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On se serrait aussi autrefois de boulets coupés ou séparés f dont les deux moitiés se rejoignaient par une chaîne de fer de deux pieds.
Bouliànnb (Antoine), soldat à la 85* demi-brigade de. ligne, né à Sabaret (Ariege) , fit partie de l'expédition d'Égypte, pendant laquelle il mérita la réputation de l'un des plus intrépides soldats de l'armée. Le 9 février 1 799, les Turcs, en grand nombre, s'étaient retranchés dans une maison , d'où ils fusillaient nos troupes sans qu'il ftlt possible de répondre à leur leu. Bouhanne, irrité, s'avança jusqu'à l'entrée de la maison , en brisa la porte à coups de crosse de fusil , renversa les barricades , et tomba atteint d'un coup mortel : la maison fut aussitôt prise d'assaut.
Boulliau (Ismael), astronome, né à Loudun en 1605, mort à Paris en 1694. Les écrits de ce savant se font remarquer par une érudition prodigieuse ; on y trouvedes vues ingénieuses et nouvelles; mais ils fourmillent aussi d'erreurs queBoulliauavouaitlui-même avec une franchise qui lui fait honneur. Boulliau , après avoir voyagé en Europe et dans le Levant, entra en correspondance avec tes savants les plus distingués de son époque ; et cette circonstance n'a pas peu contribué à répandre son nom. Le nom â'évection, donné à l'une des inégalités du mouvement de la lune , vient de lui ; on lui doit aussi une explication plausible de la cause des changements de lumière qu'on remarque dans certaines étoiles.
Boullenois (Louis), jurisconsulte, né à Paris en 1680. Pendant près de soixante ans il exerça , avec beaucoup de distinction, la profession d'avocat au parlement. C'était une des plus honorables réputations du barreau. Son Traité de la personnalité et de la réalité des lois, coutumes et statuts (1766), lui mérite une place distinguée parmi nos jurisconsultes.
On trouve dans ce livre la discussion la plus nette et la plus utile des matières les plus embrouillées de notre ancien droit. Il s'agissait, en effet, de
résoudre toutes les question» qui se rattachaient à l'état des personnes et des biens, que la diversité de nos lois et de nos coutumes rendait si difficiles et si complexes.
Boullongne. — On connaît plusieurs peintres de ce nom; le premier est Louis Boullongne. peintre du roi , membre de l'Académie, «qui chercha le goût des anciens, » selon d'Argenville , fit plusieurs tableaux pour Notre- Dame de Paris, et mourut en 1674 , à l'âge de soixante-cinq ans.
Bon Boullongne, son fils, qui naquit à Paris eh 1649, reçut de son père les premières leçons de son art, et alla ensuite étudier en Italie le Corrége , les Carraches, et surtout le Guide et le Dominiquin. Son tableau représentant Hercule combattant les centaures et les lapithes le fit recevoir à l'Académie en 1677. Il fut chargé, en 1702, de peindre à fresque les chapelles de Saint-Jérôme et de Saint-Ambroise dans l'église des Invalides. Il mourut en 1717. Il avait peint, outre les ouvrages que nous avons mentionnés, lusieurs tableaux, et un certain nomre de plafonds pour Versailles et pour Trianon. Cet artiste dessinait bien, et son coloris était convenable. Il réussit également dans l'histoire et le portrait. Ses élèves sont .T. B. Santerre, L. Sylvestre, J. Baoux, Cazes, Tournières, N. Bertin, Christophe, Dulin, Claude Verdot, le Clerc, etc.
Louis, Geneviève et Afacfefeiwe Boullongne, ses frères et sœurs, furentdes peintres moins distingués que lui. Toutefois Louis Boullongne, né en 1654, mort en 1733, est encore l'un des bons artistes de l'école française. Ses meilleurs ouvrages sont les 'peintures de la chapelle de Versailles, surtout V Annonciation et l'Assomption; on cite avec grands éloges sa Présentation de J. C. au temple, exécutée pour Notre- Dame de Paris. Il était premier peintre du roi.
Boulogne, Gessoriacum et Bono* nia, ville de l'ancienne Picardie , avec titre de comté , bailliage et évéché suffragantde Beims, aujourd'hui chef-lieu de sous-préfecture du département du
Pas-de-Calais, avec une population de vingt mille huit cent cinquante-six habitants.
César ne parle pas de Gessoriacum; le port où il s'embarqua pour son expédition de Bretagne , et qu'il désigne par l'expression de citerior portus, est probablement celui tfAmbleteuse, à trois lieues 3u nord de Boulogne (*). L'auteur le plus ancien chez qui l'on trouve le nom de Gessoriacum est Pomponius Mêla (**); après lui tous les écrivains qui parlent des côtes septentrionales de la Gaule, font mention de cette ville (***). Quant au nom de Bononia, ce fut d'abord celui d'un fort bâti au commencement de l'ère chrétienne, au nord de Gessoriacum, de l'autre côté de Y Etna (aujourd'hui la Liane).
Une communication fut établie par Drusus (****), au moyen d'un pont, entre Gessoriacum et ce fort, où Caligula fit élever un phare célèbre qui s'est conservé jusque sur la fin du dix-septième siècle, sous le nom de tour d'ordre, en latin, turris urdens, et par corruption, turris ordansou or~ drans. L'établissement Je ce phare, attirant les marins de ce côté de la Liane, la population de Gessoriacum les y suivit insensiblement; ce lieu fut bientôt abandonné; son nom disparut peu à peu , et la ville n'en eut plus qu un seul , celui de Bononia , d'où nous avons fait Boulogne.
Depuis cette époque jusqu'à nos jours, Boulogne fut plusieurs fois assiégée; elle fut prise, en 292, par Constance Chlore, sur les troupes de Carausius, qui s'en était emparé, après avoir ceint, dans la Grande-Bretagne, la couronne impériale.
Les Normands, contre lesquels Charlemagne y avait équipé une flotte en 811 , la prirent d'assaut en 882,
O Cœsar, De Bell. Gali, lib. v. Voyez Walckenaer, Géographie ancienne des Gaules, 1. I, p. 418 et suiv.
(**) De situ orbis, liv. nr,ch. 4.
(***) Voyez Pline, liv. iv, ch. 17 ; Ptolem. géogr. , Kr. 11 , ch. 8 ; Geogr. min. Insignium urbium, lib. vn, ch. a.
r**)Flor. Kb. x, ch. xx.
Passèrent au fil de l*é*pe> tous les abitants «ans distinction d'âge ni de sexe , brillèrent tous les édifices et renversèrent les murailles. Ce ne fut qu'en 912, après le départ de ces barbares, que I on put commencer à relever les fortifications. Henri III , roi d'Angleterre,tenta inutilement des'emparer de Boulogne en 1347. Henri VIII s'en rendit maître, en 1544, après un siège de six semaines; mais cinq ans après, Edouard VI la rendit à la France, moyennant quatre cent mille écus. Après la destruction deThéroua ne par Charles-Quint, en 1553, le siège épiscopal qui se trouvait dans cette ville, fut transporté à Boulogne , où il subsista jusqu'en 1789.
Le lecteur trouvera, dans l'article suivant, l'histoire des grands événements dont Boulogne fut le théâtre sous le consulat et dans les premières années de l'empire. Disons seulement ici que ces événements furent pour cette ville une cause de progrès, et contribuèrent beaucoup à la prospérité dont elle jouit aujourd nui. C'est, sans doute, au souvenir de ces obligations que les habitants de Boulogne ont au gouvernement de Napoléon, qu'il faut attribuer le choix fait de cette ville par son neveu, le prince Louis Bonaparte, pour y essayer, en 1840, une seconde tentative contre le gouvernement de juillet.
Boulogne possède des tribunaux de première instance et de commerce, une direction des douanes , un syndicat maritime, des vice-consulats étrangers, une école d'hydrographie de quatrième classe, un collège communal, une bibliothèque publique de vin^t et un mille volumes; enfin, l'établissement des bains de mer de Boulogne jouit d'une grande célébrité.
Boulogne (camp de). Non loin de la ville, à l'endroit peut-être d'où César effectua son passage en Angleterre, s'élève une colonne en pierre, construite sur le modèle de la colonne trajane. Ce monument, commencé en 1803, mais seulement achevé vingt ans plus tard, rappelle le souvenir du camp de Boulogne, où Napoléon rassembla
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cent cinquante mille hommes, qu'un de ses plus beaux plans de campagne paraissait devoir infailliblement conduire à Londres.
Dès le début de la révolution , l'aristocratie anglaise s'appliqua sans relâche à nous susciter partout des ennemis. Son ancienne jalousie, augmentée encore par la crainte qu'inspiraient nos principes d'égalité, la décida à ne reculer devant aucune intrigue et devant aucun sacrifice pour étouffer le réveil du peuple français.
Néanmoins, conformément aux traditions héréditaires de cette politique qui ne cessa jamais d'entretenir la division sur le continent européen , elle eut, au commencement , la prudence de ne pas descendre dans la lice.
Ayant besoin de tous ses bras pour le , service de sa marine et de son commerce , qui , grâce au bouleversement du monde , allaient prendre une extension inouïe, l'Angleterre nous cornbattit d'abord avec le sang des autres peuples, les soudoyant en apparence, mais, en réalité, ne les payant qu'avec une partiede l'or que les bénéfices de son négoce leur avaient arraché.En un mot, elle employa contre la grande nation la même tactique qu'elle avait, un siècle auparavant, essayée contre le grand roi. C'étaient toujours la même ambition mercantile, le même machiavélisme , les mêmes calculs d'argent si familiers à une caste oligarchique, aux yeux de laquelle l'or était le meilleur, sinon le seul moyen de gouvernement, et pour ainsi dire la clef de la domination universelle.
De là ces coalitions de 1792, mais surtout de 1793 et de 1798, dont l'Angleterre était l'âme, et dans les rangs desquelles figuraient à peine quelques soldats anglais; car, pour ce qui concerne la guerre maritime, le cabinet de Saint-James la menait à lui seul et pour son propre compte, bien plus que dans l'intérêt commun des alliés. La France ne fut pas un seul instant dupe de cette politique tortueuse. Aussi, une fois que la Prusse et l'Autriche se furent avouées vaincues , l'une en 1795, à l'époque du traité de Bâle,
l'autre en 1797, lors du traité deCampo-Formio , tous les esprits , remontant à la cause première de ces ligues incessantes , se mirent à la recherche des moyens de transporter le théâtre delà guerre sur le sol anglais, qui avait été le véritable point de départ de toutes les hostilités contre la France. C'est dans ce but qu'après les campagnes d'Italie le Directoire avait nommé Napoléon général en chef de l'armée d'Angleterre, et l'avait envoyé en cette qualité sur les côtes de l'Océan.
Déjà précédemment, en 1796 , le général Hoche, qui venait de pacifier la Vendée, avait eu l'idée généreuse de porter du secours aux Irlandais révoltés. Si ce projet avait réussi, l'Angleterre à son tour aurait eu sa Vendée, et le peuple le plus malheureux de l'Europe aurait brisé ses fers; mais une tempête furieuse assaillit l'escadre française, et la contraignit à regagner le port de Brest sans avoir pu toucher le rivage de l'Irlande , d'où tant de victimes avaient salué nos soldats comme des libérateurs. Peu encouragé par ce précédent , se sentant d'ailleurs entraîné vers l'Égypte , Bonaparte se contenta alors d'inspecter les principaux ports de l'Océan, et d'indiquer Boulogne comme un point d'attaque supérieur à celui de Calais. Jusque-là on avait donné la préférence à Calais, qui ne se trouve qu'à sept lieues de la côte anglaise , tandis que Boulogne en est distante de plus de neuf lieues; mais on avait négligé de tenir compte du courant général de la marée qui porte sur Douvres, avantage décisif pour le succès d'un débarquement.
Peu de temps après le départ de Bonaparte pour l'Orieut, le Directoire adopta le système des petites expéditions , les seules qui lussent encore possibles depuis l'éloignement d'une partie de la flotte. Le 6 août 1798 , le général Humbert partit de Rochefort a la tête de mille trente-deux hommes, montés sur deux frégates et un vaisseau , et , à la suite d'une traversée pénible, parvint à mettre pied à terre en Irlande. Les succès qu*H y obtint
avec une poignée de braves montrent combien était juste la pensée du général Hoche; malheureusement aucun secours ne put rallier la division Humbert ; et , malgré des prodiges de valeur qui lui valurent l'admiration même des Anglais, elle fut réduite à mettre bas les armes.
A son retour d'Egypte, Napoléon débuta par la bataille de Marengo, qui contraignit l'Autriche à subir le traité de Lunéville en février 1801. De son côté, à la suite de plusieurs entreprises inutiles contre Boulogne, l'Angleterre consentit à signer la paix d'Amiens , le 25 mars de l'année 1802. Mais cette puissance, qui n'avait considéré la paix aue comme une trêve nécessaire pour le rétablissement de ses finances, refusa de donner à ses troupes l'ordre d'évacuer Malte , quoique l'article 10 du traité d'Amiens lui imposât l'obligation formelle de remettre cette île aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem dans les trois mois de la ratification du traité. Profitant alors de 1 état de neutralité auquel il avait soumis les puissances absolues de l'Europe, Napoléon déclara la guerre aux Anglais en 1803, et reprit les hostilités avec l'intention avouée d'opérer enfin une descente dans leur île. A cet effet, » ordonna la formation de plusieurs camps dans les environs d'Ostende , de Dunkerque, d'Ambleteuse, d'Étaple et de Boulogne, ville où avait été concentrée une flottille dès 1801 , et où furent alors dirigés environ cent cinquante mille hommes. Il fit en outre construire un nombre considérable de chaloupes canonnières, de prames, de péniches, de toutes sortes d'embarcations faibles d'échantillon, ne présentant presque pas de prise à l'artillerie des gros navires par leur peu d'élévation au-dessus des eaux , mais également capables de servir aux transports des troupes, et de se défendre , par leur nombre, contre les attaques des vaisseaux de ligne. En quelques mois, mille embarcations de ce genre sortirent des chantiers et des rivières de la France, de la Belgique et de la Hollande. La fade de Boulogne fut le lieu de leur
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réunion; de là, par un vent favorable, trois heures pouvaient suffire , dans les grandes marées , pour les conduire à Douvres avec les phalanges victorieuses qui , des plaines de l'Allemagne et de l'Italie , étaient venues se presser dans le camp retranché de Boulogne , en vue des côtes de l'Angleterre. Impatients de s'élancer sur les flots , mais ne pouvant devancer le signal du départ toujours ajourné par de nouveaux incidents, les soldats français s'exerçaient sans relâche à la manœuvre des chaloupes canonnières.
A trois reprises différentes, deux fois en 1803, et une fois en 1804, Napoléon vint les encourager par sa présence, et applaudir à l'intelligence et à la célérité avec lesquelles ils s'embarquaient et descendaient à terre.
Cependant il modérait leur ardeur; et, ne pouvant avouer la cause de sa temporisation encore plus habile que prudente, il multipliait pour eux les motifs de distraction , soit en leur donnant des fêtes, soit en occupant leurs bras à des travaux de défrichement ou à la construction de nouvelles routes. Ce qu'il attendait, personne ne s'en doutait encore , et ce fut seulement en 1805 qu'il en fit l'aveu, après l'abandon de tous ces grands préparatifs qui avaient duré trois ans.
Les Anglais tournèrent d'abord en ridicule les projets du camp de Boulogne. Cependant, après avoir épanché leur verve satirique en un torrent de quolibets et de caricatures , après avoir beaucoup ri des menaces du dieu Mars, auquel ils opposaient le trident de Neptune, peu à peu ils ressentirent les atteintes de l'inquiétude, et aux premiers élans de leur gaieté succéda bientôt une terreur panique. «Une flotte anglaise ayant paru dans la rade de Torbay dans un moment où elle n'était point attendue, et n'ayant point répondu d'abord aux signaux de la côte, la consternation fut au comble sur ce point; le bruit de l'apparition des Français se répandit avec une effrayante rapidité, et les maisons furent abandonnées jusqu'à plus de vingt lieues dans les terres. Vainement on
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reconnut promptement la cause de Terreur, des mesures excessives furent adoptées à la hâte par les agents du gouvernement. On donna l'ordre de déployer le drapeau rouge sur toute l'étendue des cotes du royaume-uni, avec injonction de ne faire aucun quartier aux Français, dans la crainte gue le nombre des prisonniers venant à augmenter, ces barbares, quoique désarmés, ne parvinssent à compromettre la sûreté de l'État. On établit, dans toutes les directions, des signaux, au moyen desquels cinquante mille hommes armés pouvaient être réunis sur le même point. Tous les chevaux, toutes les voitures furent mis à la disposition du gouvernement. La levée en masse fut ordonnée, et, comme on manquait de fusils pour armer cette milice, on eut recours au moyen employé en France en 1793 : on distribua des piques et d'autres instruments offensifs. On décréta aussi une levée extraordinaire de cent mille matelots; et la presse, cette odieuse mesure de recrutement, fut exercée avec une riueur qui n'avait pas encore eu 'exemple. On arma nvec une artillerie formidable les côtes les plus menacées ; on construisit même, à grands frais, des écluses pour inonder tout le comté d'Essex; enfin le gouvernement prit des dispositions pour qu'à la première nouvelle du débarquement des Français, on incendiât les forêts, les villages, les moyens de transport, on détruisît les chemins, les canaux, on démantelât les villes, on égorgeât tous les bestiaux qui ne pourraient pas être emmenés dans l'intérieur du pays.
Les plus riches habitants de Douvres se réfugièrent à Cantorbéry, et des travaux de fortifications furent commencés autour de Londres (*). »
Ce n'était pas sans cause que les Anglais avaient ainsi passé d'un excès de sécurité à un excès de trouble.
Toutes les manœuvres de leurs marins avaient été impuissantes pour détruire la flottille de Boulogne; Nelson, luimême, le vainqueur d'Aboukir, avait
(*) Kiêtoires tt tonquitu, t. XV, p. 76.
échoué dans cette entreprise. Dès le 9 septembre 1801, cet amiral s'était présenté une première fois devant Boulogne avec trente bâtiments de guerre de toutes grandeurs. Une division de la flottille légère française était mouillée à cinq cents toises de l'entrée du port. Les bombardes anglaises commencèrent le feu au point du jour, à dix-neuf cents toises de la ligne française ; plusieurs fois la flotte anglaise voulut s'avancer; les soldats embarques à bord de la flottille demandaient rabordage. Vers midi, Nelson, voyant qu'il n'avait pu forcer cette avantgarde à rentrer dans le port de Boulogne, s'éloigna après avoir jeté inutilement huit à neuf cents bombes, qui n'atteignirent personne.
Cinq jours après, la flotte de Nelson reparut plus nombreuse et accompagnée d'un grand nombre de frégates, de péniches, de bricks et de chaloupes canonnières. Il mouilla à trois mille toises de l'avant-garde française, qui occupait toujours une position à cinq cents toises en avant du port. A minuit trois quarts, une chaloupe française d'observation annonça l'attaque; le feu commença des deux côtés avec la plus grande vivacité. Les bombes, le canon, la mousqueterie , présentaient au milieu des flots un spectacle tout à fait imposant ; aucune batterie de terre ne put tirer, de peur d'atteindre les chaloupes françaises au lieu de frapper celles des ennemis. Six péniches anglaises attaquèrent la chaloupe canonnière Y Etna; le capitaine Pévrieux,
3ui la commandait, tua de sa main eux matelots ennemis. Presque toutes les chaloupes canonnières françaises furent en même temps abordées ; mais les péniches anglaises trouvèrent partout une résistance vigoureuse; partout elles furent repoussées. Les plus braves des Anglais qui tentèrent l'abordage furent tués, blessés ou faits prisonniers; la chaloupe la Surprise ût couler bas quatre péniches anglaises.
Pendant que le front de eette ligne soutenait le combat avec un tel avantage, une division anglaise s'efforçait de la tourner en passant entre la terre?
mais, comme à Algésiras, les Anglais furent trompés dans cette manœuvre.
Foudroyés par l'artillerie déterre et le feu des chaloupes, ils se retirèrent après une perte considérable. Les actions de courage se multiplièrent durant cette nuit ; on vit des soldats arracher des mains des Anglais les piques dont ils étaient armés, et les percer ensuite avec leurs propres lances, tandis que d'autres leur renvoyaient les grenades lancées sur leur bord.
Après la rupture de ia paix d'Amiens, les Anglais demeurèrent pendant six mois tranquilles spectateurs des mouvements des chaloupes françaises , et ne purent empêcher d'arriver à leur destination les embarcations que l'on y conduisait des côtes de la Belgique et de la Hollande , de Dieppe et du Havre. Un engagement eut lieu entre une division venant d'Ostende, commandée par l'amiral hollandais Verhuel, et une escadre de bâtiments de guerre angtais, composée de vaisseaux de ligne, de frégates et de corvettes. Ils firent un feu terrible, mais ils ne purent arrêter la marche des chaloupes , qui continuèrent, malgré leurs décharges, de louvoyer le long des côtes, et endommagèrent beaucoup la flotte : l'avantage demeura aux chaloupes. Au printemps de Tannée 1804, Napoléon, nommé empereur, s'empressa de créer la Légion d'honneur, dont l'aigle devait être désormais la récompense de tous les services éminents rendus à la patrie.
Cette honorable distinction avait été distribuée pour la première fois dans le temple de la valeur guerrière, au sein des Invalides, en présence des cendres de Turenne. Ce fut au milieu des braves qui menaçaient l'Angleterre sur les côtes de Boulogne que l'empereur décerna pour la seconde fois, le 15 août 1804, le prix de la vertu militaire, ^es troupes françaises étaient barraquées sur l'emplacement d'un ancien «mp romain. De son trône, Napoléon apercevait les côtes ; il était entouré , non des images de ses ancêtres, niais d'un trophée d'armes formé des drapeaux pris à Montenote, Arcole ,
Rivoli, Castiglione, aux Pyramides, à Aboukir, à Marengo. Le soldat le voyait assis sur le siège antique de Dagobert ; mais ces étendards lui rappelaient que Napoléon devait toute sa renommée, tout son pouvoir, à sa valeur guerrière et à ses talents militaires. Devant lui étaient portées les décorations de la Légion d'honneur dans les boucliers et les casques de Duguesclin et de Bayard. Saisis d'une émotion religieuse, on vit des officiers et des soldats venir baiser le bouclier du chevalier sans peur et sans reproche. L'empereur paraît; l'allégresse est universelle; les troupes agitent leurs armes , et voient avec joie les plus braves recevoir une décoration que tous espèrent mériter.
Cependant , tandis que Napoléon Bonaparte encourageait ainsi ses soldats à de nouveaux combats, l'Angleterre méditait avec ses armes ordinaires d'incendier Boulogne et sa flotte. Le 3 octobre 1804, l'amiral Keith parut en vue de Boulogne , avec cinquante-deux vaisseaux ; vingt-cinq étaient de petits bricks de peu d'apparence; leur faible échantillon fît juger à l'amiral Brueix nue ce devaient être des brûlots. Toutes les circonstances étaient favorables aux Anglais pour diriger ces bâtiments incendiaires sur les François ; les vents et la marée portaient en même temps vers la côte. L'amiral Brueix jugea enconséquence qu'il allait être attaqué. Des barrages furent établis en avant de la ligne française , à la droite et au centre; des canots bien armés furent envoyés avec des péniches à gros obusiers pour détourner les brûlots. L'attaque commença effectivement sur les dix heures au soir. Les Anglais détachèrent sur tout le front de la ligne française plusieurs brûlots qu'ils dirigèrent, avec leurs embarcations, jusqu'à une certaine distance ; et, lorsqu'ils les avaient abandonnés, le vent et les flots les poussaient également sur les chaloupes françaises. A leur vue, ces bâtiments ouvraient un passage, de manière que presque tous les brûlots éclatèrent en dedans de la ligne, très-
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près du rivage. Onze d'entre eux sautèrent depuis dix heures et demie du soir jusqu'à quatre heures du matin.
Ces brûlots étaient de trois espèces différentes ; les premiers étaient des sloops, des cutters et autres bâtiments; les seconds, des espèces de coffres longs de vingt pieds et larges de trois , sans mâture; leur pèu d'élévation au-dessus de l'eau les rendait très-difficiles à apercevoir dans l'obscurité; et les troisièmes étaient des barils remplis d'artifices, posés verticalement à l'aide d'une mécanique, et s'enflammant aussitôt que le brûlot touchait un corps qui lui offrait de la résistance. Chacun de ces brûlots était rempli de différentes sortes d'artifices; ils lançaient une grande quantité de morceaux de bois creusés et chargés d'une composition inflammable, qui s'allumait à l'aide d'une mèche semblable à celle des bombes. A dix heures et demie le premier brûlot éclata visà-vis la batterie des grenadiers ; il produisit une gerbe immense de feu ; ses débris portèrent juscjue sur la côte, mais personne n'en fut atteint. Trois autres éclatèrent successivement entre le fort de la Croix et celui de la Crèche, et Vers la batterie des bombardiers , sans produire plus d'effet. Après ces premières explosions, le feu se ralentit pendant une demi-heure. Le contreamiral Lacrosse en profita pour parcourir la ligne, et faire prendre leur rang à quelques bâtiments qui avaient filé leurs câbles. Il était à fa hauteur des dunes, avec plusieurs officiers de l'état-inajor de l'amiral Brueix , lorsqu'il aperçut un brick dont la voilure lui parut suspecte ; il fit immédiatement tirer dessus. A peine était-il éloigné d'une demi-portée de pistolet, que le bâtiment sauta et produisit une explosion beaucoup plus forte que toutes les précédentes, mais dont heureusement il n'y eut que peu de personnes blessées. L'attaque se porta ensuite vers la droite; trois brûlots sautèrent à la hauteur du port de Vimereux, deux à la gauche de la Crèche, deux entre le Châtillon et le fort de l'heurt , et enfin le dernier, beaucoup
plus près de la batterie impériale. Celui-ci , qui était d'un volume bien plus considérable, produisit une commotion tellement lorte, qu'elle fut sentie à Boulogne et à plus d'une demi-lieue dans les terres. A trois heures et demie, le feu cessa entièrement; tous les bâtiments rentrèrent en ligne , et chacun se porta à son poste ; de manière que les Anglais purent voir que l'on était disposé à combattre, et qu'il n'existait dans les rangs aucun vide; aussi n'osèrent-ils pas attaquer.
Telle fut l'issue de cette tentative que les Anglais méditaient depuis longtemps, mais qui tourna à leur déshonneur et dans laquelle ils perdirent beaucoup de monde. « Je la nomme horrible « et lâche,» dit dans son rapport le maréchal Soult (qui depuis a singulièrement modifié ses opinions sur le compte des Anglais), «je la nomme horrible et lâche, « parce que c'est un attentat horrible « contreles loisde la guerre, que de cher- « cher à faire périr une armée par des « moyens qui n'exposent à aucun dan- « ger; parcequ'on ne peut voir qu'une in- « signe lâcheté dans une attaque pareille « de la part d'une croisière , ayant trois « fois plus de canons aue la partie de « flottille française qui était en rade. « Pourquoi Keith n'a-t-il pas imité la « conduite de Nelson ? et n'a-t-il pas * voulu combattre la flottille française « corps à corps ? Cette entreprise , « quel qu'en eut été le succès , aurait « mérité notre estime : s'attaquer ca- « nons contre canons , baïonnettes « contre baïonnettes, tel est le droit « de la guerre. Mais une nation qui « n'emploie , pour sa défense , que des « poignards , des complots , des brû- « lots , est déjà déchue du rang qu'elle « prétend occuper. L'histoire nous « apprend que , lorsque les nations « sont capables et dignes d'obtenir la « victoire , elles méprisent , comme « Fabricius, les offres des médecins « de Pyrrhus , tandis qu'au moment « de leur décadence les moyens les « plus perfides leur sont bons. »
L'Angleterre aurait été cruellement punie de ce nouvel attentat si la partie secrète du plan de Napoléon avait
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pn se réaliser. En effet, cette flottille de chaloupes canonnières, ces coquilles de noix contre lesquelles la bravoure anglaise ne trouvait que des brûlots à lancer, c'était bien moins une arme offensive qu'une manière de gagner du temps , et qu'une ruse adroite qui servait à masquer un coup plus savamment combiné. Pendant que les manœuvres du camp de Boulogne tenaient en haleine les soldats français , le vice-amiral Villeneuve recevait Tordre de sortir de Toulon , et, après avoir rallié l'escadre espagnole, de cingler vers les Antilles, où la flotte anglaise ne manquerait pas de le suivre. Les vaisseaux anglais une fois écartés des mers de l'Europe par cette diversion , il devait revenir en toute hâte sur Brest, où le vice-amiral Gantheaume n'attendait que son arrivée pour faire voile vers P Angleterre. Villeneuve exécuta avec succès une partie de ces instructions. Ayant échappé aux croisières qui bloquaient Toulon, il opéra sa jonction avec les Espagnols, et attira une partie des forces navales des Anglais dans les parages de l'Amérique. Mais , à son re« tour, moins heureux ou moins habile, il perdit un temps précieux , pendant lequel tes ennemis rassemblèrent des forces supérieures; et enfin, non-seulement il se laissa rejoindre par Nelson, qu'il avait d'abord si bien trompé, mais il accepta le combat dans les conditions les plus défavorables. La défaite de Traialgar fut la suite de cette imprudence.
D'un autre côté, le cabinet de Saint- James, toujours avec son même plan de diversion , avait de nouveau rallumé la guerre en Europe, et, pour victime expiatoire , jeté l'Autriche sous les pas de l'armée française. Quelques jours avant le combat de Trafalgar eut lieu la capitulation d'Ulm, et moins d'un mois après la victoire de Nelson , l'empereur était à Vienne.
Voyant qu'il n'éprouvait que des désastres sur les flots, tandis que tout cédait à ses armes sur le continent, Napoléon changea dès lors de système , Au lieu de consumer ses ef-
forts contre une puissance aussi difficile à atteindre, il résolut de soumettre d'abord le continent, pour l'opposer ensuite à cette puissance:
c'était non pas renoncer à sa première pensée, mais seulement en suspendre l'exécution. En ce sens, on peut re-
§arder le non succès de l'expédition e Bouloene comme la cause de ce fameux blocus continental (voyez ce mot), qui devint effectivement, dès 1806, la loi suprême de l'Europe.
Bien qu'il ait échoué, le plan de descente en Angleterre conçu par Napoléon est, sans contredit/une des plus heureuses inspirations de ce grand homme de guerre. Voici comment il en parle lui même dans une note adressée en septembre 1805 au ministre, de la marine : « Quel a été « mon b.ut dans la création de la flot- « tille de Boulogne? Je voulais réu- • nir quarante ou cinquante vaisseaux « de guerre dans le port de la Marti- « nique, par des opérations combi- « nées de Toulon, de Cadix , du Fer- « roi et de Brest; les faire revenir « tout d'un coup sur Boulogne ; me « trouver pendant quinze jours mat- « tre de la mer; avoir cent cinquante « mille hommes et dix mille chevaux « campés sur cette côte, trois ou quatre « mille bâtiments de flottille, et aussi- « tôt le signal de l'arrivée de mon « escadre, débarquer en Angleterre, « m'emparer de Londres et de la Ta- « mise. Ce projet a manqué de réus- « sir. Si l'amiral Villeneuve , au lieu « d'entrer au Ferrol , se fut contenté « de rallier l'escadre espagnole, et eût « fait voile sur Brest pour se réunir « avec l'amiral Gantheaume, mon ar- « niée débarquait, et c'en était fait « de l'Angleterre. Pour faire réussir « ce projet , il fallait réunir cent cin- « quante mille hommes à Boulogne , « y avoir quatre mille bâtiments de « flottille, un immense matériel, en> « barquer tout cela, et pourtant em- « pêcher l'ennemi de se douter de « mon projet; cela paraissait impos- « sible. Si j y ai réussi, c'est en faisant « l'inverse de ce qu'il semblait qu'il « fallait faire. Si cinquante vaisseaux
« de ligne devaient venir protéger le * passage de l'armée en Angleterre , « il n'y avait besoin d'avoir à Boulo- « gneque des bâtiments de transport, « et ce luxe de prames, de chaloupes « canonnières, de bateaux plats, de « péniches , etc. , tous bâtiments ar- « més , était parfaitement inutile. Si « j'eusse ainsi réuni quatre mille bâ- « timents de transport, nul doute que « l'ennemi n'eût vu que j'attendais la « présence de mon escadre pour tenter « le passage ; mais en construisant des « prames etdes bateaux canonniers, en « armant tous ces bâtiments, c'étaient « des canons opposés à des canons , « des bâtiments de guerre à des bâti- « ments de guerre, et l'ennemi a été « dupe : il a cru que je me proposais « de passer de vive force, par la seule « force.militaire de la flottille. L'idée « de mon véritable plan ne lui est pas « venue; et lorsque les mouvements « de mes escadres ayant manqué, il « s'est aperçu du danger qu'il avait « couru , l'effroi a été dans les con- « seils de Londres, et tous les gens « sensés ont avoué que jamais FAn- « gleterre n'avait été si près de sa « perte. »
Quel malheur que la fortune ait déjoué un pareil plan ! Que de grandes choses Napoléon aurait pu faire ensuite, sans prodiguer le sang des peuples dans ces luttes gigantesques où il a fini par succomber ! Sans l'appui , sans l'or de l'Angleterre, l'Autriche, la Prusse et la Russie n'auraient jamais pu prévaloir sur la révolution française; c'en était fait de la vieille aristocratie et de l'ancien régime ; le monde, purifié et rajeuni, allait entrer dans une ère nouvelle. Les projets du camp de Boulogne sont donc un des
1)lus beaux titres de gloire de Napoéon. Malheureusement il se découragea trop tôt. Même après la défaite de Trafalgar, l'Angleterre pouvait encore être vaincue sur son propre sol :
ces phalanges invincibles, que la flotte française avait vainement essayé de transporter à Londres, Fulton offrait un moyen nouveau de les y conduire; ce moyen, c'était la vapeur, puissance
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encore inconnue, et qui venait, pour ainsi dire, se mettre d'elle-même au service des nouveaux principes. Il est difficile de savoir si c'est par ignorance ou par dédain que Napoléon n'en fit pas usage ; dans un cas comme dans l'autre , la chose est également regrettable , car l'occasion perdue ne s'est plus représentée, et Napoléon a pu croire que la conquête de l'Europe était une des nécessités de sa position. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'à aucune époque de la révolution, le pacte secret qui unissait les cours absolutistes à l'aristocratie anglaise ne fut rompu, et qu'au moment où l'expédition de Boulogne paraissait devoir commencer , l'Autriche et la Russie entrèrent en campagne , tant les défenseurs des vieux privilèges et des abus du passé ont toujours senti le besoin de se soutenir mutuellement, pour retarder la régénération du monde moderne.
Le camp de Boulogne , formé en 1803 , fut levé en 1805; mais, dès 1801 , comme on l'a vu, les hostilités avaient commencé sur ce point, et elles ne furent suspendues qu'un moment par la paix d'Amiens. On a vu également que si Boulogne fut le principal théâtre des préparatifs, et le rendez-vous général , d'autres villes cependant furent aussi garnies de troupes ; de Bordeaux à Ostende , toute la côte de la France avait pris une attitude menaçante.
Boulogne (courte de), Boulenois , ou Boulonnais , en latin Gesoriactis, puis Bononlensis pagus. Ce pays faisait partie du territoire des Morins, à l'époque de la conquête des Gaules par César. A la fin du quatrième siècle , il était compris dans la deuxième Belgique , dont il formait , sous le nom de civitas Bononiensium , le douzième diocèse. Lorsque après la première invasion de Clodion , les diverses tribus des Francs se partagèrent les cités qu'ils avaient conquises, Boulogne, comme ïérouenne, Cambray et Tournay , eut un roi particulier. On sait comment Clovis , qui régnait à Tournay , s'empara de toutes
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