BRR
Les Romains, une fois paisibles possesseurs de la Gaule, l'histoire, qui s'était plu à raconter les efforts que leur avait coûtés la conquête de cette contrée, se tait de nouveau sur elle ; et, jusqu'à la Gn du troisième siècle , il n'est plus question de l'Armorique.
À cette époque, un certain nombre de familles des côtes de l'île de Bretagne y passèrent pour échapper aux ravages des pirates saxons. Dioclétien, qui tenait alors le sceptre impérial, leur permit de s'y établir, et leur assigna des terres dans le pays des Curiosolites et des Vénètes. A cette colonie s'en joignit une autre , en 364 ; mais , vingt ans après , une troisième émigration, plus considérable, vint renouveler presque entièrement la population de l'Armorique, et lui donner une existence indépendante.
Maxime, gouverneur de la Bretagne, avait pris dans cette province la pourpre impériale. Maître de l'île entière, il pasVi dans les Gaules avec une armée dont faisait partie un corps de Bretons commandés par Conan Mériadec, fils d'un prince du pays.
Ce chef, après les premiers succès de Maxime , hit chargé du commandement de l'Armorique, et il alla s'établir au centre de son gouvernement.
Les triomphes de l'usurpateur ne furent pas de longue durée. On sait qu'il tut vaincu et tué près d'Aquilée par Valentinien. Mais le vainqueur se montra clément envers les soldats du vaincu. Les Bretons qui se trouvaient parmi eux eurent la permission d'aller rejoindre Mériadec et de se fixer auprès de lui. Il est probable que Conan fut alors confirmé par Valentinien dans le commandement qu'il avait reçu de Maxime. Mais bientôt de nouvelles émigrations d'insulaires étant venues augmenter sa puissance, il se déclara indépendant , et se fit proclamer roi de la petite Bretagne , ou Bretagne armoricaine.
C'est ainsi que l'on appelait la péninsule occidentale de la Gaule, depuis que les insulaires étaient venus s'y établir en foule. D'ailleurs, le nom
d'Armorique avait depuis longtemps repris son ancienne acception, qui s'était même considérablement étendue.
On comprenait en effet, sous cette dénomination, depuis la fin du troisième siècle , toutes les contrées placées sous le commandement de l'officier chargé de la défense des côtes de la Gaule , c'est-à-dire toutes les provinces situées entre la Seine et la Loire. Cet officier, qui portait le titre de duc de l'Armorique, avait une cohorte sous ses ordres , et résidait à Guérande. Telles étaient les fonctions que Maxime avait confiées à Conan, et que ce chef exerçait lorsqu'if se rendit indépendant.
Ann de ne point interrompre plus tard le récit des événements dont l'Armorique fut le théâtre , nous dirons ici quelques mots des diverses dénominations qui lui furent successivement appliquées. Les écrivains du septième siècle la désignent par les mots : Cornu Galliae , dont plus tard on a fait CornouoUle, nom qui est resté à l'un des évêchés de la Bretagne (*). Les Bretons eux-mêmes donnaient antérieurement au pays qu'ils habitaient le nom de Lydaw , que les écrivains du moyen âge ont rendu en latin par Lœtavia ; plus tard, ils l'appelèrent Domnonia, Domnonée. Lorsque les Francs , sous Clotaire Ier, se furent rendus maîtres des territoires de Rennes et de Nantes , les chefs qui régnaient sur le reste de la péninsule prirent le titre de rois de la Domnonée , et ce nom resta longtemps à la Bretagne indépendante , c'est-àdire, aux évêchés de Vannes , de Cornouaille, de Léon, de Tréguier, de Saint-Brieux , et à une partie de celui de Saint-Malo.
(*) Dans la langue de* Bretons le nom de la Cornouaille est Kernaw. N'aurait-on pas fait de ce mot Cornu- Galliœ , comme de Lidaw on fit Lœtavia, qu'un savant traduit par pays des Letes ou Lites.'Les Latins comme les Grecs, et cette manie fut poussée fort loin , donnaient à presque tous les noms étrangers une signification dans leur propre langue.