, en 1644, dans une lettre à Spon , comme une nourriture visqueuse et grossière , qui fait de la colle dans l'estomac des enfants . etc.
Malgré cet anathème, et l'impression non encore effacée qu'il a laissée chez quelques mères , les nourrices de village continuent encore à donner de la bouillie aux petits enfants, sans qu'il en résulte aucun des inconvénients signalés par Gui Patin.
Dans plusieurs provinces de France, notamment en Franche - Comté , en Bresse et en Bourgogne , on fait avec de la farine de maïs une bouillie un peu épaisse que l'on appelle des gaudes,et qui entre pour un tiers et queiuefois pour moitié dans la nourriture es gens de la campagne. En Bretagne c'est avec le sarrasin ou blé noir que l'on prépare la bouillie, l'un des principaux aliments des classes pauvres.
Bouillon, Bullio, ancienne ville de France , capitale d'un duché du même nom, qui fait aujourd'hui partie du duç.hé de Luxembourg. Son château, situé sur un roc inaccessible, était devenu une prison d'état pendant le règne de Napoléon.
Bouillon (première maison de).
Voyez la. Mark.
Bouillon (deuxième maison de).
Voyez la Toub (maison de).
Bouillon (Marie-Anne Maneini, duchesse de), était la plus jeune des nièces de Mazarin. Elle naquit a Rome, en 1649, de Michel-Laurent Mancini, baron romain , et de Hiéronyme Mazarini, sœur puînée du cardinal. Elle vint à Paris fort jeune; et avant l'âge de quatorze ans, en 1662, elle épousa Godefroi de la Tour, duc de Bouillon.
Cette noble alliance, ou même l'honneur de s'être distinguée par l'originalité et le tour naïf de son esprit* dans un siècle où l'esprit était chose presque vulgaire et à peine remarquée, n'eussent pas suffi pour lui conquérir une place parmi les femmes illustres de notre pays; mais elle se présente à nous avec un titre qui a bien plus de valeur : elle fut la protectrice des gens de lettres; elle devina, elle encouragea le talent de la Fontaine. La société, au dix-septième siècle, était ainsi faite: un auteur, quel que fut d'ailleurs sob mérite, avait besoin d'un appui étranger ; par lui seul il ne pouvait à peu
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L'UNIVERS
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près rien. Nous devons donc quelque reconnaissance à ceux qui ont aidé à l'enfantement de tant de chefs-d'œuvre; qui n'ont pas permis que le génie s'éteiçnU dans la souffrance et le désespoir; à ceux-là surtout qui savaient, comme la duchesse de Bouillon , mettre dans leurs bienfaits cette délicatesse qui ne laisse à l'obligé qu'un doux sentiment de gratitude respectueuse. La duchesse de Bouillon fut pour la Fontaine bien plus qu'une protectrice ; elle fut son amie dévouée. C'est elle qui lui donna la première ce charmant surnom de Fablier , mal à
Eropos attribué à madame de la Salière. La Fontaine avait pour elle une affection toute paternelle : « Elle « porte la joie partout , écrivait-il à « l'ambassadeur d'Angleterre ; c'est « un plaisir de la voir disputant, « grondant , jouant et parlant de tout « avec tant d'esprit , que l'on ne sau- « roit s'en imaginer davantage. » Un père ne dirait pas mieux de son enfant préféré. Il paraît que la duchesse de Bouillon prit parti pour Pradon dans la lutte des Phèdres;ce ne fut pas injustice, mais erreur; une erreur de goût que partagèrent longtemps la plupart de ses contemporains.
Bayle , le grand critique, n'a-t-il pas écrit que les deux Phèdres étaient deux belles tragédies. Une curiosité irréfléchie faillit devenir fatale à la duchesse de Bouillon; elle avait eu le malheur d'entretenir quelques rapports avec la Brinvilliers , et fut décrétée par. la chambre ardente, en 1680. On pense bien qu'elle n'eut pas de peine à démontrer qu'elle n'avait rien de commun avec les empoisonneurs. Louis XIV ne l'en exila pas moins pour quelque temps à Nérac.
On la voit, en 1687, faire un voyage en Angleterre auprès de sa sœur, la fameuse duchesse de Mazarin ; puis, en 1690, un autre voyage à Rome où son fils, le prince de lu renne, avait accompagné le cardinal de Bouillon.
Depuis lors elle vécut dans une retraite studieuse, au milieu de sa famille et de ses amis , jusqu'à sa mort, en 1714. Le seul écrit que nous ayons
de la duchesse de Bouillon est un rondeau contre les Métamorphoses de Benserade. On le trouve dans le commentaire de Saint-Marc sur Boileau.
Bouillon (G.)\ peintre et graveur, ancîen pensionnaire de l'académie de France a Rome, né à Thiviers (Dordogne), en 1775, a publié, de 1810 à 1825 , une magnifique collection de Gravures du musée des antiques, formant 3 vol. in-fol.
Bouillon (Rose) , l'une de ces héroïnes auxquelles la révolution fit oublier la faiblesse et la timidité ordinaire à leur sexe, entra, comme volontaire, avec Julien Henri, son mari, dans le sixième bataillon de la Haute- Saône. Elle supporta toutes les fatigues et tous les dangers de la guerre, jusqu'à la mort de son époux , qui perdit la vie à ses côtés à la bataille de Limbach. La vue de Henri , baigné dans son sang, loin de la distraire de ses devoirs de soldat, sembla au contraire avoir doublé son courage, et on ne cessa de la voir, tant que dura l'affaire, parmi les plus acharnés à poursuivre l'ennemi. Après cette journée, elle obtint la permission de se retirer auprès de sa vieille mère qu'elle avait chargée du soin de ses deux enfants.
Le gouvernement récompensa la conduite héroïque de cette femme par une pension de trois cents francs réversible sur sa famille.
Bouillon-Lagrange (Edme- Jean- Baptiste) , né à Paris en 1764, commença de bonne heure à étudier la pharmacie et la chimie, et, après avoir dirigé pendant quelques années une des meilleures pharmacies de la capitale , fut attaché comme pharmacien à la maison de l'empereur. Il fit en cette qualité les mémorables campagnes d'Autriche et de Prusse, et se ut recevoir docteur en médecine pendant qu'il remplissait ces importantes fonctions. Il rédigea , en 1808 , un rapport sur les travaux annuels de la société de pharmacie , et rendit compte d'un procédé nouveau pour les préparations de l'éthiops martial (oxyde noir de fer). En 1813,
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il publia, sous les auspices du ministre de Tintérieur , un rapport très-détaillé, indiquant les moyens de perfectionnements que ses nombreuses expériences lui avaient fait reconnaître, en répétant et en variant les procédés employés par Achard , chimiste de Berlin , pour extraire du sucre de la betterave. M. Bouillon -Lagrange a fait un travail très-curieux sur le blanchiment par la méthode de Berthollet, et il est parvenu à rendre facile à filer, le chanvre, converti en une espèce de coton très-blanc. Il a publié un grand nombre d'ouvrages justement estimés, sur les différentes parties de la chimie , et sur les applications de cette science à la pharmacie et aux arts industriels.
Bouilly (Jean-Nicolas) , né à Tours en 1761 , étudia le droit à l'université d'Orléans, et se fit ensuite recevoir avocat au parlement de Paris ; mais il quitta le barreau pour se livrer entièrement à la littérature, lorsque le siège de cette cour fut transporté à Troyes par le gouvernement. C'est alors qu'il fit la connaissance de Mirabeau , qui encouragea ses premiers essais. Après avoir exercé a Tours , en 1793, des fonctions publiques, où il se fit remarquer par la modération de sa conduite, il fut nommé membre de la commission chargée de rédiger un plan d'éducation pour la jeunesse française; mais il donna sa démission lorsqu'il fut question de soumettre cette commission aux investigations de la police. C'est alors qu'il débuta dans la carrière dramatique. Les ouvrages de Bouilly sont trop nombreux pour que nous entreprenions de les citer ici; nous dirons seulement que la plupart eurent à leur apparition un succès de vogue , dû à l'intérêt et à la sagesse du plan qui en fait le principal mérite. Bouilly ne fut pas moins heureux dans un autre genre ; on trouve dans tout ce qu'il a écrit pour la jeunesse une douceur et une pureté que l'on cherche en vain chez le plus grand nombre des moralistes. Ijes Contes à ma fille , 2 vol. in -12; les Conseils à ma fille, 2 vol. in -12; les Jeunes
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femmes, 2 vol. in-12, et les Mères de famille; les Contes aux enfants de France, 2 vol. in-12, sont des ouvrages que les mères peuvent sans crainte mettre entre les mains de leurs jeunes enfants. Il est fâcheux, toutefois, que le style de Bouilly soit, en général, recherché et prétentieux, et qu'il tombe trop souvent dans la sensiblerie, défaut qui l'a fait surnommer le poète lacrymal. Ce littérateur estimable est mort à Paris en
Bouju (Jacques) , président au parlement de Bretagne, né à Châteauneuf en Anjou , en 1515 , mort à Angers en 1578, avait composé, outre plusieurs ouvrages , le Royal discours des choses mémorables faites par les rois de France, jusqu'à Henri III.
Cet ouvrage est mentionné dans la Bibliothèque historique de la France; mais il n'a point été imprimé , et l'on ignore s'il existe encore.
Boulainyillebs ( le comte Henri de) naquit à Saint-Saire, en Normandie (aujourd'hui département de la Seine-Inférieure), en 1658, fit ses études au collège de Juilly, et entra dans la carrière militaire, qu'il quitta* bientôt pour s'occuper uniquement des affaires de sa famille. La recherche qu'il fut obligé de faire des anciens titres de sa maison, lui donna du goût pour les études historiques , et après avoir étudié l'histoire de ses ancêtres, il s'occupa de celle de son pays. Il mourut a Paris , en 1722. Il avait composé un grand nombre d'ouvrages, mais n'en avait publié aucun. Ceux qui ont été imprimés, le furent par le soin de ses amis. Ce sont : Mémoires présentés au duc d Orléans, ré* qent de France, etc. , la Haye, 1727, in-12; Histoire de V ancien gouvernement de France, avec quatorze lettres historiques sur les parlements ou états généraux , la Haye, 1727, 3 vol. in-8° : plusieurs fois réimprimés depuis; État de là France, etc. , extraits des mémoires dressés par ordre de Louis XIV, par les intendants du royaume , pour le duc de Bourgogne, avec des mémoires sur l'ancien gou-
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vernement de cette monarchie jusqu'à Hugues Capet i cet ouvrage a eu un grand nombre d'éditions ; la meilleure est celle de Londres , 1752, 8 vol. in- 12; Abrégé chronologique de l'histoire de France, la Haye (Paris), 1733 , 3 vol. in-12 ; Mémoires pour la noblesse de France , contre les ducs et pairs, in-12, sans date; Histoire de la pairie de France et du parlevient de Paris, Londres, 1753, 2 vol. in-12. On peut voir, dans la Biographie universelle, les titres de ceux de ses ouvrages qui sont restés manuscrits.
Le comte de Boulainvillers étant le représentant d'un système important sur l'histoire de France , nous devons entrer ici dans quelques détails sur les idées au'il a émises aans ses ouvrages, et qu'il a cherché à faire prévaloir.
Partisan passionné de la noblesse et des privilèges qu'elle s'attribuait, il déplore partout, dans ses écrits, la ruine du régime féodal. Mais c'est surtout dans son Histoire de l'ancien gouvernement de la France qu'il a formulé son système : « La conquête « des Gaules , dit-il dans ce livre, est « le fondement de l'État français dans « lequel nous vivons; c'est à elle qu'il « faut rapporter l'ordre politique suivi « depuis par la nation ; c'est de là que « nous avons reçu tous notre droit «primordial.» C'est, en effet, de la conquête des Gaules par les Francs qu'il fait découler la domination et les privilèges des seigneurs féodaux et des nobles , descendants des vainqueurs, la servitude et le misérable état du peuple composé des descendants des Gaulois. 11 attribue la ruine du régime féodal à deux causes : la première est l'affranchissement des serfs; la seconde, le progrès « par lequel ces serfs s'élevèrent, contre tout droit, dit-il, à la condition de leurs anciens maîtres. Depuis six cents ans les roturiers esclaves, d'abord affranchis, puis anoblis par les rois, ont usurpé les emplois et les dignités de l'État, tandis que la noblesse, héritière des privilèges delà conquête, les perdait
un à un, et allait se dégradant de
siècle en siècle... Tous les rois de la troisième race ont voulu son abaissement, et travaillé, comme sur un
|)lan formé d'avance, à la ruine des ois primitives et de l'ancienne constitution de l'État; ce fut pour eux une idée commune d'anéantir les grands seigneurs , de subjuguer la nation, de rendre leur autorité absolue et le gouvernement despotique... Philippe -Auguste commença la destruction de la police des fiefs et des droits originels du baronnage; Philippe le Bel poursuivit ce projet par la ruse et par la violence; Louis
XI l'avança près de son terme
Leur postérité est parvenue au but qu'ils s'étaient proposé; mais, pour l'atteindre pleinement, l'administration du cardinal de Richelieu et le règne de Louis XIV ont plus fait, en un demi-siècle , que toutes les entreprises des rois antérieurs n'avaient pu faire en douze cents ans. »
Tel est le système historique du comte de Boulainvillers : ce système est vrai; mais il est incomplet, et devait l'être. En effet, lorsqu'il parut, la question de l'origine des Francs n'était pas, comme aujourd'hui, une question scientifique, c'était une question toute politique qui se transformait en celle-ci : D'où vient la différence de condition de la noblesse et du tiers état? Boulainvillers répondit hardiment : De la conquête ; et il prétendit que la conquête était un droit : l'aristocratie accueillit cette solution avec enthousiasme ; le tiers état l'accepta aussi, mais en niant le droit, qui n'était autre que celui du plus fort, et qui, par conséquent, avait dû s'évanouir avec la force qui l'avait donné, tandis que, de leur côté, les roturiers, descendants des anciens Gaulois , avaient recouvré, avec le pouvoir, le droit de réclamer l'héritage de leurs pères , et de chasser vers les forêts , d'où ils étaient sortis, les descendants des ravisseurs. Cette opinion sur la conquête des Francs et sur ses conséquences , acceptée par tous , nobles et roturiers, servit de base à tous les