HOIS, COMTES ET DUCS DE BRETAGNE
Conan sut éloigner de la Bretagne le fléau des barbares ; il sut également résister à toutes les entreprises que firent les Romains pour le réduire à leur obéissance. Il mourut en 421 , après un règne glorieux. Il était chrétien, et on lui attribue la fondation des évêchés de Dol , de Vannes et de Quimper.
Salomon 7*r, son petit-fils, lui succéda, et fut tué dans une révolte, ert 434 , après un règne de treize ans.
Grallauy comte de Cornouaille, qui fut soupçonné d'avoir pris part au meurtre de Salomon , lui succéda* Vaincu en 439 par Letorius , général romain, il s'empara de Tours en 445 \ mais cette ville lui fut reprise la mémé année par Aétius. Il mourut bientôt après.
Audretty fils de Salomon Ier, monta sur le trône en 446. Ayant envoyé sort frère au secours des Bretons ifisulai^ res révoltés contre les Alains, il attira - sur lui la vengeance de ces derniers, et ne dut la paix qu'à l'intervention de saint Germain. Il mourut en 464 1 laissant quatre fils.
Erech, l'un d'eux, fut son successeur. Défait en 470 par les Visigoths, il fut obligé de se réfugier en Bourgogne; de retour dans ses États, il gouverna sagement jusqu'à sa mort , qui arriva en 478.
L'usurpateur Eusèbe, que les chroniqueurs représentent comme un tyran barbare, régna après Erech ; "il mourut en 490.
JiudiCé fils d'Audren, monta alors sur le trône. Il mourut en 509, après un règne glorieux , mais en laissant ses peuples aux prises avec les Frisons.
Hoël /er, son iils, était alors dans l'île de Bretagne. 11 revint, en 513, faire valoir ses droits au trône de son père , chassa les Frisons , et mourut en 545 après un règne paisible.
Les Iils de Hoèl Ier se partagèrent ses Etats et en firent trois grandes principautés : Hoèl II eut en partage la Bretagne orientale, c'est-à-dire, Rennes et le pays qui s'étend au nord
jusqu'à la mer ; Canao eut le pays de Nantes, et Macliauc le pays de Vannes. La Bretagne occidentale formait alors deux comtés indépendants : l'un ( celui de Léon ), qui reconnaissait la suzeraineté du roi des Francs, ne fut réuni au reste de la Domnonéequ'à la fin du sixième siècle ; l'autre ( la Cornouaille ) était possédé par un frère de Hoël Ier, nommé Budic.
« Cependant Conmor , l'un des fiis de Hoël , avait réuni dans ses mains l'héritage de plusieurs de ses frères assassinés par son ordre. Mais un enfant avait échappé au massacre. Réfugie à la cour du roi des Francs, ce jeune
f>rince attira bientôt sur sa patrie tous es malheurs qu'entraîne le patronage de l'étranger. Les rois se montrent rarement généreux envers ceux qui perdent un trône; mais comme en cette circonstance il s'agissait d'obtenir, sans courir les chances de la guerre, des avantages que, jusque-là, les Bretons avaient disputés avec une incroyable énergie, Clotaire promit des secours au jeune Judual. La révolte de Chrarane décida le roi des Francs à brusquer l'attaque qu'il méditait contre l'Armorique. On sait que le prince rebelle s'était réfugié chez le comte de Bretagne, qui avait épousé, lui aussi, une fille de Williachaire, duc d'Aquitaine.
La péninsule fut envahie par deux armées à la fois : l'une s'empara du comté devantes; l'autre alla livrer bataille à Chramne, entre Chàteauneuf et Saint- Malo. Cette bataille fut décisive. Désormais les Francs victorieux ne quitteront pas le pays de Nantes, ni celui de Rennes ; il faudra l'épee de Kominoë pour les en expulser.
Réfugiés au milieu de l'immense forêt Brekilien, ou retranchés derrière leurs marécages , les Bretons de la Domnonée, malgré les dissensions civiles qui désolaient leur patrie, virent cependant encore briller quelques jours glorieux. Plus d'une fois le roi des Francs apprit avec surprise que ses armées, un instant maîtresses du pays, avaient été taillées en pièces au passage de la Vilaine, par des bandes rassemblées de la veille. Parmi les chefs
FRANCE. bre 35!
de ces partisans il en est un surtout dont le génie, sauvage, si Ton veut, mais puissant, était digne d'un plus vaste théâtre. Cet homme était fraroch 9 fils de Macliauc , comte de Vannes....
« Ce fut contre Chilpéric qu'il livra sa première bataille. Les Francs étaient venus placer leur camp sur le bord de la Vilaine. Waroch se présente sur la rive opposée, feignant d'en vouloir disputer le passage; mais au milieu de la nuit , il rassemble toutes ses bandes , et , franchissant la Vilaine dans le plus grand silence, il tombe à l'improviste sur l'armée ennemie et la bat complètement. Un autre se fût laissé éblouir par cette victoire; le comte de Vannes se montra plus habile politique : convaincu qu'elle allait attirer sur la Vilaine toutes les forces de ses ennemis, il se hâta de demander la paix aux vaincus. Les Francs la lui accordèrent , mais en lui imposant la condition de payer le tribut et de fournir des otages. Il promit tout ce qu'on voulut ; mais à peine les Francs s'étaient-ils retirés, qu'il oublia tous ses serments
« L'armée des Francs fut obligée de rentrer en Bretagne pour la réduire; mais il n'en recommença pas moins ses ravages l'année suivante. Allié de Frédégonde, qui suscitait partout des ennemis aux rois de Bourgogne, il attendit de pied ferme Ébrachaire et Beppolen, généraux envoyés narGontran pour le combattre. Il fut sur le point d'être accablé; mais il eut l'habileté de semer la discorde parmi ses ennemis, et il ne les vit pas plutôt séparés, qu'il tomba sur l'un d'eux avec toutes ses forces et l'écrasa. Ébrachaire cependant était en pleine marche sur Vannes ; Waroch lui envoie des ambassadeurs, le comble de présents , et finit par le déterminer à se retirer en Anjou. Les Francs commencent, en effet, leur retraite; mais Waroch, qui se joue des traités, a placé une embuscade sur les bords de la Vilaine : une partie des ennemis a à peine traversé le fleuve, que les Bretons se jettent su* son arrière-gar-
de, et la taillent en pièces. Depuis cette époque, l'histoire ne fait plus mention du vaillant comte de Vannes (*). »
Les derniers Mérovingiens ne s'occupèrent pas des princes bretons; Judual ou Alain /er avait été rétabli par Clotaire dans le comté de Cornouaille.
Hoël III y son fils , lui succéda en 594, réunit sous son autorité la plus grande partie de la Bretagne, et prit même le titre de roi; il mourut en 612.
Salomon II, son fils, régna jusque vers l'an 632.
Judicaél sortit du cloître pour succéder à son frère; mais en 638 il rentra dans son monastère, d'après les conseils de saint Éloi , et y mourut en 658.
Alain II. encore enfant, succéda à son père; il mourut en 690, laissant plusieurs enfants.
Grallon II, fils du précédent , ne garda de ses États que le comté de Cornouaille, qu'il dut encore partager avec ses cousins.
Depuis cette époque jusqu'à Noménoé , on voit paraître successivement :
Daniel, neveu de Grallon.
Budie, son fils, surnommé le Grand.
Meliau, qui se donna le titre de roi, et oui fut, ainsi qu'Argaut, soumis par les Francs, en 786.
Rivod, qui, après s'être emparé du comté de Cornouaille, par le meurtre de son frère Meliau, en 792, s'en vit dépouillé par le comte Guy en 799.
Jarnithin, qui régna de 8*1-1 à 818.
Morvan , qui fut "assassiné l'année de son avènement.
Guyomarch de Léon, qui s'étant révolté, en 822, contre Louis le Débonnaire, fut vaincu en 824, et tué en 825.
Noménoé, l'un des plus grands princes qui aient gouverné la Bretagne, fut, en 825, nommé duc de cette contrée par Louis le Débonnaire. Tant que ce prince vécut, il reconnut sa suzerai-
(*) Essai sur F histoire, la langue et les institutions de la liretagne armoricaine , par M. de Courson. Cet ouvrage, plein dé recherches savantes , nous a été très-utile pour la rédaction de cet article.
L'UNIVERS
BRE
neté; mais à sa mort, il prit le titre Alain Barbetorte pour combattre le*
de roi. Attaqué par Charles le Chauve, Normands. Ils furent vaincus par le
en 842 , il battit les troupes de ce mo- duc Guillaume , qui força Alain à se
narque, puis, en 845, Charles lui- réfugier en Angleterre,
même. Cependant il fut trois fois dé- Alain revint en Bretagne en 937,
fait par les Normands, en 848. Les chassa les Normands , et joignit à son
évéques bretons, gagnés par le roi, s'op- titre de comte de Vannes celui de comte
posaient aux projets d'indépendance de de Nantes. Il mourut en 952.
Noménoé; dans une assemblée tenue à Dragon , son fils encore enfant, lui
Coetlon, en 848, il les destitua tous, succéda, et mourut Tannée suivante,
érigea Dol en métropole, et créa deux Hoël IV, bâtard d'Alain, remplaça
nouveaux évéchés , ceux de Tréguier Dragon en 953 ; il fit la guerre avec
et de Saint-Brieux. Il s'empara ensuite Conan , comte de Rennes , et fut tué
d'Angers. Rappelé dans ses États par en 980.
la présence de Charles, il y revint en Guerech, fils légitime d'Alain, évé-
toute hâte; mais l'empereur ne l'at- que de Nantes, succéda à Hoël. H se
tendit pas. L'année suivante, il s'em- battit, en 981 , avec Conan, et mourut
para encore du Mans. Il mourut en en 987.
851,, à Vendôme. Conan /", surnommé le Tort . régna
Èrispol, son fils, défit aussi Charles d'abord sans opposition ; mais oientôt
le Chauve, et conclut avec lui une paix obligé de défendre sa couronne contre
avantageuse. Il remporta, en 855, une les enfants de Hoël IV, protégés par
victoire sur les Normands, et fut as- Foulques Nerra, comte d'Anjou, il fut
sassiné en 857, par son cousin Sa- tué dans la bataille,
lomon. Geoffroi /'r, son fils , prit, en 992,
Salomon III, d'abord en hostilité le titre de duc de Bretagne, et mourut
avec le roi de France, lui prêta, en en 1008, dans un voyage d'Italie.
864, serment de fidélité, se joignit à Alain y, encore enfant, succéda à
lui, en 868, pour combattre les Nor- son père. Il soumit, en 1024, son
mands , et fit aussi avec lui , en 872 , oncle Judicaël, révolté contre lui; at-
le siège d'Angers. Il fut assassiné en taqua, en 1027, Foulques Nerra, et le
874 , par deux seigneurs , Pasquiten et força à rendre justice à Herbert , comte
Gurvand. du Maine. A cette même époque, il
Pasquiten et Gurvand, à peine épousa Berthe, fille d'Eudes, comte
maîtres de la Bretagne, devinrent en- de Blois. Chargé par Robert, duc de
nemis; ils prirent les armes l'un contre Normandie, de la tutelle de son Gis
l'autre en 877. Gurvand , deux fois Guillaume, il prit les armes à la mort
victorieux, succomba à une maladie, de Robert, en 1035, pour rétablir son
Alain III , frère de Pasquiten , et après quatre ans de combats , et mou-
Judicaël, fils de Gurvand , se parta- rut empoisonné en 1040. gèrent la succession. D'abord divisés , Conan II, fils d'Alain , lui succéda,
ils se réunirent bientôt contre les Nor- Il mourut empoisonné en 1066. mands, qu'ils battirent en 888. Judi- Hoël V> comte de Comotiaille, fut
caël mourut dans l'action. Alain défit nommé duc de Bretagne en 1074.
une seconde fois les Normands, et ré- Aidé de Philippe Ier, roi de France, il
Çna ensuite paisiblement jusqu'en 907, força Guillaume le Conquérant à lever
époque de sa mort. le siège de Vannes. Fait prisonnier
Gunnhailhn, comte de Cornou ail- ensuite par Eudon, puis délivré par
le, lui succéda. La Bretagne fut de son fils Alain, il mourut en 1084,
nouveau ravagée par les Normands, laissant cinq enfants, en 908 et 912. Alain Fergeni lui succéda. Il battit
Juhel Bérenger, comte de Rennes, le comte de Rennes et le fit prisonfils de Judicaël, se joignit, en 930, à nier; repoussa GuUlaume le Conque-
rant, qui avait une seconde fois assiégé Dol, et s'allia ensuite avec lui contre Herbert, vicomte 'du Maine, qu'il combattit trois ans avec perte. En 1096, il passa en Palestine, y resta cinq ans, et se retira, en 11*12, au monastère de Redon, où il mourut en 1119.
Conan III , son fils , eut à résister à un soulèvement de la noblesse de Bretagne , dont il avait voulu réprimer les entreprises violentes; mais l'énergie qu'il déploya en cette occasion comme justicier ne fut pas secondée heureusement par ses armes ; les seigneurs révoltés le battirent dans une rencontre. Son dévouement aux intérêts de la France s'était signalé dès fan 1124, par l'aide qu'il donna au roi Louis le Gros, en marchant sous sa bannière contre l'empereur. Il mourut en 1148, laissant un fils, Hoël , qu'il désavoua, et une fille nommée
ne fût point encore consommé; il n'eut lieu que dix ans après. Il prêta le secours de ses armes à Philippe-Auguste contre divers grands vassaux, et même contre son propre père , Henri II , qui avait pris part à la révolte de ses frères. Après divers combats, le père et le fils se réconcilièrent; mais la discorde éclata entre eux de nouveau à l'occasion de l'Anjou, que Geoffroi convoitait, et qu'il n'avait pu obtenir. Il recourut encore à Philippe-Auguste, se rendit a Paris, et périt sous les pieds des chevaux, dans un tournoi que le roi de France avait donné en son honneur, en 1186.
Arthur, fils de Geoffroi et de Constance , naquit quelques mois après la mort de son père. La Bretagne, pendant la minorité de ce prince , excita la convoitise du roi Richard , qui s'empara de Constance, la retint prisonnière, mais ne put se rendre maître
Berthe , qui épousa en secondes noces du jeune Arthur, que les seigneurs
Eudes , comte de Porhoet. bretons eurent l'adresse de mettre en
Hoê'l yi et Eudes. La Bretagne se. sûreté à la cour de Philippe-Auguste,
divisa * entre les deux prétendants ; Richard mourut sans enfants. Jean
Nantes et Quimper prirent parti pour sans Terre, son frère, s'empara de la
Hoël; Rennes et d'autres villes pour couronne d'Angleterre, au préjudice
son compétiteur. Une bataille décida entre eux en 1154, et fit triompher le parti du comte «de Porhoet. Hoël , vaincu , se vit abandonné de ses partisans , qui se soumirent au roi d'Angleterre^ Henri II. Celui-ci donna le duché à son frère Geoffroi, qui mourut deux ans après.
Conan If, surnommé le Petit, fils de Berthe et du comte de Richemont, Alain le Noir, son premier mari , fit prisonnier Eudes, son beau-pere, et s'empara de la ville de Rennes. La mort de Geoffroi lui facilita la conquête du reste de la Bretagne; et, pour obtenir l'appui du roi d'Angleterre, il fiança sa fille Constance avec Geoffroi , fils de ce monarque. Les intrigues de Henri II firent ensuite passer l'héritage entre les mains de son fils avant la mort de Conan IV, dont il abreuva d'amertume les derniers jours. Conan IV mourut en 1171.
Geoffroi II succéda au précédent, bien que son mariage avec Constance
T. m. 23e Liv. (Dict. encycl. , etc.)
de son neveu Arthur, que Philippe- Auguste soutint faiblement en cette occasion. Arthur se rendit en Bretagne , et consentit à faire hommage de son duché à son oncle. Mais quand les hostilités reconimencèrent entre les deux rois , Arthur réunit sa bannière à celle de la France et porta la guerre en Poitou. Il fit le siège de Mirebeau, où la vieille reine Éléonore, son aïeule, s'était renfermée , et qu'elle défendit opiniâtrement contre lui. Arrêté longtemps devant le château de cette ville, il se laissa surprendre par Jean sans Terre, qui accourait pour défendre cette place. Arthur, devenu prisonnier de son oncle, fut enfermé au château de Falaise. Jean n'ayant pu obtenir de lui l'abandon de ses droits à la couronne d'Angleterre et aux provinces de France qui en dépendaient, le fit transporter au château de Rouen, sur les bords de la Seine. Les circonstances qui accompagnèrent la tin tragique du jeune prince sont restées fort incer-
L'UNIVERS
BRE
taines. Les chroniqueurs présentent divers récits de ce fatal dénomment.
Le roi Jean , si Ton en croit Matthieu Paris , égorgea son neveu de ses propres mains, après Tavoir fait descendre sur la Seine dans un bateau. Le corps, abandonné à la rivière, aurait été retrouvé le lendemain , et inhumé secrètement au prieuré de Notre-Dame du Pré. Arthur laissait une tille du nom d'Éléonore, dont Jean sans Terre s'était emparé, et qui mourut en 1241 , dans le château de Brissol , où elle était enfermée.
Alix 9 sœur d'Arthur, lui succéda sous la tutelle de Pbilippe-Auguste, et de Gui de Thouars, son père. Par son mariage avec Pierre de Dreux, elle porta le duché de Bretagne dans une branche de la maison royale de France.